Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 59 - 18 mai 2012

La loi spéciale de Charest est une mesure de guerre

Tous à la défense des étudiants et
de leur droit de résister et de s'organiser!


Devant l'Assemblée nationale à Québec le 17 mai 2012

 
 
Grande manifestation

 
Montréal
Le mardi 22 mai - 14 h
Place des Festivals

• Parce que nous voulons tous et toutes une meilleure société

Parce que la tarification n'aide en rien la construction d'une société égalitaire

• Parce que nos services publics doivent rester publics

• Parce que l'éducation est un droit!
 
  Ensemble, bloquons la hausse!
 
Information: www.bloquonslahausse.com

La loi spéciale est une mesure de guerre
Tous à la défense des droits de tous! - Appel du Parti marxiste-léniniste du Québec
Pétition d'appui à la requête en nullité du Projet de loi spéciale 78 - www.loi78.com
Les abus et dérives de la loi spéciale sont dénoncés de toute part - Serge Lachapelle
Opinions des lecteurs
Manifestations à Montréal et Québec le 17 mai


La loi spéciale est une mesure de guerre


À Montréal le 17 mai 2012.

Le projet de loi 78, la loi spéciale que le gouvernement Charest a déposée à l’Assemblée nationale et qui sera adoptée sous bâillon, prive les étudiants de leurs libertés civiles et limite de façon importante les droits des enseignants et de tous les Québécois et de leur société de résister et de s’organiser. Il s’agit de rien de moins qu’une mesure de guerre.

Le gouvernement ferme 14 cégeps et 11 facultés universitaires pour un mois. Il criminalise toute contestation, que ce soit des étudiants ou des « salariés » des institutions d’enseignement, pour un an, soit jusqu'au 1er juillet 2013 (Article 35).

Désormais, toute activité des associations étudiantes est bannie. Les enseignants et tout le personnel des cégeps et universités, selon l'Article 10, doivent « se présenter au travail à compter de 7h00 le lendemain de l'entrée en vigueur de la loi [...] et accomplir tous les devoir attachés à [leurs] fonctions [...] sans arrêt, ralentissement, diminution ou altération de ses activités normales ». L'Article 12 « interdit à une association de salariés, à ses dirigeants, à ses représentants, incluant ses porte-parole, et à ses membres de participer à une action concertée » contraire à la loi 78.

La solidarité avec les étudiants et toute résistance au gouvernement est interdite. Les Articles 13 et 14 commencent par cette interdiction : « Nul ne peut, par un acte ou une omission, entraver... ».

Le projet de loi pénalise quiconque interfère avec le diktat du gouvernement Charest. Il incite les gens à devenir des informateurs à l’intérieur des institutions d’enseignement et dans l’ensemble du corps politique. Par exemple, une institution qui ne croit pas pouvoir offrir l’enseignement à ses étudiants doit en faire rapport à la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport et donner le nom de l’association étudiante à laquelle appartiennent les étudiants qu’on empêche d’assister à leurs cours. Si la ministre décide que l’association étudiante est responsable de l’empêchement, elle peut, contrairement à toutes les règles, ordonner à l’institution en question de cesser de verser les cotisations étudiantes à l’association. L’institution se verra interdire d’offrir des locaux ou du matériel à l’association étudiante. La loi stipule que pour la durée de la suspension, les étudiants représentés par une association étudiante ne sont pas requis de verser leurs cotisations ou autres contributions. Cette suspension s’applique à une session pour chaque journée complète ou partielle pour laquelle la ministre considère que l’association étudiante a empêché des étudiants d’assister à leurs cours. Cela s’applique également aux fédérations étudiantes. Le projet de loi stipule qu’une association étudiante ou une fédération d’associations étudiantes est coupable d’infraction jusqu’à ce qu’elle prouve son innocence.

