Le Marxiste-Léniniste

Numéro 61 - 23 mai 2012

Manifestation historique du 22 mai à Montréal

Ce que les manifestants avaient à dire


Manifestation du 22 mai à Montréal
Ce que les manifestants avaient à dire
L'utilisation par le gouvernement du thème de la violence comme diversion - Entrevue avec des travailleurs de la construction
L'opposition à la corruption gouvernementale - Entrevue avec un fonctionnaire à la retraite
L'arrogance du gouvernement Charest et la provocation comme méthode - Entrevue avec un employé de la Caisse de Dépôt

Photos et rapports
Le 22 mai au Québec


La manifestation historique du 22 mai à Montréal

Ce que les manifestants avaient à dire

Lors de la manifestation historique du 22 mai à Montréal pour appuyer la lutte des étudiants contre la hausse des frais de scolarité par le gouvernement Charest et dénoncer la loi spéciale 78 qui suspend les libertés civiles, Le Marxiste-Léniniste a interviewé des gens de tous milieux sur leurs préoccupations et la raison de leur présence à la manifestation. D'une seule voix, les étudiants, travailleurs, retraités, artistes, représentants d'organisations sociales, politiques et culturelles , de petites entreprises et de plusieurs autres collectifs ont répondu d'une seule voix : nous ne reculerons pas. Du point de rassemblement initial à la Place des Festivals, à la rue Sherbrooke, puis Peel, puis René-Lévesque jusqu'à Berri et jusqu'au Parc Lafontaine, les gens ont répondu à l'appel des étudiants de marquer le 100e jour de leur grève contre la hausse des frais de scolarité et condamner la loi 78.

Déjà, dès 13 heures 30, le métro de Montréal était rempli de jeunes se rendant à la manifestation. Des autobus remplis de manifestants venus de Montréal Nord et d'autres endroits ont déversé leurs passagers loin du lieu de rassemblement parce que les chauffeurs craignaient d'être pris pendant des heures dans la marée humaine. Au métro Berri-UQAM, le carré central regorgeait d'étudiants se rassemblant avant de prendre le métro. Des étudiants de cégeps et d'universités sont venus en autobus de plusieurs villes du Québec. Sur la rue Sainte-Catherine, à la Place des Festivals des milliers et des milliers de gens affluaient sans arrêt avec bannières et pancartes, avec des costumes de toutes sortes tous plus imaginatifs les uns que les autres, en une puissante expression de la conscience collective du peuple québécois ! Fiers et défiants, progressistes, dignes, déterminés, jeunes et vieux, tous ensemble dans un océan d'humanité pour affirmer leur prise de position, leur âme et leur coeur.


Des étudiants du secondaire à la manif du 22 mai à Montréal

Plusieurs villes du Québec, petites et grandes étaient représentées ; Québec, Rimouski, Sherbrooke, Joliette, Gatineau, Trois-Rivières, Berthierville, pour n'en nommer que quelques unes. La ville de Québec était dignement représentée par les étudiants de l'Université Laval, des cégeps de Limoilou et F.X. Garneau et d'autres institutions. Ils ont été rejoints par des étudiants du secondaire venus de plusieurs villes en autobus. Plusieurs manifestants ont pris congé ce jour-là pour ne pas manquer cet événement historique ou ont quitté le travail plus tôt. Nous sommes là pour appuyer les étudiants, disaient les gens, mais aussi pour dénoncer la loi spéciale et la corruption du gouvernement Charest. La corruption, ont-ils dit, ce n'est pas juste une question d'enveloppes brunes pleines d'argent comptant qui circulent sous le manteau. C'est le problème d'un gouvernement qui sert les intérêts privés et fait payer au peuple les stratagèmes qu'il utilise pour remettre à ces intérêts privés la richesse de la nation du Québec.

