Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 107 - 22 octobre 2012

25e anniversaire de l'accord annexionniste
de libre-échange avec les États-Unis

La dictature Harper s'en prend
aux «négateurs du libre-échange»


25e anniversaire de l'accord annexionniste de libre-échange avec les États-Unis
La dictature Harper s'en prend aux «négateurs du libre-échange»
L'accord de libre-échange 25 ans plus tard

Le Canada se joint au Partenariat transpacifique
La capacité du Canada à suffire à ses besoins sapée encore plus - George Allen

Négociations de l'Accord économique et commercial global avec l'Europe
Le libre-échange avec l'Europe n'est pas dans l'intérêt des Canadiens - Dougal MacDonald

Réflexions du camarade Fidel Castro
«Fidel Castro est à l'agonie»


25e anniversaire de l'accord annexionniste
de libre-échange avec les États-Unis

La dictature Harper s'en prend
aux «négateurs du libre-échange»

Ed Fast, le ministre du Commerce international et de la Porte d'entrée de l'Asie-Pacifique du gouvernement Harper, a qualifié de « gens timides tournés vers l'intérieur » ceux qui ont des réserves concernant le libre-échange. Dans un discours à Toronto le 3 octobre, il a dit que les « négateurs du libre-échange » menacent l'avenir économique du Canada. Cela l'oblige à dire que tout n'est pas rose pour le Canada « quand il y a des activistes qui combattent servilement nos efforts pour ouvrir de nouveaux marchés pour les entrepreneurs canadiens ».

Le ministre visait ceux qui remettent en question le bien-fondé de cet autre accord de libre-échange présentement en négociation avec l'Europe. Des gens de tous les milieux au Canada expriment d'importantes réserves au sujet de l'Accord économique et commerciale global (AECG) avec l'Union européenne, notamment au sujet du secret des négociations et de l'absence de contrôle public sur le processus décisionnel.

Pendant que la dictature Harper fait tout pour ne pas permettre la formation d'une opinion publique et la défense de l'intérêt public sur la question, privant même le parlement de l'occasion d'en discuter, le ministre du Commerce international rejette du revers de la main toute objection en disant que ceux qui s'opposent à l'accord « manquent de confiance » et « veulent un pays qui a peur de la concurrence, un pays qui a peur de relever les défis d'un marché mondialisé ». « La peur et la fausse représentation sont la marque de commerce [des adversaires du libre-échange et de l'AECG] », dit-il.

Il y a 25 ans, dit Ed Fast, « ces mêmes activistes qui sont contre le commerce disaient qu'un accord de libre-échange avec les États-Unis éliminerait des millions d'emplois, viderait notre économie, compromettrait la souveraineté du Canada en matière d'eau douce et nous ferait perdre notre culture canadienne. Or, aucune de ces affirmations ne s'est réalisée. »

Pour les peuples du monde, les conséquences du libre-échange ne se mesurent pas de la même façon que pour les commis-voyageurs des monopoles mondiaux.

D'abord, le ministre présente la chose comme s'il s'agit d'être « pour ou contre » le commerce, dans le style de la rhétorique guerrière de l'ex-président des États-Unis George Bush qui disait : « Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes avec les terroristes. »

Puis, les commis-voyageurs et représentants des monopoles mondiaux appartenant à l'empire anglo-américain que sont Brian Mulroney, Jean Chrétien, Paul Martin et Stephen Harper sont « pour » le commerce, mais seulement si cela se fait sous la domination des monopoles les plus puissants et au service de leurs visées mondiales, de leur liberté d'opprimer et d'exploiter les peuples du monde et leurs ressources. C'était l'objectif il y a 25 ans lors de la conclusion de l'accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis et en 1995 lors de la création de l'Organisation mondiale du commerce. Aujourd'hui, à l'occasion du 25e anniversaire de l'accord avec les États-Unis, l'oligarchie financière internationale déclare que c'est un succès sur tous les fronts, mesurant le succès par l'atteinte de cet objectif. En effet, la mondialisation néolibérale est maintenant la norme. Les crises économiques, la pauvreté écrasante dans tous les pays et la guerre sont des traits permanents de la vie internationale, et maintenant pour payer les riches, les peuples du monde sont forcés d'accepter l'austérité comme perspective d'avenir, un avenir qu'ils refusent et auquel ils envisagent une alternative prosociale.

