Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 105 - 17 octobre 2012

La nécessité d'un mouvement politique
indépendant de la classe ouvrière

La nécessité d'un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière

Oui au secteur manufacturier, non à la destruction nationale!
Rio Tinto Alcan: De la destruction sous couvert de réorganisation - Pierre Chénier
Il est temps pour les travailleurs de l'automobile de sortir des sentiers battus à la défense de leurs droits
Régression des conditions de travail et atteinte à la dignité des camionneurs - Normand Chouinard

27 octobre à Thetford Mines
Manifestation contre les changements antisociaux à l'assurance-emploi


La nécessité d'un mouvement politique
indépendant de la classe ouvrière

Partout au pays les travailleurs sont en révolte contre les politiques néolibérales de l'élite dominante. La pression à la baisse sur le niveau de vie à cause de crises qui perdurent dans tous les secteurs de l'économie est accentuée par les attaques délibérées des gouvernements contre les organisations de la classe ouvrière et les programmes sociaux.

Les travailleurs du secteur privé continuent de combattre le diktat des monopoles pour leur soutirer des concessions et imposer l'arbitraire dans les conditions de travail. Entre-temps la concurrence intermonopoliste au pays et à l'étranger devient de plus en plus intense.

Les travailleurs du secteur public refusent la prétention que les politiques d'austérité qui prescrivent une baisse des salaires, des avantages sociaux et des conditions de travail et qui mènent à la détérioration des services publics vont résoudre la crise en faveur du peuple. Et le public n'accepte pas la rengaine néolibérale qui dit que la destruction des services publics et des programmes sociaux et la satisfaction de toutes les demandes des monopoles mondiaux peuvent profiter à l'économie ou à l'environnement social et naturel.

Différentes sections de la population s'organisent pour s'opposer à la privatisation des avoirs publics et à la corruption qui l'accompagne. Le peuple refuse l'offensive contre l'éducation et la santé avec ces vautours qui se précipitent pour dévorer les avoirs publics et sociaux. Ces derniers se servent de leur contrôle du capital et des contrats avec le gouvernement pour paver la voie à des PPP et à d'autres magouilles.

L'opposition à la dictature Harper et aux décrets qui viennent d'Ottawa continue de grandir. Les coupures radicales dans les services publics fédéraux pendant que la privatisation draine le trésor public affectent le tissu social et la stabilité de l'environnement social et naturel. La construction de gigantesques oléoducs dans l'Ouest et le développement du Nord sans le réel consentement et sans la participation consciente des Premières Nations et de l'ensemble du corps politique sont également inacceptables.

Il est devenu évident que, pour que l'opposition de la classe ouvrière et de ses alliés soit effective, il faut résoudre le problème d'avoir un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière. Sans bâtir un mouvement politique effectif de la classe ouvrière et du peuple, tous les efforts pour contrer l'assaut du néolibéralisme contre les institutions et l'autorité publiques seront vains. Une politique indépendante de la classe ouvrière, basée sur une conception du monde prosociale et des définitions modernes de la gouvernance, où ceux qui produisent la richesse participent à l'établissement de l'ordre du jour et à la prise des décisions qui affectent leur vie — ce mouvement politique peut nous permettre de sortir des sentiers battus et d'ouvrir une nouvelle voie pour l'ensemble de la société.

Avec le rôle décisif et central qu'elle joue dans l'économie et en mettant à profit sa pensée indépendante et son organisation indépendante, la classe ouvrière peut priver l'élite dominante de son pouvoir de priver le peuple de son droit d'impulser une nouvelle direction à l'économie en sa faveur. Elle peut établir de nouveaux arrangements qui ouvrent une nouvelle ère, l'ère nouvelle où le peuple est investi de son pouvoir souverain.

Secteur manufacturier, oui ! Destruction nationale, non !
Non au droit de monopole ! Oui au droit public !
Arrêtez de payer les riches ! Augmentez les investissements dans les programmes sociaux !

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Secteur manufacturier, oui! Destruction nationale, non!

