Le Marxiste-Léniniste

Numéro 153 - 18 novembre 2014

L'intégration du Canada à la sécurité intérieure des États-Unis

Les mesures pour militariser
la frontière canado-américaine

L'intégration du Canada à la sécurité intérieure des États-Unis
Les mesures pour militariser la frontière canado-américaine - Enver Villamizar
Le Conseil mohawk d'Akwesasne réagit à l'annonce d'une clôture de surveillance de la GRC - Kentenhko:wa

Actualités
Des vigiles sous le thème « Une lumière pour le Mexique » dans le monde entier pour exiger le retour des étudiants disparus


L'intégration du Canada à la sécurité intérieure des États-Unis

Les mesures pour militariser
la frontière canado-américaine

Le 4 novembre 2014, la ville d'Ottawa a accueilli la conférence SecureTech 2014, la conférence annuelle de l'Association canadienne de la défense et des Industries de la sécurité. À cette occasion, la GRC a annoncé la mise en place d'un réseau de surveillance à distance de caméras vidéo, de radars, de capteurs au sol, de détecteurs de rayonnement thermique et d'autres dispositifs de surveillance de haute technologie le long de la frontière canado-américaine et sur le territoire mohawk d'Akwesasne, qui sera opérationnel en 2018.

Ce réseau de « surveillance web » de 92 millions $ du nom de Border Integrity Technology Enhancement Project (Projet de renforcement de la technologie de l'intégrité des frontières) sera établi principalement dans ce que la GRC appelle les zones « à risque » de criminalité transfrontalière qui couvrent 700 kilomètres dans l'Est du Canada. Le surintendant principal Joe Oliver, qui est le directeur général de la GRC pour l'intégrité de la frontière, a déclaré: « le concept implique l'utilisation de capteurs au sol automatisés, de caméras, de radars, de lecteurs de plaques d'immatriculation, visibles et cachés, pour détecter toute activité suspecte dans les zones à haut risque le long de la frontière. Nous espérons ainsi réduire la criminalité transfrontalière et renforcer notre sécurité nationale ». Il a dit que plus de 100 sites avaient été identifiés.

Ce réseau de « yeux électroniques » sera construit le long de la frontière du Québec et du Maine jusqu'à Morrisburg (Ontario), puis le long de la voie maritime du Saint-Laurent, à travers le lac Ontario, jusqu'à Oakville, à l'ouest de Toronto.

Le financement de ce projet a été prévu dans le budget fédéral de 2014. Il faisait partie des mesures que le gouvernement Harper a pris pour harceler les Mohawks et perturber leur commerce légal du tabac. Ces mesures auraient été prises pour renforcer la capacité de la GRC de lutter contre la contrebande de cigarettes. C'est la méthode que le gouvernement Harper a choisie pour continuer d'imposer des mesures de police qui violent les droits de communautés entières. Sous couvert de la loi budgétaire omnibus, il s'assure qu'il n'y ait pas de débat au Parlement sur le sujet, et encore moins parmi le peuple.

Selon l'article du National Post sur l'annonce de Joe Oliver, ce réseau sera relié à « un centre de renseignement géospatial et de répartition automatisé » moderne qui, entre autres, intégrera les données de surveillance, émettra des alertes sur des cibles de haute probabilité, fournira une « imagerie instantanée » aux agents en patrouille et produira des rapports d'analyse prophétique. L'étendue du « web » déjà en place est également expliqué dans cet article. Il est souligné que des études de site sont actuellement en cours, que des stratégies d'approvisionnement et d'application sont en voie d'élaboration et que les besoins opérationnels sont à l'étude.

Lors de cette annonce, Joe Oliver était accompagné de Mark Borkowski, commissaire adjoint de l'Office de la technologie, l'innovation et l'approvisionnement de l'Agence de protection des douanes et des frontières du Département de la sécurité intérieure des États-Unis. En réponse aux questions portant sur le partage des données recueillies par le « web » avec le Département de la sécurité intérieure des États-Unis — quelque chose que les Canadiens méprisent — Oliver a préféré présenter cela comme une « possibilité » plutôt que comme un objectif faisant partie des mesures pour mettre les autorités canadiennes sous commandement américain. Oliver a dit que les États-Unis pourraient avoir accès aux données collectées et que les diverses technologies nécessaires seront choisies et installées avec en tête l'interopérabilité potentielle future avec la police et les fonctionnaires des services frontaliers des États-Unis.

