Le Marxiste-Léniniste

Numéro 85 - 30 juin 2014

La lutte des travailleurs de la construction est notre lutte à tous

Le ministre du Travail du gouvernement
du Québec menace d'imposer une nouvelle loi
spéciale dans la construction


Ligne de piquetage à Montréal à la première journée de la grève des travailleurs de la construction le 17 juin 2013

La lutte des travailleurs de la construction est notre lutte à tous
Le ministre du Travail du gouvernement du Québec menace d'imposer une nouvelle loi spéciale dans la construction - Pierre Chénier

L'élection partielle fédérale dans Macleod en Alberta
Défaire le gouvernement Harper et son assaut contre le niveau de vie des Canadiens
Concentration de la richesse et du pouvoir dans le secteur de la transformation des viandes -Peggy Morton

Le programme antiouvrier du gouvernement libéral majoritaire en Ontario
Les travailleurs de l'acier exigent des comptes du gouvernement
Le discours du Trône relancera le budget libéral; Hudak démissionne comme chef conservateur
Les beaux discours font maintenant place au diktat brutal - Enver Villamizar


La lutte des travailleurs de la construction est notre lutte à tous

Le ministre du Travail du gouvernement
du Québec menace d'imposer une nouvelle loi
spéciale dans la construction


Montréal le 21 juin 2013

En point de presse le 9 juin et à nouveau la semaine dernière, le ministre du Travail Sam Hamad a dit qu'il va rendre illégale une grève des travailleurs de la construction cet été, et que la loi spéciale pour l'essentiel est déjà rédigée.

Les quelque 80 000 travailleurs du secteur institutionnel/commercial et industriel (ICI) seront en position de grève légale et les employeurs en position de lockout, le 22 juillet prochain. Ces travailleurs étaient en grève en juin de l'an dernier pour s'opposer à des demandes de concessions antiouvrières lorsque le gouvernement les a forcés à retourner au travail par une loi spéciale dans la nuit du 1er juillet. La Loi spéciale prolongeait leurs conditions de travail pendant un an, donc jusqu'à aujourd'hui le 30 juin. La grève de l'été dernier était une grève générale de tous les travailleurs de la construction du Québec déclenchée le 17 juin, mais les travailleurs des secteurs génie civil/voirie et résidentiel avaient conclu une entente avec les associations patronales à la fin juin.

Dans ses commentaires à la presse, le ministre Hamad reprend le langage de tous les gouvernements de l'offensive antisociale à l'effet que la meilleure solution est supposément une solution négociée. En fait, il n'y a pas de négociation mais une tentative d'extorquer des concessions aux travailleurs avec la certitude pour les employeurs que le gouvernement va utiliser son pouvoir pour déclarer la grève illégale. Les concessions, comme l'ont démontré les travailleurs de la construction, vont occasionner la détérioration des conditions de travail sur les chantiers et les conditions de vie des travailleurs et de leurs familles, et le gouvernement se fait l'instrument de l'imposition de ces concessions que les travailleurs n'acceptent pas.

Selon l'Alliance syndicale qui représente les cinq syndicats de la construction au Québec, l'Association de la construction du Québec (ACQ) est revenue à la charge en février 2014 avec les mêmes demandes de concessions contre lesquelles les travailleurs ont fait la grève en 2013. L'ACQ demande toujours une augmentation de la mobilité de la main-d'oeuvre, ce qui prive d'emploi les travailleurs dans leur région car les entrepreneurs arrivent avec leurs travailleurs. Le problème est devenu encore plus aigu du fait que la construction a connu une baisse ces derniers mois et que des travailleurs des régions ont épuisé leurs prestations d'assurance-emploi. Les travailleurs de la Côte-Nord ont tenu des manifestations ces derniers mois pour exiger de pouvoir travailler dans leur région.

L'ACQ demande encore la création d'une plage de travail de 5 h 30 à 19 h (plutôt que la plage actuelle de 6 heures 30 à 17 heures) à l'intérieur de laquelle les travailleurs font leur journée normale de travail de 8 heures, 9 heures ou 10 heures consécutives. Les travailleurs font valoir que cela va déstabiliser leur vie familiale.

L'association patronale maintient aussi sa demande de pouvoir forcer les travailleurs à reprendre les travaux le samedi à taux simple lors d'intempéries pendant la semaine normale.

