Le Marxiste-Léniniste

Numéro 80 - 28 juin 2012

Privatisation de l'intérêt public

La kleptocratie canadienne et la porte tournante


Privatisation de l'intérêt public
La kleptocratie canadienne et la porte tournante - Jim Nugent

Lockout des travailleurs de Rio Tinto Alcan à Alma
La compagnie doit répondre aux préoccupations des travailleurs et satisfaire leurs demandes - Pierre Chénier
Nouveaux appuis financiers pour les lockoutés
14$ pour travailler en sous-traitance aux salles de cuves au Complexe Jonquière!
Le président du Syndicat des employés d'Énergie électrique de Rio Tinto défend sa position

St-Jean-de-Maurienne, France
Chantage de Rio Tinto contre les travailleurs et la région


Privatisation de l'intérêt public

La kleptocratie canadienne et la porte tournante

La minorité riche au pouvoir ne laisse certainement pas au hasard l'organisation des affaires économiques et politiques du pays en tant que kleptocratie le pouvoir des voleurs. Elle met en place les mécanismes nécessaires pour s'assurer que les intérêts privés de la minorité riche sont politisés et les ressources gouvernementales à tous les niveaux mises à leur disposition. Un de ces mécanismes est le va-et-vient continuel entre le personnel corporatif de haut niveau et les hauts responsables gouvernementaux, quelque chose que les médias monopolisés qualifient ironiquement de « porte tournante ». L'affaire est sérieuse cependant parce que c'est devenu la norme que des gouvernements servant des intérêts étroits engagent aux plus hauts postes gouvernementaux du point de vue décisions politiques les mêmes petits groupes d'individus qui s'occupent de faire la promotion des intérêts privés de grandes corporations.

La nomination plus tôt cette année de Dawn Farrell au poste de présidente et PDG du monopole agressif albertain de l'énergie TransAlta en est un exemple frappant. Avant de se joindre à TransAlta il y a de cela deux ans, Farrell était vice-présidente exécutive de la production d'électricité (et des affaires autochtones) à BC Hydro. Maintenant, portant son chapeau de TransAlta, elle est en train de négocier avec BC Hydro des accords à long terme d'achat d'électricité comprenant le plan de TransAlta de construire des centrales électriques au gaz en Colombie-Britannique. Farrell était responsable du secteur de la production d'électricité à BC Hydro lorsque fut établie la politique de mettre toute nouvelle production d'électricité dans les mains des investisseurs privés. Aujourd'hui elle aide TransAlta à retirer les bénéfices de cette politique. On demandera avec raison en ce qui concerne l'intérêt public dans le secteur de l'électricité : Qui surveille le magasin ?

Ça n'est certainement pas la première ministre de la province Christy Clark qui le surveille parce qu'elle semble plutôt déterminée à faciliter le vol par TransAlta. Clark fait la promotion des projets de centrales au gaz de TransAlta, aussi aberrant que cela puisse paraître que de faire la promotion de la production d'électricité par des combustibles fossiles dans une province comme la Colombie-Britannique qui est un leader mondial en potentiel hydro-électrique. Clark n'en a pas moins ordonné à BC Hydro de prendre des mesures pour attirer TransAlta et à ses ministres d'éliminer les obstacles réglementaires pour permettre à la compagnie de créer un marché pour l'électricité produite au gaz dans lequel le gaz naturel de TransAlta peut jouer un rôle.

On retrouve dans toutes les provinces et au Québec ces exemples d'individus à la vision antisociale et centrée sur le capital qui font du va-et-vient entre les conseils d'administration des entreprises et les plus hautes fonctions dans les gouvernements. Les travailleurs de l'Ontario se battent présentement contre les conséquences du budget d'austérité préapré par Don Drummond, un véritable maître en matière de corruption. Drummond est passé de vice-président de la Banque TD à responsable de la préparation du budget de l'Ontario en 2012. Avant cela il a été sous-ministre adjoint du ministre des Finances Paul Martin au fédéral, chargé des relations interprovinciales (coupures dans la santé et les paiements de transfert) et de la politique fiscale (baisses de impôts pour les entreprises).