Pour détourner l'attention de la nature perfide de ces mesures qui violent les droits issus de traités des nations autochtones et les droits de la vie privée des Canadiens, Joe Oliver les a présentées comme des moyens pour défendre l'Amérique du Nord contre les réseaux criminels. « L'environnement fiscal et opérationnel, l'adaptabilité du crime organisé et les menaces à la sécurité nationale actuelles nécessitent que nous explorions de nouvelles façons d'approfondir et de renforcer notre collaboration, a-t-il dit. Ce sont des occasions d'examiner de nouvelles façons de faire. Une menace pour le Canada est une menace pour les États-Unis et vice-versa, nous opérons dans un environnement où nous essayons de répondre à des menaces communes. »

Joe Oliver a montré une fois de plus le profilage raciste du gouvernement. Il a dit: « la frontière de l'Ontario et du Québec avec l'État de New York est un passage clé pour les contrebandiers du tabac; les experts conviennent que la contrebande génère annuellement des centaines de millions en profit sur le marché noir. Des dizaines de groupes du crime organisé, grands et petits, de motards criminalisés et de gangsters italiens aux gangs vietnamiens et chinois, utilisent les mêmes canaux et infrastructures pour faire passer des stupéfiants et des immigrants illégaux vers le sud, vers les États-Unis ». Il a ajouté en conclusion: « la crainte est que des terroristes pourraient s'infiltrer dans le pays par les mêmes routes ».

Les développements au niveau du Réseau de la Voie maritime doivent être vus dans le contexte des efforts déployés pour soumettre le Canada au commandement des États-Unis et placer sous contrôle militaire américain ces corridors commerciaux vitaux et ceux qui y vivent et y travaillent.[1] Ce processus est réalisé par le biais de NORAD et par l'intégration de cette instance militaire/policière conjointe aux agences civiles du Canada et des États-Unis. La Voie maritime du Saint-Laurent sert de terrain d'essai pour le commandement militaire de la vie civile alors que l'impérialisme américain exige la protection des « infrastructures-clés » qu'il prétend essentielles à sa « sécurité nationale ». Ces mesures montrent l'importance non seulement de défaire le gouvernement Harper aux prochaines élections, mais qu'il faut également renverser ces arrangements,qui reposent sur la violation des droits du peuple.

Cette annonce de « surveillance web » par la GRC fait partie des mesures pour mettre en place un système de commandement et de contrôle centralisé de la vie quotidienne de ceux qui vivent dans et autour de la voie maritime qui ne repose pas sur le pouvoir des gens eux-mêmes de décider ce qui est nécessaire ou approprié. En fait, c'est le contraire. Ces mesures reposent sur la notion que la violation des droits de ceux qui transitent et vivent dans cette zone est une condition à la « sécurité ». C'est une notion complètement médiévale.

En 2012, le Conseil de recherche de la Défense nationale des Forces armées canadiennes a publié un rapport dans lequel de telles mesures étaient réclamées, particulièrement la création de centres de commandement centralisé pour traiter les données de télédétection et regrouper les ressources et où serait assurée la coordination des mandats contradictoires de divers organismes publics civils et militaires. Selon ce rapport, bien que Transport Canada soit responsable de la sûreté maritime et des réglementations, il n'existe aucune entité fédérale unique responsable de planifier la sûreté, la coordination et l'exécution, comme le fait la Garde côtière militarisée des États-Unis. Ainsi, bien que la GRC soit responsable de protéger la frontière maritime dans la région des Grands lacs et de la Voie maritime, elle est « sous-équipée et en pénurie de personnel de telle sorte qu'elle ne peut accomplir ses tâches de façon adéquate ». Le ministère de la Défense nationale « possède l'expertise technologique et opérationnelle nécessaire pour mener des opérations de sûreté maritime mais il est inadéquat en termes d'application de la loi et d'investigation ».

Contrairement à son homologue américain, souligne le rapport, la Garde côtière canadienne n'est pas autorisée à participer à des opérations de sûreté maritime sauf lorsqu'elle agit en appui à la GRC et à d'autres ministères gouvernementaux. La solution proposée est un commandement centralisé devant s'exercer par le biais de l'un des « Centres des opérations de la sûreté maritime ».