Le libre-échange sous la domination des monopoles mondiaux les plus puissants pour servir leur quête de domination mondiale est un important facteur de guerre. Le commerce pour l'avantage réciproque qui favorise le développement et le progrès des peuples est un important facteur dans la lutte contre la guerre comme façon de régler les conflits.

Ce qui inquiète particulièrement le ministre Fast, c'est qu'il y a des négateurs de la dictature Harpeur qui veulent engager le Canada sur la voie de l'autosuffisance économique fondée sur la reconnaissance des droits de tous, la construction de la base manufacturière et le commerce pour l'avantage réciproque.

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L'accord de libre-échange 25 ans plus tard

Vint-cinq années se sont écoulées depuis que, le 4 octobre 1987, le Canada et les États-Unis se sont mis d'accord pour conclure l'Accord de libre-échange (ALE). L'ALE a été conclu entre le premier ministre Brian Mulroney et le président des États-Unis, Ronald Reagan, le 2 janvier 1988 et est entré en vigueur le 1er janvier 1989. En 1994, cinq ans après l'ALE, le Canada a conclu l'Accord de libre-échange nord américain (ALENA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Le gouvernement canadien déclare sur le site web des Affaires étrangères et Commerce international Canada que : « Cet accord historique a placé le Canada et les États-Unis à l'avant-garde de la libéralisation des échanges.

« Les principaux éléments de l'accord incluent l'élimination des tarifs et la réduction de nombreuses barrières non tarifaires. Il s'agissait de l'un des premiers accords commerciaux à aborder les échanges de services. L'accord comportait également un mécanisme de règlement équitable et rapide des différends commerciaux. Fait particulièrement important pour le Canada, l'ALE établissait un système binational unique d'examen des décisions rendues en matière de recours commerciaux, offrant ainsi une alternative à l'examen judiciaire national. En termes concrets, le Canada et les États-Unis ont convenu de supprimer toutes les mesures frontalières bilatérales sur les biens échangés, notamment les tarifs sur des biens tels que les produits de la viande, les animaux vivants, le vin, les vêtements, le textile ainsi que sur la plupart des produits agricoles. »

Le gouvernement Harper omet de dire que l'ALE a concrètement contribué à préparer l'annexion du Canada aux États-Unis des monopoles nord-américains. Chaque aspect de l'accord, ainsi que l'ALENA qui a suivi, est mystifié. Le gouvernement Harper soutient que le « libre-échange » bénéficie à la société quand les monopoles exercent leur diktat sur une économie organisée au service d'intérêts privés. C'est l'échange qui devient la base de la prospérité, et non le développement d'une économie qui suffit à ses besoins. Il répète ces balivernes que l'ALE allait mettre fin aux guerres commerciales et au protectionnisme, même si vingt-cinq ans plus tard les guerres entre les monopoles les plus puissants qui contrôlent l'économie s'intensifient de jour en jour.

La plus grande illusion entretenue touche au fait que l'ALE, l'ALENA et les accords qui ont suivi sont présentés comme des accords de libre échange. Lorsque l'ALE fut conclu il y a 25 ans, le gouvernement du Canada s'est entendu avec les États-Unis sur exactement comment l'économie canadienne devait être structurée. Ils se sont mis d'accord sur quels aspects de l'économie devaient se développer, où le capital devait se diriger et quels secteurs devaient être abandonnés et mourir de leur belle mort.