Rio Tinto Alcan: De la destruction
sous couvert de réorganisation

Invoquant la baisse des prix de l'aluminium sur les marchés mondiaux et l'accroissement de la concurrence entre les monopoles de l'industrie, Rio Tinto Alcan s'est engagé dans une campagne mondiale de réorganisation qui comprend notamment la vente et la fermeture d'usines d'alumine et d'aluminium, des réorganisations antiouvrières du travail dans les usines qui demeurent et des coupures massives dans le personnel cadre. Rio Tinto Alcan rejette le fardeau des problèmes de l'industrie sur le dos des travailleurs et des communautés même s'ils n'en sont pas responsables. Cela a pour effet d'aggraver les conditions de vie et de travail des travailleurs et des populations et de nuire au développement économique des régions.

Les travailleurs rejettent la prétention de Rio Tinto Alcan qu'il a le droit de monopole de prendre n'importe quelle décision qu'il veut sans égard aux torts qui sont causés au peuple et à l'économie. Ils s'opposent aux ententes secrètes signées par le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et Rio Tinto qui permettent au monopole d'agir avec impunité. Bien que Rio Tinto ne demande pas en ce moment la réouverture de la convention collective des travailleurs d'Alma pour accommoder sa réorganisation, il attaque les travailleurs d'Arvida et tous les travailleurs de Rio Tinto s'y opposent. Les travailleurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Mauricie sont connus pour leur esprit de combat dans la défense des droits de tous et ils n'ont pas l'intention de laisser passer cette nouvelle attaque contre leur moyen de subsistance et leur avenir, résolus à ne pas laisser la réorganisation antiouvrière et antisyndicale se faire à leurs dépens.

Fermeture du Centre de production de cathodes au complexe Arvida

À la fin septembre, Rio Tinto Alcan a annoncé la fermeture pour une période indéterminée de son centre de production de cathodes à l'usine Arvida. La fermeture est prévue pour la fin 2012 et la production de cathodes sera réduite progressivement jusque là, dit la compagnie. Les cathodes sont des électrodes qui servent, avec les anodes, à conduire le courant électrique dans les cuves où se fait l'électrolyse par laquelle l'alumine est réduite en aluminium liquide. La compagnie va dorénavant importer les cathodes de sa filiale française Carbone Savoie. Ce sont 50 positions qui disparaissent à l'usine Arvida. RTA pour le moment promet de ne pas mettre à pied ces travailleurs mais de les relocaliser ailleurs dans l'usine.

Les travailleurs, représentés par le Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEEA), affilié aux TCA, viennent maintenant d'apprendre que l'usine ne sera pas chauffée pendant l'hiver, un signe évident que le travail ne va pas reprendre.

Incertitude face à l'avenir de l'usine Arvida

L'incertitude est très grande à l'usine Arvida. Pour des raisons environnementales, les quelque 800 cuves précuites de l'usine doivent fermer à la fin de 2014. Cette fermeture va affecter environ 1000 travailleurs selon le syndicat, 700 affectés aux cuves et 300 qui préparent les anodes et des équipements pour l'électrolyse. Rio Tinto Alcan a entrepris la modernisation technologique des procédés d'électrolyse par laquelle on augmente la quantité de production d'aluminium et on rend l'opération moins polluante. Mais elle la retarde en invoquant les conditions du marché. La modernisation technologique doit se faire en trois phases, mais seule la phase 1 a débuté et elle ne comprend que 38 nouvelles cuves donnant du travail à environ 80 travailleurs seulement. Aucune annonce n'a été faite encore pour les phases 2 et 3. Le syndicat estime qu'il faudra environ 32 mois une fois que les travaux commencent pour achever la phase 2, ce qui ne donne pas assez de temps pour remplacer les vieilles cuves même si la construction commençait tout de suite. Il y a donc ce que le syndicat appelle un trou noir pour quelque 1000 travailleurs que le syndicat cherche à combler. À cette fin, il demande au gouvernement d'accorder une extension à l'opération des cuves au-delà de la date du 31 décembre 2014 pour éviter une perte massive d'emplois pendant que le syndicat maintiendra la pression dans la région pour amener Rio Tinto à faire les investissements nécessaires.

