Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 11 - 3 février 2014

Janvier 1900

La deuxième guerre des Boers,
une guerre impérialiste pour le profit privé


Janvier 1900
La deuxième guerre des Boers, une guerre impérialiste pour le profit privé - George Allen

Les faussetés de la propagande de guerre contre la Syrie
Un rapport de l'ONU confirme que les armes chimiques ont été lancées à partir du territoire occupé par les rebelles - Washington's Blog

La mort d'Ariel Sharon
Une cause indigne et un legs méprisable - Nathan J. Freeman


Janvier 1900

La deuxième guerre des Boers,
une guerre impérialiste pour le profit privé

La glorification des guerres d'agression par la dictature Harper ne connaît pas de bornes. Cette glorification va de pair avec sa participation accrue aux interventions impérialistes étrangères comme en Afghanistan et en Libye et avec son appui inconditionnel à des États agresseurs en série comme les États-Unis et Israël.

Dans son discours à l'occasion du Jour du Souvenir en 2011, le porte-parole du gouvernement Harper, à l'époque ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, a énuméré de nombreuses guerres dont il a dit que les Canadiens devraient être fiers d'y avoir participé. Chacune de ces guerres, à l'exception de la Deuxième Guerre mondiale, fut une guerre d'agression. Selon Kenney, parmi les guerres à « commémorer », il y eu l'écrasement de la rébellion du Nord-Ouest par le gouvernement colonialiste, les guerres des Boers qui visaient à consolider l'empire britannique dans le sud de l'Afrique, la Première Guerre mondiale, qui fut en essence une guerre entre États impérialistes pour la redivision du monde, l'agression dirigée par les États-Unis contre le peuple coréen de 1950 à 1953, et l'agression criminelle menée par les États-Unis, le Canada et d'autres pays contre le peuple d'Afghanistan.


Des soldats britanniques morts au champ de bataille de Spion Kop, une bataille particulièrement brutale
qui a eu lieu les 23 et 24 janvier 1900

La deuxième guerre des Boers, qui fut la première guerre à l'étranger à laquelle participèrent des troupes canadiennes, est un exemple de plus qui expose le véritable objectif de la désinformation de la dictature Harper au sujet des « guerres glorieuses », soit la promotion de son propre ordre du jour sinistre et belliciste. La première guerre des Boers (1880-81) de même que la deuxième guerre des Boers (1899-1902) furent des guerres impérialistes entre les armées d'occupation des colonialistes britanniques, d'une part, et les colons du Transvaal et du Orange Free State, deux républiques boers en Afrique du Sud d'autre part. Les fermiers boers, principalement d'origine hollandaise, s'étaient d'abord établis au Cap de Bonne Espérance en 1652 à la faveur de l'expansion de la compagnie Dutch East India. Alors que la puissance hollandaise s'estompait, les Britanniques ont pris contrôle du Cap en 1795 et en ont consolidé la conquête en 1805, dans le but d'empêcher leur rivale, la France, de s'en emparer. Le Congrès de Vienne, dominé par la Grande-Bretagne, la Prusse (l'Allemagne), la Russie et l'Autriche, a reconnu le contrôle colonialiste britannique en 1815 et la première grande vague de colons britanniques a déferlé au pays en 1820. La Grande-Bretagne a annexé le Transvaal de façon officielle en 1877, provoquant alors une déclaration d'indépendance de la part des Boers et la première guerre des Boers. Les Britanniques y subirent de lourdes pertes face aux tactiques de guérilla des Boers et furent forcés de conclure un traité de paix en 1881 dont les termes leur étaient défavorables.[1]

S'il est vrai que les guerres sont rarement attribuables à des individus, il n'en faut pas moins reconnaître que la principale personne responsable de la deuxième guerre des Boers a été le capitaliste britannique Cecil Rhodes, dont le nom aujourd'hui évoque les déprédations du colonialisme britannique en Afrique. La découverte de diamants à Kimberley en 1866 et d'or dans le Transvaal en 1885 amena une vague de nouveaux colons en Afrique du Sud. Appuyés par les Rothschilds de Londres et par le magnat sud-africain du diamant Alfred Beit, Cecil Rhodes et d'autres aristocrates-capitalistes ont formé la British South Africa Company (BSAC) en 1889 dans le but d'exploiter les richesses nouvellement découvertes en Afrique du Sud[2] et en Rhodésie, aujourd'hui le Zimbabwe. Par le biais de ses liens multiples avec les cercles britanniques dominants, la BSAC a agi essentiellement comme l'instrument principal de l'exploitation britannique des importantes ressources de l'Afrique du Sud.

