Le Marxiste-Léniniste

Numéro 57 - 28 avril 2014

28 avril, Jour de deuil

Intensifions notre lutte organisée pour que
le droit à des conditions de travail saines et
sécuritaires devienne une réalité


Le Canada honore leurs mémoires

CALENDRIER D'ÉVÉNEMENTS


De gauche à droite: Escuminac, au Nouveau-Brunswick, monument aux pêcheurs; Lunenburg en
Nouvelle-Écosse, monument  aux pêcheurs perdus en mer; Bathurst au Nouveau-Brunswick,
monument aux travailleurs de la forêt, des mines et des fonderies.



  Gauche: monument du Jour de deuil à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick Droite: Monument aux travailleurs tués lors de l'exploitation de la mine de Westray à Pictou, Nouvelle-Écosse


De gauche à droite: Monument à Bill Davis à Waterford, Nouvelle-Écosse, qui fut tué durant une grève
des mineurs; monument à Valleyfield, Québec, en hommage aux travailleurs irlandais tués durant la grève
pour de meilleures conditions de travail durant la construction du canal de Beauharmois; monument à
Ottawa aux travailleurs morts durant la construction du Canal Rideau


Buckingham, Québec, en hommage aux travailleurs forestiers tués pendant leur lutte pour syndiquer
les moulins MacLaren



Monument aux mineurs de Sudbury en hommage aux travailleurs tués dans la catastrophe de Falconbridge


De gauche à droite: monument aux mineurs de l'Ontario, à Kirkland Lake; monument aux bûcherons de
l'Ontario à Blind River; monument aux travailleurs de l'automobile de l'Ontario à Port Elgin.



Gauche: monument aux mineurs d'Elliot Lake; monument aux travailleurs du canal de Welland



De gauche à droite: Toronto, monument aux travailleurs tués dans le désastre de Hoggs Hollow en
construisant un tunnel souterrain; Toronto, plaque commémorative aux infirmières mortes au travail
pendant l’épidémie du SRAS.


De gauche à droite: monument aux travailleurs chinois du rail; en hommage aux jeunes travailleurs tués à l’ouvrage; Hamilton, monument du Jour de deuil

De gauche à droite: murale en hommage à la Grève de Winnipeg de 1919; Monument au Jour de deuil à Edmonton; monument au Jour de deuil à Fort McMurray


De gauche à droite: pierres tombales des mineurs de charbon d’Estavan en Saskatchewan et de
l’organisateur des mineurs Ginger Goodwin de Cumberland en Colombie-Britannique, tous tués en défendant
le droit des travailleurs de s’organiser; Vancouver, monument aux monteurs d’acier tués en 1958 lors
de l’effondrement d’une partie du pont Second Narrows.



De gauche à droite: monument aux pêcheurs au filet à Steveston en Colombie-Britannique; Lake Cowichan en Colombie-Britannique, monument aux travailleurs forestiers; monument à Joseph Mairs, tué durant la
lutte pour syndiquer les mineurs du charbon sur l'île de Vancouver, à Ladysmith

28 avril, Jour de deuil
Intensifions notre lutte organisée pour que le droit à des conditions de travail saines et sécuritaires devienne une réalité
Vous croyez que les accidents mortels sur le lieu de travail sont chose du passé? Ensemble, nous avons fait des progrès, mais nous devons poursuivre la lutte pour une meilleure sécurité sur les lieux de travail - Congrès du travail du Canada
Un travailleur des sables bitumineux perd la vie la veille du Jour de deuil national
La Commission de la santé et de la sécurité du travail blâme Rio Tinto pour la mort d'une travailleuse
Un forum marque le 40e anniversaire de l'importante grève des mineurs d'Elliot Lake

Ce que les travailleurs ont à dire
Le 28 avril, ON SE SOUVIENT - Gary Howe, vice-président de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos
Nous voyons bien l'interaction qui existe entre nos endroits de travail et les communautés - Brian Stevens, directeur du secteur ferroviaire d'Unifor
On a besoin d'outils pour pouvoir avancer, être présents et reconnus sur les chantiers - François Patry, responsable de la santé et sécurité au travail pour la FTQ-Construction
Il faut que vous ayez un syndicat organisé qui n'a pas peur de parler - André Racicot, président du Conseil régional Abitibi-Témiscamingue et Nord-du-Québec et de la section locale 9291 du Syndicat des Métallos
Nous devons obtenir un ratio patients/infirmières qui est sécuritaire pour nos infirmières et pour les patients - Entrevue avec Joan Jessome, présidente du Syndicat des employés généraux et gouvernementaux de la Nouvelle-Écosse


28 avril, Jour de deuil

Intensifions notre lutte organisée pour
que le droit à des conditions de travail saines et
sécuritaires devienne une réalité

Le 28 avril 2014 est le 30e anniversaire du Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail. Les travailleurs du Canada et du monde organisent des cérémonies et des réunions et observent des minutes de silence au travail pour pleurer les morts et combattre pour les vivants. Au centre de ces actions, les travailleurs placent la demande que le droit de tous les travailleurs à des conditions de travail qui sont saines et sécuritaires soit reconnu et garanti. Cela veut dire que la négligence criminelle manifestée par les monopoles envers la santé et la sécurité des travailleurs doit être punie et que les gouvernements doivent appliquer le droit public et non le droit de monopole.


Le 25 avril était le premier anniversaire de l'effondrement
de l'usine de textile à Dhaka, au Bangladesh. Ci-dessus:
militante manifestation de travailleurs bangalais à Dhaka le 26
avril 2013 pour dénoncer l'exploitation brutale des
travailleurs du textile aux mains d'employeurs locaux et
des monopoles étrangers.