Dans la brochure Un accord historique de libre échange ou l'appui sur ses propres forces et des échanges égaux pour l'avantage réciproque[1], nous écrivions à l'époque :

« À notre avis, le commerce international est une très bonne chose. Il rapproche les peuples étrangers et contribue à la compréhension mutuelle. Mais ouvrir le Canada à l'investissement étranger est-il un exemple de commerce international ? En quoi consiste l'échange ? Ta vie pour de l'argent ? Cet accord historique dont on parle ouvre la porte à la multiplication des acquisitions par des investisseurs américains. La démagogie n'y change rien. De même, comment peut-on qualifier de commerce international le fait de troquer la culture, l'éducation, les activités sociales et les loisirs ? (...)

« L'aspect le plus difficile à avaler dans toute cette affaire, c'est que l'accord du libre-échange confie non seulement notre présent, mais notre avenir aussi aux États-Unis. À notre avis, on ne peut parler d'un accord commercial, car il s'agit en réalité d'un accord donné aux États-Unis leur permettant d'avancer à toute vitesse vers l'acquisition économique du Canada. Les États-Unis exercent déjà un contrôle militaire par l'entremise de l'OTAN et de NORAD ; l'indépendance politique sera préservée pour la forme, tout juste pour ne pas obliger les Américains à envoyer ici leur intendant. D'autre part, l'accord ne prévoit aucune place pour les aspirations du peuple, ses luttes, ses préoccupations et ses angoisses. Au contraire, il l'invite à renier ses intérêts et à prendre le parti d'un côté ou de l'autre dans le débat. »

L'ALE représentait un aspect de l'offensive antisociale qui avait été inspiré par l'élection de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et de Ronald Reagan aux États-Unis. En 1991, cette offensive prit la forme d'une déclaration à l'effet que toutes les nations et tous les États devaient se soumettre à une « thérapie de choc » et mettre en oeuvre le programme trilatéral d'une économie de libre marché, un système multipartite et des « droits de la personne » à saveur tout à fait particulière. Tout pays refusant de se soumettre à ce programme devenait par le fait même un pays « délinquant » et, selon la logique impérialiste, ouvert à l'agression, aux changements de régime, aux assassinats et aux interventions clandestines de toutes sortes.

L'offensive antisociale, dont le libre-échange était une composante importante, nie la notion même de société. Elle prétend que les détenteurs du capital et non les travailleurs produisent la richesse tandis que les travailleurs ne sont qu'un simple « coût de production ». Au temps du libre-échange, on prétendait qu'en payant les riches et en mettant tous les avoirs de la société à la disposition d'intérêts privés, la prospérité finirait par « ruisseler » jusqu'au peuple. Même cet aspect de l'offensive antisociale a, à toutes fins pratiques, été abandonné maintenant que les riches et leurs gouvernements prétendent que les conditions de travail et de vie des travailleurs doivent être abaissées, les syndicats détruits, les services publics privatisés et tout vestige du contrat d'après-guerre démantelé une fois pour toutes. On continue néanmoins à entretenir l'irrationnel en disant que la prospérité résulterait de toutes ces mesures !

Où les choses en sont-elles aujourd'hui, 25 ans plus tard ? Le vieux projet canadien d'édification nationale a été abandonné et les intérêts privés politisés tandis que le peuple est dépolitisé. L'ordre du jour antisocial et antiouvrier de Harper consiste à éliminer tout ce qui se dresse en obstacle au droit de monopole pur et simple et au triomphe des intérêts privés.

Lorsque l'ALE fut conclu, le président des États-Unis, Ronald Reagan, était enchanté des accords sur l'énergie, tout comme le fut le premier ministre de l'Alberta, Peter Lougheed, qui était coprésident du lobby pour le libre-échange. L'accord prévoyait à la fois des manoeuvres visant à privatiser les ressources énergétiques relevant de la propriété publique et à garantir que le Canada devienne une source d'énergie sécurisée pour la machine de guerre des États-Unis.