En 1895, Rhodes et ses coconspirateurs ont orchestré le raid Jameson contre la république transvaale des Boers, mais sans réussir à renverser le gouvernement de Paul Kruger ni à consolider leur contrôle des ressources du Cap. Quelques jours plus tard, le Kaiser Wilhelm II de l'Allemagne félicitait Kruger et le gouvernement du Transvaal pour son succès, laissant entendre que l'Allemagne pourrait être un allié potentiel contre son rival britannique. Le raid Jameson a aussi affaibli la puissance militaire du Transvaal, ce qui a déclenché en 1896 une importante rébellion des indigènes Ndebele contre tout contrôle étranger, suivie de celle des Shona peu de temps après. C'est ce qui a donné naissance à ce qu'on célèbre aujourd'hui au Zimbabwe comme la Première Guerre d'indépendance ou Premier Chimurenga.

En octobre 1899, Kruger a lancé un ultimatum aux Britanniques, leur indiquant que les troupes qu'ils avaient placées de façon provocatrice sur les frontières du Transvaal et du Orange Free State devaient être retirées en 48 heures. Les Britanniques ont rejeté l'ultimatum, et les deux États ont alors déclaré la guerre à la Grande-Bretagne. Bien que Prétoria, le dernier bastion des Boers, ait capitulé en 1900, la résistance s'est poursuivie alors que les Boers ont déclenché une guerre de guérilla prolongée. Les Britanniques, sous les ordres de Lord Kitchener, ont riposté par une politique de la terre brûlée, donnant libre cours à des châtiments collectifs en brûlant les récoltes, tuant le bétail, et massant des civils dans des camps de concentration, des tactiques qui ont été reprises par les Nazis dans les territoires occupés et par les États-Unis au Vietnam. Déjà en 1902, 26 000 femmes et enfants boers avaient succombé aux maladies et à la négligence dans les camps de concentration. Les forces boers ont fini par capituler le 31 mai 1902.

Au moment de la deuxième guerre des Boers, le Canada était une colonie britannique et ses forces militaires étaient sous commandement britannique. Fortement influencé par ses maîtres britanniques, le premier ministre libéral Wilfred Laurier a accepté d'expédier 1 000 soldats canadiens en Afrique à la mi-octobre 1899 pour venir en aide aux forces britanniques, une décision qui a suscité l'opposition acharnée du peuple québécois et des nouveaux immigrants arrivés au Canada. Plus tard, on y a expédié d'autres contingents, dont le Lord Strathcona's Horse, une cavalerie privée financée par le riche et puissant Donald Smith, Lord Strathcona, un supporter invétéré de l'impérialisme britannique. [3] Les premiers contingents sont retournés au Canada à la fin des années 1900, mais les Britanniques ont recruté 900 nouveaux soldats canadiens en novembre. En bout de ligne, 7 368 Canadiens ont participé à la guerre des Boers, et 476 ont été blessés et 276 tués.

Les faits historiques démontrent que la deuxième guerre des Boers n'avait rien d'un glorieux exemple de prouesse militaire canadienne, comme le prétend la dictature Harper. Cette guerre était partie intégrante de la ruée des puissances colonialistes pour le partage de l'Afrique qui a donné lieu à la subjugation des peuples indigènes et à l'occupation par la force de leurs terres afin de les exploiter pour le profit privé. En fait, cette guerre a suscité énormément d'opposition et des mouvements antiguerre et anti-impérialistes ont aussitôt surgi en Grande-Bretagne, au Canada, en France, en Allemagne, aux États-Unis et dans plusieurs autres pays. Lord Selbourne, secrétaire adjoint britannique aux colonies, a reconnu dans une lettre de juin 1899 adressée à Sir Alfred Milner, gouverneur des colonies du Cap, que : « L'idée d'une guerre contre la République de l'Afrique du Sud répugne à grand nombre de gens. » Malgré les efforts du gouvernement britannique pour promouvoir un sentiment proguerre en la présentant comme une lutte pour la « liberté » anglo-saxonne et pour la « civilisation » en opposition aux Boers « rétrogrades », la guerre était généralement perçue comme une machination des cercles britanniques dominants pour saisir le contrôle des mines d'or et de diamants africains et expulser les rivaux coloniaux des Britanniques du Cap et du reste de l'Afrique. Suite à la guerre, le peuple britannique a encore une fois exprimé sa ferme opposition en infligeant au Parti conservateur au pouvoir une écrasante défaite suite aux élections de 1906.

