Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 75 - 19 juin 2012

Des milliards de dollars de projets d'investissement
de capital en électricité à travers le Canada

Les projets d'investissement de capital doivent servir l'intérêt public, pas des intérêts privés


Des milliards de dollars de projets d'investissement de capital en électricité à travers le Canada
Les projets d'investissement de capital doivent servir l'intérêt public, pas des intérêts privés - Jim Nugent
BC Hydro et le pouvoir des voleurs

Attaques continuelles contre les travailleurs des postes
Élimination d'emplois, démantèlement des services et menaces contre les postiers - Entrevue avec Louis Lang, Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, Ottawa


Des milliards de dollars de projets d'investissement
de capital en électricité à travers le Canada

Les projets d'investissement de capital doivent servir l'intérêt public, pas des intérêts privés

Des projets d'investissements massifs de capital dans le secteur de l'énergie électrique sont en cours au Canada au nom de l'accroissement de la capacité, du virage vers de nouvelles sources d'énergie et du renouvellement des infrastructures. Les politiciens utilisent ces projets comme une occasion d'aider les monopoles et groupes financiers internationaux à mettre le grappin sur les vastes ressources publiques du secteur et à s'emparer du flot continu de revenus qui provient des consommateurs résidentiels et industriels. Les profits des propriétaires privés sont habituellement garantis par des accords sur l'achat de l'énergie hydro-électrique et d'autres arrangements négociés en secret. On impose au réseau électrique un niveau totalement superflu de propriété. Ceux qui s'immiscent ainsi dans le système en tant que propriétaires d'entreprises réclament un tribut additionnel du système.

Un rapport publié plus tôt cette année par le Conference Board du Canada (CBOC) trace un portrait de l'étendue de l'expansion et du renouvellement du secteur électrique en cours au Canada. Selon le rapport, entre 2011 et 2030 c'est 347,5 milliards $ qui seront investis partout au Canada pour renouveler l'infrastructure électrique. Cet énorme projet, écrit le rapport, demandera 4,2 millions de personnes/heures de travail, la majeure partie pendant les six premiers mois. Le rapport estime que cet investissement dans l'infrastructure électrique va représenter 1,2 % de la croissance annuelle du PIB canadien entre 2011 et 2030, soit la moitié de la croissance prévue.

Les dépenses totales en installations et équipement du réseau électrique pendant la période sont estimées à 110 milliards $. Avec des investissements dans des projets du genre, on pourrait renforcer le secteur manufacturier du Canada, surtout la technologie manufacturière avancée. Il existe plusieurs entreprises canadiennes qui ont la capacité et les travailleurs requis pour produire tous les équipements nécessaires. Malgré cela, la moitié des installations et des équipements nécessaires aux projets d'énergie hydro-électrique vont être importés, selon le rapport du CBOC.

Ces projets d'envergure vont mobiliser de vastes quantités de richesse sociale, une richesse créée par les travailleurs et leur travail. Ce sont les consommateurs d'électricité qui vont payer tout cela. C'est néanmoins le profit privé et non l'intérêt public qui va être au centre de ces projets. Le CBOC estime que les projets en électricité de 2011à 2030 vont représenter une part importante de la croissance annuelle des profits des corporations qu'on estime à 2,7 milliards $ et le gouvernement va garantir la majeure partie de ces profits.

L'énergie hydro-électrique est un service essentiel à la vie et au fonctionnement de l'économie. L'intérêt public exige que cette électricité soit dispensée aux résidences et à l'industrie à un coût qui représente les coûts de production. L'approvisionnement du réseau électrique va être affaibli par les grandes réclamations en profits d'entreprise et l'économie en sera elle aussi affaiblie dans l'immédiat et pour des années à venir. Les travailleurs doivent s'opposer à ce qu'on mette les intérêts privés étroits de la minorité riche au centre du secteur de l'électricité et des projets d'investissements en capital en cours. Ils doivent formuler leur propre programme pour la production, transmission et distribution de l'électricité et pour chaque secteur de l'économie, un programme qui place les intérêts de la société au centre de l'organisation de l'économie.

