Le Marxiste-Léniniste

Numéro 58 - 30 avril 2014

La visite d'Obama au Japon

La nécessité de rompre avec le cadre
de référence imposé par l'élite dirigeante


Manifestation à Tokyo contre la visite du président Obama au Japon le 23 avril 2014. Les manifestants s’opposent en particulier à la direction
que donne le premier ministre Shinzo Abe au Japon et à la demande américaine de relocaliser sa base miiltaire de Futenma à Okinawa
dans la Baie de Henoko qui est fragile écologiquement.

La visite d'Obama au Japon
La nécessité de rompre avec le cadre de référence imposé par l'élite dirigeante - Correspondant du LML au Japon

Corée
Les impérialistes étasuniens et les forces militaires sud-coréennes doivent cesser leurs exercices de guerre!
Les insulaires de Jeju tiennent bon face à l'occupation militaire de la Corée du Sud - Philip Fernandez


La visite d'Obama au Japon

La nécessité de rompre avec le cadre
de référence imposé par l'élite dirigeante

Le président américain Barack Obama et le premier ministre japonais Shinzo Abe se sont rencontrés à Tokyo du 23 au 25 avril 2014 pour consolider l'alliance militaire agressive américano-japonaise. Le président américain fait pression sur l'armée japonaise pour qu'elle participe directement aux guerres d'agression des États-Unis où qu'elles se produisent et accepte encore plus d'armes de destruction massive américaines sur son territoire. Obama est allé au Japon pour formaliser la demande à l'effet que le pouvoir militaire et industriel du Japon ne peut plus se contenter d'être une arrière-garde de l'empire américain et de ses guerres de conquête.

Pour lui permettre d'adopter une position militariste plus agressive, les États-Unis ont donné leur feu vert à l'élite dirigeante japonaise pour qu'elle poursuive des conflits territoriaux avec la Chine, la Corée du Sud et la Russie, et menace directement la République populaire démocratique de Corée. L'élite dirigeante du Japon a utilisé les conflits territoriaux avec la RPDC et les menaces contre elle pour générer une hystérie pro-guerre au sein des mass médias et de la politique en général. Les récentes visites du premier ministre Abe, de ses ministres et de 150 autres membres de la Diète nationale (parlement bicaméral) au sanctuaire de Yasukuni, où se trouvent les cendres de plusieurs des hauts dirigeants et autres criminels de guerre japonais, expriment bien la frénésie de guerre qui agite présentement l'élite dirigeante japonaise.


Manifestation contre les bases des États-Unis à Okinawa le 19 avril 2014. La présence militaire massive des États-Unis
sur l’île est un rappel de l’occupation militaire américaine du Japon.

L'alliance militaire États-Unis-Japon, qui remonte à1960, a remplacé la déclaration de capitulation sans condition aux forces armées des États-Unis qui a suivi l'effondrement et la défaite militaire de l'empire militaire japonais en août 1945. L'occupation militaire du Japon par les États-Unis en 1947 a donné naissance à un système de gouvernance politique de type Westminster-États-Unis largement dominé par des partis politiques organisés et financés par l'État. La force d'occupation américaine a également écrit une nouvelle constitution et a exigé son adoption.

Le système de gouvernance et de constitution imposé par les États-Unis, et l'alliance militaire américano-japonaise sont considérés présentement comme l'expression légitime de la volonté juridique du Japon, régissant les affaires intérieures et extérieures du peuple.

Surtout suite à la guerre de conquête des États-Unis contre la Corée (1950-1953), la majorité des monopoles japonais et de l'élite au pouvoir ont perçu l'imposition d'une constitution et du système de gouvernance, ainsi que la capitulation et éventuellement l'alliance militaire avec l'impérialisme américain comme leur cadre de référence. Ils ont imposé ce cadre de référence à tous les partis politiques et à tous les individus sans exception sous peine d'expulsion du corps politique et de sanctions graves dont la mort civile.

