Le Marxiste-Léniniste

Numéro 57 - 9 mai 2012

Rio Tinto Alcan

Les travailleurs en lockout manifestent
à l'Assemblée nationale et déposent leur pétition


Des centaines de lockoutés de Rio Tinto d'Alma devant l'Assemblée nationale à Québec le 3 mai 2012 pour exiger que
les gouvernements défendent le droit public plutôt que le droit de monopole (J. Dejardins)

Rio Tinto Alcan
Les travailleurs en lockout manifestent à l'Assemblée nationale et déposent leur pétition
Le comité de négociation de Kitimat fait rapport de la mauvaise foi de la compagnie

À l'émission «Tout le monde en parle»
Les travailleurs exposent avec éloquence la partisanerie des gouvernements envers les monopoles et les torts que cela crée à l'intérêt national


Rio Tinto Alcan

Les travailleurs en lockout manifestent
à l'Assemblée nationale et déposent leur pétition


À Québec le 3 mai 2012

Les travailleurs de Rio Tinto Alcan peuvent voir depuis le 3 mai dernier, quand ils ont déposé leur pétition de 12 000 noms à l'Assemblée nationale du Québec, que le gouvernement Charest est une kleptocratie - un gouvernement de voleurs qui vend le Québec comme si de rien n'était.

À 8 h 30 le jeudi 3 mai, les 24 marcheurs représentant les lockoutés d'Alma sont arrivés à l'Assemblée nationale après une marche de 209 km entreprise le matin du Premier Mai à Hébertville, au Lac-Saint-Jean. Ils étaient fiers de leur action. Ils ont été accueillis par une haie d'honneur formée d'environ 400 travailleurs de Rio Tinto Alma venus par autobus et de délégations comprenant entre autres des travailleurs de l'aluminerie d'Alcoa à Bécancour, de Fer et Titane et Poudres métalliques de Rio Tinto à Sorel-Tracy et de Rio Tinto de Beauharnois.

Les marcheurs avaient avec eux la pétition de 12 000 noms demandant que le gouvernement Charest exige qu'Hydro-Québec arrête d'acheter l'électricité de RTA non utilisée pendant le lockout. La pétition a été remise au député du Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, qui était accompagné pour l'occasion par la chef de l'opposition Pauline Marois.

Le député de Lac-Saint-Jean a lu et déposé tel que prévu la pétition plus tard dans la journée. La réponse du premier ministre Jean Charest au nom de son gouvernement a été tout à fait honteuse. Il a montré que pour lui il est plus important de participer à la bataille fractionnelle entre les partis à l'Assemblée nationale que de répondre aux préoccupations des travailleurs qui étaient là pour réclamer justice, en délégation dans la galerie ouverte au public.

Charest a même refusé de reconnaître la revendication des travailleurs - que le lockout doit être levé et qu'on doit en arriver à une solution qui est acceptable pour les travailleurs et pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Quand des députés de l'opposition lui ont demandé ce qu'il entendait faire, il a immédiatement fait diversion en faisant la remarque que les députés du Parti québécois portaient le carré rouge des étudiants en grève. C'était une façon pour lui d'insinuer que ceux qui « appuient la violence » ne sont pas dignes de recevoir une réponse. Il a ensuite dit avoir déjà fait quelque chose pour résoudre le conflit en rencontrant les travailleurs et Jacynthe Côté, la PDG de Rio Tinto Alcan, pour les encourager à négocier une convention collective.

Il a également dit que c'est en fait le gouvernement du Parti québécois qui a signé une entente avec Alcan en 1998, laquelle a simplement été prolongée par son gouvernement en 2006 avec Alcan et en 2007 avec Rio Tinto. En pointant le PQ du doigt, Charest espérait que le caractère traître de cette entente soit passé sous silence.

Les travailleurs n'ont pas été surpris de cette réponse. Leur revendication est on ne peut plus claire : ils demandent au gouvernement d'arrêter la vente de l'hydro-électricité de RTA à Hydro-Québec pendant le lockout.


