Le Marxiste-Léniniste

Numéro 154 - 19 novembre 2014

Chute des prix des ressources naturelles et fermetures de mines

Sombre perspective pour le secteur minier au Québec


Chute des prix des ressources naturelles et fermetures de mines
Sombre perspective pour le secteur minier au Québec - Normand Fournier

Les subventions du gouvernement de l'Ontario à Honda
La nécessité de mettre fin aux programmes pour payer les riches - K.C. Adams


Chute des prix des ressources naturelles et fermetures de mines

Sombre perspective pour le secteur minier au Québec

Pour comprendre la situation actuelle dans l'industrie minière au Québec, on se doit de regarder et d'étudier la situation à l'échelle nationale et internationale, car aucune décision importante dans ce secteur n'est prise ni au Québec ni au Canada.

À l'échelle internationale, RioTinto, BHPBilliton et Vale (surnommées en anglais The Big Three) livrent une guerre sans merci à leurs concurrents, sur toute la planète. Elles ont créé un surplus de minerai de fer (plus de 50 millions par tonne (M/t) de surplus en 2014 et 160 M/t en 2015 selon Goldman Sachs). Elles ont fait baisser les prix des différents minerais (le fer est passé de 143 $/t en 2013 à moins de 80 $/t en 2014). Elles ont inondé le principal marché du fer qu'est celui de la Chine. Cette dernière consomme près de 70 % de tout le minerai de fer transporté par bateau dans le monde. Dans la même période, les prix de l'or, du platine, du cuivre, du nickel, du chrome et même des terres rares, ont chuté.

Au Québec

Avec l'annonce du Plan Nord en 2011 par le gouvernement Charest, une multitude de projets miniers, dont « les coûts de production » étaient auparavant considérés comme trop élevés, pour reprendre l'expression erronée de la théorie centrée sur le capital, ont refait surface. Cela s'est produit alors que le prix du minerai de fer avait atteint des niveaux considérés comme étant profitables, soit entre 150 et 180 $ la tonne.

En novembre 2014, le prix du fer est de 78 à 80 $ la tonne. Les « Big Three » au Québec ont un « coût de production » allant de 43 à 45 $ la tonne. Pendant ce temps les fermetures de mines et les faillites se succèdent au Québec : la mine du Lac Bloom de Cliffs Natural Resources à Fermont, la mine du Mont-Wright d'ArcelorMittal à Fermont, la mine Scully à Wabush et la Labrador Iron Mines qui ne produira pas en 2014. Leurs « coûts de production », qui en réalité sont la valeur transférée reproduite par les mineurs et les autres travailleurs impliqués dans le processus de production, dépassent 80 $ la tonne. Québec Lithium, elle, s'est mise sous la protection de la faillite en octobre. Les projets d'expansion sont mis sur la glace (Cliffs à Fermont, Iron Ore of Canada (IOC), New Millenium). Les sociétés d'investissements miniers vendent leurs actifs (Cliffs, ArcelorMittal, IOC ont mis en vente leurs baraquements à Fermont). Tant les entreprises minières que d'exploration n'arrivent pas à financer leurs projets miniers. On trouve dans cette catégorie les minières Cliffs, Alderon, New Millenium, Adriana, Corporation Royal Nickel, Némaska Lithium, Niogold, la mine Arnaud à Sept-Îles et Québec Lithium.

Au même moment les « Big Three » inondent le marché du fer. Elles prévoient produire 900 M/t de fer en 2014, soit 40 % de l'offre mondiale. L'ancien PDG d'Iron Ore Company of Canada Terry Bowles a été cité à ce sujet dans Le Devoir: « Il y a eu des expansions massives en Australie et au Brésil, qui entrent toutes en production en même temps, et pas au meilleur moment. » Rio Tinto, BHP Billiton et Vale ont augmenté leurs volumes de production. Par exemple, au Québec ArcelorMittal a investi 1,6 milliard $ pour accroître sa production de 16 à 24 M /t, tandis que Rio Tinto à Carol Lake a investi 1 milliard $ pour faire passer de 17 à 22 M/t sa production de minerai.

Seules les minières chinoises (Wisco, Jilin Jien) et la minière indienne Tata, maintiennent leurs projets d'exploration et d'expansion dans la Fosse du Labrador.

Le climat morose qui persiste dans le secteur minier québécois est le résultat d'une lutte importante à l'échelle mondiale. Les baisses de prix des ressources naturelles et les fermetures de mines n'en sont que les conséquences, les répercussions. Lors de la récente mission économique de Philippe Couillard en Chine, aucune entente pour le secteur minier n'a été signée. Comment sortir de cette impasse est devenu la question à résoudre pour ceux qui dépendent du secteur minier.