La demande de concession est également maintenue à l'effet de payer les 8 premières heures supplémentaires par semaine du lundi au samedi à taux et demi, plutôt qu'à taux double, alors que les dimanches et jours fériés seront rémunérés à taux double. L'alliance syndicale fait valoir que les travailleurs désirent travailler davantage : plus de 23 000 travailleurs ont déclaré moins de 500 heures en 2012 et la moyenne de ceux ayant travaillé plus de 500 heures était de 1300. Ils demandent qu'on priorise une meilleure planification des travaux afin qu'un maximum de travailleurs puissent enregistrer des heures et non des heures supplémentaires pour un petit nombre.

Concernant les indemnités de déplacement, dans le contexte où les déplacements sur de longues distances, souvent plus de 100 km, sont chose commune pour les travailleurs de la construction, l'ACQ demande que les distances minimales pour recevoir une indemnité de frais de déplacement soient augmentées. Avec le prix de l'essence qui augmente sans cesse, c'est une attaque directe au revenu des familles des travailleurs.

Les travailleurs de la construction doivent et ont droit d'avoir des conditions de travail qui correspondent au travail qu'ils font, des conditions qu'ils jugent eux-mêmes acceptables. Dans les négociations actuelles, les travailleurs mettent de l'avant des demandes telles des augmentations salariales de 7,8 % sur 3 ans, une demande d'augmentation des indemnités pour frais de déplacement et pour chambre et pension quand le déplacement atteint les 120 km, une demande de clause de rappel correspondant à la durée d'emploi du travailleur (la sécurité d'emploi n'existe pas dans la construction), etc.

Le gouvernement est très irresponsable de menacer les travailleurs du plein poids de la loi s'ils persistent dans leurs justes demandes, qui sont bénéfiques pour eux et pour la société dans son ensemble. Tous les travailleurs doivent appuyer fermement les travailleurs de la construction contre cette extorsion de concessions.

(Tiré de Chantier politique)

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L'élection partielle fédérale dans Macleod en Alberta

Défaire le gouvernement Harper et son assaut contre le niveau de vie des Canadiens


Les élections partielles fédérales qui auront lieu le 30 juin en Alberta et en Ontario, sont l'occasion de dire Non ! à la dictature Harper, au diktat des monopoles et à la destruction nationale. Le peuple est privé du pouvoir économique et politique dont il a besoin pour donner une direction à l'économie qui va servir l'intérêt public, apporter des solutions aux problèmes sociaux et autres qui confrontent la société, et affirmer les droits de tous. Le fait de ne pas être investi du pouvoir dans les affaires politiques est le reflet du même problème dans les principaux secteurs de l'économie. Les décisions sur les grandes questions économiques dans les secteurs de base sont faites dans le dos du peuple. Ces mêmes intérêts privés qui contrôlent les principaux secteurs de l'économie contrôlent les leviers du pouvoir politique. Pour le peuple, son manque de contrôle sur les secteurs économiques de base se reflète dans son manque de contrôle sur l'autorité publique.

Le plus grand employeur dans la circonscription de Macleod est l'énorme monopole américain Cargill, la plus grande société privée au monde. Cargill est un des deux seuls transformateurs de viande de boeuf sous inspection fédérale encore présents au Canada, avec une part de 32 % de l'industrie canadienne du boeuf. Il est également l'un des plus grands, sinon le plus grand bénéficiaire du démantèlement de la Commission canadienne du blé.

Durant l'exercice 2013, Cargill a enregistré des bénéfices de 2,31 milliards $ provenant de la valeur ajoutée créée par les travailleurs et les agriculteurs du Canada et dans le monde. Ce fut presque le double de ses profits de 1,17 milliard $ l'année précédente. Il a une valeur totale réalisée de 136,7 milliards $, une autre preuve de comment imposante est sa mainmise sur les producteurs et les travailleurs agricoles.

L'immense usine de transformation du boeuf de Cargill située juste à l'extérieur de High River emploie 2000 travailleurs qui abattent et transforment 4500 bovins chaque jour. La fermeture de l'usine d'emballage des viandes XL à Brooks, en Alberta, à la suite de la contamination d'escherichia coli (e. coli) en 2012, a mis en évidence les conséquences dangereuses de la mainmise des monopoles comme XL et Cargill sur la sécurité alimentaire et la santé des Canadiens, les travailleurs qui transforment la viande et les agriculteurs qui élèvent des bovins de boucherie.