La Section III du projet de loi est sous la juridiction du ministre de la Sécurité publique. Elle comprend l’article 16 qui stipule que les manifestations de plus de 10 personnes sont interdites partout au Québec par le ministère de la Sécurité publique. Sur le droit de manifester, la Section III stipule que la personne, l’organisme ou le groupe qui organise une manifestation de dix personnes ou plus doit communiquer par écrit au corps de police concerné, au moins huit heures avant le début de celle-ci, l’itinéraire de la manifestation et les moyens de transport utilisés. Le corps policier peut ordonner un changement de lieu de la manifestation ou la modification de l’itinéraire. Le projet de loi stipule que toute association étudiante ou fédération d’associations étudiantes qui participe à la manifestation doit, même si elle n’en est pas l’organisatrice, s’assurer que la manifestation se conforme à l’information communiquée à la police. Le projet de loi criminalise la dissidence et le droit de manifester. Les manifestations sont interdites dans une institution d’enseignement et à moins de 50 mètres d’une institution d’enseignement.

La ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport contrôle toutes les décisions concernant l’application de ces articles (à l’exception des articles de la Section III). Des peines et amendes sévères sont prévues pour le non-respect de cette loi spéciale. On va jusqu’à donner à la ministre le pouvoir de modifier cette loi et toutes les autres lois et règlements de l’Assemblée nationale du Québec. Tout cela sous couvert de la promotion du droit à l'éducation et de la « préservation de la paix, l'ordre et la sécurité publique ».

L'adoption de ces pouvoirs d'exception est rien de moins qu'une mesure de guerre. Cela soulève des questions très importantes. Pourquoi le gouvernement se croit-il en guerre contre les étudiants et pourquoi leur fait-il la guerre ? Qu'est-ce que cela augure pour l'avenir quand il y aura des désaccords sur les mesures antisociales que prendra ce gouvernement ou un autre au niveau provincial ou fédéral ?

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Tous à la défense des droits de tous!

Le Parti marxiste-léniniste du Québec appelle tous ses militants ainsi que les organisations des travailleurs, des jeunes, des femmes, de justice sociale et contre la guerre à étudier cette loi d'exception avec tout le sérieux qu'elle mérite. Tous doivent délibérer dans les réunions parmi les travailleurs et le peuple pour voir comment agir face à ce projet de loi afin de défendre les droits qui appartiennent au peuple de façon inaliénable. Tous sont appelés à appuyer les étudiants et à ne pas permettre qu'ils soient isolés par les tentatives de marginaliser et criminaliser la cause juste pour laquelle ils se battent. Tous à la manifestation à la Place des Festivals à Montréal le 22 mai à 14 h pour protester contre cette loi matraque et défendre les droits de tous!

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Pétition d'appui à la requête en nullité
du Projet de loi spéciale 78

Ce 17 mai, le gouvernement libéral de Jean Charest a déposé à l'Assemblée nationale le projet de loi 78 sous l'appellation « Loi permettant aux étudiants de recevoir l'enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent. Pour lire le projet de loi dans son intégralité, cliquez ici : http://www.lapresse.ca/html/1425/projetdeloi78.pdf

Le projet de loi 78 remet en cause beaucoup plus que le droit de grève des étudiants du Québec qui s'opposent depuis plus d'un an à la hausse des frais de scolarité de 82 %. Avec cette trouvaille, le gouvernement s'attaque directement au droit associatif des étudiants, mais aussi à la liberté d'expression de tous les Québécois. Il transforme ni plus ni moins chaque citoyen, chaque parent et chaque enseignant en policier. Il donne également à une seule personne, soit la nouvelle ministre de l'Éducation, le pouvoir de modifier toutes les lois en vigueur au Québec sans consulter la population, les députés de l'Assemblée nationale, ni même ses collègues.

Il s'agit d'un projet de loi qui dépasse largement le cadre de la grève étudiante et qui est, à sa face même, inconstitutionnel. Remplir le formulaire suivant vous permet de vous inscrire à la pétition d'appui.

Pour plus d'informations, veuillez lire le communiqué de la Clinique Juridique Juripop dont les avocats ont été mandatés pour contester le projet de loi 78

Les données inscrites dans le formulaire seront utilisées par une équipe de juristes et d'avocats afin de constituer une pétition en appui à la requête en nullité du projet de loi spéciale 78. Nous n'utiliserons les données récoltées pour aucun autre but que celui mentionné et celui de vous contacter en cas d'erreur dans vos données et pour des fins de suivis sur ce dossier.

