Le Marxiste-Léniniste

Numéro 56 - 25 avril 2014

Les libéraux relancent le Plan Nord

Un vaste programme pour payer les riches


Les libéraux relancent le Plan Nord
Un vaste programme pour payer les riches - Normand Fournier
Stornoway et l'investissement public

Les métallos de l'Ontario s'organisent pour bloquer la destruction nationale
Les prophéties de malheur de US Steel - Rolf Gerstenberger
La ville de Hamilton cherche des solutions
Guerre psychologique contre les métallos
La confusion de US Steel sur la méthode Carnegie - Rolf Gerstenberger


Les libéraux relancent le Plan Nord

Un vaste programme pour payer les riches

Le nouveau premier ministre du Québec Philippe Couillard a annoncé à Thetford Mines le 9 avril la relance du Plan Nord comme un projet majeur de « relance de l'économie québécoise ».

Notons d'abord que rien n'a changé dans le secteur minier qui permette de le claironner comme un « projet majeur de relance économique ». Avant les élections, les éléments qui expliquaient la baisse d'activité du secteur minier, la chute des investissements dans le domaine de l'exploration et de l'exploitation, l'absence de découvertes de nouveaux gisements, sont aujourd'hui toujours présents. Le contexte défavorable invoqué par les sociétés minières et la chute des prix des minerais qui justifiaient les minières à procéder à des coupures de postes et à des fermetures des mines du Québec, sont demeurés inchangés. Les villes de Fermont, Chibougamau, Sept-Îles, Havre-St-Pierre, sont aux prises avec les mêmes difficultés, soit les abandons des projets d'expansion des mines et des infrastructures portuaires, ou de reports à une date inconnue des projets d'exploration miniers. Les juniors de l'exploration éprouvent encore des difficultés à trouver le financement nécessaire à leurs activités. Le prix de l'once d'or est toujours aussi bas, à 1292 $. À première vue rien n'a vraiment changé !

Au lendemain des élections du 7 avril, les sociétés minières opérant dans le territoire du Plan Nord ont toutes renouvelé leurs demandes auprès du nouveau premier ministre du Québec. Elles demandent des investissements dans les infrastructures, comme les routes et chemins de fer, pour les infrastructures portuaires leur permettant d'exporter à l'étranger les ressources minières du Québec. Ce sont les demandes formulées par Tata Steel Minerals, ArcelorMittal et Cliffs Natural Resources, qui déclarent avoir de la difficulté à obtenir du financement sur le marché mondial.

Comme le premier ministre Couillard veut faire du secteur minier un élément majeur de la relance économique du Québec, où va-t-il trouver ou prendre l'argent pour financer tous ces projets et répondre aux demandes des minières ? Va-t-il pousser plus avant les mesures antisociales et couper les fonds à l'éducation et aux affaires sociales ? Va-t-il faire comme son prédécesseur et accroître la dette du Québec en empruntant sur le marché financier newyorkais ?

En fait, ce Plan Nord que nous connaissons déjà ne s'attaque à aucun des problèmes majeurs du secteur des ressources, comme l'exportation de matières brutes par et au profit de grandes entreprises internationales privées, l'absence de développement manufacturier et du développement des régions, la violation de la souveraineté des Premières Nations sur leurs territoires, l'absence de mesures de protection de l'économie face aux aléas du prix des matières premières sur les marchés mondiaux et, surtout, l'absence du pouvoir du peuple de décider quelles ressources seront développées et au profit de qui. Le Plan Nord n'est rien de plus qu'un programme pour mettre des fonds publics au service d'entreprises monopolistes étrangères qui conservent le pouvoir de décider de tout.

Nos ressources, nous décidons!

Le besoin le plus pressant en ce qui concerne le développement des ressources naturelles du Québec est qu'il faut donner une nouvelle direction à l'économie. Il faut renverser la direction actuelle de l'économie qui fait que toutes les ressources naturelles et humaines sont orientées dans le sens de répondre aux besoins des monopoles. Les ressources doivent servir le bien-être du peuple et son épanouissement, sous la responsabilité d'une autorité publique, et non être au service d'intérêts privés qui usurpent l'autorité publique pour s'enrichir.