Un autre exemple, encore de l'Ontario, est la nomination par le gouvernement de Bob Rae au début des années 1990 de Maurice Strong, un ancien PDG de Power Corporation, au poste de président d'Ontario Hydro. Power Corporation est l'un des groupes monopolistes les plus puissants du Canada et à cette époque il avait de grands investissements dans l'électricité et le secteur de l'énergie en général. Nous vivons encore aujourd'hui les conséquences de cette nomination. Lorsqu'il était à la tête d'Ontario Hydro, Strong a débuté le processus de privatisation de l'électricité que le gouvernement Harris d'abord et McGuinty ensuite ont poursuivi. Cette privatisation a été un vrai pactole pour les riches mais un désastre pour les travailleurs du secteur et pour les utilisateurs.

Ces pratiques corrompues et les autres moyens qui sont utilisés pour privatiser les intérêts privés de la minorité riche vont de pair avec la marginalisation des travailleurs et du peuple dans les affaires politiques et les prises décisions en matière économique. Les gens se font dire de laisser ces choses là dans les mains d'experts comme Farrell, Drummond et Strong. On dépeint ces hauts personnages comme étant dignes d'être au contrôle puisqu'ils seraient des experts non partisans et apolitiques, capables de manier le gouvernail économique de façon objective dans la direction que la vie elle-même indique. En fait, les décisions de ces experts ont un caractère profondément politique. Qu'ils portent le chapeau corporatif ou gouvernemental, ils placent les besoins du capital au centre de toute considération et ils nient au peuple quelque rôle que ce soit dans l'élaboration de la pensée ou la prise de décision sur la direction que doit prendre la société.

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Lockout des travailleurs de Rio Tinto Alcan à Alma

La compagnie doit répondre aux préoccupations
des travailleurs et satisfaire leurs demandes


La haute direction de Rio Tinto Alcan a laissé savoir qu'elle était intéressée à signer une convention collective avec les travailleurs en lockout d'Alma avant l'été. En début juin, le syndicat et la direction de RTA ont rencontré séparément le médiateur assigné par le gouvernement à la négociation et le syndicat et l'employeur se sont rencontrés le 13 juin. La responsable aux communications de RTA Claudine Gagnon a dit à la presse : « Nous le répétons, ce doit être un règlement à l'intérieur des balises de ce qu'on retrouve dans l'industrie de l'aluminium. »

Encore une fois, avec sa répétition dogmatique au sujet de « ce qu'on retrouve dans l'industrie de l'aluminium » Rio Tinto Alcan cherche à esquiver les questions qui sont au coeur du conflit. RTA n'est pas capable de donner un argument qui justifierait que selon l'entreprise, pour poursuivre ses activités au Saguenay- Lac-St-Jean elle doit abaisser les conditions de travail et de vie des travailleurs de l'usine par le biais de la sous-traitance. Cela va mener inévitablement à l'abaissement des conditions de travail et de vie de tous à l'usine comme dans la région. Les travailleurs d'Alma en lockout ont déjà fait l'expérience depuis 5-6 ans de l'extension de conditions de travail à deux paliers dans l'usine, de l'affaiblissement des conditions de santé et de sécurité par le biais de la sous-traitance et de ce que Rio Tinto Alcan appelle son droit de gérance.

On a vu que son « droit de gérance » dans la gestion de la main-d'oeuvre a mené à l'élimination d'une pratique de prévention des incendies basée sur la main-d'oeuvre syndiquée de l'usine que les travailleurs trouvaient sécuritaire et que la direction a éliminée du revers de la main. RTA a simplement dit que cette pratique n'existe plus dans l'industrie.

Rio Tinto ne cesse de jeter à la figure des travailleurs son argument « des normes de l'industrie » pour imposer des conditions de travail que les travailleurs dénoncent comme étant régressives et non sécuritaires. Les travailleurs s'opposent au recours sans limite à la sous-traitance non seulement parce que cela détériore sérieusement les conditions de travail et le niveau de vie dans la région mais parce que cela réduit les effectifs du syndicat. Déjà les travailleurs sont à même de voir qu'une réduction du nombre de travailleurs membres de leur syndicat rend plus difficile de forcer la compagnie à respecter la convention collective et cela deviendrait encore plus difficile si l'entreprise avait le feu vert en ce qui concerne la sous-traitance.

