Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 28 - 26 février 2014

Des actes criminels au nom de la démocratie

L'essence de la question en Ukraine


Manifestations antigouvernementales à Kiev en Ukraine le 22 février 2014.

Des actes criminels au nom de la démocratie
L'essence de la question en Ukraine
Les sales jeux de coulisse des impérialistes étasuniens en Ukraine
Des liens de longue date entre les États-Unis, le Canada et les fascistes ukrainiens


Des actes criminels au nom de la démocratie

L'essence de la question en Ukraine

Les événements se succèdent rapidement en Ukraine en conséquence de l'ingérence directe et ouverte des États-Unis et de l'Union européenne avec la participation de hauts représentants de l'ONU.

En date du 26 février, les médias rapportent que le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch a été renversé. Ianoukovitch aurait quitté la capitale le 21 février, quelques heures à peine après avoir conclu une entente avec les leaders de l'opposition pour résoudre la crise. Dans une déclaration télévisée le lendemain, Ianoukovitch a qualifié la crise politique de l'Ukraine de coup d'État et dit que la situation ressemblait à la montée des nazis dans les années 1930. Il a également dit qu'il ne quittera pas son poste et ne fuira pas le pays.

Le samedi 22 février, les agences de nouvelles rapportaient que le président Ianoukovitch était abandonné de ses ministres. Le parlement a voté de tenir des élections présidentielles le 25 mai. Également le 22 février, la chef de l'opposition pro-Europe et ancienne première ministre Ioulia Timochenko a été libérée de prison et s'est adressée à un rassemblement sur la place Maidan. Elle avait été emprisonnée en 2011 pour des accusations de corruption.

Les actes de violence des multiples factions que les médias occidentaux appellent « manifestants pacifiques » comprennent des enlèvements, de la torture et des attaques armées contre les soldats. Le ministère de la Santé fait état de 82 morts et les médias monopolisés parlent de centaines de blessés.

Durant l'éclatement de la violence le 18 février, qui a fait de nombreux morts, des armes et des véhicules de l'armée ont été volés et utilisés dans les combats de rue. Pendant ce temps, les États-Unis faisaient pression pour un changement de régime et menaçaient le gouvernement de sanctions s'il utilisait la violence pour défendre l'ordre constitutionnel.

Le 18 février, l'ambassadeur américain en Ukraine Geoffrey Pyatt a dit que les États-Unis étaient d'avis que la crise pouvait être résolue par le dialogue et que des sanctions pourraient être imposées à ceux qui, des deux côtés, encouragent la violence. Le lendemain, l'ambassadeur a dit que le gouvernement devait garantir le droit de manifester pacifiquement et a annoncé qu'il avait refusé d'accorder un visa à plusieurs représentants du gouvernement ukrainien.

Le vice-président américain Joe Biden s'est entretenu avec le président Ianoukovitch au téléphone et lui a demandé de retirer les forces de sécurité des rues de la capitale pendant que les « manifestants pacifiques » prenaient d'assaut plusieurs édifices militaires et postes de police.

Entre-temps, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a averti Ianoukovitch que le Conseil des affaires étrangères de l'Union européenne s'était réuni le 20 février pour adopter des mesures contre les représentants du gouvernement ukrainien qui ont pris part aux décisions qui ont mené à la perte de vies. Les ministres des affaires étrangères de la Suède, de la Lettonie, de la Pologne, de la Lituanie et de l'Allemagne ont amorcé les discussions sur l'envoi possible d'une force de maintien de la paix en Ukraine.

Dietmar Stüdemann, ancien ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne, a laissé savoir que la mission de paix était en réalité une « opération de coercition » pour forcer l'Ukraine à se joindre à l'Union européenne.

N'ayant pas réussi à obtenir un changement de régime au départ, les États-Unis et l'Union européenne ont incité une guerre civile pour démanteler l'État ukrainien tel qu'il existe présentement.