Un État moderne du Québec doit se doter d'une loi sur les mines qui reconnaît que le propriétaire des ressources minières est le peuple québécois et les Premières Nations. Le gouvernement doit alors se comporter comme le fiduciaire des propriétaires des ressources minières et ne plus se contenter de redevances et de « création d'emplois ».

Dans ces circonstances, dans un Québec moderne possédant une loi des mines moderne, pourquoi l'État n'adopterait-il pas une loi lui réservant la vente et la distribution des minéraux ? L'État pourrait établir le prix de vente et ainsi s'assurer que le développement des ressources naturelles, dont les mines, servent les intérêts de la nation et du peuple. Pourquoi laisser les intérêts privés prendre possession des ressources naturelles, s'ils ne veulent et ne peuvent les développer dans la phase la plus critique, l'exploration, sans aide financière publique ?

Un peu d'histoire

Le Québec dans les années 60 avait créé des sociétés d'État pour voir au développement des ressources naturelles des secteurs minier, pétrolier, forestier, agricole et hydro-électrique québécois. Les sociétés SOQUEM, SOQUIP, REXFOR et le Crédit agricole devaient assumer ce mandat. Hydro-Québec, fondée en 1962, fut précédée par la nationalisation de 1944 à 1955 d'entreprises privées d'électricité, qui pratiquaient des tarifs d'électricité prohibitifs.

En 1962 était créée la Société générale de financement (SGF) et en 1964 le gouvernement Lesage fondait Sidbec (Sidérurgie du Québec) pour transformer au Québec le minerai de fer de la Côte-Nord. Un immense complexe sidérurgique devait être construit à Bécancour. Le projet a été abandonné en 1968 pour se rabattre sur l'achat de l'aciérie Dosco à Contrecoeur, une entreprise en difficulté financière. Apparaît alors en 1968 Sidbec-Dosco, qui accumulera jusqu'au début des années 90, des pertes de près de 1 milliard $. En 1965, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) fut créée, elle recevait les sommes versées au Régime des rentes du Québec, les fonds de pension des employés de l'État. Elle allait agir comme « la banque du Québec ».

En 1965 est mise sur pied la Société d'exploration minière (SOQUEM). Suivirent la Société québécoise d'initiatives pétrolières (SOQUIP) et la Société d'exploitation, de récupération et de développement forestier (REXFOR).

À l'exception d'Hydro-Québec, tout ce développement a aujourd'hui été abandonné progressivement en faveur de remettre le contrôle et l'argent à des monopoles privés. Tous les grands projets industriels permettant la construction de la nation québécoise ont été détruits. Dans le secteur minier, le projet collectif de développer la sidérurgie a été abandonné par le gouvernement Bourassa, sous la pression des monopoles qui disaient à l'époque, « les sociétés d'État ne doivent pas concurrencer les entreprises privées ».

Certaines sociétés d'État ont été démantelées ou mises en veilleuse (SOQUEM, SOQUIP, Sidbec). REXFOR a été détourné de son mandat initial pour devenir un sauveteur des moulins de sciage en difficulté financière ou carrément en faillite, appartenant aux amis des partis politiques. Cette société a servi à faire qualifier des travailleurs forestiers à l'assurance-chômage par l'exécution de travaux forestiers à caractères douteux et fortement critiqués par la population (le saccage des lots forestiers intramunicipaux dans l'Est du Québec).

Pour Sidbec, tous les actifs de l'entreprise ont été liquidés en 1999. Le Crédit agricole devenu la Société financière agricole du Québec (FAQ) finance des productions qui n'ont rien à voir avec l'agriculture proprement dite (érablière, fromagerie, vignoble, pisciculture, boulangerie, boucherie, terre à bois, etc.).

Le Plan Nord de Jean Charest et de Philippe Couillard s'inscrit dans la lignée de ce démantèlement et c'est une farce cruelle qu'on fait au peuple québécois que de présenter cela comme un « projet majeur de relance de l'économie québécoise ». Il faut rétablir que les ressources naturelles appartiennent au peuple et que c'est lui qui doit décider de leur développement. Une nouvelle direction pour l'économie d'un Québec moderne est possible. Ça peut se faire ! Ça doit se faire !