Marc Maltais au rassemblement devant
l'Assemblée nationale le 3 mai 2012

Le président du syndicat Marc Maltais a expliqué au LML après l'action :

« Nous ne sommes pas ici pour trouver un coupable. Ce que nous dénonçons, c'est que Rio Tinto vend son électricité pendant le lockout et que l'entente secrète est utilisée comme une excuse pour dire qu'on ne peut rien faire. Quand le gouvernement Charest a passé des lois sous le bâillon contre les travailleurs, il n'a jamais dit qu'il avait les mains liées. Il a passé les lois. Il nous dit qu'il n'a jamais prévu qu'il y aurait un lockout quand il a signé l'entente de 2006-2007 qui déclare un lockout un cas de force majeure. Mais le lockout est là maintenant. Il peut passer une loi pour changer ça. Nous sommes prêts à travailler avec n'importe quel parti et n'importe quelle organisation qui peut aider à résoudre ce problème. C'est pour ça que nous sommes venus à l'Assemblée nationale. »

À la manifestation, les travailleurs ont dénoncé le frauduleux lockout qui est financé par le gouvernement Charest. « Au moment où on se parle, a dit Maltais en entrevue, il y a plus de 55 millions $ de profits qui ont été faits par Rio Tinto depuis le déclenchement du lockout, ce qui a pour effet de donner un avantage stratégique immense à Rio Tinto. »

« Ce lockout, a dit un autre travailleur, est entièrement financé par la population du Lac-Saint-Jean et du Québec dans son ensemble. Rio Tinto fait encore plus d'argent maintenant que lorsque l'usine est ouverte. C'est certain qu'il ne voit pas de raison de négocier avec nous. »



La kleptocratie de Charest vend le Québec

Peu après l'action, le ministre des Ressources naturelles et de la faune Clément Gignac a déclaré d'un ton suffisant :

« On ne peut pas renier la signature du gouvernement. Nous ne sommes pas une république de bananes. (...) Si demain matin j'ouvre l'entente, l'impact sera immédiat. Les investissements vont chuter de façon catastrophique. Les compagnies vont se dire qu'aussitôt que ça chauffe au Québec, les politiciens s'écrasent. On ne doit pas lancer ce message-là. C'est toute l'image du Québec qui en serait affectée. »

Monsieur Gignac est visiblement très confus. Signer une entente comme celle avec Rio Tinto qui brade les ressources du Québec au mépris du devoir des gouvernements de défendre l'intérêt public, c'est ça une république de bananes.

La définition d'une république de bananes est: « un pays qui opère comme une entreprise commerciale pour le profit privé sur la base de la collusion entre l'État et les monopoles dominants, où les profits de l'exploitation privée des terres publiques sont propriété privée tandis que la dette est responsabilité publique ».

« Une république de bananes est une expression péjorative qui s'applique à un pays à gouvernement kleptocratique, souvent doté d'une économie primitive et qui souvent est un état-valet d'une grande puissance. [...] La kleptocratie, ou gouvernement de voleurs, comprend des employés gouvernementaux influents qui exploitent leur position pour le gain personnel (par la fraude, le détournement, la corruption etc.) tandis que la population du pays paie plusieurs fois le déficit budgétaire qui en résulte et n'a rien pour elle-même. La manipulation corporative étrangère fait du gouvernement ploutocrate un gouvernement qui ne rend pas de compte à sa nation ; c'est la corruption secteur privé-secteur public du pays qui gère la république de bananes et le parlement national n'est là que pour se vendre et ses fonctions se résument à des fonctions d'apparat.»[1]

Une république de bananes « a habituellement une structure de classes qui comprend une vaste classe ouvrière très appauvrie et une riche ploutocratie formée de l'élite d'affaires, politique et militaire. En science politique, l'expression république de bananes se réfère à un pays qui dépend d'une production limitée du secteur primaire et qui est dirigé par une ploutocratie qui exploite l'économie nationale par le biais d'une oligarchie politico-économique. »

Le Marxiste-Léniniste dénonce la tentative du gouvernement Charest de passer sous silence les dommages qu'il a causés avec son entente secrète avec Rio Tinto qui vire sans dessus-dessous la vie des travailleurs d'Alma et la vie de toute une région. C'est clair pour quiconque a des yeux pour voir que Rio Tinto a tiré profit de la définition d'un lockout comme un cas de force majeure pour organiser son frauduleux lockout et le faire financer par Hydro-Québec.

