Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 95 - 14 septembre 2012

Alma

Les travailleurs de Rio Tinto défendent leur
dignité contre le revanchisme et les réorganisations
antiouvrières de la compagnie

Alma
Les travailleurs de Rio Tinto défendent leur dignité contre le revanchisme et les réorganisations antiouvrières de la compagnie - Entrevue avec Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma

La Pocatière
Les travailleurs de Bombardier dénoncent le recours accru à la sous-traitance - Pierre Chénier

Changements antisociaux du gouvernement fédéral à l'assurance-emploi
L'opposition grandit au Québec

Massacre de grévistes à Marikana, Afrique du Sud
Justice pour les mineurs sud-africains!


Alma

Les travailleurs de Rio Tinto défendent leur
dignité contre le revanchisme et les réorganisations
antiouvrières de la compagnie

Les travailleurs de l'aluminerie de Rio Tinto Alcan à Alma reprennent progressivement le travail après avoir signé leur convention collective au début juillet, mettant fin à un lockout de plus de 6 mois. Selon le protocole de retour au travail négocié par le syndicat, tous les travailleurs devraient être rentrés à l'ouvrage dans les 90 jours qui ont suivi le redémarrage de la première cuve qui a eu lieu le 10 août. Les travailleurs d'Alma font état de difficultés multiples dues à une attitude revancharde de la part de RTA et des nombreuses réorganisations de travail que la compagnie a faites durant le lockout qui rendent les conditions de travail très insécuritaires.

Les travailleurs d'Alma ont une lourde tâche devant eux, devant simultanément se défendre contre les attaques à leurs conditions de travail, se préparer à l'échéance de leur fonds de pension à la fin 2014 et faire avancer la lutte pour l'annulation de l'entente secrète entre le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et RTA sur la question de l'hydro-électricité qui a notamment permis à RTA de financer son lockout à raison de 90 millions $ de vente d'énergie excédentaire à Hydro-Québec. Le Marxiste-Léniniste lance l'appel à tous les travailleurs du Québec et du Canada de continuer à appuyer de toutes leurs forces la lutte des travailleurs d'Alma dans la période qui vient. Cette lutte défend les droits de tous. Voici une entrevue réalisée récemment avec Marc Maltais, le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma.

LML : Peux-tu nous en dire plus sur les conditions dans lesquelles s'effectue le retour au travail ?

Marc Maltais : Il y a définitivement une attitude de revanche de la part de l'employeur contre la lutte que nous avons menée et les gains que nous avons faits. L'employeur aime à prétendre dans la communauté qu'il est content du contrat que nous avons signé, mais à l'intérieur nous vivons une situation bien différente.

Il y a des mesures qui ont été prises que j'assimilerais à de l'infantilisme industriel. Ils ont enlevé des choses comme du mobilier dans l'usine, des choses qui peuvent sembler accessoires mais qui ont un impact sur le climat de travail et cela a choqué beaucoup de travailleurs. Ce sont des choses que tu ne penses pas à négocier. Tu t'imagines que quand tu vas rentrer au travail, qu'il va y avoir des portes dans les cadres de portes, que tu vas encore pouvoir aller prendre tes pauses dans les cafétérias, que les chaises dans les salles de repos vont encore être là, etc., mais tout cela a été changé. Ils sont allés beaucoup dans les aspects que nous n'avons pas négociés. Ça démontre ce que nous avons toujours dit, que si ce n'est pas écrit noir sur blanc dans la convention tu vas le perdre, et même si c'est écrit, tu vas devoir te battre pour le faire appliquer.

Il y a plus sérieux encore. On a eu des confrères, parmi les militants les plus combatifs, qui semblent avoir été identifiés et sur lesquels la compagnie exerce un suivi particulier.

En ce qui concerne le protocole de retour au travail, c'est difficile de faire respecter le principe de l'ancienneté dans le rappel des travailleurs. En plus, pendant un mois, avant le démarrage de la première cuve, ce sont les cadres et les sous-traitants qui ont préparé les cuves pour le redémarrage, ce ne sont pas nos gens qui les ont préparées. Tout cela a pris un mois avant que la première cuve soit redémarrée, et c'est seulement après cela que le compteur pour le retour à l'ouvrage a commencé et que le monde s'est mis à rentrer en plus grand nombre à l'ouvrage.

