Le Marxiste-Léniniste

Numéro 144 - 5 novembre 2014

Le premier ministre Couillard veut signer la constitution

Si la question nationale est finie, pourquoi Couillard
et compagnie en font-ils tant de cas?


Confédération!!!

Le premier ministre Couillard veut signer la constitution
Si la question nationale est finie, pourquoi Couillard et compagnie en font-ils tant de cas? - Amélie Lanier
Les déclarations creuses ne vont pas faire disparaître la lutte du peuple québécois pour une constitution moderne! - Louis Lang

Harper renvoie à George-Étienne Cartier
Couillard et Harper ne veulent pas voir le Canada et le Québec se définir sur une base moderne - Geneviève Royer


Le premier ministre Couillard veut signer la constitution

Si la question nationale est finie, pourquoi Couillard
et compagnie en font-ils tant de cas?

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard a déclaré qu'il allait signer la Loi constitutionnelle de 1982 dont le Québec est exclu de facto. Il veut le faire en temps pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne en 2017.

Il a profité de la célébration du bicentenaire du conservateur George-Étienne Cartier, un des « pères de la Confédération », pour en faire l'annonce le 6 septembre. Lui et son homologue fédéral Stephen Harper ont encore proclamé la question nationale au Québec finie et enterrée.

Une semaine plus tard, tout juste avant le référendum du 18 septembre sur l'indépendance de l'Écosse, Couillard et le ministre fédéral des Affaires étrangères John Baird ont tenu à souhaiter victoire au camp du non. Après le référendum ils ont acclamé la défaite de l'indépendance par une très faible marge (55,3 % contre 44,7 %).

Le oui a été défait au référendum écossais à l'issue d'une campagne de dénigrement surpassée dans sa bassesse uniquement par la campagne illégale, corrompue et hystérique pour l'« unité » des libéraux sous Jean Chrétien contre le référendum de 1995 au Québec. Les forces politiques, économiques et sociales fédérales avaient dépensé des millions de dollars, illégalement dans bien des cas, pour saper le droit du peuple québécois de décider de son avenir. Rappelons qu'en dépit de cette offensive, le camp du oui au Québec a perdu avec une marge encore plus mince qu'en Écosse, soit 50,58 % contre 49,42 %.

Puis on a vu M. Couillard aller dire à l'agence Bloomberg à New York que la souveraineté n'intéresse plus les Québécois. Nous l'avons écartée, leur a-t-il dit. Plus personne ne veut parler de constitution. En cette ère de mondialisation où les organisations supranationales et les marchés ont plus de pouvoir que jamais, selon lui les Écossais et les Québécois se rendent compte qu'ils doivent appartenir à de grands ensembles. Et comme pour s'en convaincre, il s'est livré à quelques conjectures : «Une idée ne meurt jamais [...] mais la question est sa capacité de devenir une force politique forte. » Et puisque «l'idée ne meurt jamais», Couillard et Harper vont s'assurer que la question nationale n'obtienne jamais «la capacité de devenir une force politique forte».

Couillard a une majorité à l'Assemblée nationale et il veut en profiter pour signer la Loi constitutionnelle de 1982. Regardez-moi bien aller, a-t-il dit aux investisseurs américains. Regardez-le bien s'agenouiller devant la lie des arrangements anachroniques de l'État colonial anglo-canadien qui refuse de laisser les Québécois et les Canadiens décider de leur avenir.

Au même moment on entendait les gémissements des cercles dominants d'Europe contre l'initiative d'un référendum en Espagne, déterminés à ne pas laisser le peuple catalan décider de son avenir. Les vestiges de la dictature franquiste espagnole versent encore une fois dans l'excroissance verbale pour nier aux Catalans le droit de choisir de se séparer de l'Espagne.*

C'est beaucoup de branle-bas pour un problème qu'on dit «réglé» et sur un sujet qui «n'intéresse personne»! Se pourrait-il que l'affaire ne soit pas réglée après tout? Ce peut-il qu'au contraire, c'est l'État-nation anglo-canadien imposé au peuple québécois, aux Premières Nations et aux peuples de tous les anciens dominions établis au Canada du XVIIe au XIXe siècles qui est fini, qui a fait son temps et qui ne tient qu'à un fil? Serait-ce plutôt qu'une élite dominante s'accroche à son pouvoir et ses privilèges de classe en s'accrochant aux pantalons des Américains et en bloquant l'émergence du nouveau?