Notes

1. Comme Lénine l'a indiqué dans L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, au cours de la période de 1876 à 1914, six « grandes puissances » - la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie, le Japon et les États-Unis - s'étaient emparées de 25 millions de kilomètres carrés du globe, dont l'Afrique, et avaient réduit à l'esclavage une population de plus d'un demi-milliard de personnes dans les colonies. Celles-ci furent conquises par le feu et le sang et les populations exploitées de mille et une façons dans l'unique but d'enrichir leurs conquérants.

2. La BSAC a été démantelée en 1964, ses intérêts fusionnés au conglomérat de J.P. Morgan-Oppenheimer, l'Anglo-American PLC, qui contrôlait le monopole de diamants De Beers.

3. Donald Smith, l'individu le plus riche au Canada à cette époque, était le principal propriétaire de la Compagnie de la Baie d'Hudson, le président de la banque de Montréal et le copropriétaire du Canadien Pacifique.

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Les faussetés de la propagande de guerre contre la Syrie

Un rapport de l'ONU confirme que les armes
chimiques ont été lancées à partir du territoire
occupé par les rebelles

Mais les États-Unis continuent d'appeler à un changement de régime.

Le chef des inspecteurs en armements de l'ONU a déclaré que le dossier américain accusant le gouvernement syrien d'avoir utilisé des armes chimiques était faible parce que les roquettes n'ont une portée que de 3 kilomètres ... mais le territoire tenu par le gouvernement est situé beaucoup plus loin.

De même, McClatchy a rapporté [le 15 janvier] que:

« Une équipe d'experts en sécurité et en armes, réunis cette semaine à Washington pour discuter de la question, a conclu que la portée de la fusée qui a tiré le sarin lors de la plus grande attaque cette nuit-là est trop courte pour que le missile ait été lancé des positions syriennes gouvernementales en dépit de ce qu'affirme l'administration Obama. »

* * *

« Les auteurs d'un rapport publié mercredi [le 15 janvier] ont dit que leur étude de la conception de la roquette, sa charge probable et ses trajectoires possibles montrent qu'il aurait été impossible pour la roquette d'avoir été lancée de l'intérieur des zones contrôlées par le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad.

« Dans le rapport intitulé ' Conséquences possibles de la défaillance des services de renseignements techniques américains ', Richard Lloyd, un ancien inspecteur en armements des Nations unies, et Theodore Postol, un professeur en matière de politique de sécurité nationale, de technologie et de sciences à l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT), font valoir que la question de la portée de la fusée constitue une faiblesse majeure dans l'argument en faveur d'une action militaire appuyée au début par des fonctionnaires de l'administration Obama ».

* * *

« Pour souligner leur point, les auteurs ont utilisé une carte produite par la Maison blanche qui montre les zones qui étaient sous contrôle gouvernemental et rebelle le 21 août et où l'attaque aux armes chimiques s'est produite. Dessinant des cercles autour de Zamalka pour montrer la portée à partir de laquelle la fusée aurait pu venir, les auteurs concluent que tous les points de lancement probables étaient dans des zones tenues par les rebelles ou des zones qu'ils se disputaient. La région incontestablement entre les mains du gouvernement était à des kilomètres des zones de lancement possibles.

" Dans une entrevue, Postol dit qu'une analyse sommaire de l'arme - que certains ont décrit comme étant de type tube contenant un matériel éjectable sous pression, un gros cylindre rempli de sarin au sommet d'un bâton mince qui renferme le moteur - aurait démontré que cette arme était incapable de voler sur une distance de 10 kilomètres du centre de la partie syrienne contrôlée par le gouvernement de Damas vers un point d'impact situé dans les banlieues, ou même sur une distance de 5 à 6 kilomètres à partir des limites du territoire contrôlé par le gouvernement.