Il y a des endroits où il n'y avait à peu près jamais eu de sous-traitance, mais au lieu de faire rentrer nos gens ce sont des sous-traitants qu'on a fait rentrer pendant que nos membres attendaient pour revenir au travail. Dans notre négociation, nous avons réussi à maintenir nos concierges, tout le monde disait qu'on allait les perdre, qu'ils sont trop payés, on les a gardés mais la compagnie, au lieu de faire rentrer nos concierges tout de suite, a fait entrer des sous-traitants. Elle a plaidé que si elle fait des réorganisations, elle veut attendre que celles-ci soient toutes planifiées avant de faire rentrer nos membres pour que la job soit toute prête pour eux quand ils reviennent. Cette compagnie a toujours eu le droit de réorganiser son travail et cela n'a jamais été fait en faisant des mises à pied en attendant que la réorganisation soit faite. Bien que le retour au travail se soit fait de façon lente au début, nous avons fait des représentations et à l'heure où on se parle, le retour des travailleurs a commencé à se faire de façon plus rapide et nous sommes maintenant en avance sur l'échéancier.

LML : Qu'en est-il justement des réorganisations ?

MM : En voici un exemple. À l'électrolyse, avant le lockout, un même travailleur faisait toutes les tâches, le siphonage, le changement des anodes et l'opération elle-même. Ce sont 3 tâches différentes mais c'est le même travailleur qui les exécutait. Aujourd'hui, cette tâche a été sectionnée en deux, il y a des gens qui ne font plus que de l'opération, et d'autres font le siphonage et les changements d'anodes. C'est un changement organisationnel, mais aussi de philosophie parce qu'avant l'idée c'était d'avoir plus de tâches, d'être autonome, plus performant, de développer l'expertise des travailleurs, de considérer l'ensemble et non seulement la tâche; le changement va avoir un impact négatif je crois sur la productivité et la qualité du travail. La façon précédente était moins débilitante, tu ne faisais pas toujours la même chose à la journée longue. Selon la compagnie, en faisant travailler les cadres pendant le lockout, elle a vu qu'il y avait soi-disant des temps morts dans la journée de travail du travailleur et elle veut les remplir.

Cela pose de très sérieux problèmes notamment en santé et sécurité. À mesure que nous sommes rentrés à l'ouvrage, nous avons vu que des risques ont été pris dans les opérations à la faveur du lockout. RTA dit que les normes de sécurité ont été respectées mais nous avons de sérieuses questions à ce sujet. Nos gens qui sont rentrés ont vu qu'on avait joué au fou avec des procédures de sécurité comme le cadenassage, des choses que nous n'aurions jamais acceptées. Mais les procédures ont été modifiées et de nouveaux documents ont même été écrits et maintenant la compagnie voudrait qu'on les adopte nous aussi et qu'on fasse les mêmes choses. Nous avons 3 représentants à la prévention dans l'usine et je te jure qu'ils ne chôment pas afin de s'assurer que la sécurité est respectée et que personne ne se blesse.

Toutes les normes et les procédures qu'on a aujourd'hui, on les a écrites avec notre sang, s'il y a des règlements c'est parce qu'il y a eu des accidents. Tu ne peux pas dire que ce n'est plus nécessaire. Et ces procédures là, on les a établies paritairement, travailleurs-employeurs. Il va falloir les reprendre dans leur totalité. On en a pour quelques années à reprendre un rythme normal en matière de santé et de sécurité de l'usine. Je viens de parler des changements à l'électrolyse ; il faut considérer tous les patterns, l'alternance, tout ça doit être pris en considération, tu peux être exposé pendant telle ou telle période de temps au béryllium, à la chaleur. Toutes ces choses là avec les réorganisations, il faut faire les calculs, est-ce qu'elles respectent ces considérations de santé et de sécurité ? Ce que RTA elle-même dit, c'est qu'avant d'implanter des réorganisations, on doit faire des schémas pour s'assurer que tu ne seras pas surexposé au contaminant, à la chaleur, à la fatigue musculo-squelettique, mais nous, nous sommes rentrés, et la réorganisation était déjà en place. On est obligé d'embarquer dans un train qui court, de faire les études chemin faisant, on n'est pas supposé de prendre de risques, mais on en prend; le baromètre pour déterminer si la réorganisation ne fonctionne pas il a deux jambes et deux bras, s'il se plante on va constater que la réorganisation ne fonctionne pas. Nous ne sommes pas d'accord, ça n'est pas comme ça que ça doit marcher.