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), 6300 travailleurs meurent chaque jour dans le monde des suites de blessures au travail ou de maladies professionnelles, pour un total de 2,3 millions par année. Selon l'OIT, sur ces 2,3 millions de décès, environ 321 000 sont causés par des blessures au travail et 2,02 millions par des maladies professionnelles. Les décès et les blessures frappent avec une violence particulière les travailleurs d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes à cause de leur surexploitation aux mains des monopoles. Au Canada, environ 1000 travailleurs décèdent chaque année à la suite de blessures au travail et de maladies professionnelles. Ce chiffre officiel est bien en deçà de la réalité parce que les gouvernements et les commissions de compensation refusent de reconnaître bon nombre de maladies professionnelles, surtout quand cela concerne l'exposition à des produits toxiques. Les travailleurs se font dire que le nombre d'accidents de travail a diminué drastiquement mais ils savent que ce n'est pas le cas. La vérité est que les monopoles mettent beaucoup de pression sur els travailleurs pour qu'ils se taisent à ce sujet et criminalisent ceux qui rapportent les accidents ou exigent des mesures de santé et de sécurité.

La résistance grandit et les travailleurs brisent le mur de silence et mobilisent la société pour changer la situation. Ils font aussi tout un travail pour mettre fin à l'impunité des monopoles qui tuent ou blessent. Les métallos, par exemple, approchent les conseils municipaux à travers le pays pour qu'ils endossent leur campagne « Mettons fin au carnage! Appliquez la loi! » en référence à la loi 45, la loi Westray qui prévoit des poursuites au criminel contre les directions d'entreprise qui font preuve de négligence et causent des accidents. Les métallos ont également réussi à forcer le gouvernement de l'Ontario à tenir un examen public des pratiques minières où ils interviennent directement pour dire ce qui se passe et demander justice. Lorsqu'une travailleuse de Rio Tinto à Alma est décédée le 30 avril dernier, les travailleurs ont mené une campagne très énergique à la fois auprès de la Commission de la santé et de la sécurité du travail et sur le plancher de l'usine. Ils ont déclaré que la production ne va pas continuer comme si de rien n'était si les conditions de travail ne sont pas sécuritaires. Ils ont exigé que des améliorations soient apportées tout de suite sur le plancher d'usine et ont refusé de se limiter à faire des griefs et aller en arbitrage.

Le Marxiste-Léniniste appuie ces initiatives et d'autres qui permettent aux travailleurs de faire connaître leurs demandes et de faire entendre leur voix. La tragédie de Lac-Mégantic nous a montré encore une fois comment les monopoles et leurs gouvernements concluent des ententes derrière des portes closes qui permettent aux monopoles de faire fonctionner leurs opérations de la façon la plus non sécuritaire et aventurière qui soit, en éliminant le principal facteur humain, soit les travailleurs eux-mêmes. Ce sont les travailleurs qui font fonctionner les installations de production et les transports et c'est eux qui savent ce qui doit être fait pour que les conditions de travail soient sécuritaires.

Les monopoles réduisent constamment le nombre de travailleurs qui occupent des emplois qui sont clés pour leur santé et sécurité et celles du public. Leur charge de travail et le harcèlement que font les compagnies ne leur permettent pas de faire le travail comme ils le voudraient et dans le calme. On n'a qu'à penser aux pressions exercées par le Canadien National pour que les travailleurs fassent des quarts de travail plus longs, qui accroissent la fatigue, pour réaliser jusqu'où va le manque de respect pour les travailleurs qui font fonctionner les industries.

Le 28 avril, les travailleurs vont une nouvelle fois honorer la mémoire des travailleurs qui sont tombés, ont été blessés ou sont devenus malades au travail et demander que le droit à des conditions de travail saines et sécuritaires soit garanti. Il faut rendre les monopoles et les gouvernements à leur service redevables des morts, blessures et maladies qui sont infligées aux travailleurs.

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Vous croyez que les accidents mortels sur le lieu de travail sont chose du passé? Ensemble, nous avons fait des progrès, mais nous devons poursuivre la lutte pour une meilleure sécurité sur les lieux de travail

Les syndicats ne s'en tiennent pas à défendre le droit des travailleuses et des travailleurs à des emplois décents. Le mouvement syndical se bat également pour la sécurité sur les lieux de travail pour tous. Pourtant, chaque année, des milliers de Canadiennes et de Canadiens sont victimes d'un accident mortel ou blessés au travail ou meurent des suites d'une maladie professionnelle. En 2012, 979 Canadiennes et Canadiens sont morts en raison de leurs conditions de travail, mais nous savons que le chiffre est plus important, car les chiffres officiels ne tiennent compte que des personnes qui perçoivent des indemnités pour accident du travail. Des centaines d'autres meurent de maladies non déclarées et de maladies professionnelles dont ne tient pas compte le processus d'indemnisation.


Jour de deuil à Burns Lake le 28 avril 2012, peu après
l'explosion qui a détruit la scierie et fait plusieurs morts.

En dépit de la fréquence de ces décès tragiques, les entreprises coupables de négligence entraînant la mort de travailleuses et de travailleurs font rarement l'objet d'un contrôle public, politique ou juridique. Alors que la police mène couramment des enquêtes et engage des poursuites en cas d'homicide, il semblerait que les règles soient différentes quand il s'agit d'accidents mortels sur le lieu de travail. Il est intolérable que les entreprises négligent délibérément de mettre en place des mesures de santé et de sécurité permettant de prévenir les accidents mortels et les blessures. Ainsi, près de deux ans après qu'une explosion et l'incendie qui a suivi aient causé la mort de deux travailleurs à Burns Lake, en Colombie-Britannique, aucune poursuite pour motif criminel ou en vertu des règlements des commissions provinciales des accidents de travail ou des lois sur la santé et la sécurité n'a pu être engagée. Justice n'est pas rendue. Les employeurs qui font preuve de négligence doivent faire l'objet d'un contrôle approfondi pour établir leur éventuelle responsabilité criminelle.