Il y a plusieurs questions à résoudre quand on parle d'engager une si grande quantité de ressources sociales dans des projets d'investissements en capital :

- comment faire en sorte que ces projets contribuent à une économie qui subvient à ses besoins et mobilise la technologie la plus avancée plutôt que de bâtir des empires monopolistes internationaux;

- comment utiliser les épargnes et les pensions des travailleurs pour renforcer l'économie au lieu de l'affaiblir en versant des milliards de dollars en intérêt aux financiers et aux propriétaires;

- comment fournir une énergie hydro-électrique fiable à des taux que les résidents peuvent se permettre et qui renforcent d'autres industries;

- comment les projets en ressources et les autres projets d'investissement de capital peuvent contribuer à humaniser l'environnement naturel et social;

- comment ces projets peuvent contribuer à garantir les droits des Premières Nations et les droits de tous.

La classe ouvrière est la seule force sociale qui peut et va donner une direction prosociale à l'économie, centrée sur l'être humain, y compris dans les énormes projets d'investissement de capital qui sont mis en oeuvre. Les travailleurs doivent établir une voie vers l'avant qui place leurs intérêts et ceux de la société au centre de l'économie.

(Traduction : LML)

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BC Hydro et le pouvoir des voleurs

Le monopole albertain AltaGas a un projet hydro-électrique en cours dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Ce mégaprojet est un exemple des projets privés qui sont à l'oeuvre au Canada présentement dans le secteur. Ces projets éliminent la propriété publique et l'intérêt public du secteur de la production, de la transmission et de la distribution de l'électricité.

AltaGas est en train de bâtir trois centrales hydro-électriques sur les terres de la Première Nation Tahltan. L'une d'entre elles, la centrale McLymont Creek, a reçu ce mois-ci son autorisation environnementale. La centrale McLymont est un projet de 217 millions $ qui va avoir une capacité de production de 70 mégawatts. BC Hydro a déjà signé un accord secret d'achat à long terme de l'hydro-électricité d'AltaGas qui garantit les profits du monopole dans le projet de la centrale. BC Hydro est aussi en train de construire une ligne de transmission de 400 millions $ pour amener l'électricité produite par Altagas et d'autres compagnies privées de production d'électricité aux consommateurs.

Le mégaprojet AltaGas fait partie de la politique du gouvernement de Colombie-Britannique et d'autres gouvernements provinciaux de confier le développement de toute nouvelle capacité de génération d'énergie aux investisseurs du secteur privé. Ces choses-là sont faites au nom de la création d'emploi, de l'énergie verte ou du développement économique des Premières Nations. Aucun de ces objectifs cependant n'a besoin de propriété privée et en fait ils seraient mieux servis par des entreprises énergétiques publiques. On prétend aussi qu'en ajoutant de nouvelles réclamations privées au système, on va miraculeusement faire baisser les prix pour les consommateurs individuels et industriels, mais bien sûr l'accroissement de la propriété privée ne fait qu'augmenter les prix pour les consommateurs. Le seul objectif que sert la privatisation du secteur de l'électricité est la possibilité pour les riches de soutirer encore plus de profits du secteur sous forme de réclamations des propriétaires privés.

Un calcul rapide des coûts et des rendements du projet de McLymont Creek illustre bien à quel point les projets électriques privés font faire des coups de fortune à leurs propriétaires et comment ils nuisent à l'intérêt public. Ce calcul ne comprend pas les accords par la bande qu'AltaGas a pu conclure avec BC Hydro dans le cadre de l'accord sur l'achat de l'hydro-électricité, accords qui sont tenus secrets au nom de la « confidentialité commerciale ».

Le taux de rendement moyen de BC Hydro sur ses avoirs est de 11,2 % par année.

Le taux des obligations émises par BC Hydro pour financer sa dette est de 3,65 %.

Comme BC Hydro est une entreprise publique, les rendements sur les investissements retournent au gouvernement provincial. Au taux moyen de rendement de BC Hydro sur ses avoirs, le projet de McLymont Creek générerait 15,4 millions $ au gouvernement s'il était une entreprise publique (23 millions moins 7,6 millions en paiements sur ses obligations).

Si AltaGas opère la centrale à une capacité de 70 mégawatts pendant un an au prix actuel de l'hydro-électricité (0,06 $ le kW/heure), il recevra 39 millions $ de BC Hydro.