Lorsque la porte-parole de RTA parle de « ce qu'on retrouve dans l'industrie de l'aluminium » et dit que RTA ne peut offrir aux travailleurs d'Alma que ce qu'il offre ailleurs, elle néglige de dire que les travailleurs d'Alma sont allés voir ce que Rio Tinto fait ailleurs. Ils en sont revenus encore plus déterminés à obtenir satisfaction de leurs revendications. Ils ont vu Rio Tinto en Tasmanie aller jusqu'en Cour suprême pour s'opposer à la syndicalisation de ses employés. Qui veut de cela comme modèle ou comme « norme de l'industrie » ?

Les travailleurs par leur lutte courageuse de près de six mois revendiquent un équilibre dans la production de l'aluminium, dans les relations de travail et dans l'utilisation des richesses naturelles qui leur permette à eux et à la région et au Québec de bénéficier des fruits de leur travail. Rio Tinto Alcan s'y refuse, parce que selon ses dirigeants l'intérêt monopoliste privé doit supplanter l'intérêt public. Dans la logique de Rio Tinto, qui est aussi celle du gouvernement Charest, l'intérêt monopoliste privé de RTA est synonyme d'intérêt public. Rio Tinto Alcan ne reconnaît même pas qu'il réalise la plus grande partie de ses profits grâce aux privilèges hydro-électriques extraordinaires qui lui sont consentis au Québec et surtout en situation de lockout !

Après près de six mois d'un lockout frauduleux, qui est largement financé par la population du Québec et qui a débuté par l'expulsion illégale des travailleurs de leur quart de travail, c'est à Rio Tinto de montrer quelque bon sens et de négocier de bonne foi et signer une convention qui reconnaisse et satisfasse les demandes des travailleurs.

Nous devons aussi demander des comptes au gouvernement Charest pour avoir manqué à sa responsabilité de défendre l'intérêt public en se mettant au service des monopoles au détriment de la population.

Hydro-Québec achète pour 33 millions $ d'hydro-électricité
de Rio Tinto Alcan pendant les trois premiers mois du lockout

Les travailleurs d'Alma demandent au gouvernement Charest d'arrêter les achats par Hydro-Québec de l'hydro-électricité produite par RTA pendant le lockout. Ils ont exposé et dénoncé l'entente secrète du gouvernement du Québec avec RTA selon laquelle Hydro-Québec doit acheter l'hydro-électricité de la compagnie pendant le lockout. Ils ont dit que cet achat est une façon de faire financer le lockout par la population du Québec et que cela constitue une ingérence flagrante du gouvernement Charest dans le conflit du côté du monopole.

Le syndicat a demandé en personne au premier ministre Charest de remédier à la situation. Les travailleurs ont fait une marche à relais du Lac-St-Jean à l'Assemblée nationale où ils ont tenu une manifestation très vigoureuse. Ils ont reçu l'appui de conseils de ville de la région qui ont réitéré que les ententes sur l'hydro-électricité doivent servir à l'emploi industriel. Les travailleurs font circuler une pétition à ce sujet qui est signée par beaucoup de gens.

Le récent rapport d'Hydro-Québec sur le premier trimestre de 2012 vient de corroborer leurs préoccupations et expose encore plus la signification de l'entente secrète et l'irresponsabilité du gouvernement Charest.

Pendant le premier trimestre Hydro-Québec a acheté 800 millions de kw/heure en hydro-électricité de Rio Tinto à environ 4,2 cents le kw/heure. Des porte-parole d'Hydro-Québec ont dit que la société n'a pas trouvé acheteur pour cette énergie excédentaire. L'achat d'énergie de RTA s'est poursuivi pendant tout le second trimestre.

Hydro-Québec annonce dans son rapport une perte de bénéfices nets d'environ 65 millions $ par rapport à la même période l'an dernier. Le rapport explique la baisse par une diminution de 30 millions $ des revenus des exportations d'électricité d'Hydro-Québec sur le marché américain, une baisse de la demande intérieure pendant l'hiver à cause de températures clémentes et son achat de 33 millions $ d'hydro-électricité inutilisée de Rio Tinto Alcan durant le lockout.


Une porte-parole d'Hydro-Québec a dit aux médias que la société d'État n'a pas d'autre choix que d'acheter toute l'énergie excédentaire produite par Rio Tinto Alcan, y compris pendant le lockout, étant liée par une entente commerciale avec RTA à ce sujet. Elle a négligé de dire que cette entente commerciale entre Hydro-Québec et RTA fait partie d'une entente très vaste signée en 2007 entre le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et RTA dont plusieurs parties sont restées secrètes jusqu'à tout récemment, notamment en ce qui concerne la définition d'un lockout comme un cas de force majeure.