La concentration de la propriété et du contrôle des usines de transformation et aussi de plus en plus des bovins par les géants de la transformation est en contradiction avec les bonnes pratiques environnementales et un approvisionnement alimentaire sécuritaire. L'objectif des monopoles est de transférer la richesse des agriculteurs vers eux-mêmes, de siphonner autant de la valeur ajoutée qu'ils peuvent de la production agricole et, éventuellement, de prendre le contrôle de tous les aspects de l'agriculture, transformant les anciens agriculteurs en ouvriers salariés sous le contrôle des monopoles. Depuis que le guichet unique de la CCB a été démantelé, les agriculteurs de l'Alberta qui recevaient 84 % de la valeur réalisée de leur blé en reçoivent maintenant environ 40 %, les grands gagnants étant Cargill et les autres monopoles des céréales. Ces énormes monopoles mondiaux en sont venus également à compter de plus en plus sur les travailleurs étrangers temporaires, comme un secteur des travailleurs dépouillés de leurs droits civils et de leurs droits en tant que travailleurs. L'alternative à la dictature Harper est un projet d'édification nationale qui fournit des solutions aux problèmes de la sécurité et de la salubrité alimentaire, qui met fin à la mainmise des monopoles, sert les agriculteurs canadiens, les travailleurs agricoles et les travailleurs de la transformation alimentaire et du bétail et défend l'intérêt public. Dans ce numéro, LML fournit des informations sur les conditions que rencontrent les travailleurs de la transformation des viandes, et en particulier la façon dont l'industrie est venue à dépendre de travailleurs étrangers temporaires. Ces élections partielles sont l'occasion de mettre de l'avant notre propre alternative d'édification nationale et mener des discussions dans nos entourages sur la manière d'apporter des solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Elles représentent pour le peuple la possibilité de dire Non ! à la dictature Harper.

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Concentration de la richesse et du pouvoir dans le secteur de la transformation des viandes

Comment le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTÉT) est-il devenu une composante si importante de l'industrie de la transformation des viandes au Canada ? Les grands monopoles Cargill, JBS et Olymel prétendent qu'il est impossible de trouver des Canadiens qui vont travailler dans les usines de transformation des viandes. Cela fait autant de sens que de dire que la pauvreté est causée par le manque d'argent. La réponse à l'explosion du PTÉT peut être trouvée dans la mondialisation néolibérale et l'annexion du Canada aux États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord.

Les 30 dernières années ont été témoins d'une concentration beaucoup plus intense de la propriété et de la production de la transformation des viandes, conduisant à une mainmise de quelques monopoles géants internationaux. Ces monopoles ont mené un assaut tous azimuts sur la vie et les conditions de travail des travailleurs des abattoirs, ayant de plus en plus recours à des travailleurs qui sont privés de droits civils et vulnérables à la surexploitation.

Durant les années 1980, le nombre d'usines d'abattage aux États-Unis a plongé de plus de 600 à environ 170 pour les bovins et de plus de 500 à environ 180 pour les porcs. Aujourd'hui les quatre grands - Tyson, Cargill, JBS et National Beef - contrôle 80 % de l'ensemble du traitement de la viande bovine. Un élément clé de l'offensive des monopoles américains a été d'écraser les syndicats, les collectifs de défense des droits des travailleurs. Les monopoles ont établis des usines non syndiquées dans les États qui défendent « le droit au travail », en vertu duquel les syndicats sont pratiquement illégaux, et ont alors exigé que les usines syndiquées demeurent concurrentielles sinon elles vont fermer.

Les travailleurs des usines de transformation ont combattu farouchement les concessions et ont mené de 1983 à 1986 quelque 158 grèves engageant quelque 40 000 travailleurs. À cause des fermetures d'usines, des longs et difficiles lockout et la relocalisation des usines, la syndicalisation est passée de 50 % en 1980 à 21 % en 1986. En 1992, les salaires dans l'industrie ont été réduits de 40 % et la cadence de production a doublé. Les monopoles de la transformation des viandes se sont alors tournés vers les sections les plus marginalisés de la classe ouvrière, y compris les travailleurs sans papiers, pour combler « la pénurie de main-d'œuvre », qu'ils ont créée avec leurs bas salaires, leurs mauvaises conditions de travail et les attaques incessantes contre les droits des travailleurs.

Au Canada, une attaque similaire contre les travailleurs des abattoirs a eu lieu en même temps. La difficile grève de 1985 chez Gainers à Edmonton a montré la détermination des propriétaires du capital monopoliste à abaisser les salaires et attaquer l'esprit de résistance des travailleurs canadiens à défendre leurs droits.