Une fois compté les 8,83 millions $ par an qui vont au financement de sa dette (au taux de 4,07 % sur ses obligations), il restera 31 millions $ par année à AltaGas en tant que rendement sur sa centrale de McLymont Creek.

Entreprise publique : 15 millions $ par année pour le gouvernement, et 7,6 millions $ aux détenteurs d'obligations.

Entreprise privée : 31 millions $ par année pour les propriétaires privés et 8,83 millions $ pour les détenteurs d'obligations.

AltaGas ferait suffisamment d'argent pour payer les détenteurs de ses obligations en moins de 10 ans et toucher ensuite 39 millions $ par année tant qu'il y aurait de l'eau dans la rivière.

Cet exemple montre que si l'on regarde la chose du point de vue de l'intérêt public, la politique du gouvernement provincial de donner le développement de toute nouvelle production d'électricité au secteur privé est entièrement irrationnelle. Presque tous les projets d'électricité en cours à l'heure actuelle au Canada et prévus pour l'avenir prévoient des arrangements financiers basés sur le vol comme avec l'accord de McLymont Creek. Les ententes qui sont conclues dans le secteur nous montrent que le système politique au Canada est une kleptocratie, un système qui donne le pouvoir aux voleurs.

AltaGas et la Nation Tahltan signent des accords de retombées
économiques des projets de McLymont Creek et Volcano Creek
- Communiqué de presse de AltaGas, le 28 septembre 2011 -

Le Conseil central Tahltan a annoncé aujourd'hui la signature de deux accords de retombées économiques (IBA), un pour le projet hydro-électrique de McLymont Creek et l'autre pour le projet hydro-électrique de Volcano Creek.

« Les IBA ont établi un partenariat formel entre AltaGas et la Nation Tahltan et nous permettent de continuer à bâtir nos projets en coopération avec la communauté Tahltan », a dit David Cornhill, le PDG de AltaGas.

« Pour notre nation et notre peuple, c'est un grand jour qui va façonner l'avenir de notre territoire », a dit Anita McPhee, la présidente du Conseil central Tahltan. La signature aujourd'hui des IBA inaugure un partenariat entre la nation Tahltan et AltaGas. Nous allons renforcer notre relation avec AltaGas en travaillant ensemble à bâtir ces projets, pour que notre nation, notre peuple et les entreprises en reçoivent des bénéfices financiers, notamment par le partage des revenus et les possibilités d'emplois et de contrats, tout en minimisant l'impact environnemental et en protégeant notre culture et notre mode de vie. »

Les projets sont situés près du projet Forrest Kerr 195-MW de AltaGas présentement en construction, près de 1000 km au nord de Vancouver. AltaGas prévoit mettre le projet Forrest Kerr en production en 2014, suivi du projet de McLymont Creek en 2015 et de Volcano Creek en 2016. Les projets pris collectivement sont connus comme les Projets du Nord-Ouest.

Les Projets du Nord-Ouest seront construits entièrement sur le territoire traditionnel de la Nation Tahltan et coûteront environ 1 milliard $. Une fois terminés, ils fourniront de l'électricité à près de 95 000 résidences de Colombie-Britannique et vont remplacer plus de 780 000 tonnes d'équivalents de gaz à effet de serre par année. Ces projets vont acheminer l'électricité au terminal du projet déjà annoncé de la Ligne de transmission du Nord-Ouest 287-kv (NTL) près de Bob Quinn, que BC Hydro est en train de construire.

La nation Tahltan comprend les Tahltans vivant sur réserve et hors réserve à Telegraph Creek, Dease Lake et Iskut, en plus de 3000 personnes vivant ailleurs au Canada. Le territoire traditionnel Talhan représente 11 % de la Colombie-Britannique. Plus de 50 % de toute l'exploration minérale et de tout le développement minier de la province se fait sur le territoire traditionnel Tahltan. Pour plus d'information sur le Conseil central Tahltan, visiter le www.tahltan.org.