Inquiétude face aux fermetures prématurées en vertu de l'entente secrète

L'entente secrète signée entre le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et Alcan en 2006, qui a été reconduite lorsque Rio Tinto a acheté Alcan en 2007, comportait des privilèges hydro-électriques immenses pour le monopole et d'autres privilèges tels un prêt sans intérêt de 400 millions $ en échange d'investissements au Québec. Cette entente comportait également une section qui permet à Rio Tinto de fermer des usines qui posent ce que l'entente appelle « un défi de durabilité » sans perdre ses privilèges. L'entente telle que signée en 2007 mentionnait quatre usines : les usines d'électrolyse de Shawinigan et de Beauharnois, les salles de cuves précuites de l'usine Arvida et l'usine d'alumine Vaudreuil, toutes deux à Saguenay. L'entente affirmait que ces usines possèdent une technologie vétuste polluante et qu'elles devraient fermer éventuellement à cause de nouvelles règlementations en matière environnementale. Aucune obligation n'était faite à Rio Tinto Alcan de rénover la technologie de ces usines pour les mettre au diapason des normes environnementales. Au contraire, la fermeture éventuelle était considérée comme un fait accompli. L'entente ajoutait plutôt que Rio Tinto pourrait même être autorisé à les fermer avant que ne tombe le couperet des lois environnementales si les conditions du marché se détérioraient au point où la tonne d'aluminium se vendrait à moins de 1800 $ US sur les marchés mondiaux.

C'est en vertu de cette section de l'entente que l'usine de Beauharnois, qui devait rester en opération jusqu'à la fin de 2010, a été fermée au début de 2009 (c'est à ce moment que cette partie de l'entente a été rendue publique).

En ce moment, l'usine de Shawinigan et les cuves précuites de l'usine Arvida sont censées fermer à la fin de 2014 pour des raisons environnementales. Les travailleurs et les gens de la région craignent que Rio Tinto n'invoque encore une fois la baisse du prix de l'aluminium sur les marchés pour fermer ces installations même avant la date prévue, ce qui augmenterait drastiquement le chômage régional. Les porte-parole de Rio Tinto Alcan laissent circuler des rumeurs à cet effet, ce qui crée un climat d'instabilité et d'angoisse pour inculquer aux travailleurs un sens de futilité et d'humiliation puisque ce serait « inévitable ».

Réduction majeure du nombre de cadres

Rio Tinto Alcan envisage aussi une réduction massive du nombre de ses cadres dans toutes ses installations à travers le monde. Les médias du Saguenay-Lac-Saint-Jean parlent d'une réduction de 20 % du nombre total de cadres. Les porte-parole du monopole ne confirment pas le nombre, mais ils parlent d'une réduction majeure qui sera faite à coup d'attritions sans exclure les mises à pied pour accélérer le processus. Selon eux, la réduction du nombre de cadres sera faite parmi le personnel dit de support et non impliqué dans la production comme tel. Les travailleurs interprètent cela comme une réduction des effectifs cléricaux et de différents services, comme RTA l'a déjà fait par exemple en éliminant ses services régionaux d'achats.

« Certains disent que nous devrions être contents d'apprendre qu'un programme de réduction du personnel-cadre existe, a dit Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma. C'est le contraire. Nous nous sommes battus pour des emplois de qualité dans la région. Peu importe que les emplois soient syndiqués ou pas, il s'agit d'emplois de qualité que la région va perdre. On ne peut pas aujourd'hui tourner le dos à cette bataille parce que ce sont des cadres qui vont prendre leur emploi... Ça pourrait malheureusement s'articuler en coupure de services, en décentralisation, en délocalisation, en perte de services aux employés. »

Pendant ce temps, le monopole continue ce qu'il appelle la réorganisation des emplois dans ses usines. Les travailleurs d'Alma en savent quelque chose puisqu'ils l'affrontent depuis leur retour au travail suite à la fin du lockout avec des réorganisations d'emplois qui sont faites sans leur consentement. La réorganisation accroît les risques posés pour la santé et la sécurité et n'est tout simplement pas acceptable, disent-ils.

