Le Marxiste-Léniniste

Numéro 136 - 24 octobre 2014

Le Canada a besoin d'un gouvernement antiguerre

Participez aux manifestations pour exiger le retrait du Canada de la nouvelle guerre en Iraq!

Tous aux actions de la fin de semaine!
  


Ottawa
Le samedi 25 octobre  - 13 h
Monument pour les droits de la personne (Elgin et Lisgar)
Rassemblement à 13h suivi d'une marche.
Information: Facebook

Montréal
Manifestation le dimanche 26 octobre - 13 h
Départ: Square Dorchester
Organisée par Échec à la Guerre et l'Alliance canadienne pour la paix

(Voir actions ailleurs au Canada)

Le Canada a besoin d'un gouvernement antiguerre
Participez aux manifestations pour exiger le retrait du Canada de la nouvelle guerre en Iraq!
Déclaration de l'Alliance canadienne pour la paix et du Collectif Échec à la guerre

Attentats de l'État islamique à Ottawa?
L'utilisation par Harper des événements tragiques pour faire avancer l'ordre du jour de guerre et de suppression des droits - Louis Lang
Le gouvernement et les médias canadiens créent une panique morale - Mahdi Darius Nazemroaya


Le Canada a besoin d'un gouvernement antiguerre

Participez aux manifestations pour exiger le retrait du Canada de la nouvelle guerre en Iraq!

Le 21 octobre, des avions de chasse ont quitté Cold Lake en Alberta pour se joindre à l'intervention militaire dirigée par les États-Unis en Irak. Ils vont participer à des bombardements aériens qu'on dit dirigés contre des bases de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Le Canada pour l'instant n'est pas encore impliqué dans les frappes aériennes en Syrie, qui sont également une violation du droit international. La campagne syrienne n'a ni l'autorisation des Nations unies, ni celle du gouvernement syrien.

Le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) appelle tous les Canadiens qui recherchent une solution pacifique aux problèmes entre et au sein des nations à participer aux manifestations appelées en fin de semaine et à prendre fermement position contre les guerres d'agression et d'occupation et les changements de régime menés par les États-Unis et contre la participation du Canada à ces activités.

La justification qui est donnée pour ce déploiement militaire en Irak est que l'EILL pose une menace à la sécurité canadienne et que c'est donc une question de défense de l'intérêt national du Canada. Les événements tragiques de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa des 20 et 22 octobre sont également utilisés pour déclarer que le Canada est menacé par l'EILL et qu'il faut le combattre à la fois sur son terrain et en sol canadien. L'objectif véritable est de forcer un changement de régime en Syrie, d'établir des bases militaires permanentes en Syrie et en Irak, de piller les ressources de ces pays et cibler l'Iran tout en essayant de rescaper Israël et son plan sinistre d'éliminer la Résistance palestinienne afin de s'emparer du territoire entier de la Palestine historique. Obama, qui en dernière analyse est le Commandant en chef des forces armées du Canada qui sont intégrées à la machine de guerre américaine, parle de plusieurs années de bombardements alors que les appels à une invasion et à des troupes au sol se font chaque jour plus pressants.

Non à la participation du Canada aux guerres d'agression et d'occupation!
Non à l'utilisation de la force pour régler les conflits entre nations!
Le Canada a besoin d'un gouvernement antiguerre!

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Déclaration de l'Alliance canadienne pour
la paix et du Collectif Échec à la guerre

L'Alliance canadienne pour la paix et le Collectif Échec à la guerre appellent à des actions de protestation, lors de la fin de semaine des 25 et 26 octobre prochains, contre la participation canadienne à la troisième guerre en Irak.

Ces actions auront lieu 12 ans après les premières mobilisations au Canada et aux États-Unis — à l'automne 2002 — contre les préparatifs de l'invasion étasunienne et de la guerre d'occupation de l'Irak qui allait durer de 2003 à 2011.

