Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 70 - 6 juin 2012

Trop gros pour négocier et trop gros pour tomber

La dictature antisociale des monopoles


Les travailleurs du CP en grève avec des supporteurs sur la colline parlementaire à Ottawa le 29 mai 2012
pour protester contre la loi de retour au travail. (TCRC)

Trop gros pour négocier et trop gros pour tomber
La dictature antisociale des monopoles
Sur les lignes de piquetage des Teamsters au terminal intermodal de Vancouver - Entrevue
Le Plan Nord et la sécurité des travailleurs - Normand Fournier

Désinformation continuelle de la dictature Harper
Une «austérité fiscale» sur le dos des travailleurs - Dougal MacDonald

Discussion sur la Loi d'exécution du budget
Les programmes universels de sécurité sociale sont essentiels à une société humaine et démocratique - Jim Nugent


Trop gros pour négocier et trop gros pour tomber

La dictature antisociale des monopoles


L'histoire a chargé la classe ouvrière de la mission de bâtir le nouveau.

La loi fédérale pour écraser la grève des travailleurs du Canadien Pacifique et les criminaliser s'ils refusent de travailler aux conditions dictées par les monopoles est une nouvelle preuve que le Canada est devenu une dictature ouverte des monopoles. Selon le gouvernement Harper, le Canadien Pacifique est trop gros pour négocier parce qu'il contrôle 40 % de tout le trafic ferroviaire. Harper dit ne pas pouvoir permettre la perturbation d'une proportion aussi élevée du transport ferroviaire parce que selon lui le dommage causé à l'économie serait trop grand. Harper a avancé le même argument quand il a passé une loi pour mettre fin aux luttes des travailleurs d'Air Canada et de la Société canadienne des postes.

Même sans loi à cet effet, les monopoles internationaux refusent régulièrement de négocier avec leurs travailleurs et dictent leurs conditions d'emploi. Des monopoles tels Rio Tinto Alcan, US Steel, Caterpillar, Vale et d'autres utilisent le pouvoir de leur portée internationale pour extorquer des concessions aux travailleurs. On force les travailleurs à payer pour la tendance capitaliste à la monopolisation de l'économie qui se traduit par la négation de leur droit de négocier des salaires, avantages sociaux, pensions et conditions de travail qui leur sont acceptables.

La dictature des monopoles s'étend aussi au domaine de la réglementation publique qui gouverne leurs opérations. Le projet de loi omnibus C-38 comprend des mesures qui réduisent à rien la voix du public et la réglementation concernant l'environnement, les pêcheries et d'autres aspects de l'environnement naturel et social.

Au Québec, le gouvernement Charest a passé une loi spéciale qui nie les droits civils afin d'imposer une hausse de frais de scolarité qui favorise l'oligopole bancaire. Plusieurs des banques canadiennes qui récoltent l'intérêt sur les prêts étudiants garantis par le gouvernement comptent parmi celles qui ont reçu 114 milliards $ en mesures de sauvetage pendant les récentes crises économiques, consenties pour les sauver de l'effondrement sous prétexte que les banques sont « trop grosses pour tomber ».

Le CP : de l'édification nationale à l'annexion à l'empire américain

Bill Ackman, un milliardaire américain, a récemment pris le contrôle du Canadien Pacifique en utilisant une société d'investissement américaine newyorkaise appelée Pershing Square Capital Management. Peu de temps avant la grève, Ackman avait blâmé la direction actuelle du CP pour la chute du taux de profit de la compagnie. Le 17 mai, il a « laissé aller » le PDG Fred Green avec un boni de 18 millions $ et une pension annuelle de 1,6 million. Green et quatre autres membres du conseil d'administration ont été remplacés par des gens triés sur le volet par Ackman. Des travailleurs du CP ont dit au LML que Green a été victime d'une guerre de clans dans laquelle Ackman avait l'appui du Ontario Teachers' Pension et du Régime de Pension du Canada, deux importants actionnaires du CP. Beaucoup de travailleurs, y compris les enseignants, aimeraient bien savoir comment ces détenteurs des pensions et épargnes des Canadiens sont devenus un facteur dans l'annexion américaine d'une importante société canadienne comme le CP. Il est certainement ironique qu'une entreprise du rail conçue à l'origine pour unir le Canada en opposition à l'expansion et au continentalisme américain se fasse annexer par l'impérialisme américain et attaque les travailleurs et l'économie du Canada avec le consentement et la participation active d'importants fonds de pension canadiens et du gouvernement fédéral qui politise les revendications privées d'Ackman au détriment des droits des travailleurs canadiens.