(Tiré de Chantier politique)

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Stornoway et l'investissement public


Le mercredi 26 mars, la société minière Stornoway a annoncé l'obtention d'un investissement de 220 M $ d'Investissement Québec. De son côté, la Caisse de dépôt et placement y allait pour un montant de 70 M $. Cet investissement de 290 M $ servira à financer le développement et la mise en production du projet diamantaire Renard dans les monts Otish. Pour sa part, Investissement Québec avait reçu du gouvernement Marois le mandat de prendre une prise de participation additionnelle de 100M $ dans Stornoway Diamonds Corporation

Le projet Renard sera la première mine de diamant du Québec. La mise en production débutera en 2016 dans la partie à ciel ouvert et pour la partie souterraine en 2018. La production totale prévue est de 17,6 M de carats, pour une production annuelle de 1,6 M carats. Des revenus de 5 milliards $ sont attendus avec une marge du coût d'opération de 67%.

Selon des études de faisabilité déposées en mars 2013, il est démontré que le projet Renard est un des plus gros gisements de diamants non développés au monde. Sa valeur nette actuelle est de 683 M $ avec un taux de rendement de 20 % avant impôt et les redevances minières. Stornoway a onze années définies de réserve minière. Les forages ont confirmé la présence en profondeur, de diamants, ce qui peut amener la vie de la mine à plus de 20 ans.

Le gouvernement du Québec est le plus important actionnaire du Projet Renard, par la filiale Diaquem d'Investissement Québec, avec près de 25 % des actions en circulation de Stornoway. Si l'on tient compte des actions convertibles sans droit de vote que la société d'État détient, sa participation dépasse 33%. L'objectif de Diaquem est de maintenir son pourcentage de participation au même niveau (33 %), car Stornoway discute présentement avec d'autres partenaires. Le projet Renard appartient en sa totalité à la société minière Stornoway. Il est situé dans la région des monts Otish, à 350 km au Nord de Chibougamau.

D'autres exemples récents de financement publics dans le secteur minier

La Caisse de dépôt et placement du Québec détient un fonds du nom de SODÉMEX, par lequel elle investit dans le secteur minier québécois. Voici un aperçu de ces investissements en date du 31 décembre 2012. (Les données de 2013 ne sont pas encore disponibles.)

Mines Virginia 
Mines Richmont
Stornoway
Exploration Midland
Junex
Nemaska Lithium
Ressources Eastmain
Focus Graphite
Donner Metals
Ressources Yorbeau

Pour un grand total de:
18,1 M $
11,3 M $
  7,9 M $
3,5 M $
2,3 M $
2,2 M $
1,8 M $
1,7 M $
1,7 M $
1,0 M $

51,5 Millions $

Comme on peut le voir avec le projet de diamants de Stornoway, la très grande majorité des autres projets miniers des juniors ne pourraient pas voir le jour pour plusieurs et pour les autres, atteindre un niveau de développement suffisant pour attirer le financement privé pour mettre en production les gisements découverts, sans le financement public des sociétés d'État.

(Tiré de Chantier politique)

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Les métallos de l'Ontario s'organisent pour bloquer la destruction nationale

Les prophéties de malheur de US Steel

Après avoir envahi le Canada en 2007 pour s'emparer du complexe métallurgique Stelco, US Steel est devenu prophète de malheur. Il parle de la futilité de la production à Hamilton et maintenant à l'aciérie de Lake Erie également, inventant un prétexte après l'autre. US Steel voit la destruction de la production de l'acier au Canada comme un moyen d'affaiblir la concurrence pour ses aciéries aux Etats-Unis qui fonctionnent au ralenti depuis des années.

US Steel a recruté des propagateurs de son message que «tout est perdu» dans les parlements et les médias à Hamilton, Toronto et Ottawa. Au lieu d'aider à créer une opinion publique en faveur de la résistance à la destruction de l'économie, certains médias locaux optent pour le message de désespoir, avec des titres comme «Terrible malaise : US Steel s'apprête à quitter le Canada».

