Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 77 - 23 juin 2012

131e jour de la grève étudiante

Manifestations massives à Montréal et Québec:
«Le peuple québécois, c'est nous!»


Montréal le 22 juin 2012

131e jour de la grève étudiante
Manifestations massives à Montréal et Québec: «Le peuple québécois, c'est nous!»
Ce que les manifestants avaient à dire
La FEUQ explique son programme d'été
La CLASSE mobilisera les gens dans les régions pendant l'été


131e jour de la grève étudiante

Manifestations massives à Montréal et Québec:
«Le peuple québécois, c'est nous!»

Malgré le souhait à peine voilé de Jean Charest et des médias l'appuyant à l'effet que l'opposition à sa gouvernance « s'essouffle », les étudiants et leurs alliés ont marqué le 131e jour de la grève étudiante en descendant par dizaines et dizaines de milliers dans les rues des villes de Québec et Montréal.

Plus de 100 000 manifestants à Montréal et plus de 10 000 à Québec ont réitéré leur opposition à la hausse des frais de scolarité, à la loi spéciale et à l'impunité policière face aux violences contre les manifestants et exigé que le gouvernement Charest prenne ses responsabilités face à la crise au Québec. Voilà la réponse que les étudiants et leurs alliés donnent à la prétention de Charest d'imposer des politiques anti-peuple au nom du peuple du Québec.

Montréal

À Montréal, c'est près de 100 000 personnes qui ont marché de la Place du Canada jusqu'au parc Jeanne-Mance.
















Québec

À Québec, plus de 10 000 personnes ont participé à la plus grande manifestation dans cette ville depuis le déclenchement de la grève. Ils s'étaient donnés rendez-vous devant l'Assemblée nationale.

De nombreux travailleurs de la Fédération des travailleurs du Québec et la Centrale de syndicats nationaux étaient également présents.

Sur plusieurs bannières et pancartes on retrouvait des slogans dénonçant le règlement municipal adopté par le conseil municipal de Québec le 19 juin et qui vise à « encadrer » les manifestations.

« Aujourd'hui, le 22 juin, on a une mauvaise nouvelle, on est encore là », a lancé à la foule en liesse le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. « Comment les libéraux osent-ils parler de la juste part des étudiants et des étudiantes, alors que des millions de dollars par année disparaissent dans les affaires de corruption libérales. Qui dirige le Québec ? Les firmes de génie conseil ou le peuple ? »

« On profite de la Saint-Jean-Baptiste et du 22, qui est une espèce de journée symbole, pour se rassembler et dire que ce gouvernement, on n'en veut plus », a ajouté un des organisateurs, Hugo B. Lafresnière.

« Depuis des semaines, Jean Charest tente d'installer un climat de peur au Québec. Il utilise les mêmes méthodes que les conservateurs de Harper : faire taire la contestation par tout les moyens possibles afin d'enfoncer dans la gorge de la population ces mesures de privatisation », a déclaré Camille Robert, coporte-parole de la CLASSE.

En soirée, ils étaient près de 500. Les participants ont emprunté les rues de la Côte d'Abraham, la rue Saint-Jean, la rue Cartier, la Grande-Allée pour finalement revenir devant l'Assemblée natioanle.

Des finissants de la Polyvalente de Charlebourg qui quittaient l'hôtel où se déroulait leur bal de finissants se sont joints à la foule.












(Photos: TML, A. Letarte, A. Pichette, M. Hudema, N. Lachance, FECQ,, Twitter)

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Ce que les manifestants avaient à dire

Les participants à la manifestation de Montréal tenaient d'abord à dire que leur opposition à la hausse des frais de scolarité et à la loi spéciale du gouvernement Charest est aussi forte aujourd'hui qu'elle l'a été dès le début. C'est le message qu'ils tenaient à envoyer au gouvernement Charest et aux médias monopolisés.

