Le Marxiste-Léniniste

Numéro 44 - 28 mars 2014

Colombie Britannique : Garder nos forêts publiques et durables

C'est le temps de donner une nouvelle
direction à l'industrie forestière


Colombie Britannique : Garder nos forêts publiques et durables
C'est le temps de donner une nouvelle direction à l'industrie forestière
Forums communautaires à Prince George et Mackenzie
La conversion des permis d'exploitation – ça recommence? - Peter Ewart


Colombie Britannique : Garder nos forêts publiques et durables

C'est le temps de donner une nouvelle direction à l'industrie forestière

Le peuple du nord de la Colombie-Britannique s'organise et passe à l'action pour établir son propre ordre du jour et prendre le contrôle de son économie forestière et de sa vie. Sans développer, défendre et mettre en oeuvre la politique indépendante de la classe ouvrière, la crise dans l'industrie forestière ne peut être résolue en faveur du peuple. Sans cette politique indépendante, la lutte pour se doter du pouvoir politique et économique et de l'autorité d'établir la direction de l'industrie forestière ne sera pas couronnée de succès.

La liste des problèmes dans le secteur forestier est longue et bien connue. La fermeture de moulins a eu un effet dévastateur sur un grand nombre de communautés. Des accidents tragiques, qui, selon les autorités publiques, auraient pu être évités, ont volé la vie et le moyen de subsistance des travailleurs forestiers et détruit leurs moyens de production, comme ce fut le cas pour les usines de Burns Lake et de Prince George en 2012.


La scierie de Lakeland à Prince George dévastée par les flammes. L’explosion qui s’y est produite ainsi que celle à Burns Lake ont tué quatre travailleurs et en ont blessé grièvement 42 autres. (T. Wikjord)

La santé même des forêts a été durement atteinte suite à des pratiques de coupe non scientifiques et opportunistes, aux hivers plus doux, ainsi qu'à d'autres facteurs ayant des conséquences dévastateurs pour les forêts, tel que l'infestation de dendroctone du pin ponderosa.

Le peuple fait face à un obstacle sur la voie de trouver des solutions aux problèmes de l'industrie forestière et de lui donner une direction prosociale. Pour surmonter cet obstacle à la solution des problèmes, il faut que le peuple soit organisé, mobilisé et se dote du pouvoir.

Le comité Debout pour le Nord a organisé deux forums pour discuter de la situation et pour développer un ordre du jour qui est au service du peuple et de l'intérêt public. Le matériel préparatoire à la discussion indique ce que les organisateurs n'aiment pas de la situation actuelle et leur détermination à changer la situation. Au coeur de la discussion est la question de qui décide et qui contrôle l'ordre du jour de l'industrie forestière et sa direction : les monopoles forestiers et leurs représentants au gouvernement ou le peuple, avec ses propres politiciens représentant la politique indépendante de la classe ouvrière.


Des aires complètes d’arbres rouges brunâtres dans les régions de Mt Fraser et de Fraser Lake à la frontière de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, mourant de l’infestation de dendroctone du pin ponderosa.

Le peuple du Nord n'a pas causé la détérioration de l'industrie forestière. Au cours des années, de nombreuses personnes ont revendiqué des pratiques forestières nouvelles ainsi qu'une direction nouvelle, mais les monopoles et leurs représentants politiques ont fait obstacle à ces voix, les empêchant de se faire entendre. Ils ont empêché le peuple de se former une opinion publique en faveur d'un changement de la direction de l'industrie et ils l'ont empêché de se doter du pouvoir politique et économique lui permettant de faire d'un changement prosocial une réalité. L'affrontement s'exacerbe entre deux visions et deux intérêts diamétralement opposés : entre le droit de monopole et le droit public, entre les intérêts privés des grandes entreprises et l'intérêt public, entre ceux qui détruisent actuellement l'industrie forestière et ceux qui exigent sa consolidation comme partie intégrante de l'édification nationale, entre la vieille façon de faire et la nouvelle façon de faire.

