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                              Marxiste-Léniniste

Numéro 16 - 10 février 2014

La défense des droits humains

Un musée canadien des droits de la personne pour fausser l'histoire et promouvoir la réaction


La défense des droits humains
Un musée canadien des droits de la personne pour fausser l'histoire et promouvoir la réaction - George Allen

Les Dominicains d'origine haïtienne
Une assemblée publique dénonce la décision de la République dominicaine de dénationaliser des Dominicains d'origine haïtienne
Déclaration commune contre la décision 168-13


La défense des droits humains

Un musée canadien des droits de la personne pour fausser l'histoire et promouvoir la réaction


Des exemples récents des réalisations du gouvernement canadien en matière de « droits humains » 

Le 14 janvier dernier, les responsables du projet de Musée canadien pour les droits de la personne et le constructeur du bâtiment PLC Construction ont annoncé que le musée en est à sa « sa dernière phase ». L'idée de ce nouveau musée à Winnipeg, que la dictature Harper entend inaugurer le 20 septembre 2014, vient d'une proposition antérieure de construire un musée canadien de l'Holocauste. En 1999, Izzy Asper, défunt propriétaire du monopole médiatique Canwest et supporter inconditionnel d'Israël, ce violateur en série des droits humains, avait entrepris de le construire à titre de projet privé. La proposition venait de la Fondation Asper pour les droits de la personne/Programme d'études sur l'Holocauste lancée en 1997. En 2001, Asper a convaincu le premier ministre Jean Chrétien de le financer et d'en faire un projet d'État.

Après la mort d'Asper en 2003, Paul Martin, qui a succédé à Jean Chrétien, a laissé le projet sur les tablettes pendant un certain temps pour ensuite y engager 100 millions $ de fonds publics. En 2006, Stephen Harper est devenu premier ministre et a converti le projet en un musée plus général sur les « droits de la personne ». Le projet de loi C-42 de la dictature Harper, Loi modifiant la Loi sur les musées, a reçu la sanction royale le 13 mars 2008, avec l'appui de tous les partis politiques au parlement. Le projet de loi crée le Musée canadien pour les droits de la personne, premier musée national en plus de 40 ans.

Les coûts de construction du musée, qui sont maintenant passés à 351 millions $, sont défrayés par le gouvernement fédéral (100 millions $), le gouvernement du Manitoba (40 millions $), la Ville de Winnipeg (20 millions $) et des dons privés, soit 142 millions $ recueillis jusqu'à présent par les Amis du Musée, une organisation présidée par Gail Asper. Des sociétés de la couronne du Manitoba et le gouvernement de l'Ontario ont donné 9,5 millions $ au projet. Les coûts d'opération du musée, qu'on estime à 22 millions $ par année, seront couverts par le gouvernement fédéral puisqu'il s'agit d'un musée national. En juillet 2012, les gouvernements du Canada et du Manitoba se sont entendus pour ajouter 70 millions $ à leur contribution par un prêt et une garantie de prêt.

Il est évidemment ridicule que la dictature Harper fasse la promotion d'un « musée pour les droits de la personne » puisque ce gouvernement ne cesse de violer les droits de la personne au pays et à l'étranger. Ici au Canada, les forces de sécurité fédérales ont violé les droits des manifestants lors du sommet du G20 à Toronto par un assaut brutal et de grande envergure. Les droits des travailleurs étrangers et des réfugiés au Canada sont violés de façon routinière. Les droits des travailleurs de Postes Canada, d'Air Canada et du Canadien Pacifique ont été violés lorsqu'on leur a interdit de faire la grève en 2011 et en 2012 par une loi spéciale et des menaces.[1] Les droits humains, ancestraux et issus de traités des Premières Nations sont continuellement violés, suffit-il de rappeler les événements d'Oka, de Gustafson Lake, d'Ipperwash, de Caledonia, de Lac-Barrière, d'Attawapiska et d'Elsipogtog, pour ne nommer que ceux-là parmi tant d'autres exemples. À l'étranger, le gouvernement Harper a attaqué les droits du peuple libyen en participant au bombardement massif, il continue d'attaquer les droits des Afghans en tant que participant à l'agression contre leur pays et il fait partie de la conspiration pour justifier une intervention armée en Syrie et en Iran.