LML : On a parlé de 67 postes qui seront éliminés maintenant suite aux réorganisations. Qu'en est-il ?

MM : Ça fait partie des soi-disant gains d'efficacité que RTA dit avoir trouvés pendant le lockout par exemple avec le réaménagement des tâches d'électrolyse, les supposés temps morts que maintenant ils vont combler. Je veux préciser que pour ces 67 postes évaporés en question, les travailleurs qui les occupaient ne perdront pas leur emploi. Si les réorganisations marchent, les travailleurs vont être déclarés en surplus dans leur secteur et être déplacés ailleurs. Il n'y a pas de mises à pied. Nous avons gagné qu'il n'y aura pas de mises à pied. Déjà, en mars dernier, la compagnie nous avait approchés au sujet de 139 mises à pied qu'elle voulait faire. Nous avons dit, déjà à ce moment-là, si tu veux négocier, pas de mises à pied. On est sortis à 778 et on est rentrés à 778.

LML : Récemment, le journal Le Quotidien a publié les résultats d'un sondage fait par la firme Segma Recherche qui dit que la majorité de la population de la région pense que c'est RTA qui a gagné la bataille avec le lockout et que les travailleurs ont été défaits. Quelles sont tes réflexions à ce sujet ?

MM : Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais la question sur notre conflit était posée hors contexte. Le sondage portait sur les intentions de vote dans la campagne électorale ! On imagine la question, « à propos, c'est qui selon vous qui a gagné, RTA ou le syndicat ? » Ça nous montre les tentacules médiatiques de RTA à l'oeuvre, qu'elle ne veut pas admettre que nous avons gagné, qu'elle veut créer l'impression que des compagnies comme elles sont trop grosses, que c'est impossible de leur tenir tête, que toute résistance est futile. La réalité c'est que c'est nous autres qui avons gagné la bataille de l'opinion en expliquant les choses.

Le sondage ne s'adressait pas à des gens qui connaissent la question, mais à la population « at large ». Nous autres, au syndicat, cela nous a pris 7 heures pour présenter l'entente à notre membership. Cela nous a pris 5 heures pour présenter l'entente aux officiers syndicaux des autres usines qui sont des gens aguerris. Je comprends que les gens aient répondu comme ils l'ont fait. Ils ont répondu sur la base de leur impression. Ils se sont peut-être dits, OK, la compagnie a touché 90 millions $ en vente d'énergie pendant le lockout tout en maintenant un tiers de la production tandis que les travailleurs ont perdu 40-50 000 $ en salaires, alors ça a l'air que les travailleurs ont perdu. Toute la complexité du contrat de travail, toutes ses clauses, les gains sur la sous-traitance, les gains pour les générations futures qui sont uniques pour le Québec, le Canada et toutes les installations de Rio Tinto dans le monde, cela ne faisait pas partie du tableau. Cela dénote que ce genre de sondages n'a rien de scientifique.

LML : Où en êtes-vous à présent dans votre campagne sur l'hydro-électricité ?

MM : On est exactement là où on voulait être. Les candidats et les chefs des principaux partis n'ont pas eu d'autre choix que de se positionner sur des enjeux précis. C'est important parce qu'en 2015, si les conditions ne changent pas, RTA pourrait nous mettre tous en lockout, toutes les installations syndiquées de Rio Tinto Alcan dans la région parce que nos conventions collectives expirent en même temps à la fin 2015.

Notre première demande, c'est de connaître le contenu des ententes énergétiques entre Hydro-Québec et RTA. Grâce au Devoir, on a pu mettre le nez dans les ententes secrètes, mais le contenu exact à savoir combien Hydro-Québec paie pour l'énergie qu'elle achète de RTA est toujours secret. Ces contrats d'énergie nous ont impliqués à notre corps défendant, comment ça se fait qu'ils nous ont impliqués dans des octrois d'énergie sans qu'on soit au courant des conditions de ces octrois ? Pour RTA, le lockout est une opportunité d'affaires, mais quel est le prix de vente ?

