Le Marxiste-Léniniste

Numéro 180 - 28 décembre 2014

Dehors l'ancien, place au nouveau

Investissons le peuple
du pouvoir souverain!


  Manifestation à Montréal le 9 novembre 2014: la mobilisation contre l'austérité néolibérale du gouvernement Couillard prend de l'ampleur.

Une nouvelle direction pour l'économie
L'inégalité sociale et la nécessité de restreindre le droit de monopole

Réunion à Washington des ministres de l'énergie d'Amérique du Nord
L'intégration plus poussée du «marché continental de l'énergie»
- Louis Lang -

Programme pilote de capital de risque pour les investisseurs immigrants
Le gouvernement Harper en contradiction avec la définition
moderne de citoyenneté

- Peggy Morton
-

Cuba
Célébrations de la libération des Cinq Cubains et de l'anniversaire
du triomphe de la Révolution cubaine: Calendrier d'événements

Message aux partis et aux forces et mouvements sociaux
et politiques du monde

- Comité central du Parti communiste de Cuba
-
La confiance inébranlable en la victoire que nous a inculquée
Fidel continuera de guider tout notre peuple

-
Discours de Raul Castro Ruz à l'Assemblée nationale du pouvoir populaire -

Manipulation anticommuniste des droits humains en RPD de Corée
Les sales tours des États-Unis pour justifier l'agression
impérialiste et le changement de régime

L'impérialisme américain coupable devant l'humanité
Pourquoi la question des droits humains est si importante
-
Mission permanente de la RPDC à l'ONU -
Une proposition réaliste et raisonnable pour la réunification de la Corée

Palestine
Ce qui a changé en Palestine en 2014 
-
Ramzy Baroud -

Syrie
Entretien avec le président syrien Bachar El-Assad
- Régis Le Sommier, Paris Match -


Dehors l'ancien, place au nouveau

Investissons le peuple du pouvoir souverain!

Alors que nous nous apprêtons à inaugurer la nouvelle année, il y a une leçon à tirer des développements de 2014 au Canada et dans le monde. Le temps est venu de multiplier les efforts pour s'organiser à la défense des droits de tous, pour investir le peuple du pouvoir souverain et pour se donner un gouvernement antiguerre ! Débarquons Harper en 2015 !

Le peuple résiste aux politiques de l'austérité antisociale de la classe dominante et à sa restructuration néolibérale de l'État. La classe dominante réorganise l'État pour faciliter l'exploitation des travailleurs par le capital monopoliste et écraser le mouvement pour l'affirmation du pouvoir du peuple et pour un gouvernement antiguerre. La résistance du peuple expose le caractère antisocial des attaques contre les droits de tous et révèle la nécessité d'un programme prosocial et d'une nouvelle direction pour l'économie. La revue photos des événements de l'année dans Le Marxiste-Léniniste résume la résistance du peuple à la défense de ses droits sur tous les fronts et montre quel formidable potentiel il y a pour le changement.

Il y a une résistance grandissante au façonnement de l'État pour mieux servir les besoins du capital monopoliste au pays et à l'étranger. L'autorité publique est devenue le monopole privé d'une poignée de privilégiés qui s'enrichissent avec les fonds publics et se servent des organes de l'État pour étouffer la classe ouvrière et les droits de tous. Des appels se font entendre : Droit public, oui ! Droit de monopole, non ! Arrêtez de payer les riches ! Augmentez les investissements dans les programmes sociaux ! Investissons le peuple du pouvoir de décider et donnons-nous un gouvernement antiguerre ! Organisons et luttons pour donner une nouvelle direction à l'économie, une direction prosociale !

Harper a envoyé l'armée canadienne combattre dans les guerres d'agression des États-Unis en Asie occidentale et en Afrique du Nord et pour encercler la Russie et la menacer de guerre nucléaire. L'impérialisme américain continue d'instiguer des sales guerres pour provoquer un changement de régime en Syrie, en République populaire démocratique de Corée et ailleurs, et de parler des droits humains et de la démocratie de manière à justifier l'agression et la guerre. L'usage de la force dans le règlement des conflits entre nations et une propagande ouvertement guerrière remplissent les médias monopolisés et le parlement d'une ferveur chauvine. L'histoire appelle le peuple à s'organiser pour se donner un gouvernement antiguerre qui retirera le Canada du Northern Command, de l'OTAN, de NORAD et de toute participation aux actions des forces militaires agressives des États-Unis et de leurs agences d'espionnage, de torture et de subversion des affaires souveraines des peuples du monde.

Opposons-nous à l'intégration du Canada, des États-Unis et du Mexique
en une nouvelle structure étatique dont se servent les impérialistes
américains pour dominer le monde

Les forces armées canadiennes se fusionnent à celles des États-Unis sous leur commandement pour imposer le diktat et le contrôle américains partout dans le monde. La nouvelle année présente un danger de guerres encore plus étendues et plus destructrices. Par le libre-échange et d'autres arrangements internationaux, les grands monopoles s'emparent du contrôle de l'économie des peuples d'Amérique du Nord, anéantissent le droit du peuple de décider et de contrôler la direction de l'économie et décider de la meilleure utilisation du travail, des machines et des ressources pour servir son économie et répondre à ses besoins. Sans le consentement du peuple, de gigantesques monopoles dictent où et quand les investissements peuvent être faits. L'avenir de secteurs entiers comme l'acier, l'automobile, l'énergie et même l'agriculture est entre les mains d'un capital financier très éloigné du peuple qui échappe au contrôle, aux demandes et aux besoins du peuple. Des corridors de transport, d'énergie et de sécurité couvrant de vastes territoires sont planifiés ou en voie de construction aux dépens du bien-être des peuples des trois pays et sans leur consentement.

Toute cette intégration se fait uniquement dans l'intérêt des propriétaires des monopoles qui promettent une prospérité éventuelle. Mais la réalité montre que cela mène seulement à une plus grande concentration de la richesse sociale, du pouvoir et du contrôle entre les mains d'une poignée de privilégiés et à des crises économiques récurrentes qui détruisent les rêves et les espoirs du peuple et laissent plus souvent que jamais derrière elles un environnement social et naturel en ruine.

La direction néolibérale de l'économie, qui vise à rendre les monopoles et groupes financiers les plus puissants concurrentiels, s'accompagne d'une concentration inégalée du pouvoir politique directement entre les mains de ces mêmes monopoles et intérêts financiers. De pair avec l'intégration continentale accélérée sous contrôle américain, cela a accéléré la destruction de l'équilibre parlementaire basé sur l'existence d'un parti au pouvoir et d'un parti dans l'opposition. Un système de partis de cartel de type mafieux, qui organise des coups électoraux, a usurpé le pouvoir et imposé des arrangements néolibéraux qui ne peuvent être contestés que par un mouvement de masse pour le renouveau démocratique.

Les cercles dominants veulent désespérément créer l'illusion d'un sauveur dans le système de partis de cartel pour nier la réalité à laquelle le peuple est confronté et l'empêcher de s'investir du pouvoir et d'établir un nouvel équilibre par le renouveau démocratique.

Le vieil équilibre ne peut pas être rétabli avec un des partis ou une coalition de partis de l'élite dominante qui a formé un système de partis de cartel qui se font concurrence pour le pouvoir politique et collaborent pour maintenir le peuple à l'écart du pouvoir. La classe dominante cherche désespérément à créer l'impression que la démocratie canadienne va faire un choix de gouvernement en 2015. Elle favorisera un remplacement du gouvernement Harper s'il se présente un champion de ses intérêts capable de vaincre sa machine électorale corrompue, sinon elle tentera de créer l'impression que Harper est « populaire » et inattaquable, le tout pour détourner l'attention du besoin du renouveau démocratique du processus politique. Déjà près de la moitié de l'électorat ne participe pas aux fraudes électorales et l'autre moitié est divisée en trois camps tandis que le peuple est réduit au rôle de spectateur. L'alternative est dans le travail pour le renouveau démocratique. Sur la base d'avancer la politique indépendante de la classe ouvrière, le peuple peut intervenir dans l'élection de manière à obtenir un résultat qui lui soit favorable. Cela commence par un effort concerté pour faire en sorte que le gouvernement soit minoritaire et la demande d'une nouvelle direction pour l'économie, une direction prosociale, et du retrait du Canada de l'OTAN et de NORAD et que toutes ses forces armées rentrent au pays.

La politique dégénérée d'aujourd'hui, contrôlée par une petite élite, appelle au renouveau du processus politique et à l'adoption d'arrangements politiques qui éliminent le privilège et reconnaissent les droits que tous possèdent du fait qu'ils sont humains, qui rétablissent les rapports de nation à nation avec les peuples autochtones et reconnaissent le droit du Québec à l'autodétermination et les droits de citoyenneté égaux pour tous les citoyens et résidents.

Les Comités de citoyens pour investir le peuple du pouvoir de décider

Il est temps de développer le mouvement de résistance et de surmonter les faiblesses organisationnelles et théoriques du mouvement du peuple en s'attaquant à la nécessité de renforcer sa politique et sa voix indépendantes. Les idées et la théorie dominante de la classe capitaliste monopoliste dominante s'infiltrent dans le mouvement du peuple pour l'envoyer dans des voies sans issue si elles ne sont pas combattues de façon systématique et organisée. C'est pourquoi en 2015 le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) va déployer tous les efforts pour renforcer le travail des Comités de citoyens pour investir le peuple du pouvoir souverain en renforçant leurs liens avec le peuple. En ce moment c'est l'acte le plus apte à bloquer les tentatives de la classe dominante de réduire le peuple à une masse désarticulée incapable d'opposer une résistance effective à son offensive. Ces Comités répondent également aux besoins du peuple d'analyser les conditions concrètes, la réalité telle qu'elle se présente.

Le PCC(M-L) est convaincu que 2015 doit être l'année du renforcement et de la croissance de la résistance, de sa direction, de sa capacité de passer d'une action et d'un niveau à un autre en renforçant le travail des Comités de citoyens pour investir le peuple du pouvoir souverain.

Le Renouveau

La présence suffocante des médias monopolisés et de leurs experts, théories et opinions doit être combattue férocement. Pour y contribuer, le PCC(M-L) continuera de publier Le Marxiste-Léniniste et le Parti marxiste-léniniste du Canada, le nom sous lequel le PCC(M-L) est enregistré pour les élections, publiera Le Renouveau. Le Renouveau propagera les points de vue, la pensée, les analyses, la conception du monde et les actions du peuple et bloquera l'influence rétrograde des élites dominantes. Le succès de ce projet est crucial pour faire fructifier les efforts du peuple pour s'investir du pouvoir de décider.


Le PCC(M-L) appelle les activistes et amis du Parti et tous ceux et celles qui reconnaissent le besoin de renouveau à appuyer Le Renouveau en le lisant et le distribuant et en y écrivant, en amenant les gens à s'abonner et en contribuant un appui financier à cet important travail.

Le PCC(M-L) appelle également ses membres et activistes à s'opposer résolument à tout relâchement ou repli de la classe ouvrière et de ses alliés face à la tâche d'organiser ses propres médias de masse. La dissémination de la politique indépendante de la classe ouvrière par toutes les sections du peuple est ce qui fera connaître son analyse concrète des conditions politiques, économiques et sociales et ce qu'il faut pour avancer vers le nouveau.

En renforçant ses propres formes sociales organisationnelles indépendantes et sa propre voix, la résistance ne sera pas en proie à la manipulation et à la pensée néolibérales de l'élite dominante. Le nouveau existe dans des formes organisationnelles indépendantes et dans la forme de médias qui présentent un point de vue et une action avec analyse centrés sur l'être humain, qui font constamment le bilan des luttes du peuple, analysent les conditions concrètes et engagent le peuple dans une voie vers l'avant. Les formes et les médias créés sont bâtis directement au coeur du travail politique et sont liés à la lutte pour le nouveau comme la chair à l'os.

À l'occasion du Nouvel An, le PCC(M-L) salue tous ceux et celles qui font de grands efforts pour faire avancer le mouvement de la classe ouvrière et les efforts du peuple pour s'investir du pouvoir souverain, les activistes qui s'engagent dans un travail ayant un caractère révolutionnaire de masse organisé, avec sa propre voix. À cet égard, la publication du journal Le Renouveau en ligne et en format tabloïde imprimé de temps à autre jouera un rôle crucial dans le développement et le renforcement de la résistance et de sa forme organisationnelle et sa voix indépendantes. En écrivant et en envoyant des rapports pour Le Renouveau,les Comités de citoyens aideront à coup sûr le mouvement ouvrier et le mouvement du peuple pour s'investir du pouvoir, lesquels doivent s'appuyer sur leur propre pensée, analyse, effort et travail. En 2015, le PCC(M-L) continuera de développer leur rôle crucial dans l'ouverture d'une voie vers le nouveau.

En 2015, bâtissons les organisations et la voix du mouvement de la classe ouvrière et du mouvement du peuple pour s'investir du pouvoir et se donner un gouvernement antiguerre ! En avant pour faire des Comités de citoyens et du Renouveau un succès !

Débarquons Harper en 2015 !