Ces centres d'opérations, où toutes les agences civiles et militaires sont réunies, et sans doute également les agences de sécurité américaines militaires, ont été créés aux termes de la politique de sécurité nationale du gouvernement fédéral de 2004. Selon le site Web du gouvernement, à l'heure actuelle, il existe deux centres des opérations de la sûreté maritime, l'un sur la côte Est, à Halifax, et l'autre sur la côte Ouest, à Esquimalt (Victoria), en Colombie-Britannique. Ils sont logés sur deux bases de la Marine, le premier à la base des Forces canadiennes Halifax de la Force opérationnelle interarmées de l'Atlantique, et le deuxième, à la base des Forces canadiennes Esquimalt des Forces canadiennes de la Force opérationnelle interarmées du Pacifique. Un troisième centre des opérations de la sûreté maritime a été établi près de Niagara Falls et est géré par la Gendarmerie royale du Canada. Ce centre est chargé de faire la surveillance du Réseau Grands Lacs/Voie maritime du Saint-Laurent.

Note

1. LML, Numéro 37 - 2 avril 2012

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Le Conseil mohawk d'Akwesasne réagit à l'annonce d'une clôture de surveillance de la GRC

Le Conseil Mohawk d'Akwesasne (CMA) réagit à un article du National Post dans lequel était annoncé un projet de la GRC de l'ordre de 92 millions $ consistant à installer une panoplie d'équipement haute-technologie/haute sécurité le long de la frontière Canada/États-Unis devant servir de « clôture » de surveillance électronique. Parmi les endroits ciblés pour ce nouveau projet de sécurité frontalière sont les voies navigables situées sur le territoire d'Akwesasne et le territoire environnant.


Un drapeau de guerrier autochtone sur un panneau gouvernemental lors de manifestations le 4 juin 2006 contre l'armement des agents de l'Agence des services frontaliers du Canada à Akwesasne

Le National Post mentionne dans son article que les Mohawks sont critiques du projet, le qualifiant d'attaque contre notre souveraineté et d'une menace à notre économie. Il est vrai que faire en sorte qu'Akwesasne soit placée sous surveillance policière peut être perçu comme étant une atteinte à notre souveraineté, mais faut-il souligner qu'il s'agit aussi d'une atteinte à nos droits humains, à nos droits à la vie privée et à la libre circulation. Cela équivaut à envenimer une situation de crise déjà existante entre le Canada et les Premières Nations, comme l'a noté dans le rapport du rapporteur spécial de l'ONU, James Anaya, suite à sa visite à Akwesasne le 7 octobre 2013.

Les médias laissent entendre que les Akwesasnes appuient ou encouragent des activités criminelles. Non seulement ces allusions sont-elles fausses mais elles nuisent à nos efforts et à nos initiatives de bonne foi. Ainsi omet-on de mentionner tous les efforts de coopération déployés par les Akwesasnes pour travailler avec le Canada tout en tenant compte de nos préoccupations communes. Parmi ces efforts, pensons à cette lettre adressée en l'an 2000 au premier ministre de l'époque, Jean Chrétien, qui mettait le gouvernement en garde quant aux conséquences que la décision fédérale d'augmenter les taxes sur les cigarettes aurait sur notre communauté. Aussi omet-on de mentionner nos demandes répétées, dont la plus récente date du premier mai 2013, alors que, devant le Comité permanent du Sénat sur les Affaires juridiques et constitutionnelles, nous avons proposé de travailler avec le Canada afin d'agir avec efficacité face aux éléments criminels potentiels cherchant à tirer avantage des défis géographiques et juridictionnels dont notre communauté et notre peuple ont hérités.

Les Akwesasnes ont demandé de façon répétée des partenariats avec le Canada ainsi qu'un appui accru de la part du Canada pour sécuriser la frontière qui divise physiquement notre communauté en de nombreuses juridictions : l'Ontario, le Québec et New York. Le Service de police du territoire mohawk manque de ressources lui permettant de patrouiller une frontière longue de près de cent milles et qui zigzague entre près de 400 îles situées sur territoire Akwesasne. En effet, cette région a même été qualifiée de « cauchemar juridictionnel » par des agences chargées de l'application de la loi. Pour cette raison, elle est mieux servie par des agents mohawks qui eux connaissent bien les affluents, les canaux, les milieux humides et les marécages du fleuve Saint-Laurent.