Nous invitons la population du Québec et du Canada à manifester :

- contre une nouvelle guerre illégale, qui contribue au démantèlement de l'ordre international existant et qui menace « la paix et la sécurité internationales », qu'elle prétend défendre;

- contre les prétextes sécuritaires et humanitaires invoqués par les nouveaux coalisés : la protection des populations en Irak n'a rien à voir avec les véritables motifs de cette guerre, qui leur causera plus de souffrances et détériorera encore davantage leurs conditions de vie;

- contre une politique étrangère canadienne axée sur l'exacerbation des conflits et la guerre;

- contre le détournement de ressources publiques colossales pour faire la guerre, promouvoir l'industrie militaire, glorifier l'armée et le passé militaire du Canada, alors même que depuis des années des « mesures d'austérité » frappent l'éducation, la santé, les services publics, la promotion des droits des femmes, la protection de l'environnement, la coopération internationale, etc.

Ensemble, dans les rues, nous revendiquerons :

- la fin immédiate de toute participation canadienne à cette nouvelle coalition d'agression mise en place en fonction des intérêts stratégiques de l'empire étasunien et de ses alliés;

- le gel de tous les projets d'acquisition majeurs de l'armée canadienne;

- la tenue d'un vaste débat public sur la politique étrangère canadienne, le rôle de l'armée, l'industrie militaire et le commerce des armes;

- que le gouvernement canadien cesse immédiatement toutes ses procédures de déportation des vétérans étasuniens opposés à la deuxième guerre en Irak et mette en place, une fois pour toutes, un règlement qui leur permette de rester au Canada.

Si vous organisez une action locale, faites-la connaître en contactant info@canadianpeace.org

www.echecalaguerre.org
www.canadianpeace.org

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L'utilisation par Harper des événements tragiques pour faire avancer l'ordre du jour de guerre et de suppression des droits


Dans la soirée du 22 octobre, le premier ministre Harper s'est adressé au pays au sujet des événements tragiques de la journée. Il l'a fait une fois de plus le lendemain au Parlement. Son discours télévisé et celui au Parlement avaient pour but de poursuivre l'assaut contre la capacité de penser des gens et de promouvoir la peur et la mentalité de siège que la police, les agences de sécurité et les médias ont propagées pendant toute la journée.

Le premier ministre a d'abord rendu hommage au réserviste qui a été tué et offert ses condoléances à sa famille et ses amis et puis il a rendu hommage au soldat qui a été tué à Saint-Jean-sur-Richelieu deux jours plus tôt. Puis M. Harper a entrepris d'imposer ses propres conclusions aux événements tragiques sans aucun fait pour étayer ses dires.

Il a dit qu'« au cours des prochains jours, nous en apprendrons davantage sur le terroriste et ses possibles complices ». Il a aussi dit que l'attaque contre le soldat de Saint-Jean était « inspiré par le groupe armé État islamique ». Il a fait ces déclarations bien que les représentants de la police aient dit en point de presse, plus tôt dans l'après-midi, que leur enquête en était juste à ses débuts et qu'aucun fait ne permettait de tirer quelque conclusion que ce soit sur le mobile derrière cette activité criminelle.

Il est clair que M. Harper a utilisé ses discours à la nation pour imposer son propre point de vue qui promeut la haine et la peur parmi le peuple dans un effort pour justifier son propre ordre du jour de guerre. Plutôt que de contribuer à une discussion calme et réfléchie sur les problèmes auxquels les Canadiens, leur société et le monde entier font face, Harper a jeté de l'huile sur le feu en avertissant les Canadiens que « le Canada n'est pas à l'abri des types d'attaque que nous avons vues ailleurs dans le monde ».

Pour le chef du gouvernement canadien, faire des déclarations non fondées et opportunistes quelques heures à peine après des événements qui requièrent une enquête pleine et entière est irresponsable et inacceptable.

« Cela nous rappelle, a ajouté M. Harper, que ces attaques sur notre personnel de sécurité et nos institutions de gouvernance sont, de par leur nature même, des attaques contre notre pays lui-même, nos valeurs, notre société, contre nous Canadiens, comme peuple libre et démocratique voulant la dignité humaine pour tous. »

Au nom des grands idéaux de liberté, de démocratie et de défense de la dignité humaine, M. Harper s'est trouvé sans s'en apercevoir à révéler la politique du deux poids deux mesures qu'il veut imposer à la société canadienne.