Cette entente comporte une série d'obligations de la part de Rio Tinto en ce qui concerne par exemple les investissements et la capacité de production de ses usines. Le gouvernement et la société d'État s'engagent entre autres choses à acheter toute l'hydro-électricité produite par Rio Tinto Alcan mais non utilisée pour ses activités de production.

L'entente prévoit qu'en cas de force majeure qui affecte l'une ou l'autre des trois parties, les obligations de part et d'autre peuvent être suspendues pour le temps que dure le cas de force majeure. Un cas de force majeure comprend non seulement des phénomènes comme des tremblements de terre et des révolutions mais des grèves et des lockouts. Dans tous les cas de force majeure sauf les grèves ou les lockouts, les obligations sont suspendues seulement si les parties signataires de l'accord et affectées par la force majeure font tout pour en corriger les causes et en diminuer les impacts. Dans les cas de grèves ou de lockouts cependant, toute latitude est donnée à la partie affectée de faire comme bon lui semble sans que ses droits ou obligations soient suspendus. Cela donne comme résultat aujourd'hui que Rio Tinto peut faire durer son lockout aussi longtemps qu'il le veut et recevoir pendant ce temps des dizaines de millions de dollars d'Hydro-Québec et le tout est qualifié de simple entente commerciale.

Les travailleurs ont réagi avec colère à la publication du rapport d'Hydro-Québec. « Un moment donné la farce, va falloir qu'elle arrête !, a dit Pierre Simard, le président du Syndicat des employés d'énergie électrique. C'est nous, comme contribuables, qui sommes obligés d'acheter les surplus d'électricité de la multinationale qui a décidé elle-même de décréter un lock-out à Alma. »

C'est vraiment très commode pour le gouvernement Charest de prétendre qu'il n'a rien à voir avec le refus de Rio Tinto de négocier de bonne foi avec les travailleurs. Ni le gouvernement du Québec, qui a le devoir de représenter l'intérêt public, ni Hydro-Québec, qui remplit les coffres de RTA avec des fonds publics, ne se considèrent le moindrement responsable de ce qui arrive. Ce n'est pas acceptable. Le gouvernement a le devoir d'établir un certain équilibre des forces dans la lutte actuelle et il peut le faire en suspendant les paiements pour l'hydro de RTA ou en demandant à Rio Tinto d'assumer ses responsabilités sociales et de négocier de bonne fois s'il veut continuer à faire des affaires au Québec. Il faut abroger cette entente qui déclare un cas de force majeure uniquement pour garantir le droit de monopole de Rio Tinto Alcan.

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Nouveaux appuis financiers pour les lockoutés

Après bientôt six mois de lockout, le besoin de soutien financier est plus grand que jamais pour les travailleurs de Rio Tinto Alcan à Alma. Deux autres syndicats de la métallurgie viennent de leur donner un appui généreux : les travailleurs du fer et du Titane de Rio Tinto à Sorel-Tracy et la section locale 6586 des Métallos qui représente les travailleurs de l'usine d'ArcelorMittal à Contrecoeur, anciennement Sidbec-Dosco.


Les travailleurs d'Alma reçoivent un acceuil chaleureux
des travailleurs de Sorel-Tracy le 17 février 2012

Réunis en assemblée générale le 13 juin dernier, les membres du Syndicat des ouvriers du Fer et du Titane ont adopté à l'unanimité une proposition d'appui aux travailleurs d'Alma. Chaque travailleur, et ils sont environ 1000 au complexe métallurgique, donnera 5 $ par semaine jusqu'à la fin du conflit, ce qui équivaut à environ 20 000 $ par mois. Hugues Villeneuve, le vice-président du syndicat d'Alma, a participé à l'assemblée générale et fait une mise à jour sur la lutte qui approche maintenant son septième mois.

