Le Marxiste-Léniniste

Numéro 67 - 15 mai 2014

Oui à l'industrie manufacturière! Non à la destruction nationale!

L'économie a besoin d'une nouvelle direction


Le Premier Mai 2014 à Hamilton

Oui à l'industrie manufacturière! Non à la destruction nationale!
L'économie a besoin d'une nouvelle direction - KC Adams
La nécessité du changement - Rolf Gerstenberger, le Premier Mai 2014


Oui à l'industrie manufacturière! Non à la destruction nationale!

L'économie a besoin d'une nouvelle direction

On ne peut consommer ce qui n'a pas été produit. On ne peut réclamer un profit lorsque rien n'a été produit. Pour réclamer un profit sur ce qui n'a pas été produit - par le biais de manigances pour payer les riches, de jeux, de vol et de prix de marché plus élevés que les prix de production - il n'y a pas d'autre choix que de puiser ce profit à même la production quelque part dans l'économie, ce qui cause par le fait même des inégalités, des interruptions et éventuellement des crises.

Le PDG de US Steel, Mario Longhi, a déclaré que le revenu net du premier trimestre de la compagnie était de 52 millions $ et qu'il s'agissait d'un développement positif en termes de profitabilité. Si on laisse de côté pour l'instant que le profit comme but premier ne convient pas à notre monde moderne, l'affirmation de Longhi pose problème en ce sens qu'elle expose comment l'obsession du profit est le moteur des agissements des gestionnaires et les empêche de traiter des problèmes tels qu'ils existent.

Le profit vient du fait que les travailleurs produisent une nouvelle valeur. Or, le revenu net de US Steel tel que rapporté ne provient pas d'une augmentation de nouvelle valeur. Il provient de la destruction des installations de production, plus précisément le haut fourneau de Hamilton Works, des manoeuvres frauduleuses pour payer les riches qui se produisent en Europe avec la vente et l'échange des quotas d'émission de gaz et il provient aussi de prix réalisés légèrement à la hausse.

Même sans avoir accès à des chiffres plus détaillés, nous pouvons déduire à partir des chiffres que nous avons en main comment les monopoles ont recours à la destruction, aux fonds publics et aux attaques contre les travailleurs pour soutirer un profit sans augmenter la production de nouvelle valeur. Les ventes nettes de US Steel au premier trimestre ont été de 4.448 milliards $. Les ventes nettes pour le premier trimestre de l'année dernière étaient de 4.595 milliards $, une différence de 147 millions $.

Si on se base sur la méthode de comptabilité centrée sur le capital des monopoles, les frais d'exploitation pour le premier trimestre de chaque année respective furent de 4.326 milliards $ en 2014 et de 4.557 milliards $ en 2013, une différence de 231 millions $. La différence entre les ventes nettes et les frais d'opération pour les deux trimestres donne une différence nette en 2014 de 84 millions $ en revenus additionnels provenant des opérations sans que les travailleurs n'aient produit davantage de nouvelle valeur en expédiant davantage de produits. Comme par coïncidence, ces 84 millions $ sont presqu'identiques à la somme obtenue (82 millions $) en détruisant le haut fourneau de Stelco (50 millions $) et en vendant des quotas d'émission de gaz (32 millions $). Le 84 millions $ a ensuite été réduit à 52 millions $ dû à d'autres facteurs.

La réclamation faite par les prêteurs d'argent à ce revenu net du premier trimestre de 2014 l'a réduit de 69 millions $ en 2014 et de 104 millions $ en 2013. La différence due aux impôts est à toutes fins pratiques négligeable. Somme toute, le résultat final est un revenu net ou rendement des capitaux propres de 52 millions $ pour le premier trimestre 2014 face à une perte nette de 73 millions $ en 2013, une remontée de 125 millions $.

Comment expliquer cette hausse importante de 125 millions $ en rendements alors que les travailleurs ont produit moins de nouvelle valeur en 2014 sur des ventes inférieures?

La plus grande partie de cette différence de 82 millions $ provient de deux facteurs: la fermeture permanente du haut fourneau de Hamilton Works, qui a mis fin à une production annuelle potentielle de 2,3 millions de tonnes nettes d'acier, et la vente et l'échange de quotas d'émission de gaz en Europe, deux facteurs qui n'ont contribué à aucune production.

