Le Marxiste-Léniniste

Numéro 139 - 29 octobre 2014

La nécessité d'une nouvelle direction pour l'économie

L'ordre du jour antisyndical derrière
la Subvention canadienne pour l'emploi


La nécessité d'une nouvelle direction pour l'économie
L'ordre du jour antisyndical derrière la Subvention canadienne pour l'emploi - Jim Nugent
Chaos dans l'économie canadienne
La faillite frauduleuse de US Steel
Les travailleurs protestent contre la fermeture de l'usine de Produits forestiers Résolu à Shawinigan au Québec


La nécessité d'une nouvelle direction pour l'économie

L'ordre du jour antisyndical derrière
la Subvention canadienne pour l'emploi

Le ministre fédéral de l'Emploi et du Développement social, Jason Kenny, a participé à deux événements médiatiques à Edmonton le 9 octobre pour faire des annonces dans le cadre du programme de Subvention canadienne pour l'emploi. Le programme a été lancé dans le budget 2013. Avec la Subvention canadienne pour l'emploi, le gouvernement Harper a fermement pris contrôle de l'attribution des fonds transférés aux provinces et destinés à la formation professionnelle et au développement du marché du travail.

Le ministre albertain des Emplois, des Compétences, de la Formation et du Travail, Richard McIver, a aussi participé à ces événements. Kenny et McIver ont annoncé que les programmes en vertu de l'entente sur la Subvention canadienne pour l'emploi entre le Canada et l'Alberta sont maintenant en vigueur. Ils ont dit que les employeurs pouvaient dès maintenant soumettre leurs demandes pour obtenir leur part des subventions à la formation que le programme met à la disposition des employeurs.

C'est important pour les travailleurs et leurs organisations de noter que c'est l'Alliance chrétienne du travail du Canada (ACTL) qui a organisé les événements où Kenny et McIver ont fait leur annonce. Kenny a entre autres présidé la cérémonie d'inauguration d'un centre de l'ACTL de formation et de certification en soudage. Il est également allé à l'école secondaire St.Joseph pour promouvoir sur place le programme « De l'école secondaire au casque de chantier » , un programme de formation en soudage et dans d'autres métiers mené en partenariat entre l'ACTL et la Commission scolaire catholique d'Edmonton.

En associant l'ACTL à la mise en oeuvre de la Subvention canadienne pour l'emploi, Kenny et McIver indiquent clairement que ce programme cache un ordre du jour antisyndical et antitravailleur. L'ACTL prétend être un « syndicat alternatif »  mais en réalité c'est un syndicat jaune, un syndicat de compagnie, qui sert d'instrument aux compagnies de la construction et d'autres secteurs pour exercer une pression vers le bas sur les salaires et les conditions de travail. L'ACTL est très active en Alberta dans les projets d'immobilisations de l'exploitation du bitume. Elle est de plus en plus active en Ontario et dans d'autres régions du pays où elle attaque les organisations des travailleurs de la construction. Le lien entre l'ACTL et la Subvention canadienne pour l'emploi amène à se demander ce que le gouvernement Harper entend faire avec ce programme.

L'explication la plus plausible serait que le gouvernement Harper a pris pour cible le système de formation des travailleurs des syndicats de la construction dans le but de les détruire. Il semble promouvoir l'ACTL pour que celle-ci puisse contester le rôle clé que jouent les syndicats de la construction dans la formation et la certification des travailleurs.

À toutes fins pratiques, la presque totalité de l'apprentissage des métiers de la construction au Canada est organisée par le biais des systèmes d'apprentissage des syndicats de la construction[1]. Cette situation déplaît au gouvernement Harper puisque les syndicats gèrent leurs systèmes d'apprentissage de sorte à maintenir un équilibre entre le nombre de travailleurs formés et les emplois disponibles. Le maintien de cet équilibre favorise le paiement de salaires à un standard canadien dans la construction, ce que le gouvernement voit comme un obstacle à son programme d'imposition de bas salaires dans le secteur.