De nos jours, l'élite dirigeante japonaise se compose essentiellement des descendants des mêmes capitalistes monopolistes et de leurs représentants politiques qui ont dominé les affaires économiques et politiques avant et durant la Seconde Guerre mondiale. Il existe des exceptions parmi les éléments politiques et professionnels qui se sont trouvés un créneau dans les arrangements de l'après-guerre imposés par les États-Unis, soit en tant que membres éminents de la société civile ou dirigeants des partis politiques. Après la Seconde Guerre mondiale, l'élite dirigeante a embrassé l'occupation et les formes de gouvernance militaire des États-Unis pour neutraliser la classe ouvrière, reconstruire ses empires privés et éviter d'être tenue responsable de ses crimes de guerre commis à l'étranger et contre le peuple japonais.

L'armée américaine, dans le cadre de sa campagne meurtrière pour contenir le communisme et étendre son empire, a déclenché en 1950 la guerre génocidaire contre la Corée. L'élite dirigeante japonaise a utilisé la guerre d'agression américaine contre la Corée comme une occasion de rétablir son économie et son pouvoir politique. Pour conquérir la Corée et détruire la RPDC et les aspirations du peuple coréen pour l'indépendance et le développement souverain, l'armée américaine est devenue l'avant-garde et le fer de lance de la guerre. Les moyens de production industriels et agricoles japonais sont devenus l'arrière-garde en fournissant un soutien matériel essentiel pour la guerre d'agression contre la Corée. La guerre a ravivé l'élite dirigeante moribonde japonaise de sa défaite de la Seconde Guerre mondiale et l'a convaincue que sa survie pour le moment du moins est du côté de l'empire américain et sa campagne pour contenir le communisme, supprimer la classe ouvrière internationale et confronter directement tout pays qui choisit le développement indépendant en dehors du système impérialiste d'États dominé par les États-Unis.

L'élite dirigeante japonaise a grandement profité des guerres meurtrières et des campagnes subversives américaines qui se sont succédé en Asie, surtout la guerre contre le Vietnam. Le fait de profiter des guerres menées par les États-Unis et du marché américain n'a fait que renforcer l'idée que son existence dépend pour l'instant de l'alliance militaire États- Unis-Japon et que le cadre de référence de la politique doit être les formes de gouvernance et de constitution imposées par les États-Unis.





Il y a eu de multiples manifestations en Asie et ailleurs contre la remontée du militarisme japonais, surtout contre les visites du premier ministre Abe au sanctuaire de Yasukuni. De haut en bas, de droite à gauche: Taipei à Taiwan le 15 août 2013; Hong Kong en Chine, le 13 décembre 2013; pour le 76e anniversaire du massacre de Nanjing par les impérialistes japonais, à Séoul en Corée le 27 décembre 2013; manifestation de résidents chinois aux États-Unis à Chicago le 28 janvier 2014 et manifestation de résidents de Tokyo contre les visites de Abe au sanctuaire le 21 avril 2014.

Pour soutenir son pouvoir politique, l'élite dirigeante japonaise a constamment mobilisé les immenses ressources matérielles et subjectives de l'Etat ainsi que les médias de masse pour saper et désarmer la classe ouvrière et les couches intermédiaires japonaises et désarmer toute opposition qui ose remettre en question le cadre de référence établi. Une importance particulière a été portée à l'utilisation d'agents au sein du mouvement de la classe ouvrière pour semer la confusion idéologique et politique et bloquer le développement de la politique, de la pensée et de la perspective indépendante de la classe ouvrière ainsi qu'un cadre de référence moderne. Tous les efforts ont été faits pour empêcher la classe ouvrière d'échapper au point de référence imposé et représenté par le système américain de gouvernance et de constitution, et de l'alliance militaire États-Unis/Japon. La classe ouvrière a été forcée de mener ses luttes de résistance pour défendre ses droits et s'assurer de son avenir selon le point de référence de l'élite dirigeante.

Une tâche centrale qui confronte partout la classe ouvrière est de développer son propre point de référence dans la lutte pour le Nouveau contre l'Ancien, la lutte pour des définitions modernes, de nouvelles formes de gouvernance et de constitution en harmonie avec les conditions sociales et économiques. Au Japon, une tâche importante est d'établir un gouvernement anti-guerre qui met fin à l'alliance militaire avec les États-Unis, expulse de son territoire les dizaines de milliers de troupes américaines et leurs armes de destruction massive, établit avec tous ses voisins de l'Asie de l'Est des relations sur la base d'un développement et d'un avantage mutuel. Le point de référence pour la classe ouvrière japonaise qui veut s'affirmer est la lutte entre l'Ancien et le Nouveau, et pour des définitions modernes basées sur les conditions et contradictions matérielles et subjectives. La politique indépendante de la classe ouvrière est nécessaire à la classe ouvrière afin de réfuter sa négation en tant que réserve de l'impérialisme japonais et américain.