Les monopoles et leurs représentants politiques voient l'industrie forestière par le petit bout de la lorgnette, celui de leurs intérêts privés étroits. Le peuple rejette cette vision intéressée. Il recherche une approche large, une approche qui sert l'intérêt public et le bien-être de l'environnement social et naturel. Comment se doter du pouvoir politique et économique nécessaire pour priver les monopoles et leurs représentants gouvernementaux de leur capacité de dicter et imposer leur ordre du jour et leurs intérêts privés étroits est le problème qui demande à être résolu. Le peuple est déterminé à surmonter l'obstacle qui cherche à l'empêcher de fournir une nouvelle direction pour l'économie et de développer un système moderne de gouvernance sur la base du pouvoir dont il s'est doté.

C'est notre industrie forestière !
À nous de décider ! À nous d'en avoir le contrôle !
Participons à la lutte pour investir le peuple du pouvoir !
C'est le temps d'une nouvelle direction pour l'industrie forestière !

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Forums communautaires à
Prince George et Mackenzie

Des forums communautaires se tiendront à Prince George le 12 avril et à Mackenzie le 13 avril, sous le thème « Rénovons nos forêts : maintenons-les publiques et durables.


Cliquer pour agrandir.

L'entrée aux forums est gratuite. Pour le forum de Prince George, le lunch sera offert gratuitement. Les réservations pour le lunch doivent être faites à l'avance en téléphonant au : (250)563-5670 (avant le 10 avril).

Les forums traiteront de deux questions centrales :

( 1 ) La nécessité d'une tenure forestière et de permis forestiers qui servent tous les secteurs de l'industrie forestière et tous les résidents de Colombie-Britannique.

L'année dernière, le gouvernement provincial a tenté d'amener un projet de loi qui aurait permis aux entreprises de transformer leurs permis d'exploitation forestière en concessions de terres forestières ( en anglais, les Tree Farm Licenses ou TFL), ce qui selon plusieurs est un pas de plus dans la voie d'une plus grande privatisation. Ces conversions auraient vraisemblablement comme conséquence de placer de vastes zones forestières sous le contrôle de quelques grandes entreprises, au détriment des travailleurs, des communautés, des Premières nations et des petits et moyens entrepreneurs. Face à une opposition concertée ( même de la part de quelques unes des grandes entreprises ), le gouvernement a été contraint de retirer le projet de loi avant les élections provinciales de 2013.

Aujourd'hui, un an plus tard, le gouvernement propose une politique remaniée qui permettrait le même genre de transformation des permis d'exploitation forestière en TFL. Les forums discuteront de cette question et de la nécessité de la participation du public, ainsi que de discuter d'autres formes d'occupation du territoire, qui peuvent maintenir nos forêts publiques et les utiliser fonctionner pour tous les gens de Colombie-Britannique.

( 2 ) Ramener nos forêts à la santé et à la durabilité

Il s'agit d'un enjeu majeur pour la Colombie-Britannique. Nos forêts sont actuellement en mauvais état en raison de la mauvaise gestion de la forêt, de la négligence envers la sylviculture, de l'absence de vision, de la surexploitation, de l'infestation du dendroctone du pin et d'autres problèmes.

Pendant plus d'un siècle, l'industrie forestière a été un pilier de l'économie provinciale et elle peut continuer de l'être. Plusieurs cependant estiment que le gouvernement provincial actuel a perdu de vue cette réalité et est préoccupé par d'autres questions. Cependant, il ne faut pas oublier que, contrairement à l'exploitation minière et au gaz naturel liquéfié, la forêt est une ressource renouvelable. Cela étant dit, les formes actuelles de la gestion des forêts ne sont pas viables. Nos forêts ont un potentiel incroyable pour créer divers produits et usages, mais pour que ce potentiel soit exploité, nos forêts doivent être bien gérées. Il est essentiel que les gens de Colombie-Britannique soient consultés et aient leur mot à dire sur ce qu'il adviendra de cette précieuse ressource.