Les gouvernements sont responsables de faire respecter correctement les lois sur la santé et la sécurité et le Code criminel. Et pourtant, les mêmes politiciens qui prétendent vouloir sévir contre le crime se montrent indulgents envers les entreprises responsables des accidents mortels et des blessures que subissent leurs employés. Il s'agit d'un traitement inégal devant la loi, où les règles gouvernant les enquêtes sur les accidents mortels au travail sont différentes de celles qui s'appliquent ailleurs. Le principe d'équité ne fonctionne que si les entreprises et leurs représentants sont tenus responsables — au même titre que les personnes qui commettent d'autres crimes.

Le 28 avril, nous pleurons les travailleuses et les travailleurs qui sont morts. Toutefois, ces décès sont aussi un rappel à tous les ordres de gouvernement d'assurer un meilleur respect des lois sur la santé et la sécurité et d'engager des poursuites rigoureuses pour toute infraction en cas d'accident mortel ou de blessures graves. Il est temps que les accidents mortels et les blessures sur le lieu de travail soient traités de manière juste et équitable devant la loi. Ensemble, nous avons réussi à faire des progrès dans la protection de la santé et de la sécurité des travailleuses et des travailleurs, mais nous devons continuer à défendre l'amélioration de la sécurité sur les lieux de travail pour tous.

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Un travailleur des sables bitumineux perd
la vie la veille du Jour de deuil national

Le Jour de deuil national de cette année en hommage aux travailleurs qui ont perdu la vie au travail survient quelques jours après qu'un travailleur des sables bitumineux ait été victime d'un accident de travail, le deuxième cette année.

« C'est avec consternation que nous vous informons du décès d'un membre au travail », a écrit la secrétaire-trésorière de la section locale 707A dans une lettre aux membres de la section locale de Fort MacMurray.

Shane Daye, 27 ans, qui a grandi à Fort MacMurray, a perdu la vie le 20 avril dans un secteur où se trouvent des panneaux électriques. L'employé de Suncor venait à peine d'obtenir sa licence de compagnons d'apprentissage en électricité.

« Chaque année, des centaines de milliers de personnes subissent des blessures ou sont atteintes de maladies en raison de leurs conditions de travail », a déclaré Jerry Dias dans une lettre récente aux sections locales d'Unifor au Canada. « Et certaines de ces personnes perdent la vie au travail. »

Jerry Dias a exhorté les dirigeants et militants à appuyer activement le Jour de deuil national au Canada dans leur communauté le 28 avril, souvent organisé par les conseils du travail.

« Assurons-nous collectivement que le Jour de deuil national de cette année envoie un message sans équivoque à tous les gouvernements quant à leurs obligations et leurs responsabilités d'appliquer fermement les lois en matière de santé et sécurité et la réglementation pertinente », écrivait Jerry Dias.

« Nous devons dire à nos politiciens élus que nous voulons qu'ils agissent et que nous avons l'intention d'appuyer seulement celles et ceux qui vont nous donner leur engagement à cet égard. »

En 2012, le Canada a déploré 977 victimes d'accident de travail, une augmentation de 29 % depuis 1993. La Saskatchewan et le Yukon affichent le plus haut taux de décès par habitant.

Les femmes sont beaucoup plus susceptibles que les hommes d'être tuées au travail par une arme à feu.

En 2012, le Canada déplorait 245 365 cas de blessure au travail suffisamment sérieux pour forcer les victimes à arrêter de travailler.

(Unifor)

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La Commission de la santé et de la sécurité du travail blâme Rio Tinto pour la mort d'une travailleuse

Le 25 février dernier, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) a remis son rapport relativement au décès de la travailleuse Cyndie Lavoie le 30 avril 2013 à l'aluminerie de Rio Tinto Alcan à Alma. La CSST y blâme l'entreprise après avoir trouvé trois causes à l'accident qui a coûté la vie à la travailleuse, une opératrice du centre des anodes de l'aluminerie. Celle-ci a perdu la vie alors qu'elle tentait de débloquer deux tiges d'anodes sur un convoyeur alimentant la grenailleuse, la machine qui nettoie les tiges. Comme les tiges n'avançaient plus sur le convoyeur, elle a quitté son poste et s'est rendue à la zone d'entrée de la machine où était survenu le blocage. Elle s'est placée entre 2 tiges, a poussé l'une d'entre elles et la suivante s'est avancée vers elle, l'écrasant contre le cadre d'entrée de la machine.


Cyndie Lavoie

La CSST blâme Rio Tinto Alcan pour avoir laissé la zone d'entrée de la grenailleuse accessible alors qu'il s'agit d'une zone dangereuse, et pour avoir omis d'indiquer le danger. Les enquêteurs ont par ailleurs constaté que le déblocage depuis la zone d'entrée de la machine exposait la travailleuse à un danger et que la gestion de la santé et de la sécurité des travailleurs par Rio Tinto Alcan était déficiente en matière de déblocage des tiges. La CSST exige de Rio Tinto Alcan que les installations soient modifiées à la suite de la mort de la travailleuse pour rendre la zone d'entrée de la machine inaccessible.

La CSST considère que l'employeur a agi de manière à compromettre la santé et la sécurité des travailleurs. En conséquence, un constat d'infraction lui a été délivré. Pour ce type d'infraction, le montant de l'amende varie de 15 698 $ à 62 790 $ pour une première offense, et de 31 395 $ à 156 976 $ en cas de récidive.