La pression de considérer tous les aspects de la politique selon le point de référence de l'élite dirigeante est énorme. Par exemple, sur la question de lutter pour un gouvernement anti-guerre qui met fin à l'alliance militaire États-Unis/Japon et expulse du Japon les forces armées des États-Unis qui y sont cantonnées, la question se limite souvent à défendre l'article 9 de la constitution imposée par les États-Unis auquel on se réfère comme étant l'article sur la paix. Cela réduit le mouvement anti-guerre à lancer des appels en faveur d'énoncés de politique qui sont rapidement rejetés, en particulier selon les circonstances dites exceptionnelles et les situations d'urgence impliquant des provocations où les Japonais sont dépeints comme des victimes, comme ce fut le cas des prétendus enlèvements parla RPDC et l'insistance de la Chine sur la souveraineté territoriale d'une série de petites îles qui sont très éloignées du Japon.



Plus de 5000 personnes prennent part à un rassemblement et à une marche contre la tentative de l’élite dirigeante japonaise de retirer l’article 9 de la constitution du Japon à Tokyo le 8 avril 2014.

Dans les affaires politiques, la classe ouvrière a été encouragée à limiter l'utilisation de ses ressources et la force de son nombre pour gagner des sièges dans les différentes formes sociales législatives. Durant toutes les campagnes électorales un immense effort est fait pour séduire la classe ouvrière à mettre tous ses espoirs, sa sécurité et ses droits et son avenir derrière la bannière des énoncés de politique des partis politiques, autant de la gauche que de la droite. La lutte pour investir le peuple du pouvoir selon de nouvelles formes sociales de gouvernance conformément aux conditions modernes a été confinée à des débats intellectuels sur les énoncés de politique plutôt qu'à une lutte pour investir le peuple du pouvoir de façon réelle. La nécessité de priver l'élite dirigeante de son pouvoir de priver le peuple de ses droits est souvent rejetée de la main en faveur de ce qui est souvent appelé la politique pragmatique.

La visite d'Obama, dans le cadre de la stratégie du pivot asiatique de l'impérialisme américain, a été faite pour exiger de l'élite dirigeante japonaise qu'elle ne se contente pas de mobiliser le peuple et les forces armées comme une arrière-garde pour défendre et accroître l'empire américain mais soit être un membre actif de la garde avancée qui prend directement part aux aventures militaires menées par les États-unis contre les peuples du monde, où que soit le champ de bataille. Tout débat au sein de l'élite dirigeante américaine sur cette décision est de savoir si ce changement va poser un défi à son propre pouvoir. Le fait d'encourager l'élite dirigeante japonaise à devenir active en participant à des guerres à l'étranger, ouvre la possibilité que l'impérialisme japonais voudra plus pour lui-même que ce que les États-Unis sont prêts à partager et tentera de se faire une place comme concurrent agressif cherchant à établir son propre empire militaire.

La classe ouvrière internationale tend la main à tous ses contingents et les encourage à établir leurs propres points de référence en matière d'affaires politiques, théoriques et sociales, et lutte pour la défense des droits de tous en montrant la voie à suivre pour l'émancipation complète de la classe ouvrière. Rompre avec le cadre de référence imposé par l'élite dirigeante est une étape importante dans la négation de la fausse conscience de la classe ouvrière, une étape nécessaire vers l'organisation de sa politique indépendante et pour mener la lutte de classe de façon cohérente et réussie sur tous les fronts.



Manifestation contre la visite d’Obama en Asie: aux Philippines (photos du haut), en Malaisie (photos du bas)

(Photos: Xinha, Japan Press Weekly)

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Corée

Les impérialistes étasuniens et les forces
militaires sud-coréennes doivent cesser
leurs exercices de guerre!


La bannière des actions de 2013 à Séoul contre les exercices militaires annuels États-Unis-Corée du Sud.