À mesure que les travailleurs poursuivent leur lutte contre cette entente secrète, l'ampleur de la fraude va se révéler de plus en plus. Un lockout peut être qualifié de cas de force majeure seulement si celui-ci échappe au contrôle de la compagnie, ce qui n'est pas le cas. Tous les événements semblent montrer que la compagnie l'a planifié et exécuté avec précision, avec scabs et tout. Les accusations de sabotage des équipements lancées par Rio Tinto pour préparer l'assaut et l'expulsion des travailleurs pendant leur quart de travail avant le lockout et nombre d'autres événements semblent indiquer que c'était un geste planifié. C'est une question de temps avant que la vérité n'éclate au grand jour.

Les travailleurs demandent que le gouvernement Charest rende des comptes pour les dommages qu'il a causés depuis qu'il a signé cette entente secrète de 2006-2007 et il doit commencer à réparer les dégâts en annulant l'entente.

Très fiers de leur action à l'Assemblée nationale, les travailleurs ont dit au LML qu'ils sont encore plus déterminés à maintenir la pression pour stopper l'utilisation éhontée de l'hydro-électricité du peuple pour attaquer les travailleurs et à forcer Rio Tinto à signer une convention collective qui est acceptable pour eux et la région.

Note

1. Wikipedia. Traduit de l'original anglais par LML.

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Kitimat, Colombie-Britannique

Le comité de négociation fait rapport
de la mauvaise foi de l'entreprise

Le 20 avril dernier, le syndicat a rencontré la direction pour examiner des documents que nous avons reçus récemment sur les plans organisationnels de l'aluminerie modernisée. Ces documents contiennent une description de l'organisation qui est mise en place pour la nouvelle aluminerie et des indications sur le nombre d'employés qui vont être affectés aux diverses positions. En 2007, nous avons négocié la formation d'un Comité de transition dont un des mandats est de veiller à tous les aspects de la transition de l'ancienne à la nouvelle technologie. Pour pouvoir faire son travail, le Comité de transition a essayé depuis des années de connaître les plans de la compagnie et c'est seulement maintenant qu'elle a décidé de nous en informer. La dernière page de la liasse de documents comprend une liste d'emplois que la compagnie entend donner en sous-traitance une fois qu'ils seront « consolidés ».

Le syndicat a fait une lecture initiale de ces documents pour tenter de comprendre et identifier ce que l'entreprise est en train de préparer. La terminologie a changé, mais on peut voir dans quelle direction cela s'en va. À la réunion, des représentants du Projet de modernisation de Kitimat (KMP) et de la direction locale nous ont donné un aperçu d'où en sont les choses et ont répondu à certaines de nos questions. La position de l'entreprise sur l'aluminerie modernisée est une véritable insulte pour le syndicat. Elle détruit tout sentiment de crédibilité qui a pu exister et prépare le terrain, au stade actuel des négociations, pour une collision frontale.

L'entente de 2007 reposait sur des engagements de la compagnie envers le syndicat à l'effet qu'une certaine partie des emplois demeurerait au sein de l'unité de négociations. Nous avons signé une lettre d'entente avant d'accepter de rouvrir notre convention collective et cette lettre nous assurait un minimum de 850 emplois appartenant à l'unité de négociation. La compagnie disait que ce nombre était acceptable pour elle et Paul Henning nous a même déclaré que le nombre pourrait atteindre 1000 emplois. L'entente stipulait également que nous travaillerions ensemble à identifier les emplois qui reviendraient à l'unité de négociation de façon à réduire l'impact des transformations sur nos travailleurs. L'esprit qui régnait était de travailler ensemble et c'est sur la base de ces engagements que le syndicat a accepté de rouvrir la convention collective et de signer un contrat de cinq ans. Ça n'a pas été une décision facile pour le syndicat et c'était la première fois que les TCA à Kitimat acceptaient un contrat à long terme.

Qu'avons-nous appris lors de cette réunion ?

1. Vis-à-vis l'entente de 2007 concernant l'octroi d'un minimum de 850 positions à l'unité de négociation, le syndicat croit que la compagnie a proposé un nombre différent au Conseil d'administration bien avant qu'il ait été officiellement adopté en décembre 2011. Cela dénote un manque flagrant de respect pour l'entente conclue avec le syndicat. La compagnie n'a pas informé le syndicat avant que nous ayons lu les documents que nous avons reçus à la mi avril. Le nombre d'emplois réservés à l'unité de négociation est maintenant descendu à 699.

