Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 55 - 7 mai 2012

La démocratie de Charest en pleine action

Condamnons la violence de l'État contre la jeunesse!

La démocratie de Charest en pleine action
Condamnons la violence de l'État contre la jeunesse!
Les étudiants et leurs alliés continuent de réclamer une solution politique
Témoignage d'un étudiant au coeur de la tempête


La démocratie de Charest en pleine action

Condamnons la violence de l'État contre la jeunesse!

C'est par milliers que des manifestants se sont assemblés pour manifester contre l'offensive antisociale du gouvernement Charest les 4 et 5 mai à Victoriaville, où se tenait le conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ). Des autobus sont arrivés de tous les coins du Québec, transportant des travailleurs, professeurs, étudiants, jeunes et activistes de nombreuses organisations représentant des enjeux importants comme l'environnement, le logement, la pauvreté, etc. Les associations étudiantes étaient aux premiers rangs et avec elles se tenaient les enseignants et d'autres qui s'opposent à la hausse des frais de scolarité et qui réclament que l'éducation reste publique et soit accessible à tous.

C'est par centaines aussi que le gouvernement a mobilisé ses forces policières dans ce qui s'est avéré un odieux coup monté pour causer le maximum de tort aux étudiants. L'assaut brutal a fait plusieurs blessés graves. Un étudiant a perdu l'usage d'un oeil et deux autres ont subi un traumatisme crânien. Plusieurs manifestants ont eu le tympan perforé et l'un d'entre eux l'oreille presque entièrement sectionnée. Il y a eu un cas d'arrêt respiratoire et beaucoup ont souffert les effets atroces d'un type de gaz lacrymogène très puissant et nocif qui cause des nausées, vomissements, difficultés respiratoires et même la perte de conscience.

La désinformation et le rôle perfide des médias

Les médias ont encore une fois fait des reportages à sensation sur les événements qui se sont déroulés devant l'hôtel où se tenait le congrès du PLQ. Il devient de plus en plus évident que les médias agissent de concert avec la police pour tendre des pièges aux jeunes et les laisser en proie à la violence policière. Ils montrent des images de scènes violentes provoquées par la police pour blâmer les manifestants et parler de « débordements » et de saccage. Ils ne racontent aux gens que la version du gouvernement, des autorités policières et du PLQ : «Il y a débordement, lancement de projectiles, une police pour défendre les manifestants, des efforts pour attraper les casseurs et malheureusement des dommages collatéraux. C'est malheureux mais inévitable. La police défend le droit de la majorité qui veut se prononcer de façon pacifique.» C'est un paquet de mensonges. C'est honteux!

Plus tard en soirée, les médias ont applaudi les associations qui dénoncent la violence. Encore la ligne de l'État est donnée selon laquelle les associations étudiantes causent la violence, non pas les forces policières sous les ordres de Jean Charest. Charest, durant son discours d'inauguration, a demandé aux étudiants de «retrouver la raison» (comme s'ils l'avaient perdue !) et dit qu'il est temps que les étudiants retournent en classe.

Beau spectacle médiatique, mais que s'est-il passé exactement ?

Le piège tendu


Dimanche dernier, le 29 avril, le PLQ a annoncé qu'à cause d'éventuelles possibilités de manifestations à Montréal, le conseil général du PLQ aura lieu à Victoriaville. Dès cette annonce, l'hystérie a monté d'un cran d'heure en heure, pour dire qu'il faut s'attendre au pire : on annonce que des clôtures solides seront placées autour de l'hôtel où se tient le conseil général, que les forces policières seront mobilisées en grand nombre, que les commerçants barricaderont leurs commerces.

Le vendredi 4 mai en après midi, dans le stationnement du centre d'achat situé sur le boulevard Arthabaska de Victoriaville, ce sont près de 3000 personnes qui se sont rassemblées pour se préparer à marcher vers l'hôtel Victorin où se tient le conseil général du PLQ. À 17 h 15, les organisateurs annoncent qu'il faut attendre encore un peu car d'autres autobus, une douzaine, ne sont pas encore arrivés. Puis les discours ont commencé : ont pris la parole des représentants de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ), de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE). Le contingent quitte le stationnement et les étudiants et leurs alliés prennent le boulevard Arthabaska pour se rendre devant l'hôtel Victorin.

En bannière de tête, il avait celle de la Coalition contre la tarification et la privatisation des services publics et la bannière « Ensemble bloquons la hausse ». Étaient présents, en plus d'étudiants venus de tous les coins de la province, l'organisation Profs contre la hausse, les profs du cégep Saint-Jean-sur-Richelieu et du cégep de St-Hyacinthe, la FTQ, la CSN, la Fédération canadienne des étudiants et étudiantes (FCEE), l'U de M en grève, dont de la FAECUM, les groupes Estrie contre la hausse et secondaire contre la hausse, la Fédération interprofessionnel de la Santé (FIQ), l'Association des enseignants du collège Montmorency, le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) et beaucoup d'autres. Les pancartes nombreuses, toutes aussi pertinentes les unes que les autres, illustraient l'opposition du peuple du Québec à l'offensive antisociale tous azimuts et la nécessité d'une nouvelle direction pour le Québec.