Dans un point de presse peu après le dépôt de la loi qui criminalise les travailleurs du CP, un journaliste a demandé à la ministre du Travail Lisa Raitt : « Plusieurs Canadiens pensent que vous êtes en train d'agir au nom d'un fonds d'investissement américain et non du peuple. Que répondez-vous à cela ? » « Ridicule, a-t-elle répliqué. » Ridicule en effet madame la ministre du Travail. C'est pourtant cela que plusieurs Canadiens pensent de vos actions et de l'état des affaires économiques et politiques dans ce pays dominé par les monopoles internationaux et annexé à l'empire américain.

Les gens sont très préoccupés par l'établissement d'une dictature ouverte des monopoles sur le peuple par Harper, Charest, les premiers ministres provinciaux et leurs acolytes. Où s'en va le Canada avec ce contrôle total du capital monopoliste sur l'économie et nos vies ? Beaucoup se le demandent. Les gens se font dire d'accepter la montée des monopoles mondiaux comme quelque chose d'inévitable sous le capitalisme parce qu'il n'existerait pas d'alternative. L'acceptation de la domination des monopoles dans tous les grands secteurs de l'économie mène inévitablement à la logique qu'on ne peut pas se permettre de les voir s'effondrer ou de perturber leurs activités. Selon la dictature Harper c'est une question de bon sens. Le CP contrôle 40 % du trafic ferroviaire du pays ; une interruption prolongée, pour citer Lisa Raitt, « mettrait d'autres emplois à risque. On ne peut pas attendre. Pas quand notre économie est en jeu. [Ce gouvernement] a le mandat de protéger l'économie. »

L'« économie » est dominée par des intérêts monopolistes privés, dans ce cas-ci américains, et le gouvernement, plutôt que de protéger les Canadiens et leur économie, protège et politise les intérêts privés américains au détriment non seulement des travailleurs du CP, mais des fermiers et de tous les autres travailleurs et leurs communautés dont le moyen de subsistance dépend de la production et le transport des marchandises par le monopole Canadien Pacifique.

On nous dit que pour être concurrentiels et survivre sur les marchés mondiaux, les monopoles doivent absolument être fusionnés aux pouvoirs financiers, législatifs, policiers et militaires de l'État. L'État est devenu un gigantesque partenariat public-privé vivant de corruption, de stratagèmes pour payer les riches et de privilèges de classe. Les intérêts monopolistes privés sont politisés de plusieurs façons tandis que l'intérêt public est désavoué, ce qui produit une dictature monopoliste d'État qui contrôle notre économie et tous les principaux aspects de la vie et des relations entre nous.

Cette situation a produit une contradiction flagrante entre le peuple et le capital monopoliste qu'on doit résoudre en reconnaissant que tous ont des droits en vertu de leur humanité, dont le droit de se gouverner et de contrôler leur économie, et que les monopoles doivent être soumis à la volonté populaire.

La classe ouvrière doit réagir face à cette réalité et à cette contradiction en gardant les yeux bien ouverts et en pensant à comment s'organiser pour se défendre efficacement, pour défendre l'intérêt public et l'intérêt général de la société et ouvrir une voie vers l'avant. Les Canadiens sont à un tournant et cela demande de nouvelles façons de penser, et d'organiser et des actions avec analyse qui sortent des sentiers battus. Les travailleurs ne peuvent se permettre d'être détachés et croire que la vie va continuer comme elle était auparavant ; tout prouve le contraire. Le pays est aux prises avec un déséquilibre au désavantage de la classe ouvrière et de la société. Seule la classe ouvrière organisée pour défendre les droits de tous, armée de l'ordre du jour de donner une direction prosociale à l'économie et la nation, peut mobiliser la volonté populaire et faire une percée vers une alternative.