2. Nous avons accepté en 2007 de définir les « emplois permanents » à l‘aluminerie modernisée comme des emplois qui sont les mêmes qu'avant ou qui leur correspondent. Les emplois qui sont les mêmes sont ceux qui existent déjà et resteront tels quels à la nouvelle aluminerie. Les emplois correspondants sont les positions de même nature qui seront effectuées à la nouvelle aluminerie. La compagnie a trahi ses engagements en incluant plusieurs de ces positions sur la liste de celles qui seront données en sous-traitance. La compagnie, nous tenons à le redire, ne nous a jamais informés de ses plans.

3. L'entreprise sait très bien que ses décisions sont en violation de l'entente de 2007. Elle nous a dit que le contenu de l'entente de 2007 n'est valide que jusqu'à la fin de la convention collective. Pire que cela, Rio Tinto nous a dit qu'elle a changé sa définition de ce que sont les « positions essentielles » (les core jobs) et que la nouvelle définition ne s'applique qu'aux positions pour lesquelles la formation se fait seulement en aluminerie. Ils comparent les positions qui existent ici à celles qui existent dans l'est du pays et si ces positions n'existent pas dans les alumineries de l'est, alors elles n'existeront pas ici non plus.

La direction que prennent les choses ici est essentiellement la même que celle que vivent les lockoutés d'Alma et même pire. Même si la compagnie a changé sa philosophie, il reste tout de même que nous avons une convention collective qui a été bâtie sur une relation de bonne foi entre les deux parties. L'entente de 2007 est une entente signée de bonne foi qui a servi de base à la réouverture de notre convention collective et à la signature d'un contrat de cinq ans. Ces ententes étaient clairement liées à la nouvelle aluminerie et elles définissaient les positions qui y seraient réservées à l'unité de négociation.

Entre autres « activités » que l'entreprise entend envoyer en sous-traitance, on compte le transport des anodes, la réparation des tiges d'anodes (l'entreprise s'est formellement engagée en 2007 à nous donner ce travail), le transport d'alumine et de bains, la réfection des cuves et le travail d'entretien. L'entreprise énumère 23 autres « activités » qui iront en sous-traitance à la nouvelle aluminerie.

Comme vous le voyez, ces exemples nous montrent que la sous-traitance va s'immiscer dans nos activités quotidiennes. Cela n'a jamais fait partie de l'entente que nous avons conclue avec la compagnie et c'est un bris majeur de crédibilité alors que nous entreprenons les négociations.

Nous sommes en train de formuler nos demandes en ce qui concerne les articles 23 et 24 sur la sécurité d'emploi. Vous êtes tous invités à participer aux réunions cette semaine pour obtenir plus d'information.

Réunion du comité exécutif : Le mercredi 9 mai à 19 heures

Réunions des membres : Le jeudi 10 mai à 19 heures et le vendredi le 11 mai à 7 heures du matin

Le comité de négociation

Émis par la section 2301 des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) le 4 mai 2012.

(Traduction : LML)

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À l'émission «Tout le monde en parle»

Les travailleurs exposent avec éloquence la partisanerie des gouvernements envers les monopoles et les torts que cela crée à l'intérêt national


Il y a au Québec en ce moment une conscience sociale élevée concernant le refus des gouvernements, tant au niveau fédéral que provincial, de s'acquitter de leur devoir de défendre le droit public plutôt que de mettre le pouvoir d'État à la disposition des intérêts privés des monopoles. Cette conscience sociale a été exprimée avec éloquence par les travailleurs invités à l'émission de Radio-Canada « Tout le monde en parle » le 6 mai.

Trois dirigeants de syndicats représentant des travailleurs licenciés récemment ou en lockout ont participé à l'émission de variétés. Ce sont Jean Poirier, vice-président de la section 1751 de l'Association internationale des machinistes et travailleurs et travailleuses de l'aérospatiale (AIMTA) représentant les travailleurs d'Aveos, Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale suppléante de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), région du Québec, et Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs d'Alma (STAA) représentant les 778 lockoutés de Rio Tinto. Les trois ont expliqué comment les gouvernements Harper et Charest servent les monopoles et les dommages que cela crée à l'intérêt national.