Rio Tinto Alcan est en train d'acquérir une mauvaise réputation à citer des « difficultés du marché » pour justifier ses attaques contre les travailleurs qui produisent la richesse au départ, et contre les populations des régions et pays où il opère.

Il faut trouver de vraies solutions aux problèmes économiques, pas des mesures à courte vue aux dépens des travailleurs. Rio Tinto Alcan a droit à des concessions énormes sur l'hydro-électricité. Il ne doit pas avoir le droit de voler les ressources sans rien retourner aux travailleurs et à l'économie des régions et du pays.

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Ratification de la nouvelle convention dans le secteur de l'automobile

Il est temps pour les travailleurs de l'automobile de sortir des sentiers battus à la défense de leurs droits

Les sections locales du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile à GM, Ford et Chrysler ont ratifié leur nouvelle convention collective. Plusieurs éléments de l'entente laissent à désirer mais beaucoup s'accorderont pour dire que ce qui est crucial pour la classe ouvrière en ce moment est de trouver les moyens de changer la situation en sa faveur. Pas beaucoup de travailleurs sont surpris que la convention collective soit en faveur des monopoles aux dépens des nouveaux employés, les plus vulnérables de l'industrie automobile. Ces derniers sont accueillis avec une massue quand ils entrent sur le marché du travail.

Pas nécessaire d'énumérer toutes les concessions sinon de dire que les salaires pour les nouveaux employés à la production seront 60 % de ceux des travailleurs déjà à l'emploi et resteront inférieurs pendant dix ans tandis que certains avantages sociaux et les pensions resteront inférieurs indéfiniment. Les nouveaux employés devront contribuer à un fonds de pension à contributions déterminées et la déduction du chèque de paie à ce chapitre atteindra environ 6 % dans dix ans.

Les salaires des travailleurs présentement employés seront gelés jusqu'en septembre 2016. Ils recevront un bonus de 3 000 $ et l'indexation au coût de la vie sera remplacée par un somme globale de 2 000 $ pour trois ans. Cela veut dire que le salaire de base qui servira aux négociations en 2016 n'aura pas augmenté en près de dix ans.

L'entente comprend une promesse d'investissement de GM et Ford jusqu'à 2016, mais il est possible que cela dépende d'une participation de 400 millions $ des gouvernements du Canada et de l'Ontario. L'insécurité d'emploi et la production serviront de toute évidence à exiger d'autres concessions la prochaine fois.

Les travailleurs de l'automobile sont soumis au chantage des monopoles, des gouvernements et des médias pour ce qui est de la sécurité d'emploi et la négociation des salaires, avantages sociaux, pensions et conditions de travail. Il ne se passe pas un jour sans que les monopoles ne menacent de déménager leurs opérations vers des pays « plus accueillants pour les affaires » si les travailleurs n'acceptent pas de faire des concessions. Ce régime néolibéral d'intimidation et d'insécurité ne devrait pas être le sort des travailleurs dans un pays moderne comme le Canada. Il est évident que le changement s'impose, mais la question est comment les travailleurs vont-ils faire pour sortir des sentiers battus dans la défense de leurs droits pour apporter un changement prosocial.

D'abord, il ne faut pas laisser la déception prendre le dessus, ni surestimer la capacité du régime de maintenir le statu quo néolibéral. La balle est clairement dans le camp des travailleurs. Ces derniers n'ont pas un contrôle direct sur ce que font les propriétaires du capital monopoliste et leurs représentants politiques mais ils ont le contrôle de leur pensée et action. Les travailleurs modernes appartiennent à une classe dynamique indépendante capable de transformer tous les aspects de son existence, y compris l'aspect politique, comme elle l'a déjà montré en transformant par son travail une économie autrefois basée sur la petite production en une économie de grande production industrielle.