« Il a dit qu'on peut se demander si les responsables du service de renseignements américain ont effectivement analysé l'improbabilité qu'une fusée ayant une telle conception non-aérodynamique puisse voyager si loin avant que le secrétaire d'État John Kerry ne déclare le 3 septembre que ' nous sommes certains qu'aucun des membres de l'opposition ne possède les armes ou la capacité d'effectuer une attaque de cette ampleur - en particulier à partir du centre du territoire occupé par le régime. '

« Honnêtement, je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé, a dit Postol . ' Mon point de vue lorsque j'ai commencé ce travail était que seul le gouvernement syrien pouvait être derrière l'attaque. Mais maintenant, je ne suis certain de rien. Le récit de l'administration (Obama) n'est même pas plausible. Notre service de renseignements ne peut que s'être trompé. '

« Lloyd qui a passé les derniers 6 mois à étudier les armes utilisées dans le conflit syrien et leurs capacités, a contesté l'hypothèse que les rebelles soient moins capables de faire des roquettes que l'armée syrienne.

« Les rebelles syriens ont certainement la capacité produire ces armes, a-t-il dit '. Je pense qu'ils pourraient avoir plus de capacité que le gouvernement syrien. ' [Il a raison].

* * *

« Ils ont dit que la déclaration de Kerry à l'effet que les images satellites américaines ont montré les points d'impact des armes chimiques est vraisemblablement fausse. Les charges que font exploser des armes chimiques sont généralement si petites, ont-ils dit, que leurs détonations ne sont pas visibles sur une image satellite.

« Le rapport a également soulevé des questions à savoir si l'administration Obama ne manipule pas les informations des services de renseignement de manière similaire à l'administration du président George W. Bush à la veille de l'invasion de l'Irak en 2003. [En effet, c'est bien le cas.] À cette époque, les responsables américains ont déclaré avec insistance que le dictateur irakien Saddam Hussein avait un programme actif de développement d'armes de destruction massive. Les inspections qui ont suivi ont démontré qu'il n'y avait aucun programme ou d'armes de telles sortes.

« Et pourquoi, exactement, dépensons-nous tout cet argent pour ces services de renseignements ? a demandé Postol. »

* * *

Même le New York Times - l'un des principaux défenseurs des affirmations que les roquettes provenaient d'une base gouvernementale syrienne - a discrètement abandonné toute prétention de la sorte.

Mais les États-Unis continuent toujours de défendre la position que la seule issue acceptable pour les négociations à venir pour la Syrie est qu'Assad soit remplacé par le gouvernement de transition soutenu par les États-Unis.

Comme en Irak, les « faits » sont manipulés pour satisfaire la politique.

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La mort d'Ariel Sharon

Une cause indigne et un legs méprisable

Le 11 janvier 2014, après huit ans de coma, le général et ancien premier ministre israélien Ariel Sharon est décédé. C'est en continuant d'exiger que justice soit faite que les innombrables personnes qui ont grandement souffert sous sa main se rappellent son legs brutal. Les éléments les plus réactionnaires quant à eux ont inventé le terme « homme d'État guerrier » pour porter aux nues un homme qui aux yeux de l'histoire n'est qu'un vil assassin. Entre autres crimes, c'est son rôle dans le massacre des Palestiniens dans les campements de Sabra et Shatila du 16 au 18 septembre 1982 qui lui a mérité le nom de Boucher de Beirut.

Il ne s'agit pas ici d'une simple divergence de points de vue liés à des intérêts de classe antagonistes. Les classes dominantes cherchent à banaliser et même à nier et faire accepter ce que Sharon représente pour notre époque, c'est-à-dire son rôle en tant que praticien le plus notoire dans le monde du génocide organisé par l'État en tant que politique officielle. Depuis la mort d'Adolf Hitler au milieu du 20e siècle, la politique nazie consistant à sacrifier des peuples entiers au nom de la création et de la garantie d'un éternel « lebensraum » (un espace vital) pour une race supérieure était censée être à tout jamais chose du passé. La continuation ou la répétition de cette politique - qui est présentée comme une mesure de « sécurité » à la défense du seul État juif - demeure quelque chose que les peuples du monde sont toujours aussi déterminés à éliminer une fois pour toutes.[1]


La carte met en relief la campagne sioniste visant à exproprier de façon systématique le peuple palestinien, cause à laquelle Ariel Sharon s'était résolument consacré. Cliquer pour agrandir.