Trop gros pour tomber et trop gros pour négocier, les monopoles bloquent tout progrès.

Un monde nouveau est à bâtir. L'histoire a chargé la classe ouvrière de la mission de diriger le peuple dans cette entreprise.

Les travailleurs du CP sur la colline parlementaire le 29 mai





(Photos: TCRC)

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Entrevue

Sur les lignes de piquetage des Teamsters
au terminal intermodal de Vancouver

LML : Quels sont les problèmes auxquels vous faites face en ce moment ? Parlez-nous un peu de vos conditions de travail.

Jim Armillotta : Je suis ingénieur de locomotive depuis 34 ans. Après avoir travaillé 28 ans à Revelstoke, je suis revenu travailler à Vancouver en octobre 2011. La question principale en ce qui me concerne c'est que je suis à quelques années seulement de la retraite. La compagnie semble vouloir mettre la main sur ce que je prévoyais toucher comme revenus à la retraite. Je pensais pouvoir prendre ma retraite avec une pension qui me permette de vivre comme l'ont fait mon père et mon grand-père. Nous sommes travailleurs du rail depuis trois générations et j'ai deux frères plus jeunes également au CP. Ils veulent nous imposer un maximum dans nos prestations qui est plus bas que ce à quoi j'ai droit dans la convention actuelle, qui est basé sur mes cinq dernières années de travail. Ils veulent aussi éliminer nos avantages sociaux en santé à partir de 65 ans.

En plus de cela, ils veulent étendre les quarts de travail de 10 à 12 heures. À l'heure actuelle, ils nous donnent une prime de seulement 80 $ quand vous travaillez plus de 10 heure, mais ça ne compense pas pour votre épuisement après 10 heures de travail. Même quand vous dépassez les 10 heures vous n'obtenez pas toujours la prime de 80 $. Par exemple, si vous arrivez au terminal juste avant d'avoir fait vos 10 heures, ils arrêtent vos heures, ils envoient votre train à un autre terminal puis vous devez revenir en taxi à votre premier terminal ; une fois la journée de travail terminée, vous avez fait 12 heures mais vous ne recevez pas le 80 $.

Je comprends où le CP veut en venir avec son 12 heures parce qu'ils ne veulent pas avoir double équipage sur leurs trains. Ça arrive maintenant qu'ils doivent envoyer deux équipages pour amener le train à la place désignée.

La longueur des trains a été établie par du personnel de bureau selon une formule qui dit que pour tirer tant de pieds de wagons d'un point A à un point B en tant d'heures on a besoin d'une ou de deux locomotives sans prendre en compte le temps réel que ça prend pour transporter le produit. Les valeurs de temps qu'ils imposent ne correspondent pas à la réalité. Nous pouvons transporter jusqu'à 160 wagons sur un train de grain, 170 sur un train de potasse. Un équipage qui part du terminal intermodal de Vancouver tire un train de 10 000 pieds, ce qui est presque deux milles de long. À une vitesse de 10 à 15 milles à l'heure, ça prend environ 12 minutes pour passer le passage à niveau d'un quartier résidentiel. Pas surprenant que le public doit attendre longtemps avant que le train soit passé. Ces trains sont extrêmement longs et lents et quand l'équipe est épuisée ça devient très dangereux. Si vous choisissez de prendre un sommeil brisé de 4 heures, ils vous abandonnent au Boston Bar pour une période temps qui peut aller jusqu'à 14 heures, loin de votre famille et sans être payé. Ils ne voient aucun intérêt à vous sortir de là, alors la pression sur nous est toujours de travailler jusqu'à Boston Bar puis de continuer à travailler en ramenant un train à Vancouver. Sur une journée de 24 heures, ils peuvent vous en faire travailler 18. Évidemment ils peuvent toujours nous dire que « c'est toi qui l'as choisi ».