Le plus étonnant pour les métallos et leurs alliés dans la région a été de constater la résignation totale et immédiate des gouvernements du Canada et de l'Ontario. Ils ont tout fait pour faciliter la destruction des aciéries et s'apprêtent maintenant à «libérer» US Steel de ses obligations concernant la production et les pensions d'ici 2015.

C'est curieux de voir le premier ministre Stephen Harper parcourir le monde comme le guerrier d'une «nouvelle guerre froide», se mêler des affaires des autres en Asie occidentale, en Afrique du Nord et maintenant en Ukraine, maudissant les méchants et les «ennemis de l'occident», alors qu'il refuse de lever le petit doigt pour protéger ses propres citoyens contre cette agression provenant des Etats-Unis. Harper prêche le malheur comme religion et mode de vie et cela convient très bien aux plans destructeurs de US Steel.

Il n'y a que le conseil municipal de Hamilton qui a joué un rôle positif et trouvé le courage d'élever la voix collective contre la politique du désespoir. Il s'est mérité pour cela la hargne de US Steel, qui refuse de le rencontrer et de lui parler de ses intentions.

Pour les métallos actifs et à la retraite, la politique du désespoir n'a jamais été une option et ne le sera jamais. Nous ne sommes pas voués à la perte parce que nous sommes humains : nous sommes les véritables producteurs de la valeur et nous sommes canadiens. Nous refusons les prophéties de malheur et n'acceptons pas que nos chefs politiques capitulent devant cette invasion et cette destruction de nos aciéries et de nos pensions.

Les Canadiens veulent être maîtres de leurs affaires et vont défendre leurs droits à un moyen de subsistance et à la sécurité à la retraite, ils vont défendre leur économie et leurs moyens de production. L'économie est notre vie collective et individuelle; sans contrôle sur notre économie nous n'avons pas de contrôle sur nos vies.

Les métallos de Hamilton sont dégoûtés par la couardise des gouvernements du Canada et de l'Ontario et leur capitulation face à la destruction de notre secteur métallurgique et notre mode de vie par US Steel. C'est assez! Ou bien vous restreignez US Steel et refusez ses prophéties de malheur, ou bien vous vous enlevez de là et laissez les Canadiens prendre les choses en mains eux-mêmes.

US Steel et tous ceux qui ont bu son sirop feraient mieux de faire attention! Nous en avons assez! Le Canada a besoin d'une nouvelle direction pour l'économie qui soit favorable au peuple et une nouvelle direction dans les affaires politiques qui refuse le chantage.

(Tiré de Information Update, bulletin de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos)

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La ville de Hamilton cherche des solutions

Le comité de l'aciérie du conseil municipal de la Ville de Hamilton tient des réunions et des audiences sur la réponse à donner à la décision de US Steel de fermer la production de l'acier à Hamilton. Depuis que le monopole américain a acquis Stelco, il renie ses engagements l'un après l'autre, avec l'aide des gouvernements du Canada et de l'Ontario. Ces gouvernements agissent par des ententes secrètes pour aider les grandes entreprises et prétendent que ces ententes sont bonnes pour l'économie. Mais quand il s'agit d'apporter des solutions à de véritables problèmes de l'économie, comme la création d'emploi et la protection des pensions, ils sont nulle part.

Le 9 janvier, le comité de l'acier du conseil de ville a écrit une lettre au premier ministre Stephen Harper suivant la décision de US Steel de fermer la production de l'acier à Hamilton de façon définitive. Il a entre autres demandé au premier ministre plus d'information sur ce que contient l'entente secrète conclue entre US Steel et le gouvernement fédéral.

Le responsable des correspondances du bureau du premier ministre a répondu à la lettre de la ville le 12 février en disant que l'affaire a été référée au ministre de l'Industrie James Moore qui, lui, ne considère pas la chose assez importante pour lui donner son attention, malgré le fait que les pensions de quelque 9 000 personnes soient en jeu.

«Je vous envoie un accusé de réception pour votre lettre du 9 janvier concernant US Steel et ses retraités», dit la note du bureau du premier ministre.