Rejoint par Chantier politique, le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma, Hugues Villeneuve, a eu ces mots: « Si je traçais une ligne principale de ce rapport, c'est que malgré les lois qu'on a au Québec, malgré les processus, les procédures et tous les outils qu'on a afin de prévenir les accidents et avoir de la bonne santé et sécurité au travail à l'usine d'Alma, il reste que tout ça est rendu arbitraire par l'employeur. Celui-ci décide d'appliquer ces choses là ou pas. On a tout ce qu'il faut dans l'usine pour éviter que cela arrive. »

(Tiré de Chantier politique)

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Un forum marque le 40e anniversaire de l'importante grève des mineurs d'Elliot Lake

Du 16 au 18 avril, le Syndicat des Métallos a tenu un forum de 3 jours pour marquer le 40e anniversaire de l'importante grève illégale de 3 semaines des 1000 mineurs de la mine d'uranium Denison d'Elliot Lake. Les mineurs, qui étaient membres de la section locale 5762 du Syndicat des Métallos, ont dû aller en grève en raison de la négligence de la compagnie et du gouvernement provincial envers les conditions de travail non sécuritaires qui prévalaient. Cette grève est considérée comme étant la première à s'être tenue pour affirmer le droit des travailleurs à des conditions de travail sécuritaires.

Le forum faisait partie de la campagne des métallos intitulée « Mettons fin au carnage: Appliquons la loi! » dans laquelle le syndicat demande aux gouvernements d'appliquer la loi Westray et de faire des poursuites au criminel lorsqu'elles sont appropriées quand des travailleurs sont tués à l'ouvrage. La loi Westray a été nommée en mémoire du désastre qui s'est produit en 1992 dans une mine de charbon à Plymouth en Nouvelle-Écosse. Six des 26 mineurs qui y sont morts avaient déjà travaillé dans les mines d'Elliot Lake.

Les métallos viennent de jouer un rôle important pour forcer le gouvernement de l'Ontario à entreprendre un examen de la sécurité minière à la lumière de décès récents qui se sont produits dans les mines dont 4 à Vale Inco à Sudbury.

Au moment de la grève de 1974, des centaines de mineurs des mines de Denison et Rio Algom mouraient de maladies respiratoires comme la silicose et le cancer des poumons et étaient blessés dans des éboulements et des effondrements. Ils étaient inquiets des effets sur leur santé de leur exposition au radon et de ses radiations. Le gouvernement provincial leur avait dit que leurs conditions de travail n'avaient rien de nocif.

La grève a été déclenchée lorsque des membres du syndicat sont revenus d'une conférence à Paris sur les mines d'uranium et rapporté que le gouvernement de l'Ontario y avait pris la parole sur les effets nocifs de la radiation. Le gouvernement avait basé sa présentation sur des études faites sur les mineurs d'Elliot Lake!



Scènes de la grève historique de 1974

La grève illégale et la pression qu'elle a mise sur la province ont mené à la création par le gouvernement de la Commission royale sur la santé et la sécurité des mineurs, la Commission Ham, qui a passé 2 ans, de 1974 à 1976, à enquêter sur les conditions dans les mines et fait 117 recommandations sur la sécurité minière. C'est cette commission qui a mené à l'adoption de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Deux semaines après que la loi soit passée, les mineurs d'Elliot Lake ont cependant découvert qu'ils n'étaient pas couverts par la loi parce que l'extraction de l'uranium était de juridiction fédérale. Leur syndicat a dû se battre pour que des protections équivalentes soient inscrites dans leur convention collective jusqu'en 1984 lorsque la loi a été amendée pour comprendre leur secteur.

Au deuxième jour du forum, environ 90 personnes ont fait les 15 km direction nord qui mènent à la route 108 qui à l'époque donnait accès aux mines Denison. Les participants portaient des pancartes demandant que cessent aujourd'hui les décès et blessures au travail et que les gouvernements assument leurs responsabilités sociales en forçant les entreprises à respecter les règles de santé et de sécurité.

Le groupe s'est alors rendu au Monument commémoratif à la mémoire des mineurs d'Elliot Lake. Des représentants du Syndicat des Métallos y ont parlé de la signification de la grève de 1974. John Perquin, l'assistant du secrétaire trésorier du syndicat international de Pittsburgh lui-même ancien mineur d'Elliot Lake a eu ces mots: « Il y a 40 ans, ces travailleurs ont exercé ce qu'ils considéraient comme leur droit humain d'aller en grève. C'était une grève qu'on appelait une grève sauvage, une grève illégale. Mais selon eux, leur vie et leur santé étaient plus importantes que la question de se retrouver ou non en prison. »

« Ils voulaient être capables de revenir à leurs familles chaque jour, aussi en santé qu'ils l'étaient en commençant leur journée. Mais ce n'était pas ce qui se passait; ils mouraient en grand nombre, de silicose, de cancer et de plusieurs autres maladies de même que des glissements de terrain, éboulements, éclatements de roches, accidents et j'en passe. Les minières savaient ce qui se passait mais ne faisaient rien. »

Perquin, qui est arrivé à Elliot Lake en 1981, a rendu hommage aux mineurs de 1974: « Je leur exprime personnellement toute ma gratitude; je pense que nous le faisons tous parce que nous avons tous bénéficié de ce qu'ils ont fait, de tout ce qu'ils ont vécu et dont ils ont souffert. »

Le maire d'Elliot Lake, Rick Hamilton, lui-même ancien mineur de la section locale 5762, a parlé avec fierté de la dignité et du respect que le monument exprime pour ceux qui ont perdu leur vie en travaillant dans les mines. « Ce que vous voyez ici, qui se dresse sur toute la distance du Lac Horne, est probablement le plus grand monument commémoratif de mineurs du Canada et aussi le plus significatif. Et probablement du monde, comme me le disait Leo Gerard [le président international des métallos] la dernière fois qu'il est venu ici. »



Haut en bas, gauche à droite: John Perquin, Marty Warren et Steve Hunt; avec Sylvia Boyce, coordinatrice pour la santé et l’environnement du district 6 du Syndicat des Métallos

Marty Warren, le directeur du District 6 du Syndicat des Métallos (représentant l'Ontario et les provinces atlantiques), a offert 15 000 $ sur 3 ans à Elliot Lake au nom du District 6 pour l'entretien du monument commémoratif.