Aujourd'hui, l'ordre du jour de Harper est axé sur l'extraction de ressources et sur l'exportation de matières premières dans les intérêts des monopoles mondiaux de pétrole, de gaz, des mines et d'autres qui sont intimement liés aux banques et à d'autres grands monopoles, et qui contribuent encore plus à détruire l'industrie manufacturière.

Le défi que la classe ouvrière doit relever est d'assumer son rôle dirigeant en tant que seule force sociale pouvant diriger le peuple dans un nouveau projet d'édification nationale. Le fondement du nouveau est la reconnaissance des droits de tous du fait que nous sommes des êtres humains et la souveraineté des nations.

Une nouvelle direction pour l'économie doit être établie sur la base d'une économie qui suffit à ses besoins fondée sur l'industrie manufacturière et sur le commerce à avantage réciproque. Pour cela, il faut se soustraire à l'ALE, à l'ALENA et aux autres accords. La base du nouveau est que les Canadiens doivent pouvoir exercer leur droit de prise de décisions sur tous les aspects de la vie politique et de l'économie socialisée.

Note

1. Il s'agit d'un recueil d'articles de Hardial Bains publiés sous le nom de plume B. Paul d'abord parus dans Le Nouveau magazine hebdomadaire en 1987 et ensuite reproduits sous forme de recueil sur le libre-échange.

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Le Canada se joint au Partenariat transpacifique

La capacité du Canada à suffire
à ses besoins sapée encore plus

Depuis le 12 octobre, le Canada fait formellement partie du bloc commercial appelé Partenariat transpacifique (PTP) et il sera à la 15e table de négociations du 3 au 12 décembre à Auckland, Nouvelle-Zélande. Il y sera en tant que « négociateur de deuxième niveau », avec moins de pouvoirs que les autres participants. Il devra également signer sans les avoir vus les textes déjà négociés durant les 14 premières tables de négociations.

Un climat du secret et de décision exécutive entoure les agissements du gouvernement Harper en matière de commerce international. La plupart des députés au parlement ne savent pas ce qui se passe. Il n'y a pas eu de véritable débat au parlement sur le PTP et toutes les négociations se font dans le secret. Une fuite a permis d'apprendre que 600 représentants des plus grands monopoles américains se sont rencontrés derrière des portes closes à San Diego en juillet 2011 dans le but exprès d'accélérer les négociations, ce qui montre bien quels intérêts servira ce pacte commercial et, qui plus est, pourquoi le gouvernement Harper est si discret à son sujet.

Le ministre du Commerce international Ed Fast affirme dans un communiqué de presse que l'adhésion au PTP sera une bonne chose pour le Canada. « Ouvrir de nouveaux marchés et intensifier les exportations canadiennes vers les marchés en croissance rapide de l'Asie-Pacifique font partie des axes autour desquels s'articule le plan du gouvernement visant à créer des emplois, à stimuler la croissance et à favoriser la prospérité à long terme », a-t-il dit. Cela n'explique pas pourquoi le Canada doit adhérer au PTP et se soumettre à cette domination. Pourquoi ne peut-il pas pratiquer le commerce avec d'autres nations sur la base de l'avantage réciproque ? En fait, le ministre confirme tout simplement que la « vision » du gouvernement Harper n'est rien d'autre qu'une économie d'extraction des ressources et d'exportation frénétique de matières premières non transformées vers autant de pays que possible en réponse aux besoins des monopoles mondiaux. Cela va directement à l'encontre des intérêts des Canadiens, c'est-à-dire la nécessité d'une économie qui suffit à ses besoins en construisant une base manufacturière solide et en pratiquant le commerce avec d'autres pays sur la base de l'avantage réciproque.