AltaGas est une entreprise d'infrastructure énergétique qui se concentre sur le gaz naturel et la production de pouvoir électrique. AltaGas crée de la valeur en acquérant, développant et obtenant un rendement optimal de son infrastructure énergétique avec un accent particulier sur les énergies renouvelables. Pour plus d'information, visiter le www.altagas.ca

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Attaques continuelles contre les travailleurs des postes

Élimination d'emplois, démantèlement
des services et menaces contre les postiers


Avec le gouvernement Harper fermement à ses côtés, Postes Canada persiste à imposer sa « Poste moderne » aux travailleurs des postes, un projet qui élimine des emplois et s'en prend à tous les aspects des conditions de travail, notamment la santé et la sécurité. La société continue de démanteler les services à un rythme rapide puis d'utiliser ce qu'elle-même a fait comme une soi-disant preuve que Postes Canada n'est pas viable et que le service postal public doit être privatisé. L'employeur menace les travailleurs qu'à moins de sacrifier les conditions de travail qui leur reviennent de droit en tant que dispensateurs des services et qui sont vitales au maintien et à l'expansion du service postal public, Postes Canada ne pourra pas survivre.

Les travailleurs des postes n'ont que mépris pour cette hantise de la défaite et pour les arguments sans fondement que la société utilise pour justifier son démantèlement du service public au bénéfice d'intérêts privés.

Les travailleurs se défendent et ils défendent le service. Ils mènent la lutte sur le front légal en demandant que la loi de retour au travail adoptée par le gouvernement Harper à la fin de juin 2011 soit déclarée inconstitutionnelle et ils contestent le choix par le gouvernement Harper de l'arbitre qui va imposer leur convention collective. Ils résistent aux conditions de travail qui ne sont pas sécuritaires et au démantèlement des services.

LML s'est entretenu récemment avec Louis Lang qui est de la section d'Ottawa du STTP sur la situation à laquelle les travailleurs des postes font face en ce moment.

LML : Peux-tu nous expliquer où en est l'application de la loi de retour au travail que le gouvernement Harper a adoptée contre les postiers à la fin de juin 2011

Louis Lang : Le syndicat a contesté le premier arbitre qui avait été nommé par le gouvernement parce qu'il n'était pas bilingue et n'avait pas d'expérience dans les relations de travail. Aucune rencontre n'a été tenue avec cet arbitre. En janvier de cette année, la cour a décidé que cet arbitre n'avait pas les qualifications requises et a ordonné au gouvernement d'en nommer un autre. Un autre processus a commencé avec un nouvel arbitre. Il s'est avéré que cet arbitre a été un membre actif du Parti conservateur. Il est bilingue et a de l'expérience dans les relations de travail, mais le syndicat conteste sa nomination à cause de son lien avec le Parti conservateur. Le syndicat soulève aussi une question de conflit d'intérêt parce que cet arbitre était un des principaux avocats du gouvernement canadien dans sa longue lutte contre l'Alliance de la fonction publique pour un salaire égal pour un travail égal. C'est une lutte qui remonte aux années 1980 dans laquelle de vastes montants de deniers publics ont été dépensés pour nier le droit à l'équité salariale. Selon le syndicat, il y a conflit d'intérêt et cela suffit à disqualifier cet arbitre. Nous avons appris récemment qu'un juge a décidé que cette personne ne peut rien faire en tant qu'arbitre avant qu'une décision ne soit prise à son sujet. C'est là où on en est sur cette question.

Le syndicat a proposé à plusieurs reprises que les deux parties s'assoient et négocient pendant que la question de l'arbitre est discutée et essaient d'en arriver à une entente, mais l'employeur a refusé. Il n'y a eu aucune rencontre entre les deux parties. Pendant ce temps, l'ancienne convention collective s'applique toujours et tout le monde travaille aux conditions de cette convention.

Élimination d'emplois et détérioration des conditions de travail


«C'est nous qui livrons votre courrier malgré
le froid, le
vent, la neige, la pluie et la chaleur,
pas la direction»

Il y a plusieurs problèmes en ce qui concerne les relations de travail. La société est en train de compléter son projet de transformation postale. Cela comprend beaucoup de choses. Il y a notamment l'installation de plusieurs autres machines de tri à lecture optique qui sont capables de trier le courrier très rapidement et de le faire de façon séquentielle, c'est-à-dire que le courrier est prêt pour les routes des postiers. Le résultat est que chaque dépôt de facteurs doit être réévalué du point de vue des routes des facteurs parce que ceux-ci passent moins de temps à trier leur courrier. Chaque dépôt de facteurs doit être réorganisé. En moyenne, dépendamment du niveau de motorisation du travail, nous perdons entre 10 et 15 % en routes de facteurs par station. Comme les facteurs passent plus de temps sur la route, les routes par facteur sont plus longues et on a besoin de moins de routes.