La construction est un secteur sur lequel les conservateurs de Harper concentrent leur offensive de diminution des salaires. La raison en est que ce secteur joue un rôle de plus en plus important dans les aspirations des monopoles mondiaux et de la minorité riche de devenir encore plus riches. Les travailleurs de la construction produisent près de la moitié de la richesse industrielle créée dans l'économie canadienne à chaque année. Lors du lancement de la Subvention canadienne pour l'emploi, Kenny s'est mis à rêver tout haut des 350 milliards $ qui peuvent être réalisés en quelques années dans les projets de construction dans l'extraction des ressources, le transport et l'infrastructure urbaine.

La destruction de l'équilibre dans le marché du travail de la construction et son remplacement par une descente vers le bas des salaires du secteur a été un des objectifs de la machine de destruction harpérienne depuis la mise en place de toute une série de réformes rétrogrades du marché du travail. En 2012, le gouvernement Harper a abrogé la Loi sur les justes salaires et les heures de travail qui depuis plus de 70 ans permettait de restreindre la concurrence salariale destructrice dans les projets de construction financés par le fédéral. Cette loi avait aussi créé une certaine stabilité dans le secteur et soutenait le système de formation dans les métiers de la construction[2]. Le gouvernement Harper a aussi cherché à déstabiliser le marché du travail de la construction en l'inondant de travailleurs vulnérables par le biais de l'expansion rapide du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) et du démantèlement accéléré du régime d'assurance-emploi.

Afin de tenter de dissimuler sa manipulation peu subtile du marché du travail en faveur des monopoles mondiaux et de la minorité riche, le gouvernement Harper a créé de toutes pièces une crise imminente de pénurie de main-d'oeuvre qualifiée. C'est cette même crise fabriquée qui a été invoquée pour lancer le programme de Subvention canadienne pour l'emploi, mais la façon même dont le programme fonctionne expose le caractère frauduleux des préoccupations du gouvernement Harper pour les pénuries de main-d'oeuvre. Si la Subvention canadienne pour l'emploi était une réponse réelle à une crise imminente de pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, pourquoi serait-elle appliquée d'une façon qui met de côté et perturbe les systèmes de formation des syndicats de la construction qui fournissent la presque totalité des apprentissages dans le domaine de la construction ?

Le recours au programme Subvention canadienne pour l'emploi pour promouvoir l'ACTL dans la formation des métiers est une stratégie en deux temps du gouvernement pour diminuer les salaires dans le secteur de la construction. D'une part, il cherche à inonder le marché afin de maximiser la concurrence salariale et de l'autre, il cherche à perturber les organisations d'autodéfense des travailleurs de la construction qui ont été créées précisément pour limiter la concurrence dans leurs rangs. Les travailleurs de la construction, leurs organisations et les autres travailleurs doivent faire front contre cette stratégie antiouvrière antisyndicale.

Notes

1. L'apprentissage des métiers donné dans les salles de classe est un programme de 6 à 8 semaines par année pour un apprenti et peut être fourni soit par un collège provincial ou par des centres de formation syndicaux selon le métier ou la juridiction. D'autre part, les syndicats de la construction organisent et gèrent le système dans son ensemble, s'occupant du recrutement, de la formation sur le terrain, du placement et de la certification des apprentis. Il existe aussi des programmes d'apprentissage qui ne sont pas donnés par les syndicats mais ne sont pas fonctionnels. Les taux de réussite et de certification des apprentis non syndiqués sont très faibles, le plus souvent à cause de la faiblesse des opportunités d'emploi pour les apprentis. Par contre, la grande majorité des apprentis formés par les syndicats complètent leurs heures et leur certification.

2. Pour une analyse des conséquences de l'abrogation de la Loi sur les justes salaires sur l'apprentissage des métiers de la construction, voir les articles suivants d'un représentant de l'Union internationale des opérateurs ingénieurs (UIOI). L'UIOI gère l'un des plus grands centres d'apprentissage pour opérateurs de grues et de machinerie lourde au Canada.

"Repealing the Fair Wages Act Goes Against Evidence and Workers' Interests"

"Merit Canada's Low-Wage Low-Skills Plan for the Canadian Construction Industry"

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Chaos dans l'économie canadienne

De plus en plus de gens en sont venus à la conclusion que la direction actuelle de l'économie, sous le contrôle d'une poignée de parasites et de spéculateurs internationaux qui sont protégés par les gouvernements vendus, est irrationnelle et franchement ridicule.