« La loi 78 est une attaque contre nos droits fondamentaux, » a dit une enseignante à la retraite. « On ne nous fera pas taire et nous allons gagner ! »

Les étudiants du secondaire en avaient long à dire. « Ce matin, ont dit des étudiants de l'école Sophie-Barat à Ahuntsic, nous avons tenu une ligne de piquetage avec nos parents. La lutte continue, c'est ça notre message aujourd'hui. »

« Le 22 mars dernier, ont dit des étudiants du secondaire de Longueuil, nous avons pris un vote unanime pour appuyer la lutte contre la hausse des frais de scolarité. Par deux fois, la direction de l'école a écrit à nos parents pour essayer de nous empêcher d'appuyer la grève. On lâchera pas. »

« Nous sommes ici pour appuyer les étudiants de cégeps et d'universités qui sont en grève, ont dit d'autres étudiants du secondaire. C'est pour nous autres qu'ils ont fait ça et ils se font attaquer. Nous sommes du secteur privé et ça ne nous a pas été possible de sortir en grève mais nous avons organisé des actions pour l'appuyer. C'est notre devoir d'être là aujourd'hui pour défendre les étudiants qui se battent pour nous. Tout le monde doit les appuyer. »

Les générations précédentes étaient aussi fortement représentées. « On s'est battu toute notre vie pour fournir un avenir aux jeunes, a dit une aînée au LML. Pas question maintenant d'accepter que cet avenir se fasse détruire. »


Plusieurs travailleurs étaient présents et ils ont exprimé leur appui de plusieurs façons. Tout au long de la manifestation, les camionneurs pris dans la foule ont klaxonné au plaisir des manifestants qui se sont fait prendre en photo avec eux et les ont chaleureusement applaudis. Des travailleurs ont dit au LML qu'eux aussi ont été frappés de lois spéciales leur interdisant d'exercer leurs droits. Ils ont dit que jamais ils ne se laisseront bâillonner par la répression et les lois spéciales. Il faut résoudre de toute urgence ce problème de l'utilisation des lois pour supprimer les droits du peuple, ont-ils dit.

« La loi spéciale vient tout droit des lois du travail, a dit une travailleuse des postes de Montréal. Chaque jour on nous passe des injonctions et des lois spéciales et on nous met en lockout. Notre droit de nous battre pour nos revendications et même de mettre de l'avant quelque revendication que ce soit est attaqué mais cette loi-là va au-delà des lois spéciales qui sont passées dans tel ou tel secteur. C'est une attaque aux droits fondamentaux de tous les Québécois. Nous sommes ici en tant que travailleurs et citoyens pour arrêter cela. »

Plusieurs disaient que cette manifestation est historique.

Une manifestante l'a très bien exprimé au LML :« La manifestation d'aujourd'hui est une expression ferme de la volonté populaire. Le gouvernement Charest n'a pas le choix. Il doit reculer. Il doit abroger sa loi spéciale. Nous ne reculerons pas. »

Lorsque Chloé-Domingue Bouchard de la CLASSE, l'organisation qui la première a appelé à la manifestation, a accueilli les manifestants, elle a été applaudie très fort quand elle a parlé de l'échec du gouvernement Charest à supprimer l'exercice des droits :

« Face à la loi 78, nous sommes tous des étudiants et des étudiantes. Ce gouvernement a tenté de nous marginaliser. Il a échoué. Sa tentative de nous diviser a créé notre appel à nous unir. C'est un gouvernement qui a échoué. »

Du début à la fin, les manifestants ont dit que ce combat en est un pour une démocratie qui représente les intérêts du Québec.

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L'utilisation par le gouvernement du thème de la violence comme diversion

Nous avons vécu la même chose que les étudiants. Le même thème de la violence et de l'intimidation a été utilisé contre nous pour attaquer les syndicats de la construction avec la loi 33 (Loi éliminant le placement syndical et visant l'amélioration du fonctionnement de l'industrie de la construction) et pour cacher ce qui se passe réellement sur les chantiers de construction. Ils veulent briser les syndicats et les associations étudiantes pour qu'ils ne soient pas capables de résister, de s'organiser pour défendre les droits de nos membres. Ils disent que quand vous appartenez à une organisation, celle-ci essaie de vous enlever votre liberté. Ils opposent le travailleur individuel à l'organisation et ils font la même chose avec les étudiants. Ils veulent vous rendre illégal quand vous présentez des revendications au nom de vos membres.