LML : Ce que les gens entendent à votre sujet c'est des choses à propos des « gros salaires » et « grosses pensions », mais ils ne sont pas toujours en mesure d'apprécier le travail que vous faites, que les horaires brisent votre vie de famille, que vous manquez des rendez-vous, que votre travail est stressant.

Don Holt : Ça fait 28 ans et demi que je suis au CP et 18 ans comme ingénieur de locomotive. Ça m'a pris 10 ans pour le devenir et moi aussi je suis d'une troisième génération de cheminots. La compagnie a vacillé sur la question d'engager nos fils et filles. Ils ont arrêté de le faire pendant un moment puis elle a recommencé. Aujourd'hui, il y a plus de femmes au CP. En ce moment, je suis ingénieur de locomotive dans le transport des marchandises, alors pour moi planifier ma vie de famille ce n'est pas possible. Je ne participe pas aux activités scolaires et sportives de mes enfants, je ne peux rien planifier pour les mariages, etc. Si je veux vraiment participer à quelque chose, je dois prendre une journée de congé sans solde. Mais si vous prenez trop de journées de congé ils vous coupent les heures au minimum.

Quand je commence mon quart de travail à minuit, j'essaie de dormir quelques heures avant d'aller travailler mais ce n'est pas toujours facile. Je me rends à Northbend (Boston Bar), qui est le terminal de destination pour ceux dont le terminal d'origine est le terminal intermodal de Vancouver (VIF), ou Coquitlam. On peut nous demander d'arrêter au VIF ou de pousser jusqu'à Vancouver, Port Moody ou Sapperton, ce qui ajoute quatre heures à notre journée de travail. Une fois rendus au terminal, vous n'êtes plus une « priorité » pour eux alors vous pouvez rester là à rien faire pendant des heures. Vous êtes habituellement partis pour 24 heures, ce qui fait que six mois par année vous n'êtes pas à la maison. C'est dur pour la vie de famille. Notre taux de divorce est anormalement élevé à cause de cela.

Mike Mason : Je travaille au CP depuis 21 ans et moi aussi je suis ingénieur de locomotive dans le transport des marchandises. Je veux juste en dire un peu plus sur le sommeil et le temps de congé brisés. CP a une politique en ce qui concerne l'absentéisme. La compagnie compte même vos journées d'absence autorisées dans votre dossier d'absentéisme. Elle demande une présence au travail de 98.7 % par année. Nous n'avons pas de journées de maladie. Ils ne nous paient pas même une seule journée de maladie. Si vous êtes malade vous devez parler à un contremaître au VIF. Ils veulent un papier du médecin dans les 72 heures. Mais ça ne les affecte pas financièrement. Si je perds un voyage de 24 heures, je peux perdre jusqu'à 800 $. La compagnie, elle, ne perd rien. Sa politique est de maintenir au minimum les équipes d'ingénieurs de locomotives, de chefs de train, d'agents de train et d'agents de triage. Le CP cherche maintenant à réduire ces équipes encore plus en étendant les heures de travail de 10 à 12 heures. Ils essaient d'éliminer le quart de travail de l'après-midi. Ils veulent éliminer les quarts de travail de 8 heures dans la cour de triage. C'est pour ça qu'ils veulent étendre les heures de travail à 12 heures, ça va leur permettre d'éliminer un quart de travail.

Jim Ross : Je travaille au CP depuis 26 ans, 22 en tant qu'ingénieur de locomotive. Avant ça j'ai travaillé quatre ans pour BC Rail. Puis j'ai été engagé par le CP. Une chose que les gens doivent comprendre c'est la demande du CP d'augmenter le millage que vous devez faire avant d'obtenir du temps libre. Ils veulent augmenter le millage de 3800 milles par mois à 4300 milles par mois, ce qui existe déjà au CN pour les chefs de train et les agents de triage. La distance entre Vancouver et Boston Bar est à peu près de 300 milles. Nous avons droit en ce moment à du temps libre après 3800 milles. Dans les conditions actuelles, si je travaille 80 heures par semaine, j'ai droit à 4 ou 5 jours de congé après avoir fait mon millage. Mais s'ils augmentent le millage à 4300 milles, ça va vouloir dire 4 voyages de plus, alors je n'aurai plus de journées de congé basées sur le millage. À ce que je sache, les agents de train et les chefs de train au CN ont déjà le 4800 milles de millage dans leur convention collective et maintenant le CP veut nous l'imposer à nous aussi, y compris aux ingénieurs de locomotives. Je pense que si on regarde la situation qui se développe au Canada, des centaines de travailleurs du CP pourraient bien perdre leurs journées de congé basées sur le millage ce qui serait un recul sérieux pour les travailleurs.

