Le Marxiste-Léniniste

Numéro 163 - 3 décembre 2014

Ferguson, États-Unis: Défendons les droits de tous! Non à l'impunité!

Le refus de poursuivre le policier
qui a tué Michael Brown


Les manifestants entourent le quartier-général de la police de Ferguson quelques heures avant l'annonce du grand jury, le 24 novembre 2014.

Ferguson, États-Unis: Défendons les droits de tous! Non à l'impunité!
Le refus de poursuivre le policier qui a tué Michael Brown
Des manifestations massives partout aux États-Unis


Ferguson, États-Unis: Défendons les droits de tous! Non à l'impunité!

Le refus de poursuivre le policier
qui a tué Michael Brown

L'indignation nationale s'est exprimée partout aux États-Unis contre la décision, le 24 novembre, du grand jury à St-Louis au Missouri concernant le meurtre du jeune afro-américain non armé Michael Brown par l'officier de police Darren Wilson. Le grand jury a décidé qu'il n'y a pas de preuve suffisante pour inculper Wilson pour quelque crime que ce soit. Cette décision longtemps attendue est un déni de justice pour la famille de Brown, les gens de Ferguson et le peuple américain dans son ensemble. On pouvait s'y attendre compte tenu des actions partiales du procureur, dont plusieurs ont dit qu'il a manipulé les procédures du grand jury, et du déploiement militaire et policier massif dans les jours et les heures qui ont précédé la communication de la décision. Wilson aurait pu faire face à des accusations allant d'homicide involontaire à meurtre au premier degré. La famille de Brown, par l'entremise de ses avocats, s'est dite « profondément déçue que le tueur de notre enfant ne va pas faire face aux conséquences de ses actes. »

« Elle veut que la police soit tenue responsable, qu'elle nous traite comme des Américains nous aussi, afin que nous obtenions la même justice que tout le monde », a dit à CNN l'avocat de la famille Brown Benjamin Crump. « Ce système permet toujours à la police de blesser et de tuer nos enfants. Nous devons changer cette dynamique. »

Les manifestations à Ferguson se sont tenues sans répit depuis le 9 août. La militarisation de Ferguson par l'envoi de milliers de policiers et de gardes nationaux avant la décision du grand jury, une expression du refus arrogant et cynique de l'État de s'adresser aux demandes du peuple, a créé le chaos de toute sorte qui a suivi. Cette répression massive de l'État, en plus d'être la cause de la violence dont on a ensuite blâmé le peuple, recèle un autre ordre du jour qui était de remplacer la police locale, présentée comme le problème, par la police de l'État et fédérale et de mettre en place toutes les infrastructures d'un État policier. Cela veut dire aussi éliminer tous les vestiges d'une procédure standard. L'utilisation de la méthode de choc et stupeur pour que les gens s'habituent à ce que la procédure soit bafouée devant tous est devenue chose normale. Le vieux régime de droits civiques n'est plus, un régime qui d'ailleurs n'avait jamais existé pour la moitié de la population.




Le déploiement massif de la Garde nationale et de la police à Ferguson le 24 novembre 2014 crée une atmosphère de guerre provocatrice pour justifier la violence d'État et la répression.

La réponse à la décision du grand jury

Le président Américain Barack Obama a fait une apparition provocatrice à la télévision nationale en réponse à l'absence de sentence contre Darren Wilson. Son plaidoyer à l'effet que les Américains doivent rester pacifiques et sa louange des vertus de la non-violence et de la primauté du droit n'étaient qu'hypocrisie et désespoir hypocrite venant de ce fauteur de guerre connu qui justifie les assassinats et les attaques de drones non seulement à l'étranger mais également au pays.

La décision du grand jury confirme la conviction exprimée par la plupart des gens qu'une enquête équitable et impartiale n'aurait pas lieu. En réponse au verdict, la famille de Michael Brown a demandé que le procureur McCullough se retire et permette qu'un procureur spécial soit assigné à l'enquête pour donner confiance à la communauté que le grand jury mènera une enquête complète et approfondie.

Pour sa part, l'Association nationale du barreau, le plus ancien et le plus grand réseau national d'avocats et de juges majoritairement afro-américains [1] a remis en cause que le grand jury, compte tenu des preuves qui étaient devant lui, ait pu en venir à la conclusion que Darren Wilson ne devrait pas être inculpé et jugé pour la mort par balles de Michael Brown.