« Je suis étudiante au doctorat et je suis endettée jusqu'au cou, a dit une étudiante au Marxiste-Léniniste. Je ne suis pas d'accord avec cela, parce que l'endettement et les études ne devraient pas aller ensemble, et que l'endettement crée un rapport biaisé entre les étudiants et le système d'éducation parce que pour éviter de s'endetter les étudiants vont vouloir se diriger vers des secteurs qui promettent une carrière plutôt que de choisir le secteur dans lequel ils voudraient vraiment s'engager. »

Les manifestants en avaient long à dire contre la loi spéciale du gouvernement Charest qui viole les droits démocratiques du peuple. « Avec la loi spéciale, a dit un enseignant, la lutte a dépassé le cadre d'une lutte contre la hausse des frais de scolarité. C'est devenu une lutte politique pour la défense de la démocratie. »

Il y avait beaucoup de colère contre la manipulation exercée par le gouvernement Charest et les grands médias qui cherchent à démoraliser ceux qui se battent pour le droit à l'éducation en leur disant que la population du Québec appuie la hausse et la loi spéciale de ce gouvernement. « Un gouvernement aussi arrogant et sur qui pèsent des allégations aussi sérieuses de corruption, a dit une enseignante, ne peut pas prétendre parler au nom de la population. » « Les sondages qui disent que les gens appuient le gouvernement Charest ne sont pas scientifiques, a dit une étudiante. Ils sont biaisés pour obtenir les réponses que cherche à obtenir le gouvernement. Le gouvernement démonise les étudiants et le carré rouge puis on demande aux gens s'ils sont pour la violence. On ne parle pas des vrais enjeux. »

Les vrais enjeux, les manifestants dont de nombreux jeunes y compris du secondaire en parlaient quand ils disaient ne pas vouloir être endettés aux banques, et un des principaux slogans de la manifestation avant même qu'elle ne se mette en branle était : « On veut étudier ! On veut pas s'endetter ! » Toute la manifestation a exprimé cette opposition des jeunes et de la population non seulement à la hausse et à la répression, mais aussi à la désinformation du gouvernement et des grands médias, et la question sur toutes les lèvres était « comment vaincre », « comment défaire » cet assaut contre les étudiants et la société.

Ce que le gouvernement cherche à faire c'est
briser les syndicats et les associations de défense
- Une travailleuse de Vidéotron -

Ce que le gouvernement cherche à faire avec tout ce qui se passe à l'heure actuelle c'est de briser les associations étudiantes et les syndicats. Je travaille à Vidéotron et nous sommes passés par une lutte très dure contre l'empire Péladeau qui cherchait justement à faire ça, briser notre syndicat. C'est pour ça que je suis ici aujourd'hui avec ma section locale du SCFP (Syndicat canadien de la fonction publique). J'ai des enfants et des petits enfants et je ne veux pas qu'ils vivent dans un Québec non syndiqué. Les gouvernements et les entreprises aujourd'hui veulent faire affaire à des individus non organisés parce qu'ils peuvent les faire travailler pour moins que rien. Ils s'en prennent aux grands syndicats. Regarde ce qui se passe à Rio Tinto et avec Aveos. Les travailleurs d'Aveos risquent de tout perdre. C'est la même chose qui se passe avec les étudiants. Le gouvernement ne reconnaît pas les associations étudiantes. Il veut avoir affaire avec des étudiants individuels qui ne sont pas organisés parce qu'il pense qu'il va pouvoir faire ce qu'il veut avec eux. Nous sommes tous visés par ce qui arrive aux étudiants. Nous sommes à 100 % avec eux parce que leur bataille c'est la bataille de tout le monde.

La corruption du gouvernement Charest
- Un enseignant de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) -

Nous sommes ici aujourd'hui une centaines de membres de la FAE venus de diverses régions du Québec. Nous sommes ici premièrement parce que nous appuyons la lutte contre la hausse des frais de scolarité. La FAE a pris position suite à une très vaste consultation de ses membres en faveur de la gratuite scolaire. Alors le gel des frais de scolarité est un bon point là-dessus, les frais devraient être gelés puis diminuer jusqu'au point où l'éducation devient gratuite. Avec la loi spéciale la lutte a dépassé le cadre d'une lutte pour un gel des frais parce que c'est le droit de s'exprimer et de manifester qui est lui-même nié.