Ces dernières années, les Akwesasnes ont connu une croissance de leur population et par conséquent le besoin d'augmenter les opportunités d'emploi fondées sur une économie qui est en soi légitime ainsi que d'augmenter nos services communautaires essentiels tels que la surveillance policière. Bien que les initiatives du Canada et des États-Unis en matière de sécurité frontalière imposent des exigences nettement au-delà du mandat de nos services de police mohawks du territoire d'Akwesasne, elles ont tout de même été assumées par notre département de police local afin d'assurer la sécurité de la communauté et des voyageurs.

Cette responsabilité supplémentaire de maintien de l'intégrité de ces frontières internationales a été rendue plus ardue en 2009 alors que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a transféré ses installations frontalières de Kawehno:ke (l'île de Cornwall) à la Ville de Cornwall. Ce déplacement inattendu de l'ASFC et la responsabilité de maintenir l'intégrité frontalière ont rendu la vie encore plus difficile au Service de police mohawk du territoire Akwesasne fort de seulement 24 membres. Afin de pouvoir être à la hauteur de cette responsabilité accrue, le Service de police mohawk du territoire Akwesasne aurait besoin d'un financement accru pour recruter des agents patrouilleurs et créer une unité de police maritime à temps plein. Cela permettrait à notre département de police local de continuer de contrer de façon efficace les organisations criminelles qui cherchent à exploiter notre communauté. Cela également coûterait moins cher et serait plus efficace que ce que propose la GRC.

La proposition actuelle se fonde sur la menace d'organisations criminelles et terroristes qui chercheraient toujours à tirer avantage de notre communauté. Cette inquiétude est propagée surtout par les principaux médias et certains élus qui continuent de présenter la frontière d'Akwesasne comme étant une région vulnérable afin de faire progresser leur propre ordre du jour politique et pour servir certains groupes d'intérêts. Le fait d'accuser Akwesasne n'est pas un phénomène récent puisqu'immédiatement après le 11 septembre notre communauté a été pointée du doigt comme étant un point d'entrée pour terroristes. Cela s'est avéré complètement faux, mais sachez qu'Akwesasne a depuis été stigmatisée par ces accusations aussi irresponsables que fausses.

Akwesasne partage les objectifs d'autres gouvernements visant à sécuriser les frontières, mais malheureusement le gouvernement du Canada n'a jamais voulu appuyer nos efforts en ce sens. En fait, nous avons été davantage appuyés par les États-Unis que par le Canada. Peut-être est-il plus facile pour le Canada de continuer d'accuser les Akwesasnes pour leurs propres déboires que de travailler en collaboration avec nous.

Alors que le Canada s'apprête à dépenser des dizaines de millions supplémentaires en mesures répressives, Akwesasne ne cesse de proposer la voie la plus économique qui est celle de partenariats et de coopération accrue. Nous avons aussi proposé la mise en place d'un système de cartes d'identité pour assurer la sécurité des frontières, laquelle proposition ne pourrait que renforcer l'intégrité frontalière puisqu'elle permettrait de clairement identifier nos résidents locaux. Jusqu'ici cette proposition a été favorablement accueillie par un membre du Congrès des États-Unis, Bill Owens, ainsi que par le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis, lesquels ont à plusieurs reprises demandé au Canada d'appuyer cette initiative puisqu'elle contribue à la sécurité frontalière des deux pays. Cette initiative faciliterait aussi le triage des résidents locaux qui constituent la grande majorité des voyageurs frontaliers et faciliterait par le fait même notre commerce transfrontalier.

Les Akwesasnes ont aussi proposé d'autres mesures qui pourraient contribuer à la sécurité frontalière. En effet, le CMA et son homologue dans la région sud, dite étasunienne, d'Akwesasne, ont entrepris des négociations dans le but de mettre en oeuvre notre propre Plan Mohawk de sécurité frontalière avec nos propres agents frontaliers et de sécurité et un fonctionnement local conçu en fonction de la réalité multi-juridictionnelle d'Akwesasne. Ce plan reconnaît Akwesasne en tant que communauté frontalière et est fondé sur notre expérience sans égale à développer des ententes multi-juridictionnelles ainsi que des protocoles politiques avec différents ordres de gouvernements externes et internes afin de répondre aux besoins de notre communauté.