Regarde ce qu'il est en train de faire à la Commission de la construction du Québec. La CCQ est l'organisation qui est responsable de l'application des lois et règlements de la construction et des conventions collectives. Depuis le passage de la loi 33 sur la référence des travailleurs aux employeurs de la construction, au nom de la lutte contre la violence et l'intimidation, le gouvernement a changé la composition du Conseil d'administration de la CCQ pour mieux pouvoir attaquer les syndicats de la construction. Il vient aussi, au nom de la modernisation du système d'indemnisation des travailleurs accidentés, de changer la composition du conseil d'administration de la Commission de la santé et de la sécurité du travail, la CSST, qui est responsable de la santé et de la sécurité au travail et de la réparation et de l'indemnisation des lésions professionnelles. Ils sont en train de transformer ce système en un système de retour au travail des travailleurs accidentés sous peine de se voir couper leurs prestations. Nous sommes ici aujourd'hui pour dire non à tout cela.

Est-ce que le gouvernement Charest va nous écouter et changer sa façon de faire ? C'est à espérer mais il n'a pas l'air d'être parti pour ça. Nous n'allons pas arrêter de protester.

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L'opposition à la corruption gouvernementale

Le gouvernement dit que la hausse n'aura pas d'impact. Charest dit que la hausse représente seulement 50 cents par jour pour les étudiants. Je vis avec une maigre pension et déjà je suis obligé d'aider mes 4 enfants qui sont à l'université à payer leurs frais. Je suis obligé d'utiliser ma pension, mes cartes de crédit et d'emprunter pour les aider à payer leurs frais. Je ne devrais pas avoir à faire ça. Les étudiants ne devraient pas commencer leur vie sur le marché du travail avec des dettes. Ils partent perdants. J'ai payé des taxes et des impôts toute ma vie. Je suis prêt à les payer mais je veux que ça donne des résultats

Il y a suffisamment d'argent au Québec pour geler les frais de scolarité . C'est la corruption qui nous empêche de mettre la main sur cet argent. Les grandes banques ne paient pas d'impôts. Les grandes entreprises reçoivent la main-d'oeuvre qualifiée sans rien payer pour son éducation. Le Québec devrait avoir comme politique que les grandes entreprises paient une cotisation pour financer une partie de l'éducation. En plus, les universités ne devraient pas faire de dépenses de publicité pour faire leur promotion auprès des grandes entreprises. L'argent pour le système d'éducation ne devrait pas servir à des dépenses comme ça.

J'appuie de tout coeur les jeunes quand ils refusent d'attendre aux prochaines élections pour obtenir les changements qui s'imposent afin qu'ils puissent avoir accès à l'éducation. C'est ça qu'on se fait toujours dire, d'attendre 4 ans puis de changer de gouvernement. Le changement c'est tout de suite qu'il le faut et les étudiants nous montrent le chemin. Le changement ça commence ici. Je crois en la démocratie mais il faut qu'elle signifie quelque chose.

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L'arrogance du gouvernement Charest
et la provocation comme méthode

Personnellement, je suis contre la hausse des frais de scolarité. J'ai créé tout un remue-ménage quand je me suis présenté au travail avec un carré rouge. Mais au-delà de cela, il y a l'arrogance du gouvernement Charest. Ça, tout le monde doit s'y opposer, on n'a pas le choix. Ce gouvernement a refusé depuis le début de négocier avec les étudiants. Il a même refusé d'admettre qu'ils étaient en grève. Il a insisté pour appeler cela un boycott. Même les dictionnaires donnent des exemples de grèves étudiantes pour expliquer c'est quoi une grève. Mais le pire c'est comment il essaie de monter la société contre les jeunes. Il essaie de semer la haine contre les jeunes en les traitant de paresseux , d'enfants gâtés qui ne veulent pas étudier. Personne n'en connaît, des jeunes comme ça. Promouvoir la haine de la jeunesse c'est impardonnable et c'est très dangereux quelque soit l'opinion de chacun sur la hausse des frais de scolarité. J'espère que le mouvement va continuer à être solidaire pour qu'on puisse débarquer Charest.