La présidente de l'Association nationale du barreau, Pamela J. Meanes, a exprimé sa déception sincère face à la décision du grand jury et dit que l'Association nationale allait demander au département de la Justice des États-Unis de porter des accusations fédérales contre le policier Darren Wilson. « Nous n'aurons pas de répit tant que Michael Brown et sa famille n'obtiendront pas justice », a-t-elle dit. « Je demande à tous de rester aussi calmes que possible et de s'unir en solidarité alors que nous continuons d'appuyer la famille de Michael Brown et de mettre notre plan légal en vigueur », a dit Meanes.

Durant les derniers mois, l'Association nationale du barreau a tenu des assemblées publiques pour informer les participants de leurs droits constitutionnels en vertu du quatrième amendement (perquisitions et saisies), pour discuter de si c'est légal d'enregistrer l'activité de la police et de comment les citoyens doivent se comporter et répondre si et quand ils ont des interactions avec les policiers. « La mort de Michael Brown a fait déborder le vase et a été le catalyseur pour que nous abordions les problèmes de l'inégalité et des préjugés raciaux dans la police, du système de justice et de la violence contre les membres des communautés minoritaires », a dit Meanes.

CODEPINK, un groupe connu pour ses actions contre les guerres à l'étranger, travaille aussi sur la brutalité policière au pays. Le groupe s'est rendu sur le terrain à Ferguson et s'est joint aux actions de solidarité au pays contre la brutalité policière.

« L'annonce d'aujourd'hui montre le vrai visage de l'injustice en Amérique, une Amérique qui porte un faux masque 'post-racial' », a dit Sophia Armen de CODEPINK. « Comme gens de couleur et alliés, il est temps de voir le système de 'justice' non pas comme étant brisé ou endommagé mais au service de l'élite. Nous devons exiger des changements profonds dans le système américain et dans la conscience de l'opinion publique américaine. C'est alors seulement que nous connaîtrons la vraie justice. »

« La police essentiellement est devenue une armée d'occupation avec de l'équipement conçu pour la guerre », a dit la co-fondatrice de CODEPINK Jodie Evans, qui a travaillé étroitement avec le groupe Hands Up United in Ferguson, Missouri. « Qui est leur ennemi ? Les jeunes hommes de la place ? Les manifestants pacifiques ? Ce n'est pas seulement une attaque contre Ferguson mais une attaque contre nous tous. »

CODEPINK a récemment lancé une campagne appelée Communities Organize to Demilitarize Enforcement, (les Communautés s'organisent pour démilitariser l'application de la loi), connue sous le nom de CODE, pour démilitariser la police. Les activistes travaillent avec les communautés pour que les départements de police cessent d'acquérir de l'équipement militaire par l'entremise du programme fédéral 1033. CODEPINK travaille aussi avec des groupes étudiants pour cibler les agences de sécurité des campus qui ont de l'équipement militaire.

À l'occasion de la Journée des droits de l'homme le 10 décembre, CODEPINK amènera à Washington, DC un groupe de mères dont les enfants ont été tués par des policiers. Les femmes demandent justice pour leurs familles et des changements dans les lois qui laissent les familles vulnérables à la brutalité policière et aux échappatoires de responsabilité. Elles seront à Washington du 9 au 11 décembre, rencontrant des élus, tenant des séances d'information et prenant la parole lors de rassemblements publics.[2]

Sur un sujet connexe, le 28 novembre, le comité de l'ONU sur la torture a sévèrement critiqué les États-Unis en disant qu'ils n'ont pas respecté les traités internationaux contre la torture. Le rapport de 16 pages est le premier du comité depuis 2006. Il condamne les politiques des États-Unis en matière de brutalité policière contre les noirs et les latinos ainsi que la militarisation de la police, entre autres questions. Selon le Los Angeles Times, le rapport ne faisait pas spécifiquement mention des événements de Ferguson mais dit que les parents de Michael Brown ont parlé à la commission avant la publication de ses conclusions.[3]

Déclaration d'anciens combattants d'Irak contre la guerre, le 29 août 2014

Une ligne a été tracée à Ferguson, Missouri. Une ligne qui sépare une communauté pleurant collectivement son fils perdu, et une force de police qui a juré de servir et de protéger mais qui n'a apporté que la peur et la violence. Une ligne qui sépare le racisme institutionnalisé des décisions de la ville, de l'État et du gouvernement fédéral et le peuple partout au pays qui réclame justice pour Michael Brown et les nombreuses autres victimes de la violence policière. Cette ligne n'a pas commencé et ne se termine pas à Ferguson. Elle a ses racines dans une longue histoire de violence policière contre les communautés noires et brunes aux États-Unis.