On ne sait pas à quel tarif exactement Hydro-Québec achète l'hydro-électricité de RTA. On n'arrive pas à le savoir, paraît-il que c'est une question qui doit demeurer secrète pour ne pas nuire à la compétitivité des entreprises, mais nous, on nous a impliqués là-dedans sans qu'on ait un mot à dire. On a appris que RTA finançait son lockout avec ses ventes d'énergie alors qu'on était déjà en lockout sur notre banc de neige. Et en plus, on a deux ministres du gouvernement Charest qui ont pris position sur les ondes pendant le conflit contre nos revendications alors que nos négociations sont censées être une question privée entre RTA et nous.

Avec le très peu qu'on connaît, il y a des pistes de solutions que nous avons en vue. Demander que le prix de vente à Hydro-Québec reflète le prix de production de l'énergie pourrait être une solution. On ne demande pas qu'ils ne turbinent pas l'eau; ce qu'on ne veut pas c'est qu'ils en tirent un avantage contre nous, on veut pouvoir négocier d'égal à égal. Le rapport de force que nous avons pu établir c'est justement d'avoir fait un débat public sur les grands avantages énergétiques qui leur ont été donnés. La crainte du nationalisme énergétique a été un des principaux facteurs qui les ont ramenés à la raison.

LML : Votre fonds de pension doit être renégocié lorsqu'il se termine à la fin 2014. Tu as dit que ça va être une bataille majeure pour le syndicat. Peux-tu nous en dire plus ?

MM : Notre fonds de pension, comme c'est le cas chez Produits forestiers Résolu, a un gros déficit de capitalisation. Le fonds de pension de RTA qui couvre 4300 travailleurs au Québec a un déficit de 1 milliard $. Lorsque j'ai participé à l'assemblée des actionnaires de Rio Tinto à Londres en avril dernier, Jan du Plessis, le président du Conseil d'administration de Rio Tinto, ne m'a pas permis de poser ma question même si j'avais ma main levée très visiblement. Pendant qu'il m'ignorait, Tom Albanese, le PDG de l'entreprise, me regardait en riant. Puis à un moment donné, un actionnaire se lève, c'est juste s'il n'avait pas avec lui une carte avec sa question écrite par la haute direction sur la scène, et il a dit que les régimes de fonds de pension à prestations déterminées sont quelque chose d'insécurisant pour les actionnaires. Guy Elliott qui est sur le CA a tout de suite répondu que les seuls fonds de pension à prestations déterminées qui restent sont en Amérique du Nord et on va y voir.

Notre fonds de pension arrive à échéance le 30 décembre 2014 et RTA a déjà placé ses nouveaux cadres sur un fonds de pensions à cotisations déterminées. On pense que RTA va essayer de mettre ses futurs employés sur un fonds de pension à cotisations déterminées, une forme de clause orphelin, quelque chose contre lequel on s'est toujours battu à vie à mort. Imagine la pression que RTA mettrait sur la population. Elle pourrait menacer de ne pas investir dans la phase 2 du complexe d'Alma et dans les phases 3 et 4 d'Arvida à moins qu'on accepte cette concession majeure dans les pensions.

LML : Que veux-tu dire en conclusion ?

MM : Le travail en commun que nous avons fait, tous les syndicats à affiliations différentes qui ont travaillé ensemble pendant le lockout, c'est crucial de le développer : TCA, Métallos, CSN, tout le monde. On ferait une grave erreur de sous-estimer la capacité de Rio Tinto et des autres grands monopoles à nous livrer bataille. Je ne pense pas que Rio Tinto soit faible. Quand j'ai rencontré des travailleurs de Rio Tinto de Tasmanie, j'ai vu ce qui leur est arrivé, j'ai vu que dans certains cas il y a juste une poignée de syndiqués qui restent. On ne doit pas prendre Rio Tinto à la légère.