Le but principal du gouvernement Harper avec ce musée n'est pas de défendre les droits humains, mais de falsifier l'histoire pour justifier une offensive contre les droits de tous. Concernant l'Holocauste, le musée entend sanctifier Israël et ne pas tenir compte des nombreux crimes qu'il a commis et continue de commettre contre les Palestiniens et les autres peuples arabes. Dans ses discours d'occasion, le gouvernement laisse entendre que les nazis étaient juste des gens maléfiques qui sont maintenant chose du passé et qu'il s'agit aujourd'hui d'accuser d'antisémitisme quiconque s'oppose à l'État d'Israël ou se porte défenseur des droits des Palestiniens. Bien sûr, il entend taire toute mention des négociations secrètes des chefs sionistes avec les nazis et évacuer le contexte historique de la Deuxième Guerre mondiale, y compris l'appui des industriels allemands et américains et des gouvernements britannique et canadien aux nazis et la collaboration des gouvernements anglo-américains avec les nazis pour propager la désinformation anticommuniste. Il ne sera pas question non plus des « scientifiques » de l'eugénisme aux États-Unis et de leurs liens étroits avec les eugénistes fascistes d'Allemagne, dont certains sont devenus les médecins de garde des camps de concentration et furent ensuite amenés au Canada et aux États-Unis pour poursuivre leur travail durant l'après-guerre.


Le chef des SS Henrich Himmler inspecte les forces de volontaires ukrainiens de la division SS Galacia en 1944.

En décembre 2010, des réactionnaires du Congrès ukrainien-canadien (UCC) et la soi-disant Association des libertés civiles ukrainienne-canadienne (UCCLA) ont commencé à s'objecter à la construction du Musée canadien pour les droits de la personne. L'UCC est l'organisation financée par l'État qui dans les années 1940 a « uni » les cercles ukrainiens les plus réactionnaires au Canada en s'emparant illégalement des avoirs des organisations ukrainiennes progressistes avec l'aide du gouvernement fédéral. L'UCCLA a été créée en 1986 principalement pour blanchir les collaborateurs nazis en Ukraine des crimes de guerre. L'UCC et l'UCCLA veulent qu'une des onze galeries du musée[2] soit consacrée à l'« holodomor », le nom que les réactionnaires ukrainiens donnent au mensonge que l'Union soviétique aurait orchestré une famine en Ukraine dans les années 1930, une fable d'abord inventée par les nazis puis reprise par la presse Hearst aux États-Unis pour attaquer l'Union soviétique, le communisme et Staline.

Le rassemblement des forces réactionnaires que sont les sionistes, l'UCC et l'UCCLA autour du projet de musée, chaque groupe pour promouvoir ses propres intérêts, montre que ce musée n'a rien à voir avec la célébration des droits de la personne et tout à voir avec la campagne actuelle des monopoles et de leurs gouvernements en Europe et en Amérique du Nord pour fausser l'histoire et priver les peuples de leur propre capacité de s'y retrouver dans tout cela et poursuivre l'affirmation de leurs droits. Dans ce sens, le but est de bloquer le renouveau démocratique et la marche avant de la société et de cacher et poursuivre les crimes de l'impérialisme contre la classe ouvrière et le peuple. Sinon pourquoi tairait-on la campagne de terrorisme d'État que mène Israël contre les Palestiniens depuis 65 ans ? Pourquoi tairait-on les crimes des collaborateurs nazis en Ukraine, qui ont combattu les forces soviétiques et contribué au meurtre de quatre millions d'Ukrainiens ? Pourquoi tairait-on le génocide de l'État canadien contre les peuples autochtones avant la colonisation ? Harper entend se servir de ce musée non pas pour faire la promotion des droits de la personne, mais pour promouvoir son programme pour le fascisme au pays et à l'étranger.

Notes

1. En tant que chef du Parti conservateur du Manitoba, le pdg actuel du musée Stuart Murray, dont la famille possède la société Domo Gasoline, a proposé qu'on dépose une loi de « droit au travail » au parlement provincial (en fait, le droit d'être esclave), une violation flagrante des droits des travailleurs.

2. Selon les dernières informations, les onze galeries du musée seront consacrées aux thèmes suivants : Perspectives autochtones, Parcours canadien, La protection des droits au Canada, Aperçu de l'Holocauste, Points tournants pour l'humanité, Rompre le silence, Les gestes comptent, Les droits aujourd'hui, Expressions et Des changements qui inspirent.