Les orateurs à ces forums seront :

Anthony Britneff

Anthony est un forestier professionnel attitré (à la retraite) et analyste des politiques forestières, qui apportera aux forums sa riche expérience et expertise. Il a eu une carrière de 40 ans au sein du BC Forest Service dans la plupart des régions de la province, occupant des postes de cadre supérieur liés à l'inventaire forestier, la planification stratégique, la sylviculture et la santé des forêts.

Vicky Husband

Vicky est une écologiste réputée. Elle oeuvre depuis plus de 30 ans à la protection et la gestion des forêts en Colombie-Britannique, dont la planification de l'utilisation du territoire, de la faune et de la pêche, et la création d'aires protégées. Elle a été reconnue pour son travail de conservation en se voyant décerner l'Ordre du Canada et l'Ordre de la Colombie-Britannique.

Leonard Thomas

Leonard est actuellement l'agent de développement économique pour la Première Nation de Nak'azdli et ancien vice-président du Conseil forestier des Premières nations de la Colombie-Britannique. Il a joué un rôle prépondérant dans le développement des Produits forestiers Tl'oh, l'une des coentreprises forestières des Premières nations qui a le mieux réussi au Canada. En tant que chef de la Première Nation Nak'azdli, il a été l'un des chefs Carrier Sékanis à avoir été un catalyseur pour la tenue en 2005 de la rencontre au sommet des Premières nations sur la question du dendroctone du pin ponderosa, laquelle par la suite est devenue le Conseil forestier. Il travaille depuis longtemps à ce que les Premières nations obtiennent leur juste part de l'approvisionnement en bois et des concessions forestières.

Keith Atkinson

Keith est le directeur général du Conseil forestier des Premières nations de la Colombie-Britannique, président de la Société de développement Snuneymuxw et coprésident du Conseil des sages des Premières nations de la Faculté de foresterie de l'université de Colombie-Britannique. Il est un forestier professionnel autochtone attitré possédant plus de 20 ans d'expérience à titre de consultant en planification et gestion forestière. Keith a grandi dans les communautés côtières, tout en développant ses compétences en gestion forestière grâce à des emplois au sein de l'entreprise familiale, Coast Forest Management Ltd. Il est membre de la Première nation Snuneymuxw, marié et vit actuellement à Vancouver nord.

Parmi les autres orateurs on compte Arnold Bercov, du Syndicat des travailleurs canadiens des pâtes et papiers et du bois ; Frank Everitt de la section locale 1-424 du Syndicat des Métallos ; Megan Scott du Syndicat des employés du secteur public et des agences gouvernementales de la Colombie-Britannique, Scott Doherty d'Unifor et Peter Ewart du Comité Debout pour le Nord

Organisé par le Comité Debout pour le Nord

Parrainé par : le Syndicat des travailleurs canadiens des pâtes et papiers et du bois ; la section locale 1-424 du Syndicat des métallos ; le Syndicat des employés du secteur public et des agences gouvernementales de la Colombie-Britannique ; l'Association des professeurs du College of New Caledonia ; le North Labour Law ; Unifor et le Conseil du travail du Centre-Nord

Le Comité Debout pour le Nord est un organisme communautaire à but non lucratif composé entièrement de bénévoles qui se consacrent à doter de pouvoir les communautés et la région du nord de la Colombie-Britannique et à améliorer leur sort.

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La conversion des permis
d'exploitation — ça recommence?

La chose semble vouloir se répéter. Au printemps 2013, le gouvernement Clark a présenté un projet de loi qui donnerait discrétion au ministre des forêts de convertir les permis d'exploitation ( exprimés en volumes de bois) en concessions de terres forestières ( les Tree Farm Licenses ou TFL) sur tout le territoire de la Colombie-Britannique. Selon le ministre des Forêts, les TFL comporteraient des avantages tel celui « d'encourager les détenteurs de permis à faire des travaux avancés en sylviculture et des investissements en infrastructures qui vont améliorer l'approvisionnement en bois à moyen terme».

Ce projet de conversion a cependant été reçu par un tollé de protestations partout dans la province, tout comme cela a été le cas dans les décennies précédentes quand de telles propositions de conversions ont été faites par d'autres gouvernements et tout de suite retirées tant l'opposition à cette politique était forte.