La mondialisation néolibérale est constamment en crise. De plus en plus, le peuple demande une nouvelle direction parce que le droit de monopole et l'anarchie dans la production de ce dont nous avons besoin pour vivre est un désastre. Non seulement les actions des monopoles, qui ne font l'objet d'aucune restriction, bouleversent-elles nos forces productives, notre économie et nos moyens de subsistance mais elles menacent la sécurité à la retraite. En fait, la destruction d'une retraite en sécurité pour les Canadiens est un thème constant de l'économie néolibérale et de sa restructuration régressive. Les Canadiens sont consternés de toutes ces activités.

US Steel a maintenant placé sous la protection de la faillite ses usines canadiennes dont les avoirs et les travailleurs sont une force productive de valeur. Au même moment, Produits forestiers Résolu est lui aussi en train de fermer des installations de production. Pourquoi des unités de production aussi vitales devraient-elles être soumises à la spéculation et aux attaques des parasites financiers ? Ce sont les vrais producteurs et les retraités, qui ont intérêt à les voir réussir et vont en défendre les actifs avec leur vie, qui devraient en avoir le contrôle. Des unités de production vitales dont dépendent le bien-être d'économies locales, les moyens de subsistance actuels de milliers de travailleurs et la retraite de plusieurs milliers d'autres et qui contribuent fortement à l'économie du pays ne devraient pas être soumises à cette spéculation et cette manipulation constantes provenant de centres financiers éloignés et de paradis fiscaux. C'est la responsabilité des gouvernements du Québec, de l'Ontario et du Canada de défendre les actifs de production du pays et les travailleurs et de restreindre le droit de monopole d'attaquer le peuple et l'économie.

Les travailleurs combattent pour une économie qui sert leurs intérêts et non ceux des riches qui ne se soucient de personne sauf eux-mêmes.

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La faillite frauduleuse de US Steel


Les métallos de la section 1005 protestent contre les procédures de faillite en vertu de la LACC à Toronto le 6 octobre 2014

Le 16 septembre, US Steel (USS) a demandé la protection de la faillite pour ses opérations canadiennes en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Information Update, le bulletin de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos, remet en cause l'affirmation selon laquelle les installations canadiennes de US Steel, dénommées USSC, sont en faillite alors qu'elles sont la propriété exclusive de la société mère américaine et que cette société mère, USS, est loin d'être en faillite. Cette affirmation apparaît comme le principal argument en faveur de recevoir la protection de la LACC. Le factum soumis à la cour ne présente aucune preuve de propriété séparée de la filiale canadienne. La seule participation au capital demeure dans les mains des détenteurs des actions de US Steel transigées en bourse sous X au New York Stock Exchange.

La prétention est que la filiale canadienne est désespérément endettée envers la société mère qui est le seul créancier garanti. USS exige le remboursement de la dette de 2 milliards $ qui est due par sa filiale à part entière, ce qui a bien sûr préséance sur les créances de tous les autres, y compris les employés, les retraités, les fournisseurs et les gouvernements fédéral et de l'Ontario. Le processus de restructuration sous la LACC signifie que leurs réclamations disparaissent.

Les méthodes comptables utilisées sont un facteur important dans cette affaire. Les livres comptables y sont organisés de manière à faire apparaître les transactions commerciales normales au sein d'une seule entreprise comme étant celles entre des entreprises distinctes. Les flux de trésorerie au sein de l'entreprise sont présentés comme étant un échange de biens et de services et les opérations financières entre un prêteur et un emprunteur. De cette manière, c'est relativement simple de manipuler la situation et de couper une partie non désirée de l'entreprise sans endommager l'ensemble.

Il semble aussi que lorsque US Steel a acheté Stelco en 2007, il a voulu éliminer Stelco en tant que concurrent et limiter la production d'acier au Canada afin d'augmenter les prix de l'acier en Amérique du Nord. Il semblerait que, grâce à la LACC, USS espère rescaper tout ce qu'il peut pour lui-même, du désastre qu'il a créé au Canada.