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Une nouvelle direction pour l'économie

L'inégalité sociale et la nécessité
de restreindre le droit de monopole

L'année 2014 tire à sa fin et il ressort que l'une des importantes préoccupations des Canadiens est la croissance de l'inégalité sociale, l'une des conséquences de l'offensive antisociale néolibérale. Afin de faire diversion sur cette inégalité sociale et sur le besoin de changer la direction de l'économie, on se réfère parfois à ce phénomène comme étant une problématique d' « inégalité relative à la croissance du revenu ». Un tel discours laisse entendre que le seul responsable de cette situation est le gouvernement Harper et que ce sont ses mauvaises politiques qui sont le facteur d'appauvrissement de ce que l'on nomme la classe moyenne. En fait, l'inégalité sociale est une question que doit résoudre la société pour le bienfait de la collectivité de tous ses membres et non pour une poignée de privilégiés.

Séparer la question de l'inégalité sociale de celle du privilège de classe sociale et du droit de monopole veut dire en nier la signification et la réalité pour ainsi affaiblir la riposte de la classe ouvrière. Le professeur Miles Corak de l'Université d'Ottawa cite l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) ainsi : « [L'inégalité relative à la croissance des revenus] peut mettre en péril la mobilité sociale vers le haut, faisant en sorte qu'il devient plus difficile pour les gens talentueux et travaillants d'avoir accès aux récompenses qu'ils méritent. La mobilité intergénérationnelle des revenus est faible dans les pays caractérisés par une grande inégalité tels que l'Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis, alors qu'elle est plus élevée dans les pays nordiques où le revenu est réparti de façon plus équitable. »

Selon Corak : « La suggestion voulant qu'une plus grande inégalité amenuise les chances et affecte à la baisse la mobilité intergénérationnelle est le point de départ de cette thèse - Inégalité du revenu, égalité des chances et mobilité intergénérationnelle. Plus particulièrement, j'évalue jusqu'à quel point l'inégalité croissante dans un pays à haut revenu, en particulier les États-Unis, a comme effet probable de limiter la mobilité économique de la génération de jeunes adultes à venir. Je propose ainsi une discussion descriptive quoique structurée de ce qui engendre de façon sousjacente la relation entre l'inégalité et la mobilité intergénérationnelles. »

L'élite politique, économique et intellectuelle se préoccupe du fait que les différences croissantes entre les classes ainsi que les stuctures rigides et les privilèges qui restreignent la mobilité de classe pousseront la classe ouvrière à organiser des actions politiques. Elle prend toutes les mesures pour réduire la discussion et les actions sur la question de l'inégalité à une question de veiller à ce que des mesures soient adoptées permettant davantage aux individus talentueux provenant de la classe ouvrière de se frayer un chemin pour devenir des membres bien rémunérés de la couche moyenne ou encore des entrepreneurs à succès pour ainsi goûter à l'élixir qu'est le privilège de classe et ensuite tourner le dos politiquement à leur ancienne classe sociale.

L'élite dominante concentre sa campagne sur la question de l'inégalité du revenu. Cela fait diversion pour empêcher la classe ouvrière de saisir l'essence du problème qui est le contrôle de l'économie socialisée et la nécessité de restreindre le droit de monopole. Qui contrôle l'économie, ainsi que son expression concentrée en politique, et qui décide de ces questions qui affectent directement le peuple sont la principale question et la principale problématique confrontant la classe ouvrière.

Le privilège de classe dans le monde d'aujourd'hui est directement lié au droit de monopole et à la suppression du droit public. Le droit de monopole contrôle et décide de tout, y compris la distribution du produit social, à la fois en tant que revenu et en tant que programmes et services publics. Aussi contrôle-t-il où et quand investir la richesse sociale accumulée produite par la classe ouvrière.

En s'organisant pour restreindre le droit de monopole, la classe ouvrière peut augmenter sa réclamation collective au produit social qu'elle produit, mais aussi son contrôle sur l'économie socialisée. Pour ce faire, elle doit priver les monopoles et leurs propriétaires individuels ou en groupe ainsi que leurs représentants politiques de la capacité de priver le peuple de ses droits économiques et politiques. Cette lutte est celle du renouveau démocratique, de l'investissement du pouvoir par le peuple et des droits de tous.

Le peuple doit accéder au pouvoir politique nécessaire à la restriction du droit de monopole et il doit défendre le droit public. Le fait de participer à la politique pratique et de mobiliser le peuple dans la lutte pour le renouveau démocratique permettra à la classe ouvrière de connaître des succès dans la défense des droits et de s'assurer que les droits et les besoins du peuple sont défendus et que sa réclamation sur le produit social collectif ainsi que son contrôle de l'économie sont garantis en tout temps et en toutes circonstances.

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Réunion à Washington des ministres de l'énergie d'Amérique du Nord

L'intégration plus poussée
du «marché continental de l'énergie»

Les ministres de l'énergie des États-Unis, du Mexique et du Canada se sont réunis à Washington DC le 15 décembre 2014 pour discuter de la poursuite de l'intégration du « marché continental de l'énergie ».

Le secrétaire à l'Énergie des États-Unis, Ernest Moniz, le secrétaire à l'Énergie du Mexique, Pedro Joaquin Coldwell, et le ministre canadien des Ressources naturelles, Greg Rickford, ont émis un communiqué conjoint dans lequel ils réaffirment leur engagement à mettre en oeuvre l'accord conclu lors du sommet des dirigeants à Toluca, au Mexique, en février 2014, qui considère la prise en main de la question de l'énergie comme une « priorité trilatérale ».

Le ministre Rickford a dit que la rencontre visait à « examiner les options qui s'offrent à nos dirigeants alors qu'ils se penchent sur comment un marché nord-américain entièrement intégré pour des raisons économiques, d'environnement et de sécurité devrait et pourrait fonctionner ».

Dans leur communiqué conjoint, les ministres ont convenu de commencer par une collaboration trilatérale dans trois domaines stratégiques qu'ils décrivent ainsi : la collaboration nord-américaine relativement aux données publiques, aux statistiques et à la cartographie du secteur de l'énergie ; l'exploitation responsable et durable du pétrole et du gaz naturel non classiques au moyen de pratiques exemplaires ; une infrastructure énergétique moderne, résiliente pour l'Amérique du Nord, dans tous ses aspects : outre l'infrastructure physique, l'infrastructure institutionnelle — les politiques, les règlements, la main-d'oeuvre, l'innovation, les pratiques visant à promouvoir les biens et services éconergétiques et les technologies viables.

Le communiqué conjoint fait l'éloge de la nouvelle loi sur l'énergie que le Mexique a adoptée, qui « révolutionnera son secteur de l'énergie » et crée des possibilités historiques, selon les ministres, « pour la coopération trilatérale » permettant de renforcer le potentiel énergétique de l'Amérique du Nord et « d'appuyer la mobilisation interentreprises dans le secteur de l'énergie ».

Il s'agit de la loi sur l'énergie que le gouvernement mexicain a adoptée récemment qui diminue le contrôle de l'État sur le secteur de l'énergie. L'exploration et le développement du pétrole et du gaz y sont ouverts à l'industrie privée. Le Mexique a déjà ouvert aux appels d'offres l'exploration en 14 endroits du Golfe du Mexique. La compagnie canadienne basée à Toronto Rubiales Pacific a récemment signé un Protocole d'entente avec la société PEMEX du Mexique pour examiner les possibilités d'exploration extracôtière.

La rencontre des ministres de l'Énergie s'est terminée par la signature d'un Protocole d'entente sur la « Coopération en matière d'information sur l'énergie » et par l'annonce d'un « Plan d'action » qui sera élaboré au cours des prochaines semaines pour mettre en oeuvre cette collaboration, et un rapport d'étape à l'intention des dirigeants sera publié en décembre 2015.

Cette rencontre des ministres de l'Énergie, qui fait suite à la rencontre des dirigeants des États-Unis, du Mexique et du Canada, fait partie des plans d'intégration continentale totale des grandes entreprises multinationales visant à l'édification des États-Unis des monopoles de l'Amérique du Nord comme rempart pour la domination mondiale de l'impérialisme américain et pour faciliter l'exploitation de la terre, des ressources et du travail des trois pays. Le Partenariat pour la sécurité et la prospérité de Bush, Fox et Martin, qui a mis sur pied un certain nombre d'organismes continentaux comme le Groupe de travail nord-américain sur l'énergie, est mis de côté au profit d'un plan beaucoup plus complet d'intensification de l'intégration nord- américaine.

Le Groupe de travail mis sur pied par le Conseil des relations étrangères en octobre 2014 présente très clairement ce que ce plan comporte. Intitulé « North America : Time for a New Focus » (l'Amérique du Nord : un recentrage à faire), le rapport mentionne que « donner plus d'importance et la priorité aux relations États-Unis-Canada-Mexique est la meilleure façon de renforcer les États-Unis et sa place dans le monde ».

Le Groupe de travail était coprésidé par David H. Petraeus, général de l'armée américaine à la retraite, ex-directeur de la CIA et président actuel du KKR Global Institute, et Robert B. Zoellick, ancien président du World Bank Group et président actuel de Goldman Sachs's International Advisors.

Le rapport mentionne que l'initiative du Partenariat pour la sécurité et la prospérité « est loin d'avoir satisfait au besoin urgent de l'heure, une véritable transformation de l'Amérique du Nord ». Il décrit en détails la transformation qui est requise. « Le Groupe de travail croit que le défi aujourd'hui est d'envisager une vision nord-américaine et d'élaborer le concept de politiques et de coopération nord-américaines et de faire une priorité de l'établissement de ces politiques. Une Amérique du Nord plus forte va accroître la compétitivité, la sécurité et le bien-être des États-Unis et donner une impulsion à l'influence des États-Unis dans le monde. Les États-Unis doivent investir chez eux afin de créer une base continentale plus forte pour le XXIe siècle. »

Selon le Groupe de travail, l'énergie est l'un des quatre secteurs clés d'une intégration nord-américaine pleine et entière. « Le Groupe de travail propose une série complète de recommandations visant à l'approfondissement de l'intégration nord-américaine selon 4 secteurs pivots : l'énergie, la compétitivité économique, la sécurité et la communauté. »

La section sur l'énergie du rapport du Groupe de travail formule presque mot à mot l'ordre du jour et les tâches que le Sommet des ministres de l'Énergie a adoptés. Par exemple, faisant une évaluation de la situation actuelle qui est caractérisée par la montée « de la production de pétrole et de gaz non conventionnels aux États-Unis », par « des réformes charnières du secteur de l'énergie au Mexique » de même que par « l'exploration et le développement accrus des sables bitumineux du Canada », le rapport conclut que « le potentiel d'auto-suffisance et même de surplus existe ». Face aux niveaux croissants de production, le rapport souligne que « l'intégration continentale renforcerait la sécurité énergétique ».

Cherchant à maximiser les profits et les avantages des monopoles pétroliers, le rapport recommande aux pays d'Amérique du Nord de « clarifier les zones d'ombre qui limitent l'investissement en aval lequel habituellement est intensif en capital et de longue durée ». Les États-Unis, le Canada et le Mexique doivent « établir des cadres réglementaires et de politiques d'intégration et de coopération transfrontaliers sur la question de l'énergie qui sont crédibles, stables et clairement définis. »

Le rapport soulève aussi le problème du manque d'infrastructure adéquate pour suivre le rythme du développement pétrolier et gazier. Les monopoles de l'énergie auraient besoin de changements dans le processus d'approbation gouvernementale et de plus d'investissements dans la construction et la rénovation de pipelines pour amener le pétrole et le gaz des puits aux raffineries et aux consommateurs de la façon la plus économique et la plus efficiente possible. Cela requiert diverses agences de réglementation et « l'harmonisation des lois entre les trois pays ». Le rapport conclut que « sans un cadre trilatéral, les secteurs de l'énergie de la région ne partagent pas leurs meilleures pratiques et les leçons qu'ils tirent ; cela mène à de l'inefficience, à des erreurs et à des délais ».

Le fait que le Conseil des Relations étrangères des États-Unis et les élites politiques et d'affaires qu'il représente établissent l'ordre du jour des gouvernements des États-Unis, du Mexique et du Canada ne devrait surprendre personne. Au Canada, les conservateurs sous Stephen Harper ont toujours appuyé avec enthousiasme l'intégration nord-américaine et ont montré un zèle particulier à aller au devant des besoins des monopoles pétroliers. Harper a systématiquement refusé d'adopter quelque règlement que ce soit qui limiterait leur activité. Au contraire, plus de 70 milliards $ de fonds publics ont été mis à la disposition du programme Portes d'entrée et corridors de commerce stratégiques du Canada et notamment du Nouveau Plan Chantiers Canada pour la construction de l'infrastructure nécessaire à la création d'une économie nord-américaine totalement intégrée qui sert les intérêts monopolistes.

Harper travaille à ce plan depuis au moins 2007 lorsqu'il a fait la déclaration suivante :

« L'avènement des chaînes d'approvisionnement mondiales en tant que modèle commercial prééminent est un facteur clé des changements économiques mondiaux. La prospérité et le niveau de vie des Canadiens ne pourront être maintenus à moins que le Canada ne devienne une plaque tournante du commerce international des marchandises entre l'Amérique du Nord, l'Asie et l'Europe. »

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Programme pilote de capital de risque pour les investisseurs immigrants

Le gouvernement Harper en contradiction avec
la définition moderne de citoyenneté

Le 16 décembre dernier, le gouvernement Harper a annoncé la mise sur pied d'un nouveau programme d'investisseurs immigrants qui selon lui attirera des investisseurs immigrants « ayant un avoir élevé ». L'ancien programme qui a été éclaboussé de scandales n'a été annulé qu'en février 2014 mais aucune nouvelle demande n'avait été acceptée depuis 2012.