En tant qu'organisation composée de vétérans des guerres tant en Irak qu'en Afghanistan, et de ceux qui les appuient, nous savons intimement ce que c'est de se tenir d'un côté d'une ligne et de faire face à une communauté à laquelle vous n'appartenez pas. Nous comprenons la déshumanisation institutionnelle qui se fait au nom de la « sécurité ». Nous savons ce que c'est d'être une force d'invasion envoyée pour défendre agressivement les intérêts de gens qui ne sont pas de cette communauté. Nous avons été témoins du dommage irréparable que cette force d'invasion a eu sur les individus, les familles et sur des pays entiers. Témoins de la réponse policière brutale ces dernières semaines, nous ne pouvons que noter comment l'équipement que la police utilise contre le peuple de Ferguson nous est familier. Familier parce que les véhicules blindés, les fusils d'assaut et les tenues de camouflage sont les mêmes que ceux utilisés contre les peuples d'Irak et d'Afghanistan pour leur voler leur autodétermination tout en détruisant des communautés, des maisons et des vies.

L'explosion de colère de la communauté à Ferguson et la réponse de la police locale ont renforcé la conversation qui se mène sur pourquoi la police locale semble être une armée d'occupation. Des projets du département de la Défense tels le 1033 Excess Property Program ont permis le mouvement de 4,3 milliards $ d'équipement militaire en surplus ou abandonné vers les départements locaux de police, qui a été peu comptabilisé et sur lequel il n'y a aucun contrôle démocratique. Ce programme fournit au Pentagone une couverture et une justification pour ses énormes dépenses d'équipement, tout en continuant d'enrichir les entrepreneurs, au même moment où les chefs militaires coupent les soins de santé pour les soldats et grattent les fonds de tiroir en niant leurs prestations aux membres des forces armées traumatisés qui sont expulsés des programmes suite aux réductions d'effectifs et aux compressions budgétaires.

Ce ne sont pas seulement les armes et l'équipement qui sont transférés de l'armée américaine aux agences d'application de la loi mais aussi les gens et leur formation. Peu de vétérans Américains quittent l'armée avec les qualifications à l'emploi promises et trouvent peu d'options en dehors du champ de l'application de la loi. Ainsi, beaucoup de nos policiers locaux sont eux-mêmes des vétérans, déjà traumatisés par leur expérience dans l'armée.

Nous voyons également un lien indéniable entre l'équipement militaire que le département de la Défense a acheminé aux départements locaux de police partout au pays et l'équipement militaire que notre nation continue d'envoyer aux gouvernements partout dans le monde pour faciliter la répression des soulèvements populaires. Il semble que notre gouvernement ait déterminé que la seule réponse appropriée au désir d'une communauté d'être entendue et de vivre une certaine mesure d'autodétermination est la violence et la répression.

En même temps, concentrer notre indignation seulement sur la militarisation continue de nos forces de police serait une erreur parce que sans le racisme systémique qui soutient et justifie la violence contre les communautés de couleur et les peuples occupés, cette violence ne serait jamais possible en premier lieu. Cette déshumanisation du peuple rend possible de qualifier avec désinvolture les plus de 650 000 civils tués en Irak de « dommage collatéral » et de reconnaître les gens de couleur aux États-Unis « coupables jusqu'à preuve du contraire », au point qu'ils sont parfois tués extra judiciairement par ceux qui sont supposés les protéger.

Nous voyons le croisement de toutes ces choses comme une raison de résister à la militarisation et au racisme sur plusieurs fronts. Cela est le cas dans les rues de Ferguson, où une communauté demande la vraie justice ou encore à Oakland en Californie à l'exposition « Bouclier urbain » qui débute prochainement, où les agences militaires et d'application de la loi du pays et étrangères achètent des armes « non létales » et « moins que létales », tout en partageant leurs compétences et stratégies pour réprimer la dissidence dans leurs pays respectifs.

Pour toutes ces raisons et d'autres encore, nous appelons à un effort national pour démilitariser totalement nos forces policières. L'équipement militaire dans les mains de policiers encourage l'utilisation de la force contre les communautés avec lesquelles ils devraient travailler en coopération. Nous appelons à la fin de l'occupation et de la ré-occupation de l'Irak et de l'Afghanistan. Nous sommes aux côtés de la communauté de Ferguson dans son appel à la responsabilité pour le meurtre de Michael Brown et pour la liberté d'exercer son droit de manifester et de résister à la brutalité policière.