«Soyez assurés que les opinions exprimées dans la lettre approuvée par le Conseil municipal de Hamilton ont été notées. Une copie de votre correspondance a été envoyée à l'honorable James Moore, ministre de l'Industrie, pour information et considération.

«Merci d'avoir écrit au premier ministre.»

Le ministre Moore a par la suite écrit au maire de Hamilton Bob Bratina, le 7 mars. Selon les rapports de presse, il a justifié l'action de son gouvernement en disant qu'il agit pour préserver l'industrie de l'acier au Canada (ce qui est drôle puisque qu'il fait le contraire!), «tout en reléguant la question délicate des pensions au gouvernement de l'Ontario», écrit le journaliste. «En tant que ministre responsable de la Loi sur Investissement Canada, je surveille de près la situation à US Steel, notamment concernant le respect des engagements pris lors de l'acquisition de Stelco», écrit James More, qui refuse toujours de préciser quels sont ces engagements.

Puis, après des mois d'effort pour obtenir que des représentants de US Steel rencontrent le comité municipal, son porte-parole Trevor Harris a envoyé au greffier de la ville une lettre le 6 mars dans laquelle il dit que la compagnie «ne participera pas, en tout respect, à ces réunions du comité municipal».

«Nous croyons qu'un forum civique n'est pas l'endroit convenu pour discuter de choses qui concernent des stratégies internes d'entreprise», écrit Harris. Selon lui, la compagnie procède actuellement à «une révision approfondie de toutes ses opérations, y compris au Canada, pour rétablir une profitabilité durable» et «communiquera comme il se doit avec les personnes concernées».

La section locale 1005 du Syndicat des métallos rejette cet argument d'irresponsabilité sociale selon lequel les décisions de US Steel sont une affaire privée. Que les gouvernements du Canada et de l'Ontario soient redevables à des intérêts d'affaires privés et pas au public est inacceptable, souligne le syndicat.

Selon les rapports de presse, le comité de l'acier du conseil municipal prévoit faire une étude d'impact économique qui examinera les conséquences pour la ville si l'aciérie ferme ses portes pour de bon. On attend le rapport dans deux ou trois mois.

Kevin Werner écrit : «Mike Zegarac, directeur des affaires financières des sociétés à la ville de Hamilton, a laissé savoir plus tôt que US Steel avait obtenu un jugement contre la Société d'évaluation de la propriété municipale et obtiendra une dévaluation de 32,1% de sa propriété de Burlington dans le budget de 2014. Cela signifie une épargne d'environ 2,25 millions $ en impôt foncier pour elle et une hausse de 9$ pour tous les autres propriétaires de la ville.»

«Le troisième plus grand propriétaire foncier de la ville a dans le passé payé 9 millions $ en impôt, dont environ 7 millions $ à la ville. Sa propriété était alors évaluée à 110 millions $. Le plus troublant, écrit Zegarac, est que US Steel cherche à obtenir une autre réduction en contestant l'évaluation faite par la Société d'évaluation de 2009 à aujourd'hui, ce qui va accroître le fardeau fiscal pour les autres propriétaires de la ville.»

(Information Update)

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Guerre psychologique contre les métallos

US Steel a publié la sixième édition de sa brochure The Carnegie Way Connection. Les métallos se posent des questions sur la pertinence de cette information pour leur vie, sécurité et avenir. Au Canada, la question se pose à savoir si la «méthode Carnegie» peut rétablir la production de l'acier à Hamilton, assurer le maintien de la production à l'aciérie de Lake Erie et assurer les pensions des métallos actifs et à la retraite et autres salariés.

Selon la brochure, «il est impératif que nous travaillions ensemble avec un sens d'urgence pour réaliser les objectifs de notre plan d'affaires pour 2014 et rendre notre entreprise considérablement plus profitable. Notre approche disciplinée requiert qu'on porte une attention de premier ordre au profit, aux clients, aux coûts structuraux et à l'innovation.»

L'«attention de premier plan au profit» est présente dans toutes les éditions de la brochure. La pyramide qui y est présentée, et qu'on a vue sur de grands panneaux à certains endroits, met l'accent sur «la stratégie de création de la valeur pour les actionnaires» comme voie vers la construction d'une «entreprise iconique». Pour obtenir le statut d'«icône», tout doit «contribuer au maintien de la croissance des profits».