Selon l'analyste Alexander Boytsov, « les géostratégistes américains veulent que l'Ukraine soit déstabilisée. Leur véritable intention n'est pas de forcer le pays à intégrer l'Union européenne, mais plutôt de bloquer toute intégration de l'Union eurasienne. Les Américains sont convaincus que s'ils réussissent, tous les efforts de Moscou pour réaliser l'intégration de l'espace postsoviétique seront automatiquement perdus. Il ne fait pas de doute qu'avec des ambitions géopolitiques de cette envergure, les faucons américains ne s'arrêteront pas au bain de sang que pourrait entraîner une guerre civile en Ukraine. »

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Les sales jeux de coulisse des
impérialistes étasuniens en Ukraine

Les jeux de coulisses des impérialistes étasuniens en ce moment en Ukraine visent à placer « leur homme » en position de pouvoir plutôt que celui de l'Union européenne. On peut voir comment les contradictions interimpérialistes s'exacerbent sur la question de qui contrôlera l'Ukraine et on est à même de voir les crimes qui sont perpétrés par les grandes puissances des États-Unis et de l'Europe contre le peuple ukrainien.

Ce qui suit est une transcription de ce qui est une conversation téléphonique sur écoute entre la secrétaire d'État adjointe américaine, Victoria Nuland, et l'ambassadeur des États-Unis en Ukraine, Geoffrey Pyatt. La conversation a eu lieu vraisemblablement le jeudi 6 février 2014. Les États-Unis accusent la Russie d'avoir enregistré l'échange et, en dépit du contenu de la conversation, prétendent que les États-Unis ne sont toujours qu'un médiateur impartial en Ukraine. Tout cela expose la dangereuse situation d'anarchie qui existe internationalement et qui est fomentée par les États-Unis et les puissances impérialistes européennes par le biais de leurs agences de sécurité, leurs cinquièmes colonnes et leurs représentants aux Nations unies. Les Canadiens doivent dénoncer cette ingérence dans les affaires de l'Ukraine d'autant plus que les Canadiens sont bien conscients que les impérialistes se livrent au même genre d'activités criminelles au Canada et ailleurs dans le monde.

Nuland : Qu'en penses-tu ?

Pyatt : Je pense qu'on est dans la partie. La pièce Klitschko [Vitaly Klitschko, l'un des trois principaux chefs de l'opposition] est sans doute l'électron le plus volatile ici. Surtout qu'on a annoncé qu'il serait premier ministre adjoint. Tu as pris connaissance de mes notes sur comment le mariage ne tient qu'à un fil, alors nous essayons de saisir rapidement où il se situe sur toutes ces questions. Je pense que le raisonnement que tu devrais lui faire, et ce devrait être sans doute ton prochain coup de téléphone, devrait être exactement le même que tu as fait à Yats [Arseniy Yatseniuk, un autre chef de l'opposition]. Et je suis content que tu lui aies dit franchement quel est le rôle qu'il doit jouer dans ce scénario. Ce qu'il a répondu m'a plu.

Nuland : Bien. Je ne pense pas que Klitsch doit faire partie du gouvernement. Je ne pense pas que ce soit nécessaire, et même, ce n'est pas une bonne idée.

Pyatt : Oui. Je pense que tu as raison sur ce point. Il ne devrait pas faire partie du gouvernement. Il devrait rester à l'extérieur tout vaquant à ses affaires politiques et autres. J'essaie de voir comment on devrait procéder, parce que nous voulons que les démocrates modérés restent ensemble. C'est Tyahnybok [Oleh Tyahnybok, l'autre chef de l'opposition] et son groupe qui risquent d'être un problème et je suis certain qu'ils font partie du calcul de [président Viktor] Ianoukovitch dans toute cette histoire.

Nuland : [l'interrompant] Je pense bien que Yats est celui qui a toute l'expérience économique, l'expérience en gouvernance. C'est le...c'est mieux pour lui que Klitsch et Tyahnybok travaillent à distance. Il faudra qu'il leur parle quatre fois par semaine, tu sais. Je pense que si Klitsch fait partie du gouvernement, s'il travaille pour Yatseniuk à ce niveau, ça ne fonctionnera pas.

Pyatt : Euh, oui, je pense que tu as raison. OK. Bien. Veux-tu qu'on organise un appel avec lui comme la prochaine chose qu'on fait ?