La cabale Couillard, Harper, Baird et compagnie qui célèbrent la mort du mouvement pour la souveraineté déclare que le Canada et le Québec sont des nations sans État, de simples économies annexées, des territoires et des ministères sous la coupe des États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord. Nous sommes «ouverts aux affaires» et tout est à rabais, chantent-ils en coeur. Nos forces armées sont intégrées à la machine de guerre américaine, prêtes à aller en guerre n'importe où dans le monde pour combattre les méchants selon le président américain.

Cette réalité politique de l'annexion et de la guerre perpétuelle ne nous dit-elle pas plutôt que la question nationale est plus urgente que jamais? À moins que la classe ouvrière devienne la nation et investisse le peuple du pouvoir souverain, les choses ne vont pas bien aller. À moins que la classe ouvrière ne convoque une assemblée constituante au Québec et une autre dans le reste du Canada pour établir des institutions démocratiques modernes qui investissent le peuple du pouvoir souverain, pas les riches et leurs représentants, à moins qu'elle ne mène le peuple dans l'affirmation des droits de tous, nous sommes voués au cycle infernal de la crise, du chaos et de la guerre.

Loin d'être terminée, l'affirmation de la nation du Québec sur une base moderne est la tâche la plus urgente aujourd'hui. La classe ouvrière a à son programme la création d'un Canada moderne qui reconnaît le droit du Québec à l'autodétermination, y compris à la sécession. Il n'est pas possible d'aller de l'avant sans établir des relations modernes de nation à nation avec les peuples autochtones et sans enchâsser les droits égaux des citoyens. L'affirmation des droits prive l'élite dominante du pouvoir de distribuer les privilèges à sa faveur. Ces privilèges peuvent être accordés et retirés comme une carotte tendue pour forcer tout le monde à se soumettre au pillage de notre travail et de nos ressources et aussi pour nous faire accepter sans protester notre inclusion à la machine de guerre des États-Unis pour la conquête du monde. Ce n'est qu'en affirmant les droits de tous qu'on peut établir une véritable union libre et égale de toutes ses composantes.

Couillard et Harper et les autres forces politiques, économiques et sociales qui tiennent ce discours agissent en désespoir de cause. Ils voudraient bannir la question nationale de la conscience des gens. Ils vivent dans un monde où personne ne voit rien, n'entend rien, ne ressent rien et n'analyse pas le monde dans lequel on travaille et on vit.

Comment voulons-nous marquer le 150e anniversaire de la Confédération qui a servi à contrer l'annexion du Canada aux États-Unis et à le maintenir dans l'empire britannique?

Assurons-nous que les deux années qui restent nous amènent résolument sur une nouvelle voie, vers un Canada moderne, un Québec moderne et des Premières Nations modernes pour que nous puissions fièrement et en toute conscience nous attaquer à la question nationale comme un problème posé et à résoudre.

Couillard, Harper et compagnie veulent célébrer la Confédération en reniant son contexte historique et en épousant le continentalisme, c'est-à-dire ce contre quoi la Confédération a été créée. Ils sont en train d'achever l'annexion du Canada et du Québec à la machine de guerre des États-Unis, et ils s'occupent à brader les ressources qui appartiennent au peuple de droit et à mépriser son bien-être. Ça ne doit pas passer!

Ensemble, exigeons des assemblées constituantes pour le Québec et le reste du Canada, pour adopter une constitution moderne qui investira le peuple du pouvoir souverain, garantira les droits que tous possèdent du fait qu'ils sont des êtres humains et qui corrigera ou abolira tous les traités et tous les arrangements qui annexent le territoire, l'économie et les institutions du Québec, des Premières Nations et du Canada à des pouvoirs étrangers.

Note

* Le gouvernement espagnol et toutes les élites dominantes d'Europe ont lancé une campagne brutale pour écraser l'initiative d'un référendum sur l'indépendance de la Catalogne qui devait avoir lieu le 9 novembre. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a dit qu'il allait «recourir à tous les moyens pour empêcher la tenue du scrutin» et le 29 septembre le Tribunal constitutionnel d'Espagne est intervenu «avec une rapidité insultante», pour citer le président de la Catalogne Artur Mas, pour suspendre le référendum et arrêter tous les préparatifs.

(Tiré de Chantier politique)

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Les déclarations creuses ne vont pas faire
disparaître la lutte du peuple québécois pour
une constitution moderne!