Steve Hunt, le directeur du District 3, qui représente l'ouest canadien, a comparé sa visite du Temple de la renommée du secteur minier à celle du Monument commémoratif à la mémoire des mineurs. « Cela m'a vraiment renversé de voir les millionnaires et milliardaires qui sont honorés sur les murs [du Temple de la renommée ] alors que les vrais héros du secteur minier sont ici [sur le monument commémoratif]. Ils ont donné leurs vies pour ces mêmes millionnaires et milliardaires qui sont honorés avec tant de fanfare. » Hunt a dit que les pertes de vie des travailleurs inscrits sur le monument auraient pu être évitées. Il a réitéré l'importance de la grève de 1974: « Nous sommes fiers de ce que nous avons accompli, nous les métallos. Nous avons donné à chaque travailleur de ce pays le droit de refus! Et ce droit, c'est ici à Elliot Lake qu'il est né. »

(Source: Elliot Lake Standard; photos: Syndicat des Métallos)

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Ce que les travailleurs ont à dire

Le 28 avril, ON SE SOUVIENT

En 2012, le nombre officiel des travailleurs tués à l'ouvrage était de 977, en hausse par rapport à l'année précédente, soit 919. Cela représente plus de 2,7 décès par jour.

En 20 ans, soit de 1993 à 2012, 18 039 personnes ont perdu la vie pour des causes reliées au travail (une moyenne de 902 décès par année).

Nous, les travailleurs, marquons le 28 avril en combattant pour les vivants et en pleurant les morts. Cette année, nous viennent tout de suite à l'esprit les décès récents qui se sont produits à des usines de US Steel et une fois de plus parmi les travailleurs de la section locale 6500 des métallos à Sudbury. Plusieurs se demandent si les choses ne sont pas en train d'empirer au lieu de s'améliorer. Les statistiques publiées par le Congrès du travail du Canada révèlent que les morts causées par des accidents de travail ces 20 dernières années ont augmenté de 29%. C'est énorme.

Pourquoi cela se produit-il? Cela se produit parce que les compagnies se cachent derrière ce qu'elles appellent « la sécurité basée sur le comportement » (Behaviour Based Safety, BBS). Ce système hypocrite fait pression sur les travailleurs pour qu'ils y pensent à deux fois avant d'affirmer leur droit à la santé et à la sécurité.

La BBS affiche habituellement des résultats positifs à court terme parce que les travailleurs ne rapportent pas les incidents mineurs ou les accidents qui sont venus à un cheveu de se produire. Cela contribue directement à rendre les résultats encore plus négatifs en ce qui concerne les incidents plus sérieux et les décès.

Tirant des conclusions non fondées de ces résultats, de nombreux employeurs dont US Steel appliquent une version édulcorée de ce programme qui supposément donne une voix aux travailleurs. Malheureusement, les départements de ressources humaines ne sont pas intéressés à changer. C'est pourtant cela qui doit changer avant tout. Les ressources humaines doivent devenir humaines et c'est à nous d'y voir.

Des travailleurs ont dit à Information Update ce qui arrive quand ils exercent leur droit de refuser d'accomplir un travail dangereux. Les deux travailleurs qui ont refusé de faire un travail dangereux au four à coke ont été congédiés pour des raisons ridicules. Dans un des cas, le département de ressources humaines est même allé jusqu'à montrer au syndicat de l'information médicale confidentielle concernant un des travailleurs. Même si les deux travailleurs ont finalement retrouvé leur travail, la compagnie a utilisé leur cas comme un avertissement.

Des travailleurs ont rapporté que le 12 février, à environ 10 heures du soir, un superviseur de fours à coke était debout sur un wagon de charbon tentant de débloquer le versement de charbon dans le four, une violation de sécurité sérieuse. Il s'est ensuite mis à essuyer les parois des fours. Il a blagué que s'il avait continué de les essuyer il aurait pu être testé pour avoir consommé de la drogue. Le superviseur se vantait devant l'équipe de travail qu'il peut faire tout ce qu'il veut. Ça semble exact.

Le Syndicat des Métallos a entrepris une campagne à l'échelle du pays pour contrer cette tendance à ne faire aucun cas de la santé et de la sécurité des travailleurs. La campagne s'appelle « Mettons fin au carnage ». En cette occasion du Jour de deuil, alors que nous pleurons les morts et combattons pour les vivants, je vous invite à visiter le site web et à vous joindre à la campagne — www.stopthekilling.ca/fr.

(Tiré du numéro 11 du 24 avril 2014 du bulletin hebdomadaire de la section locale Information Update)

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Nous voyons bien l'interaction qui existe entre nos endroits de travail et les communautés

Je pense que dans l'industrie ferroviaire, la lutte pour la santé et la sécurité s'est intensifiée depuis la tragédie de Lac-Mégantic. Cette question dépasse l'endroit de travail, nous voyons bien l'interaction qui existe entre nos endroits de travail et les communautés dans lesquelles nous vivons. Ce que nous devons faire, en cette occasion du 28 avril, c'est de combattre pour nous assurer que de telles tragédies ne se reproduiront jamais plus. Les endroits de travail ont des ramifications dans les communautés. Nous sommes conscients de notre obligation de faire en sorte que l'industrie ferroviaire soit sécuritaire et contribue à l'intérêt public.

Les travailleurs ferroviaires savent qu'il y a une interaction et jamais celle-ci n'a été aussi frappante qu'avec les événements de Lac-Mégantic. Nous sommes tous conscients que chaque aspect de notre travail a un impact sur les communautés. Nous voulons nous assurer de pouvoir faire notre travail de façon adéquate parce que la sécurité dans le pays requiert des endroits de travail sécuritaires.