Nuland : Ce que je comprends de cette communication - mais tu sauras me le dire - c'est que les trois chefs ont l'intention de faire une réunion entre eux et que dans ce contexte Yats va offrir l'occasion d'une discussion trois plus un ou encore trois plus deux, en t'incluant. Est-ce que c'est ce que tu as compris ?

Pyatt : Non. Je pense...oui, c'est ce qu'on a proposé, mais je pense qu'en tenant compte de la dynamique entre eux alors que Klitschko a une longueur d'avance sur les autres, il ne s'empressera pas de participer à quelque réunion que ce soit. Il discute sans doute avec son monde en ce moment donc je pense que le fait que tu lui tendes directement la main assistera à gérer le conflit de personnalités entre les trois et te donnera l'opportunité d'agir rapidement dans tout cela et de nous assurer une influence avant qu'ils ne s'assoient tous et qu'il n'explique pourquoi il n'aime pas la situation.

Nuland : D'accord, bien, je suis satisfaite. Pourquoi n'essaies-tu pas de l'approcher et de voir s'il ne veut pas te parler soit avant ou après la rencontre.

Pyatt : Bonne idée. Merci.

Nuland : D'accord...mais j'ai une autre petite embûche pour toi, Geoff. [on entend un clic] je ne me souviens pas de te l'avoir dit ou si je l'ai seulement dit à Washington, mais lorsque j'ai discuté avec Jeff Feltman [secrétaire général adjoint des Nations unies en matière d'Affaires politiques] ce matin, il m'a dit qu'il avait un nouveau nom à filer au type de l'ONU, Robert Serry. Est-ce que je t'en ai parlé ce matin ?

Pyatt : Oui je suis au courant.

Nuland : D'accord. Cette nouvelle personne a convaincu Serry et [le secrétaire général de l'ONU] Ban Ki-moon à l'effet que Serry pourrait rentrer lundi ou mardi. Ce serait excellent, je pense, question de consolider l'affaire, de faire en sorte que l'ONU y mette son grain de sel et, voilà, que l'Union européenne aille se faire foutre.

Pyatt : Exactement. Et je pense que nous allons devoir faire quelque chose pour que le tout ne s'effondre pas parce que, comme tu le sais, si nous arrivons à décoller, c'est certain que les Russes vont travailler en coulisses pour tout détruire. Et il faut tenir compte du fait que tout cela a lieu au moment où on se parle et je me demande toujours pourquoi Ianoukovitch a dit ça. Entretemps, il y a présentement une réunion d'une faction du Parti des régions et je suis certain que ça doit brasser dans ce groupe en ce moment. Nous pourrions bien nous en tirer sur cette question si nous agissons rapidement. Ça fait que laisse moi approcher Klitschko et toi, entretemps, continue d'essayer de dénicher quelque personnalité internationale qui pourrait venir ici et nous assister à mener ce plan à terme. L'autre question, c'est de se rapprocher d'Ianoukovitch mais nous allons sans doute nous reparler demain à mesure que les pièces vont se mettre en place.

Nuland : À ce sujet, Geoff, lorsque je lui ai fait parvenir une note, [le conseiller de sécurité nationale du vice-président des États-Unis Jake] Sullivan m'est revenu directement en me disant que j'avais besoin de [vice-président des États-Unis Joe] Biden et je lui ai dit que demain serait un jour approprié pour des petites tapes dans le dos et pour voir à ce que tout se mette en place. Biden est prêt.

Pyatt : D'accord, c'est bon. Merci.

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Des liens de longue date entre les États-Unis,
le Canada et les fascistes ukrainiens

Le 18 février, le Huffington Post a publié un article provenant de la Presse canadienne qui décrit comment des « activistes » ukrainiens se seraient « réfugiés » à l'intérieur de l'ambassade canadienne à Kiev. Dans la photo qui accompagne l'article, on peut clairement identifier le drapeau bleu et or de Svoboda, le parti néonazi de l'Ukraine. Ce parti détient 50 sièges au parlement ukrainien.


Photo de la Presse canadienne avec vignette disant: « Un petit groupe de protestataires antigouvernementaux se sont abrités dans l’ambassade canadienne dans la capitale ukrainienne [...}». On peut voir nettement à l’arrière les drapeaux bleu et or du parti néonazi Svoboda.