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Photos et rapports

Le 22 mai au Québec

Montréal




































29e marche nocturne


Arrestation massive lors des manifestations nocturnes à Montréal.

Après la manifestation d'un demi million de personnes dans l'après-midi du 22 mai à Montréal, il y a également eu dans la soirée la 29e manifestation nocturne avec environ 3000 personnes.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a déclaré la manifestation illégale 45 minutes après son départ. Les policiers ont lancé des bombes assourdissantes, ces petites grenades de caoutchouc provoquant une détonation de 175 décibels. Deux d'entre elles ont éclaté au niveau du sol, en plein coeur de la foule.

Le SPVM a effectué 113 personnes. Six personnes ont été blessées.

Préoccupés par la brutalité à laquelle sont soumis les manifestants, l'exécutif du Syndicat des travailleurs des transports publics de Montréal a recommandé à ses membres de refuser de transporter des policiers. Il a également émis un communiqué dénonçant la loi spéciale.

Rouyn-Noranda

Près de 500 personnes se sont rassemblées à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et ont marché dans les rues de Rouyn-Noranda pour appuyer les étudiants qui contestent la loi spéciale. L'appel avait été lancé par Jean-François Vachon, président sortant de l'Association des étudiants et étudiantes de l'UQAT et a été repris par des gens de tous les milieux : étudiants, jeunes, parents, familles, syndicalistes, etc. L'atmosphère de résolution fait mentir la désinformation du gouvernement Charest qui dit que le désordre social est créé quand des personnes luttent pour leurs droits.

La manifestation a également coïncidé avec la publication d'une lettre ouverte du Collectif de l'Abitibi-Témiscamingue. La lettre, signée par une centaine de personnes, y compris le chanteur-compositeur Richard Desjardins, des conseillers municipaux et des membres des médias, dénonce la loi spéciale et salue les étudiants à l'occasion du 100e jour de grève contre la hausse des frais de scolarité. Les signataires demandent aussi la démission des députés libéraux Daniel Bernard (Rouyn-Noranda-Témiscamingue) et Pierre Corbeil (Abitibi-Est) pour avoir voté en faveur de la loi spéciale.

La marche s'est terminée devant le bureau de circonscription de Daniel Bernard où la lettre a été lue. La rue devant le bureau était remplie de gens qui scandaient : « Démissionne ! Démissionne ! » à l'intention des deux députés libéraux.

Chicoutimi

À Chicoutimi, près de 300 personnes ont participé à une manifestation contre la hausse des frais de scolarité et la loi spéciale.

La manifestation a été déclarée illégale dès le départ mais les manifestants ont refusé de se laisser intimider. « Les policiers viennent de nous aviser que notre marche est déclarée illégale, mais qu'ils vont la tolérer tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas de casse », a lancé un organisateur.

Sept-îles

À Sept-Îles, près d'une centaine de citoyens ont pris la rue, dont des étudiants, des enseignants et des travailleurs.

Le point de ralliement a été donné de façon symbolique devant la caisse populaire Desjardins, où les employés sont en grève depuis le 9 mars.

Gaspé


À Gaspé, environ 200 personnes ont manifesté à l'occasion du 100e jour de grève étudiante. Le fait que cette lutte n'est pas seulement l'affaire des étudiants était encore évident avec la participation de travailleurs, de retraités, de syndicalistes et de parents, tous présents pour défendre le droit à l'éducation et contester la loi spéciale. Ils ont dénoncé l'arrogance du gouvernement Charest et ses menaces de déporter les jeunes, avec le slogan maintenant très populaire : « Charest dehors, on va te trouver une job dans le Nord. »

Les participants ont marché pendant une heure et demi avant de s'arrêter près de l'autoroute pour observer une minute de silence. La police avait menacé d'être en force mais la menace ne s'est pas matérialisée. La manifestation fut par conséquent pacifique. Il y a eu des manifestations aux Îles-de-la-Madeleine, à Bonaventure et à Sainte-Anne-des-Monts, entre autres.

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