Plus le contingent s'approchait de l'hôtel, plus il semblait bien que quelque chose ne tournait pas rond. Il n'y avait qu'une douzaine de policiers qui se tenaient devant les portes d'entrée de l'hôtel, alors que dans les manifestations des dernières semaines, ce sont des dizaines, voire des centaines de policiers à pied, à bicyclette et à cheval qui sont sur place, parés à toute éventualité. En plus, si les pots de fleurs et les poubelles avaient été enlevées partout, on a laissé à proximité de l'hôtel des matériaux de construction à portée, y compris des tas de briques gisant par terre. Étrange négligence de la part des autorités, non? Loin du grand périmètre de sécurité annoncé dans les médias, il n'y avait que les petites clôtures que l'on retrouve par exemple dans les marathons. À 18 h, les clôtures avaient déjà été mises à terre par les manifestants.

Les manifestants ont alors traversé la partie gazonnée pour se rendre pratiquement devant les portes d'entrée de l'hôtel où se tenait l'antiémeute. Pendant ce temps, des orateurs prenaient parole pour dénoncer le gouvernement Charest, du camion de son des manifestants. Tout à coup, sans jamais annoncer l'attaque, les policiers ont commencé à lancer des gaz et à attaquer les manifestants.

Vers 19 h15, l'attaque de gaz s'est intensifiée, forçant les gens à se déplacer pour éviter l'intoxication. Selon une personne qui s'occupait des soins aux manifestants, les symptômes de ces derniers (nausées, vomissements, difficulté respiratoire) indiquent qu'il s'agissait d'un type de gaz lacrymogène très puissant et nocif, le 2-chlorobenzylidène malonitrile, ou CS. Ce gaz est constitué d'un mélange de gaz lacrymogènes et de poivre de Cayenne. Non seulement il provoque des larmoiements et picotement affreux des yeux, mais il provoque aussi des vomissements, des problèmes respiratoires et le danger de perte de contrôle de soi. C'était une scène apocalyptique.

Des quantités énormes de gaz ont été lancées, créant une ambiance surréelle. Malgré la brutalité de l'attaque, les personnes qui vomissaient, se blessaient et s'asphyxiaient, les gens s'asssistaient mutuellement pour s'assurer que personne ne soit laissé pour compte. Les médics ont dénoncé cette situation inacceptable et l'utilisation de ces gaz ultra toxiques contre les manifestants. Combien de gens blessés ? Les médias en ont rapporté 109 mais ce sont tous les manifestants qui ont été blessés physiquement, moralement, émotivement, des gens de tous âges, aînés, jeunes, travailleurs, femmes.

Au même moment arrivait de la droite de l'hôtel un fort contingent de policiers, de l'antiémeute qui a continué, elle, à lancer ses gaz. Le piège tendu aux manifestants était évident. Honte au gouvernement Charest! Honte aux autorités policières! De plus, l'annonce que la manifestation était déclarée illégale a été faite à la télévision, pour donner l'impression aux téléspectateurs que l'attaque était justifiée pour se défaire de ceux qui refusent de se soumettre à la loi et l'ordre. Ainsi, des gens qui étaient venus appuyer la manifestation, se disant que si elle était déclarée illégale ils partiraient, se sont fait prendre eux aussi dans ce guet-apens sauvage.

Vers 19 h 40, un groupe de manifestants a tenté de se sauver vers l'arrière du complexe où se tenait le conseil général du PLQ. Entretemps, plus de la moitié de la manifestation s'est regroupée, elle, dans la rue un peu plus sur le côté, puisque l'antiémeute formait alors une ligne devant l'hôtel.

Autre fait des plus inhabituels : un énorme camion de la SQ était dans le grand espace de stationnement entourant le complexe, sans protection policière – un autre fait étrange. Vers 19 h 50, cela a provoqué une telle colère chez les manifestants que des projectiles ont été lancés sur le camion et c'est alors qu'un autre contingent de l'antiémeute est arrivé de l'arrière de l'hôtel et encore les gaz ont été lancés. Vers 20 h, une voiture de police a carrément foncé dans les manifestants, créant le chaos et provoquant encore plus la colère des manifestants. Les deux sections de la manifestation se sont alors rejointes. L'antiémeute s'est alors mise à avancer pour faire reculer la manifestation vers son point de départ, le stationnement du centre d'achat, les gaz continuant toujours d'être lancés sur la foule. La foule se déplaçait lentement, sans vouloir abandonner la manifestation, quand tout à coup des personnes se sont mises à crier que le conseil était reporté, ce qui s'est avéré une rumeur pour créer de l'espoir et entretenir la confusion qui régnait sur les lieux.