Le PTP a été créé en 2006 par le Bruneï, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour, auxquels se sont joints par la suite l'Australie, le Pérou, les États-Unis, le Vietnam et la Malaisie. Il s'agit d'un « supra-accord » de libre-échange qui remplacera tous les accords commerciaux qui existent entre les pays de l'Asie-Pacifique pour réaliser leur « coopération économique » à long terme. Il est vraisemblable que les autres pays de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC), comme la Chine, adhèrent au PTP, ce qui créera d'importants conflits, pouvant aller jusqu'à la guerre. Si les États-Unis peuvent forcer les partenaires plus petits à faire ce qu'ils veulent par l'intimidation, il en ira autrement pour la Chine qui ne s'en laisse pas imposer. Des mesures plus agressives seront nécessaires pour avoir le dessus et c'est pour parer à cette possibilité que le PTP est créé avec tant d'empressement.

Le PTP a des répercussions négatives pour le secteur agricole du Canada. Stephen Harper a admis le 14 novembre 2012 qu'en raison d'objections soulevées par plusieurs pays membres, le Canada devra accepter de renoncer au régime de gestion de l'offre sous contrôle public comme condition d'adhésion. On compte environ 80 systèmes de gestion de l'offre de niveau provincial au Canada, établis collectivement par les producteurs agricoles eux-mêmes pour la mise en marché des produits laitiers, du boeuf et de la volaille, entre autres. Le système global a été légalisé en 1949 avec la Loi des marchés agricoles qui a habilité le gouvernement fédéral à autoriser la création de commissions de mise en marché par des lois provinciales.

Les systèmes provinciaux de gestion de l'offre sont essentiels à une économie qui suffit à ses besoins. Ce sont des instruments contrôlés par les producteurs agricoles, créés pour répondre à leurs besoins et qui rendent des comptes aux producteurs pour les prix de la valeur de leurs produits. Le monopole public de la vente des produits agricoles sous la juridiction d'une commission de mise en marché donne aux agriculteurs une position de force face aux acheteurs dans la négociation du prix de vente et d'autres conditions relatives à la livraison du produit. Ce système a été créé en opposition au dogme des cercles dirigeants à propos d'une main invisible du « libre marché » qui finit toujours par établir mystérieusement un prix « équitable », même quand tous les secteurs de l'économie sont dominés par des monopoles qui manipulent les prix à leur convenance.

Messieurs Harper et Fast ne sont pas très convaincants quand ils jurent qu'ils n'ont pas l'intention de détruire les systèmes de gestion de l'offre. Il se mène présentement une campagne de désinformation dans les médias monopolisés contre la gestion de l'offre précisément pour préparer une opinion publique favorable à leur destruction. Un participant bien en vue est John Manley, directeur du Conseil canadien des chefs d'entreprises qui représentent les 150 plus grandes sociétés au Canada, celles-là même qui ont porté Stephen Harper au pouvoir et qui ont le plus à profiter du PTP. Le démantèlement de la Commission canadienne du blé l'année dernière malgré l'opposition vigoureuse des agriculteurs, travailleurs et alliés montre bien que Stephen Harper n'aura aucun scrupule à démanteler les systèmes de gestion de l'offre pour ouvrir les marchés aux monopoles, quels que soient les avantages que ces systèmes procurent aux Canadiens et malgré les dénis à la Chambre des communes.

(Traduction : LML)

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Négociations de l'Accord économique et commercial global avec l'Europe