La classe ouvrière est la classe montante qui doit développer son sens de l'économie politique moderne et de la vie politique. La capacité indépendante de penser et d'analyser est cruciale. La situation dans laquelle les travailleurs se trouvent aujourd'hui n'est pas sans issue et personne ne doit se laisser démoraliser à ce sujet. Les travailleurs ne sont pas une élite mourante comme dans la tragédie de Shakespeare où Lady Macbeth, qui se répand en lamentations, propose à son époux le roi d'oublier les crimes du passé. Il ne faut pas se sentir responsable, dit-elle, « on ne doit pas penser aux choses sans remède. Ce qui est fait est fait. » Mais tout cela pour abandonner tout scrupule et déclarer deux actes plus loin que « ce qui est fait ne peut pas être défait ».

La classe ouvrière moderne n'est pas une classe mourante qui vit dans le regret, refuse d'accepter la responsabilité ou de changer sa façon de faire. Le passé porte les leçons qui permettent de répondre à la nécessité de changement. Il ne s'agit donc pas de se lamenter sur l'entente ratifiée, mais d'examiner pourquoi les travailleurs se retrouvent dans cette position affaiblie, sur une pente glissante et apparemment sans aucun contrôle. Ce qui est fait est fait, mais quels sont les aspects que les travailleurs doivent revoir pour s'assurer que la prochaine fois ce qui est fait n'est pas fait à leurs dépens.

Par exemple, les travailleurs peuvent cesser de se voir comme un coût de production qu'il faut constamment réduire pour rendre les monopoles plus concurrentiels. C'est un piège et il faut l'éviter. Les travailleurs sont au centre de toute la production et ils sont le facteur humain essentiel dans l'économie, celui qui produit toute valeur.

L'énoncé suivant dans la convention collective est un mensonge qu'il faut dénoncer et rayer tout aussi décidément qu'une déclaration qui dirait que l'employeur a le droit d'agir à sa guise et sans aucune restriction : « La compagnie reconnaît que les dispositions sur les nouveaux employés améliorent considérablement la capacité concurrentielle des nouveaux employés dans les opérations canadiennes en tant que coût de production, car c'est un des facteurs importants à considérer quand on investit. »

La compagnie peut reconnaître ce qu'elle veut, mais les travailleurs ne sont pas un coût, ils sont au contraire la source de toute nouvelle valeur. L'investissement et les rapports de production bâtis sur la notion que les travailleurs sont un coût de production sont voués à la crise perpétuelle, au déséquilibre et à l'échec. Ce n'est pas ainsi qu'on bâtit une économie moderne et un pays moderne. Les travailleurs veulent l'équilibre, la sécurité et une nouvelle direction pour l'économie. Le remède existe, mais il ne viendra pas de l'élite dominante et de ses politiciens et experts ; il doit venir des travailleurs eux-mêmes regroupés dans leurs collectifs, avec leur pensée, conception du monde et objectifs indépendants.

Ce qui est fait est fait, mais les travailleurs ne peuvent sombrer dans le regret et se déchirer tout juste parce que la conspiration de la classe capitaliste dominante a réussi. Que les travailleurs de l'automobile s'organisent maintenant pour enligner leur pensée et conception du monde indépendantes et se fixer des objectifs indépendants pour qu'en 2016 et d'ici là, ils soient en position d'unité et de force pour sortir des sentiers battus à la défense de leurs droits et des droits de tous.

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Industrie du transport

Régression des conditions de travail et atteinte
à la dignité des camionneurs

Les chauffeurs de camion lourd de la division de transport du monopole agro-alimentaire Olymel ont reçu récemment des directives de la compagnie limitant le temps alloué aux opérations de base quotidiennes. Ces directives définissent un « temps raisonnable » dans l'exécution de chaque tâche. Tout dépassement ne sera pas considéré comme « raisonnable » et ne sera pas payé. Grâce aux moyens électroniques disponibles et des contacts téléphoniques avec les clients et des répartiteurs d'usines, des vérifications seront faites régulièrement afin de piéger les travailleurs fautifs.