Le 6 septembre dernier, les premiers ministres Stephen Harper et Philippe Couillard ont participé à un événement à Québec qui commémorait le 200e anniversaire de la naissance de George-Étienne Cartier, un des Pères fondateurs de la Confédération. Le premier ministre du Québec a utilisé l'occasion pour annoncer qu'il veut signer la Constitution canadienne d'ici 2017 à l'occasion du 150e anniversaire de la Confédération.

Dans son discours d'occasion, Stephen Harper a fait l'éloge de Cartier en disant qu'il a été « l'un des grands architectes du Canada moderne » et qu'il a «défendu ardemment l'inclusion et le respect à l'échelle du Canada ».

C'est une falsification de l'histoire et le comble de l'hypocrisie de la part de Harper et de Couillard que d'utiliser le nom de George-Étienne Cartier pour prétendre être des bâtisseurs de la nation. À tous les jours ils s'affairent à placer la terre, le travail et les ressources du Canada et du Québec au service des monopoles d'Amérique du Nord et à nier le droit démocratique du peuple d'avoir un niveau de vie décent et d'avoir son mot à dire sur les décisions qui le concernent.


Bulletin du Comité Votez Non à l'Accord de Charlottetown

Ils auront beau dire ce qu'ils veulent mais ils ne pourront jamais nier le fait que George-Étienne Cartier a appuyé la Confédération comme un moyen de créer un État-nation qui ferait partie de l'empire britannique. Cela voulait dire créer un état viable qui soit capable de faire face à la menace que faisaient peser les Américains sur les Dominions britanniques. Couillard et Harper, eux, utilisent les fonds publics pour construire des corridors énergétiques et de commerce partout au pays pour servir les besoins des entreprises monopolistes, et ils détruisent les institutions publiques et éliminent toutes les règles et barrières qui entravent la pleine intégration aux besoins économiques, politiques et militaires des États-Unis des monopoles de l'Amérique du Nord en concurrence avec d'autres blocs commerciaux.

Qui M. Couillard croit-il berner? Croit-il pouvoir enterrer l'histoire et la réalité juste parce qu'il a une majorité à l'Assemblée nationale? Le fait est qu'il n'a aucun mandat de signer la constitution canadienne au nom du Québec. Le peuple québécois s'est exprimé sur cette question clairement et sans équivoque!

L'Accord du Lac Meech et le référendum sur l'Accord de Charlottetown ont tous deux été défaits, au Québec mais aussi dans le reste du Canada. L'élite politique à l'époque a décidé d'ignorer le verdict populaire et a déclaré qu'elle allait continuer « comme si de rien n'était ». Le référendum n'était pas exécutoire, alors elle a continué de gouverner en se servant du pouvoir exécutif puisque rien dans les arrangements actuels ne l'empêche de faire les changements qu'elle veut sans amender la constitution. Cela a causé une crise constitutionnelle et politique au Québec et au Canada qui dure depuis ce temps.

La situation exige aujourd'hui qu'on fasse un effort réel de renouveler le processus constitutionnel et politique en impliquant le peuple dans la gouvernance et la rédaction d'une nouvelle constitution qui satisfait aux exigences des conditions du XXIe siècle.

Une des principales objections qui ont été soulevées partout au Canada pendant les débats sur les accords de Meech et Charlottetown c'était que «onze hommes blancs en veston étaient en train de prendre les décisions sur l'avenir de tout le pays derrière des portes closes». Ce n'était pas acceptable à l'époque et ce n'est certainement pas acceptable aujourd'hui. Des milliers de personnes avaient exprimé leur opposition aux propositions de modifications constitutionnelles des élites politiques. Dans leurs interventions aux audiences de la Commission Spicer au Canada et de la Commission Bélanger-Campeau au Québec, les gens ont exigé que les politiciens remettent la rédaction d'une constitution entre les mains du peuple et ont affirmé le droit du peuple de décider de comment exercer sa souveraineté. La description du Québec comme une «société distincte» à inclure dans la constitution a été rejetée et le peuple n'a demandé rien de moins que la reconnaissance de la nation du Québec et de son droit à l'autodétermination, y compris la sécession. Les gens partout au pays ont exigé que soient reconnus les droits ancestraux des Premières Nations comme condition importante à l'établissement d'une union moderne, volontaire et égale.