Notes

1. L'Association nationale du barreau (NBA) a été fondée en 1925. Elle représente les intérêts d'approximativement 60 000 avocats, juges, professeurs de droit et étudiants en droits. La NBA est organisée dans 23 sections de droit positif, 9 divisions, 12 régions et 80 chapitres affiliés partout aux États-Unis et dans le monde. Pour information, visitez : www.nationalbar.org

2. Pour information, contactez alli@codepink.org.

3. Le rapport du comité de l'ONU contre la torture condamne aussi les États-Unis pour leurs interrogatoires militaires, les prisons à sécurité maximum, l'isolement cellulaire et le traitement des migrants résidant illégalement dans le pays. Le rapport appelle aussi à des lois fédérales plus dures pour définir et interdire la torture, incluant comment les détenus sont traités dans le camp américain de torture à Guantanamo Bay. Le rapport décrit le camp comme un « système draconien de secret entourant les détenus de haut niveau qui maintient leurs allégations de torture hors du domaine public. »

(D'après des fichiers de CNN, Daily Mail, Reuters, CBS, Los Angeles Times)

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Des manifestations massives partout aux États-Unis


À New York le 25 novembre 2014

Des manifestations massives se sont tout de suite tenues à l'échelle des États-Unis et ailleurs suite à l'annonce du grand jury le 24 novembre de sa décision de ne pas poursuivre l'officier Darren Wilson pour le meurtre de Michael Brown. Il y a eu environ 90 manifestations dans des villes américaines le 24 novembre et plus de 170 dans autant de villes le 25 novembre suivies d'autres à l'échelle du pays. Dans des villes comme Seattle, Los Angeles et New York, des milliers de personnes ont envahi les rues et les autoroutes, bloqué la circulation et forcé les autorités à leur céder le contrôle des routes. Le 26 novembre, jour de l'Action de Grâce, des milliers de personnes ont participé à des vigiles à la mémoire de Michael Brown et d'autres victimes de brutalité policière. Certaines des actions le 27 novembre se sont tenues dans les centres d'achat à l'occasion du Vendredi fou, le plus gros jour d'achats de l'année aux États-Unis, notamment à Ferguson et St. Louis alors que d'autres manifestations se sont tenues à Chicago, New York, Seattle et dans le nord de la Californie où le trajet ferroviaire Oakland-San Francisco a été perturbé.

Les manifestations, qui comprenaient des gens de tous milieux et surtout des jeunes, ont exprimé la lutte pour défendre les droits de tous. Les pancartes, les slogans et les chants dénonçaient la politique du deux poids deux mesures dans le traitement que réserve la police aux Afro-Américains. Les pancartes « Black Lives Matter » (la vie des noirs, ça compte), exprimaient l'opposition populaire à la déshumanisation à laquelle se livre la police en se remémorant non seulement Michael Brown mais les centaines d'Afro-Américains qui sont tués par la police à chaque année. Les manifestants ont rejeté l'idée que les meurtres commis par la police seraient une aberration et ont déclaré qu'ils sont au contraire une composante d'un système social et politique conçu pour priver le peuple du pouvoir et des droits qui lui appartiennent en vertu de son humanité. Ils ont dit clairement que c'en est assez maintenant et qu'ils ne cesseront pas leurs actions tant que justice ne sera pas faite.

Au Canada, il y a eu des actions le 25 novembre à Halifax, Montréal, Ottawa,. Kingston, Toronto, Hamilton, Edmonton, Vancouver et dans d'autres villes. La plus grande manifestation a eu lieu à Toronto où environ 2000 personnes ont envahi le square qui fait face au consulat américain. Au Canada comme aux États- Unis, c'est toujours le peuple qui est blâmé pour les attaques racistes de l'État alors que tout est permis contre lui tandis que la police et d'autres s'en tirent à bon compte. Les manifestants canadiens ont réclamé justice pour Michael Brown et exprimé leur solidarité avec Ferguson tout en dénonçant les meurtres de jeunes, de personnes souffrant de problèmes mentaux, de gens des minorités nationales et de membres des Premières Nations ici même au Canada.

LML lance l'appel à tous à participer dans ces actions et à discuter de ces événements dans leurs milieux. La violence de l'État, l'impunité policière et la criminalisation de la jeunesse sont des attaques aux droits de tous et il faut les faire cesser.

Voici un reportage photo des manifestations des 24 et 25 novembre.

États-Unis
Boston



New York




Philadelphie


Washington





Chicago




Minnéapolis





Saint-Louis



Nashville


Charleston



Denver



Los Angeles



Oakland




San Francisco




Seattle



Canada
Montréal

Ottawa


Kingston


Toronto





Kitchener



Edmonton



Calgary


(Photos : TML, Telesur, C. Irene, ciativist, D. Laliberte, G. Lauzon, M. Klimowicz, H. White, H. A. Rahma, S. Rhodes, Koba Sounds, A. Aziz, Annette Up Front, Fibonacci Blue, S. Ji, Minku Media, D. Cobbs, Radoza, ANSWER, Xinhua, S. Doo Whop, S. Knecht, Justice for Mike Brown, N. Hennen, Brandy Chris, Norse Code Dusty)

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