Ces mesures rétrogrades sont une atteinte à la dignité des camionneurs et sont de plus en plus courantes au Canada. Au Québec, par exemple, les entreprises diminuent de manière arbitraire le temps alloué pour l'inspection mécanique réglementaire de leurs équipements. Tout dépassement de temps lors de l'inspection du camion ne sera pas payé. On sacrifice ainsi la sécurité des chauffeurs et celles des usagers de la route. Les chauffeurs sont souvent les seuls blâmés si un incident survient. Les chauffeurs travaillent de longues journées et n'ont même pas un temps de repas établi. Ils sont soumis au droit de gérance quant au moment de prendre leurs repas (non payés). Seulement 30 minutes de pause payées leurs sont allouées pour une journée pouvant atteindre 12-14 heures, et jusqu'à 16 heures par jour. La fatigue au volant est la principale source d'accidents et de décès des camionneurs.

Les nouvelles technologies permettent aux entreprises une surveillance électronique de plus en plus précise de leurs chauffeurs. Ces derniers doivent constamment justifier leur temps, y compris celui des temps de toilette. Bref, la liste est longue et tout manquement est automatiquement déduit du chèque de paie. Cela crée un stress permanent tout au long de leur longue journée de travail. « Ces mesures sont nécessaires au maintien de notre rentabilité en tant qu'entreprise de transport », soutient l'industrie.

La semaine de travail pour un camionneur

Les normes fédérales du transport considèrent qu'une semaine normale de travail payé à temps régulier est de 60 heures. Au Québec, les camionneurs sont assujettis à la loi 430 qui régit le nombre d'heures de conduite. Cette loi permet aux compagnies de transport de faire travailler leurs chauffeurs jusqu'à 16 heures par jour (incluant deux heures de repos). Les entreprises se voient par contre obligées de respecter la semaine de travail de 40 heures telle qu'établie par le code du travail du Québec. Pour éviter de payer tout surtemps, elles ont imaginé depuis des années toutes sortes de moyens pour payer les camionneurs à la pièce (rémunération au kilomètre, au poids, au nombre de voyages, etc.)

Un camionneur peut conduire pendant 70 heures sans avoir droit au temps supplémentaire. Il peut recevoir une partie de sa paie en heures, en kilométrages, en poids, etc., ce qui rend pratiquement impossible le paiement en temps supplémentaire. Les compagnies québécoises ouvrent également des terminaux dans les provinces canadiennes afin de contourner la loi provinciale. Elles introduisent les mesures et les directives comme le temps de travail « raisonnable ». Elles maintiennent les conditions du camionnage au niveau de main-d'oeuvre bon marché.

La destruction des normes du travail et l'introduction de temps de travail « raisonnable » dans chaque tâche servent à couper le salaire des travailleurs et à accroître leur exploitation. Ce sont de graves atteintes à la dignité des travailleurs qui sont au coeur du développement de notre économie. L'industrie du camionnage constitue un important secteur de notre économie nationale car elle permet la circulation d'une grande partie des biens et marchandises produites par la classe ouvrière industrielle. Comme le dit une expression propre aux camionneurs : « Si vous l'avez, c'est qu'un camionneur l'a transporté. »

Les travailleurs doivent définir la semaine de travail et exiger d'être payés pour leur temps de travail.

Les camionneurs savent que la défense de leurs conditions de travail, de vie, des normes de sécurité au travail et de sécurité publique existent parce qu'ils les défendent, s'organisent et résistent à toute régression.

Pour exercer une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail, l'industrie du transport et les monopoles manufacturiers cherchent constamment à diminuer le nombre de camionneurs organisés. Les camionneurs organisés ont pu gagner, dans le cadre de leur convention collective, une rémunération horaire et le paiement du surtemps après un certain nombre d'heures de travail (par exemple 48 heures par semaine pour les camionneurs d'Olymel).

C'est la seule façon de défendre leur dignité et leurs conditions de travail.

Quelques chiffres sur le camionnage au Québec

Emplois en camionnage au Québec (2010)
Transport par camion : 38 613
Activités de soutien au transport routier : 7 864
Intermédiaire en transport de marchandises : 7 101

Part relative du PIB de l'industrie du camionnage (2010)
Par rapport au PIB du transport (tous types confondus) : 30,3 %
Par rapport au PIB de l'ensemble des industries : 1,4 %

Échanges bilatéraux du Québec avec les États-Unis (2010)
Importations : 22,4 milliards $ CAN dont 58,7 % de camionnage.
Exportations : 40,2 milliards $ CAN dont 64,3 % de camionnage.