Aux déclarations du National Post à l'effet que les Mohawks considèrent toute mesure de sécurité additionnelle comme une menace pour l'économie, le Conseil mohawk d'Akwesasne oppose son désaccord catégorique. Les Akwesasnes considèrent déjà que la sécurité frontalière canadienne représente un facteur nuisible pour notre économie locale. Les nouvelles initiatives touchant aux agences policières ainsi que les exigences de déclaration de l'ASFC ont eu un effet dévastateur sur les nombreux magasins et petites entreprises situés sur Kawehno:ke (l'île de Cornwall). Ainsi, les voyageurs ne peuvent plus s'arrêter ici et encourager notre économie locale en route pour la ville de Cornwall. Par conséquent, certains des membres de notre communauté ont dû prendre la décision difficile de fermer leurs entreprises situées dans le Peace Tree Mall à Kawehno:ke, ainsi que des stations d'essence et des restaurants situés dans différents secteurs d'Akwesasne.

Aussi Akwesasne entame-t-elle avec l'Ontario la deuxième année d'un projet pilote de deux ans lié au tabac, lequel projet explore des avenues permettant de contrôler, de régulariser et de légaliser les produits du tabac. Tous les produits du tabac provenant de la section sud d'Akwesasne seront soumis au même contrôle et à la même réglementation. Voilà le genre de partenariats qui est toujours possible à tous les niveaux et qui ne peut que se traduire par une économie saine et respectueuse des lois pour Akwesasne ainsi que par une sécurité frontalière accrue pour le Canada et les États-Unis. Mais pour y arriver, il faut que les accusations contre notre communauté cessent. Nous avons besoin de porte-parole gouvernementaux qui ont la capacité de saisir les opportunités favorables à la coopération et à la collaboration. Il existe des solutions et nous sommes en discussion avec des gouvernements externes pour y arriver.

Le projet visant à dépenser des millions de dollars en moyens répressifs externes revient à toutes fins pratiques à déployer davantage de soldats à cheval pour cerner Akwesasne. Nous persistons à affirmer que d'autres solutions sont possibles, des solutions plus productives et qui pourront bénéficier à tous.

Selon notre expérience, lorsque nos dirigeants identifient des stratégies alternatives qui pourraient mener à une économie saine et respectueuse de la loi, nous ne recevons aucun appui du gouvernement fédéral.

(Traduction: LML)

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Actualités

Des vigiles sous le thème «Une lumière pour le Mexique» dans le monde entier pour exiger le retour des étudiants disparus


Manifestation le 11 novembre 2014 à  Comarca Lagunera au Mexique

Le 11 novembre, des vigiles pour les 43 étudiants mexicains disparus d'Ayotzinapa, dans l'État de Guerrero, se sont tenues partout dans le monde. Plusieurs ont été organisées par les étudiants sur leur campus, ainsi qu'à l'extérieur des ambassades et consulats du Mexique, pour dénoncer la corruption de l'État qui a conduit à l'attaque contre les étudiants le 26 septembre à Iguala et à leur disparition ultérieure.

Jusqu'à présent, 74 personnes ont été arrêtées dans cette affaire. Parmi eux se trouvent le maire d'Iguala, Jose Luis Abarca, et sa femme Maria de Los Angeles Pineda, qui ont été arrêtés le 6 novembre, leurs alliés politiques, des policiers et des membres du cartel ainsi que trois hommes armés, qu'on soupçonne d'avoir travaillé pour le gang local de la drogue et dont le témoignage a été entendu le 7 novembre.

Les hommes armés ont témoigné que la police d'Iguala leur a remis les étudiants qui ont été arrêtés sur ordre du maire Abarca et de son épouse. Madame Pineda tenait un rassemblement et s'était dite inquiète que les étudiants allaient gâcher l'événement. Les étudiants ont été emmenés en camion vers un dépotoir dans la ville voisine de Cocula. Selon la déclaration des hommes armés, quinze sont morts suffoqués dans le véhicule qui les transportait entassés les uns sur les autres. Les autres ont été emmenés de force dans un ravin, tués et leurs corps aspergés d'essence et incendiés. Le gang de la drogue a ensuite ordonné aux assassins de recueillir les cendres et de les jeter dans la rivière San Juan.

La méfiance du peuple envers l'État mexicain et sa corruption est telle que chaque fait qui est rapporté publiquement par l'État est reçu avec beaucoup de scepticisme, au point où un grand nombre de parents des étudiants disparus n'accepteront aucune de ces histoires tant que des preuves irréfutables et vérifiables de ce qui est arrivé à leurs enfants ne soient fournies.