(Traduction : LML)

Rassemblement de la Fédération du travail à Vancouver le 29 mai



(Photos: M. Cook)

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Le Plan Nord et la sécurité des travailleurs

Jeudi le 24 mai, Radio-Canada nous apprenait qu'un travailleur de la construction venait de trouver la mort sur le chantier de la compagnie ArcelorMittal, près de la ville de Fermont. Le travailleur décédé est un homme de 30 ans, originaire de Lavaltrie dans Lanaudière. Il se serait retrouvé coincé entre le plafond et le panier de la plate-forme élévatrice qu'il opérait. Il se trouvait seul dans la nacelle au moment de l'accident.

Il s'agit du deuxième accident mortel à survenir sur un chantier de construction à Fermont depuis les cinq dernières semaines. Le dernier accident mortel avait eu lieu aux installations de la compagnie minière Cliff Natural Resources au Lac Bloom, près de Fermont.

Une enquête interne sera effectuée par ArcelorMittal, Gastier et SNC Lavalin, ainsi que par la Commission de la santé et sécurité au travail (CSST) et la Sûreté du Québec.

Le Plan Nord (PN) ne fait que débuter et déjà deux travailleurs sont morts. Combien d'accidents mortels se sont produits depuis le début des grands chantiers sur le territoire du PN ? Combien de travailleurs ont subi des accidents de travail sur les chantiers du PN ? La question que l'on doit se poser est la suivante : combien d'accidents de travail ont été rapportés à la CSST depuis l'annonce du PN ?

Pour le moment, nous n'en savons rien. Il est une pratique courante sur les grands chantiers de ne pas rapporter les accidents de travail ou les presqu'accidents (« near miss »). Les travailleurs y subissent d'énormes pressions de la part des entrepreneurs pour ne pas déclarer les accidents. Plusieurs travailleurs blessés poursuivent leur travail au risque de développer et de souffrir de sévères séquelles dans l'avenir. Pourquoi une telle situation existe-t-elle ? Parce que les employeurs ne veulent pas voir augmenter leurs cotisations à la CSST suite aux accidents de travail dont sont victimes leurs employés. Les travailleurs vivent la crainte de ne pas obtenir de travail à l'avenir.

Avec l'ouverture des grands chantiers, les syndicats de la construction et les travailleurs ont de plus en plus de difficulté à faire respecter les conditions de travail établies par le décret de la construction. Les employeurs amènent sur ces chantiers éloignés des travailleurs non qualifiés et ayant peu d'expérience du domaine de la construction industrielle. Ce sont les jeunes travailleurs de la construction au Québec qui ont le plus de blessures et d'accidents mortels sur les chantiers.

Cette situation dramatique doit cesser. Toutes les mesures doivent être prises pour protéger la sécurité et la santé des travailleurs au Québec.

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Désinformation continuelle de la dictature Harper

Une «austérité fiscale» sur le dos des travailleurs

Les monopoles, leurs gouvernements et leurs médias continuent de répandre leur désinformation selon laquelle le monde est en récession, les économies sont fragiles et tous (sauf les monopoles) doivent accepter « l'austérité fiscale ». Tous les vieux mantras sont utilisés :« se serrer la ceinture », « modérer ses attentes », « faire plus avec moins », « trouver des économies », « contenir les coûts », etc. Le 15 mai, par exemple, le ministre canadien des Finances James Flaherty, parlant devant un sous-comité du Sénat, a dit qu'à la lumière de la « crise grecque », la meilleure chose que le Canada peut faire pour se prémunir le plus possible c'est de maintenir sa discipline fiscale en réduisant les déficits et sa dette et en s'assurant que les banques canadiennes demeurent bien réglementées.