Le but de l'«attention de premier plan au profit» serait dans la formule suivante : les profits sont en concurrence avec les coûts. Les coûts sont l'ennemi du profit.

Chaque employé de US Steel a contribué une valeur de 452 571$ à la production de l'acier en 2013, soit le revenu total de l'entreprise divisé par le nombre d'employés. Selon la méthode Carnegie, le profit est ce qui reste une fois qu'on a soustrait les coûts. Partant de cette conception simpliste et unilatérale de l'économie moderne, la méthode Carnegie maudit «les coûts», et selon elle il s'agit en grande partie des métallos eux-mêmes, de leur pension, de leur comportement et surtout de leur résistance individuelle et collective pour défendre leurs droits.

La compagnie dit dans sa brochure : «Le changement de l'équipe directrice est fait en fonction de s'attaquer à l'état d'esprit et au comportement et d'accroître les capacités.» Il s'agit donc d'«identifier la façon dont les gens pensent, se sentent et se comportent au travail, pris ensemble ou individuellement» et «répondre à la résistance et à l'insuffisance en outils et capacité».

La nouvelle équipe de direction a récemment concentré sa guerre psychologique contre les métallos et autres salariés de l'aciérie de Gary, dans l'Indiana. Elle a créé la «salle des opérations de guerre» d'où sort une propagande aux prétentions nobles pour venir à bout de «la façon dont les gens pensent», de leur comportement et de leur résistance.

Dans la salle des opérations, dit la brochure, l'équipe de direction, utilisant les outils pour améliorer les processus et la profitabilité, identifie «les épargnes à réaliser sur les coûts au chapitre des matières premières, des carburants, de l'électricité, du rendement et des améliorations opérationnelles».

Ironiquement, bien que la brochure ne le mentionne pas, pendant que la salle des opérations de guerre du complexe de Gary se livrait à la guerre psychologique, une crise éclatait dans le monde réel, à l'extérieur du monde fantaisiste de la méthode Carnegie. La production de l'acier a été à toute fin pratique paralysée parce que la production juste-à-temps du minerai de fer à ses mines dans le nord-est du Minnesota n'était pas à temps à cause des glaces sur le lac Supérieur, que la «salle des opérations de guerre» n'avait semble-t-il pas prévues.

Pendant ce temps, aux aciéries Great Lakes au Michigan, deux incidents séparés ont causé la mort de deux travailleurs et des dommages structuraux considérables, ce qui a forcé un arrêt des opérations. US Steel a émis un avis de «force majeure», avertissant ses clients qu'il n'allait pas accepter la responsabilité légale du non-respect de l'obligation contractuelle de livrer l'acier.

La logique de la méthode Carnegie, qui place le profit en guerre contre le monde entier, est extrémiste et dangereuse. L'étroitesse de son objectif ne peut mener qu'au déséquilibre et à des attaques contre les métallos et autres salariés, contre leurs pensions et contre la production de l'acier au Canada et dans différentes régions des Etats-Unis. Les métallos et leurs alliés doivent resserrer les rangs et affronter l'extrémisme et la guerre psychologique de la méthode Carnegie en y opposant leur propre pensée, courage, résistance et détermination.

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La confusion de US Steel sur la méthode Carnegie

Dans sa brochure sur la «méthode Carnegie», US Steel semble confondre Andrew Carnegie (magnat de l'acier : 1835-1919) et le célèbre conférencier de la motivation personnelle Dale Carnegie (1888-1955), auteur de How to Win Friends and Influence People (1946) et inventeur de la méthode du même nom. Ou serait-ce que les directeurs de l'entreprise voudraient un mélange des deux : exploitation impitoyable et motivation pour mieux faire accepter l'exploitation?

Dale Carnegie fut un des premiers auteurs dits motivationnels qui se sont intéressés à la réussite personnelle, comme on en trouve maintenant à profusion à la télévision et dans les librairies. Il est devenu célèbre durant les dures années de crise économique avant la Deuxième Guerre mondiale.