On fait face à un gouvernement qui essaie de monter la population contre les étudiants. Le gouvernement essaie de faire croire que les étudiants sont un cas unique quand ils s'opposent à la hausse des frais de scolarité. Mais ça n'est pas ça qui se passe. En fait ce qui se passe c'est que les fonds, les montants qui appartiennent à la population sont détournés dans les coffres des amis du gouvernement. On ne parle pas ici seulement de l'argent des étudiants qui s'en va enrichir les banques, mais l'argent des pensions, des taxes, des programmes sociaux qui sont remis aux amis du régime. C'est ça le problème auquel on fait face et le gouvernement Charest essaie de le masquer.

Il dit à la population en général que c'est elle qui devra payer plus si les frais de scolarité sont gelés. Il essaie de diviser la population sur cette base. Mais son argument est faux. Les étudiants ont présenté des solutions qui montrent qu'on peut geler les frais sans que cela coûte plus cher à la population qui est déjà surchargée de taxes de toutes sortes. Si les solutions présentées par les étudiants étaient expliquées à la population, tout le monde appuierait la lutte pour le gel des frais de scolarité.

La manipulation médiatique est un grand problème
- Une étudiante de l'Université de Montréal -

J'appartiens à un groupe qui fait de la recherche sur la manipulation médiatique.

Le gouvernement Charest cherche à semer le maximum de divisions parmi la population plutôt que de discuter de la substance de la lutte des étudiants. Le gouvernement et les médias créent des oppositions, des catégories qui ne correspondent pas à la situation réelle. Par exemple, ils disent que la lutte actuelle oppose ceux qui sont pacifiques et ceux qui sont violents. En fait, si on regarde ce qui se passe vraiment, on peut dire que les étudiants ont plutôt été exemplaires en général en demeurant très responsables, très patients et très concentrés sur les enjeux sociaux et politiques qu'ils soulèvent. Mais la manipulation médiatique affirme néanmoins l'existence de ces catégories et prétend que c'est sur cette base qu'on doit considérer les événements. Le résultat c'est qu'un gouffre est créé qui permet au gouvernement de dire qu'il ne peut pas y avoir de rapprochement ou de négociations constructives parce que nous ne pouvez pas négocier avec ceux qui sont violents. Cela sert à justifier l'impossibilité de négociations ou de solutions qui servent les objectifs sociaux pour lesquels les étudiants font la grève. C'est très dangereux et c'est très préoccupant.

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La Fédération étudiante universitaire du Québec explique son programme d'été

Dans un bref point de presse juste avant le début de la manifestation du 22 juin à Montréal, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a présenté le programme d'été de la fédération et comment la fédération se positionne face à de possibles élections générales au Québec à la fin de l'été. Elle a d'abord dit que la mobilisation étudiante et citoyenne contre la hausse des frais de scolarité et la loi spéciale du gouvernement Charest continue, mais prend d'autres formes dans les conditions estivales.

« Avec les manifestations aujourd'hui à Montréal et à Gaspé, a dit Martine Desjardins la présidente de la FEUQ, la mobilisation étudiante et citoyenne à chaque 22 du mois se poursuit. La FEUQ est très présente cet été notamment dans les festivals. Nous avons été très présents aux FrancoFolies, nous y avons distribué des carrés rouges, et ce sont 3 personnes sur 4 qui le prenaient et le portaient. On va continuer à aller chercher le soutien de la population. On va continuer à faire cela dans le cadre des festivals et aussi en allant parler aux citoyens là où ils vivent. Nous allons aller parler dans des assemblées populaires et aussi faire du porte-à-porte surtout dans les comtés où les libéraux ont été élus avec une faible majorité aux dernières élections. On va aller expliquer aux gens le vrai bilan des libéraux. »

À ce sujet, Martine Desjardins a expliqué qu'il y a beaucoup à faire, particulièrement dans les régions pour aller expliquer ce qui se passe réellement dans le système d'éducation et défaire la tentative du gouvernement Charest de diviser la population face à la lutte étudiante.