Le libre-échange avec l'Europe n'est pas
dans l'intérêt des Canadiens

Les négociations sur l'Accord économique et commercial global (AECG) avec l'Europe battent leur train à Bruxelles du 15 au 26 octobre dans une ambiance de fébrilité alors que les différents joueurs tentent de résoudre les points de litige. Lors d'un point de presse, des porte-parole canadiens ont déclaré qu'en somme, l'objectif en ce moment est de réduire les sujets de contention à un maximum de dix items, et que les ministres doivent se rencontrer en novembre pour tenter d'en arriver à une entente. L'AECG est un accord de libre-échange global qui éliminerait à toutes fins pratiques les tarifs entre le Canada et l'Union européenne et qui changerait ou mettrait en péril d'autres politiques gouvernementales, tant fédérales et provinciales que locales, politiques qui sont dans l'intérêt public et qui en principe limitent les occasions pour les monopoles de faire des profits. L'objectif même de l'AECG est d'offrir une plus importante protection aux investisseurs étrangers, simplifiant ou enlevant tout bonnement les mesures régissant les biens importés, assurant l'harmonisation des règlements entre le Canada et l'Union européenne, et donnant accès aux marchés publics et aux ventes de services outre frontière.

L'idée d'un AECG est née d'une étude conjointe Canada-Union européenne, « Évaluation des coûts et avantages d'un partenariat économique plus étroit entre l'Union européenne et le Canada», publiée en octobre 2008. Les négociations ont débuté en mai 2009 au Sommet Canada-Union européenne à Prague, cinq ans après le Sommet d'Ottawa, quand le gouvernement Harper et les dirigeants européens s'étaient entendus sur la nécessité d'une nouvelle démarche. L'AECG en est présentement à sa dixième ronde de négociations, et le gouvernement aimerait bien que l'entente soit ratifiée avant la fin de 2012, bien qu'en toute probabilité, elle ne le sera pas avant 2014, tenant compte des nombreux litiges devant être résolus et le fait que la population se rend compte de plus en plus que cette entente vise uniquement à satisfaire les intérêts des monopoles et non ceux des Canadiens. Un autre obstacle qui semble se poindre est que l'AECG a vraisemblablement certaines affinités avec l'Accord commercial relatif à la contrefaçon (ACRC), lequel accord comprenait certaines mesures permettant de surveiller et de censurer l'internet, et que le parlement européen a dû abandonner en raison de l'opposition populaire.

À l'instar de tous les autres accords de libre-échange du gouvernement Harper, les pourparlers de l'AECG ont lieu en secret tandis que les protagonistes se lancent des offres et des contre-offres dans l'espoir d'obtenir la meilleure entente pour les monopoles qu'ils représentent. Les conservateurs prétendent que l'AECG a été « l'une des négociations les plus transparentes dans l'histoire du Canada ». Pendant ce temps, le texte de l'accord est gardé secret et le peuple n'aura pas un seul mot à dire sur le contenu avant qu'il ne soit signé. Si on se fie au passé, il en va de même pour le parlement qui n'aura pas l'autorité nécessaire pour apporter des modifications au texte puisque Harper gouverne par décrets. Par exemple, lorsque les partis d'opposition ont tenté d'amender les accords de libre-échange avec la Colombie, le Pérou et la Jordanie, ils ont été écartés sans cérémonie par les harpériens qui les ont accusés d'être des trouble-fête et des « protectionnistes ». Plus récemment, le ministre du Commerce international, Ed Fast, a qualifié les opposants au libre-échange de « négateurs du libre-échange». La façon de faire des harpériens est aux antipodes de la transparence. Celle-ci est caractérisée par l'ouverture, une information exhaustive et une large participation du public. La seule information que la population a pu obtenir au sujet de l'AECG est celle qui lui est venue de documents provenant de fuites et non du gouvernement.