Jean Poirier a dénoncé le licenciement brutal le 19 mars dernier de 2600 travailleurs d'Aveos (1800 au Québec), la compagnie aéronautique qui entretient les avions d'Air Canada. Aveos a licencié les travailleurs, fermé ses installations suite à quoi elle s'est mise sous la protection de la loi de la faillite en une journée. Jean Poirier a dit que pendant 6 ou 7 semaines, les travailleurs d'Aveos n'ont reçu aucun revenu quel qu'il soit, que des travailleurs ont perdu leur maison à cause de cela et que leurs chèques d'arrérages de paie étaient pleins d'erreurs quand ils les ont finalement reçus.

Il a réservé ses propos les plus acerbes pour le gouvernement Harper et son ministre du Transport Denis Lebel qui refusent de forcer Air Canada à respecter la loi, laquelle exige clairement que le transporteur aérien maintienne en opérations ses centres d'entretien de Montréal, Toronto et Winnipeg.

« Quand Air Canada a été privatisé, le ministre [Benoît] Bouchard (le ministre fédéral du transport lors de la privatisation en 1988) a dit qu'il ne pourrait pas vendre ce projet de loi-là au Québec et au Manitoba si les centres de révision de Montréal, Toronto et Winnipeg n'étaient pas préservés. Aujourd'hui on est en 2012, la loi est encore en vigueur mais les emplois sont partis. On a une loi bafouée, on a une police qui protège cette loi-là, cette police-là s'appelle le gouvernement conservateur, un gouvernement dictatorial, qui refuse d'appliquer la loi alors qu'Air Canada y contrevient. [Mais] moi si demain je vole une banque, je vais me faire arrêter. »

Il a dit que des investisseurs se sont montrés intéressés à acheter Aveos et que le gouvernement fédéral doit forcer Air Canada à s'asseoir à la table et lui-même s'y asseoir en présence également du syndicat et défendre les emplois des travailleurs d'Aveos. Il a dit qu'en ce moment le gouvernement du Québec est devant la Cour supérieure pour obtenir un jugement qui force Air Canada à maintenir ses centres d'entretien et il a appelé tous les Québécois et tous les Canadiens à demander justice pour les travailleurs d'Aveos.

Il a aussi parlé des frauduleuses restructurations et manigances financières d'Air Canada. Parlant de Robert Milton qui était le PDG d'Air Canada au moment des procédures de protection de faillite en 2003 et est devenu le PDG d'ACE Aviation, la société de portefeuille créée dans le cadre de la restructuration d'Air Canada, il a dit :

« Selon moi, le roi de cette fraude c'est Robert Milton et sa gang. Quand Air Canada était sous la protection de la loi de la faillite, Milton est venu nous voir pour nous demander de faire des concessions pour sauver Air Canada. Il ne nous a pas dit à ce moment-là qu'il comptait démanteler les actifs d'Air Canada. Ils ont vendu Jazz, Aeroplan et les Services techniques d'Air Canada. En 10 ans c'est plus de 5,6 milliards $ que les dirigeants de ACE Aviation ont empoché. Rien de tout cela n'est revenu à Air Canada pour sauver la compagnie. Aujourd'hui, ACE Aviation est en train d'être liquidée et ses actifs distribués parmi ses actionnaires. »

Magali Picard de l'AFPC a pour sa part fermement dénoncé l'annonce du 30 avril du gouvernement Harper à l'effet que 7000 positions de fonctionnaires fédéraux vont être éliminées dans le cadre de l'élimination de 20 000 positions dans les services publics fédéraux.