J'ai assez de respect pour la capacité de combat de Rio Tinto pour reconnaître qu'ils sont organisés et que nous n'avons pas le luxe de nous tromper de cible. Nous sommes des syndicats différents, mais nous avons tous les mêmes objectifs. On veut la même affaire même si on ne s'entend pas nécessairement sur la manière d'y arriver. Ce n'est pas péjoratif d'avoir chacun nos drapeaux, de se sentir près de la philosophie de l'organisation à laquelle on appartient, mais essentiellement on veut les mêmes choses. C'est extrêmement positif que d'avoir des syndicats qui travaillent ensemble sur cette question de l'énergie comme cela se voit en ce moment et il faut que ça se développe.

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La Pocatière

Les travailleurs de Bombardier dénoncent
le recours accru à la sous-traitance

Les travailleurs de l'usine de fabrication de wagons de métro du monopole québécois Bombardier à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, dénoncent le recours excessif à la sous-traitance. Les travailleurs craignent une éventuelle fermeture dans un avenir rapproché si la compagnie continue d'utiliser la sous-traitance au rythme actuel. Le Syndicat des employés de Bombardier La Pocatière se dit très inquiet du recours accru à la sous-traitance qui diminue continuellement le nombre des travailleurs à l'usine et par conséquent le nombre des travailleurs appartenant au syndicat. Son président, Mario Lévesque, affirme que Bombardier ne respecte pas l'entente signée avec le syndicat en 2010 qui stipule que la fabrication des pièces primaires et des sous-ensembles mineurs et majeurs de même que celle des caissons en acier inoxydable des voitures de métro pour les contrats de fabrication des wagons de Chicago, New Jersey et Montréal devaient se faire à La Pocatière. L'entente incluait la conception et la fabrication de l'outillage nécessaire à ces activités de production, la finition intérieure des voitures ainsi que la réalisation des tests dynamiques et statiques. Or Bombardier s'est départi des machines et des équipements toujours en état de fonctionnement et servant à faire ces travaux à La Pocatière. « Quand Bombardier a sorti certaines pièces d'équipements, ils nous disaient que c'était pour renouveler le parc de machines, a dit Mario Lévesque. Or la haute direction a refusé parce que ce ne serait pas rentable. Maintenant, ils nous disent qu'ils doivent faire fabriquer des pièces ailleurs parce qu'ils n'ont plus les machines. Comment ferons-nous pour obtenir des contrats si nous n'avons pas de machines ? »

De plus, lors de la signature de cette entente, Bombardier affirmait que cela nécessiterait l'embauche de 775 travailleurs supplémentaires. Le syndicat estime plutôt qu'au rythme où les emplois sont donnés en sous-traitance, c'est plutôt 200 travailleurs qui seront embauchés. L'usine de La Pocatière a déjà compté plus de 1000 ouvriers comparativement aux 350 actuels.

En réponse à la dénonciation du syndicat qui l'accuse de faire exécuter des travaux en sous-traitance au-delà de ce que permet l'entente, notamment en concurrence avec les travailleurs dans des usines en Ontario et aux États-Unis, Bombardier répond que cela ne contrevient pas à l'entente de 2010 et que l'entreprise « doit maintenir un équilibre concurrentiel qui permette à tout le monde d'avoir un avenir et à tous de réussir ». Le président de Bombardier Transport, André Navarri, affirme que la compagnie doit constamment adapter ses façons de faire pour demeurer concurrentielle. « Si nous nous figeons dans des schémas qui ne nous permettent pas de gagner des contrats, tout le monde est perdant. » Selon lui, « l'équation de La Pocatière est difficile... C'est bien évidemment parce qu'il y a le Buy America Act. » Cette loi oblige les constructeurs ferroviaires à produire en sol américain au moins 60 % des voitures et locomotives destinées à des projets financés, en tout ou en partie, par le gouvernement américain. Il cite en exemple le contrat de New York qui n'a eu aucune retombée pour l'usine de La Pocatière, « ce qui n'a pas toujours été le cas », soutient- il.