Pour signer la pétition, cliquer ici www.loi78.com

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Les abus et dérives de la loi spéciale
sont dénoncés de toute part

À quelques heures de l'adoption de la loi spéciale qu'il serait plus juste de qualifier de mesure de guerre et qui mène à la criminalisation de la vie politique au Québec, les étudiants et leurs alliés ont répondu par l'intensification de leurs actions. Le jeudi 17 mai, des manifestations se sont tenues à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Ottawa, Sherbrooke, Saguenay et Rimouski. Partout les étudiants ont clamé : « Ce n'est pas une loi spéciale qui va nous arrêter. »

Pendant ce temps les dénonciations fusent de toute part.

Lors de la conférence de presse commune du 18 mai, les représentants de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale di Québec (FECQ) ont dénoncé l'abus de pouvoir et la dérive de la loi spéciale 78.

Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a dit qu'il ne pouvait négocier avec une telle menace aussi grande placée au-dessus de sa tête. « [Il s'agit d'un projet de loi] qui vise à tuer à terme les associations étudiantes, mais aussi à taire l'expression d'une population. [...] Cette loi est, et de loin, pire pour la liberté d'expression que l'augmentation de 75 % des droits de scolarité peut l'être pour l'accessibilité aux études », a-t-il dénoncé.

« On vient dire aux jeunes que tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils ont créé comme mouvement social depuis 14 semaines sera désormais criminel », s'est indignée Martine Desjardins, de la FEUQ. « C'est une déclaration de guerre au mouvement étudiant .»

Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a dit « avoir honte d'être gouverné par des gens qui osent déposer des projets de loi aussi ignobles ». Il a soutenu qu'il s'agissait d'un « projet de loi qui remet en question des libertés fondamentales », qui « remet en question des droits constitutionnels reconnus ». Selon le représentant étudiant, le gouvernement de Jean Charest est « en train de se servir d'un état d'urgence pour appliquer une loi spéciale à court terme en sachant pertinemment que les procédures judiciaires sont trop longues pour nous permettre de la contester. C'est un abus de pouvoir.»

« J'estime que ce projet de loi, s'il est adopté, porte des atteintes aux droits constitutionnels et fondamentaux des citoyens. L'ampleur de ces limitations aux libertés fondamentales n'est pas justifiée pour atteindre les objectifs visés par le gouvernement », souligne le bâtonnier du Québec, Me Louis Masson, Ad. E.

« Dans son analyse préliminaire, le Barreau du Québec est notamment préoccupé par les limitations apportées au droit d'association et au droit de manifestation. De plus, nous critiquons la judiciarisation des débats et le recours à la justice pénale prévus dans le projet de loi », ajoute le bâtonnier Masson.

« Le gouvernement rend plus difficile, par exemple, l'organisation de manifestations spontanées. Il limite la liberté d'expression. Cette disposition s'applique à toute personne, organisme ou groupement et prévoit même que les personnes qui participent à une manifestation, sans l'avoir organisée, doivent s'assurer que l'événement correspond aux renseignements fournis à la police. On est en droit de se demander qui osera encore aller manifester », soutient le bâtonnier du Québec.

La Clinique juridique Juripop dénonce à la fois l'esprit et les effets du projet de loi 78 qui crée une forme de criminalisation du droit de manifester en plus de bafouer les libertés fondamentales protégées par les Chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, notamment en reniant trois garanties de notre société libre et démocratique : les libertés d'expression, de réunion pacifique et d'association. Les avocats de la Clinique travaillent actuellement à bâtir la contestation judiciaire de la future loi.

La Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (Table) considère que le projet de loi 78 « est indigne d'une démocratie, qu'il est méprisant envers le mouvement étudiant et, conséquemment, envers la population en général ».

« Cela est inacceptable dans une société libre et démocratique. Le geste d'aujourd'hui dépasse les bornes. Pour casser une grève légitimement déclenchée, le gouvernement accorde des pouvoirs démesurés aux forces policières, il installe un climat d'intimidation et de dénonciation entre le milieu étudiant, le personnel enseignant et les établissements dans le but de couper les vivres des organisations étudiantes », souligne Mercédez Roberge, coordonnatrice de la Table.