Le peuple canadien et tous les peuples du monde doivent se faire entendre et exiger que cessent les exercices militaires annuels menés par les États-Unis et la Corée du Sud. Les exercices qui viennent de prendre fin, les Key Resolve/Foal Eagle, dont le deuxième volet s'est déployé au sud de la péninsule coréenne, sont parmi les exercices de guerre les plus élaborés au monde. Y participent 200 000 soldats coréens et plus de 10 000 soldats des États-Unis. Ces exercices sont basés sur des scénarios simulant par ordinateur l'invasion de la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

Ces jeux de guerre engendrent une situation des plus volatiles dans la péninsule coréenne, situation que les médias monopolisés aggravent avec leur hystérie anticommuniste, accusant la RPDC d'être une menace à la paix.

Le gouvernement de la RPDC a condamné ces exercices comme étant une grave provocation contre la RPDC et l'ensemble du peuple coréen. Au début de cette année la RDPC en a appelé aux forces militaires de la Corée du Sud de cesser ces vastes exercices annuels qui ne sont rien de moins que des préparatifs de guerre, disant qu'elles constituent l'un des obstacles qui empêchent la normalisation des relations entre eux. Cette année, les exercices Key Resolve/Foal Eagle ont eu lieu malgré les propositions mises de l'avant plus tôt cette année par la RPDC à l'effet d'entreprendre des pourparlers directs avec les États-Unis, des pourparlers de paix visant à mettre fin à la guerre de Corée et à conclure un traité de paix entre les deux pays.

Comme les États-Unis et la RPDC sont toujours officiellement en état de guerre - l'entente d'armistice pour mettre fin à la guerre de Corée n'étant pas un traité de paix - ces exercices militaires des États-Unis et de la Corée du Sud et leur nature provocatrice ne sont rien de moins qu'une extension de la guerre de Corée. Tenir la RPDC responsable de ces exercices militaires est de la propagande éhontée des impérialistes étasuniens à laquelle fait écho le gouvernement belliciste de Harper et les médias monopolisés au Canada. Le fait que les fauteurs de guerre étasuniens et leurs alliés au Canada et ailleurs planifient et cherchent à justifier la guerre et l'agression contre la RPDC constitue un « crime contre la paix » que la déclaration de Nuremberg (aujourd'hui incorporée à la Charte des Nations-Unies) définit comme le crime international suprême. Les peuples du monde doivent exiger que tous ceux qui incitent à une autre guerre coréenne et à un changement de régime en RPDC soient accusés de crimes contre la paix!

Le gouvernement de la RPDC a depuis toujours demandé qu'on mette fin à ces exercices de guerre et qu'on signe un traité de paix. Il déploie tous les efforts pour établir un état d'équilibre dans la péninsule coréenne, ce qui est conforme à la volonté de l'ensemble du peuple coréen. Pour ce faire, il doit aussi améliorer sa capacité de défense afin de défendre sa souveraineté et son indépendance, consacrant à son corps défendant une grande partie de son budget d'État à cette fin. L'année dernière, la RPDC a indiqué que l'extension de la guerre de Corée l'avait obligée à « détourner d'importantes ressources humaines et matérielles vers la consolidation des forces armées, ressources qui auraient dû être consacrées au développement économique et à l'amélioration du niveau de vie du peuple». Il y a là matière à réflexion pour les gens épris de paix et de justice au Canada et partout dans le monde.

La RPDC n'a pas d'autre choix que de prendre toutes les mesures nécessaires pour consolider sa capacité défensive, car elle prend très au sérieux ces exercices militaires des États-Unis et de la Corée du Sud, compte-tenu de tout le passé des impérialistes étasuniens et de leurs visées à l'égard de la péninsule coréenne et de l'expérience directe de la RPDC qui a mené la guerre contre les impérialistes étasuniens et leurs alliés pendant la Guerre de Corée (1950-1953).