Là où la motorisation est très prononcée, comme dans certaines routes du centre-ville, tout le courrier est livré par véhicule. Les facteurs font plus de travail sur leurs routes et comme ils sont motorisés ils font aussi le travail que les Courriers des services postaux (CSP) faisaient auparavant.

Les CSP sont des postiers en camion qui vident les grandes boîtes postales et vont chercher les colis des clients. Avec la motorisation des routes, leur travail est de plus en plus effectué par les facteurs.

Aujourd'hui, chaque dépôt de facteurs qui était auparavant desservi par les CSP est maintenant auto-suffisant. Les flottes de CSP ont été grandement réduites. À Ottawa, il y avait à peu près 130 CSP et nous allons être chanceux si nous en conservons plus de 35.

Le problème est de trouver une nouvelle position à ces travailleurs. Les CSP le sont devenus par choix et maintenant on les pousse à devenir facteurs. Certains deviennent travailleurs en surplus parce que la société attend que d'autres travailleurs prennent leur retraite avant de trouver une position aux CSP. L'employeur ne comble pas les postes vacants et il y a de moins en moins de positions qui sont disponibles. La société abolit des positions continuellement. C'est de cette façon que les postiers qui travaillent à l'extérieur sont affectés par la transformation postale.

La « Poste moderne » affecte aussi les travailleurs de l'intérieur parce que ce sont eux qui opèrent les nouvelles machines et celles-ci imposent une cadence très rapide. Poste Canada essaie de prendre des raccourcis. Normalement, il faut de 2 à 3 personnes pour opérer ces machines, une pour la remplir et au moins une autre qui se dépêche à la vider à mesure que les baquets de tri se remplissent. La société prend toutes sortes de raccourcis pour que les travailleurs fassent le plus de travail possible. Ces machines sont placées côte-à-côte et l'employeur essaie même de faire opérer deux machines par un seul travailleur. Cela cause beaucoup de problèmes du point de vue santé et sécurité à cause de la rapidité des cadences et du volume de travail. Les travailleurs doivent aller de plus en vite pare que non seulement la cadence des machines est très élevée mais il n'y a pas assez de travailleurs pour les opérer. De nombreux accidents se produisent. L'équipement est différent de celui avec lequel on travaillait auparavant. Des accidents se produisent parce que les espaces deviennent très encombrés. L'espace autour des machines n'est pas aussi libre d'accès qu'auparavant.

Un autre problème est que l'employeur fait faire le tri séquentiel de nuit. Cela veut dire que la vaste majorité des travailleurs sont poussés vers les quarts de soir et de nuit. Le nouveau tri séquentiel élimine un grand nombre de positions de jour pour les travailleurs de l'intérieur.

Pour revenir aux facteurs, on se souvient qu'ils ont mené plusieurs actions à Winnipeg, à Montréal et ailleurs contre les conditions de travail non sécuritaires que leur ont imposées la transformation postale et le tri séquentiel. Cette question-là est encore en arbitrage. On attend la décision de l'arbitre sur la question des liasses multiples qui forcent les postiers à tenir une liasse dans leurs mains et une sur l'avant-bras. Le syndicat demande à l'arbitre de statuer que ce n'est pas sécuritaire d'interdire au facteur de porter une seule liasse de courrier et d'exiger que deux types de courrier soient portés séparément. Le syndicat fait valoir que même si cela prendrait plus de temps aux facteurs d'effectuer ce tri au dépôt avant d'aller faire leurs routes, celles-ci seraient plus sécuritaires. Il y a eu des audiences arbitrales à ce sujet et d'autres sont prévues d'ici décembre. Pendant ce temps là, on impose aux travailleurs des conditions non sécuritaires.