« Le droit à l'éducation ne se résume pas au droit d'accès aux établissements scolaires et les droits individuels ne doivent pas mettre en péril les droits d'association et d'expression. La Table réitère son soutien au mouvement étudiant et en profite pour féliciter ses membres pour leur persévérance et pour leur contribution à la défense de cet important enjeu de société qu'est le droit à l'éducation. »

« Les syndicats de chargées et chargés de cours, réunis au sein du Regroupement université de la FNEEQ-CSN, réitèrent leur appui aux revendications légitimes du mouvement étudiant », lit-on dans un communiqué de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec.

« Ils dénoncent le recours à une loi spéciale qui attaque le droit d'association et les droits sociaux et qui place les étudiants et tous les membres de la communauté universitaire et collégiale dans une situation intenable.»

Les chargés de cours universitaires, qui assument 50 % de l'enseignement au premier cycle, sont fort inquiets de la tournure des évènements. « Encore une fois, le gouvernement n'a pas écouté les étudiants. Encore une fois, les véritables enjeux sont écartés du débat », s'indigne Marie Blais, vice-présidente de la FNEEQ.

« Quand le gouvernement assumera-t-il ses responsabilités et acceptera-t-il de discuter des droits de scolarité, de la gestion des universités, de la marchandisation grandissante de l'éducation ? », ajoute Mme Blais.

Pour la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), « l'intransigeance et la rigidité du gouvernement Charest depuis le début du conflit ainsi que son arrogance dans le cas de l'imposition d'une loi spéciale démontrent sa mauvaise foi et illustrent qu'il n'a jamais tenté de régler le conflit, pis encore, il fait fi des conséquences à court et à long terme de l'application d'une telle loi. »

« Pour le premier ministre Jean Charest, y avait-il une véritable volonté de régler? On peut sérieusement en douter. Le recours à la loi survient à peine quelques heures après la nomination de la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, qui n'aura eu qu'une seule rencontre avec les représentantes et représentants étudiants pour apprécier un dossier complexe et élaborer une sortie de crise satisfaisante pour tous. Le gouvernement a maintenu ses positions et aujourd'hui les durcit encore davantage par le recours à une loi qui n'a pas pour objectif de trouver une voie de compromis, mais de pénaliser de manière démesurée des étudiantes et étudiants aux revendications légitimes. Le prix à payer risque d'être énorme sur l'exercice des droits démocratiques pour l'ensemble de la société », de poursuivre M. St-Germain.

La FAE tient également à dénoncer les propos du premier ministre qui insinue que les associations étudiantes, les syndicats et certains politiciens cautionnent la violence. Ce qui fait dire au président de la FAE qu' « il s'agit de petite politique, d'un geste désespéré visant à faire diversion de la part d'un premier ministre qui dirige un gouvernement aux prises avec tellement d'allégations de corruption que sa propre légitimité s'en trouve entachée ».

La FAE estime que les étudiantes et étudiants ainsi que la population ont le droit de s'indigner de ce gouvernement qui a laissé pourrir la situation.

« Pendant que la rue exprime sa colère au premier ministre Charest qui fait la sourde oreille à des revendications légitimes, son gouvernement distribue allègrement l'argent des contribuables aux entreprises ou encore ferme les yeux devant le gaspillage des fonds publics effectués par les universités, par leurs recteurs qui pigent littéralement dans la caisse pour se voter des hausses salariales ou des conditions de retraite indécentes. Le gouvernement Charest a vraiment perdu tout sens de la défense du bien commun », a poursuivi M. St-Germain

Pour la FAE, cette loi spéciale n'a rien pour atténuer le climat de tension qui règne actuellement, bien au contraire. Il est urgent d'engager rapidement un dialogue avec les associations étudiantes et de placer les intérêts du Québec au-dessus de tout objectif partisan.