Il a dit que ces attaques « contre notre personnel de sécurité et nos institutions de gouvernance » sont des attaques contre le pays et la société tout entière. Pourtant, lorsque confronté aux demandes répétées de gens de plusieurs milieux de faire enquête sur les milliers de femmes et jeunes filles autochtones tuées et disparues parce que c'est un grave problème pour la société, sa réponse a été de dire que ces cas relèvent du code criminel et doivent être résolus par des enquêtes policières.

De quelles « valeurs » et de quelle « dignité humaine » M. Harper parle-t-il alors ? Sa préoccupation principale est de justifier l'utilisation de la violence et l'ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays, de forcer des changements de régime, y compris en appuyant des coups d'État pour renverser des gouvernements élus démocratiquement (comme en Ukraine), d'élever l'anarchie au rang d'autorité et de créer l'instabilité partout dans le monde afin d'appuyer les objectifs économiques et géopolitiques de l'impérialisme américain dans sa concurrence avec ses rivaux pour la domination mondiale.

Ce ne sont pas là les valeurs dont les Canadiens ont besoin et qu'ils vont accepter.

Le discours de M. Harper comprenait également plusieurs références à la « nécessité » de renforcer le pouvoir des « agences de sécurité » afin de défendre le Canada contre les menaces terroristes. Déjà, le SCRS et la GRC ont utilisé les médias monopolisés pour réclamer des pouvoirs accrus comme celui de détenir les gens qui ont des « opinions extrémistes » afin de prévenir la répétition des événements du 22 octobre.

C'est un fait bien connu que le SCRS surveille déjà les groupes environnementaux, les syndicats, les groupes antiguerre et les organisations de droits civils, ce qui a donné lieu à de multiples violations des droits à travers tout le pays. Le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) se voit lui aussi investi du pouvoir d'agir avec impunité au nom de la sécurité nationale. Les pouvoirs accrus que le gouvernement Harper entend donner aux « agences de sécurité » ont comme but d'empêcher le peuple d'organiser quelque résistance que ce soit au programme néolibéral qui est imposé au pays et à la politique étrangère en appui aux mêmes ambitions impérialistes à l'étranger. C'est urgent de prendre fermement position contre cela à ce moment-ci.

Ces « agences de sécurité » sont les mêmes qui sont déjà connues pour leurs violations sans nombre des droits humains.

Par exemple, c'est sur la base de fausse information fournie par la GRC et le SCRS aux services de renseignements américains que Maher Arar a été kidnappé par la CIA alors qu'il voyageait aux États-Unis, puis retourné en Syrie où il a été détenu, interrogé et torturé pendant près d'un an avant d'être relâché.

L'imposition de certificats de sécurité sans procédure régulière et sur la base d'informations obtenues sous la torture a déjà conduit à des détentions injustes et à la surveillance de résidents canadiens. Ceux que le SCRS accuse d'être liés aux terroristes n'ont même pas le droit de voir la preuve qui a été montée contre eux.

Un des cas les plus flagrants de violation des droits humains par le gouvernement canadien et les « agences de sécurité » est celui d'Omar Khadr qui a été capturé à l'âge de 15 ans par des agresseurs américains en Afghanistan et a été détenu et torturé à la base américaine de la baie de Guantanamo. En 2008, la Cour suprême du Canada a condamné la participation des représentants canadiens dans les procédures à Guantanamo comme une violation du droit international. Un deuxième jugement émis en 2010 condamnait les responsables canadiens en déclarant que leur comportement avait contrevenu « aux normes canadiennes les plus fondamentales sur le traitement des suspects mineurs détenus ». Le gouvernement canadien n'a pas obéi aux jugements de la Cour suprême et n'a rien fait pour remédier aux abus de justice. Jusqu'à ce jour, dans ses déclarations le gouvernement Harper qualifie toujours Omar Khadr de « criminel de guerre » et de « terroriste condamné », des expressions incendiaires qui ne respectent ni les faits ni les lois.