Suite à l'Accord de libre-échange Canada-États-Unis en 1988, les salaires dans les usines canadiennes de transformation des viandes sont devenus la cible d'attaques directes provenant des États-Unis. Les entreprises géantes américaines dans les marchés canadiens et mondiaux ont réduit les salaires de 40 % en utilisant l'excuse de la concurrence dans le cadre du libre-échange.

Les gouvernements provinciaux de l'Ouest du Canada ont organisé une expansion massive de la production animale dans les élevages industriels et utilisé les subventions pour payer les riches afin de donner des millions aux monopoles de la transformation des viandes afin de fermer les usines plus anciennes dans l'est du Canada et les grandes villes de l'ouest, tout en les déménageant dans les zones rurales des provinces de l'ouest. Au Manitoba, par exemple, la production porcine a augmenté de 50 % entre 1996 et 2001 afin de cibler les marchés mondiaux, avec des subventions accordées par le gouvernement du Manitoba. Maple Leaf Packers a ouvert une nouvelle usine de porc à Brandon et imposé un salaire de base de 8 $ l'heure pour ensuite utiliser cette situation pour extorquer des réductions de salaires de 40 % aux travailleurs partout au pays. Trois ans après avoir abaissé les salaires à l'usine de Brandon bien en dessous de la norme canadienne, Maple Leaf a demandé des permis de travail pour les travailleurs étrangers temporaires, citant des « pénuries de main-d' œuvre » comme étant la raison.

De nouvelles usines ont également été construites en Alberta, dont une par Tyson/IPB à Brooks, plus tard vendue à Neilson Brothers et maintenant détenue par le monopole brésilien JBS, suite au scandale e.coli. Le monopole Olymel au Québec a construit une énorme usine moderne à Red Deer avec 1800 travailleurs tout en fermant ses usines au Québec. Ensuite, en utilisant la menace très réelle de transférer la production vers l'ouest, Olymel a extorqué des travailleurs québécois par des coupures de 30 % de leurs salaires.

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Le programme antiouvrier du gouvernement libéral majoritaire en Ontario

Les travailleurs de l'acier exigent des
comptes du gouvernement


Les métallos manifestent devant les bureaux du ministère du Travail à Hamilton le 20 juin 2014 en appui aux travailleurs
en lockout à l'usine Max Aicher et pour dénoncer le refus du gouvernement de défendre l'intérêt public.

Les travailleurs industriels de l'Ontario n'ont pas perdu de temps pour exiger des comptes aux libéraux. L'élection ontarienne a eu lieu le 12 juin et, le vendredi 20 juin, les travailleurs de l'acier de la section locale 1005 de Hamilton ont dressé une ligne de piquetage devant les bureaux du ministère du Travail à Hamilton. Avant l'élection, ils ont tenu des piquetages mensuels contre l'austérité devant le bureau de Tim Hudak et en d'autres endroits. Le piquetage du 20 juin visait à appuyer les membres de la section locale 1005 qui ont été mis en lockout par la compagnie Max Aicher North America (MANA) le 29 juin 2013.

Le 10 juin, seulement deux jours avant l'élection ontarienne, MANA a obtenu une injonction qui interdisait aux métallos de défendre concrètement leurs droits en dressant des lignes de piquetage pour empêcher les scabs d'entrer dans l'usine. L'action a aussi été organisée pour empêcher que des équipements ne soient sortis de l'usine et expédiés à l'étranger.

Les piqueteurs ont dénoncé la corruption du gouvernement ontarien qui a donné 9 millions $ à MANA quand elle a acheté l'usine de US Steel en novembre 2010 et a ensuite refusé de demander des comptes à la compagnie sous prétexte que la façon dont elle utilisait cet argent était une décision d'affaires privée.

Le gouvernement ontarien n'est jamais intervenu en faveur des travailleurs ni de la communauté en veillant à ce qu'aucun équipement ne sorte de l'usine ou à ce que les intérêts des travailleurs soient défendus. Le lockout imposé par MANA de même que le présumé retrait d'équipement arrivent dans le contexte de la déclaration unilatérale de US Steel l'automne dernier à l'effet que la compagnie a l'intention de fermer la production de l'acier à Hamilton cette année et songe à fermer ses installations de transformation de l'acier à Hamilton après 2015.