« La question des droits de scolarité constitue pour l'ensemble de la population un débat de société qu'on ne peut éluder par la simple suspension d'une session d'études et par des mesures répressives. On ne fait que pelleter le problème à plus tard en exacerbant la colère des uns et des autres et mettant ainsi davantage en péril la paix sociale. Le gouvernement s'apprête à faire une grave erreur et nous l'invitons à renoncer au dépôt d'une telle loi et de reprendre sérieusement, de bonne foi et avec respect les discussions avec les représentants des associations étudiantes », a conclu M. St-Germain.

De son côté, le Syndicat général des professeurs et professeures de l'Université de Montréal (SGPUM) a adopté à l'unanimité la résolution suivante :

« Attendu la menace du gouvernement du Québec d'adopter une loi spéciale pour mettre fin aux moyens de pression des étudiants et forcer le retour en classe ;

« Attendu que le recours à une loi spéciale pour régler un conflit social dans le domaine de l'éducation marque un grave recul dans l'histoire du Québec ;

« Attendu la décision du gouvernement de persister dans son recours à la répression plutôt qu'au dialogue avec les étudiants ;

« Attendu que la relation pédagogique doit être placée à l'abri de toute pression judiciaire ou policière;

« Attendu que ce projet de loi spéciale a été élaboré sans consultation des professeurs qui devront assumer la responsabilité de rétablir un climat pédagogique favorable ;

« Attendu que de facto l'application de cette loi est incompatible avec la mission universitaire ;

« Le SGPUM exprime sa plus vive indignation face à cette loi spéciale et réclame que le gouvernement renonce à sa loi, qu'il ait recours à un moratoire et qu'il tienne des États généraux dans les plus brefs délais.

« Pendant ces 14 semaines de grève étudiante et de mains tendues par le mouvement de contestation, les libéraux ont toujours fait la sourde oreille. Le premier ministre a abdiqué devant ses responsabilités en rejetant du revers de la main les solutions, pourtant consensuelles, qui se sont offertes à lui. Il n'a pas rencontré les étudiants une seule fois en 95 jours de grève. Avec sa loi matraque, Jean Charest suspend les sessions en espérant, du même coup, suspendre la crise. « Jean Charest ne fera que jeter de l'huile sur le feu, il a tout simplement balancé son rôle de chef d'État par la fenêtre! », s'est désolé Alexandre Banville, président de l'aile jeunesse du Parti Québécois.

Les professeurs et professeures des universités québécoises ont adopté la résolution suivante:

« Considérant la gravité de la crise actuelle, la détérioration sociale et l'urgence d'un vrai règlement du conflit,

« Considérant le projet de loi spéciale qui ne règle pas les problèmes de fond mais qui risque plutôt d'envenimer la situation,

« Considérant l'exclusion inacceptable du corps professoral universitaire des négociations qui ont eu cours et du projet de création d'un Conseil des universités,

« Considérant l'ampleur des enjeux universitaires,

« Nous, professeures et professeurs des universités québécoises :

« Exprimons notre profond engagement intellectuel et humain envers nos étudiants ;

« Rappelons que l'Université remplit une mission intellectuelle centrée sur l'enseignement et la recherche ;

« Affirmons que l'Université doit prendre tous les moyens pour demeurer un service public ;

« Exigeons que la mission universitaire ne soit jamais détournée vers des fins politiques ou idéologiques, ni asservie à des intérêts commerciaux ;

« Rappelons le rôle central que nous jouons dans l'université, non seulement comme intellectuels mais aussi par notre participation active aux instances qui en déterminent les principes, les orientations et le développement ;

« Revendiquons la participation importante des syndicats de professeures et professeurs d'université dans les instances qui fixeront les modalités de règlement du conflit et dans un éventuel Conseil des universités ;

« Nous dissocions de nos administrateurs universitaires qui ont souvent amplifié la crise, notamment par la judiciarisation du conflit et le recours à l'intervention de forces de sécurité dans les locaux de nos campus universitaires ;

« Ne reconnaissons pas la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) comme le porte-parole de l'Université québécoise qu'elle prétend incarner ;

« Blâmons le Gouvernement du Québec pour son incapacité à engager un véritable dialogue avec les étudiants ainsi que pour ses tactiques politiques durant le présent conflit.

« Une sortie de crise pour nos étudiants, que faire ?