Par la suite, on a voulu laisser entendre qu'il ne s'agissait que d'une poignée d'activistes qui sont restés dans le hall d'entrée. Un gazouillis de Rick Roth, directeur des communications du ministre des Affaires étrangères, John Baird, a affirmé : « Les manifestants sont entrés dans la salle de réception [de l'ambassade canadienne en Ukraine] aujourd'hui pour fuir la violence du gouvernement contre les manifestants. » S'il est vrai qu'il peut s'agir de photos tirées d'une banque de données, néanmoins d'autres déclarations confirment que les activistes étaient bel et bien dans le hall d'entrée de l'ambassade. Baird a déclaré que les néonazis qui étaient à l'ambassade canadienne « s'exprimaient de façon pacifique en faveur de la démocratie ». Cet incident démontre une fois de plus comment la dictature Harper participe ouvertement à la campagne de désinformation à l'effet que le coup d'État /guerre civile instigué par l'Union européenne en Ukraine est mû par la démocratie.

Cette ingérence dans les affaires internes de l'Ukraine a par contre exposé les harpé riens comme étant pro-néonazis, comme l'expose l'incident de l'ambassade. Les néonazis, soutenus par les États-Unis, l'Union européenne et le Canada, sont impliqués dans de la violence gratuite y compris des meurtres. Et on appelle ça la démocratie.

Rien de tout cela n'est dans l'intérêt ni du peuple ukrainien ni du peuple canadien ni de qui que ce soit. Les travailleurs canadiens doivent fermement s'opposer à la dictature Harper et à son appui flagrant au néonazisme, ainsi qu'à son ingérence continue dans les affaires internes de l'Ukraine. Le peuple ukrainien est parfaitement en mesure de régler ses propres affaires sans intervention étrangère.

Ci-dessous, vous trouverez des extraits d'un article, « Comment la CIA a toujours recours aux stratégies nazies en ce qui concerne les nationalistes ukrainiens de droite depuis la guerre froide ». L'auteur de cet article est Wayne Madsen, un journaliste d'enquête étasunien, et l'article a été publié sur le web le 20 février par la Fondation de la culture stratégique. Cet article explique la montée du néonazisme en Ukraine, alimentée par les impérialistes étasuniens, et sa relation avec ce qui passe actuellement dans ce pays. Madsen est un ancien officier naval qui a aussi travaillé pour l'Agence de sécurité nationale et le département d'État. Il contribue régulièrement à RT et à PressTV.

***

L'agence centrale d'intelligence semble être figée dans le temps. Au coeur du mouvement de « résistance » de la CIA et de George Soros en Ukraine, il y a les fascistes et les pro-nazis ukrainiens, les précurseurs idéologiques du parti fasciste de droite ukrainien, Svoboda, et d'autres groupes d'extrême-droite et antirusses qui sont en grande partie établis dans l'ouest de l'Ukraine.

Un document de la CIA datant d'août 1950 révèle que dès le début de la guerre froide, l'agence de renseignement des États-Unis s'est inspirée d'agences de renseignement et de stratégies nazies qui ont été utilisées au sein de plusieurs groupes nationalistes ukrainiens au cours de la Deuxième Guerre mondiale. La cueillette de renseignements ayant appartenu aux agences de renseignement nazies en Ukraine a été prise en main par le bureau précurseur de la CIA, le Bureau des services stratégiques (OSS), dans les derniers jours de la Deuxième Guerre mondiale. Cette révélation sur la prise en main d'informations recueillies par les agences de renseignement nazies par la CIA prend toute son importance à la lumière de l'appui actuel du gouvernement étasunien de groupes nationalistes ukrainiens antirusses, dont la plupart ont une orientation soit néonazie ou fasciste.

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les Nazis ont appuyé de nombreux groupes nationalistes ukrainiens contre l'Union soviétique. Après la guerre, ces groupes ont commencé à recevoir de l'appui de la CIA pour un mouvement de résistance clandestin contre l'Union soviétique, en particulier dans l'Ukraine de l'ouest.