Le ministre québécois des Transports Pierre Moreau affirme lui aussi que Bombardier respecte ses engagements et écarte les préoccupations des travailleurs. « Il y a une entente qui existe entre la compagnie et ses employés. Et à l'heure actuelle, le fait d'avoir le contrat de Montréal crée des emplois et des retombées économiques pour la région de La Pocatière », a-t-il dit. En parlant de retombées, il fait semblant de ne pas voir la perte des emplois syndiqués, la perte de la machinerie et la perte de l'expertise qui est en jeu ici. Il n'a rien à dire non plus sur les inquiétudes des travailleurs quant à l'avenir de l'usine au-delà de 2018, date à laquelle prendra fin la fabrication pour le métro de Montréal. Le syndicat a déposé un grief et demandé une ordonnance de sauvegarde pour forcer Bombardier à respecter l'entente. La demande d'ordonnance a été rejetée en juillet et le grief sera entendu en octobre.

Les travailleurs de la Pocatière ont raison de demander des comptes au monopole Bombardier. En exigeant le respect d'une entente qui vise à ce que leur usine et leur région se développent, ils défendent ainsi les intérêts du Québec. Ils veulent que leur travail et la richesse qu'ils créent puissent bénéficier également aux générations futures. En défendant les intérêts de leur usine, les travailleurs de La Pocatière démontrent l'incohérence de faire du développement économique basé sur les intérêts étroits d'empires privés et les conséquences destructrices que cela provoque pour l'économie du Québec. Une autre question que soulèvent les travailleurs de La Pocatière concerne l'importance de la production de machines outils pour une économie, elle est un élément indispensable pour une économie indépendante qui suffit à ses besoins. En laissant aux monopoles le choix de décider où et quand investir dans de nouvelles technologies de machines outils, on accroît notre dépendance et notre impuissance face aux décrets des monopoles. Une économie prosociale et souveraine ne peut se passer de sa capacité de fabriquer des machines outils.

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Changements antisociaux du gouvernement fédéral à l'assurance-emploi

L'opposition grandit au Québec

Les syndicats et les organisations sociocommunautaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean développent la résistance aux changements à la loi de l'assurance-emploi annoncés à la fin mai par le gouvernement Harper dans le cadre de la loi 38, la loi budgétaire omnibus. Ces modifications donnent à la ministre des Ressources humaines Diane Finley le pouvoir discrétionnaire de passer tous les règlements qu'elle veut pour modifier, sans contrôle parlementaire ou limitations imposées par le parlement, les conditions d'éligibilité et de maintien des prestations d'assurance-emploi. La ministre a annoncé le 24 mai les règlements qu'elle va adopter qui forcent notamment les prestataires d'assurance-emploi à accepter des emplois avec des baisses drastiques de salaires sinon ils sont coupés.

En début septembre, les représentants du Lieu d'actions et de services travaillant dans l'unité avec les sans-emploi (ASTUSE) et du Mouvement Action-Chômage se sont unis aux représentants de cinq organisations syndicales du Québec pour dénoncer cette réforme antisociale.

« [La loi] élargit la notion d'emploi convenable et exige des prestataires de l'assurance-emploi qu'ils acceptent plus rapidement qu'auparavant des emplois ne répondant pas à leur expérience ou à leurs qualifications », a déclaré le coordonnateur régional de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Les organisations ont dénoncé le démantèlement de l'accès aux mécanismes d'appel qui, entre autres choses, fait passer de 900 à 37 pour l'ensemble du Canada le nombre de personnes responsables de l'étude des révisions de cas. « La réforme est basée sur de vieux préjugés véhiculés depuis les années 90 voulant que les chômeurs abusent du système », a dit la porte-parole du Mouvement Action-Chômage.

Le Conseil central de la CSN de la région et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont dénoncé plusieurs aspects de la réforme et se sont engagés à mobiliser leurs membres dans des actions à venir pour exiger que cette réforme antisociale soit annulée. La représentante de la CSQ a donné un exemple illustrant comment ses membres, qui sont enseignants, seront affectés. Ces derniers oeuvrent en enseignement général adulte et dans les Centres de formation professionnelle et pourraient perdre leur privilège sur les listes de remplacement. Ils risquent même de décrocher de leur métier en étant obligés d'accepter des emplois dans d'autres secteurs. « On constate déjà un taux de décrochage de 25 % chez les jeunes enseignants dans les cinq premières années », a déclaré la porte-parole de la CSD.

La présidente régionale du Syndicat canadien de la fonction publique a dit qu'il en est de même pour ses membres, notamment les employés de parcs et du ministère des Transports qui travaillent sur une base saisonnière.