« Afin de permettre une réflexion approfondie de tous les acteurs sociaux concernés par l'accessibilité aux études supérieures de même que par la mission, le financement et la gouvernance des universités, nous demandons au gouvernement :

« * De tenir des États généraux sur l'université québécoise dans les plus brefs délais possibles et d'y assurer une forte représentation des syndicats de professeures et professeurs d'université ;

« * De surseoir à la hausse des frais de scolarité en attendant les conclusions de ces États généraux. »

La Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) dénonce vivement la loi spéciale que veut imposer le gouvernement Charest aux étudiants en grève et avertit le premier ministre que son geste n'est pas prêt d'être oublié et qu' « il en paiera le prix politique aux prochaines élections ». « Le mépris n'aura qu'un temps. Lors du prochain scrutin, nous mettrons ce gouvernement à la porte et d'ici là les Libéraux vont trouver les organismes communautaires sur leur chemin en compagnie des étudiant-e-s », de dire Pierre-Philippe Lefebvre, porte-parole de la CTROC.

Dans une lettre ouverte adressée aux médias, 18 personnalités dont l'ancien sous-ministre de l'Éducation Yves Martin, les sociologues Guy Rocher et Louise Vandelac et le philosophe Georges Leroux s'adressent à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour qu'elle se prononce sur la brutalité policière et le caractère discriminatoire de la hausse des frais de scolarité.

« La Commission devrait condamner publiquement l'usage de la force excessive par les différents corps policiers et l'arbitraire dont font preuve les forces de l'ordre eu égard aux droits fondamentaux des étudiants. [Elle] devrait exhorter le premier ministre du Québec et la ministre de l'Éducation à suspendre immédiatement l'application de la hausse envisagée afin de ramener la paix sociale et de permettre que cet enjeu fasse l'objet d'un débat public ouvert et transparent », peut-on lire dans cette lettre publiée aujourd'hui.

L'initiative d'une telle démarche est de l'avocat Sébastien Lormeau, qui explique avoir été choqué par la « violence extrême » des manifestations. « On est en train de marginaliser toute une génération. Je crains qu'elle perde confiance dans ses institutions. On ne permet plus le dialogue sur la place publique. On répond par la force policière, qui charge sans préavis », a-t-il déploré. Selon M. Lormeau, la hausse des droits de scolarité limite l'accès à l'éducation, un droit pourtant garanti notamment par l'article 10 de la Charte des droits et libertés.

La détermination des étudiants et de leurs alliés à contester cette loi sur tous les fronts y compris le front juridique démontrent sans l'ombre d'un doute que ni la violence, ni les règlements et les lois répressives ne pourront empêcher la naissance de cette nouvelle société qui reconnaîtra les droits de tous et toutes y compris le droit à l'éducation.

L'éducation est un droit ! Appuyons la juste lutte des étudiants !

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Opinions des lecteurs

Je dénonce avec le plus grand mépris le gouvernement Charest et sa loi matraque qui criminalise unilatéralement les droits de la jeunesse et les droits du peuple du Québec: le droit à l'éducation, le droit d'association, le droit de conscience, le droit de manifester, le droit de dissidence, les droits civils et collectifs du peuple. Cela ne doit pas passer ! (Lecteur a Chateauguay)

Les étudiants depuis le matin jusqu'à tard dans la nuit par milliers sont sortis dans la rue à Québec, Montréal, Trois-Rivières et ailleurs pour condamner le gouvernement Charest et son projet d'adopter sa loi spéciale. Mais cette loi ne les empêchera pas de réaffirmer leurs demandes contre la hausse des frais de scolarité et pour le droit à la jeunesse d'étudier et de s'instruire pour servir la société et déclarer: cela ne passera pas ! Cela montre que leur vision n'est pas marginale comme M. Charest. Ce ne sont pas des gauchistes qui se fouent de la société, contrairement à ce que prétend M. Bachand. (Travailleur de la construction, Montréal)