Le président du syndicat des travailleurs de Sorel-Tracy, Jacques Boissonneau, a lui aussi donné son appréciation de l'appui financier aux travailleurs d'Alma. « C'est un geste d'appui indispensable. Cela jette les bases d'une solidarité intersyndicale bien concrète et nécessaire envers les travailleurs de l'usine Rio Tinto d'Alma, pour qui le respect et la dignité sont des valeurs profondes que nous partageons entièrement... Ce n'est pas seulement le conflit d'une autre centrale syndicale, mais plutôt le conflit de confrères de travail qui font partie de la grande famille Rio Tinto. Ce sont des hommes, des pères, des ouvriers qui se tiennent debout afin de ne pas perdre leurs droits, leurs conditions de travail si chèrement acquises. Il faut être solidaire avec eux car leur combat est aussi notre combat . » La convention collective des ouvriers de Rio Tinto de Sorel-Tracy viendra elle-même à l'échéance le 30 avril 2013 et les travailleurs rapportent avoir déjà mis sur pieds différents comités pour préparer leurs demandes.

De retour à Alma, Villeneuve a rapporté à quel point l'accueil des travailleurs a été chaleureux et à quel point le syndicat d'Alma apprécie l'appui financier. À la fin février plus de 200 travailleurs en lockout d'Alma étaient venus rencontrer ces mêmes travailleurs suite à une manifestation à Montréal et avaient également reçu un très bon accueil.


Lors d'un grand rassemblement à Contrecoeur le 31 mars
2012 pour exiger le laminoire à poutrelles

Pour leur part, les travailleurs de Contrecoeur ont eux donné un appui financier qui sera de l'ordre de 5000 $ par mois pour la durée du conflit. Ces travailleurs ont appuyé et popularisé la lutte des lockoutés d'Alma depuis le début et ils étaient là lors de la grande manifestation dans les rues d'Alma le 31 mars. Ils sont eux mêmes engagés dans une bataille à l'heure actuelle pour amener Arcelor Mittal à faire des investissements dans l'usine pour élargir la production. On se souvient qu'ArcelorMittal a fermé deux laminoirs à Contrecoeur en 2008, ce qui a entraîné la perte de 500 emplois. En contrepartie, l'entreprise s'était à l'époque engagée à construire un laminoir à poutrelles, ce qui aurait donné du travail à 200 travailleurs. Non seulement la promesse ne s'est pas matérialisée mais ArcelorMittal se refuse à faire d'autres investissements à Contrecoeur et cela en dépit de l'augmentation fulgurante de ses activités d'extraction du minerai de fer sur la Côte Nord dans le cadre du Plan Nord. Les travailleurs font remarquer que c'est une situation qui ne peut pas durer parce qu'ils doivent produire toujours plus avec des effectifs insuffisants. C'est pourquoi ils ont intitulé leur campagne : « Le citron est assez pressé, investissez ! »

Ces deux appuis précieux s'ajoutent aux autres que les travailleurs du Québec, du reste du Canada et de plusieurs pays du monde ont exprimés pour les travailleurs d'Alma.

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14$ pour travailler en sous-traitance aux salles
de cuves au Complexe Jonquière!

Par sa nouvelle offre d'emploi au complexe de Jonquière, Av-Tech, un sous-traitant de Rio Tinto, prouve le bien fondé de la lutte des travailleurs d'Alma et de leurs justes demandes contre le recours à la sous-traitance pour désyndiquer les places de travail et abaisser les conditions de vie et de travail.

Av-Tech affichait une offre d'emploi comme opérateur de cuves au complexe Jonquière, l'autre grande aluminerie de RTA au Saguenay-Lac-St-Jean, au salaire de 14 $ de l'heure. Les opérateurs de cuves font généralement partie de la main-d'oeuvre syndiquée et gagnent environ 38 $ de l'heure.

La publication de l'offre d'emploi a soulevé un tollé dans la région. Le sous-traitant s'est tout de suite rétracté en disant que la position offerte n'est pas celle d'un opérateur de salles de cuves mais de manoeuvre spécialisé affecté au nettoyage des cuves. Cela ne change rien au fond de l'affaire parce que selon les travailleurs 14 $ de l'heure pour un manoeuvre spécialisé c'est très mal payé. C'est précisément sur ce genre d'emplois, les emplois d'entretien dans les opérations de production, que s'acharne Rio Tinto Alcan. Selon la compagnie, ces emplois ne sont pas des emplois essentiels à la production (ce sont des emplois dits « non core ») et par conséquent ils peuvent être donnés en sous-traitance aux conditions les plus basses pour lesquelles le sous-traitant est capable de trouver preneur. Rio Tito Alcan s'en lave les mains, il reporte la responsabilité sur les sous-traitants et lui-même n'est que trop content de se pavaner à la télévision disant que les conditions offertes par les sous-traitants sont excellentes.