Il ressort clairement du discours à la nation de M. Harper qu'il entend utiliser ces événements tragiques pour éliminer toute opposition à la participation du Canada à l'agression armée des États-Unis contre l'Irak et la Syrie. Les Canadiens ne doivent pas se laisser tromper par ces appels hypocrites qui invoquent les grands idéaux pour permettre aux États-Unis et à leurs alliés dont le Canada de poursuivre leurs politiques qui ont déjà fait des centaines de milliers de morts et de blessés et causé le déplacement de millions de gens. On ne peut pas défaire le terrorisme de l'EILL par du terrorisme d'État. Cette fausse option doit être rejetée.

Nous devons lutter pour une résolution pacifique des conflits entre nations et nous opposer à l'utilisation de la force pour régler les problèmes. La démonisation par Harper d'ennemis présumés ne peut pas constituer une base d'unité du peuple canadien parce qu'elle repose sur la haine et la discrimination et le peuple doit la rejeter.

(Photos: TML, K. J. Tarasoff)

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Attentats de l'État islamique à Ottawa?

Le gouvernement et les médias canadiens
créent une panique morale

Le premier ministre Stephen Harper et le gouvernement canadien se servent de la fusillade sur la colline du Parlement pour justifier l'imposition de mesures de surveillance et de détention qui sont déjà appliquées en pratique et auxquelles ils procèdent à l'adoption.

Le 22 octobre 2014, un homme armé agissant seul, Michael Zehaf-Bibeau (originalement Michael Joseph Hall), originaire de Laval au Québec, a ouvert une fusillade dans le centre-ville d'Ottawa, la capitale du Canada.

D'abord on a rapporté qu'il y avait une fusillade au Centre Rideau situé tout juste au nord des Quartiers généraux de la Défense nationale, de l'autre côté du pont Mackenzie-King. On a su par la suite que cette information était fausse ou erronée. Le tireur avait tué un réserviste devant le Monument commémoratif de guerre pour ensuite aller en direction nord vers la colline du Parlement.

Puis on a rapporté qu'il y avait plusieurs tireurs. Tous les employés gouvernementaux se sont donc vu interdits d'entrer ou de sortir de leurs immeubles dans toute la région interprovinciale de la capitale nationale, qui comprend la ville de Gatineau. Bien que les autorités policières aient bien fait de prendre des mesures de précaution pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'autres tireurs et aient refusé de donner des explications, le public était amené à croire qu'il y avait plusieurs tireurs. Cela a permis aux autorités policières de justifier le confinement et la suspension de la mobilité pendant plusieurs heures.

Il y a également plusieurs questions qui restent sans réponse. Le réseau NBC News rapportait le 8 octobre 2014 que des porte-parole des services de renseignement américains lui ont dit « que les autorités canadiennes ont entendu dire que des terroristes en herbe discutaient de possibles attentats 'couteau et arme de poing' » au Canada. Les représentants canadiens n'ont toutefois pas tenu compte du rapport. Le renseignement américain sait-il quelque chose que sa contrepartie canadienne ne sait pas ? Comment expliquer cette discordance ?

Une autre question importante est celle-ci : comment un homme armé qui a déjà commencé à tirer sur des gens peut-il se rendre jusqu'à l'intérieur du Bloc central du Parlement canadien sans entrave ? Quiconque est allé sur la colline du Parlement sait qu'il y a une imposante présence policière dans littéralement tout le secteur et notamment à l'entrée et aux portes constituée de la police nationale du Canada (la Gendarmerie royale du Canada), de la police municipale (les Services de police de la Ville de Ottawa) et de deux corps spéciaux fédéraux (les Services de sécurité de la Chambre des communes et la Sécurité du Sénat).

Fabrication d'un portrait :
discours médiatique et liens avec les politiques gouvernementales

Aussi, s'il est vrai qu'il était en contact avec des groupes terroristes, comment communiquait-il avec eux ?

Pour compliquer les choses il y a le cas de Martin Couture-Rouleau. Couture-Rouleau est un Canadien français devenu musulman en 2013. Il a délibérément happé deux soldats canadiens à Saint-Jean-sur-Richelieu au Québec le 20 octobre 2014. Un des deux soldats est décédé par la suite.