Pour bénéficier de la protection de la faillite, la compagnie a fait valoir que, pour maintenir ses activités au Canada depuis l'acquisition de 2007, USSC s'est appuyé sur le financement fourni par USS totalisant environ 3,9 milliards $, dont 1,6 milliard $ en dettes et 2,3 milliards $ en actions.

Toutefois, depuis 2009, US Steel n'a déclaré de profit d'aucune de ses opérations. Pourquoi alors viser deux installations au Canada d'une mention spéciale, d'autant plus que la production de ces deux opérations a été délibérément réduite par USS par des mises à pied, des lockouts et la fermeture du département de fabrication d'acier à Hamilton Works ? USS a compté sur l'emprunt pour maintenir ses opérations durant toutes ces années où il n'a pas fait de profits.

USSC dit que ses principaux engagements au 31 août 2014 sont les suivants: (a) un prêt garanti par USS de 204,1 millions $ représentant le capital et 5,3 millions $ en intérêts encourus; (b) un prêt non garanti par USS de 1,419 milliard $ en capital et 438,2 millions $ en intérêts encourus; (c) un prêt de la province de l'Ontario de 150 millions $ en capital et de 0,6 million $ en intérêts encourus; (d) les engagements envers les régimes de retraite de 372,5 millions $ (sur une base de comptabilité financière) ou 838,7 millions $ (sur une base de la capitalisation de solvabilité) (e) autres avantages postérieurs à l'emploi (« les AAPE ») de 787,9 millions $ ; et (f) des dettes envers des fournisseurs de 363,7 millions $ ( dont 189,9 millions $ sont des dettes envers des fournisseurs tiers et 174,8 millions $ sont des dettes commerciales réciproques (des comptes payables entre différentes entités) de la même entreprise, USS).

Les régimes de retraite et les AAPE ne peuvent pas être considérés comme une créance sur les actifs fixes (actifs immobilisés), à moins que USS cesse de produire. Ils sont des réclamations négociées à la valeur que produisent les travailleurs. Les réclamations sont payées à partir de la valeur réalisée que produisent les travailleurs de USS partout au sein de ses opérations mondiales. Elles peuvent devenir des créances sur les actifs existants seulement si USS cesse de produire partout et vend tous ses moyens de production.

« Les dettes commerciales réciproques » est un terme utilisé par les monopoles mondiaux. Le terme implique qu'un monopole se compose de compagnies distinctes voire même concurrentielles. Les livres comptables sont tenus de cette façon pour déplacer de l'argent, des biens et des services afin de réduire les impôts des entreprises et mettre en scène des situations telles que la demande de protection de la faillite d'une ou plusieurs « compagnies » au sein du monopole mondial de sorte qu'il n'a pas à assumer la responsabilité de ses actions. Dans les cas extrêmes, un monopole mondial est enregistré comme une société de portefeuille (un holding) dans un paradis fiscal comme les îles Caïmans.

USS tient en compte l'acier envoyé de l'une de ses usines à l'autre pour être transformé en un produit. Lake Erie Works (LEW) envoie de l'acier à Hamilton Works (HW) pour la finition. Une transaction comptable est enregistrée lors de cette expédition, mais cela ne devient pas une dette dans le sens d'un compte payable à une autre entreprise pour l'achat de fournitures. Cela signifie simplement qu'une transaction comptable est enregistrée sur la valeur de la transaction intraentreprise et la valeur du produit final réalisé reflète la transaction intraentreprise, et la portion déplacée d'une division, d'une installation ou d'une section à une autre est retournée au moins dans les livres comptables. Malgré cela, USSC prétend qu'il est insolvable. Information Update a écrit: « Un paiement d'intérêts d'environ 162,5 millions $ qui est dû à USS est le catalyseur de la faillite au Canada. Ma main gauche doit 1 million $ à ma main droite et ne peut pas payer les intérêts; ainsi, ma main gauche est en faillite tandis que ma main droite continue comme si rien n'était. Quelle blague ! »

Le bulletin ajoute: « D'ailleurs, si les usines américaines de USS remplissent les commandes canadiennes et d'autres commandes pour l'acier qui pourrait être fourni par le Canada, il est tout à fait trompeur de dire maintenant que les usines canadiennes ont une dette envers USS pour s'être fait soutirer des commandes, s'être fait limiter leur capacité de production et avoir même été fermées en permanence comme ce fut le cas du haut fourneau de Hamilton. »