L'offre d'emploi elle-même est très explicite. Elle demande comme qualification que le travailleur soit en grande forme physique et capable de travailler dans des conditions de grande chaleur tout comme les travailleurs qui sont directement engagés dans le siphonage des cuves.

C'est un exemple flagrant du genre d'avenir que Rio Tinto prépare pour les travailleurs et la région.

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Le président du Syndicat des employés d'Énergie électrique de Rio Tinto défend sa position

Le 19 juin, le président du Syndicat des employés d'Énergie électrique de Rio Tinto Alcan, Pierre Simard, a plaidé à la Commission des relations du travail (CRT) pour faire casser la mise en demeure de RTA conte lui et obtenir 10 000 $ en indemnité pour dommages moraux. C'est le 14 mars que Simard a reçu une mise en demeure de la direction de RTA lui reprochant d'avoir divulgué l'étendue des ventes d'hydro-électricité inutilisée de RTA à Hydro-Québec pendant le lockout. Simard avait aussi dit en entrevue au Quotidien qu'il soupçonnait l'entreprise d'avoir voulu et planifié le lockout de longue date à cause du contexte économique actuel défavorable à l'industrie de l'aluminium.

Le journal Le Quotidien rapporte que Simard a dit devant la CRT qu'il a tenté d'en savoir plus sur les intentions de la compagnie et les échanges énergétiques à la faveur du lockout mais s'est heurté à la loi du silence. Il a dit s'être souvenu de la présentation d'un économiste à l'automne 2011, soit quelques mois avant le lockout, faisant état d'un contexte défavorable à l'industrie avec de hauts inventaires et des prix en baisse et cela venait appuyer ses soupçons que Rio Tinto Alcan préparait un lockout.

« Je n'ai jamais vu une usine fermée de façon aussi urgente », a-t-il dit lors de son témoignage, rappelant qu'en 1992 (14 mois), en 1995 (4 mois) et qu'en 1998 (3 ou 4 mois), des négociations avec Alcan s'étaient poursuivies au-delà des contrats de travail. Dans ce cas-ci non seulement le lockout officiel a-t-il été déclenché moins de 2 heures après l'expiration du contrat mais les travailleurs ont été expulsés de l'usine par la force 24 heures plus tôt, alors que leur contrat était toujours en vigueur. Selon Le Quotidien, Simard a dit au commissaire qu'il avait jugé de son devoir de soulever ces questions en public et que l'information sur les quantités d'énergie qui sont échangées entre RTA et Hydro-Québec et l'argent que la transaction représente sont de notoriété publique.

Le dirigeant syndical conteste l'argument invoqué par RTA à l'effet qu'il aurait manqué à son devoir de loyauté et de confidentialité par ses déclarations publiques. La mise en demeure signalait aussi divers événements impliquant le SEEQ dans le contexte du lockout, dont la prise de congé non autorisé, la pose d'autocollants syndicaux et des refus d'effectuer des heures supplémentaires.

Les audiences de la CRT sur la mise en demeure se poursuivront les 25 et 26 septembre.

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St-Jean-de-Maurienne, France

Chantage de Rio Tinto contre
les travailleurs et la région

Le PDG de Rio Tinto Alcan Jacynthe Côté était récemment dans la région de St-Jean de-Maurienne dans le département de la Savoie dans le sud-est de la France. Elle est allée s'assurer que les travailleurs comprennent bien le chantage de RTA contre les travailleurs et la région : que si on ne trouve pas un acheteur d'ici la fin septembre, l'usine sera fermée en permanence.

La Vallée de St-Jean-de-Maurienne est le berceau de l'industrie de l'aluminium française, le lieu de naissance de Pechiney, achetée par Alcan en 2004, elle-même achetée par Rio Tinto en 2007. Les gens appellent encore cette région la Vallée de l'aluminium même si ses usines de production ont fermé les unes après les autres et l'aluminerie de St-Jean-de-Maurienne est la seule aluminerie qui existe encore dans la vallée et la dernière en France, avec celle de Dunkerke dans le Pas-de-Calais. L'usine comprend encore 600 travailleurs et on estime à plus de 2200 les emplois indirects qui en dépendent. Les syndicats locaux disent que la fermeture de l'usine pourrait signaler la fin à brève échéance de la filière française de l'aluminium.