Couture-Rouleau a été pourchassé par la police puis abattu après une chasse après le délit de fuite. Bien que le meurtre par délit de fuite à Saint-Jean-sur-Richelieu soit un acte criminel, il a été présenté comme un acte terroriste lié à la participation du Canada aux combats au Moyen-Orient. Les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa n'ont aucun rapport entre eux et ne s'inscrivent pas dans un effort coordonné, mais on les a quand même reliés. Les attentats de délit de fuite ont été ajoutés au récit de ce qui s'est passé à Ottawa le 22 octobre pour construire l'image d'une bataille en bonne et due forme. C'est ce que les sociologues appellent une panique morale, sur laquelle on reviendra.

Quel était précisément le motif du tireur ? Michael Zehaf-Bibeau ou Michael Joseph Hall ne semble pas faire partie d'un complot contre le Canada ourdi par le soi-disant État islamique d'Irak et du Levant (EIIL). Il avait un dossier criminel et semblait sur la voie d'une détresse psychologique à cause de l'usage croissant de narcotiques. Il avait des hallucinations et consommait des drogues fortes et il n'est devenu musulman que tout récemment. Selon les informations de gens qui le connaissaient, il se sentait harcelé par « le gouvernement » qui ne le laissait pas tranquille. Cette colère peut être reliée à la présence de travailleurs sociaux et d'agents de libération conditionnelle dans sa vie et le sentiment étouffant d'être pris dans une spirale en chute libre.

Michael Zehaf-Bibeau logeait à la Mission Ottawa, un centre pour sans-abri, depuis deux semaines à un mois. Avant les événements du 22 octobre, il a dit à des gens au centre pour sans-abri de prier parce que la fin du monde s'en venait. Dans ce contexte, il est important de se poser la question : comment un homme avec des problèmes de santé mentale logeant à la Mission Ottawa, un centre pour sans-abri, fait-il pour obtenir une arme ?

Or, Michael Zehaf-Bibeau a été dépeint à différents degrés comme un membre de l'EIIL, ce qui permet à des acteurs sociétaux, que les psychologues appellent « entrepreneurs moraux », de soutenir la prétention que le Canada est sous la menace immédiate d'attaque par l'EIIL. L'objectif des entrepreneurs moraux est de changer les normes sociétales, les valeurs, les lois et les règlements. Dans le cas présent les entrepreneurs moraux veulent faire passer un agenda de sécurité.

Bien que le tireur était un Canadien français qui avait adopté le nom de famille de son beau-père arabo-canadien et le nom de fille de sa mère biologique et a été la majeure partie de sa vie chrétien, catholique (au début un catholique dévot puis abandonnant la pratique avec le temps), on l'a présenté bien différemment. Dès le début on lui a tacitement attribué une personnalité arabe ou musulmane. Même une fois que son identité fût connue, son beau-père arabo-canadien a été présenté comme étant son père biologique. L'adoption du nom de famille arabe du beau-père a été tacitement présentée comme le signe d'une identité musulmane, bien qu'il ait été chrétien au moment du changement de nom pour des raisons légales.

La façon dont les médias ont présenté Zehaf-Bibeau au début est très révélatrice. Ils ont utilisé l'expression « un homme né au Canada » ou d'origine canadienne. C'est un langage trompeur et cette façon de faire doit être examinée de près. Lorsqu'on dit d'une personne qu'elle est « née au Canada » ou d'« origine canadienne », on laisse entendre qu'elle n'est pas vraiment canadienne, elle est juste née au Canada. Quand on parle ainsi d'un citoyen canadien on le dépouille de son identité canadienne et on le définit comme « l'autre », comme un étranger qui n'appartient pas au collectif.