US Steel n'a résolu aucun problème en ce qui concerne la production d'acier que ce soit au Canada, aux États-Unis ou en Europe. Le Canada est en manque d'une dizaine de millions de tonnes nettes d'acier par année. Le non renouvellement de la production d'acier à Stelco et la fermeture permanente des installations à Hamilton Works constituent un problème important pour les Canadiens et leur économie. D'une part le Canada doit compter de plus en plus sur les importations d'acier, ce qui est dommageable pour les comptes nationaux, et de l'autre les régimes de retraite des travailleurs retraités de l'acier et de ceux qui s'approchent de la retraite souffrent d'une pénurie de travailleurs actifs pouvant contribuer aux régimes à prestations déterminées.

C'est le cul-de-sac dans lequel se retrouvent les gestionnaires et les détenteurs du capital avec leur fixation du profit à court terme. S'il y a entrave à l'obtention de profit, ou bien on ignore la situation ou bien on l'aggrave. Les composantes de l'économie moderne sont interdépendantes. Ce n'est ni plus ni moins qu'une seule plaque d'acier dont chacune des parties dépend l'une de l'autre et de l'ensemble. Lorsque ces composantes sont en concurrence les unes avec les autres à la recherche du profit, il en résulte la destruction de ce qui fait la vitalité même de la production moderne, c'est-à-dire les compétences du facteur humain, l'ampleur de la conscience sociale moderne et la science, la technique et la productivité avancées de l'économie socialisée. L'économie a besoin d'une nouvelle direction.

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La nécessité du changement

Le Marxiste-Léniniste publie ci-contre le discours de Rolf Gerstenberger, président de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos à Hamilton, lors de la manifestation du Premier Mai cette année. Pour lire le reportage des actions du Premier Mai à l'échelle du pays, voir le numéro du LML du 5 mai 2014.

* * *

Au nom de la section locale 1005, j'aimerais vous souhaiter la bienvenue à tous et offrir mes salutations du Premier Mai à tous les travailleurs de US Steel, aux retraités et aux familles, à nos collègues de MANA qui ont été mis en lockout par Max Aicher North America le 28 juin de l'année dernière, aux travailleurs de l'acier à Lake Erie qui ont aussi été mis en lockout par US Steel pendant quatre mois l'année dernière. J'aimerais aussi transmettre mes salutations du Premier Mai à tous les travailleurs du Canada et du Québec qui se battent pour leurs droits, ainsi qu'à tous les travailleurs du monde.

Les attaques qui sont faites contre nous sont renversantes. MANA, par exemple, voulait faire accepter aux travailleurs une baisse de salaire de l'ordre de 7 à 10 dollars de l'heure, la perte de leurs régimes de retraite, aucune indexation et une réduction de leurs avantages sociaux. Les travailleurs ont refusé et la compagnie les a mis en lockout. Dix mois plus tard, la compagnie a tenté « d'adoucir ses demandes » en offrant quelque chose qui supposément compenserait les coupures de salaires. Les travailleurs ont rejeté cette offre à 85%. Mais voilà qu'ils sont toujours en lockout. Comment résoudre un tel dilemme? Pour leur part, les travailleurs de Lake Erie ont été mis en lockout parce que la compagnie voulait couper dans leurs vacances et se débarrasser de l'indexation au coût de la vie. Les travailleurs ont résisté pendant quatre mois et ont rejeté les propositions de la compagnie par deux fois tandis que la compagnie a même tenté de passer outre au syndicat en organisant elle-même un vote. Les travailleurs ont rejeté tout cela mais ont dû, en fin de compte, accepter les « offres » de la compagnie.

US Steel a annoncé en octobre de l'année dernière que la fabrication de l'acier à Hamilton prendrait fin de façon permanente. La production avait déjà été réduite depuis le lockout de 2010. La compagnie a déclaré avec arrogance qu'elle continuerait de détruire la production de plus de deux millions de tonnes d'acier, en dépit du fait que le Canada en importe de 6 à 8 millions par année pour répondre à ses besoins. Selon le ministre fédéral de l'Industrie, cette décision, qui affecte directement des milliers de familles à Hamilton, n'était qu'une « décision d'affaires privée ». Entretemps, Heinz annonçait la fermeture de son usine à Leamington, Kellogg fermait son usine à London, Schneider fermait son usine à Kitchener-Waterloo, et j'en passe.

Comme pour tourner le fer dans la plaie, US Steel annonçait pas plus tard qu'hier que les efforts déployés selon son fameux « Carnegie Way» visant à remettre la compagnie sur ses pieds, avaient épargné 290 millions $ à la compagnie. Et comment la compagnie a-t-elle réussi à atteindre cet objectif? Elle compte épargner 50 millions $ par année en arrêtant la production d'acier à Hamilton par la fermeture du haut fourneau, de l'aciérie et des départements de coulée.