Le Programme pilote de capital de risque pour les investisseurs immigrants est le plus récent des programmes « d'investisseurs » qui ont d'abord été lancés par le gouvernement Mulroney dans les années 1980. En essence, ils sont une façon donnée à des individus et des criminels riches d'acheter leur statut de résidence permanente au Canada et de devenir citoyens.

Le nouveau programme prévoit qu'au moins 50 immigrants investisseurs à « avoir élevé » et leurs familles vont devenir résidents permanents à partir de la fin janvier 2015. Ce programme met la barre plus haute en ce qui concerne l'avoir net des individus qui sont acceptés et le montant qu'ils doivent investir. Il comprend aussi des conditions qui n'existaient pas dans les programmes précédents, comme la nécessité d'une instruction postsecondaire et de la maîtrise de l'anglais et/ou du français.

Les candidats qui sont admissibles doivent faire la preuve qu'ils ont « un avoir net obtenu licitement d'au moins 10 millions $ provenant d'activités commerciales lucratives licites » et doivent « faire un investissement non garanti de 2 millions $ dans le Programme pilote de capital de risque pour les investisseurs immigrants ». L'argent investi sera utilisé « pour appuyer des entreprises canadiennes novatrices en démarrage à fort potentiel de croissance ».

Un maximum de 500 demandes seront acceptées pour évaluation. Les demandes seront sélectionnées de façon aléatoire aux fins de traitement jusqu'à ce qu'une cinquantaine de demandes aient été approuvées.

Le Québec a aussi établi un Programme des investisseurs qui peut accepter dans sa première phase jusqu'à 1750 demandes dont 1200 au maximum provenant d'un seul pays. Les candidats potentiels doivent posséder un avoir net de 1,6 million $ et signer une entente en vertu de laquelle ils vont investir 800 000 $ avec un intermédiaire financier autorisé, manifester leur intention de vivre au Québec et remplir des critères d'expérience en affaires.

Les programmes d'immigration « classe d'affaires » ont commencé en 1986 sous le gouvernement Mulroney. Dans les années 1980, le gouvernement Mulroney a amendé la Loi sur l'immigration pour y inclure une classe affaires comme nouvelle catégorie d'immigration. Il a dit à l'époque que cela allait apporter un avantage net au Canada en attirant des gens qui amèneraient un capital appréciable au pays afin d'y ouvrir une entreprise ou faire des investissements au Canada. Cet amendement est devenu la voie principale utilisée en particulier par de riches individus de Hong Kong pour immigrer au Canada jusqu'à la fin du pouvoir britannique sur Hong Kong en 1997.

L'investissement au début consistait en un prêt sans intérêt de 400 000 $, remboursable en 5 ans, à la province de résidence de l'immigrant investisseur. Au vu et au su du gouvernement canadien, les banques canadiennes ont établi un stratagème en vertu duquel l'immigrant potentiel n'avait qu'à verser 120 000 $ et les banques versaient le reste, quelque chose qui a été très profitable non seulement pour les banques mais pour les avocats et les consultants en immigration qui étaient impliqués. En 2010, le montant du prêt a été augmenté à 800 000 $. Ces mesures ont été gelées en 2012 à cause de la corruption et des allégations de fraude.

Le gouvernement Harper a gelé les demandes puis annulé ces mesures en février 2014 en disant qu'elles n'apportaient pas d'« avantage net » au Canada. L'ancien ministre des finances Jim Flaherty avait alors dit qu'il y avait « peu de preuves que les personnes entrant dans la catégorie des investisseurs immigrants maintiennent des liens avec le Canada ou qu'elles apportent une contribution positive à l'économie nationale », une déclaration qui a été reprise dans le budget fédéral 2014.

Le ministre actuel de l'Immigration, Chris Alexander, et son prédécesseur, Jason Kenney, ont tous deux dit que ces programmes ont échoué à attirer l'investissement étranger.

« Globalement, les investisseurs immigrants font état de revenus d'emploi et de revenus d'investissement inférieurs à la moyenne canadienne, lisait-on dans les documents budgétaires, et ils paient beaucoup moins d'impôt au fil de leur vie que les personnes appartenant à d'autres catégories d'immigrants économiques. »

En fait, sur une période de 20 ans, les aides familiales résidantes qui sont devenus résidentes permanentes ont payé plus d'impôts en moyenne que les investisseurs immigrants. Selon le gouvernement, c'est un signe qu'un grand nombre d'investisseurs ne restent pas au Canada ou continuent à faire leurs affaires à partir d'ailleurs.

Le gouvernement Harper n'a jamais fourni d'argument sérieux pour expliquer pourquoi ces nouveaux programmes sont maintenant mis sur pied. (Il reste encore deux autres programmes d'affaires, soit le Visa pour démarrage d'entreprise et les programmes de travailleurs indépendants qui permettent à certains professionnels et innovateurs de venir au Canada. Le Québec a aussi un programme du genre.)

En l'absence d'une loi de la citoyenneté qui s'applique à tous et établit clairement les droits et les responsabilités de la citoyenneté en tant que loi fondamentale du pays, ce sont des considérations arbitraires qui sont utilisées pour déterminer ce qui fait de quelqu'un « un Canadien qu'on souhaite avoir ». Une définition moderne de la citoyenneté doit éliminer tout arbitraire et enchâsser les droits et les devoirs de tous en vertu de leur appartenance au corps politique, sans égard au fait qu'ils obtiennent la citoyenneté par la naissance ou la naturalisation. Un corps politique démocratique enchâsse une définition moderne de la citoyenneté selon laquelle l'appartenance à un corps politique repose entièrement sur des droits et des devoirs objectifs, sans égard à toute autre considération d'origine nationale, de race, de langue, de religion, d'affiliation politique, de genre, de richesse ou d'habileté. On ne peut en aucune circonstance empiéter sur la liberté de conscience. Cette définition moderne ne peut tolérer un système basé sur le privilège de classe, le trafic de main- d'oeuvre et l'esclavage moderne ou sur le diktat des monopoles quant à qui peut immigrer au Canada et demander la citoyenneté.

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Cuba

Célébrations de la libération des Cinq Cubains
et de l'anniversaire du triomphe
de la Révolution cubaine



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Message aux partis et aux forces et mouvements sociaux et politiques du monde

C'est avec beaucoup de joie, comparable seulement à celle du triomphe historique de la Révolution cubaine le 1er janvier 1959, que notre peuple célèbre le retour dans sa patrie des cinq héros antiterroristes injustement incarcérés aux États-Unis pendant plus de 16 ans et la décision des gouvernements de Cuba et des États-Unis de rétablir leurs relations diplomatiques et de travailler à leur normalisation. La seule chose qui reste à faire est de lever le blocus économique, commercial et financier qui est imposé à Cuba.

Les États-Unis ont finalement reconnu, pour reprendre les mots du président Barack Obama lui-même, que la politique d'hostilité et de blocus de plus d'un demi-siècle a échoué et que, plutôt que d'isoler Cuba, elle a contribué à l'isolation internationale des États-Unis.

Cette victoire historique a été rendue possible d'abord par la longue lutte de notre peuple révolutionnaire sous la direction de nos plus hauts dirigeants, Fidel et Raúl, de même que par l'encouragement de solidarité de nos amis de par le monde pendant ces cinq décennies.

Nous tenons donc à transmettre à tous les partis et toutes les forces et organisations de masse politiques et sociales de même qu'aux personnalités et aux amis de Cuba qui nous ont accompagnés, notre gratitude la plus sincère pour leur confiance dans la Révolution cubaine. Nous sommes convaincus que nous pouvons continuer de compter sur votre appui face aux nouveaux défis qui nous attendent dans les nouvelles conditions d'aujourd'hui. Nous pouvons vous assurer que Cuba va continuer de défendre les idéaux de l'indépendance, de la souveraineté nationale et du socialisme.

Le Département des relations internationales
Comité central du Parti communiste de Cuba

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La confiance inébranlable en la victoire
que nous a inculquée Fidel continuera
de guider tout notre peuple

Discours de Raul Castro Ruz, premier secrétaire du Parti communiste de Cuba et président du Conseil d'État et du Conseil des ministres, à la clôture de la 4e Session ordinaire de la 8e Législature de l'Assemblée nationale du pouvoir populaire, au palais des Congrès, le 20 décembre 2014, An 56 de la Révolution

* * *

Compañeras et compañeros,

Nous avons vécu ces derniers temps des journées intenses et émouvantes.

Ce mois-ci, nous avons organisé avec succès le 5e Sommet entre Cuba et la Communauté des Caraïbes (Caricom), puis, dimanche dernier, le 13e Sommet de l'Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA), où nous avons rendu l'hommage qu'ils méritaient à ses deux chevilles ouvrières : le cher président bolivarien Hugo Chavez Frias et le commandant en chef de la Révolution cubaine, le compañero Fidel Castro Ruz (Applaudissements).


À gauche: les présidents des pays fondateurs de l'ALBA, Cuba et le Venezuela, au XIIIe Sommet. À droite: les délégués au 5e sommet Caricom-Cuba

Nous avons parmi nous Gerardo, Ramon et Antonio, ce qui est un motif de réjouissance et de joie profondes pour tout notre peuple, mais je reviendrai sur ce point important à la fin de mon intervention. Sont aussi présents les compañeros Fernando et René, et les proches des Cinq Héros, ainsi que le jeune Elian Gonzalez, son père Juan Miguel et le colonel Orlando Cardoso Villavicencio, Héros de la République de Cuba, qui a été soumis à un emprisonnement rigoureux de plus de dix ans en Somalie.

Comme de coutume aux sessions de notre Parlement, il m'incombe de passer en revue l'évolution de notre économie en cette année qui tire à sa fin, ainsi que le Plan et le Budget pour 2015, dont les députés ont profondément débattus dans les dix commissions et à la séance plénière d'hier.

Le 9e Plénum du Comité central du Parti tenu jeudi dernier ayant été aussi consacré à l'analyse de ces questions, je n'y ferai qu'une brève référence.

Notre Produit intérieur brut (PIB), on le sait, a enregistré une croissance de 1,3 %, inférieure aux prévisions initiales, du fait, entre autres, des résultats insuffisants du premier semestre pendant lequel nous avons affronté de graves limitations financières faute des revenus extérieurs escomptés, de conditions climatiques défavorables et de carences internes de la gestion économique. Nous sommes parvenus au second semestre à inverser modestement cette tendance et à atteindre des résultats supérieurs.

Le plan de l'an prochain raffermit et renforce cette tendance d'une croissance plus solide de l'économie cubaine, basée sur l'élévation des réserves d'efficience internes, sur la relance des secteurs productifs, en particulier de l'industrie manufacturière, sur l'optimisation des porteurs énergétiques et sur des investissements supérieurs en infrastructures et en production matérielle, tout en préservant des services sociaux essentiels à notre population, telles la santé publique et l'éducation.

On prévoit pour 2015 une croissance du PIB légèrement supérieure à 4 %, un objectif que nous pouvons atteindre dans la mesure où nous disposons suffisamment à l'avance de meilleures ressources financières qu'au début de 2014. Ce qui ne veut pas dire, tant s'en faut, que cela sera facile. Nous devrons continuer d'affronter les effets de la crise économique mondiale et du blocus étasunien qui se maintient, ces deux facteurs entraînant incontestablement des obstacles au développement de notre économie.

Nous continuerons parallèlement d'honorer rigoureusement les engagements que nous avons pris pour restructurer nos dettes envers nos principaux créanciers et contribuer ainsi à la récupération graduelle de la crédibilité de l'économie cubaine dans l'arène internationale.

Hier après-midi, l'Assemblée nationale a voté la Loi budgétaire de l'État pour 2015, laquelle envisage un déficit de 6,2 % du PIB, considéré acceptable dans les circonstances actuelles. Elle incorpore de nouveaux impôts et réduit la taxe fiscale qui frappe le système d'entreprises en correspondance avec l'application graduelle de la Loi fiscale.

Différentes mesures adoptées renforceront le contrôle fiscal face aux indisciplines et à la fraude fiscale par les personnes juridiques et naturelles.

En l'occurrence, il ne faut pas se contenter de punir les transgresseurs, puisque l'impunité équivaudrait à encourager la violation des normes légales en vigueur ; il faut aussi stimuler dans les institutions, les entreprises, les coopératives et chez les travailleurs à leur compte une culture du « civisme fiscal », pour faire comprendre que les impôts constituent la formule principale pour redistribuer le revenu national dans l'intérêt de tous les citoyens.

Par ailleurs, nous avons continué de mettre en oeuvre les Orientations de la politique économique et sociale du Parti et de la Révolution adoptées par le 6e Congrès. Nous sommes entrés à cet égard, comme nous l'avons dit, dans une étape qualitativement supérieure où l'on abordera des tâches extrêmement complexes dont la solution aura des retombées sur tous les aspects de l'activité nationale.

Je veux parler, en premier lieu, de l'unification monétaire en vue de laquelle nous avons solidement progressé au second semestre du point de vue conceptuel et tracé un train de mesures d'envergure pour éviter que l'économie et la population en souffrent.