Nous devons travailler tous ensemble et nos représentants en santé/sécurité le savent et mettent l'accent non seulement sur la santé/sécurité au travail mais sur l'impact de notre travail dans les communautés et notamment l'impact sur l'environnement. Il n'y a pas d'échappatoire. Nous allons travailler toujours plus fort dans ce sens.

Cette tragédie de Lac-Mégantic illustre le problème de manière tellement frappante, c'est une tragédie nationale qui ne doit pas se répéter. Nous devons travailler avec Transport Canada et la ministre. La question selon nous n'est pas tellement de reréglementer l'industrie mais de forcer les entreprises ferroviaires à appliquer la réglementation en place, y compris en matière d'inspections et d'entretien, du nombre minimal de travailleurs par équipe de travail et autres questions du genre. On ne veut pas d'un cadre réglementaire que les entreprises ferroviaires contournent et qui est ouvert aux exemptions. Ces exemptions visent à faire faire plus d'argent aux entreprises mais selon nous elles mettent le public à risque.

Il y a plusieurs cas où la réglementation existe mais où, à la lumière de la tragédie de Lac-Mégantic, nous voyons des manques qui ont été communiqués à Transport Canada. Nous devons travailler ensemble pour faire en sorte que ces manques soient comblés. Un de ces manques c'est la demande d'exemptions et la porte ne leur a pas été fermée. Aucune nouvelle demande d'exemption n'a été approuvée depuis Lac-Mégantic et nous voulons nous assurer que cela va continuer comme ça.

L'autre chose qu'il faut faire c'est reconvertir Transport Canada en intervenant actif dans la sécurité ferroviaire car il est devenu un simple observateur de la situation. Ce n'est pas uniquement important en raison de Lac-Mégantic et pour la sécurité des communautés, mais pour les travailleurs ferroviaires eux-mêmes qui ont besoin de travailler en sécurité et d'être protégés. À l'heure actuelle, Transport Canada se contente de regarder la caravane passer. Les entreprises ferroviaires font leur propres rapports de vérification en matière de sécurité et ils communiquent leurs conclusions à Transport Canada. De temps en temps, Transport Canada vérifie ces rapports et dit qu'ils ont l'air corrects. Comme le vérificateur général fédéral l'a dit récemment en comité permanent, Transport Canada n'a pas les effectifs pour produire des rapports de vérification sur la sécurité. Il manque de personnel, les rapports ne sont pas faits mais quand il y en a qui sont faits ils ne font que parler de choses du passé.

Le 28 avril est l'occasion de rebâtir la sécurité de l'industrie ferroviaire parce que celle-ci est assez unique. Elle ne se confine pas aux 4 murs d'une usine, elle opère littéralement dans les communautés.

Le 28 avril va être marqué dans l'industrie ferroviaire par des événements organisés à l'échelle du Canada en commémoration des travailleurs de l'industrie qui ont été tués ou blessés à l'ouvrage. Des actions commémoratives se tiendront là où des incidents tragiques se sont produits qui ont mené à la mort de travailleurs ferroviaires. Les chemins de fer vont s'arrêter pendant 2 minutes dans tout le pays le 28 avril à 11 heures du matin. C'est un accord de longue date que nous avons avec les entreprises ferroviaires et c'est inscrit dans un certain nombre de conventions collectives.

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On a besoin d'outils pour pouvoir avancer, être présents et reconnus sur les chantiers

Le 28 avril selon moi, c'est le travail que l'on fait tous les jours, c'est de continuer à faire de la prévention pour qu'il y ait beaucoup moins de dangers sur les chantiers, pour qu'on élimine le danger et que les travailleurs et travailleuses puissent retourner chez eux le soir. C'est comme cela qu'on honore le mieux la mémoire des travailleurs. La construction au Québec, d'année en année, c'est 5% de la main-d'oeuvre et 25% des décès.


Les travailleurs de la construction du Québec ont fait la grève
en juin 2013 contre les demandes de concessions inacceptables
sur les salaires et conditions de travail.

On a les outils, les techniques, les équipements sécuritaires qui existent sauf que les employeurs ne les achètent pas pour toutes sortes de raisons. On se retrouve avec des méthodes de travail dangereuses mais qui produisent vite à leur goût. Le travail se fait de plus en plus vite, c'est du travail superposé de toutes sortes de métiers qui travaillent l'un par dessus l'autre parce qu'il faut sortir le bâtiment le plus vite possible.On a besoin d'outils pour pouvoir avancer, être présents et reconnus sur les chantiers. Un changement qu'on réclame, et cela fait maintenant 34 ans de cela, c'est que le gouvernement promulgue les articles 204 à 215 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail qui concernent l'industrie de la construction. Cela nous donnerait des représentants en prévention sur les chantiers qui seraient formés par les syndicats, feraient de la prévention, parleraient aux travailleurs et discuteraient avec les employeurs pour trouver des méthodes et équipements sécuritaires. Ce n'est pas de la sensibilisation ou de la publicité dont on a besoin, tout ça c'est du discours, il faut qu'on passe aux actes sur les chantiers. On a des gouvernements qui ont manqué de courage politique pour faire appliquer la loi. On est obligé de se battre pour se faire entendre, pour être présents lorsqu'il y a des discussions en prévention. Souvent cela se passe entre la CSST et les employeurs sans même que les travailleurs et leurs représentants soient présents.