Dans le but de bien documenter les effets des changements, l'ASTUSE et le Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean ont entrepris le 12 septembre une série de sept assemblées communautaires débutant à Dolbeau-Mistassini. Lors de ces assemblées de consultation, les citoyens et employeurs touchés pourront témoigner de leur réalité et faire connaître les problèmes anticipés. Tous ces témoignages seront colligés dans un document synthèse.

Le président du Conseil central de la CSN a dit qu'une grande manifestation est en train de se préparer pour le 27 octobre à Thetford-Mines qui est située dans la circonscription de Mégantic—L'Érable, représentée par Christian Paradis, le lieutenant de Stephen Harper au Québec.

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Massacre de grévistes à Marikana, Afrique du Sud

Justice pour les mineurs sud-africains!


Les mineurs du platine en grève, Marikana, Afrique du Sud

Le PCC(M-L) condamne avec vigueur le massacre de mineurs en grève par les forces policières à Marikana, en Afrique du Sud, le 16 août. L'attaque a fait 34 morts et 78 blessés parmi les grévistes. La police est intervenue en briseurs de grève à la solde de Lonmin, un monopole minier de platine dont la maison mère est à Londres. Lonmin est une firme impérialiste britannique notoire fondée en mai 1909, arborant le nom du London and Rhodesian Mining and Land Company Limited, qui s'est développée en corporation diversifiée portant le nom de Lonrho, laquelle a été largement dénoncée dans les années 80 comme étant le « visage inacceptable du capitalisme». Aujourd'hui rebaptisée Lonmin, elle se spécialise dans la production du platine et en est la troisième productrice la plus importante au monde.

Le platine, un métal précieux qui sert principalement aux convertisseurs catalytiques de l'industrie de l'automobile aussi bien qu'en électronique et en bijouterie, est en offre excédentaire relative suite à la crise économique. Lonmin, qui tente de maximiser son taux de profit en dépit de la chute des prix de métal du groupe platine, impose des salaires excessivement bas aux travailleurs des mines, lesquels vivent pour la plupart dans des bidonvilles de misère.

Lonmin accorde à ses mineurs environ 4 000 rands (475$ canadiens) par mois. Plusieurs milliers de travailleurs de la mine font la grève depuis le 10 août pour une augmentation de leurs salaires à des niveaux jugés acceptables, de 12 000 rands (1 400$ par mois). (En comparaison, les salaires des policiers sud-africains sont d'à peu près 15 000-20 000 rands par mois.)

À l'origine, les grèves étaient organisées par le Syndicat national des travailleurs des mines, le plus grand syndicat en Afrique du Sud. Cependant, le Syndicat de l'association des travailleurs des mines et de la construction, que les médias décrivent comme un « syndicat rival», est aux premières lignes de la lutte de résistance contre les monopoles miniers.

Un article du 18 août du quotidien The Guardian cite des mineurs exprimant leur mépris envers les propriétaires des mines. « Lonmin nous traite comme des chiens, dit Thembelani Khonto, 24 ans. Lorsque tu es sous la terre, tu deviens un esclave et ils ne te connaissent pas. Mais à la surface, des gens qui ne foutent rien dans les bureaux gagnent plus que nous.»

« Siphiwo Gqala, 25 ans, dit qu'il passe près de 14 heures par jour sous terre sans être payé en temps supplémentaire. « C'est un travail dangereux, dit-il. Parfois tu descends, une roche s'effondre, et tu meurs.» Parlant du massacre de jeudi, il a dit : « Je n'ai jamais rien vu de la sorte : des gens tués comme des poules. Un de mes amis manque toujours à l'appel. Je ne sais pas s'il est à l'hôpital ou au cimetière.»

Dès le déclenchement de la grève le 10 août la compagnie a déployé la police contre les travailleurs. Quatre mineurs ont été descendus et blessés à la mine de platine de Lonmin à Nkangeng près de Rustenburg. Le 13 août, neuf personnes ont été tuées, y compris deux agents de police, et trois mineurs ont été tués par la police.

Le 16 août, les mineurs s'attendaient à des négociations avec les représentants de la compagnie qui, à la dernière minute, ont annulé les rencontres en déclarant que « tout était maintenant entre les mains de la police». Le massacre s'est produit quand la police a ouvert le feu sur une foule en colère suite à la tournure des événements. Il a toutes les apparences d'une provocation planifiée visant à tout simplement briser la grève en provoquant l'anarchie et la violence. Selon des témoins, plusieurs personnes ont reçu des balles dans le dos.