La décision de généraliser les ventes en pesos convertibles (CUP) dans les magasins en devises a été favorablement accueillie, et nous l'élargirons d'une manière graduelle.

Je saisis l'occasion pour ratifier deux concepts incontournables :

Tout d'abord, l'unification monétaire n'est ni la panacée, ni la solution immédiate à tous nos problèmes économiques.

Cette décision importante doit s'accompagner d'un train de mesures macroéconomiques qui favoriseront la réorganisation monétaire du pays par des instruments capables de garantir l'équilibre des finances nationales, ce qui contribuera de façon décisive à améliorer le fonctionnement de notre économie et la construction à Cuba d'un socialisme prospère et durable.

Le second concept n'est pas moins important : les dépôts bancaires en devises étrangères, en pesos convertibles cubains (CUC) et en pesos cubains (CUP), ainsi que les liquidités aux mains de la population et des personnes juridiques nationales et étrangères seront garantis.

Nous n'ignorons pas que certains, dans le pays et à l'étranger, n'ont cessé de se prononcer, parfois d'une façon saine, parfois d'une façon absolument malsaine, sur le rythme de la mise à jour de notre modèle économique.

On n'a pas manqué non plus, depuis l'étranger, de nous exhorter à hâter la privatisation, y compris des principaux secteurs de production et de services, ce qui reviendrait à baisser le pavillon du socialisme à Cuba.

Ces gens-là, à ce qu'il semble, n'ont même pas pris la peine de lire nos Orientations, où il est écrit clairement : « ...le système économique qui prévaudra continuera de reposer sur la propriété socialiste de tout le peuple sur les moyens de production fondamentaux, et le principe de distribution socialiste : ' De chacun selon ses capacités ; à chacun selon son travail' devra régir. »

Nous continuerons de mettre en oeuvre les accords du 6e Congrès du Parti communiste de Cuba, en toute responsabilité, fermement, à la vitesse dont nous déciderons ici souverainement, sans mettre en péril l'unité des Cubains, sans laisser qui que ce soit livré à son sort, sans appliquer de thérapies de choc et sans jamais renoncer aux idées de justice sociale de cette Révolution des humbles, par les humbles et pour les humbles.

Nous lancerons l'an prochain les préparatifs du 7e Congrès du Parti, qui se tiendra en avril 2016, et en vue duquel les militants communistes et tout le peuple débattront de manière démocratique et ample de la mise en oeuvre de ces Orientations.

La mise à jour de notre modèle va étroitement de pair avec la décentralisation graduelle — je répète : graduelle — des facultés, depuis les ministères jusqu'au système d'entreprises.

Impossible de le faire en un tournemain, si nous voulons réussir. Nous devons nous donner le temps de préparer et de former, comme nous le faisons, les cadres à tous les niveaux, de modifier les mentalités archaïques, de rejeter de vieilles habitudes, ainsi que d'élaborer et mettre en place le cadre juridique et les procédés précis qui permettront aux uns et aux autres de contrôler si les décisions sont appliquées correctement, de rectifier les erreurs en temps opportun et d'éviter ainsi des reculs fâcheux.

C'est pour favoriser une plus grande autonomie de l'entreprise publique socialiste que, entre autres mesures, son objet social a été élargi et assoupli, que les fonctions de l'État ont été définies et que des facultés lui ont été concédées pour vendre ses excédents de production. Par ailleurs, les limites administratives concernant les salaires liés aux résultats ont été supprimées.

Ces transformations devront s'exécuter graduellement, sans hâte, dans l'ordre, la discipline et l'exigence.

La juste aspiration à de meilleurs salaires est une question très sensible, et nous n'avons pas le droit de nous tromper, ni de nous laisser emporter par des voeux pieux ni d'improviser.

Nous nous réjouissons de voir s'élever peu à peu les salaires de ceux qui travaillent dans les activités où les résultats sont les plus efficaces et qui apportent des bénéfices ayant un impact économique et social spécifique.

Toutefois, qu'il soit bien clair que nous ne pouvons distribuer une richesse que nous avons été incapables de créer. Le faire aurait de graves conséquences sur l'économie nationale et sur chaque citoyen. Inonder les rues d'argent sans une croissance équivalente de l'offre de biens et services provoquerait une inflation, un phénomène qui, entre bien d'autres effets, réduirait le pouvoir d'achat des salaires et des pensions, et frapperait en premier lieu les plus modestes. Et nous ne pouvons pas le permettre.

Durant la première année d'application de la nouvelle politique salariale, de nombreuses entreprises ont violé l'indice de dépense salariale ajustée au peso de valeur ajoutée brute, autrement dit, elles ont payé des salaires plus élevés sans la valeur correspondante en production. Et c'est là, comme j'en ai averti à plusieurs reprises, une indiscipline grave, très grave, que les dirigeants administratifs et les organisations syndicales doivent combattre résolument.

Dans notre système social, nul ne l'ignore, les syndicats défendent les droits des travailleurs, et, pour ce faire, ils doivent être les premiers à veiller non seulement sur les intérêts d'un lieu de travail déterminé, mais sur les intérêts de toute la classe ouvrière, lesquels sont, par essence, les mêmes que ceux que soutient la nation entière.

Nous ne pouvons laisser se développer et se renforcer l'égoïsme et la cupidité chez nos travailleurs. Nous voulons tous de meilleurs salaires, et nous en avons tous besoin, mais il faut auparavant créer la richesse pour pouvoir la distribuer ensuite selon la contribution de chacun.

Bien entendu, je n'ai pas mentionné de nombreuses autres questions liées à la mise à jour de notre modèle économique : d'autres déviations se sont présentées que nous devons rectifier à temps pour ne pas avoir à faire marche arrière. Mais pour cela, nous devons travailler avec beaucoup de sérieux et de sens de nos responsabilités.

Personne au monde ne peut contester l'action remarquable de Cuba, cette année-ci, dans l'arène internationale. Le défi que nous avons à relever en tant que Cubains est très grand : situer l'économie à la hauteur du prestige politique que notre petite île des Antilles a conquis grâce à la Révolution, à l'héroïsme et à la capacité de résistance de son peuple. L'économie restant l'examen qu'il nous faut encore réussir, nous avons le devoir de l'acheminer définitivement vers le développement durable et irréversible du socialisme cubain.

Comme je l'ai dit au début, les députés et le peuple tout entier ressentent une émotion et une joie énormes devant le retour dans notre patrie de Gerardo, de Ramon, d'Antonio, de Fernando et de René. La promesse de Fidel, voilà maintenant treize ans, s'est accomplie ! L'exemple de fermeté, de sacrifice et de dignité extraordinaire des Cinq enorgueillit la nation tout entière, qui a bataillé inlassablement pour leur libération et qui les accueille aujourd'hui en véritables héros (Applaudissements).

Je tiens à réitérer ma profonde et sincère gratitude à tous les mouvements et comités de solidarité qui se sont battus pour arracher leur liberté, aux gouvernements, aux parlements, aux organisations, aux institutions et aux personnalités qui, en grand nombre, y ont grandement contribué.

Le peuple cubain sait gré au président des États-Unis, Barack Obama, de cette juste décision. Il a levé ainsi un obstacle aux relations entre nos pays.

Le monde entier a réagi positivement aux annonces faites mercredi dernier, appréciant leur importance pour les relations internationales, surtout pour les relations des États-Unis avec la région, ce qui a suscité des déclarations favorables de gouvernements, de présidents et de personnalités reconnues, ce dont nous les remercions sincèrement.

Elles ont été le fruit de conversations soutenues au plus haut niveau, dans la plus grande discrétion, et qui ont bénéficié de la contribution du Pape François et des facilités offertes par le gouvernement canadien.

Ce résultat découle aussi des profonds changements intervenus en Amérique latine et dans les Caraïbes, dont les gouvernements et les peuples réclament à l'unisson que les États-Unis suivent une autre politique envers Cuba.

Nous nous félicitons de la décision du président Obama d'écrire un nouveau chapitre dans les relations entre nos deux nations et d'opérer dans la politique étasunienne les changements les plus marquants de ces cinquante dernières années.

Nous apprécions comme elle le mérite sa disposition d'engager au Congrès un débat sur la levée du blocus, ainsi que son souhait d'instaurer un avenir meilleur pour nos deux peuples, pour le continent et pour le monde.

Nous partageons l'idée qu'une nouvelle étape peut s'ouvrir entre les États-Unis et Cuba, à commencer par le rétablissement des relations diplomatiques qui devront reposer sur les conventions relatives aux relations diplomatiques et consulaires régissant la conduite des missions correspondantes et de leurs fonctionnaires.

Nous assisterons aux contacts de haut niveau entre les deux gouvernements dans un esprit constructif, de respect et de réciprocité, afin de progresser vers la normalisation des relations bilatérales.

Comme je l'ai dit le 17 décembre, un pas important a été fait, mais reste à régler l'essentiel : la levée du blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba, et qui s'est renforcé ces dernières années, surtout dans le domaine des transactions financières où les États-Unis ont infligé des amendes aussi énormes qu'illégitimes à des banques de différents pays.


Le président Raul Castro accueille les trois héros cubains le 17 décembre 2014

Compte tenu des conditions qui ont été annoncées, notre peuple doit comprendre qu'il s'agit là d'une lutte longue et difficile, qui exigera que la communauté internationale se mobilise et que la société étasunienne continue de réclamer la levée du blocus.

Tous les sondages indiquent que la majorité des Étasuniens et une majorité encore plus large de l'émigration cubaines sont favorables à la normalisation des relations bilatérales. Au Congrès, qui a converti en loi les dispositions du blocus, grandit aussi l'opposition à cette politique.

Nous espérons que le président Obama utilisera avec décision ses prérogatives exécutives pour modifier substantiellement les aspects du blocus qui n'exigent pas l'approbation du Congrès.

Pour notre part, nous étudierons la portée et les modalités d'application des mesures exécutives positives que le président Obama a annoncées.

L'instruction qu'il a donnée de réviser l'inscription injustifiable de Cuba sur la liste des États parrainant le terrorisme est encourageante. Les faits prouvent que Cuba a justement été victime de nombreux attentats terroristes, dont beaucoup des auteurs, comme on le sait, jouissent aujourd'hui de l'impunité, et qui ont occasionné parmi notre peuple des milliers de morts et de mutilés.

Les prétextes avancés à ces fins sont absolument infondés, comme le sait le monde entier. Ils ne servent que d'arguties à certains intérêts politiques pour justifier la recrudescence du blocus, notamment dans le secteur financier.

Cuba n'a jamais organisé, ou financé, ou exécuté un seul acte terroriste contre aucune personne, aucun intérêt ni aucun territoire des États-Unis, et elle ne le permettra pas. Chaque fois que nous avons eu des informations sur des plans terroristes contre ce pays, nous en avons informé son gouvernement auquel voilà des années que nous proposons d'établir un accord de coopération en la matière.

Nous avons toujours été disposés à un dialogue respectueux et réciproque, sur un pied d'égalité, afin de traiter les points les plus divers, sans la moindre atteinte à notre indépendance et à notre autodétermination, et sans renoncer, comme l'a toujours signalé Fidel, à un seul de nos principes.

Il ne sera possible de progresser, je le répète, que dans le respect mutuel, lequel implique l'observation des principes du Droit international et de la Charte des Nations unies, dont l'égalité souveraine des États, l'égalité en droits et l'autodétermination des peuples, le règlement des différends internationaux par des voies pacifiques, le non-recours à la force ou à la menace de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance de n'importe quel État, l'obligation de ne pas intervenir dans les affaires relevant de la juridiction des États, ce qui implique que toute forme d'ingérence ou de menace visant les facteurs politiques, économiques et culturels d'un État constitue une violation du droit international.

La Proclamation de l'Amérique latine et des Caraïbes comme Région de paix, signée par les chefs d'État ou de gouvernement des pays membres de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) au Sommet tenu le 29 janvier dernier à La Havane, affirme que tout État a le droit inaliénable de choisir son système politique, économique, social et culturel sans aucune forme d'ingérence de la part d'un autre État, ce qui constitue un principe du droit international. Ce document a été signé ici, à La Havane, par tous les chefs d'État ou de gouvernement de ce sous-continent, exception faite, bien entendu, des États-Unis et du Canada, qui n'y assistaient pas.

De profondes différences séparent les gouvernements étasunien et cubain, entre autres des conceptions distinctes sur l'exercice de la souveraineté nationale, sur la démocratie, sur les modèles politiques et sur les relations internationales.

Nous réitérons notre disposition à un dialogue respectueux et réciproque sur nos divergences. Nous avons des convictions arrêtées et de nombreuses inquiétudes sur ce qu'il se passe aux États-Unis en matière de démocratie et de droits de l'Homme, et si nous acceptons de discuter, à partir des fondements déjà énoncés, de n'importe quel point que les États-Unis voudraient aborder, eh bien nous le ferons, sur les réalités d'ici, mais aussi sur celles de là-bas.

Que l'on ne prétende pas, pour une amélioration de ses relations avec les États-Unis, que Cuba renonce aux idées pour lesquelles elle a lutté plus d'un siècle durant, pour lesquelles son peuple a versé beaucoup de sang et au nom desquelles elle a couru les plus grands périls !

Que l'on comprenne bien que Cuba est un État souverain, dont le peuple a voté librement par référendum une Constitution qui a décidé de son cap socialiste et de son système politique, économique et social ! (Applaudissements.)