Les faits montrent que ce verbiage au sujet de la récession et de l'austérité fiscale est de la désinformation faite consciemment. En mai de chaque année, le magazine d'affaires Time-Life's Fortune publie les revenus des plus grands monopoles américains lesquels font tous des affaires au Canada. Le numéro du 21 mai 2012 de Fortune montre qu'en 2011, les 500 plus grandes entreprises américaines ont généré des profits de 824.5 milliards , une hausse de 16,4 % par rapport à 2010. En plus, leurs revenus de 2011 sont supérieurs à ceux générés quand l'économie « roulait à fond » en 2006, avant la « récession ». Comment cet accroissement énorme des revenus constitue-t-il une récession pour les monopoles ? Il semble que la récession choisit qui elle frappe et qui elle récompense.

En tête des revenus de 2011 on trouvait ceux d'Exxon de Rockefeller par le biais de sa filiale Imperial Oil qui contrôle Syncrude, le plus gros monopole des sables bitumineux en Alberta, qui exploite aussi le pétrole conventionnel et le gaz et opère les stations d'essence Esso dans tout le Canada. Les revenus d'Exxon en 2011 arrivaient en tête des 500 entreprises de Fortune avec 843 milliards $ , une hausse de 27,7 % par rapport à 2010. En termes de profits, Exxon se plaçait aussi premier avec des profits de plus de 46 milliards $, une hausse de 34,8 % par rapport à l'année précédente. Exxon a envahi l'Alberta en 1920 lorsque le grand-père de l'ex-premier ministre Peter Lougheed et son partenaire R.B. Bennett, qui est devenu premier ministre plus tard, ont vendu leur compagnie la Calgary Petroleum Products à Imperial Oil. Imperial a mis en production le puits Leduc #/1 en 1947, une découverte importante de pétrole brut qui a inauguré l'ère de l'énergie en Alberta et maintenant Imperial Oil est la 5e plus grande compagnie au Canada en termes d'avoirs. C'est un fait bien connu qu'Exxon/Imperial et les autres monopoles de l'énergie sont les vrais dirigeants de l'Alberta et que le gouvernement provincial leur fournit toute l'aide pour piller de manière toujours plus effective les ressources pétrolières albertaines.

C'est principalement en attaquant les travailleurs qu'Exxon et les 500 compagnies de Fortune ont accru leurs revenus en 2011. Le 7 mai 2012, le chef d'édition de Fortune disait au réseau CBS : « L'Amérique corporative fait de grandes affaires en ce moment... Cela a beaucoup à voir avec le fait que les entreprises ont fait de grandes compressions. Elles ont coupé leurs coûts pendant la crise, je veux dire qu'elles ont fait de grandes mises à pied. C'est pour ça que les profits sont si élevés. » En d'autres mots, les grandes entreprises ont fait des profits records en mettant leurs travailleurs à pied ou en coupant leurs salaires et bénéfices. Cela s'est fait notamment en déplaçant la production là où la main-d'oeuvre est à bon marché. Dans son numéro du 19 avril, 2011, le Wall Street Journal écrit qu'un sondage mené auprès des plus grandes entreprises américaines , Walmart, Chevron, General Electric, Microsoft, Caterpillar, etc - a révélé qu'ils ont mis à pied 2,9 millions de travailleurs dans la dernière décennie et en ont engagé 2,4 millions à l'étranger.

La désinformation au sujet de la récession est une demi-vérité. Il y a bien une récession pour les travailleurs mais les monopoles font des profits records et les deux vont ensemble. Les cercles dirigeants de la société demandent aux travailleurs de se serrer la ceinture encore plus et de faire encore plus de concessions aux monopoles et aux gouvernements pour que ces mêmes monopoles qui sont contrôlés par des super-riches comme les Rockefeller augmentent encore leurs profits en 2012 peut-être jusqu'à un trillion de dollars. Tout ça se fait sur le dos des travailleurs parce que la pauvreté des travailleurs est la source de la prospérité des riches. C'est pour ça qu'on entend toujours dire que l'austérité fiscale pour le peuple est une « formule gagnante » pour les monopoles et leurs gouvernements.