LML en appelle à tous à continuer à participer aux actions en appui aux étudiants disparus et pour mettre fin à la corruption ainsi qu'à la violence et à l'impunité d'État au Mexique.

Les actions se poursuivent dans tout le Mexique

Le 11 novembre, les enseignants de l'État de Guerrero où se trouve l'école normale d'Ayotzinapa d'où proviennent les 43 étudiants, ont manifesté à Chilpancingo, devant le siège du parti PRI au pouvoir. Le secrétaire de la jeunesse Luis Adrian Ramirez Ortiz a critiqué les manifestations comme étant violentes. Ortiz a également appelé au retour au pouvoir de Gustavo Diaz Ordaz, le président responsable du massacre de Tlatelolco de 1968 [1].

Le matin du même jour, cinq autobus bondés d'étudiants d'Ayotzinapa ont pris le contrôle du poste de péage Palo Blanco sur l'autoroute reliant Acapulco à Mexico, offrant libre passage aux automobilistes et demandant leur appui à leurs efforts pour obtenir justice.

Simultanément, d'autres étudiants, avec les membres de la police communautaire, ont bloqué la route fédérale de Tlapa à Chilpancingo près du campus d'Ayotzinapa.

Le 12 novembre, les enseignants de l'État de Guerrero ont manifesté devant les édifices du parlement de l'État et du ministère de l'Éducation dans la capitale, Chilpancingo. Ils ont manifesté devant les édifices gouvernementaux associés à Bernardo Ortega Jimenez, un politicien connu pour son association au crime organisé. Les enseignants ont tenté de détenir un autre député du parti PRD de l'opposition, Tomas Hernandez Palma, un proche collaborateur de l'ancien gouverneur de l'État de Guerrero, Ange Aguirre. Le gouverneur par intérim de Guerrero, Rogelio Ortega, ne s'est pas montré.

Les étudiants ont manifesté dans l'État du Michoacan, tenant des actions à l'aéroport, devant le siège du parti PRI et devant le ministère des finances de l'État.

À Oaxaca, plus de 3000 étudiants des 11 écoles rurales de l'État, dont Ayotzinapa, ont annoncé une grève illimitée en appui aux 43 étudiants disparus.

Le 12 novembre, les étudiants ont pris d'assaut des autobus et s'en sont servi pour se rendre à divers endroits et y organiser des manifestations. Ils ont occupé temporairement les bureaux de la Sécurité publique de l'État pour exiger la démission d'un chef de la police de l'État qui a tiré sur les étudiants protestataires à l'école expérimentale de formation des enseignants de Teposcolula.

Des manifestations ont également eu lieu dans la zone archéologique de Monte Alban et devant les édifices gouvernementaux d'Oaxaca. Le même jour, les étudiants ont repris le contrôle des postes de péage de l'autoroute et ont bloqué les autoroutes menant à Puerto Escondido et à San Juan Bautista Coixtlahuaca, dans la région mixtèque.

Les actions se multiplient aussi dans la ville de Mexico où d'immenses manifestations continuent de se tenir.

Boycott des Jeux d'Amérique centrale et des Caraïbes 2014

L'Assemblée inter-universitaire étudiante mexicaine a lancé l'appel à un boycott des Jeux d'Amérique centrale et des Caraïbes 2014, qui auront lieu à Veracruz au Mexique du 14 au 30 novembre. Le 12 novembre, les manifestants ont éteint la torche des jeux avec un seau d'eau alors qu'elle traversait la ville de Xalapa. Parmi les slogans il y avait : « Nous ne voulons pas de jeux, nous voulons la justice ». On pouvait lire sur une affiche: « Le Mexique n'est pas un charnier » et « Je pense, donc on me fait disparaître ».

Boycott de «La bonne fin de semaine»

L'Assemblée inter-universitaire étudiante mexicaine, présidée par l'école de formation des maîtres d'Ayotzinapa « Isidro Burgos » a lancé l'appel au boycott de l'événement de magasinage annuel non officiel « La bonne fin de semaine », la version mexicaine du « Black Friday » aux États-Unis. L'Assemblée a exhorté les Mexicains à ne rien acheter pendant la fin de semaine du 14 au 17 novembre.