En plus des problèmes de santé et de sécurité, un problème majeur est l'élimination massive de positions. Cela se produit en même temps que les positions vacantes ne sont pas comblées. La société fait tout pour garder les effectifs à leur plus bas. Elle utilise l'attrition. Elle ne remplace pas les travailleurs qui quittent parce qu'elle pense offrir les positions vacantes aux travailleurs dont l'emploi est éliminé par la transformation postale. Il faut comprendre que laisser les positions vacantes signifie qu'un nombre moindre de travailleurs est forcé de faire plus de travail. Il arrive que des travailleurs ne sont pas capables de donner un service adéquat tant les effectifs sont réduits. Postes Canada mine sa propre entreprise afin de montrer qu'elle ne vaut plus rien et qu'on doit la privatiser.

Fermeture de comptoirs au détail

Un autre aspect qui tient Postes Canada occupé est la fermeture des comptoirs de vente au détail. On vient juste d'en fermer un à Montréal il y a un peu plus d'un mois et la section locale de Montréal du syndicat a mené des actions contre la fermeture. Ici à Ottawa, on vient d'annoncer la fermeture du comptoir à Vanier et nous nous y opposons en mobilisant aussi les membres de la communauté et les entreprises qui dépendent du service postal. On pense qu'au moins 13 comptoirs de vente au détail sont menacés à l'échelle du pays. La société ouvre des franchises qui sont situées à une rue ou deux des comptoirs puis elle dit que les comptoirs ne font pas d'argent et qu'il faut les fermer. Ces comptoirs de vente au détail offrent des services qui sont très importants pour la survie des petites entreprises qui ont été créées avec l'avènement de l'Internet. Les franchises que crée Postes Canada dans les pharmacies et les dépanneurs éliminent un service important pour la communauté et lui permettent de couper des emplois de jour. Cela lui sert aussi à décourager les gens d'utiliser le service postal. Les commis qui travaillent dans ces franchises gagnent très peu et n'ont ni avantages sociaux ni pensions. Leurs conditions de travail sont celles des autres commis dans ces magasins.

Ce n'est pas surprenant que le nouveau PDG de la Société canadienne des postes Deepak Chopra provient d'une entreprise qui se spécialise dans la création de kiosques postaux automatisés qui remplacent les bureaux de poste des communautés dans divers pays. Avant que Harper le nomme PDG de Postes Canada, il était le président et PDG de Pitney Bowes pour le Canada et l'Amérique latine, une entreprise mondiale de technologie postale et de communications qui a deux millions de clients dans le monde.

Menaces contre les travailleurs et arguments frauduleux

LML : Dans une entrevue accordée récemment au Globe and Mail, Chopra trace un tableau des plus pessimistes de l'avenir de Postes Canada. Il énumère une série de problèmes qui selon lui menacent la survie de l'entreprise — la baisse du volume de courrier, la concurrence accrue, ce qu'il appelle le déficit du fonds de pension, le paiement de l'équité salariale, etc. Il dit que Postes Canada a enregistré un déficit de 253 millions $ en 2011. Il n'explique rien, mais dit qu'à moins que les travailleurs ne consentent à des sacrifices dans chaque aspect de leurs conditions de travail, c'en est fait de Postes Canada. Peux-tu nous dire ce qui en est réellement ?

LL : Le point à saisir est que la société ne dit pas la vérité sur ce qui se passe réellement. Selon le rapport annuel de Postes Canada, sa perte se chiffre à 188 millions $ après impôt. Le STTP a révélé récemment que la société a dû payer un montant de 63 millions $ l'an dernier suite à des amendements à la Loi de 1985 sur les normes de prestation de pension. C'est un paiement qui ne va se produire qu'une seule fois. Une autre grosse dépense est celle reliée à la décision de la Cour suprême l'an dernier forçant Postes Canada à payer le montant réclamé par l'Alliance de la fonction publique en équité salariale. L'employeur refuse d'en révéler le coût exact, mais il serait d'environ 200 millions $. Encore une fois, cette dépense n'apparaîtra pas l'an prochain. Puis il y a le coût des grèves tournantes et du lockout, estimé par l'employeur à environ 60 millions $. C'est ça la « crise financière » qu'il invoque pour s'en prendre aux salaires, aux avantages sociaux et aux conditions de travail des postiers.