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Les Dominicains d'origine haïtienne

Une assemblée publique dénonce la décision de la République dominicaine de dénationaliser des Dominicains d'origine haïtienne

Le dimanche 19 janvier, le Comité d'actions 168-13 a tenu une importante assemblée de mobilisation contre la décision 168-13 de la République dominicaine du 23 septembre 2013 de priver de leur nationalité près d'un quart de million de Dominicains d'origine haïtienne. Plus de 150 personnes ont répondu à l'invitation et se sont rassemblées à la Perle  Retrouvée à Montréal.

La journaliste Dorothy Alexandre qui, en décembre dernier était en République dominicaine (RD), a rendu compte de ce qu'elle a pu constater sur le terrain. Elle a présenté entre autres le résultat de la première recherche nationale sur la population immigrante en RD produite par le bureau de la statistique du pays.

La RD a une population de 10 millions d'habitants. De ce nombre, 524 000 sont des immigrants en plus de 244 000 qui sont de descendance immigrante. Ce qui fait que 8 % de la population totale de la RD est constituée d'immigrants. De ce nombre, 5 % sont d'origine haïtienne ou de descendance haïtienne. Soixante- huit pour cent des immigrants habitent en zone urbaine. Soixante-quatre pour cent sont des hommes. Ils sont jeunes : 54 % ont entre 20 et 34 ans. Soixante-six pour cent des travailleurs haïtiens ont un salaire moyen de 10 262 pesos. En comparaison, 47 % de ceux qui ne sont pas d'origine haïtienne font un salaire moyen de 39 000 pesos (3 fois le salaire moyen des travailleurs d'origine haïtienne). Les conditions sont intenables. Dorothy a expliqué que 12 % seulement des immigrants haïtiens ont un contrat de travail. Quatre-vingt-douze pour cent des immigrants haïtiens n'ont aucune assurance (toute forme d'assurance). Pour les autres immigrants, 50 % d'entre eux n'ont pas d'assurance non plus. Un grand nombre d'entre eux, sans papier, sont analphabètes.

Lors de sa visite, elle s'est rendue à l'ambassade haïtienne et a visité la salle d'immigrants qui reçoit 400 personnes par jour, entre autres pour qu'ils prennent leur douche. Pourquoi ? Les faits ont révélé que 17 % seulement des gens d'origine haïtienne ont accès à l'eau. Pour le reste, beaucoup d'entre eux vont dans les tuyaux d'égouts publics. Les habitations sont aussi en piètres conditions, plusieurs ont comme plancher de la terre battue. Les travailleurs vivent dans les bateyes, les camps de baraques des plantations sucrières. Elle a visité une cuisine communautaire où il n'y a pas d'accès à l'eau et pas d'électricité. Elle a conclu en disant : « J'ai voulu être la voix des sans voix. Vous aussi vous pouvez faire une différence. »

Jean Sainville, activiste, et Jean-Claude Martineau, historien et poète, ont fait un survol historique d'Haïti, de la déclaration d'indépendance en 1804 à la division du pays par la suite jusqu'à l'année 1915 alors que le président du pays est assassiné en même tant que l'armée américaine débarque au pays. Un grand nombre d'Haïtiens sont envoyés en RD et à Cuba dans les plantations de canne à sucre et les sucrières. Alors qu'à Cuba, en 1959, la révolution cubaine dirigée par Fidel Castro libère les Haïtiens de leur sort, en RD, la situation n'a pas changé. Les Haïtiens sont considérés comme étant de second rang. On se rappellera le massacre de persil en 1937 alors que plus de 30 000 Haïtiens en RD sont massacrés sous la gouverne du dictateur dominicain Trujillo, sous le prétexte d'une menace que les Haïtiens feraient peser sur l'intégrité hispanique blanche dominicaine. Aujourd'hui, le gouvernement de Martelly a pris l'approche de la gestion de l'apparence, ce qui profite à la RD, a précisé M. Sainville.

Le comité 168-13 a lu la déclaration commune émise par le comité, déclaration qui sera soumise au gouvernement Harper par le NPD afin d'exiger du Canada une position claire face à cette situation, a précisé Dorothy Alexandre. Tous sont invités à signer la pétition et à la faire circuler largement. D'autres membres du comité ont aussi pris la parole pour marquer leur appréciation de tous les appuis reçus pour faire renverser la décision 168-13. Mélissa Gresseau a interprété avec chaleur et conviction une chanson dédiée aux Dominicains d'origine haïtienne.