Information Update, le bulletin hebdomadaire de la section locale 1005, indique : « Depuis plus de onze mois, les contremaîtres peuvent entrer à l'usine sans problème. Voilà maintenant qu'on fait entrer des scabs et le public ne sait rien des activités de MANA et encore moins de ce qui arrive des 9 millions $ que l'Ontario lui a donnés. En plus, le plein poids de la loi est appliqué pour limiter la capacité des travailleurs de MANA de défendre avec efficacité leur droit de négocier une entente. Les déclarations du juge à l'effet que la cour est neutre et qu'il ne favorisera aucun des deux partis ne tiennent pas la route puisqu'il permet à MANA de garder les travailleurs en lockout tandis que la compagnie fait on ne sait quoi avec l'usine et l'équipement tout en ayant recours à des ' travailleurs de remplacement contractuels ', c'est-à-dire, des scabs. »

Défendons le droit public ! Non au droit de monopole !

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Le discours du Trône relancera le budget libéral; Hudak démissionne comme chef conservateur


La première ministre Kathleen Wynne a annoncé que la 40e législature va débuter ses travaux le mercredi 2 juillet par un discours du Trône qui va tracer les grandes lignes de ce qu'entend faire son gouvernement majoritaire dans la période à venir. Ce sera son premier discours du Trône à titre de première ministre élue. Elle avait donné son premier discours du Trône suite à sa victoire à la course à la chefferie du Parti libéral en 2013 qui l'avait aussi propulsée première ministre en remplacement de Dalton McGuinty. Ces événements s'étaient déroulés au moment où les travailleurs et en particulier les enseignants et les travailleurs de l'éducation dénonçaient fermement l'austérité dont la Loi 115 et l'imposition de conventions collectives.

La démission de Tim Hudak en tant que chef du Parti progressiste-conservateur, après avoir perdu neuf sièges pendant l'élection, entre en vigueur le 2 juillet. Un chef intérimaire sera nommé par les conservateurs jusqu'à la tenue d'un congrès de la course à la direction du parti. Hudak, qui a conservé son siège dans la circonscription de Niagara West-Glanbrook, va demeurer député.

Le budget libéral du 1er mai avait été rejeté par les autres partis au Parlement, ce qui avait mené à l'élection du 12 juin, pour ensuite devenir la plate-forme électorale des libéraux. Pendant l'élection, par le biais d'une campagne concertée de désinformation, on a décrit ce budget comme étant « progressiste » et digne de l'appui des travailleurs. Les problèmes qui sont posés par ce budget vont devenir plus évidents quand il sera présenté à nouveau au Parlement.

Au lendemain de l'élection, Wynne a dit que le discours du Trône va comprendre le même budget. « Peut-être qu'il y aura des changements techniques, a-t-elle dit, et nous en parlerons dans le discours, mais en matière de politiques et d'investissements, le budget sera exactement le même. »

Comme leur majorité leur permet d'adopter des projets de loi d'austérité néolibérale, les libéraux pourront désormais adopter le budget et tout autre changement qu'ils désirent apporter et continuer d'appliquer leur version de l'ordre du jour d'austérité. Le hic, c'est que les travailleurs ne peuvent permettre une telle chose de passer. Malgré la prétention de Wynne suite à l'élection de représenter ce qu'elle appelle un Ontario unifié, son « mandat majoritaire » ne tient qu'à un fil. Les libéraux ne l'ont remporté que par quatre ou cinq sièges (le candidat libéral de Thornhill dans le Grand Toronto a demandé un dépouillement judiciaire vu la mince victoire des conservateurs dans la circonscription). De plus, les libéraux ont gagné avec à peine 20 % des voix de tous les électeurs éligibles à voter, sans parler des 31 000 électeurs qui ont annulé leur vote, un record depuis l'élection de 1975. C'est donc sans fondement que les libéraux prétendent avoir gagné un mandat populaire pour leur ordre du jour d'austérité antisociale que ce soit dans un budget ou d'autre façon.

Que nous réserve la session qui vient ?

Les libéraux ont clairement laissé entendre que les « épargnes » dont ils parlent dans leur budget proviendront de compressions dans les services publics et dans les salaires, les avantages sociaux et les régimes de retraite des travailleurs qui dispensent ces services. Les fonds ainsi obtenus au détriment des travailleurs serviront à tout un éventail de manigances pour payer les riches. Ces « épargnes » proviendront également de la privatisation tout azimut des avoirs et services publics par la formation de « partenariats » entre le gouvernement et divers monopoles privés oeuvrant dans la construction, l'entretien et la mise en oeuvre de nouveaux projets d'infrastructures où le gonflement et le dépassement de coûts sont chose commune tout comme le sont l'abaissement des normes et la corruption de toutes sortes. On peut s'attendre à ce que le fonds de capitaux d'investissement que les libéraux veulent mettre sur pied sous les auspices du Régime de retraite de l'Ontario serve aussi à cette fin.