Le président Jacob Zuma, chef du Congrès national africain (ANC), s'est dit « atterré » par le massacre et a ordonné la tenue d'une enquête officielle. Dans sa déclaration au retour d'une conférence régionale au Mozambique, il a refusé de condamner l'action des policiers, disant qu'il faut s'abstenir d'attribuer un blâme tant que l'enquête ne sera pas conclue.

L'ancien dirigeant de la jeunesse de l'ANC, Julius Malema, expulsé de l'ANC par les supporters de Zuma, a critiqué sévèrement le travail des policiers. S'adressant à une foule de plusieurs milliers de mineurs près du site du massacre deux jours après la fusillade, il a dit : « Même si vous menacez les policiers, ils n'ont pas le droit de se servir de vraies balles contre des civils. Le ministre de la Police [Nathi Mthethwa] doit démissionner parce que ce massacre a été commis sous sa supervision. Le président Zuma doit lui aussi démissionner. » Il a lancé l'appel aux autres mineurs du pays à joindre le mouvement de grève.

La dernière fois qu'un massacre comme celui-là s'est produit en Afrique du Sud était à Soweto en juin 1976, quand plus de 700 jeunes ont été tués par les forces policières. Ce massacre avait provoqué un soulèvement national, le Soulèvement de Soweto, qui a duré pratiquement jusqu'à l'abolition de l'apartheid.

Le point commun entre ces deux événements, le premier en Afrique du Sud de l'apartheid et l'autre en Afrique du Sud postapartheid, 52 ans plus tard, est que l'économie de ce pays riche en minéraux est encore dominée par des capitalistes financiers étrangers, principalement anglo-américains, qui possèdent les monopoles miniers qui exploitent les riches dépôts par la surexploitation des mineurs sud-africains. Dix-huit ans après l'abolition de l'apartheid, les riches continuent de s'enrichir tandis que le peuple sud-africain est toujours plus pauvre et dans la misère.

Exprimant la frustration des masses face à la situation économique, Malema a appelé à la nationalisation des mines, un appel qui a une réponse très favorable parmi les mineurs, surtout la nouvelle génération. Il a dit aux grévistes : « Les Britanniques possèdent cette mine. Les Britanniques font de l'argent avec cette mine.... Ce ne sont pas des Britanniques qui ont été tués. Ce sont nos frères noirs. Mais ce ne sont pas nos frères que pleure le président. Non, il va rencontrer les capitalistes bien au frais dans des bureaux climatisés. »

La grève actuelle et la répression brutale par le monopole britannique Lonmin qui se sert des forces policières sud-africaines, mettent en relief l'écart grandissant entre ceux qui veulent se bâtir un pays sur la base des abondantes ressources naturelles qu'on y trouve, pour répondre aux besoins des Sud-Africains, et ceux qui sont au service du monde des monopoles dont le siège social se trouve à Londres ou à New York.

La mort des mineurs du platine doit être vengée par une défense vigoureuse du droit des mineurs et du peuple sud-africain de contrôler leur vie. Les revendications des mineurs ne peuvent être satisfaites si le peuple ne contrôle pas la direction de l'économie et qui elle sert. Aujourd'hui les grèves doivent nécessairement comprendre l'élément politique, c'est-à-dire les moyens de faire en sorte que la vision néolibérale de la société est vaincue et que le peuple puisse se gouverner lui-même. Les travailleurs canadiens sont avec les mineurs et le peuple sud-africains quand ils exigent des comptes des auteurs de ces crimes. Une enquête sera une fraude si les auteurs du massacre et les propriétaires de Lonmin ne sont pas arrêtés et que des accusations ne sont pas immédiatement portées contre eux. C'est une réalité toute simple, car sinon quel serait le but d'une enquête ? De déterminer si le massacre était justifié ou pas ? Absurde. Justice pour les mineurs sud-africains !


Cérémonie à la mémoire des mineurs tués durant la grève à la mine de platine de Lonmin, à Marikana, le 23 août 2012.

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