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Discussion sur la Loi d'exécution du budget

Les programmes universels de sécurité sociale sont essentiels à une société humaine et démocratique

Le projet de loi omnibus C-38 d'exécution du budget apporte de vastes changements dans des programmes qui affectent directement la vie du peuple. Ces changements sont adoptés par le Parlement de la façon la plus antidémocratique qui soit et on étend le pouvoir de l'exécutif pour permettre à des ministres de faire des changements arbitraires par règlement sans les soumettre au parlement. La nécessité de consulter ou de demander l'autorisation de ceux qui seront les plus affectés par les changements aux programmes sociaux n'est même pas considérée.

Depuis que les conservateurs de Harper sont devenus gouvernement majoritaire avec leur coup électoral de 2011, ils ont lancé une autre ronde de coupures et d'attaques à la sécurité sociale et à d'autres programmes sociaux, qu'on pense aux coupures au Programme de la sécurité de la vieillesse ou dans les prestations d'assurance-emploi et aux plafonds imposés aux paiements de transfert aux provinces en santé et services sociaux. Le gouvernement Harper ne reconnaît pas la nécessité des investissements sociaux et considère les programmes sociaux comme des dépenses qui nuisent au développement économique. Il a déclaré le mot d'ordre médiéval « chacun subvient à ses besoins » le fondement de la politique sociale du Canada pour le 21e siècle.

Tout cela a commencé suite à l'élection fédérale de 1993 remportée par le Parti libéral quand le gouvernement Chrétien avec Paul Martin comme ministre des Finances a lancé un vaste assaut contre les programmes sociaux. Des milliards de dollars de coupures ont été faites dans les paiements de transfert aux provinces pour la santé et les services sociaux et dans les programmes et services sociaux du gouvernement fédéral. Cette offensive antisociale comprenait de vastes coupures aux prestations d'assurance-emploi et l'expropriation des fonds de ce programme qui ont été transférés aux revenus généraux du gouvernement.

Les coupures du gouvernement Chrétien-Martin ont prolongé la récession du début des années 90 et contribué à des années de relance sans emploi. Les coupures à l'assurance-emploi ont causé de grandes difficultés aux travailleurs pendant toute la période subséquente qui a aussi été caractérisée par la destruction sur une vaste échelle du secteur manufacturier et d'autres secteurs. Lorsque la crise financière de 2008 a frappé et propulsé le chômage à de très hauts niveaux pendant la récession de 2009, la majorité des travailleurs en chômage n'ont pu recevoir des prestations d'assurance-chômage à cause des changements que le gouvernement Chrétien-Martin avait faits au régime. Les politiciens en banqueroute des riches viennent maintenant d'ordonner une nouvelle ronde de coupures dans les prestations de sécurité sociale, y compris une nouvelle détérioration du régime de l'assurance-chômage.

Le 9 mars 1994, Hardial Bains, le dirigeant national du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), a présenté un mémoire sur la réforme de la sécurité sociale devant le Comité permanent de la Chambre des communes, qui s'oppose à la direction dans laquelle Chrétien et Martin menaient le pays. Il met en lumière les principes fondamentaux qui doivent être pris en compte dans tout changement aux programmes de sécurité sociale. Ces principes s'appliquent également à la nouvelle vague d'offensive antisociale du gouvernement Harper. Pour aider l'Opposition ouvrière à étudier et à faire face aux attaques du gouvernement Harper contre la sécurité sociale et les autres programmes sociaux, nous reproduisons des extraits du mémoire de 1994 de Hardial Bains qui énoncent ces principes :