Ces documents révèlent que l'une des principales clauses de l'AECG permet la privatisation des services publics qui sont offerts présentement par les gouvernements provinciaux, territoriaux et municipaux. Dans sa mire, il y a l'approvisionnement en eau et celui-ci ne fait pas partie des secteurs dit protégés, ce qui veut dire qu'il sera sans aucun doute ouvert à la spéculation. Ce n'est pas le fruit du hasard si les deux plus importants services d'eau privés au monde sont en Europe. Avec l'AECG, les services pouvant être privatisés sont la gestion des déchets, le transport en commun et les services de santé publics. Il y a aussi la Société canadienne des Postes. L'accord attribuerait la protection conférée par un brevet à des compagnies pharmaceutiques de marques nominales, écartant les médicaments génériques et augmentant considérablement le coût des régimes d'assurance-médicaments. L'accord tel que proposé s'attaque aux mesures visant à maximiser les bienfaits des dépenses publiques en tenant compte des ramifications sociales et économiques de l'approvisionnement local et le recours aux travailleurs locaux. De telles exigences et considérations éthiques seraient réduites ou proclamées illégales selon l'AECG. Les monopoles étrangers pourront aussi ignorer ou entreprendre des recours légaux pour contrer les règlements environnementaux qui pourraient même être déclarés illégaux. Des consortiums européens de partenariat public-privé obtiendraient de nouvelles garanties d'accès aux appels d'offre des municipalités au détriment des intérêts publics locaux. Ce n'est pas surprenant si 40 municipalités, y compris Toronto, se sont prononcées contre les règles d'approvisionnement de l'AECG , qui visent à empêcher toute initiative encourageant l'achat local.

Si le gouvernement Harper agissait le moindrement dans l'intérêt des Canadiens, il s'attarderait aux préoccupations que soulèvent les aspects municipaux et provinciaux et les menaces qui pèsent sur eux, et tiendrait compte de l'opposition grandissante à l'accord. Aussi, il saisirait l'occasion pour faire véritablement preuve de transparence. Le gouvernement pourrait ainsi fournir une information précise quant au contenu de l'AECG et organiser une discussion large dans tout le pays. Au contraire, en avril 2012, Harper a dépêché dix-huit ministres dans divers coins du pays pour tenir des conférences de presse. Il a aussi cherché à peaufiner son marketing en s'acoquinant divers groupes de lobbyistes d'entreprises. Il a même refait la page web du ministère des Affaires étrangères et Commerce international Canada dans le sens de vendre sa salade plutôt que d'en expliquer les bienfaits en contredisant certains « mythes qui circulent » au sujet de l'AECG. Son baratin publicitaire n'est que pure désinformation. Par exemple, dans un nouveau feuillet, on prétend que l'AECG ne touchera ni à la santé publique ni aux règlements régissant l'environnement, qu'il ne permettra pas aux corporations étrangères de contester les politiques publiques, de miner les services publics ni la démocratie municipale, ni d'augmenter le prix des médicaments ou de nuire au financement canadien des arts et de la culture. Non seulement les documents obtenus par fuite contredisent-ils ces déclarations, mais il suffit d'étudier la feuille de route d'autres accords de libre-échange tel l'ALENA.

L'AECG, tout comme d'autres accords de libre-échange négociés par Harper ainsi que par ses prédécesseurs comme Mulroney, donne libre cours aux monopoles pour détruire l'économie, privatiser ou encore détruire les programmes sociaux, changer les lois régissant les agissements des entreprises, et faire en définitive tout ce qu'ils veulent pour servir leurs propres intérêts monopolistes étroits. L'AECG n'est aucunement dans l'intérêt des Canadiens, pas plus que l'ALENA ne l'a été. Le protectionnisme n'est guère mieux, puisqu'il ne fait que prôner les intérêts de certains monopoles plutôt que d'autres. Mais il existe une alternative qui est dans les intérêts de la classe ouvrière et du peuple et non des monopoles. Cette alternative est dans le développement de l'autosuffisance et des échanges commerciaux à avantage réciproque entre pays égaux peu importe leur grandeur. Cette alternative doit d'abord contribuer à bâtir une économie qui suffit à ses besoins en bâtissant une base manufacturière solide et en garantissant le bien-être de la population peu importe les circonstances.