On ne doit pas agir comme si l'Accord de Charlottetown n'avait jamais été rejeté en 1992 dans un référendum où le taux de participation a été de 73% à l'échelle du Canada et du Québec. Au lieu de signer la constitution canadienne de 1982, qui restait dans les confins de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique de 1867 totalement désuet, ce dont le peuple québécois, le peuple canadien et les Premières Nations ont besoin aujourd'hui c'est une nouvelle constitution écrite par le peuple, une constitution démocratique qui exprime la volonté populaire et serve à bâtir un avenir pour la nation qui investit le peuple du pouvoir et non la Reine et des représentants qui sont élus sans avoir été préalablement sélectionnés comme candidats par le peuple.

(Tiré de Chantier politique)

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Harper renvoie à George-Étienne Cartier

Couillard et Harper ne veulent pas voir le Canada
et le Québec se définir sur une base moderne


Caricature de 1864, représentant la confédération comme un
monstre affamé que tentent de contrôler George-Étienne Cartier,
George Brown et Joseph-Édouard Cauchon

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, ne souhaite pas voir le Canada et le Québec se définir sur une base moderne. Lors d'une cérémonie pour marquer le 200e anniversaire de naissance de George-Étienne Cartier à Québec le 6 septembre, Harper a dit que Cartier est «l'un des grands architectes du Canada moderne», qu'il a «défendu les droits et les aspirations du peuple québécois» et qu'il a aussi «défendu ardemment l'inclusion et le respect». Son interprétation de la contribution de George-Étienne Cartier est un exemple des efforts inouïs que fait l'establishment pour préserver un système basé sur le colonialisme du XIXe siècle et financé par le capital monopoliste mondial.

George-Étienne Cartier est né en 1814, à Saint-Antoine-sur-Richelieu, sur la rive-sud de Montréal. Il était fils de riches commerçants dont le grand-père Jacques fit le commerce du grain et représenta la circonscription de Surrey (qui devint plus tard Verchères) à la chambre d'assemblée du Bas-Canada.

Il fit partie du mouvement des Patriotes et fut aussi de ceux qui accueillirent avec enthousiasme les accommodements imposés par la Couronne britannique pour supprimer la notion de république dans le Bas-Canada, alors que ceux qui refusèrent de se soumettre furent pendus ou envoyés en exil. Le 20 septembre 1838, Cartier prête donc « le serment d'allégeance aux autorités britanniques, ce qui était demandé comme condition de retour pour les émigrés politiques. Plus tard, il se rend à une réception chez le gouverneur du Bas-Canada. »[1] Il écrira à cette époque à Charles Buller, secrétaire de lord Durham, qu'il n'avait pas « forfait à son allégeance envers le gouvernement de Sa Majesté dans la Province du Bas-Canada ».[2] Dans un discours à Saint-Denis le 24 septembre 1844, il dit: « Il n'y a plus à craindre le retour des événements de 1837, causés par les agissements d'une minorité qui voulait dominer et exploiter le gouvernement dans son intérêt. Les événements de 1837 ont été mal interprétés. Le peuple avait plutôt pour but de réduire au néant cette minorité oppressive que d'amener une séparation de la province d'avec la mère-patrie. »[3]

Fervent supporteur de « cette constitution si longtemps désirée »

Dès 1839, il se remet au droit. La majeure partie de son travail vise à rendre les ressources du Québec de l'époque disponibles à l'Angleterre. Avocat puissant des chemins de fer, des canaux, de toutes les entreprises qui avaient pour effet d'augmenter le commerce du pays lorsqu'il est élu le 7 avril 1848 comme député de Verchères à l'Assemblée législative du Canada-Uni, il est un de ceux qui, en octobre 1849, prirent l'initiative d'une déclaration présentée à la législature contre les deux manifestes de l'Annexation Association of Montreal, fondée en 1849, un mouvement favorable à l'annexion du Bas-Canada aux États-Unis.