Des représentants politiques ont pris la parole dont Alexandre Boulerice du NPD, Emmanuel Dubourg du Parti libéral du Canada, Frantz Benjamin de la ville de Montréal ainsi que Christine Dandenault du PMLQ pour appuyer le travail du comité. M. Boulerice a indiqué qu'on a une bataille à mener qui concerne les droits fondamentaux. Tous sont insultés de la décision de la RD, une décision de racisme flagrant, de création d'apatride, une décision inacceptable qui doit être renversée, a-t-il dit. Il a indiqué qu'au niveau de l'opposition officielle, le NPD compte faire pression sur le gouvernement canadien.

Christine Dandenault a salué la réponse immédiate de la communauté haïtienne suite à la décision 168-13. « Le gouvernement canadien affirme que les deux pays partagent le même engagement envers la démocratie, la primauté du droit, les droits de la personne et le libre-marché. i le gouvernement du Canada était conséquent dans ses prétentions qu'il défend les droits, il devrait s'opposer à ce que fait la République dominicaine. Le fait qu'il n'y a aucun progrès depuis le massacre du persil de 1937 montre que ces pays ont besoin de changements fondamentaux, de changements profonds pour se doter d'une gouvernance qui défend les droits de tous et toutes, sans égard à la race, l'origine nationale, la religion, le sexe, le style de vie, une gouvernance digne de tous les êtres humains. Le massacre 1937 : Je me souviens ! »

Après la réunion, la pétition a circulé dans la salle et les gens ont continué longtemps à discuter de la situation en République dominicaine et des prochaines actions à mener pour défendre les droits des Dominicains d'origine haïtienne.

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Déclaration commune contre la décision 168-13

Nous, signataires de cette déclaration, tenons à affirmer que le droit à la nationalité reconnu par la Déclaration universelle des droits de l'homme est essentiel à l'instauration et au maintien effectif de la justice sociale dans nos Amériques et partout ailleurs dans le monde. La nationalité étant un prérequis à la citoyenneté, c'est-à-dire à l'exercice des droits politiques et à la participation aux décisions populaires, nous considérons que le retrait ou le déni de nationalité qui a pour effet de rendre des personnes apatrides est une mesure antidémocratique qui doit être dénoncée. Le refus de reconnaître le droit à la nationalité est tout particulièrement inacceptable lorsqu'il discrimine en bloc un groupe spécifique de personnes pour des motifs tels que l'origine ethnique ou la couleur de la peau.

Nous avons donc appris avec consternation que plus d'un quart de million de Dominicains d'origine haïtienne sont privés de leur nationalité en République dominicaine, conséquemment à la décision 168-13 prise le 23 septembre 2013 par la Cour constitutionnelle dominicaine. Cette décision raciste nous scandalise d'autant plus qu'elle a été appliquée de façon rétroactive contre des gens établis dans ce pays depuis 1929, en violation totale de la Constitution dominicaine qui reconnaît le principe de non rétroactivité de la loi. En agissant ainsi, le gouvernement dominicain semble vouloir trahir l'histoire du peuple dominicain, sa culture et son tissu social qui sont le fruit de brassages culturels et de métissage. Nous, citoyens du Canada, des États-Unis et d'autres pays d'Amérique, élevons nos voix pour condamner cette décision, car nous avons une responsabilité envers la défense du droit à la nationalité pour tous les natifs de notre continent.

Ayant dérivé des vieux continents pour former ce que nous appelons aujourd'hui encore le Nouveau Monde, du détroit de Béring au Cap Horn, en passant par la mer des Caraïbes, nos Amériques sont devenues des terres d'immigration porteuses de tous les rêves de liberté. Nous sommes conscients que cette liberté, qui a été obtenue au prix de grandes luttes pour les droits civiques, ne peut être conservée que par notre vigilance constante. Nous ne pouvons ignorer que ce Nouveau Monde qui, en réalité, était depuis des millénaires la demeure des Iroquois, des Algonquins, des Taïnos, des Incas et de nombreux autres peuples indigènes, a une histoire qui se conjugue avec les expériences cruelles de génocides, d'esclavage, de ségrégation et les difficultés de l'immigration moderne.