Les travailleurs mis à pied de la mine Wabush de Cliff attendent l'avion qui les ramène chez eux le 19 novembre 2012

Fermetures à la minière Cliffs Natural Resources

Les installations de Cliffs à Sept-Îles sont fermées depuis l'été. Elles comprenaient l'usine de bouletage et les installation portuaires. De plus la mine du Lac Bloom située à Fermont cessera ses activités en décembre prochain, si son propriétaire ne trouve pas un partenaire pour développer une phase II. On parle de 165 pertes d'emplois à Sept-Îles et de 400 à Fermont, principalement chez les sous-traitants. Cliffs a aussi annoncé le 31 octobre, la fermeture de la mine Canadian Wabush Mines au Labrador. La fermeture entraîne la mise à pied de 400 employés terre-neuviens et d'une centaine d'employés québécois à Sept-Îles affectés au transbordement du fer. Ces fermetures ont fait suite à la prise de contrôle du conseil d'administration de la minière basée à Cleveland, en août 2014, par le fonds d'investissement Casablanca qui a demandé que Cliffs se débarrasse de ses actifs canadiens.

La minière Québec Lithium se place sous la protection de la faillite

Malgré la demande grandissante pour le lithium à l'échelle mondiale et son prix à la hausse, la minière Québec Lithium vient de se placer sous la protection de la loi sur la faillite, le 8 octobre. La majorité des 200 employés de la mine située à La Corne en Abitibi ont été mis à pied. Les répercussions de la fermeture de Québec Lithium se font aussi sentir à Barraute, une municipalité voisine, où plus de 30 résidents travaillaient à la mine. Une nouvelle route était en construction pour relier La Corne à Barraute. Les travaux sont arrêtés.

La minière Québec Lithium a bénéficié de nombreuses aides financières du gouvernement québécois au fil des ans. En 2012, le gouvernement Charest avait accordé une garantie de prêt de 60 M $ pour le démarrage du projet. À cela s'ajoutent les différents crédits accordés par Québec pour financer l'exploration. En 2014, une aide de 5 M $ en provenance d'Investissement Québec à Québec Lithium a été versée, même si l'entreprise éprouvait de sérieux problèmes de liquidité.

Québec Lithium est la propriété de RB Energy. Les réserves sont de plus de 55 millions de tonnes et la production annuelle était fixée à 20 000 tonnes par année. Les coûts en immobilisation s'élèvent à plus de 324 M $. Ils correspondent au montant investi par rapport aux prévisions initiales de 204 M $. Chaque tonne de lithium produite par la mine avait une valeur transférée reproduite (un « coût de production ») de 2 600 $ US la tonne. Le carbonate de lithium se vendait à 6000 $ US la tonne (prix du scénario de base). En 2012, le prix du carbonate de lithium a atteint 8000 $ US la tonne.

De plus, Québec Lithium n'a pas versé un seul dollar pour la garantie financière fixée à 25,6 M $. Ce montant vise à permettre la restauration du site minier après que l'exploitation en soit terminée. C'est donc 90,6 M $ en théorie que le Québec perd avec la fermeture de Québec Lithium. De plus, ce cas démontre que le gouvernement du Québec n'a pas vu à faire appliquer et respecter la Loi sur les mines. Le gouvernement du Québec refuse de se tenir debout devant les minières, ce qui fait que les Québécois doivent payer la facture pour restaurer les sites miniers abandonnés. Il y en a plus de 700 au Québec et la facture pour leur restauration est évaluée à 1,2 milliard $.

La mine Arnaud

Cette mine d'apatite est toujours en attente de l'autorisation du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) pour entreprendre son développement. Ce projet de mine à ciel ouvert divise la population de Sept-Îles depuis plusieurs années. La population a tenu diverses manifestations contre le projet. « Il dépasse les normes environnementales actuelles », selon le docteur Isabelle Gingras, résidente de Sept-Îles.

Le projet d'une valeur estimée à 750 M $ est sous la direction de la société norvégienne Yara International ASA, le plus important producteur d'engrais au monde, et d'Investissement Québec. La fosse aura une dimension de 3,8 km de longueur, par 800 mètres de largeur et une profondeur de 240 mètres. Les promoteurs parlent de 330 emplois directs et de 425 emplois indirects.

Tiré de Chantier politique.

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Subventions du gouvernement de l'Ontario à Honda

La nécessité mettre fin aux
programmes pour payer les riches

Le 5 novembre, le monopole mondial Honda Motor Co. Ltd a annoncé un investissement de 857 $ à Alliston, en Ontario. Le gouvernement de l'Ontario accordera au monopole privé une subvention directe représentant 10 % de l'investissement. Le monopole a déclaré que l'investissement sera consacré au renouvellement de la capacité de production des deux usines de montage et de l'usine de fabrication de moteurs de la ville.

L'investissement ne créera pas de nouveaux emplois mais assure pour le moment le maintien des 4000 emplois existants dans les trois usines, a dit un porte-parole de la compagnie. L'argent sera utilisé pour accroître la productivité en vue de la production de la « prochaine génération de Civic », a-t-il ajouté.