Andrew Carnegie était le propriétaire de la Carnegie Steel Company qui a exploité les métallos si brutalement qu'il en a amassé une fortune personnelle de 300 milliards $. Il a fusionné le capital industriel de la Carnegie Steel Company avec le capital bancaire de J. P. Morgan pour former la US Steel Company en 1901.

Ce court extrait d'un livre sur l'histoire de la Carnegie Steel donne un aperçu de la nature particulièrement cruelle d'Andrew Carnegie et de ses directeurs : «Carnegie était aussi connu pour sa détermination à maintenir les salaires bas et à éradiquer l'activité syndicale parmi ses employés, notamment lors de la violente grève de Homestead de 1892. Trois agents de la Pinkerton Detective Agency, embauchée par Henry Clay Frick (1849-1919), partenaire d'affaires de Carnegie, pour supprimer la révolte des travailleurs, abattirent plusieurs grévistes. Carnegie, qui était en Écosse à ce moment-là, est resté silencieusement à l'écart.»[1]

La montée en popularité des conférenciers motivationnels comme Dale Carnegie et les techniques de gestion à la mode font partie de la tendance à vouloir faire disparaître le monde réel dans une abondance de platitudes. Les monopoles organisent leurs entreprises à outrance et cherchent à motiver les travailleurs, mais se heurtent à chaque fois au caractère socialisé de l'économie, qu'ils ne peuvent organiser dans leur intérêt sans recourir à la force et à l'extorsion. Leur conception antiouvrière des réclamations que les métallos sont en droit de faire à la valeur qu'ils produisent, à savoir qu'elles sont un «coût», les met en contradiction avec leurs propres employés. Les vrais problèmes requièrent de vraies solutions mais US Steel n'en a pas, sauf de détruire ses propres usines et d'attaquer les travailleurs comme «coûts», alors il a recours à Dale pour nous remonter le moral avec des campagnes futées de relations publiques.

La méthode Carnegie est faite de banalités, de la sorte qu'on entend à la télévision de la bouche des conférenciers de la motivation, comme l'idée des ceintures de karaté (six couleurs) que les travailleurs obtiennent s'ils contribuent à la productivité, éliminent les gaspillages et réduisent les coûts, ce qui comprend présumément leurs propres salaires, avantages sociaux et pensions. «Nous vous enlevons votre régime de retraite à prestations déterminées et l'indexation mais en échange voici une ceinture verte!»

Les frustrations sont inévitables puisque, peu importe ce que feront les directeurs, la compagnie se retrouve toujours dans le pétrin. L'année dernière, des actionnaires mécontents ont obligé le conseil d'administration à congédier des directeurs de haut rang, y compris le PDG, et pourtant selon les rapports économiques le bilan du premier trimestre de 2014 ne s'en porte pas mieux. Alors les congédiements continuent. Cette fois-ci c'est le vice-président Anthony R. Bridge, 59 ans, qui est forcé de prendre une «retraite anticipée».

Depuis le début de l'année, deux travailleurs ont été tués dans des incidents séparés à l'usine de US Steel à Ecorse, au Michigan. Puis la production a dû être arrêtée de nouveau le 27 mars à cause d'un bris de l'équipement de contrôle de la pollution. Présentement l'aciérie de Gary dans l'Indiana est arrêtée parce que les navires transportant le minerai de fer sont pris dans la glace sur les Grands Lacs. Pas évident, dirait-on, de la glace sur les Grands Lacs l'hiver!

Pour cacher les désastres dans le monde réel d'Andrew Carnegie, on fait appel au monde imaginaire de Dale et sa méthode Carnegie, avec de belles campagnes de publicité et de beaux slogans pour nous motiver dans la misère de la Grande Dépression d'hier et la récurrence des crises et des attaques aujourd'hui. Andrew met les travailleurs en lockout, supervise la mort, les catastrophes et la destruction des usines, pendant que Dale nous aide à nous sentir mieux avec de beaux tableaux et des ceintures colorées.

Note

1. David S. Kidder et Noah D. Oppenheim, The intellectual devotional American history, New York: Modern Times, 2007.

(Tiré de Information Update, bulletin de la section locale 1005 du Syndicat des métallos)

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