La section locale 1005 dénonce également la demande de USSC d'être admissible à la protection de la faillite parce qu'il a mis en place en vain « des mesures de réduction des coûts ». « Des mesures de réduction des coûts », souligne Information Update, ne génèrent pas des revenus supplémentaires. Ils ne font rien pour renouveler la production. USS a toujours détruit la production de la valeur au Canada et a le culot d'appeler cela « des mesures de réduction des coûts ».

Les faits sont que US Steel est simplement à la recherche d'un moyen de se débarrasser de ses « obligations envers la dette, les pensions et les régimes de retraite, dans le contexte particulier des conditions de marché difficiles pour l'acier ».

USS n'a montré aucun intérêt à ce que l'ancienne Stelco survive comme entreprise viable. Il a toujours détruit la production et les moyens de production et veut maintenant les détruire encore plus au nom d'acquérir ce qu'il appelle « une marge de manoeuvre ».

La section locale 1005 fait appel au tribunal de l'opinion publique pour s'assurer que les monopoles tels que US Steel ne puissent pas se restructurer sur le dos des travailleurs. Information Update écrit: « Si l'intention est de fermer les installations et de les vendre, il doit utiliser les actifs pour rembourser ceux qui ont des réclamations, en commençant par financer en totalité les régimes de retraite, payer ses fournisseurs, rembourser le gouvernement de l'Ontario et tous les autres créanciers légitimes et oublier ses soi-disant dettes 'intercompagnies' ».

Actuellement « le seul bénéficiaire de la LACC est USS, qui contrôle le processus et fait appel aux tribunaux pour se soustraire de ses responsabilités financières et autres. S'il voulait vraiment faire profiter toutes ses parties prenantes, il pourrait le faire en dehors de la LACC d'une manière ouverte et respectueuse en respectant ses obligations et responsabilités. Il pourrait en particulier redémarrer la production chez Stelco et en faire une entreprise viable et rentable comme ce fut le cas pendant plus d'un siècle ».

« USS n'est pas insolvable et doit traiter avec sa filiale en propriété exclusive d'une manière ouverte et sérieuse sans recourir à la LACC qui lui permet de revenir sur l'entente qu'il a signée, sur ses engagements et ses obligations », souligne Information Update.

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Les travailleurs protestent contre la fermeture
de l'usine de Produits forestiers Résolu à
Shawinigan au Québec

Plus de 2000 travailleurs ont marché dans les rues de Shawinigan le samedi 27 septembre pour dénoncer la fermeture de l'usine Laurentide appartenant au monopole Produits forestiers Résolu (PFR). Ils ont exprimé beaucoup de colère face à la destruction et l'impunité de la direction de Résolu et ont aussi dénoncé l'irresponsabilité totale du gouvernement libéral vis-à-vis les conséquences de cette fermeture pour l'économie de la région.

Les gens de la région de Shawinigan refusent de se voir asséner des coups aussi durs sans réagir. La marche est la preuve que les travailleurs défendent les intérêts du Québec. La volonté de sauver leur ville et leur région trace la voie pour des solutions durables. Les travailleurs du Québec veulent trouver des alternatives à la destruction du secteur manufacturier et n'entendent pas laisser les intérêts étroits des riches dicter leur avenir comme bon leur semble. Cette résistance est la voie vers l'avant pour des solutions viables à la crise manufacturière.

La ville de Shawinigan a toujours été considérée comme un des berceaux de l'industrialisation du Québec et sa population a toujours contribué au développement économique et surtout manufacturier. La direction de Résolu doit revoir sa décision de fermer l'usine de manière aussi arbitraire et répondre devant la population de la Mauricie de ses décisions. Le gouvernement libéral doit répondre également aux demandes de diversification économique des travailleurs de la région, à commencer par la demande minimale du maire de la ville de disposer d'un fonds de 20 millions $ à cet effet et la demande de reconversion des autres usines de la ville qui sont fermées, incluant l'usine Laurentide. Il doit aussi garantir que Résolu cesse ses activités antisociales qui la mettent ni plus ni moins au ban de la société.