1- Malgré ce passé douloureux et ce présent marqué par la quête de repères, nous sommes optimistes, car l'idéal de justice et de liberté s'est imposé à travers plusieurs moments forts de l'histoire de notre continent. Ce fut le cas lorsque, pour corriger une décision injuste de la Cour suprême qui ne reconnaissait aucune citoyenneté aux anciens esclaves et à leurs descendants, l'amendement 14 de la Constitution des États-Unis a été ratifié en 1866. C'est ainsi que dans ce pays se trouvait entériné le principe de droit du sol, c'est-à-dire la reconnaissance que toute personne née sur le sol des États-Unis est un citoyen des États-Unis, quelle que soit la couleur de sa peau ou le statut migratoire de ses parents.

L'amendement 14 de la Constitution des États-Unis n'a pas été l'unique cas de victoire contre l'exclusion sociale. En effet, du 19e siècle à aujourd'hui, des victoires similaires ont été remportées presque partout dans les Amériques.

Notamment, le principe de droit du sol a été adopté par 30 pays sur 35. Nous considérons comme l'une des plus grandes forces de notre continent le fait que ce principe garantissant l'égalité des opportunités à la naissance soit la norme plutôt que l'exception. Ceci n'est pas sans lien avec le fait que c'est l'immigration qui a fait la richesse des Amériques. Tout en reconnaissant que l'immigration nécessite des modalités de sélection, d'accueil et d'intégration pour favoriser la cohésion sociale, on ne peut nier que la plus grande partie des populations des pays d'Amérique est le fruit de l'immigration.

Il faut également admettre qu'aucune modalité d'octroi ou de retrait de la nationalité ne devrait être basée sur la discrimination raciale ni aboutir à la création de groupes de personnes dépourvues d'existence légale. C'est malheureusement la situation qui prévaut en République dominicaine en cette première décennie du XXIième siècle. Nous y voyons un recul et un très dangereux précédent dans nos Amériques. Faut-il rappeler que c'est suite à un retrait en bloc de la nationalité aux Juifs que l'Holocauste a été enclenché lors de la Deuxième Guerre mondiale ? Ceux et celles qui ont en mémoire les 30 000 Haïtiens massacrés par le dictateur dominicain Trujillo en 1937 savent que la crise actuelle a tous les relents d'un passé qui ne doit plus jamais se répéter.

2- Ayant retenu les leçons de l'histoire et analysé les enjeux actuels, nous devons déclarer notre opposition totale à la décision 168-13. En réclamant que cette décision soit annulée, nous ne faisons qu'ajouter nos voix à celles des nombreux Dominicains qui ont aussi protesté contre son application dans leur pays. Notre déclaration s'inscrit dans le même esprit que celle de la Cour interaméricaine des droits de l'Homme qui, déjà en 2005, s'était prononcée contre la République dominicaine en raison de son refus de délivrer des certificats de naissance à des enfants nés et résidant sur son territoire. Notre déclaration se fait également l'écho des positions de la Caricom, de l'OEA, de la Commission des droits de la personne en République dominicaine ainsi que des membres des diasporas dominicaines et haïtiennes, qui ont tous condamné cette décision pour son caractère discriminatoire, raciste et xénophobe.

Compte tenu du fait que la Convention sur la réduction des cas d'apatridie de 1961 fut signée ou ratifiée par plusieurs pays du continent, dont la République dominicaine et le Canada, nous demandons tout particulièrement au gouvernement du Canada d'exhorter le gouvernement dominicain à respecter ses engagements internationaux. Haïti, dans la foulée des événements survenus après la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine, s'est engagée dans des discussions bilatérales avec sa voisine. Nous en prenons acte, en espérant qu'il s'agit de pourparlers de nature à favoriser les bonnes relations entre les peuples de ces deux pays qui se partagent l'île de Kiskeya.

Cependant, il est impératif de souligner que la situation des apatrides de la République dominicaine est principalement une question relevant des droits humains à l'échelle internationale. Nous, qui nous sentons directement concernés par de telles questions, continuerons à affirmer haut et fort que le respect du droit à la nationalité est un principe non négociable pour les êtres humains qui tous, sans exception, naissent libres et égaux en droits et qui tous, sans conteste, aspirent à préserver leurs droits et libertés.

(Montréal, janvier 2014. Comité d'actions contre la décision 168-13 de la République dominicaine)

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