De la même manière que nous n'avons jamais demandé aux États-Unis de changer leur système politique, de la même manière nous exigeons qu'ils respectent le nôtre !

En tant que gouvernements, nous devons adopter des mesures mutuelles à même de prévenir et d'éviter des faits qui pourraient entraver les progrès escomptés dans les relations bilatérales, dans le respect des lois et de l'ordre constitutionnel de chaque partie.

Nous n'ignorons pas que le président Obama, une fois ces mesures annoncées, a dû supporter des critiques virulentes de la part de forces qui s'opposent à la normalisation des relations avec Cuba, dont des législateurs d'origine cubaine et des meneurs de groupuscules contre-révolutionnaires qui refusent de perdre le train de vie que leur ont procuré des dizaines d'années d'affrontement entre nos pays. Ils feront tout leur possible pour saboter cette évolution, et il faut s'attendre à des provocations de toute sorte. De notre côté, nous ferons preuve d'une conduite prudente, modérée, réflexive, mais résolue (Applaudissements).

Cuba compte de nombreuses et diverses organisations de masse, syndicales et sociales, de paysans, de femmes, de lycéens et d'étudiants, d'écrivains et d'artistes, qui sont même représentées au Conseil d'État, ainsi que des organisations non gouvernementales dont beaucoup sont représentées à cette Assemblée de députés, et qui s'offenseraient qu'on puisse les confondre avec quelques centaines d'individus qui reçoivent de l'argent, des instructions et de l'oxygène de l'étranger.

Nous continuerons de défendre devant les organismes multilatéraux, telle l'Organisation des Nations Unies, la paix, le droit international et les causes justes, ainsi que de dénoncer les menaces à la survie de l'espèce humaine que constituent les changements climatiques et les arsenaux atomiques.

Nous continuerons de promouvoir la jouissance, par toutes les personnes, des droits de l'Homme, dont les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que le droit des peuples à la paix et à l'autodétermination.

La Révolution cubaine sait profondément gré aux peuples, aux partis et aux gouvernements qui lui ont témoigné une solidarité invariable et permanente, et elle continuera de fonder sa politique extérieure sur la fidélité indéfectible à ses principes (Applaudissements).

Les relations spéciales que nous entretenons avec la République bolivarienne du Venezuela en sont tout un symbole. Nous continuerons de l'appuyer face aux tentatives de déstabilisation que souffre son gouvernement légitime, dirigé par le compañero président Nicolas Maduro Moros, et nous rejetons les prétentions d'imposer des sanctions à cette nation soeur (Applaudissements).

Nous sommes prêts, comme je l'ai dit voilà quelques jours, à coopérer avec les États-Unis de manière multilatérale et bilatérale face aux dangers qui exigent des interventions humanitaires collectives et efficaces, qu'on ne devrait jamais politiser.


Les délégués au sommet de l'ALBA sur l'Ébola à La Havane rencontrent des médecins cubains qui se préparent à partir pour l'Afrique le 20 octobre 2014.

C'est le cas de la lutte contre l'épidémie à virus Ébola en Afrique de l'Ouest et de sa prévention dans les Amériques, comme l'a affirmé le Sommet extraordinaire de l'ALBA sur ce thème, qui s'est tenu en octobre dernier à La Havane.

Je répète ce que j'ai dit aux récents Sommet de la Caricom et de l'ALBA : je remercie le président panaméen, Juan Carlos Varela, de m'avoir invité à participer au 7e Sommet des Amériques, et je confirme que j'y assisterai pour exprimer les positions de Cuba, sincèrement et en y respectant tous les chefs d'État ou de gouvernement sans exception.

La participation de Cuba est le fruit du consensus solide et unanime de l'Amérique latine et des Caraïbes, qui vivent une époque spéciale et qui se sont unies dans leur diversité au sein de la CELAC, que Cuba s'est honorée de présider l'an dernier.

Nous n'oublions pas que l'ALBA, en le réclamant inlassablement avec le concours de tous les pays de la région, a réussi à faire éliminer les vieilles et honteuses sanctions imposées à Cuba en 1962 par l'Organisation des États américains, et ce au Honduras où, à peine un mois après, son président, le compañero Zelaya, était renversé par un coup d'État.

Compañeras et compañeros,

Nous fêterons dans quelques jours le Nouvel An et le 56e anniversaire de la Révolution ; voilà seulement deux jours, le 18 décembre, nous avons évoqué le 58e anniversaire de ma rencontre avec Fidel à Cinco Palmas de Vicana, en plein coeur de la Sierra Maestra (Applaudissements) et de son exclamation historique, quand il eut appris que nous pouvions compter sur sept fusils pour reprendre la lutte : « Cette fois, la guerre est gagnée ! » (Applaudissements.)

La confiance inébranlable en la victoire que nous a inculquée Fidel continuera de guider tout notre peuple défendant et perfectionnant l'oeuvre de sa Révolution.

Je vous félicite pour le Nouvel An !

Saluons l'An 57 de la Révolution cubaine !

Je vous remercie. (Ovation.)

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Manipulation anticommuniste des droits humains en RPD de Corée

Les sales tours des États-Unis pour justifier l'agression impérialiste et le changement de régime

L'année 2014 se termine avec l'approfondissement de la crise de la politique mondiale. Cette crise s'exprime entre autres sur la question des droits humains, sa politisation et la sélectivité et la pratique du deux poids deux mesures des États-Unis, de l'Union européenne et de divers pays du Commonwealth et de l'OTAN, incluant le Canada. Ces pays utilisent les Nations unies pour avancer leurs ambitions derrière leur prétention à défendre les droits humains. Pour les peuples du monde, c'est non seulement une source d'inquiétudes mais une indication du besoin urgent de renouveler les arrangements internationaux si l'on veut créer un monde où de telles choses ne se produisent pas. Il ne fait pas de doute que durant l'année qui vient la demande d'un nouvel ordre mondial se fera entendre en tant qu'expression de l'aspiration de l'humanité à garantir la paix.

Dans ce numéro, LML fait valoir qu'il est très préoccupant de voir un État membre de l'ONU, la République populaire démocratique de Corée (RPDC), être démonisée par les États-Unis et les grandes puissances de la vieille Europe. Ces puissances impérialistes politisent la question des droits humains afin de criminaliser la RPDC et substituer la confrontation et le bellicisme au dialogue tant nécessaire et à la signature d'un traité de paix entre la RPDC et les États-Unis.

Le 18 décembre, dans le contexte de menaces et de pressions des États-Unis, de l'Union européenne et de leurs alliés sur plusieurs États membres, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution contre la RPDC pour sa supposée violation des droits humains et ses soi-disant crimes contre l'humanité et demandé que la question soit référée à la Cour pénale internationale (CPI). La résolution non exécutoire a été adoptée à 116 votes pour, 20 contre et 52 abstentions, sur un total de 193 pays membres. La politisation impérialiste des droits humains était évidente dans l'énorme pression exercée sur les pays comme le Salvador, la Grenade et le Soudan du Sud, qui avaient voté contre la résolution à l'étape de la Troisième Commission.

L'ambassadeur adjoint de la RPDC à l'ONU, An Myong Hun, a dit à l'Assemblée générale que sa délégation rejette la résolution. Il a expliqué qu'elle repose sur une fabrication, un rapport signé par des gens qui n'ont jamais visité son pays et ont empêché toute possibilité de dialogue et de coopération. Il a ajouté que la délégation de la RPDC rejette l'utilisation des droits humains comme une arme politique pour justifier le changement de régime.

Par ailleurs, encore une fois par suite de manoeuvres des États-Unis, le Conseil de sécurité de l'ONU a mis « la question des droits de l'homme en RPDC » à l'ordre du jour de l'organisme composé de 15 membres lors d'un vote de procédure le 22 décembre. La Chine et la Russie s'y sont opposées alors que le Tchad et le Nigéria se sont abstenus. La RPDC a condamné et rejeté le vote, faisant valoir que le Conseil de sécurité n'a pas de mandat pour discuter de droits humains et peut uniquement discuter de questions de sécurité. Avant le vote, l'ambassadeur de la Chine à l'ONU Liu Jieyi a dit que « le Conseil de sécurité n'est pas le forum pour débattre de la question des droits humains » et a demandé au Conseil « de ne rien faire qui puisse provoquer une escalade ».

L'ambassadeur Liu a dit que la dénucléarisation, l'encouragement au dialogue et le maintien de la stabilité dans la péninsule coréenne sont les priorités que partage toute la communauté mondiale et que « l'intervention sur la situation des droits humains est une violation des objectifs ci-haut mentionnés et ne peut que nuire à la situation ».

De concert avec la manipulation qui se fait à l'ONU, Sony Pictures et le gouvernement des États-Unis orchestrent en ce moment une arnaque pour promouvoir un film raciste, pro-guerre et haineux envers la RPDC, sa direction et son peuple. Dès le début, la désinformation et les accusations quant à une supposée cyberattaque de la RPDC contre Sony Pictures étaient sans fondement. Ni les agences d'État des États-Unis ni personne d'autre n'ont présenté de preuve pour appuyer ces accusations. Le 20 décembre, le ministère des Affaires étrangères de la RPDC a énergiquement rejeté ces accusations et ces atteintes à la dignité de son pays et sa direction.

Toute l'affaire est très nébuleuse. On peut voir que Sony Pictures est à même de se faire beaucoup de publicité et de revenus avec ces fausses accusations tandis que le gouvernement des États-Unis les utilise pour multiplier ses menaces de guerre contre la RPDC et les pressions pour un changement de régime. Cela donne à penser que cette affaire pourrait très bien avoir été manigancée par le gouvernement des États-Unis et Sony Pictures pour promouvoir la haine raciste contre les Coréens et la guerre contre la RPDC, tout en maximisant le rendement du film au box office. Il s'agit en fait d'un crime de guerre grave.

Le Marxiste-Léniniste appelle toutes les personnes éprises de paix au Canada et dans le monde à se tenir en toute conscience aux côtés du peuple de la RPDC et de sa direction comme un geste d'appui au droit à l'autodétermination de tous les pays du monde et du droit des peuples de décider de leur mode de vie. La politique de changement de régime au nom de grands idéaux est entièrement exposée comme une manoeuvre pour imposer la domination impérialiste et n'a rien à voir avec la promotion de la liberté, de la démocratie et des droits humains. Tel est le fond de la question.

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L'impérialisme américain coupable devant l'humanité

Les menées des États-Unis contre la RPDC sont la poursuite de la Guerre de Corée sous une autre forme. Les États-Unis n'ont jamais accepté leur défaite dans cette guerre injuste qui avait commencé avec une manipulation au Conseil de sécurité de l'ONU. En 1950, les États-Unis se sont arrangés pour que le Conseil de sécurité s'immisce dans la guerre civile qui avait éclaté en Corée quand les patriotes ont forcé ceux qui avaient collaboré avec la colonisation cruelle du pays par le Japon pendant des décennies à rendre des comptes. La guerre des États-Unis contre la Corée a causé la mort de quatre millions de Coréens et la destruction totale de l'infrastructure de la RPDC. Loin d'admettre leurs torts, les États-Unis continuent d'utiliser leurs positions de pouvoir pour démoniser la RPDC et essayer de provoquer un changement de régime.

En mêlant toutes les questions sur ce qui se passe sur la péninsule coréenne, avec leur prétention de défendre les droits humains, et en traitant de questions importantes avec une propagande incessante et des films pro-guerre, racistes et anti-coréens, les États-Unis cherchent à semer le doute sur la RPDC et à générer de l'appui pour leurs plans d'agression, de guerre et de changement de régime. Ils veulent faire en sorte que personne ne prenne la défense de la juste cause du peuple coréen.

Les peuples doivent s'y opposer en défendant le principe qu'aucune puissance n'a le droit de s'ingérer dans les affaires internes de nations souveraines, et toutes les nations doivent soutenir les principes de coexistence pacifique, d'égalité des nations, de non-ingérence dans les affaires internes des nations souveraines et de l'interdiction de l'usage de la force pour résoudre les conflits entre les nations. Dans la péninsule coréenne, il faut que les États-Unis signent un traité de paix permanent et retirent complètement leurs troupes et leurs armes. La situation démontre également la nécessité du renouveau de l'ONU et du Conseil de sécurité afin que soient garantis l'égalité des nations et des peuples, la non-ingérence dans les affaires des nations souveraines et le droit de toutes les nations et de tous les peuples à l'indépendance, l'autodétermination et la paix.

L'exemple récent de la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis, qui est le résultat du dialogue et de la négociation et du non usage de la force, est la preuve que les conflits entre les nations et les peuples peuvent être réglés pacifiquement. Quelles que soient les différences qui existent sur les questions politiques, sociales, économiques et autres, les problèmes peuvent être résolus par des discussions et la diplomatie aux plus hauts niveaux, et c'est précisément cela que la RPDC invite constamment les États-Unis à faire.

Le Marxiste-Léniniste appelle les personnes éprises de paix et de justice au Canada et dans le monde à faire échec à ces manoeuvres flagrantes des États-Unis et de leurs alliés aux Nations unies, ces mêmes États-Unis qui sont les plus grands violateurs des droits humains dans le monde. Cela est possible en condamnant la campagne guerrière qui vise la RPDC. En 2015, il faut intensifier la lutte pour que les États-Unis cessent leurs activités criminelles contre la RPDC et signent un traité de paix avec elle. C'est cela qui va mettre fin à la Guerre de Corée et favoriser les intérêts de tous les peuples.