Cela devient très ennuyant d'entendre le premier ministre parler du carré rouge de M. Marois et la ministre de l'Éducation répéter que les libéraux parlent d'une seule voix. Tout sa se termine avec l'adoption d'une loi qui montre la faillite et la désuétude des institutions desmotscreux. Cela montre la faillite du système de partis qui fait qu'un gouvernement corrompu et hypocrite, élu avec un faible 23 % des électeurs, peut agir en toute impunité et imposer son diktat pour passer sa loi matraque envers et contre tous. Le gouvernement a usurpé le pouvoir pour museler toute opposition à sa gouvernance antisociale et antinationale. Il est clair pour tout le monde qu'il agit ainsi parce qu'il a gros à cacher avec ses ententes secrètes, son système de corruption et qu'il sent la soupe chaude. (Prof à l'U de M)

Avec cette loi, le gouvernement affirme que le problème au Québec, c'est sa jeunesse. Il envoie le message aux étudiants qu'ils doivent abandonner leur conscience et leurs aspirations à la justice sociale, à un monde nouveau, à avoir un Québec moderne qui les protège, les appuie, les supporte et leur permet de s'épanouir et de jouer le rôle plein et entier, d'être partie prenante aux décisions concernant son avenir. C'est ça une démocratie qui les inclut! S'ils insistent pour créer ce Québec qui les appartient, ils feront affaire au plein poids de la loi. Le gouvernement joue salaud! (Gardien de sécurité)

C'est beau de voir les jeunes fièrement et avec courage et conscience défendre la nécessité d'un changement, la nécessité de nouveaux arrangements dans l'éducation qui servent la société du Québec. Ils l'ont démontré avec leurs nombreuses enquêtes, études et propositions pour financer l'éducation supérieure. Et avec tout ça, le gouvernement veut les écraser! Assez les attaques de la police, les injonctions et les lois pour bâillonner cette nécessité du changement! Les jeunes la défendent au prix de sacrifices énormes, au prix de leur avenir, car ils veulent un avenir et un présent qui répondent à leurs aspirations. Cela ne doit pas passer ! (Un prof de cégep)

Avec cette loi, Charest impose sa vision néolibérale que tous doivent se soumettre et qu'un jour, on verra bien qui a raison. Mais c'est le désespoir qui le hante, le désespoir de ne pas pouvoir appliquer son programme néolibéral, son offensive antisociale au service d'intérêts privés, des monopoles, au service de ceux qui veulent vider le Québec de tout ce qu'il possède. Il veut détourner l'opinion publique de ses magouilles, ententes secrètes, ses escroqueries derrière des portes closes que permet le système des institutions qui ne représentent pas le peuple.

Le problème de Charest est que malgré l'adoption de cette loi insidieuse, il ne pourra pas faire disparaître la conscience claire que les jeunes acquièrent dans leur lutte pour défendre leur droit à l'éducation au service de toute la société. Les menaces, les amendes et la négation de leurs droits ne parviendront pas à leur faire abandonner cette conscience sociale qu'ils ont acquise. Ils ont repoussé les tentatives de division, ils ont affronté la police, les matraques, les gaz, la désinformation abjecte des médias monopolisés et ils ont déclaré que ce n'est pas cette loi matraque qui va les faire reculer. (Mère dans la rue avec ces jeunes dans la rue)


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Manifestations à Montréal et Québec le 17 mai

Montréal






Pour la 25e nuit consécutive, avec pour slogan «Marche nocture jusqu'à la victoire!», des milliers d'étudiants ont marché
dans les rues de Montréal le jeudi 17 mai pour déclarer leur conviction dans la justesse de leur lutte pour le droit à
l'éducation pour tous. Ils ont exprimé leur vigoureuse opposition au projet de loi 78 du gouvernement Charest. Le
déploiement policier était plus imposant que jamais mais les jeunes et les gens de tous les milieux qui se joignent
à eux n'ont pas été dissuadés. (Al Ex)

Québec



À Québec, des milliers d'étudiants ont marché jusqu'à l'Assemblée nationale pour exiger des comptes du gouvernement
et du premier ministre Jean Charest, en scandant: «Charest dehors, on va te trouver une job dans le nord!» La colère face
à la répression policière brutale était exprimée sur les pancartes. Comme les étudiants partout au Québec, ils ont dénoncé
la loi spéciale, le projet de loi 78, en scandant: «Ta loi spéciale ne nous brisera pas!»
.

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