Scènes du massacre de Sabra et Shatila, avril 1982.

Stephen Harper est l'un des nombreux politiciens occidentaux présents et passés - la liste comprend notamment l'ancien premier ministre britannique Tony Blair, l'actuel président des États-Unis, Obama, ainsi que son prédécesseur George W. Bush - à avoir rendu hommage à Sharon à l'occasion de son décès. Dans sa déclaration, Harper a réaffirmé l'existence de soi-disant « valeurs communes » que partageraient Tel Aviv et Ottawa. Mais nous sommes au 21e siècle. Le peuple canadien, comme des millions de personnes partout dans le monde, affirme qu' « un autre monde est possible ». Les peuples autochtones du Canada se dressent à la défense de leurs droits ancestraux contre la dépossession et l'abus. Harper doit répondre à la question : de quelles « valeurs communes » parle-t-il ?

À la lumière de l'ampleur des crimes de guerre perpétrés par Sharon contre les peuples de la Palestine et du Liban, il serait tentant de centrer toute notre attention sur ces crimes seulement. Mais le fait demeure que Sharon a commis ces actes avec en tête un objectif constant duquel il n'a jamais bifurqué. Et cet objectif consiste à ce que le droit de l'État d'Israël et les moyens dans ses mains de dicter ses propres intérêts envers et contre tout autre intérêt doivent être garantis et enchâssés pour les décennies à venir, sans égard au sort de ses voisins ni même de ses principaux bienfaiteurs comme les États-Unis. Voilà pourquoi Sharon a passé des heures avec George W. Bush et Tony Blair entre 2002 et 2006. C'était pour concocter une feuille de route après l'autre. Le fil conducteur de ces feuilles de route était d'enchâsser et de garantir l'avenir de l'État d'Israël en tant qu'État voyou (ce qu'il est depuis sa conception) et en tant qu'occupant militaire de terres arabes.

En particulier, lorsque Sharon a été à la tête de l'establishment militaire israélien et, plus tard, en tant que premier ministre, cet objectif a été servi par les politiques des gouvernements israéliens « venant d'en haut » couplées avec la pression « à la base » des colons/colonisateurs qui cherchaient à annexer militairement de facto des territoires à l'État d'Israël. Aujourd'hui même, plusieurs ont peine à comprendre cette différence importante. Ainsi, par exemple, la plupart des commentaires sur la mort de Sharon dans les médias de langue arabe partout au Moyen-Orient ont soit substitué ces deux politiques à l'objectif lui-même, ou confondu les deux.

L'exemple le plus frappant de la différence entre ce qu'on décrit communément comme étant « l'entreprise de colonisation » du gouvernement israélien et l'objectif principal de faire proliférer cette activité de colonisation est cette période qui constitue la période la plus controversée du règne de Sharon comme premier ministre. C'était en août 2005 - cinq ans avant son accident cérébro-vasculaire (ACV) - alors que Sharon ordonnait aux plus de 5 000 « colons » israéliens de quitter la bande de Gaza et de se rétablir soit à l'intérieur des frontières de l'Israël de 1948 ou en Cisjordanie occupée par Israël. À l'occasion de la mort de Sharon, les médias traitent de cette question comme si elle était la preuve que Sharon pouvait à l'occasion faire marche arrière et « annuler » la colonisation des terres arabes. Cette admiration devant un semblant de flexibilité de la part de Sharon rate complètement la cible. En effet, les forces armées de Sharon n'étaient tout simplement pas en mesure de contrôler, supprimer et exterminer l'identité collective des Palestiniens emprisonnés dans la bande de Gaza. C'est cette réalité qui a amené Sharon à ne pas pousser le gouvernement à cajoler les colons et tuer les Palestiniens en même temps.