Dans ces conditions, les Canadiens doivent se mobiliser pour un gouvernement anti¸guerre qui favorise le maintien de relations pacifiques entres les nations et les peuples et qui ne permettra pas une autre guerre d'agression contre le peuple coréen.

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Pourquoi la question des droits humains
est si importante

Aujourd'hui, les États-Unis et d'autres pays occidentaux s'attaquent de plus en plus aux droits humains de leurs propres citoyens, notamment à leurs droits socio-économiques et culturels et à leurs droits et libertés politiques.

Aux États-Unis, les prisonniers représentent 25 % du nombre total de prisonniers dans le monde alors que la population des États- Unis représente 5 % de la population mondiale. Aujourd'hui, lorsque l'humanité se mobilise pour atteindre de nouveaux sommets de civilisation humaine, on a recours dans les camps de prisonniers des États-Unis à la torture médiévale et à d'autres formes de violations des droits humains.

La discrimination raciale aux États-Unis, un pays qui se prétend un modèle en matière de droits humains, est endémique et approuvée ouvertement par les milieux officiels.

La suite d'assassinats de jeunes noirs innocents par des policiers blancs a récemment plongé le monde entier dans la consternation.

Un grand nombre de travailleurs à qui on nie le droit à l'existence et au travail, errent sans travail dans les rues des États-Unis et d'autres pays occidentaux.

L'égoïsme extrême, la misanthropie, les crimes comme l'homicide, le vol, le viol, la prostitution, la discrimination raciale de même que la discrimination et le mauvais traitement des Premières Nations et des immigrants imprègnent la société américaine et le peuple vit dans un état de peur et de misère constantes.

Sous prétexte de « défendre les droits humains », les États-Unis déclenchent des guerres d'agression, asservissent les peuples d'autres pays et s'ingèrent ouvertement dans leurs affaires intérieures, se rendant ainsi coupables de violation de leurs droits humains. Non seulement ces guerres d'agression foulent-elles aux pieds leur souveraineté mais elles tuent des gens, menacent leur droit à l'existence et minent leur progrès socio-économique et culturel. Les exemples les plus flagrants sont l'agression armée contre la Grenade, la campagne aérienne contre l'ancienne Yougoslavie et les guerres en Irak et en Afghanistan.

Les États-Unis ont mis sur pied des camps de prisonniers dans plusieurs régions du monde, ont kidnappé des gens pour les y soumettre à la torture. Cent soixante personnes languissent toujours dans le camp de prisonniers de la base navale étasunienne de Guantanamo.

Les attaques de drones lancées par les États-Unis continuent de semer la mort au Pakistan, au Yémen et dans d'autres pays.

Les écoutes téléphoniques sans discrimination et le vol de courriers électroniques par les États-Unis, qui ont été exposés récemment, sont des actes d'espionnage illégaux et une violation flagrante des droits humains. Les États-Unis ont maintenant des centres d'écoute téléphonique dans plus de 80 régions du monde. Ils ont espionné les conversations téléphoniques non seulement de présidents et de représentants de haut niveau de pays alliés mais également de citoyens ordinaires, par le biais de leur Agence de sécurité nationale et d'autres agences de renseignement.

Cherchant querelle au moyen de la « question des droits humains » avec les pays qui suivent la voie de l'indépendance, les États-Unis et d'autres pays occidentaux s'ingèrent dans leurs affaires intérieures, renversent leurs gouvernements légitimes et y répriment les droits humains. En ce moment, les États-Unis et d'autres pays occidentaux poussent certaines organisations internationales à créer une hystérie au sujet de la « question des droits humains » dans la République populaire démocratique de Corée. C'est là essentiellement un acte grave d'agression visant à renverser son système et son gouvernement. Cela ne fait qu'aggraver la situation dans la péninsule coréenne et dans la région avoisinante.

De nombreux pays dans le monde souffrent toujours de conflits et d'instabilité internes et le droit de leurs peuples à la vie est sérieusement menacé. La raison principale en est que les États-Unis et d'autres pays occidentaux exacerbent la situation et tentent de pêcher en eaux troubles en tirant profit de ces conflits et de cette instabilité. Plusieurs pays sont aux prises avec d'importantes difficultés économiques et le droit de ces peuples à l'existence est gravement menacé par les sanctions économiques et les blocus imposés par les États-Unis et d'autres pays occidentaux.

La question des droits humains devient chaque jour plus sérieuse en raison de l'attitude autoritaire et arbitraire des États-Unis et de leur pratique de deux poids, deux mesures. Ces jours-ci, le dialogue et la collaboration pour la promotion de droits humains authentiques à l'échelle mondiale n'existent plus et ont fait place à l'autoritarisme, à l'arbitraire et leur pratique de deux poids, deux mesures à grande échelle qui sont imposés par les intérêts politiques de certains pays. Rejetant les principes de respect, de confiance et d'avantage réciproques et de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres, ces intérêts commandent de façon unilatérale la « coopération » et la « collaboration » dans le domaine des droits humains afin de s'ingérer dans les affaires intérieures d'autres pays.

Il va de soi que la coopération et la collaboration entre pays sont nécessaires pour résoudre la question des droits humains. Cependant, cette coopération et cette collaboration doivent être soumises aux principes reconnus du droit international et ne doivent pas servir de prémisse à l'ingérence dans les affaires intérieures des autres.

Les États-Unis et d'autres pays occidentaux rendent cette question encore plus complexe en la mettant à l'ordre du jour non seulement de l'ONU et d'autres organisations politiques internationales mais aussi d'organisations économiques et commerciales internationales. Des organisations économiques et commerciales internationales se sont mises à discuter de la question des droits humains, qui n'ont rien à voir avec les questions économiques et commerciales, ce qui mène à des antagonismes prononcés entre pays. Voilà la dure réalité d'aujourd'hui.

Le fait que les États-Unis publient à chaque année un « rapport sur les droits humains » et adoptent des lois fédérales contre d'autres États souverains montre jusqu'où en sont rendus leur autoritarisme, leur arbitraire et leur pratique de deux poids, deux mesures. Ils ont publié un rapport sur le sujet encore cette année dans lequel ils accusent la Chine, la Russie, Cuba et l'Iran ainsi que d'autres pays d'avoir violé les droits humains de leur peuple et y prétendent que les États-Unis sont le seul pays qui déploie des efforts pour défendre les droits humains.

La communauté internationale déplore le fait que le plus grand ennemi des droits humains se conduit lui-même comme « le juge en matière de droits humains ».

(Traduction : LML)

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Une proposition réaliste et raisonnable
pour la réunification de la Corée


Bannière d'une manifestation pour la réunification à Séoul le 9 juin 2011

Près de 70 ans se sont passés depuis que la Corée a été divisée. La division de la Corée est un grand malheur pour le peuple coréen, qui a vécu en tant que nation homogène sur le même territoire pendant 5000 ans, et elle est une menace constante à la paix et à la stabilité mondiales.

Comment, alors, la Corée devrait-elle être réunifiée ?

De nombreuses propositions ont été faites jusqu'à maintenant. Des propositions « d'unification des systèmes » et « d'unification par absorption » ne sont pas dignes de discussion. Comme le nord et le sud ne vont pas abandonner leurs idéologies et systèmes respectifs, la réunification par l'absorption de l'un par l'autre n'amènera que calamités à la nation coréenne et tragédie à la région.

La meilleure façon est de réunifier le pays au moyen d'une fédération.

Le président Kim Il Sung (1912-1994), qui a consacré sa vie à la réunification de la Corée, a proposé que la réunification du pays se fasse par la fondation de la République fédérale démocratique du Koryo (RFDK).

Le point principal de ce plan est de laisser intacts les idéologies et les systèmes du nord et du sud et de réaliser sur cette base la réunification du pays et de la nation en unissant les deux parties sous la forme d'un État fédéral.

Le plan menant à la fondation de la RFDK définit le principe de la formation du gouvernement unifié de l'État fédéral et l'étendue de ses activités. Dans cet État réunifié de type fédéral, une assemblée fédérale nationale suprême serait formée, composée d'un nombre égal de représentants du nord et du sud et d'un nombre approprié de Coréens résidant à l'étranger. Cette assemblée organiserait un comité permanent fédéral dont la mission consisterait à diriger les gouvernements régionaux du nord et du sud et à contrôler l'ensemble des activités de l'État fédéral. En tant qu'État réunifié qui laisse intacts les différents systèmes et idéologies et repose sur une nation et sur l'autonomie régionale, la RFDK représentera l'ensemble du territoire coréen et la nation coréenne dans son entier.

Le plan définit également les fonctions et le rôle du gouvernement fédéral et des gouvernements régionaux. En tant que gouvernement réunifié de l'État fédéral, l'assemblée fédérale nationale suprême et son organe permanent, le comité permanent fédéral, vont discuter et décider des questions de politique, de défense nationale et de relations étrangères et d'autres questions de préoccupation commune liées aux intérêts du pays et de la nation dans son ensemble. Ils le feront sur la base du principe de l'impartialité et conformément à l'aspiration de toute la nation à l'union, à la collaboration et à la réunification, et travailleront au développement unifié du pays et de la nation et à l'unité et à la collaboration entre le nord et le sud dans tous les domaines. Le gouvernement réunifié va respecter les régimes sociaux et les organisations administratives, les partis, les groupes et toutes les couches sociales du nord et du sud, et empêchera qu'une partie n'impose sa volonté à l'autre.

Sous la direction du gouvernement fédéral, les gouvernements régionaux du nord et du sud devraient suivre une politique indépendante dans des limites qui correspondent aux intérêts fondamentaux et aux exigences de toute la nation, et chercheraient à réduire le fossé entre le nord et le sud dans tous les domaines ainsi qu'à réaliser le développement unifié du pays et de la nation.

En ce qui concerne le nom de l'État réunifié, le président Kim Il Sung a proposé celui de République fédérale démocratique du Koryo, d'après le premier État unifié de la nation coréenne, le Koryo, qui a existé de 918 à 1392 et est bien connu dans le monde. Ce nom qui est proposé exprime l'idéal politique commun du nord et du sud, qui aspirent à la démocratie. Le nom de Corée provient lui-même de Koryo.

Le président a indiqué que la RFDK devrait être un État neutre qui ne se joint à aucun bloc ou aucune alliance politique ou militaire.

Il a également présenté un programme en dix points que devrait suivre l'État fédéral.

La RFDK devrait :

- premièrement, adhérer à l'indépendance dans toutes les activités de l'État et suivre une politique indépendante ;

- deuxièmement, appliquer la démocratie dans tout le pays et dans tous les secteurs de la société et promouvoir une grande unité nationale ;

- troisièmement, assurer la coopération économique et les échanges entre le nord et le sud de même que le développement d'une économie nationale indépendante ;

- quatrièmement, réaliser les échanges et la coopération nord-sud dans le domaine de la science, de la culture et de l'éducation et assurer le progrès uniforme du pays dans le domaine de la science et de la technologie, de la culture nationale et des arts et de l'éducation nationale ;

- cinquièmement, rétablir les liens de transport et de communications entre le nord et le sud et garantir l'utilisation libre des moyens de transport et de communications à l'échelle du pays ;

- sixièmement, assurer un moyen de subsistance stable à tout le peuple y compris les travailleurs et les paysans et promouvoir leur bien-être de façon systématique ;

- septièmement, mettre fin à l'état de confrontation militaire entre le nord et le sud et former une armée nationale combinée qui défend la nation contre l'invasion ;

- huitièmement, défendre et protéger les droits nationaux et les intérêts de tous les Coréens d'outremer ;

- neuvièmement, traiter adéquatement des relations étrangères qui ont été établies par le nord et le sud avant la réunification et coordonner les activités étrangères des deux gouvernements régionaux de manière unifiée ; et

- dixièmement, en tant qu'État unifié qui représente l'ensemble de la nation, développer des relations d'amitié avec tous les pays du monde et appliquer une politique étrangère de paix.

Le plan de l'établissement de la RPDK exprime l'aspiration unanime de longue date du peuple coréen à la réunification de son pays et la réalité spécifique de la péninsule coréenne où le nord et le sud ont des idéologies et des systèmes différents.

Il existe plus d'un État fédéral ou confédéral dans le monde. Des exemples typiques en sont les États-Unis, la Suisse, la Malaisie et la Tanzanie.

La RPDK possède cependant des caractéristiques qui la distinguent des états fédéraux qui existent en ce moment.

Contrairement à d'autres États fédéraux, la RFDK est formée d'une nation homogène ; elle est basée sur des systèmes sociaux différents et est composée d'une nation et de deux gouvernements régionaux autonomes au sein d'un État unifié. Pour cette raison, la RFDK possède des caractéristiques qui lui sont uniques qui s'expriment dans le principe de la formation et de la distribution du pouvoir entre le gouvernement unifié et les gouvernements régionaux autonomes.

Comme le mentionne le plan du président Kim Il Sung pour la RFDK, une nouvelle phase pourrait s'ouvrir pour la construction d'un État fédéral représentant une même nation en dépit de la différence de système socio-politique.

La RFDK est la forme la plus rationnelle d'État unifié parce qu'elle donne la priorité aux demandes communes et aux intérêts communs de la nation et accomplit l'unité nationale, transcendant la différence d'idéologie et de système.