Le gros des manifestants a donc poursuivi sa route, toujours suivi de l'antiémeute, jusqu'au point de départ de l'événement. Sur le chemin du retour, des passants s'indignaient du sort réservé aux étudiants et aux personnes qui sont attaqués ainsi. « Je n'ai jamais vu une écoeuranterie pareille », a dit une mère de famille.

Durant la manifestation, l'autoroute 116 a été bloquée. Une fois retournés à leur véhicule, les manifestants ont appris qu'aucune toilette n'était disponible dans le kilomètre et demi entourant la manifestation. Alors qu'ils roulaient sur la 116, ils ont pu apercevoir au moins trois autobus arrêtés par la police, et une série de voitures policières se déplaçant à toute allure vers le lieu de la manifestation.

La démocratie de Jean Charest

C'était la démonstration de la démocratie de Charest en pleine action. Pendant que les manifestants se faisaient tabasser, bousculer, gazer à fond, Charest présentait son discours inaugural sous le thème : « Ensemble pour un Québec plus grand ».

Le premier ministre Charest, ministre de la Jeunesse, croit peut-être qu'avec ses grandes déclarations, ses discours, ses pièges, attaques et crimes contre les étudiants et le peuple, et ses stratégies pour garder le pouvoir, il peut gagner du temps et agir avec impunité pour servir le Québec sur un plateau d'argent aux monopoles. Il se trompe terriblement. Il y a une bataille qui se livre pour l'avenir du Québec et le peuple du Québec est en action pour affirmer sa volonté populaire.



La démocratie du peuple

Le porte parole de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) a dit qu'il représentait 30 000 enseignants, dont 17 000 profs de cégep. Ces personnes travaillent à tous les jours avec la jeunesse du Québec. Il a réitéré l'appui sans réserve de son organisation au mouvement contre la hausse. « Pour Charest, Beauchamp, Bachand et compagnie, l'éducation n'est plus un droit, mais une marchandise. Il n'y a plus d'étudiants dans les universités, mais des clients cherchant à maximiser leur investissement. C'est une logique comptable qui dénature les choix politiques que le Québec a fait dans le passé. » Il a ensuite ajouté : « Nous sommes tous concernés par des enjeux aussi importants que l'accessibilité à l'éducation supérieure...Grâce au mouvement étudiant, la vision néolibérale de Charest frappe un mur ! »

La représentante de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) a dénoncé le gouvernement antisocial de Jean Charest. Elle a parlé des conséquences de la privatisation des services publics sur les femmes, qui force un retour en arrière sur leurs conditions de travail et de vie en les transformant en unité de soins pour les proches et les familles, que ce soit au niveau de la santé, de l'éducation ou de l'accès au logement.

Le représentant de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) a dit que « les matraques ont été jusqu'à présent les principaux porte-paroles du gouvernement Charest. La bataille que mènent les étudiants contre la hausse dépasse largement les intérêts des étudiants. C'est la politique gouvernementale d'utilisateur-payeur qui est en toile de fond de ce débat et notre modèle de développement social et économique. » Il a ajouté que cela concerne tous les citoyens du Québec. Il a souligné l'arrogance jamais vue au Québec de Charest envers les étudiants et la population. Sur la hausse, il a ajouté : « Notre idéal : la gratuité complète, du préscolaire jusqu'à l'université. »

« Aujourd'hui à Victoriaville, il y a évidemment un grand nombre d'associations étudiantes qui manifestent, mais aussi des syndicats, des groupes communautaires, des groupes de femmes, des collectifs de profs et des citoyennes et citoyens de diverses régions du Québec. Le message que toutes ces organisations portent est le même : on ne veut pas d'un projet de société qui se résume à détourner la richesse collective au seul profit des riches et des grandes entreprises. Nous en avons assez ! », a expliqué Véronique Laflamme du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Depuis le dépôt du budget 2010-2011, il ne se passe pas une semaine, sinon une journée depuis le début de la grève étudiante, sans que l'orientation idéologique du gouvernement Charest ne soit remise en question. « Le gouvernement a bien tenté de faire oublier qu'il avait lui-même créé le déficit en diminuant les contributions fiscales des plus riches et des grosses compagnies. Ce qui l'a privé de revenus importants, mais les gens ne sont pas dupes », a-t-elle ajouté.