Les opposants avaient renommé le projet « La loi pour donner nos forêts en cadeau » parce qu'elle garantirait des droits de propriété plus grands à quelques grandes entreprises forestières, soit les cinq grandes qui contrôlent la part du lion des permis d'exploitation forestière dans la province. Les TFL sont très attrayantes parce qu'elles sont la forme d'allocation de permis qui se rapproche le plus de la privatisation. Comme l'ont dit le Grand chef Stewart Phillip et l'analyste forestier Ben Parfitt, « elles possèdent la plus grande valeur financière sur le marché du fait qu'elles donnent aux détenteurs de TFL des droits exclusifs sur la gestion de zones forestières et cela pour plusieurs années ». En effet, les TFL deviennent des avoirs financiers qui peuvent être vendus, échangés, et faire l'objet de spéculation sur les marchés mondiaux. Ces investisseurs internationaux peuvent bien n'avoir aucun intérêt dans la diversification de l'infrastructure ou même dans le maintien des moulins existants sans parler de l'appui aux communautés locales.

De plus, comme le fait remarquer Parfitt, les TFL ne donnent pas nécessairement lieu au renouvellement de la sylviculture et à une meilleure gestion des forêts. Quel que soit le type de permis d'exploitation qu'elles possèdent, les compagnies tendent à limiter l'investissement pour la regénération de la forêt au minimum requis par la loi un point c'est tout.

Probablement à cause de la forte opposition et parce que l'élection printanière approchait, le gouvernement provincial avait abruptement retiré la section sur la conversion du projet de loi en mars. « C'est un élément important de politique publique, avait alors dit le ministre des Forêts Steve Thomson, mais cela me semble évident maintenant qu'il faudra impliquer le public davantage avant de procéder aux amendements législatifs ».

L'automne dernier, des rapports provenant de sources anonymes disaient que le gouvernement Clark avait mis en place un nouveau projet de loi sur la conversion. Lors du Forum sur les ressources naturelles tenu en janvier cette année, la première ministre Clark avait été vague sur la nécessité ou non de tenir plus de consultations publiques et communautaires, affirmant qu'il y en avait déjà eu beaucoup par le biais du Comité sur l'approvisionnement forestier. Lors du mème forum, suggérant peut-être que ce ne sont pas toutes les entreprises forestières qui appuyaient entièrement l'idée de la conversion, le PDG du Conseil des industries forestières avait modulé son appui en disant que la conversion serait peut-être souhaitable seulement dans certaines zones dans la province.

Les opposants ont maintenu leur position. Et on ne parle pas ici uniquement des environnementalistes. On craint en effet que les Premières Nations, les petites et moyennes entreprises forestières, les contracteurs, les opérateurs de valeur ajoutée, les entreprises de tourisme et les communautés forestières pourraient se retrouver démunis alors que les grandes entreprises consolideraient leurs opérations dans de vastes concessions de terres forestières. Certains disent qu'on pourrait même assister à de nouvelles fermetures de moulins dans une province qui en a déjà beaucoup trop connues.

En plus de cela, une fois que des ententes auront été conclues sur les réclamations territoriales des Premières Nations, les résidents de Colombie-Britannique pourraient bien devoir payer de grandes sommes d'argent en compensation à ces grandes entreprises pour des TFL que ces mêmes compagnies obtiendraient aujourd'hui pour une bouchée de pain.

En février dernier, le ministère des Opérations en forêt, sur les terres et les ressources naturelles a publié son plan opérationnel pour 2014-2017. La priorité numéro un selon le plan est de « commencer une consultation publique sur un projet de loi qui permettrait la conversion des permis basés sur des volumes en concessions de terres forestières. » Comment et où se fera cette consultation n'est pas encore connu.

Il est clair qu'il y a de puissants intérêts économiques dans la province qui veulent ces concessions de terres forestières. Cependant, comme le font valoir les opposants, est-ce que c'est vraiment dans l'intérêt public que de mettre de vastes zones forestières à la disposition de quelques grandes entreprises?

Une fois de plus, il revient au peuple et aux parties concernées de se mettre en action et de dire leur mot.

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