La communauté internationale souhaite sincèrement que la nation coréenne réalise la réunification pacifique de son pays au moyen de la fédération.

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Palestine

Ce qui a changé en Palestine en 2014

L'année 2014 a été une année terriblement douloureuse pour la Palestine, mais également une année où la résistance collective des Palestiniens s'est avérée trop forte pour être brisée.

Tandis que certains aspects du conflit stagnent entre une Autorité Palestinienne corrompue et inefficace et la nature criminelle des guerres et de l'occupation israéliennes, il serait juste de considérer que 2014 a vu un début de changement des règles du jeu - et il n'y a pas que de mauvaises nouvelles.

Jusqu'à un certain point, 2014 a été une année de clarification pour tous ceux désireux de comprendre la réalité du conflit israélo-palestinien, mais sincèrement rendus perplexes par des récits contrastés.

Voici quelques raisons qui appuient l'affirmation que les choses ont bougé.

1. Une autre unité palestinienne

Bien que les deux principales organisations, le Hamas et le Fatah, se soient mises d'accord en avril dernier pour un gouvernement d'unité, peu de choses ont changé sur le terrain. Un gouvernement a bien été officiellement intronisé en juin et a tenu sa première réunion en octobre, mais Gaza est encore en réalité sous le contrôle du Hamas, qui a été en grande partie laissé à lui-même à devoir gérer les affaires du territoire sous blocus après la guerre israélienne de juillet-août. L'Autorité [palestinienne] de Mahmoud Abbas comptait sur le fait que les destructions massives infligées à Gaza affaibliraient le Hamas et l'amèneraient à se soumettre politiquement, d'autant plus que l'Égypte continue à verrouiller la frontière de Rafah.

Mais tandis que les factions peinent à s'unir, la guerre israélienne sur Gaza a donné une nouvelle impulsion à la lutte en Cisjordanie. Les plans israéliens visant à annexer les lieux saints à Jérusalem, en particulier la Mosquée d'Al-Aqsa, et le profond sentiment de révolte vécu par la plupart des Palestiniens après les massacres commis par Israël à Gaza, prennent lentement forme dans une vague de mini-soulèvements. Certains spéculent sur le fait que cette situation finira par entraîner une Intifada qui engloutira tous les territoires, mais qu'une troisième Intifada ait lieu en 2015 ou non, est une autre question. Ce qui importe, c'est qu'ait échoué le complot ourdi de longue date visant à diviser les Palestiniens, et qu'un nouveau récit collectif d'une lutte commune contre l'occupation prenne finalement forme.

2. Un nouvelle approche de la résistance


À Naplouse le 29 août 2014

La discussion sur les formes de résistance que les Palestiniens devraient ou ne devraient pas adopter est tranchée et mise de côté, non par des âmes charitables extérieures mais par les Palestiniens eux-mêmes. Ceux-ci font le choix d'opter pour toute forme efficace de résistance possible qui puisse décourager les avancées militaires israéliennes, comme les groupes de la résistance l'ont si bien fait dans Gaza. Bien que la dernière guerre lancée par Israël ait tué presque 2200 Palestiniens et en ait blessé plus de 11000 — en très grande partie des civils — aucun de ses objectifs avoués ou cachés n'a été atteint. C'est à nouveau un rappel que la force militaire la plus brutale n'est plus l'élément dominant dans la conduite d'Israël envers des Palestiniens. Tandis qu'Israël martyrisait des civils, la résistance tuait 70 Israéliens dont plus de 60 étaient des soldats. C'était une étape importante témoignant de la maturité de la résistance palestinienne, alors que la seconde Intifada s'en était plutôt pris aux civils, ce qui reflétait alors plus une stratégie du désespoir qu'autre chose.

La légitimation de la résistance s'est reflétée, jusqu'à un certain degré, dans la récente décision par la Cour Européenne de rayer le mouvement Hamas de la liste des organisations classées comme terroristes.

La résistance prend d'autres formes en Cisjordanie. Bien qu'elle doit encore mûrir dans une campagne régulière d'initiatives anti-occupation, elle parait créer sa propre identité, prenant en considération ce qui est possible et ce qui est utile. Le fait est que le débat sur le mode de résistance devant dominer les autres est aujourd'hui dépassé, la résistance étant considérée comme un tout dont le contenu est décidé par les Palestiniens eux-mêmes.

3. La campagne BDS a normalisé la discussion sur les crimes israéliens

Une autre forme de résistance se cristallise dans la campagne internationale pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) qui continue à se développer, recueillant sans cesse de nouveaux appuis et produisant de nouveaux succès. 2014 a été non seulement l'année où la campagne BDS a su gagner l'appui de nombreuses organisations de la société civile, d'universitaires, de scientifiques, de diverses célébrités comme des gens de toutes les conditions sociales, mais elle a aussi été l'année d'un pas important en avant : cette campagne a normalisé le débat sur la politique israélienne dans beaucoup de cercles autour du monde. Alors que n'importe quelle critique d'Israël était considérée jadis comme tabou, il n'est plus question de cela aujourd'hui. Questionner l'aspect moral et utile du boycott d'Israël n'est plus un sujet qui paralyse, et la discussion est totalement ouverte dans de nombreux médias, universités et autres plates-formes.

2014 a été une année qui a vu se généraliser la discussion sur le boycott d'Israël. Tandis qu'une masse critique doit encore être atteinte aux États-Unis, l'élan du mouvement ne fait que grandir, conduit par des étudiants, des hommes et des femmes d'églises, des célébrités et des gens de tous les milieux. En Europe, le mouvement a connu de considérables succès.

4. Les Parlements sentent le vent tourner

Tandis que traditionnellement une grande partie de l'hémisphère sud offrait son soutien aux Palestiniens, l'occident supportait Israël sans la moindre vergogne. Après les Accords d'Oslo, une position européenne totalement irrationnelle a pris forme où il devint question de trouver un « équilibre » entre une nation occupée et l'occupant. À certaines occasions, l'Union Européenne (UE) a timidement critiqué l'occupation, mais tout en restant le premier partenaire commercial d'Israël et lui fournissant les armes que l'armée israélienne utilise pour commettre ses crimes de guerre dans Gaza et maintenir et développer son occupation en Cisjordanie.

Cette politique dépourvue de toute morale est contestée par les citoyens des divers pays européens. La guerre israélienne de cet été sur Gaza a révélé au grand jour et comme jamais auparavant, les violations des droits de l'homme et les crimes de guerre commis par Israël, dévoilant toute l'hypocrisie de l'UE. Pour soulager la pression de leurs opinions, quelques pays européens semblent prendre des positions plus fermes à l'encontre l'Israël, rediscutant leur coopération militaire et remettant plus hardiment en cause les politiques de droite du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Toute une série de votes parlementaires ont suivi, votant en premier pour reconnaître la Palestine comme État. Bien que ces décisions demeurent en grande partie symboliques, elles représentent une indubitable évolution dans l'attitude de l'UE envers Israël. Netanyahu peut continuer à râler contre « l'hypocrisie » européenne, assuré qu'il l'est de l'appui inconditionnel de Washington. Mais avec les États-Unis qui perdent peu à peu le contrôle d'un Moyen-Orient en plein bouleversement, le premier ministre Israélien pourrait bientôt être forcé de revoir son obstination à la baisse.

5. La « démocratie » israélienne démasquée


À Tel Aviv le 27 juillet 2014

Pendant des décennies, Israël s'est auto-proclamé comme État démocratique et juif. L'objectif était clair : maintenir la supériorité juive sur les Arabes palestiniens, tout en continuant à se présenter comme une démocratie occidentale « moderne » - en fait, la « seule démocratie au Moyen-Orient ». Tandis que les Palestiniens et beaucoup d'autres n'ont jamais été dupes de cette sinistre plaisanterie, nombreux étaient ceux qui se laissaient duper et se posaient peu de questions.

Israël n'a pas de constitution mais un code appelé la Loi Fondamentale. Puisqu'il n'y a aucun équivalent israélien à un amendement constitutionnel, le gouvernement de Netanyahu a proposé directement une nouvelle loi au parlement israélien, la Knesset. Cette nouvelle loi mettra fondamentalement en avant les nouveaux principes sous lesquels Israël se définira. Un de ces principes stipule qu'Israël est l'État national des seuls juifs, faisant de tous les citoyens non juifs d'Israël des citoyens de seconde zone. Alors que de tous les temps, les citoyens palestiniens d'Israël ont été traités comme des parias et ont subi toutes sortes de discriminations, la nouvelle Loi Fondamentale institutionnalisera leur infériorité imposée par l'État. Le paradigme juif et démocratique est définitivement mort, montrant Israël tel qu'il est.

L'année devant nous

Nous verrons en 2015 une grande partie de ce que nous avons vu l'année qui a précédé. L'Autorité palestinienne va lutter pour sa propre survie en essayant par tous les moyens possibles de conserver les quelques privilèges concédés par Israël, les États-Unis et quelques autres. Israël continuera à se sentir encouragé par les financements des États-Unis et leur support politique et militaire sans conditions. Oui, l'année prochaine restera frustrante à bien des égards. Mais le nouvel élan que nous constatons sera peu susceptible de diminuer, d'un côté contestant et dénonçant l'occupation israélienne, et de l'autre mettant sur la touche une Autorité palestinienne inefficace et corrompue.

2014 a été une année très douloureuse pour la Palestine, mais également une année où la résistance collective du peuple palestinien et de ses partisans s'est avérée trop forte pour être pliée ou brisée. Et c'est un grand encouragement.

* Ramzy Baroud est doctorant à l'Université d'Exeter, journaliste international directeur du site PalestineChronicle.com et responsable du site d'informations Middle East Eye. Son dernier livre est Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza.

(Traduction: Info-Palestine.eu - Marie Meert)

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Syrie

Entretien avec le président syrien Bachar El-Assad

Paris Match : Monsieur le Président, après trois ans de guerre, au point où nous en sommes aujourd'hui, regrettez-vous de ne pas avoir géré les choses différemment au début, lorsque les premiers signes de révolte sont apparus, en mars 2011 ? Vous sentez-vous responsable ?

Bachar El-Assad : Dès les premiers jours, il y avait des martyrs de l'armée et de la police. Nous avons donc, dès cette époque, fait face au terrorisme. Il y avait des manifestations, certes, mais pas en grand nombre. Notre seul choix était de défendre le peuple contre les terroristes. Il n'y en avait pas d'autres. Nous ne pouvons pas dire que nous le regrettons, puisque nous luttions uniquement contre le terrorisme. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas eu d'erreurs commises dans la pratique. Il y a toujours des erreurs. Parlons aussi franchement : si le Qatar n'avait pas financé dès le début ces terroristes, si la Turquie ne leur avait pas apporté un soutien logistique et l'Occident un soutien politique, les choses auraient été différentes. La Syrie connaissait des problèmes avant la crise, ce qui est normal, mais cela ne signifie pas qu'il faille trouver aux événements une origine intérieure.

Paris Match : Durant cette guerre, on reproche à votre armée d'avoir utilisé massivement la force. Pourquoi bombarder des civils ?

Bachar El-Assad : Lorsqu'un terroriste vous attaque, croyez-vous que vous pouvez vous défendre par le dialogue ? L'armée a eu recours aux armes lorsque l'autre partie en a fait usage. Notre but ne saurait être de frapper les civils. Comment peut-on résister pendant près de quatre ans en tuant des civils, c'est-à-dire son propre peuple, et en même temps combattre les terroristes et les pays hostiles qui les soutiennent, à savoir ceux du Golfe, la Turquie et l'Occident ? Si nous ne défendions pas notre peuple, nous serions incapables de résister. Par conséquent, il n'est pas logique de dire que nous bombardons les civils.

Paris Match : Des images par satellite de Homs ou de Hama montrent des quartiers oblitérés. L'ONU, à laquelle adhère votre pays, parle de 190 000 morts au cours de cette guerre. Les habitants de ces quartiers étaient-ils tous des terroristes ?

Bachar El-Assad : D'abord, il faudrait vérifier les statistiques des Nations unies. Quelles en sont les sources ? Les chiffres qui circulent aujourd'hui dans le monde, notamment dans les médias, sont exagérés. Ils sont faux. Ensuite, les images de destructions ne sont pas seulement des photos par satellite, mais des photos prises sur le terrain. Ces destructions sont réelles. Lorsque des terroristes pénètrent dans une région et l'occupent, l'armée doit la libérer. Des combats sont alors engagés. Il est donc normal qu'il y ait destruction. Dans la plupart des cas, lorsque les terroristes s'installent, les civils prennent la fuite. En vérité, le plus grand nombre de victimes en Syrie se compte parmi les partisans de l'État et non l'inverse. Beaucoup ont été tués lors d'attentats. Quand vous avez la guerre et le terrorisme, il y a hélas des victimes innocentes. Ça arrive n'importe où, d'ailleurs. Mais il n'est pas concevable qu'un État vise ses propres citoyens.

Paris Match : Toujours selon l'ONU, trois millions de Syriens sont réfugiés dans les pays limitrophes, soit un huitième de la population. Est-ce que ce sont tous des alliés des terroristes ?