La réaction médiatique

Beaucoup de Canadiens sont fiers de la réaction de leurs médias et aiment le contraster avec le sensationnalisme des médias américains. Bien que les médias au Canada soient beaucoup plus calmes que ne l'auraient été les médias américains dans des circonstances semblables aux États-Unis, ils ont quand même créé une charge émotive en décrivant la situation comme si Ottawa était assiégé. On a vu des titres comme « Ottawa est sous attaque ». Les Ottaviens craignaient littéralement que l'État islamique attaque les côtes du Canada.

Les médias se sont livrés toute la journée à des conjectures sur des liens possibles avec ce qui se passe au Moyen-Orient. Quand le premier ministre Harper a pris la parole en soirée, il est clair qu'il voulait lier les événements de la journée à ce qui se passe au Moyen-Orient et à la panique terroriste pour justifier les mesures de sécurité qu'il veut imposer.

La couverture médiatique, le confinement massif dans le coeur du centre-ville d'Ottawa et les mesures nationales prises par le gouvernement fédéral ont créé une certaine panique à Ottawa et parmi l'ensemble des Canadiens. Dans ces conditions, les gens peuvent agir de façon imprévisible ou anormale et ils sont prêts à faire des concessions au gouvernement qu'ils ne feraient pas normalement. Autrement dit, lorsque la société est aux mains de la peur, beaucoup de ses membres sont disposés à renoncer à leurs libertés civiles et à s'en laisser dépouiller par les autorités.

Le nouveau normal et le retrait de libertés civiles

Lorsque le Centre Rideau a été pris d'assaut par des voleurs armés en 2003 et que la moitié des patrouilleurs de la police locale s'est lancée à la poursuite de deux d'entre eux qui s'étaient échappés, on n'a pas vu ce genre de panique et les médias n'y ont pas porté autant d'attention. On pourrait aisément soutenir que le danger était beaucoup plus grand même si une institution nationale importante n'était pas sous attaque.

Légalement, Martin Couture-Rouleau et Michael Zehaf-Bibeau sont des meurtriers. Au lieu de les traiter comme des criminels, on a utilisé le mot « terrorisme » à charge politique et psychologique évidente. Toutes les lois nécessaires pour traiter avec ces criminels existent déjà au Canada, mais on institue de nouvelles lois qui peuvent potentiellement être utilisées contre des dissidents légitimes qui s'opposent aux politiques du gouvernement.

De plus, la police est en train d'être militarisée dans le nouveau contexte de la lutte au terrorisme. Le lendemain de l'attentat sur la colline du Parlement, le 23 octobre, la force de la réaction de la police quand un itinérant a traversé un cordon de sécurité près du monument de la guerre témoigne d'un changement dans les habitudes et des tensions parmi les policiers d'Ottawa. Les mesures que le gouvernement Harper veut normaliser comprennent également le contrôle et la censure d'Internet, le retrait inconstitutionnel et illégal de la citoyenneté et le retrait des droits de mobilité accordés par la Charte canadienne des droits et libertés. Cela a déjà commencé avec la confiscation de passeports.

Tous les Canadiens ont le droit de quitter le Canada et d'y revenir librement, à moins d'avoir commis une offense criminelle. Le gouvernement veut s'arroger le pouvoir de retirer les passeports au moindre doute de méfait, sans preuve. Dans le cas de Martin Couture-Rouleau, il a été détenu et son passeport lui a été retiré lorsqu'il a voulu se rendre en Turquie en juin ou juillet 2014. La police ne pouvait pas le mettre en état d'arrestation à cause de ses idées. « Nous ne pouvons pas arrêter quelqu'un parce qu'il a des idées radicales. Ce n'est pas un crime au Canada », a dit la superintendante de la GRC Martine Fontaine en conférence de presse le 21 octobre 2014.

La position de la GRC en dit long sur où le gouvernement Harper veut en venir avec son nouveau programme sécuritaire. Il veut pouvoir arrêter des gens pour leurs idées.

Révocation de la citoyenneté?

Plus dangereux encore est le flirt avec l'idée de révoquer la citoyenneté. Des précédents de retrait de citoyenneté contraires à la constitution sont déjà établis parmi les pays de la soi-disant coalition occidentale qui parlent constamment au nom de la démocratie mais appuient toujours les dictatures comme en Arabie saoudite, au Bahreïn, en Jordanie et au Qatar. Par exemple, en 2012 le parlement britannique a retiré la citoyenneté à Asma el-Assad, qui est pourtant née en Grande-Bretagne, tout juste parce qu'elle est l'épouse du président syrien Bachar el-Assad.