Ce sont en fait les États-Unis, leurs alliés sud-coréens et le Japon - lequel se militarise de plus en plus - qui créent un déséquilibre en mettant en oeuvre leur politique du Pivot vers l'Asie - une stratégie géopolitique qui utilise la Corée du Sud et d'autres pays, y compris le Japon et les Philippines, pour affirmer son hégémonie en Asie de l'Est et pour contenir et menacer la Chine. Il en coûte près de un milliard $ par année au gouvernement sud-coréen pour maintenir 28 000 troupes des États-Unis sur son territoire. Ces coûts pour le peuple sud-coréen vont s'escalader dans les années à venir. En Corée du Sud, des organisations pour la paix et pour la réunification s'opposent depuis longtemps à ces exercices de guerre. Elles revendiquent une démilitarisation intégrale de la péninsule y compris le retrait éventuel des troupes étasuniennes. Une de ces organisations a déjà dit à ce sujet : « À moins d'un retrait intégral et permanent des forces étasuniennes de la Corée du Sud, il sera impossible d'établir la paix dans la péninsule coréenne».

Toutes les personnes éprises de paix et de justice au Canada et partout dans le monde doivent appuyer les efforts de la RDPC ainsi que le mouvement contre la guerre dans le sud de la Corée revendiquant sécurité, paix et stabilité dans la péninsule coréenne. Elles doivent appuyer le peuple coréen dans sa lutte pour débarrasser son pays divisé du fléau de l'impérialisme étasunien, et l'assister dans la réunification indépendante et pacifique de son pays et mettre un terme une fois pour toutes à la menace constante de guerre nucléaire qui pèse sur la péninsule coréenne et sur le monde entier.

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Les insulaires de Jeju tiennent bon face
à l'occupation militaire de la Corée du Sud


Des manifestations se tiennent depuis des années contre la construction de la base navale sur l’Île de Jeju. Sur la photo, des activistes du Comité de l’Île de Jeju contre la base militaire bloquent l’entrée du site de la construction le 12 avril 2013. On lit sur la bannière: « Arrêtez la construction illégale de la base! Faites une évaluation environnementale conjointe! ».  (Save Jeju Now!)

Il y a 66 ans, le 3 avril 1948, la population de l'île de Jeju s'est soulevée contre l'occupation militaire des États-Unis et la division du pays et a affirmé le droit à l'existence du peuple coréen. Sa résistance historique a toujours été une source d'inspiration pour le peuple coréen et pour tous les peuples qui luttent pour leur droit à l'indépendance, à l'autodétermination et à la paix.

Le soulèvement de l'île de Jeju est toujours vivant dans les manifestations sans relâche des insulaires qui demandent que cesse l'occupation militaire du sud de la Corée par les États-Unis et que cesse plus spécifiquement la construction d'une gigantesque base navale sur leur île qui est située au sud-ouest de la péninsule coréenne. Par exemple, le 13 avril, le professeur Yang Yoon-Mo, l'un des dirigeants de la lutte des insulaires de Jeju contre la construction de cette base navale, a mis fin à sa quatrième grève de la faim après avoir passé 435 jours en prison. À un dîner donné suite à sa libération, il a déclaré qu'il allait commencer une pétition nationale avec l'objectif de recueillir 10 millions de signatures partout en Corée en faveur de la démilitarisation de l'île de Jeju et de la proclamer « Île de la paix» d'ici 2017, année de la prochaine élection présidentielle en Corée du Sud.

Suite à sa victoire militaire sur les Japonais le 15 août 1945, le peuple coréen n'a pas perdu temps à s'organiser en tant que peuple victorieux pour établir la République du peuple de la Corée qu'il a proclamée à Séoul le 6 septembre 1945. Cette république naissante a été démantelée de force par les impérialistes étasuniens qui sont arrivés en Corée du Sud deux jours plus tard pour recevoir de façon « officielle» la capitulation du Japon et pour mettre en place un gouvernement « démocratique» qui serait au service des intérêts des États-unis en Corée du Sud. C'est ainsi que le peuple coréen, qui avait joué un rôle important dans la défaite des puissances de l'Axe durant la Deuxième Guerre mondiale, a été privé de son droit à l'indépendance et à une Corée unifiée. Depuis, il a mené lutte politique déterminée, y compris la guérilla, pour contrer ces mesures cavalières et brutales du gouvernement militaire des États-Unis en Corée du Sud.