(Source : Ministère des transports du Québec, SAAW, Statistique Canada, Institut de la statistique du Québec)

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27 octobre à Thetford Mines

Manifestation contre les changements
antisociaux à l'assurance-emploi

Le 27 octobre prochain se tient une manifestation à 13 heures à Thetford Mines contre les changements antisociaux à l'assurance-emploi décrétés par le gouvernement Harper. La manifestation a lieu devant les bureaux de Service Canada à Thetford Mines qui est située dans la circonscription de Mégantic—L'Érable, représentée par Christian Paradis, le lieutenant de Stephen Harper au Québec. Pour les gens qui partent de Montréal, le départ est à 9 h devant l'édifice de la CSN, 1601, avenue De Lorimier (métro Papineau). Retour prévu à 18 h 30. Réservez vos places : manif27oct@gmail.com. Ceux qui partent des autres régions doivent contacter les groupes de chômeurs et syndicats de leur région.

La préparation pour la manifestation va bon train. Les syndicats et les organisations sociocommunautaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean par exemple développent la résistance aux changements à la loi de l'assurance-emploi annoncés à la fin mai par le gouvernement Harper dans le cadre de la loi 38, la loi budgétaire omnibus. Ces modifications donnent à la ministre des Ressources humaines Diane Finley le pouvoir discrétionnaire de passer tous les règlements qu'elle veut pour modifier, sans contrôle parlementaire ou limitations imposées par le parlement, les conditions d'éligibilité et de maintien des prestations d'assurance-emploi. La ministre a annoncé le 24 mai les règlements qu'elle va adopter qui forcent notamment les prestataires d'assurance-emploi à accepter des emplois avec des baisses drastiques de salaires sinon ils sont coupés.

En début septembre, les représentants du Lieu d'actions et de services travaillant dans l'unité avec les sans-emploi (ASTUSE) et du Mouvement Action-Chômage se sont unis aux représentants de cinq organisations syndicales du Québec pour dénoncer cette réforme antisociale.

« [La loi] élargit la notion d'emploi convenable et exige des prestataires de l'assurance-emploi qu'ils acceptent plus rapidement qu'auparavant des emplois ne répondant pas à leur expérience ou à leurs qualifications », a déclaré le coordonnateur régional de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Les organisations ont dénoncé le démantèlement de l'accès aux mécanismes d'appel qui, entre autre chose, fait passer de 900 à 37 pour l'ensemble du Canada le nombre de personnes responsables de l'étude des révisions de cas. « La réforme est basée sur de vieux préjugés véhiculés depuis les années 90 voulant que les chômeurs abusent du système », a dit la porte-parole du Mouvement Action-Chômage.

Le Conseil central de la CSN de la région et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont dénoncé plusieurs aspects de la réforme et se sont engagés à mobiliser leurs membres dans des actions à venir pour exiger que cette réforme antisociale soit annulée. La représentante de la CSQ a donné un exemple illustrant comment ses membres, qui sont enseignants, seront affectés. Ces derniers oeuvrent en enseignement général adulte et dans les Centres de formation professionnelle et pourraient perdre leur privilège sur les listes de remplacement. Ils risquent même de décrocher de leur métier en étant obligés d'accepter des emplois dans d'autres secteurs. « On constate déjà un taux de décrochage de 25 % chez les jeunes enseignants dans les cinq premières années », a déclaré la porte-parole de la CSD.

La présidente régionale du Syndicat canadien de la fonction publique a dit qu'il en est de même pour ses membres, notamment les employés de parcs et du ministère des Transports qui travaillent sur une base saisonnière.

Dans le but de bien documenter les effets des changements, l'ASTUSE et le Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean ont entrepris le 12 septembre une série de sept assemblées communautaires débutant à Dolbeau-Mistassini. Lors de ces assemblées de consultation, les citoyens et employeurs touchés peuvent témoigner de leur réalité et faire connaître les problèmes anticipés. Tous ces témoignages seront colligés dans un document synthèse.

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