Le système judiciaire canadien ne traite pas tout le monde de façon égale et tous ne sont pas égaux devant les tribunaux. Les non-citoyens sont désavantagés par rapport aux citoyens canadiens. Dans ce contexte, la menace de révocation de la citoyenneté est vue comme un moyen de contourner les lois et les droits qui sont là pour protéger les citoyens canadiens. Sans ces droits, le gouvernement peut détenir une personne pour une période indéterminée et sans accusation, lui intenter un procès devant un tribunal spécial où l'accusé ne connaît pas la preuve contre lui et n'a pas accès à un avocat. C'est ce qui est arrivé à des non-citoyens qui ont été détenus pendant plusieurs années en vertu de certificats de sécurité.

L'idée de retirer la citoyenneté est également une question politique dans la mesure où elle sert à alimenter les préjugés parmi certaines sections de la société dans différents pays qui ont des points de vue xénophobes et qui n'aiment pas certaines couches de la société pour différentes raisons.

Ne pas vouloir regarder la source du problème

Selon un vieil adage, la société a tous les criminels qu'elle mérite, c'est-à-dire que dans bien des cas les criminels sont le produit d'un problème structurel de la société.

Ça n'est pas par hasard que Michael Zehaf-Bibeau avait déjà demandé à être interné pour pouvoir combattre sa dépendance à la cocaïne et au crack. Les deux assaillants consommaient de la drogue et souffraient de problèmes psychologiques qui nécessitaient des soins. Le tireur d'Ottawa avait cherché de l'aide et étouffait de désespoir et de non-appartenance.

Au lieu de regarder à l'étranger et de blâmer des forces extérieures, le Canada doit faire son propre examen de conscience. La source du problème comprend le déclin des services sociaux au Canada qui ont subi les coupures et les mesures d'austérité du gouvernement. En blâmant l'EIIL et Internet le gouvernement refuse du même coup de reconnaître son propre échec et la marginalisation d'un grand nombre de membres de la société au Canada qui ne reçoivent pas l'aide dont ils ont besoin.

La pente glissante et le sale rôle du gouvernement Harper

On appelle les Canadiens à être vigilants contre la menace terroriste du EILL qu'on grossit. C'est dans ce but que le premier ministre Stephen Harper et son gouvernement font tout pour dépeindre les événements au Canada comme une extension de ce qui se passe au Moyen-Orient. Redéfinir des criminels comme étant des terroristes alimente cette perception. Cependant, les Canadiens et les citoyens des autres pays doivent être vigilants sur la question de leurs droits et libertés qu'il a fallu des siècles à obtenir.

Le changement de critère pour l'octroi de la citoyenneté est un sujet différent mais la révocation de la citoyenneté est une pente glissante et dangereuse. Même si on affirme que ce genre de mesures sert un intérêt supérieur et la sécurité publique, l'histoire a montré que ce sont souvent d'autres motifs qui président à la suspension des libertés civiles.

Pour terminer, ceux-là mêmes qui grossissent aujourd'hui la peur du terrorisme au Canada sont ceux qui l'ont appuyé à l'étranger. On ne doit jamais oublier que le premier ministre Harper et son cabinet ont appuyé les « terroristes » qu'ils prétendent maintenant combattre. Le gouvernement Harper a tacitement encouragé les Canadiens à aller combattre dans des pays comme la Libye et la Syrie pour appuyer la politique étrangère de Washington de changement de régime. Le Canada a même armé des militants liés à Al-Qaeda en Libye avec des drones et de l'armement en 2011 et a permis à des firmes privées de sécurité (des mercenaires) de les aider. Les gens ne doivent pas négliger ces choses-là quand ils se demandent comment on est arrivé à la situation d'aujourd'hui.

(Strategic Culture Foundation, 24 octobre 2014. Traduction : LML)

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