« Le gouvernement se garde bien de dire aux citoyens que eux aussi vont payer et tente de diviser la population entre étudiants et payeurs de taxes. Il faut comprendre que nous sommes tous dans le même bateau. Dans le cadre du financement des universités tel que prévu par le gouvernement Charest, le gouvernement va mettre sa main dans les poches des contribuables pour financer l'éducation. Nous allons aller expliquer cela parce que le gouvernement libéral au lieu de dire ce qui se passe vraiment a essayé d'associer le carré rouge à la violence. »

Au nom de la FEUQ, Martine Desjardins a lancé un message en ce qui concerne la possible tenue d'élections provinciales en septembre.

« Il faut aller voir les gens là où ils vivent et dire aux gens qu'il va falloir se battre davantage pour sortir les libéraux. On doit faire pression sur tous les partis pour qu'une fois l'élection terminée le parti élu prenne les jeunes en considération et fasse des propositions qui ont du sens.

« Notre message aujourd'hui est que ce sont encore une fois les jeunes qui vont changer le visage québécois au cours des prochaines années. Le 22 juin 1960, le gouvernement Lesage a été élu largement par le vote des jeunes et les jeunes ont joué un grand rôle dans la Révolution tranquille. Le vote des jeunes peut changer les choses. Nous allons être appelés à nous mobiliser davantage au cours des prochaines élections. »

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La CLASSE mobilisera les gens
dans les régions pendant l'été

En point de presse avant le début de la manifestation du 22 juin à Montréal, les porte-parole de la CLASSE Jeanne Reynolds et Camille Robert ont expliqué le programme de l'organisation pendant l'été. Elles ont d'abord dit que les manifestations organisées par la CLASSE en ce 22 juin à Montréal, Québec et Gaspé sont la preuve que la mobilisation des étudiants et de la population contre la hausse des frais de scolarité et la loi spéciale est toujours forte. En même temps, les formes d'actions vont changer durant l'été et la CLASSE entend aller rencontrer directement les gens dans leurs régions.

« Nous sommes ici pour montrer une fois de plus notre opposition à la hausse des frais de scolarité et à la loi spéciale du gouvernement Charest qui s'appelle maintenant la loi 12, a dit Jeanne Reynolds. Nous allons continuer la mobilisation et peut-être reprendre la grève au mois d'août. Pendant l'été nous allons organiser des assemblées populaires à l'échelle du Québec. Nous allons aller y expliquer nos revendications et chercher l'appui massif de la population. »

Répondant à une question sur ce que fera la CLASSE si le gouvernement Charest déclenche des élections avant la fin de l'été, Camille Robert a fait le commentaire suivant :

« Si le gouvernement Charest déclenche des élections, nous allons aller partout pour expliquer que ce gouvernement a refusé de prendre ses responsabilités. Il y a un ras le bol parmi la population face au gouvernement libéral. Nous allons maximiser la participation des étudiants si une élection est déclenchée. » Elle a expliqué que depuis des semaines le gouvernement Charest a tenté d'installer un climat de peur au Québec, en utilisant les mêmes méthodes que les conservateurs, soit tous les moyens possibles pour faire taire la contestation afin d'enfoncer dans la gorge de la population ses mesures de privatisation. En plus, a-t-elle ajouté il y a maintenant la question du financement occulte de ce gouvernement qui a été remise sur la table. C'est tout cela, a-t-elle dit, que la CLASSE va soulever si les élections sont déclenchées.

Les deux porte-parole ont ajouté que la lutte est une lutte large qui concerne toute la population du Québec et qu'elle fait partie de la lutte que mènent les peuples de plusieurs pays dont la Grèce et l'Espagne contre les budgets d'austérité des gouvernements.

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