C'est vraiment hypocrite de la part de Postes Canada, pour employer un terme poli, que de blâmer le règlement de l'équité salariale pour ses problèmes financiers. Le grief sur l'équité salariale remonte aux années 1980. La société l'a perdu et plutôt que de se plier à la décision de l'arbitre et de payer les travailleuses et travailleurs un salaire égal pour un travail égal, elle a continué de combattre le grief pendant 25-30 ans. Une grande portion de la dette que la société doit maintenant assumer représente l'intérêt composé sur les paiements qui se sont accumulés pendant que la Société des postes contestait le jugement à tous les paliers possibles. Elle ne dit pas non plus combien d'avocats elle a engagés pour tenter de trouver des échappatoires plutôt que de payer les salaires appropriés.

C'est aussi vraiment ridicule de la part de Postes Canada de blâmer les grèves tournantes et le lockout pour ses pertes en 2011. C'est elle qui nous a mis en lockout. Avant le lockout, le syndicat avait organisé des grèves tournantes qui n'ont causé que très peu de pertes économiques mais la société, de concert avec le gouvernement Harper, a décidé de nous mettre en lockout pour donner au gouvernement une excuse pour adopter sa loi de retour au travail contre nous et nous imposer une convention collective. La société n'a jamais eu l'intention de négocier. Elle dit maintenant que sa perte de revenus pendant ce mois-là fait partie du déficit. C'est eux qui ont fermé les portes des stations postales !

Chopra fait également de la désinformation en ce qui concerne le déficit du fonds de pension. Il doit pourtant savoir que ses calculs sont basés sur « les prédictions du marché » et n'ont rien à voir avec une évaluation professionnelle de la véritable valeur du fonds de pension. Comme ce genre de calculs est basé sur la performance des marchés à un moment précis, le résultat va être une évaluation exagérément élevée ou basse et donc inapte à une évaluation précise de la valeur réelle du fonds. Les déclarations alarmistes de Chopra ne visent pas à sécuriser le fonds mais à créer de l'hystérie et convaincre les gens que Postes Canada n'a pas les moyens de donner des pensions adéquates aux travailleurs qui ont droit à une retraite en sécurité.

Il est à noter que l'employeur utilise ces calculs pour en arriver parfois à une conclusion diamétralement opposée. Quand les marchés étaient à la hausse il y a à peu près trois ans, Postes Canada a annoncé que le fonds de pension avait un surplus et qu'en conséquence elle voulait en retirer de l'argent pour le mettre dans ses revenus généraux. Mais ce n'est pas de l'argent réel. C'est une évaluation à un moment précis de la valeur du fonds de pension. C'est un portrait du fonds de pension dans le temps. Ils ont alors décidé de prendre un congé de cotisations. Pour les travailleurs il n'y a pas eu de congés cependant. Nous avons continué à cotiser dans le fonds tandis que la société s'est dite autorisée à prendre congé de cotisations et elle a arrêté de cotiser jusqu'à ce que le syndicat se plaigne et la force à recommencer. En l'espace de 3-4 mois les marchés se sont effondrés. Bien sûr si la société ne paie pas ses cotisations, il va y avoir déficit dans le fonds. Quand le marché est bon elle prend congé de cotisations, mais quand il est mauvais elle demande aux travailleurs d'augmenter leurs cotisations.

La société veut endommager le fonds de pension à prestations déterminées et créer une crise afin de pouvoir dire que ce type de régime n'est plus possible. C'est eux qui ont demandé un changement dans le fonds de pension dans les années 1980-1990. Notre fonds de pension à ce moment-là faisait partie d'une caisse de retraite de tout le service public et c'était le gouvernement qui le gérait. Le fonds de pension ne pouvait pas être investi comme il l'est aujourd'hui. Des fonds de pension comme ceux-là étaient prêtés à taux d'intérêt très bas à des gouvernements provinciaux et à d'autres institutions publiques pour des projets de diverses sortes. Les fonds étaient sécurisés par le gouvernement. On ne leur permettait pas de fluctuer. Mais dans les années 1990 les conservateurs et les libéraux se sont réunis avec leurs grands experts de droite et ils ont décidé qu'un fonds de pension aussi énorme était une vraie bonne opportunité en Bourse. Il y a eu une grande bataille là-dessus. Ils ont changé la loi pour permettre l'investissement de ce type de fonds de pension sur les marchés. Nous nous y sommes fermement opposés à l'époque et nous avons dit dès ce moment-là que cela allait conduire à des attaques contre les fonds de pension à prestations déterminées. Aujourd'hui, ces mêmes personnes viennent nous dire que puisque les fonds de pension sont investis, les régimes de pension à prestations déterminées ne sont plus viables. Cette crise, c'est eux qui l'ont créée.