Cette déclaration disait : « Sincèrement attachés aux institutions que la mère-patrie a depuis peu reconnues, et convaincus que ces institutions sont suffisantes pour nous assurer, au moyen d'une législature sage et judicieuses, un remède prompt et efficace à tous les maux dont la province puisse se plaindre, nous croyons devoir nous empresser de protester d'une manière publique contre les opinions énoncées dans ce document. Nous croyons devoir en même temps [...] les [les habitants de ce pays] engager à s'opposer [...] à une agitation qui a pour but de saper cette constitution si longtemps désirée [...] agitation qui enfin ne peut avoir pour résultat que la continuation des scènes dont cette ville a déjà tant souffert, le renversement de l'ordre social et le renouvellement des troubles et commotions dont nous avons eu jadis à déplorer les suites désastreuses. »[4]

En 1858, il se rend à Londres avec deux représentants de la Grand Trunk - principale propriétaire des chemins de fer du Canada - soient Alexander Tilloch Galt et John Ross, pour présenter un projet de fédération des provinces de l'Amérique du Nord britannique. Les trois hommes soutiennent que la situation dans le Canada devient de plus en plus tendue depuis l'Acte d'Union. Après avoir vanté l'accroissement de l'économie du Canada, ils soulignent qu'en autorisant une confédération des provinces, le gouvernement impérial d'Angleterre pourra constituer « une dépendance de l'Empire, avantageuse en temps de paix, puissante en temps de guerre, et dont la création écarterait pour toujours la crainte de voir ces colonies augmenter la puissance d'une autre nation. »[5]

Collaboration avec John A. MacDonald pour imposer la Confédération

En juin 1864, le gouvernement Taché-Macdonald est défait. « Depuis six ans, c'était le sixième ministère qui était renversé ; aucun groupe ne semblait capable de prendre la relève et les élections générales, les troisièmes en trois ans, ne semblaient pas devoir apporter une solution. C'est alors qu'après quelques jours de tractations, sous l'action discrète de lord Monck, fut formé, le 16 juin, un ministère de coalition dont, théoriquement, le chef était Taché, mais dont les véritables chefs du côté conservateur étaient John A. Macdonald [parti libéral-conservateur] et Cartier [parti bleu]. »[6] La mission de ce gouvernement est de mener à bien la confédération de toutes les colonies britanniques d'Amérique du Nord.

En septembre 1864, avant la conférence de Québec et tout juste après celle de Charlottetown, Cartier s'adresse aux délégués lors d'une courte rencontre :« Nous avons bien en Canada que ces deux principaux éléments d'une nationalité -la population et le territoire — mais nous savons aussi ce qui nous manque. [...] il nous manque l'autre élément, absolument nécessaire pour faire une puissante nation, et c'est l'élément maritime. [...] mais cela ne peut se faire que si vous vous unissez à nous. Vous ne devez pas oublier [...] que si les provinces maritimes sont placées sur les bords de la mer, elles ne seront jamais qu'une lisière de côtes [...] si elles refusaient de s'unir à nous. [...]

« Les provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse sont comme les bras du corps national qui doivent embrasser le commerce de l'Atlantique. Aucune autre ne fournirait à ce corps géant une plus belle tête que l'Ile du Prince-Édouard. [...]


George-Étienne Cartier (première rangée, 5e à partir de la gauche) à la conférence de Charlottetown

« Quand nous aurons un gouvernement fédéral, l'une des plus importantes questions à régler sera celle de la défense du pays. [...] Leurs milices [de l'Ile du Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse] fourniraient au moins 200 000 hommes, et si l'on ajoute les 60 000 marins que possèdent les Canadas et les provinces maritimes et la marine de l'Angleterre, quelle serait la nation assez folle pour nous attaquer ? »[7]

La conférence de Québec débute le 10 octobre 1864 avec 33 délégués dont deux de Terre-Neuve. Chaque colonie a une voix et le Canada, deux. Les travaux durent jusqu'au 27 octobre et en sont issus 72 résolutions qui seront soumises aux législatures provinciales qui portent sur « le maintien du lien avec la Grande-Bretagne; les pouvoirs résiduaires laissés à l'autorité centrale; un système bicaméral comprenant une chambre basse où la représentation serait proportionnelle à la population (« rep. by pop. ») et une chambre haute où la représentation se fonderait sur l'égalité régionale plutôt que sur l'égalité provinciale; le gouvernement responsable à l'échelle fédérale et provinciale; la nomination par la couronne britannique d'un gouverneur général. »[8] Comme lors de la conférence de Halifax, les débats se tiennent à huis clos.