Le rapport de l'agence de renseignement nazie trouvé dans les archives de la CIA s'intitule :

« Die national-ukrainische Widerstandssbewegung » ou « Résistance nationale ukrainienne ». La CIA avait marqué le rapport comme étant confidentiel.

Plusieurs des groupes ukrainiens sur la liste du rapport de la CIA issu des nazis faisaient partie du soi-disant mouvement des « nations captives » basé à Washington qui tentait de mobiliser des partisans nationalistes contre l'Union soviétique en Europe centrale et occidentale après la Deuxième Guerre mondiale. Plusieurs des précurseurs idéologiques de l'opposition ukrainienne actuelle au président Viktor Ianoukovitch proviennent de ces forces de la période de la Guerre froide.

Parmi les groupes ukrainiens identifiés par les Nazis comme étant des alliés possibles de la CIA se trouvait l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN). L'un des héritiers du dogme politique de l'OUN est le mouvement néonazi d'extrême-droite Svoboda d'Oleh Tyahnybok.

Tyanhnybok a été l'un des invités réguliers de l'ambassadeur étasunien en Ukraine, Geoffrey Pyatt, qui est juif et un ardent sioniste ayant passé beaucoup de temps à fréquenter les événements commémorant l'holocauste en Ukraine depuis qu'il a accédé à son poste. Tyahnybok, de même que les chefs de l'opposition Vitali Kitschko, un ancien boxeur, et Arseniy Yatsenyuk, sont tous des candidats potentiels devant constituer un gouvernement post-Ianoukovitch, un gouvernement qui recevra ses ordres de Washington et de l'Union européenne.

D'autres groupes ukrainiens ayant été identifiés par les nazis et embrassés par la CIA sont le Sluzhba Bezopasnosti ou le service de sécurité de l'OUN, le groupe Bandera, le groupe Mel'nik, l'unité de partisans Taras Bulba (Borovets) en Galicie, l'Armée révolutionnaire ukrainienne de l'Ukraine de l'ouest et de la Galicie (dont le drapeau rouge et noir a été ressuscité par des groupes financés par George Soros au cours des récentes manifestations en Ukraine), le mouvement Hetman, l'Union pour la libération de l'Ukraine (qui était basé à Paris), et le mouvement national cosaque ukrainien (qui était basé à Berlin). Le dirigeant de l'Union pro-nazie pour la libération de l'Ukraine à Paris se nommait Levitsky, un juif ukrainien.

Le rapport de l'agence de renseignement nazi révèle aussi que plusieurs nationalistes ukrainiens, dont certains ont plus tard intégré les rangs de la CIA, étaient entraînés dans les « camps de l'armée et de la police allemande à Cracow, Neuhammer, Branenburg et Frankfurt-Oder » et ont plus tard été « assignés à l'est dans la guerre partisane ».

L'agent de liaison entre le renseignement britannique et le mouvement de libération cosaque ukrainien s'appelait « Markotun ». La Gestapo avait identifié Markotun comme étant un franc-maçon connu.

La CIA a aussi fait usage des renseignements de la Gestapo sur la franc-maçonnerie en Europe de l'Est et en Europe centrale afin d'établir des liens avec des personnalités clandestines pouvant les servir par leur antisoviétisme et leur anticommunisme. La CIA avait découvert que pendant la Deuxième Guerre mondiale et après, les franc-maçons avaient évité de se faire prendre en communiquant les uns avec les autres par le biais d'un code téléphonique spécial, en particulier en Roumanie. La CIA, selon un rapport d'information du 12 mai 1952, avait été informée à l'effet que des membres roumains du Grand conseil de loge maçonnique s'apprêtaient à mener des actes de sabotage contre le gouvernement roumain et des cibles soviétiques dans le pays.

Le principal architecte de sabotage de la CIA et d'autres opérations clandestines contre les pays de l'Europe de l'Est et de l'Europe centrale était le Docteur Lev Dobriansky, un expatrié ukrainien et le père du soi-disant mouvement des « nations captives ». Dobriansky et ses alliés de la droite, en particulier ceux du Conseil de sécurité étasunien dont Dobriansky était un officier, ont rallié des Ukrainiens en exil contre l'Union soviétique. Le Conseil de sécurité étasunien disposait de fonds sans fin pour financer les saboteurs ukrainiens puisque parmi ses membres se trouvaient US Steel, Motorola, General Electric, American Zinc et Eversharp. La propagande de Dobriansky et de ses collègues se faisait entendre régulièrement dans les années soixante sur les ondes de radio WMAL-AM à Washington, DC, et leur leadership maintenait des liens serrés avec la CIA et son directeur, l'amiral William F. Raborn, Jr.