L'Assemblée inter-universitaire étudiante mexicaine a annoncé une grève nationale le 20 novembre pour protester contre l'enquête inefficace du gouvernement dans l'affaire des 43 étudiants disparus d'Ayotzinapa. L'Assemblée, suivie par des étudiants de 79 écoles, a décidé d'appuyer la grève nationale appelée par les parents des étudiants disparus.

Appel à la grève générale le 20 novembre

En réponse à l'incapacité persistante des fonctionnaires à retrouver les 43 étudiants enlevés de force par la police le 27 septembre, des membres des familles des étudiants se sont rassemblés le 12 novembre pour annoncer que trois brigades vont parcourir le Mexique pour mobiliser l'appui du peuple à ce que justice soit faite dans cette affaire. Les brigades convergeront à la place Zocalo à Mexico le 20 novembre, au moment où une grève nationale est appelée, incluant une grève d'une journée dans différentes écoles, compagnies et organisations partout au pays.

Le porte-parole des familles des étudiants mexicains disparus, Felipe de la Cruz, a dit que les familles ne prendront aucun répit avant que leurs enfants ne rentrent à la maison et que « la flamme de l'insurrection civile ne brûle » partout au pays.

Réponse du procureur général du Mexique

La semaine dernière, le procureur général du Mexique Jesus Murillo Karam a dit aux journalistes qu'il était épuisé par toute cette affaire. Ruben Navarette a écrit dans le Californian: « 'Ya me canse', a dit Murillo aux journalistes. Ce qui signifie 'Je suis fatigué' — ou plutôt dans ce cas 'C'est en assez maintenant '. Comme on parle de meurtres et de chaos, la question qui se pose est si le Mexique en a eu assez.

« Le commentaire de Murillo a été perçu comme étant insensible aux victimes et à leurs familles, et le procureur général est apparu comme quelqu'un complètement sourd à ce qui se passe. Pourtant, en entrevue télévisée quelques jours plus tard, il a déclaré ne pas regretter le choix de ses mots. 'J'étais fatigué et c'est la vérité', a-t-il dit.

« En voici un peu plus à son sujet: Murillo, tout comme le président Enrique Pena Nieto, est membre du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Historiquement, le PRI a eu beaucoup de sang sur ses mains. Dans les années 60 et 70, au moins 2 000 personnes sont disparues après s'être heurtées au gouvernement et on n'a plus jamais entendu parler d'elles. Durant les 50 dernières années, il y a eu plusieurs massacres documentés de Mexicains par la police et l'armée.

« Les Mexicains sont pleinement conscients de cela, et c'est pourquoi ils prennent les rues et tentent d'envahir le palais présidentiel. C'est pourquoi ils demandent que Pena Nieto démissionne immédiatement. Cela leur revient en mémoire que le PRI est depuis si longtemps le parti des voyous, des assassins et des brigands.

« On a masqué les choses légèrement pour tenter de faire croire aux Mexicains que l'ère de Pena Nieto serait différente. Mais comme il a fallu plus de six semaines au gouvernement fédéral pour dire au peuple ce qui est arrivé aux étudiants, le Mexique nouveau ressemble beaucoup au vieux Mexique.»

Note

1. Le massacre de Tlatelolco, le 2 octobre 1968 sur la place des Trois Cultures dans la section Tlatelolco de Mexico, est considéré comme une composante de la sale guerre mexicaine. Il a eu lieu dix jours avant l'ouverture des Jeux olympiques d'été de Mexico. À cette époque, le gouvernement et les grands médias au Mexique ont prétendu que les forces gouvernementales ont été provoquées par les manifestants qui ont fait feu contre elles. Mais des documents du gouvernement rendus publics depuis 2000 suggèrent que les tireurs embusqués avaient été engagés par le gouvernement. On a estimé que le nombre de morts a été d'entre 30 et 300 et des témoins ont fait état de centaines de morts. Le chef de la Direction fédérale de la sécurité a dit que 1 345 personnes ont été arrêtées le 2 octobre.

Lumières pour le Mexique, 11 novembre 2014

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(Sources: NBC News, Telegraph, Californian, Telesur, Proceso, Wikipedia; Photos: Desinformemonos, E. Flores, Regeneracion, C. Hernandez, Hugo Chavez People's Defence Front, Fightback News, Seis Pistos)

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