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Les beaux discours font maintenant
place au diktat brutal

Maintenant qu'il a sa majorité sous la bannière d'un « Ontario unifié », le gouvernement libéral fraîchement élu en Ontario tente de créer les conditions pour justifier ses attaques contre les salaires et les conditions de travail des travailleurs du secteur public et pour la criminalisation de ceux qui refusent l'austérité en tant que moteur de la politique ontarienne. On peut voir la même chose à l'oeuvre en Colombie-Britannique et au Québec qui eux aussi ont un gouvernement libéral majoritaire. Cela montre bien que le programme principal des gouvernements majoritaires est d'utiliser leur pouvoir pour imposer au peuple un ordre du jour néolibéral plutôt que de trouver des solutions aux problèmes sociaux et économiques qui assaillent la société afin qu'elle puisse aller de l'avant.

La nécessité d'éliminer un déficit - qui n'existe que parce qu'on a payé les riches sans égard aux conséquences sur le bien-être du peuple - est répétée à satiété. Ce refrain est repris par tous les partis des législatures tant provinciales que fédérale. Ces gouvernements et partis refusent de dire Non ! au diktat des monopoles qui utilisent la question de la dette et du déficit pour extraire des milliards du trésor public. Lorsque les travailleurs, eux, disent Non !, ces mêmes gouvernements se mettent immédiatement en action pour traiter cette résistance comme une question de loi et d'ordre.

Au lendemain de son élection comme première ministre, Kathleen Wynne a réaffirmé sa détermination à éliminer le déficit de la province, soit 12,5 milliards $, d'ici 2017-2018. De passage à une émission de Radio-Canada, Wynne s'est fait demander si elle comptait toujours réduire le déficit même si pour y arriver elle allait devoir suivre la ligne dure dans les négociations contractuelles avec les syndicats du secteur public.

« Je respecte le processus de négociations collectives, a-t-elle répondu, et je crois mordicus que nous allons avoir une négociation collective équitable, mais le fait est qu'il n'y a pas de nouvel argent et que tous sont conscients de notre situation fiscale. Nous avons fait des choix difficiles et nous continuerons de le faire ».

En entrevue avec SunMedia, elle a déclaré : « Le budget que nous allons présenter prochainement est le même budget que nous avons présenté au début de mai et il n'y a pas de nouvelles sommes d'argent pour les salaires dans ce budget. Tous les groupes ou individus qui nous ont appuyés étaient au fait de la situation et s'ils ne l'étaient pas, ils n'ont qu'à en prendre note puisqu'il s'agit du plan que nous avons toujours mis de l'avant », a-t-elle ajouté.

Wynne sait très bien que la classe ouvrière de l'Ontario s'oppose à l'austérité et c'est sur cette base qu'elle a réussi à obtenir une majorité en brandissant la peur face à la version de l'austérité que représentait Hudak. Les cercles dirigeants ont délibérément évité toute discussion sur ce que les libéraux avaient fait et sur ce qu'ils proposaient faire de crainte que la classe ouvrière ne saisisse l'occasion pour défaire les deux partis dans ces élections. C'est la raison pour laquelle elle prend les devants pour passer le message à l'effet que tous ceux qui l'ont appuyée en votant pour elle et plus encore ceux qui ne l'ont pas fait n'ont qu'à bien se tenir et accepter sa version de l'austérité parce que son élection veut dire un mandat majoritaire, même si certains peuvent ne pas l'avoir compris.

Le problème flagrant auquel Wynne fait face c'est qu'elle préconise elle-même l'ordre du jour que Hudak vociférait et notamment des arrangements qui nient le droit des travailleurs à la négociation et visent à leur enlever leur capacité de s'organiser. Cela va devenir de plus en plus clair à mesure que les travailleurs vont agir pour affirmer leurs droits. C'est avec la perspective d'affirmer leurs droits que les travailleurs vont devoir trouver des façons nouvelles d'étendre l'opposition à l'austérité en mobilisant toutes les sections du peuple. C'est en mettant de l'avant des alternatives à l'ordre du jour d'austérité néolibérale que l'Ontario va trouver les moyens d'ouvrir la voie au progrès.

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