Tout comme Adolf Hitler avait eu recours à des « initiatives diplomatiques » au cours des années 30 lui permettant de déstabiliser l'opposition tout en divisant ses rangs et en maintenant de main de fer son principal objectif stratégique,[2] Sharon, en tant que dirigeant militaire et premier ministre a, de façon quotidienne et répétée, déployé la force la plus brutale contre les populations civiles palestiniennes en tant que principe primant sur tout. Bien sûr, l'attention du public tendait à s'arrêter à la brutalité de ses « excès » sans prêter attention à l'objectif constant et profond qu'une telle brutalité contribuait à atteindre. Ceci met en lumière comment Sharon s'est profondément inspiré de l'opportunisme extrême qui a caractérisé l'approche tactique du dictateur nazi.


Le mur de l'Apartheid ou de la Séparation, dont la construction a été accélérée suite à l'arrivée
de Sharon en tant que premier ministre

Quel que soit le sort que l'histoire réservera à l'État d'Israël, le cours des choses a fait en sorte que l'objectif de Sharon a commencé à connaître des ratés alors que le 20e siècle tirait à sa fin. C'était en 2001, alors qu'il se promenait sur le site de la mosquée Al-Aqsa accompagné de centaines de haut gradés gouvernementaux, déclenchant par le fait même la deuxième Intifada palestinienne. En même temps, le retrait de la révolution qui se poursuit à l'échelle de la planète fait en sorte que l'avenir de l'entité sioniste reste incertain. Néanmoins, depuis le déclenchement de la deuxième Intifada, l'objectif de Sharon a été constamment contrecarré par le déroulement même des évènements au sein de cette entité. Même après qu'il soit devenu premier ministre, Sharon n'a pas pu empêcher l'expulsion des forces israéliennes d'occupation du sud du Liban par le Hezbollah, laquelle fut la première lutte armée menée contre l'occupation militaire israélienne à infliger une défaite cuisante et non équivoque à Tel Aviv. Les objectifs de Sharon mais sans Sharon n'ont pas connu davantage de succès. Par exemple, sept mois après son ACV, six semaines de massacres perpétrés sans relâche contre des milliers de Libanais par les forces de l'air israéliennes n'ont pas réussi à chasser le Hezbollah des frontières libanaises limitrophes à Israël. En effet, seul un « cessez-le-feu » orchestré par le Conseil de sécurité et l'administration Bush a réussi à sauver la face et à éviter à Israël l'humiliation d'une cuisante défaite.

Aussi Tel Aviv peut-elle se fier de moins en moins aux puissances étrangères. Par exemple, l'empire étasunien cherche de plus en plus à atteindre ses objectifs par le biais des Saoudiens qui sont devenus son agence terroriste de choix, plutôt que le Mossad. Il en va de même pour les récentes réactions hystériques de Tel Aviv à chaque fois qu'il est question de l'Iran et du rapprochement entre ce pays et les États-Unis pour stabiliser l'« environnement régional volatile » de l'Iran. On peut facilement constater que les relations d'État à État d'Israël souffrent d'une paralysie semblable à la paralysie physique qui a emporté Sharon.

La position du gouvernement Harper et ses hosannas pathétiques réservés à un tel assassin fasciste, ainsi que ceux de l'opposition officielle, mettent en lumière le rôle du Canada dans le système impérialiste d'États et la nécessité d'intensifier notre appui à la juste cause du peuple palestinien.

Notes

1. Sharon a réitéré à maintes occasions son admiration pour les succès de Hitler et la ténacité de celui-ci dans la poursuite de ses objectifs. La seule objection de Sharon à cet égard est que Hitler ait ciblé les Juifs ! Sharon a donc reconnu de façon implicite qu'il adhérait à la même mission du lebensraum que le dictateur nazi, y compris l'extermination de toutes les populations civiles qui entraveraient cet objectif stratégique global.

2. Jusqu'à l'Anschluss de 1938 qui a annexé l'Autriche au territoire du Troisième Reich, Hitler n'avait pas osé avoir recours à la force militaire organisée (tout en ayant recours, par contre, à la police, aux Chemises brunes et aux bandes locales de fiers-à-bras du parti nazi).

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