La loi prévoit des droits de refus lorsque c'est dangereux et que l'employeur ne fait rien pour corriger la situation. Nous intervenons pour protéger les travailleurs parce que quand ils font un droit de refus dans l'industrie de la construction, étant donné qu'il n'y a pas d'ancienneté dans l'industrie, souvent deux ou trois semaines après avoir exercé leur droit de refus ils se font mettre à pied. Dans la loi c'est clairement dit que lorsqu'un droit de refus est fait, le travailleur est présumé être au travail. Son obligation c'est de dire à l'employeur qu'il fait un droit de refus, puis il reste sur le chantier, disponible à travailler et l'employeur est obligé de le payer. Il n'y a pas longtemps au CHUM, le Centre hospitalier de l'Université de Montréal, 400 travailleurs ont fait un droit de refus. Il y a un employeur, qui a une centaine de travailleurs, qui ne les a pas payés. On a été obligé de contester et ce n'est pas encore réglé. Ça c'est de l'intimidation de la part des employeurs. C'est de la vraie intimidation sauf qu'on ne s'occupe pas de cela. C'est de l'intimidation reliée à une position que les travailleurs ont prise pour préserver leur santé et sécurité.Il y a le discours qui dit aux travailleurs de faire de la prévention, d'identifier les dangers et de les dénoncer, mais quand ils le font, ils subissent des mesures de représailles de la part des employeurs. On est sur les chantiers pour les protéger. On fait des contestations quand les travailleurs reçoivent des mesures disciplinaires. C'est difficile de travailler dans ce contexte-là. Si on avait des représentants en prévention ce serait des travailleurs qui seraient constamment sur les chantiers et feraient de la prévention alors que là ce sont des représentants syndicaux qui se promènent dans les régions. Ils ont plusieurs chantiers à aller voir.

Le gouvernement libéral dans le temps a parlé de l'intimidation qui se fait dans la construction disant que l'intimidation vient des syndicats. Il n'a rien fait contre les employeurs qui en font de l'intimidation sur les chantiers. Le gouvernement n'a rien vu de cela quand il a passé sa loi sur l'industrie de la construction en 2011.Les gouvernements donnent l'impression qu'ils sont à l'écoute, qu'ils sont sensibilisés quand ils font des discours le 28 avril. Puis après ils ne font rien. Moi j'appelle cela faire preuve de lâcheté.

Dans la construction nous sommes des syndicats qui ont toujours été en compétition un envers l'autre. Pour la santé et la sécurité des travailleurs, on a mis de côté la compétition et on travaille ensemble. On a fait des compromis pour trouver une façon d'avoir des représentants à la prévention d'une façon qui serait applicable sur les chantiers. On comprend bien qu'avec 5 syndicats sur les chantiers on ne pourra pas avoir autant de représentants à la prévention qu'il y a de syndicats. On se prépare pour pouvoir mettre en application ce qu'on revendique. On ne fait pas juste dénoncer. On trouve des solutions aux problématiques, on veut être actifs en santé et sécurité.

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Il faut que vous ayez un syndicat organisé
qui n'a pas peur de parler

On a environ 200 travailleurs au Québec qui décèdent chaque année au travail. Ce qu'on doit faire ressortir, c'est que la Loi sur la santé et la sécurité du travail ne s'applique pleinement que dans certains secteurs dits prioritaires. Cela fait plusieurs années que les gouvernements tant libéraux que péquistes ne bougent pas là-dessus et que les employeurs font beaucoup de pression pour que la situation ne change pas. Ils ne veulent pas qu'on rende obligatoires les comités conjoints de santé et sécurité dans tous les secteurs et qu'on revoit la réglementation au sujet des représentants en prévention. Le représentant en prévention c'est primordial si tu veux faire une vraie prévention sur le terrain. Il en faut partout mais je pense qu'il y en a seulement dans à peu près 15% des places de travail au Québec. Les comités paritaires de santé et sécurité aussi c'est important mais on ne doit pas en faire des comités paritaires pour se taire. Il faut que vous ayez un syndicat organisé qui n'a pas peur de parler.

Si tu n'as pas un syndicat organisé bien souvent on a des comités de santé et sécurité où les représentants des travailleurs sont nommés par les employeurs alors ça ne vaut pas cher. Dans le secteur minier, dans les mines syndiquées, les chances d'avoir un accident mortel ou grave sont beaucoup moindres que dans des mines non syndiquées. On peut faire une meilleure intervention dans les mines syndiquées. En ce moment c'est environ 45% des travailleurs dans les mines qui sont syndiqués et 55% non syndiqués. Il y a une campagne très féroce en Abitibi de la part des compagnies minières, beaucoup de pression de leur part pour que les travailleurs ne se syndiquent pas. Les minières font beaucoup d'ingérence et de menaces aux travailleurs quand on essaie de syndiquer les mines qui ne le sont pas.

Un autre aspect important c'est qu'il faut que la loi Westray soit appliquée (La loi fédérale de mars 2004 qui a modifié le Code criminel pour exiger que quiconque dirige l'organisation du travail dans un établissement prenne les mesures pour éviter les accidents et imposer une responsabilité pénale aux personnes en position de direction pour négligence — ndlr).

Les métallos, on a été au centre du travail pour faire passer cette loi et ça nous a pris plus de 10 ans pour la faire passer. La loi c'est beau mais cela prend des procureurs de la couronne pour poursuivre les employeurs. Ils sont plus que frileux à le faire. Les employeurs s'esquivent beaucoup de leurs responsabilités. Si la loi était appliquée et qu'il y avait des poursuites au criminel contre les employeurs, cela se parlerait beaucoup et les employeurs devraient faire attention à la diligence raisonnable.