Lors du Banquet offert aux délégués de la conférence de Québec, Cartier poursuit son argumentaire en faveur de la soumission à la couronne britannique. Il y dit : « La confédération produira un accroissement de commerce entre les provinces d'abord, puis entre ces dernières et l'Angleterre. Pour répondre aux objections que font le parti canadien-français extrême et le parti annexionniste ou américain, je dirai que si le parti de mouvement actuel réussit, il y aura un gouvernement central dont les attributions embrasseront tous les intérêts généraux; et des gouvernements locaux auxquels seront dévolues les affaires et propriétés provinciales : administration de la justice, terres de la couronne, pénitenciers, hôpitaux, maisons de charité, etc. [...][9]

George-Étienne Cartier, «le scandale du Pacifique»
et l'éviction de Louis Riel comme candidat

Le gouvernement MacDonald-Cartier sollicite du financement pour les élections de 1872 auprès de Sir Hugh Allan, magnat du transport maritime de Montréal et bâtisseur de chemins de fer. Ce dernier leur fournit 350 000 dollars provenant d'investisseurs américains.

« Après les élections, le syndicat de chemin de fer créé par Hugh Allan, magnat du transport maritime et du chemin de fer, se voit accorder un contrat lucratif de construction du Chemin de fer du Canadien Pacifique, chemin de fer transcontinental, promis à la Colombie-Britannique quand elle est entrée en Confédération. Hugh Allan reçoit ce contrat à la condition qu'il se débarrasse du contrôle américain exercé sur le conseil d'administration du syndicat. Cela crée une situation difficile, puisque Hugh Allan [...] s'est servi de l'argent américain pour munir du financement à la campagne des conservateurs. »[10] Ceci forcera le gouvernement de MacDonald à démissionner en octobre 1873. Entretemps, Cartier est défait aux élections de 1872.


Caricature d'Henri-Julien intitulée Énée après le naufrage, paru en 1873 après le scandale du Pacifique, évoquant le
naufrage du parti conservateur de MacDonald. (Musée McCord)

« Au lieu de chercher à se faire élire dans une autre circonscription du Québec, ce qui aurait exigé la démission d'un député conservateur et entraîné probablement une élection contestée, Cartier accepta de se présenter dans Provencher, au Manitoba, où Louis Riel faisait la lutte à Henry James Clarke. Ce dernier céda sa place à la demande du lieutenant-gouverneur Adams George Archibal. Quant à Riel, il se retira après beaucoup d'hésitations, accédant aux sollicitations de Mgr Alexandre-Antonin Taché, archevêque de Saint-Boniface, heureux de prévenir ainsi les complications qu'aurait certes apportées la présence du chef métis à Ottawa. Cartier n'eut donc pas d'adversaire et il fut élu en septembre 1872 sans même se rendre dans la circonscription qu'il ne devait jamais voir. »[11]

En effet, après sa défaite à Montréal, Cartier se rend à Londres où il meurt le 20 mai 1873. Depuis 1868, il avait été nommé baronnet par la reine Victoria, pour « souligner sa très grande contribution à la réforme des institutions et au parachèvement du pays. »[12]

George-Étienne Cartier est loin de représenter les idées éclairées XXIe siècle sur la République et sur la conception de l'affirmation des droits des êtres humains. Il est le porte-parole de ceux pour qui l'épanouissement d'une nation devait reposer entre les mains des intérêts privés et des efforts à faire pour se montrer à la hauteur des privilèges que ces derniers daignaient ou pas octroyer à l'élite dirigeante, celle-ci ayant le pouvoir ensuite de servir ses propres intérêts au bénéfice ou pas de la population. Harper se revendique de cet ADN anachronique et Philippe Couillard, premier ministre du Québec, partage ces mêmes gènes. La soif de nouveau des peuples du Québec, du Canada et des Premières Nations exige que le projet national ne soit plus basé sur l'asservissement économique et politique d'une puissance, qu'elle soit de l'Europe ou des monopoles des États-Unis d'Amérique.

Notes

1. grandquebec.com
2. Sir George Étienne Cartier, Dictionnaire biographique du Canada
3. Ibid
4. Discours de Sir Georges Cartier, baronnet, Sir George-Etienne Cartier
5. Ibid
6. Dictionnaire biographique du Canada, ibid
7. Discours de Sir Georges Cartier, baronnet, Sir George-Etienne Cartier
8. Bibliothèque et archives Canada : Vers la Confédération (pour les 72 résolutions :
http://www.collectionscanada.gc.ca/confederation/023001-7104-f.html

9. Discours de Sir Georges Cartier, baronnet, ibid
10. Encyclopédie canadienne
11. Dictionnaire biographique du Canada, ibid
12. Parcs Canada -Lieu historique national du Canada de Sir-George- Étienne-Cartier

(Tiré de Chantier politique)

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