Leur prochain geste va être d'augmenter les cotisations des travailleurs puis de dire que même cela ça n'est pas suffisant et les nouveaux employés doivent être mis sur un régime de pensions à cotisations déterminées. C'est vers ça qu'ils s'en vont. Dire que le fonds de pension est sous financé, c'est de la plus grande hypocrisie. Ils ne disent pas c'est quoi l'histoire du fonds de pension et ils n'admettent pas que leur méthode d'évaluation de la valeur du fonds de pension est malhonnête.

Préparation à une plus grande privatisation

S'ils présentent un tableau aussi pessimiste, c'est qu'ils veulent changer la nature du service postal d'un service public en un service entièrement privatisé au service des monopoles. Ils veulent miner le service postal universel pour qu'à la fin il disparaisse. La seule façon qu'ils peuvent y arriver est de miner le service, fermer les comptoirs de vente au détail, décourager les gens d'utiliser le courrier de première classe et sans cesse attaquer les travailleurs. Ils exagèrent les pertes du volume de courrier. Lorsque Chopra dit que le volume de courrier de première classe est en baisse à cause de l'Internet, il ne dit pas que l'Internet a créé de nouvelles formes de courrier qui passent par le service postal. Postes Canada a signé un contrat avec E-Bay et plusieurs entreprises qui sont issues de la popularité de l'Internet. Ces entreprises utilisent presque exclusivement le service postal pour leur courrier et le volume de courrier qu'elles génèrent est en augmentation rapide. C'est vrai que les communications par fax et courriels ont réduit le courrier de première classe, mais pas autant qu'ils le prétendent. Ils ont dû admettre que le dernier Noël a été un des plus achalandés en courrier de toute l'histoire de Postes Canada.

L'objectif de la « Poste moderne » est de remettre au secteur privé les composantes les plus profitables du service postal telles les colis, le courrier de première classe et les services de messagerie dans le corridor Québec-Windsor et de laisser les parties les moins profitables au gouvernement. Nous le savons bien parce que M. Chopra a lui-même présenté cette opinion en tant que président et PDG de Pitney Bowes dans un mémoire à l'Examen stratégique de la Société canadienne des postes. C'est dans cette direction que Pitney Bowes peut aller chercher le maximum de profits. En plus de développer la technologie des kiosques automatisés, Pitney Bowes est un grand fournisseur de machines à affranchir partout dans le monde. Elle fournit également entre autres choses des services de préparation du courrier et de pré tri. Le taux de profit de Pitney Bowes dépend directement de sa capacité d'amener Postes Canada à donner des « tarifs préférentiels » pour des timbres achetés en kiosque ou produits par une machine à affranchir et à donner des tarifs préférentiels également pour diverses formes de préparation du courrier.

La nomination de Chopra à la tête de Postes Canada est un cas de conflit d'intérêt parce que c'est dans l'intérêt de Pitney Bowes de pousser la société à donner des avantages financiers aux technologies développées par Pitney Bowes.

Il est important de se rappeler que lorsque Chopra parle de la survie du service postal, il ne veut pas dire sauver le service comme un service public qui a la responsabilité de donner un service public universel à tous les Canadiens. Chopra, tout comme Harper, ne croit pas que le Canada a besoin d'un service de communications d'un bout à l'autre du pays. Selon lui, c'est un concept démodé qu'on doit abandonner en faveur d'un concept de partenariat avec le secteur privé comme celui de Pitney Bowes avec Postes Canada.

En plus de ce partenariat, Chopra a aussi présenté l'opinion lors de l'examen stratégique, que le gouvernement a reprise peu après, que Postes Canada doit adopter « une conception flexible du service universel ». En mots simples cela veut dire abandonner la définition actuelle de service universel selon laquelle Postes Canada doit fournir le service de courrier de première classe au même prix à tous les Canadiens. Chopra et le gouvernement Harper veulent forcer les travailleurs à sacrifier leurs salaires, avantages sociaux et conditions de travail et créer un service postal qui soit entièrement au service des monopoles et où l'obligation de service universel est chose du passé.

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