« J'ai été renversée d'entendre le ministre James Moore à votre émission [ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles] dire que ces coupures sont sans importance, qu'elles n'auront pas d'impact sur la population, que c'est seulement des fonctionnaires qui sont coupés comme si les fonctionnaires lui levaient le coeur. » Elle a fermement défendu le rôle que jouent les fonctionnaires dans la protection du bien-être et de la sécurité de la population et l'importance de leurs emplois pour les économies régionales et locales. Tels sont les emplois, a-t-elle dit, des inspecteurs des aliments, ou de ceux qui répondent aux appels 911 des gens en détresse sur le fleuve St-Laurent. Elle a en particulier illustré le rôle de la privatisation et de la déréglementation dans les attaques à la santé et à la sécurité du public. Elle a donné l'exemple des inspecteurs du transport aérien qui autrefois étaient des employés de Transport Canada et dont les positions ont été éliminées avec la déréglementation du transport aérien. Suite à la déréglementation, a-t-elle dit, les transporteurs aériens engagent leurs propres inspecteurs qui doivent donc servir l'intérêt privé de la compagnie. Elle a établi un lien entre ce fait et le fait qu'il est maintenant très rare que des avions soient cloués au sol pour passer des inspections. Elle a dit qu'on donne l'impression que les choses vont bien, que tous les avions sont en bon état de voler alors que c'était chose courante dans le passé de voir 20 avions cloués au sol en même temps pour inspection à l'aéroport Pierre-Trudeau. Ça n'est pas difficile de faire le lien entre les deux phénomènes, a-t-elle ajouté.

Marc Maltais s'est joint à la discussion en critiquant sévèrement le gouvernement Charest qui facilite le frauduleux lockout de Rio Tinto à Alma qui est maintenant entré dans son cinquième mois.

« Dans une dispute traditionnelle, les employés souffrent parce qu'ils sont privés de leur salaire et la compagnie souffre parce que ses revenus baissent », a-t-il dit. Or, le conflit actuel n'est pas une dispute traditionnelle parce qu'en vertu de l'entente secrète que le gouvernement Charest a signée avec Rio Tinto en 2007 lors de sa prise de contrôle d'Alcan, le gouvernement a déclaré qu'un lockout est un cas de force majeure qui, entre autres choses, force Hydro-Québec à acheter toute l'hydro-électricité produite par Rio Tinto et non utilisée pendant le lockout.

« Depuis le début du lockout, RTA a reçu 55 millions $ pour son hydro-électricité. C'est la population du Québec, c'est tous nous autres, qui finançons le lockout. Moi-même en tant que citoyen du Québec, je finance mon propre lockout avec ce 55 millions $ en énergie vendue à Hydro-Québec qui n'en n'a même pas besoin. On pourrait comprendre qu'en cas de guerre civile, de sécheresse ou de bris majeurs que l'électricité pourrait être turbinée pour le bénéfice de tous les Québécois. Mais la compagnie a déclenché un lockout et peut vendre son énergie. Selon nous autres, la complicité du gouvernement du Québec est très grande. »

Marc Maltais a ajouté que si l'on compte les deniers publics consentis à Rio Tinto sous la forme de subventions et de prêts, chacun des 778 emplois de l'usine d'Alma est subventionné à la hauteur de 84 000 $ par année.

Il a également expliqué que l'intervention du gouvernement Charest au service de Rio Tinto est manifeste dans le fait qu'il permet à RTA de violer les lois du Québec et d'utiliser ouvertement des scabs pendant le lockout.

« Au début du lockout, il y avait des scabs qui passaient au-dessus de nos têtes en hélicoptères ou entraient à l'usine en motoneige. Puis la ministre du Travail a dit que le syndicat se plaignait qu'il y avait des scabs dans l'usine. Elle a annoncé que des inspecteurs du ministère allaient venir à l'usine à telle date pour vérifier s'il y a des scabs. C'est comme si moi je disais que tel jour je vais aller dans votre maison pour vous dévaliser. Qu'est-ce que vous pensez qui m'attendrait ? »

Il a réaffirmé qu'une des questions centrales dans la lutte des travailleurs d'Alma est l'opposition à l'utilisation sans restriction de la sous-traitance par Rio Tinto Alcan pour transformer des emplois bien payés en cheap labour parfois payé la moitié du salaire des travailleurs réguliers. « Nous ne voulons pas seulement que nos gens survivent. Nous voulons qu'ils vivent bien et qu'ils s'émancipent. »

L'auditoire a pu apprécier le niveau de conscience sociale des représentants des travailleurs dans ces trois secteurs de l'économie très touchés par le refus des gouvernements de subordonner les intérêts privés à l'intérêt public. Il est clair que ce sont les travailleurs qui représentent les intérêts nationaux du Québec et du Canada, pas les gouvernements Charest et Harper.

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