[...]


Lors d’une visite en Ukraine en décembre dernier, le sénateur américain John McCain a été photographié à maintes reprises avec Oleh Tyahnybok, le dirigeant du parti nationaliste de droite Svoboda. McCain, au centre, est accompagné à sa droite de Chris Murphy et à sa gauche de Tyahnybok lors d’un rassemblement pro-Unité européenne à Kiev le 15 décembre 2013.

La coopération intime de la CIA avec des groupes d'extrême-droite ukrainiens était un projet spécial personnel de Richard Helms, le directeur adjoint puis directeur de l'agence. Helms a témoigné devant le Congrès qu'au sein des groupes d'exilés de la CIA se trouvaient « de bonnes sources de renseignement qui existent et qui sont développées » par le biais de groupes d'immigrants de l'Ukraine, des pays baltes et d'autres pays. L'Assemblée des nations captives européennes (ASEN) avait à sa solde de nombreuses personnes de droite, dont le président de l'ACEN Vaclovas Sidzikauskas de la Lituanie, le vice-président Stefan Korbonski de la Pologne, George M. Dimitrov de la Bulgarie, Josef Lettrich de la Tchécoslovaquie, Ferenc Nagy de la Hongrie, et le docteur Dobriansky qui représentait son Ukraine natale. Si l'ACEN entretenait des liens avec les partis démocrates et républicains aux États-Unis, elle avait aussi des liens avec le Parti de l'indépendance américaine du candidat présidentiel de 1968 George Wallace et du candidat vice-présidentiel de l'extrême-droite, le général Curtis LeMay.

Via le Conseil de sécurité étasunien, Dobriansky et ses acolytes, parfois affiliés au John Birch Society ou au Young Americans for Freedom, maintenaient des liens étroits avec des dictateurs et des groupes paramilitaires de l'Amérique latine. Tout indique que ces liens sont toujours aussi solides aujourd'hui depuis que la violence a éclaté en Ukraine, précédée par une violence similaire au Venezuela. Il a été établi que les manifestations violentes contre le gouvernement élu du président vénézuélien Nicolas Maduro ont été financées par plusieurs groupes de droite liés aux paramilitaires en Colombie. Certains de ces groupes sont liés aux mêmes éléments fascistes et sionistes qui sont responsables d'inciter la violence en Ukraine. Parmi ces éléments on trouve l'American Enterprise Institute et le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS).

La soi-disant problématique des « nationalités » en Russie et dans les anciennes républiques de l'Union soviétique a souvent servi d'arme à la CIA et à ses organisations et supporters paravents. Un jour, Dobriansky a parlé au Congrès des États-Unis d'endroits que les étasuniens ne connaissaient même pas et qui faisaient partie de son plan pour semer la discorde ethnique en Eurasie. Dobriansky s'était moqué des commentateurs des États-Unis qui avaient demandé : « Où se trouve la Ruthénie blanche ? Où se trouve la Cosaquie ? » Il avait dit que « la plupart n'ont jamais entendu parler d'Idel-Ural, de l'Azerbaïdjan ou même du Turkestan. »

Aujourd'hui, les héritiers de Dobriansky, dont fait partie sa fille Paula Dobriansky, une fonctionnaire du département d'État de l'administration Bush et une ardente néoconservatrice, invoquent l'image du sang versé pour justifier l'ingérence occidentale en Ukraine et dans la fédération russe. Leurs prétentions sont aussi insensées et ridicules aujourd'hui qu'elle ne l'étaient au cours des années cinquante et soixante alors que leurs précurseurs ne se trouvaient comme alliés que des extrémistes de droite, comme des vedettes de cinéma vieillissantes telles Ronald Reagan et Adolphe Menjou, ainsi que les ex-nazis.

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