Nulle part au sud cette résistance a-t-elle été aussi concentrée que sur l'île de Jeju, où les insulaires avaient établi leur propre résistance politique par le biais de comités populaires et géraient leurs affaires paisiblement et sans ingérence de l'extérieur. Ils se sont aussi opposés à la division de leur pays et ont revendiqué que la Corée soit unifiée et que les troupes étasuniennes quittent leur patrie.

L'incident qui a déclenché le soulèvement de Jeju a eu lieu le 1 mars 1948, lorsque les insulaires ont souligné la Journée du mouvement de l'indépendance de la Corée en manifestant contre les élections frauduleuses prévues pour le 10 mai par les États-Unis, qui recevaient alors l'appui de la Commission temporaire des Nations unies sur la Corée (UNCOK), avec le but d'y installer un gouvernement fantoche des États-Unis dans le sud de la Corée. Des policiers du continent ont ouvert le feu sur les manifestants, tuant six personnes et en blessant plusieurs autres. Le peuple a riposté et, armé d'armes les plus rudimentaires comme des couteaux et des fourches, s'est mis à attaquer les postes de police locaux, à mettre le feu aux bureaux de vote et à attaquer des représentants gouvernementaux et militaires réactionnaires. Le gouvernement militaire des États-Unis et leurs forces paramilitaires locales ont riposté à leur tour par une tuerie de masse et par l'emprisonnement de gens sous prétexte qu'ils étaient des « gauchistes», des « communistes» et ou tout simplement des patriotes.


Des résidents de Jeju attendent leur exécution en mai 1948. Charnier de cadavres près
de l’Aéroport de l’Île de Jeju en 2008.

Le 3 avril, une rébellion en règle a éclaté. Le peuple s'est alors organisé en groupes de guérilla, portant le nom d'Armée populaire, ébranlant l'ennemi jusqu'à la moelle malgré sa force militaire, les forces d'occupation étasuniennes et les forces paramilitaires locales du régime fantoche de Syngman Rhee mis en place dans le sud de la Corée par les États-Unis. Cette guerre de guérilla, les insulaires l'ont menée pendant près de deux ans.

Des 250 000 personnes vivant sur l'île de Jeju, on estime que jusqu'à 80 000 personnes ont été tuées. Plus de 5 000 personnes se sont enfuies au Japon en tant que réfugiées. D'autres ont été « disparues» en grands nombres. Plus de 40 000 maisons ont été détruites et des 400 villages, il n'en restait plus que 170. Encore aujourd'hui, on découvre les corps de gens tués et enfouis dans des fosses communes.

Pendant plus de 50 ans, il a été défendu aux insulaires ou à qui que ce soit en Corée du Sud de parler ouvertement du soulèvement de Jeju, sous peine d'emprisonnement. Ce n'est qu'en janvier 2000 qu'une loi spéciale a été adoptée exigeant que le gouvernement sud-coréen examine la vérité sur ce qu'on a appelé l'incident 4.3. Le soulèvement de l'île de Jeju et la répression brutale qui a suivi font aussi partie du verdict de culpabilité porté contre les gouvernements étasuniens successifs depuis la Deuxième Guerre mondiale pour crimes contre l'humanité, crimes contre la paix et crimes de guerre, verdicts rendus par divers tribunaux de la Commission de vérité coréenne sur les crimes de guerre.

Aujourd'hui, le peuple coréen craint grandement que la construction d'une immense base navale États-Unis/Corée du Sud à Jeju fera de l'île un tremplin pour le déclenchement d'une guerre et d'une agression militaire étasunienne contre la Chine et contre la République populaire démocratique de Corée, déstabilisant encore davantage la situation politique en Corée et en Asie de l'Est, conformément à la stratégie du Pivot vers l'Asie d'Obama. Par conséquent, la population de l'île de Jeju a intensifié son travail pour organiser le peuple, exigeant que les troupes des États-Unis sortent de la Corée, que cessent les exercices de guerre conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud en Corée du Sud et dans les alentours, et que la réunification nationale de la Corée soit l'oeuvre du peuple coréen lui-même. Sa lutte, qui perdure depuis 66 ans et qui vise à libérer la Corée du Sud de l'occupation militaire des États-Unis, continue d'inspirer le peuple coréen ainsi que le mouvement contre la guerre partout dans le monde.

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