(Traduction: LML)

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Réflexions du camarade Fidel Castro

« Fidel Castro est à l'agonie »


Fidel Castro en bonne santé le 21 octobre 2012

Il a suffi d'un message aux diplômés de première année de l'Institut des Sciences médicales « Victoria de Giron » pour que le poulailler de la propagande impérialiste se déchaîne, et que les agences de presse se lancent derrière le mensonge, avec voracité. Mais ce n'est pas tout, dans leurs dépêches, elles ont ajouté sur le patient les stupidités les plus insolites.

Le journal espagnol ABC a publié qu'un médecin vénézuélien, établi on ne sait où, a révélé que Castro a souffert d'une embolie massive au niveau de l'artère cérébrale droite, « je peux affirmer que nous ne le reverrons plus en public ». Le soi-disant médecin qui, si c'en est un, a dû d'abord abandonner ses propres compatriotes, a qualifié l'état de santé de Castro de « très proche de l'état neurovégétatif. »

Même si beaucoup de gens dans le monde sont trompées par les organes d'information, presque tous aux mains des privilégiés et des riches, qui publient ce genre de bêtises, les peuples croient de moins en moins à ces mensonges. Personne n'aime être trompé, même le menteur le plus incorrigible attend qu'on lui dise la vérité. Tout le monde a cru, en avril 1961, les nouvelles publiées par les agences de presse affirmant que les envahisseurs mercenaires de Giron ou de la Baie des Cochons, comme on veut bien l'appeler, arrivaient à La Havane, alors qu'en réalité, un petit nombre d'entre eux tentaient vainement de rejoindre en canot les navires de guerre yankees qui les escortaient.  

Les peuples apprennent les leçons, et la résistance grandit face aux crises du capitalisme, qui se répètent de plus en plus fréquemment ; aucun mensonge, aucune répression, pas même les nouvelles armes ne pourront empêcher l'effondrement d'un système de production toujours plus inégal et injuste.

Il y a quelques jours, peu avant le 50e anniversaire de la « Crise d'Octobre », les agences ont signalé trois coupables : Kennedy, fraîchement arrivé à la tête de l'empire, Khrouchtchev et Castro. Cuba n'a rien eu à voir avec l'arme nucléaire, ni avec le massacre inutile d'Hiroshima et de Nagasaki perpétré par le président des États-Unis Harry S. Truman, instaurant la tyrannie des armes nucléaires. Cuba défendait son droit à l'indépendance et à la justice sociale.

Lorsque nous avons accepté l'aide soviétique en armes, en pétrole, en aliments et en autres ressources, ce fut pour nous défendre contre les plans yankees d'invasion de notre Patrie, soumise à une guerre sale et sanglante que ce pays capitaliste nous a imposée dès les premiers mois et qui s'est soldée par des milliers de vies et de mutilés cubains.

Lorsque Khrouchtchev nous a proposé, au nom de la solidarité, d'installer des projectiles de moyenne portée semblables à ceux que les États-Unis avaient en Turquie — encore plus proches de l'URSS que Cuba des États-Unis —, Cuba n'a pas hésité à accepter un tel risque. Notre conduite a été moralement irréprochable. Jamais nous ne présenterons d'excuses à quiconque pour ce que nous avons fait. Une chose est sûre, c'est qu'un demi-siècle s'est écoulé et nous sommes toujours là, la tête haute.

J'aime écrire et j'écris ; j'aime étudier et j'étudie. Il y a beaucoup de tâches dans le domaine du savoir. Jamais les sciences, par exemple, n'ont avancé à une vitesse aussi vertigineuse.

J'ai cessé de publier des Réflexions parce que ce n'est certainement pas mon rôle de remplir les pages de notre presse, qui se consacre à d'autres tâches dans l'intérêt de notre pays.

Oiseaux de mauvais augure ! J'ai même oublié ce qu'est un mal de tête. Pour prouver à quel point ils sont menteurs, je vous offre les photos qui accompagnent cet article.

Fidel Castro Ruz
Le 21 octobre 2012
10h12





(Photos: Alex Castro)

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