Tout cela laisse RTA et ses dirigeants bien indifférents et c'est avec l'arrogance caractéristique de Rio Tinto que son PDG s'est rendu en France. Rio Tinto Alcan contemple depuis un certain temps l'idée de fermer l'aluminerie et le centre de coulée de Castelsarrasin dans le sud-ouest de la France, menaçant 40 emplois directs en plus des emplois indirects. L'argument principal de RTA pour préparer la fermeture est la venue à terme de l'entente d'approvisionnement en électricité qui la lie à Électricité de France (EDF) en mars 2014. L'entente précédente, signée avec Pechiney, date de 30 ans et les experts s'entendent pour dire que le prix accordé à ce moment-là était historiquement bas, très en dessous du prix de marché. Les négociations actuelles avec le fournisseur d'électricité, qui se déroulent dans le plus grand secret, ne sont pas satisfaisantes selon Jacynthe Côté, même si le directeur de EDF dit que le prix suggéré serait de loin le plus bas que l'on pourrait obtenir en Europe, ce que le PDG de RTA ne nie pas mais elle le dit encore trop élevé comparativement avec ce que RTA peut obtenir ailleurs dans le monde.

Lors de sa visite à St-Jean, Jacynthe Côté a présenté deux options qui selon elle « respectent les droits de tous ». L'une d'elles est de trouver un nouvel acheteur mais elle ne donne que jusqu'à septembre prochain pour en trouver un. Encore là, le secret est complet à savoir si des acheteurs se sont avancés ou non. Si un nouvel acheteur avec qui RTA peut se mettre d'accord ne se présente pas avant septembre, alors Jacynthe Côté ne voit pas d'autre choix que la fermeture pure et simple de l'aluminerie. L'excuse avancée pour imposer septembre 2012 comme date butoir est que cela donnerait près de deux ans au monopole pour fermer l'usine et notamment, nous dit RTA, pour aider au reclassement des travailleurs alors qu'on est en train d'étrangler la filière de l'aluminium. C'est ce que Jacynthe Côté appelle assurer le « respect de tous ». La date butoir coïncide avec la fin du présent contrat d'électricité, prévue pour mars 2014. La seule option que RTA ne considère pas c'est d'accepter une baisse de ses profits et garder l'usine et les emplois qui en dépendent. Le PDG de Rio Tinto Alcan a rencontré des représentants du gouvernement français et menacé de fermer si le gouvernement n'intercède pas pour que RTA obtienne un prix encore plus avantageux que celui que EDF s'est dit prêt à accorder.

Les travailleurs de l'aluminerie ont manifesté le 6 juin devant la préfecture du département de la Savoie à Chambéry pour s'opposer aux menaces de fermeture et demander l'appui des autorités politiques. Les représentants des syndicats locaux disent que la question du prix de l'électricité n'explique pas à elle seule la détermination de RTA de fermer l'usine de St-Jean. Ils avancent que RTA a en fait décidé de fermer ses alumineries en Europe et elle vient d'ailleurs de fermer celle de Lynemouth en Angleterre. Les syndicats disent qu'en imposant une politique d'un taux de rendement de 40% sur ses alumineries, Rio Tinto a rendu impossible le maintien de ses installations européennes. Ils ne croient pas non plus à la propagande de RTA selon laquelle le monopole va garder ses activités de recherche dans la vallée de St-Jean même en fermant des installations de production. Ils font valoir que l'activité de recherche qui se fait à St-Jean est intimement liée à l'existence de l'aluminerie et que le va-et-vient entre l'usine et de laboratoire de recherche pour vérification et expérimentation est constant.

En plus de St-Jean, Rio Tinto menace aussi de fermer le centre de coulée de Castelsarrasin dans le sud-ouest de la France. Encore une fois le tout est entouré de secrets et de menaces. Culture du secret, arrogance, menaces, on a une bonne idée de ce que Rio Tinto Alcan veut dire quand il avertit les travailleurs d'Alma que leur nouveau contrat devra respecter ce que RTA fait dans ses installations ailleurs dans le monde.

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