« Je ne pense pas qu'il y ait une partie de l'usine qui ne sera pas affectée par cet investissement alors que nous réoutillons en vue d'une nouvelle génération de Civic avec tous les équipements de soudage, tout l'outillage - même nos fournisseurs ont besoin de développer de nouveaux outillages », a déclaré Jerry Chenkin, président de Honda Canada Inc.

Les marges de profit sont minces dans le segment des voitures compactes où la Civic affronte la concurrence, a dit Chenkin. Toute augmentation de la productivité permet d'abaisser légèrement le prix de production des 200 000 véhicules assemblés dans les usines, ce qui signifie de plus grands profits ou un prix de vente inférieur pour surclasser ses concurrents.

Se référant aux fluctuations du dollar canadien sur le marché international, Chenkin a dit: « Le défi [pour Honda] est de devenir insensible aux taux de change de sorte que cela n'ait pas d'impact sur ce qui se passe [l'impact des taux de change du dollar canadien ]. »

Pour justifier la subvention publique de 87,5 millions $ à des investisseurs privés principalement étrangers, la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a mis l'accent sur les taux de change du dollar et dit: « Mais nous ne pouvons pas seulement nous fier à cela [les taux de change plus bas du dollar canadien] pour assurer l'expansion du secteur automobile ou du secteur manufacturier en général. »

Elle suggère que la situation à l'échelle mondiale a atteint un point où au moins 10 % de tous les grands investissements privés dans l'industrie doivent devenir une subvention pure et simple à même le trésor public de pair avec d'autres incitatifs, sinon les investisseurs refuseront d'investir.

Son commentaire à propos du 10 % est contredit par le refus récent de Ford Motor Co. d'investir dans une usine de moteurs à Windsor en Ontario, alors qu'elle s'est fait offrir beaucoup plus que cela. Les subventions du gouvernement fédéral et de l'Ontario, les allégements fiscaux, les prêts à faible intérêt et les concessions des employés se sont élevés à environ 60 % de l'investissement de 1,5 milliard $ et Ford a quand même rejeté l'argent public et les concessions parce qu'ou bien il ne fera pas cet investissement ou il le fera ailleurs, probablement au Mexique.

Le Windsor Star rapporte que « [Ford] a refusé l'offre de plus de 1 milliard $ des gouvernements et du syndicat en vue d'un projet de 1,5 milliard $. Plus de 60 % de l'investissement provenait des poches des contribuables et des conventions collectives des employés et ce n'était pas encore assez ».

Face au refus de Ford d'accepter l'argent du trésor public, la première ministre Wynne a déclaré que le gouvernement doit établir quels sont les facteurs qui incitent les constructeurs automobiles à bâtir de nouvelles usines d'assemblage au Mexique plutôt qu'au Canada.

Cette question des investissements des monopoles est inquiétante. Que les monopoles investissent ou pas, ce sont les Canadiens qui en font les frais. C'est une indication que l'opposition ouvrière doit affirmer avec plus de force son point de vue et son programme en ce qui a trait aux investissements en capital. Contrairement à ce que dit Wynne, les facteurs qui déterminent l'investissement en capital sont bien connus. La question pour les travailleurs n'est pas de trouver encore plus de raisons de payer les riches mais de se sortir du sentier battu de quêter ou de chercher à soudoyer le capital monopoliste pour l'amener à investir. Ce qu'il faut c'est commencer à utiliser les ressources, la valeur déjà produite, les fonds publics et les compétences des travailleurs pour investir dans notre propre économie socialisée de manière planifiée et cohérente et la mettre au service de l'intérêt public.

Les investissements sous le contrôle des travailleurs viseraient à assurer la reproduction élargie de l'économie afin de satisfaire au bien-être, aux besoins et à la sécurité de la population de l'Ontario et du Canada. Cet objectif général d'investir pour servir l'intérêt public est en harmonie avec le caractère social de la production moderne et l'économie socialisée intégrée. Cet objectif général contraste fortement avec l'objectif étroit du capital monopoliste de servir ses propres intérêts privés en concurrence avec d'autres intérêts privés et avec l'intérêt public général.

L'histoire appelle les travailleurs à laisser derrière eux les demandes d'aumônes des investisseurs monopolistes internationaux et l'espoir qu'ils fourniront des solutions, une sécurité et un moyen de subsistance. L'économie moderne est devenue trop intégrée, publique et sociale pour que les intérêts privés aient un rôle dominant comme ils l'ont maintenant. Leurs intérêts privés entrent en conflit les uns avec les autres et avec l'intérêt public. Leur contrôle privé des composantes de l'économie en concurrence les unes avec les autres empêchent l'harmonie qu'il doit y avoir entre toutes les composantes et tous les aspects d'une économie socialisée, moderne et intégrée. Leur contrôle privé nie le droit des véritables producteurs de contrôler tous les aspects de la vie qui sont essentiels au bien-être et à la sécurité, dont une économie stable et sans crises récurrentes qui est quelque chose d'indispensable. Le bien-être et la sécurité du peuple sont étroitement liés au mieux-être et au bon fonctionnement de l'économie.

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