Le 2 septembre, PFR a annoncé la fermeture de l'usine de papier Laurentide à Shawinigan qui a finalement fermé ses portes le 13 octobre. Ce sont 275 travailleurs qui perdent leur emploi. L'usine Laurentide produisait annuellement 191 000 tonnes métriques de papier d'impression commerciale. Elle ne produisait plus qu'avec une seule machine depuis l'été 2012 lorsque Résolu a fermé la deuxième machine encore en fonction et mis à pied de façon permanente 111 travailleurs. La fermeture de l'usine Laurentide accentue encore la destruction des emplois industriels à Shawinigan et plus largement en Mauricie-Centre-du-Québec. Rien qu'à Shawinigan, la ville a connu la fermeture de l'usine Belgo en 2007 par AbitibiBowater (aujourd'hui Produits forestiers Résolu) qui a causé la perte de 550 emplois et la fermeture de l'usine de Rio Tinto qui sera complétée à la fin de 2014 va éliminer 425 emplois. Pour tenter de justifier la fermeture de l'usine Laurentide, PFR a invoqué le redémarrage en 2012 avec subventions gouvernementales d'une usine en Nouvelle-Écosse qui produit le même type de papier, le coût élevé de la fibre ainsi que des frais de transport et de carburant plus élevés.

Avec cette plus récente fermeture, PFR montre une nouvelle fois qu'il s'est mis au ban de la société et ne veut pas prendre quelque responsabilité que ce soit envers les travailleurs et les communautés où il opère. En fait, PFR est en mode fermeture continuelle. La fermeture et la menace de fermeture font partie de son modus operandi. En voici quelques exemples qui sont loin de dresser un tableau complet des activités de Résolu.

- En se mettant sous la protection des lois de la faillite en 2010, AbitibiBowater (aujourd'hui Résolu) en a émergé en fermant des installations, vendant des barrages qui sont supposés être partie intégrante de ses activités de production, obtenant des concessions des travailleurs actifs et soumettant les retraités à un chantage honteux à l'effet de se placer sous la Régie des rentes et perdre jusqu'à 30 % de leurs pensions ou demeurer avec lui et risquer de perdre encore plus s'il se remet une fois de plus sous cette protection.

- Le refus d'investir sans subventions gouvernementales. La fermeture de l'usine Laurentide est liée au refus du monopole de moderniser la production de la pâte à papier dans l'usine qui emploie une technologie plus ancienne qui est très énergivore. Les subventions gouvernementales ne signifient pas cependant que les usines restent ouvertes. L'usine Laurentide a fait l'objet d'aide gouvernementale en ce qui concerne les coûts en électricité et les coûts de l'approvisionnement en bois et elle ferme quand même. Cela fait des années que les travailleurs et la communauté de Shawinigan demandent à Résolu d'investir dans d'autres produits que le papier commercial, mais Résolu a refusé parce que son but était de fermer, soit cette usine-ci ou une autre.

- Une usine, une machine. Laurentide, Kénogami et d'autres ont été réduites à une usine une machine, ce qui fait entre autres choses que les coûts fixes de l'usine sont mesurés à une production réduite au minimum et l'usine est toujours au bord de la fermeture

- PFR joue à monter les usines, les communautés et les travailleurs les uns contre les autres sous la menace de fermer. En 2012, PFR a exigé des modifications de la convention collective des travailleurs de l'usine Laurentide, des concessions multiples sous menace de fermeture et de réouverture d'autres usines fermées et il est même allé jusqu'à fermer temporairement la seule machine encore en fonction jusqu'à ce que les travailleurs acceptent les concessions. L'entreprise a tenté d'obtenir du bois pour Laurentide provenant d'autres usines et communautés sous menace de fermeture.

La liste des exemples pourrait remplir des pages.

La demande des travailleurs de ne pas permettre à PFR de démanteler l'usine ou de la laisser à l'abandon ou d'empêcher qu'elle soit cédée à d'autres qui veulent la faire fonctionner est entièrement juste. Le renouvellement de l'industrie forestière est plus pressant que jamais.

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