Il y a beaucoup de pressions qui s'exercent dans les mines contre les travailleurs. Ces pressions-là existent dans les mines syndiquées comme dans les mines non syndiquées mais si on a un syndicat organisé qui n'a pas peur de défendre ses membres alors on est mieux équipé pour intervenir. Le travail doit toujours être fait plus vite et on n'est jamais assez productif au goût des minières. Les actionnaires des entreprises minières exigent des cibles d'extraction de minerai qui ne sont pas atteignables. Les minières émettent des primes au rendement pour qu'on atteigne les cibles. Des méthodes de travail sont introduites qui ne prennent pas en considération les paramètres de sécurité. Il y a plus de risques qui mènent à des effondrements et glissements de terrain qui peuvent avoir des conséquences très graves. On nous met en concurrence avec les mineurs d'autres pays qui sont payés moins cher et ont moins de conditions, on nous fait valoir que notre prix à l'once est plus cher. L'automatisation mène aux pertes d'emplois dans le secteur minier. On met l'emphase sur la technologie plutôt que de mettre le capital sur le travailleur. Prenez la formation des travailleurs. Quand vous sortez de l'école avec un diplôme d'études professionnelles en extraction de minerais, vous en sortez avec 960 heures de cours mais vous n'êtes pas encore un mineur. Si la mine ne donne pas la formation, c'est là qu'il va y avoir des accidents plus graves. L'expérience, l'expertise des travailleurs est perdue.

Appliquer pleinement la Loi sur la santé et la sécurité du travail dans tous les secteurs, avoir des représentants en prévention partout, appliquer la loi Westray, ce sont toutes des choses importantes pour améliorer la santé et la sécurité des travailleurs.

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Nous devons obtenir un ratio patients/infirmières
qui est sécuritaire pour nos infirmières
et pour les patients


Manifestation devant l'assemblée générale du Parti libéral de la Nouvelle-Écosse le 29 mars 2014 (R. Devet)

LML: Ton syndicat représente entre autres travailleurs environ 2400 infirmières de Halifax qui travaillent pour la Régie de santé de la Capitale. Cela fait des mois qu'elles mènent la bataille pour des conditions de travail qui sont sécuritaires pour elles-mêmes et le public. Peux-tu nous en dire plus?

Joan Jessome: Notre lutte est pour un ratio patients/infirmières qui est sécuritaire pour nos membres et les patients. Nos infirmières font une quantité incroyable de temps supplémentaire, ce qui n'est pas bon pour la santé et l'employeur souvent ne reconnaît pas qu'elles sont en temps supplémentaire quand elles ne peuvent pas quitter une fois leur quart de travail régulier terminé. Elles n'obtiennent pas les vacances qu'elles demandent, elles n'ont aucun contrôle sur leur horaire de travail. L'employeur joue constamment avec les horaires, ne remplace pas les infirmières qui sont malades de sorte que dans les départements on est toujours en manque de personnel. Les infirmières souvent ne peuvent même pas prendre leurs pauses ou leurs repas. Leur santé en souffre car elles n'ont pas le repos nécessaire parce il n'y a pas un ratio patients/infirmières qui est adéquat et sécuritaire. Il y a donc une question de santé et de sécurité qui est centrale ici pour le personnel infirmier qui dans sa très grande majorité est constitué de femmes.

Les infirmières ont décidé de parler, notamment de leur santé mentale, parce qu'elles vivent dans un stress constant d'avoir peut-être fait des erreurs, d'avoir laissé des patients sans le traitement requis parce qu'on leur impose des responsabilités pour lesquelles elles n'ont pas la formation requise. Lorsque je dis que les infirmières ont parlé, je pense aussi aux jeunes infirmières, certaines dans une position très précaire parce qu'elles risquent de ne pas passer leur période de probation parce qu'elles osent parler de leurs conditions.

Nous avons besoin d'un ratio patients/infirmières adéquat qui correspond au niveau d'acuité de la condition des patients et au nombre de patients.

LML: Vous dites avoir tenté de négocier sans succès.

JJ: L'employeur n'a pas voulu du tout que nous nous impliquions dans la solution du problème. Nous ne disons pas que le ratio est le tout de la question, mais ils ne voulaient même pas en parler même si tout ce qu'ils essaient ne fonctionne pas et admettent eux-mêmes qu'il y a eu près de 40 000 erreurs qui ont été commises dans le traitement des patients depuis 2 ans dont certaines ont mené à des décès. En plus de ne pas vouloir nous écouter, ils ont amené des concessions à la table de négociation, en demandant par exemple que les futures infirmières aient des bénéfices marginaux qui soient inférieurs à ce qui existe maintenant.

LML: Le gouvernement a alors passé une loi qui rendait toute grève très difficile.

JJ: Oui. Le gouvernement libéral provincial a déposé une loi de services essentiels le 31 mars qui a été adoptée le 4 avril et est très exigeante en terme de services essentiels. Cela va prendre des mois à négocier les services essentiels. Quand le projet de loi a été déposé, les infirmières sont sorties en grève illégale parce qu'elles savaient que la loi aurait pour but de les forcer au silence. Elles ont été immédiatement forcées de reprendre le travail par une injonction. Nous sommes retournées en grève, légale celle-là, le 3 avril en utilisant les quelque 30 heures que nous avions devant nous avant que la loi ne soit adoptée. Cette loi ne s'applique pas seulement à nos infirmières mais à 35 000 travailleurs de la santé dans la province.

Cette loi ne règle aucun des problèmes du secteur de la santé. Elle est motivée par des considérations budgétaires et non par les soins aux patients. Le gouvernement ne veut tout simplement pas engager de nouvelles infirmières. En fait, pourquoi l'employeur aurait-il négocié sachant très bien que la loi s'en venait? L'employeur lui-même a fait non pas la chasse aux sorcières mais la chasse aux infirmières en cherchant à savoir des infirmières qui étaient sorties en grève illégale qui l'avait organisée.

La lutte n'est pas finie. Nous n'abandonnons pas. Nous ne voulons pas retirer nos services mais nous devons obtenir un ratio patients/infirmières qui est sécuritaire pour nos infirmières et pour les patients.

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