Dans tout le pays on compte présentement près d'un demi-million de travailleurs étrangers temporaires provenant des quatre coins du globe. Entre-temps, les médias et le gouvernement fédéral entretiennent le mythe qu'il y a « abus » du système, tout en essayant de susciter une vague de racisme contre ces travailleurs. En réalité le programme des travailleurs étrangers temporaires fonctionne exactement comme prévu. C'est un système de trafic de main-d'oeuvre opéré par le gouvernement qui sert les monopoles en leur fournissant de la main-d'oeuvre à bon marché, en attaquant les droits de tous les travailleurs et en empirant leurs conditions de vie et de travail jusqu'à les rendre méconnaissables.

Ce qu'il faut reconnaître, à mon avis, c'est que quels que soient les problèmes auxquels nous faisons face, nous sommes capables d'agir collectivement pour les résoudre en autant que nous nous organisions dans le but de voir ce qui peut être fait. C'est ça notre point de départ: nous n'acceptons aucun défaitisme, aucune suggestion à l'effet que nous sommes impuissants et que nous devons nous résigner à rendre les riches encore plus riches et à nous transformer en gens qui quêtent ce qui en réalité nous revient de droit.

Aujourd'hui le gouvernement libéral provincial a déposé son budget, une suite à son budget d'austérité de l'an dernier. Le défi qui nous est lancé c'est comment nous allons faire pour que nos demandes soient satisfaites. Comment arrêter la destruction de l'industrie manufacturière? Comment bâtir une société où les droits des travailleurs sont au centre des préoccupations? Comment bâtir une société qui place le droit à une retraite en sécurité au centre des préoccupations? Il n'y a rien de mystérieux là-dedans car nous savons très bien comment une société moderne est organisée et ce que ça signifie d'avoir une autorité qui défend le droit public et non les intérêts privés.

Tous les jours, on me pose la question : « Que va-t-il advenir de mon régime de retraite?» Le fait même que les travailleurs doivent poser cette question est inacceptable. Nous travaillons pendant 30 ou 40 ans à produire de l'acier et dans nos vieux jours nous devons avoir peur de ne pas avoir de pensions! Combien de millions de tonnes d'acier avons-nous produites et malgré tout on veut nous faire croire qu'il n'y a pas assez de richesse pour payer nos retraites? Nous n'acceptons pas cela.

Dans un pays aussi vaste que le Canada, avec toutes les ressources à la disposition de ce pays et une population relativement petite, nous n'acceptons pas que les gouvernements nous disent que la seule façon d'aller de l'avant est de couper dans la santé, dans l'éducation, de permettre aux compagnies de ne pas honorer leurs obligations envers les retraités, d'attaquer les salaires et les conditions de travail au point ou même survivre est difficile.

C'est quoi qui se passe exactement ? Je crois vraiment que le défaitisme qui est promu par les médias et les gouvernements au service des intérêts privés n'est qu'une vaste escroquerie visant à convaincre les gens d'accepter l'austérité pour que d'autres milliards $ soient siphonnés par les riches. Toute cette histoire d'austérité nous fait penser à l'escroquerie de la protection de la faillite que nous avons vécue de 2004 à 2006, et qui à nos yeux n'était rien d'autre qu'un vol légalisé visant à convaincre les travailleurs d'accepter de ne plus se battre pour leurs salaires, leurs avantages sociaux et leurs régimes de retraite, tout cela dans le but d'enrichir les aventuriers qui avaient pris contrôle de la compagnie.

Pour nous de la section locale 1005, la situation ne changera pas d'elle même : c'est nous qui devons faire en sorte qu'elle change. En ce Premier Mai nous en appelons à tous de reconnaître la nécessité du changement. Exigeons que les gouvernements défendent le droit public et non le « droit» de monopole. Exigeons qu'ils garantissent les droits des travailleurs, des aînés et des jeunes. L'expérience nous enseigne qu'à moins de lutter directement pour un programme qui favorise les travailleurs, la situation ne peut qu'empirer. Toute notion à l'effet que ceux qui ne sont pas nos pairs et qui ne partagent pas nos conditions de travail, nos salaires et nos régimes de retraite vont « nous laisser une chance » et garantir notre sécurité est illusoire et devrait être mise aux rancarts.

Luttons tous ensemble pour les droits de tous!

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