Bachar El-Assad : Non, non. La plupart de ceux qui ont quitté la Syrie l'ont fait à cause du terrorisme. Parmi ces réfugiés, certains soutiennent les terroristes, d'autres l'État. Ces derniers ont quitté le pays pour des raisons de sécurité. Une grande partie des réfugiés ne soutient personne.

Paris Match : D'un point de vue militaire, avez-vous les moyens de gagner la guerre ?

Bachar El-Assad : À présent, nous combattons des États, pas seulement des bandes. Des milliards de dollars leur sont versés. Des armes leur ont été fournies par des pays comme la Turquie. Il ne s'agit pas d'une guerre facile d'un point de vue militaire. Pourtant, l'armée syrienne progresse dans beaucoup de régions. Personne ne peut encore prévoir quand cette guerre prendra fin, ni comment. Nos adversaires pensaient, au début, gagner le coeur des Syriens. Ils n'y sont pas parvenus. Ils ont perdu le soutien de la population locale. C'est précisément ce qui a permis à l'armée de progresser. Nous devons envisager la guerre d'un point de vue militaire, social et politique.

Paris Match : Mais ils n'ont pas encore perdu, puisque la moitié de votre pays vous échappe.

Bachar El-Assad : L'armée syrienne ne peut être partout à la fois. Là où elle n'est pas présente, les terroristes en profitent pour franchir les frontières et s'infiltrer dans telle ou telle zone. Mais chaque fois que l'armée décide de reprendre une région, elle y parvient. Il ne s'agit pas d'une guerre entre deux armées, où l'une occupe un territoire et la seconde un autre. Il s'agit d'un autre type de guerre. Nous avons affaire à des groupes terroristes qui s'infiltrent dans une ville ou dans un village. Cette guerre sera donc longue et difficile.

Paris Match : Beaucoup disent que la solution, c'est votre départ. L'avez-vous vous-même envisagé ?

Bachar El-Assad : Partout dans le monde, un chef d'État arrive au pouvoir par un mécanisme constitutionnel et le quitte par le même mécanisme. Un président ne peut ni s'imposer ni quitter le pouvoir par le chaos. La preuve tangible, ce sont les conséquences de la politique française en Libye avec la décision d'attaquer Kadhafi. Quel en a été le résultat ? Après son départ, il y a eu le chaos. Son départ était-il la solution ? La situation s'est-elle améliorée ? La Libye est-elle devenue démocratique ? L'État est comme un navire : dans la tempête, le capitaine ne prend pas la fuite. Il ne quitte pas le bord. Si les passagers doivent s'en aller, alors il sera le dernier à partir.

Paris Match : Cela veut dire que le capitaine est prêt à mourir. Vous avez évoqué Mouammar Kadhafi. Est-ce que vous avez peur de mourir de la même façon que Saddam Hussein ou Kadhafi ?

Bachar El-Assad : Le capitaine ne pense pas à la mort, ni à la vie. Il pense à sauver son navire. S'il fait naufrage, tout le monde mourra. Il vaut donc mieux tout faire pour sauver son pays. Mais je voudrais souligner une chose importante. Mon but n'est pas de rester président, ni avant, ni pendant, ni après la crise. Mais quoi qu'il arrive, nous autres Syriens n'accepterons jamais que notre pays devienne un jouet entre les mains de l'Occident. C'est un principe fondamental pour nous.

Paris Match : Parlons du groupe État islamique. On entend dire parfois que, au départ, le régime syrien a encouragé la montée des radicaux islamistes pour diviser l'opposition. Que répondez-vous ?

Bachar El-Assad : D'abord, en Syrie, nous avons un État, pas un régime. Soyons clairs sur la terminologie. Si nous supposons que cela est vrai, et donc que nous avons soutenu l'État islamique, cela revient à dire que nous leur avons demandé de nous attaquer, d'attaquer nos aéroports militaires, de tuer des centaines de nos militaires, d'occuper nos villes et nos villages. Où est la logique là-dedans ? Qu'avions-nous à gagner dans tout cela ? Diviser et affaiblir l'opposition, comme vous le dites ? Nous n'avions pas besoin de le faire. L'Occident lui-même reconnaît que cette opposition était fantoche. C'est ce qu'Obama lui-même a dit. L'hypothèse est donc fausse. Mais alors, où est la vérité ? En réalité, l'État islamique a été créé en Irak en 2006. Ce sont bien les États-Unis et non la Syrie qui occupaient l'Irak. Abou Bakr Al-Baghdadi était dans les geôles américaines et non dans les prisons syriennes. Qui a donc créé l'État islamique ? La Syrie ou les États-Unis ?

Paris Match : Les Syriens que nous rencontrons à Damas font plus allusion aux cellules dormantes djihadistes en Occident qu'à la guerre contre l'État islamique. C'est étonnant, non ?

Bachar El-Assad : Le terrorisme est une idéologie et non une organisation ou une structure. Or, l'idéologie ne connaît pas de frontières. Il y a vingt ans, le terrorisme s'exportait depuis notre région, en particulier depuis les pays du Golfe, comme l'Arabie saoudite. À présent, il nous vient d'Europe, et notamment de France. Le plus gros contingent de terroristes occidentaux venus en Syrie est français. Ils commettent des attentats en France. En Belgique, ils ont attaqué le musée juif. Le terrorisme en Europe n'est plus dormant, il s'est réveillé.

Paris Match : Les Américains sont aujourd'hui, contre l'État islamique, des alliés tactiques. Considérez-vous toujours leur intervention comme une violation du territoire syrien ?

Bachar El-Assad : Vous avez utilisé le mot « tactique », et c'est là un point important. Vous savez bien qu'une tactique n'a aucun sens sans une stratégie. Car elle seule n'arrivera pas à venir à bout du terrorisme. Il s'agit d'une intervention illégale, d'abord parce qu'elle n'a pas reçu l'approbation du Conseil de sécurité, ensuite parce qu'elle n'a pas tenu compte de la souveraineté d'un État, qui est la Syrie. La réponse est oui. C'est une intervention illégale et donc une violation de la souveraineté nationale.

Paris Match : L'AFP rapporte que votre aviation a effectué 2 000 sorties aériennes en moins de quarante jours, ce qui est énorme. Quand vos avions croisent ceux des Américains, par exemple en allant bombarder Raqqa, existe-t-il un protocole de non-agression ?

Bachar El-Assad : Il n'y a pas de coordination directe. Nous attaquons le terrorisme là où il se trouve, sans prendre en considération ce que font les États-Unis ou la coalition. Vous seriez sans doute surpris d'apprendre que le nombre quotidien de sorties de l'aviation syrienne pour frapper les terroristes est supérieur à celui de la coalition. Donc, d'abord, il n'y a pas de coordination. Ensuite, les frappes de la coalition ne sont que cosmétiques.

Paris Match : Mais ces frappes-là vous aident. La démission du secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, s'explique en partie parce qu'il pensait qu'elles renforçaient votre gouvernement et vos positions.

Bachar El-Assad : Notez que votre question contredit celle dans laquelle nous sommes accusés de soutenir Daech. Ça veut dire plutôt que nous sommes des ennemis de Daech.

Paris Match : J'ai dit qu'on entend qu'au départ vous avez soutenu Daech pour diviser l'opposition.

Bachar El-Assad : Je ne vous accuse pas, je fais plutôt allusion à ceux qui le pensent.

Paris Match : Maintenant, une des conséquences est cette démission, du point de vue américain. Estimez-vous quand même que les frappes de la coalition vous aident ?

Bachar El-Assad : On ne peut pas mettre fin au terrorisme par des frappes aériennes. Des forces terrestres qui connaissent la géographie et agissent en même temps sont indispensables. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas eu de résultats réels après deux mois de campagnes menées par la coalition. Ce n'est donc pas vrai que les frappes de la coalition nous aident. Elles nous auraient certainement aidés si elles étaient sérieuses et efficaces. C'est nous qui menons les combats terrestres contre Daech et nous n'avons constaté aucun changement, surtout que la Turquie apporte toujours un soutien direct dans ces régions.

Paris Match : Le 14 juillet 2008, vous étiez à la tribune, sur les Champs-Elysées, en marge du sommet pour la Méditerranée. Aujourd'hui, le gouvernement français vous considère comme un paria. Comment vivez-vous cette situation ?

Bachar El-Assad : Les bonnes relations entre 2008 et 2011 n'étaient pas le résultat d'une initiative française. Il y a eu d'abord les Américains qui ont chargé l'administration française, à l'époque, de faire pression sur la Syrie au sujet de l'Iran. Il y a eu ensuite le Qatar qui poussait la France à améliorer ses relations avec la Syrie. Entretenir de bonnes relations avec nous n'émanait donc pas d'une volonté indépendante de la France. Aujourd'hui, les choses n'ont pas changé. Hollande, comme Sarkozy, n'agit pas de son propre gré.

Paris Match : François Hollande continue de vous considérer comme un adversaire. Pensez-vous qu'à un moment le contact pourra être renoué ?

Bachar El-Assad : Ce n'est pas une question de relations personnelles. D'ailleurs, je ne le connais même pas. Il s'agit de relations entre États et institutions et dans l'intérêt des deux peuples. Nous traiterons avec tout responsable ou gouvernement français dans l'intérêt commun. Mais l'administration actuelle oeuvre à l'encontre des intérêts de notre peuple et de ceux du peuple français. Je ne suis ni l'ennemi personnel ni le rival de Hollande. Je pense que c'est plutôt Daech qui est son rival, puisque leurs cotes de popularité sont très proches.

Paris Match : Oui ou non, y a-t-il aujourd'hui en Syrie des armes chimiques ?

Bachar El-Assad : Non, nous l'avons très clairement déclaré. Et lorsque nous avons décidé de renoncer aux armes chimiques, c'était de manière définitive et totale.

Paris Match : Pourtant, le secrétaire d'État américain John Kerry vous accuse d'avoir violé le traité en faisant usage de chlore. Est-ce vrai ?

Bachar El-Assad : Vous pouvez trouver du chlore dans n'importe quel foyer syrien. N'importe quelle faction peut l'utiliser. Mais nous, nous ne l'avons pas utilisé, car nous avons des armes conventionnelles plus efficaces, que nous employons dans notre guerre contre les terroristes. Nous ne le cachons pas, car c'est notre droit. Ces accusations ne nous surprennent pas. D'ailleurs, depuis quand les Américains disent-ils la vérité à propos de la crise syrienne ?

Paris Match : Avez-vous utilisé des armes chimiques ?

Bachar El-Assad : Nous n'avons pas utilisé ce genre d'armes. Autrement, il y aurait eu des dizaines de morts, sinon des centaines de milliers, et pas simplement 100 ou 200, comme on l'a dit l'année dernière, surtout dans des régions peuplées de centaines de milliers, voire de millions de Syriens.

Paris Match : À l'occasion de votre dernier séjour à Paris, fin 2010, j'avais interviewé votre femme, Asma. Est-ce que ça vous manque de ne plus pouvoir voyager hors de vos frontières ?

Bachar El-Assad : Je ne suis pas amateur de voyages et mes visites n'étaient pas pour faire du tourisme. Ce qui me manque vraiment, c'est la Syrie telle qu'elle était. Ce qui nous manque, bien sûr, c'est un monde différent où règnent des relations logiques et morales. Nous avions à l'époque de grands espoirs de développer notre région, de lui assurer une plus grande ouverture intellectuellement. Nous pensions que la France était, par son patrimoine culturel, la mieux placée pour jouer ce rôle avec la Syrie au Moyen-Orient.

Paris Match : Votre épouse se voyait comme une ambassadrice de la modernité. Comment vit-elle cette situation, maintenant qu'elle est recluse en Syrie ?

Bachar El-Assad : Comme tous les Syriens, comme moi, elle éprouve de la douleur devant la destruction et le sang versé. Cela nous peine de voir notre patrie revenir des décennies en arrière et devenir un foyer de terrorisme après avoir été parmi les cinq premiers pays sur le plan de la sécurité. Tous les deux, nous sommes navrés de voir l'Occident, qu'on croyait capable d'aider à l'ouverture et au développement, prendre la direction inverse. Pire encore, nous déplorons que ses alliés soient des pays moyenâgeux du Golfe, comme l'Arabie saoudite et le Qatar.

Paris Match : On vous décrit comme quelqu'un d'extrêmement proche de ses enfants. Le soir, en rentrant chez vous, comment leur expliquez-vous ce qui se passe dans votre pays ?

Bachar El-Assad : Ce dialogue se déroule dans chaque foyer syrien. Le plus difficile est lorsqu'on a affaire à des enfants dont la conscience sociale s'est formée durant la crise. Les deux principales questions qu'ils posent sont les suivantes : comment des gens qui croient ou disent défendre Dieu et l'islam peuvent-ils tuer et décapiter ? C'est une contradiction difficile à expliquer. Les enfants demandent aussi si ces gens-là savent qu'ils se trompent. La réponse est que certains le savent et exploitent la religion à des fins particulières ; d'autres sont des ignorants, qui ne savent pas que la religion, c'est le bien et non le meurtre.

Ils nous posent une dernière question : « Pourquoi l'Occident nous attaque-t-il et soutient-il les terroristes ? » Ils ne parlent pas de l'Occident en tant que tel, mais évoquent des pays précis comme les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne. « Pourquoi agissent-ils de la sorte ? Est-ce qu'on leur a fait du mal ? » Nous leur expliquons alors que les peuples, c'est une chose, et que les États, c'en est une autre.

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