« 1. En ce qui concerne les programmes sociaux, ce n'est pas le principe de l'universalité qui doit être abandonné, remis en question ou modifié. Au contraire, des mesures doivent être prises pour que le système garantisse le bien-être et le bonheur de tous, plutôt que les richesses pour quelques-uns et la pauvreté pour le grand nombre. Il faut donc se garder d'imposer arbitrairement des changements dans les programmes sociaux ou dans le niveau de ces programmes, comme le niveau des exigences d'admissibilité à l'assurance-chômage [aujourd'hui appelée assurance-emploi — ndlr], comme on le fait présentement lors du dépôt du budget au parlement ou par des prises de décisions qui affectent la vie des gens de manière fondamentale. Ces changements ne cessent de bouleverser la vie des gens, qui doivent s'ajuster en conséquence. Qu'un chômeur reçoive 60 % ou 57 % du salaire du dernier emploi représente une différence importante quand c'est la seule source de revenu. C'est la même chose pour ceux qui dépendent de l'aide sociale et des autres programmes sociaux.

« 2. Les programmes sociaux concernent généralement les choses qui ont à voir avec les droits humains : santé, éducation, aide sociale, assurance sociale, logement abordable, pensions, etc. Ils doivent donc être l'attention première de la société humaine. Il faut renoncer aux façons de voir qui considèrent ces programmes comme de simples dépenses et une affaire d'équilibre budgétaire plutôt que comme un investissement social fondamental. Cela est d'autant plus vrai lorsque les réclamations des riches ne sont pas remises en question tandis que celles de simples citoyens le sont.

« 3. Les Canadiens ont le droit démocratique fondamental de pleinement participer aux prises de décisions qui affectent leur existence. Par conséquent, aucune décision ne doit être prise en ce qui concerne les programmes sociaux avant d'être d'abord soumise à l'approbation de ceux dont l'existence en sera affectée. Le processus de consultation qui est entrepris ne doit pas, par conséquent, être utilisé comme un moyen de légitimer des politiques décidées d'avance, comme on l'a vu dans le passé. »

La rhétorique du gouvernement Harper au sujet des changements à l'assurance-chômage est particulièrement méprisable parce qu'elle vise à atomiser la résistance en montant les travailleurs et les régions les uns contre les autres. Les travailleurs des pêcheries et des autres secteurs saisonniers sont traités comme des abuseurs de l'assurance-emploi et sont criminalisés. Les travailleurs sont divisés en catégories arbitraires qui prévoient des mesures punitives qui varient selon la catégorie et une grande partie des travailleurs sont simplement exclus de toute possibilité de recevoir des prestations, ce qui va à l'encontre du concept que tous ont droit à un moyen de subsistance parce qu'ils sont des êtres humains. On promeut ouvertement le racisme en liant les prestations d'assurance-chômage au Programme des travailleurs étrangers temporaires.

Face à cette situation où le gouvernement Harper essaie de créer le maximum d'antagonisme et de désunion parmi le peuple et les régions autour de l'assurance-emploi et des programmes sociaux en général, les remarques de conclusion du camarade Bains dans son mémoire de 1994 sur les programmes sociaux sont toujours aussi pertinentes :

« Finalement, aujourd'hui il y a des intérêts en conflit sur ces questions à cause du fondement et du fonctionnement actuels de la société. Les intérêts individuels se heurtent aux intérêts collectifs et les intérêts individuels et collectifs se heurtent à l'intérêt général de la société. Une approche élargie des programmes sociaux suivant le principe de l'universalité peut faire une contribution importante à l'harmonisation des intérêts individuels avec les intérêts collectifs et des intérêts individuels et collectifs avec l'intérêt général de la société.

« La société a beaucoup progressé depuis l'ère médiévale. Or, l'existence de disparités entre riches et pauvres et la pression qui veut que la société ne réponde qu'aux réclamations des riches l'ont fait reculer au lieu de rompre une fois pour toutes avec la société médiévale et créer une société entièrement nouvelle dans laquelle le bien-être des uns dépend du bien-être de tous. Un système de programmes sociaux complets apporterait une contribution décisive à la création d'une société véritablement démocratique et véritablement humaine, dans laquelle tous les différents intérêts sont harmonisés en faveur de l'ouverture de la voie au progrès de la société. »

(Traduction : LML)

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