« Que ce soit pour protester contre la hausse de 82 % des frais de scolarité, les hausses de taxes, la taxe santé de 200 $ par année ou l'augmentation prévue de 20 % des tarifs d'électricité à partir de 2014, c'est toute la logique de l'utilisateur-payeur qui est dénoncée. Une augmentation des charges fiscales qui se fait sur le dos des plus pauvres et de la classe moyenne », rappelle Serge Petitclerc du Collectif pour un Québec sans pauvreté. « Au nom d'une prétendue juste part, les écarts de richesse s'accroissent, les inégalités sociales augmentent. C'est une très mauvaise blague qui a assez duré ! »

« On transforme sous nos yeux les services publics en occasions d'affaires et le réseau de la santé n'y échappe pas. Il n'est donc pas étonnant de constater que les critiques les plus alarmistes sur l'avenir du système public de santé au Québec proviennent justement des représentants du milieu des affaires. Alors que ces derniers y voient un marché fertile pour engranger des profits, le gouvernement libéral confirme par ses choix sa volonté d'enrichir le secteur privé au détriment de la collectivité. Les PPP, les ressources intermédiaires et la 'désassurance' de nombreux services en sont de bons exemples. Combinées à la mesure régressive de la taxe santé, ces mauvaises décisions du gouvernement libéral ont toutes la même conséquence, soit celle de refiler la facture à la classe moyenne et aux personnes à faible revenu alors que les plus riches continuent de s'enrichir », a dit Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), rappelant du même souffle qu' « il a été maintes fois démontré que le privé, ça coûte plus cher que le public, notamment en santé ».







À Victoriaville le 5 mai


Le samedi 5 mai, la marche a débuté à 2,5 km du lieu du congrès où les participants ont entendu les discours des représentants des associations opposées à l'exploitation des gaz de schiste, de l'association étudiante du cégep de Victoriaville et d'une représentante du festival de la paix de la ville. Tous ont salué la présence des étudiants, dont ceux des cégeps Trois-Rivières, Outaouais, Rimouski, Sherbrooke et Victoriaville de même que la présence des étudiants du secondaire. Les pancartes traduisaient non seulement l'opposition à l'exploitation des gaz de schiste, mais aussi clairement le fait que le peuple n'accorde plus aucune crédibilité à ce gouvernement.

« L’État ne doit pas reculer devant la violence », a déclaré Jean Charest. Honte à lui! Tout le monde a vu qui est violent et qui ne l’est pas.








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Les étudiants et leurs alliés continuent
de réclamer une solution politique


Pendant que se tiennent les assemblées générales pour voter sur les propositions du gouvernement présentées dans le cadre de négociations les 4 et 5 mai, les étudiants et leurs alliés dénoncent avec colère la violence de l'État à Victoriaville et continuent d'exiger une solution politique.

L'organisateur de la manifestation de vendredi le 4 mai à Victoriaville, la Coalition opposée à la privatisation et à la tarification des services publics, a dénoncé dans un communiqué la gestion étatique et policière du conflit étudiant qui, depuis maintenant trois mois, a contribué à l'escalade des tensions entre les parties et suscité la colère qui a été exprimée à Victoriaville.

« Cela fait des mois que nous soulignons que le mépris gouvernemental ne fait qu'enliser la situation, mais ce n'est pas suffisant ni satisfaisant de dire : on vous l'avait dit ! », fait remarquer Véronique Laflamme, une des porte-paroles de la Coalition. « Le gouvernement Charest aurait depuis longtemps dû prendre acte de la colère de la population au lieu de se cacher derrière la complaisance et la répression. »

« Alors que les libéraux ne cessent de demander des appels au calme de la part des porte-paroles étudiants, les forces policières répriment dans la violence une manifestation citoyenne. Cette situation de deux poids deux mesures doit cesser. Des gens auraient pu perdre la vie hier. Il est temps que le premier ministre dénonce clairement la violence policière », ajoute Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), une des associations étudiantes membre de la Coalition.

« Vendredi soir dernier, nous avons assisté à une véritable tragédie. Des enfants ont été incommodés par les gaz lacrymogènes. On a craint pour la vie d'un étudiant. C'est complètement inacceptable que l'intervention de la police puisse mener à de telles situations », dit Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), également membre de la Coalition.

La Coalition « tient par ailleurs à dénoncer les exercices de pêche à l'aveugle auxquels se sont livrés les policiers en interpellant et arrêtant abusivement des centaines de manifestants et manifestantes se trouvant dans des autobus à leur retour de Victoriaville. Elle tient à joindre sa voix à Amnistie International et à la Ligue des droits et libertés afin de condamner les atteintes au droit à la liberté d'expression, au droit de manifester et aux droits judiciaires les plus élémentaires garantis dont nous avons été témoins depuis le début de la grève étudiante. Rappelons que ce sont là des droits fondamentaux garantis, tant par la Charte des droits et libertés du Québec que par la Charte canadienne des droits et libertés. »

Trois membres du collectif Lux Éditeur, qui étaient sur place, ont indiqué sur le réseau social Facebook qu'un des manifestants blessés l'a bel et bien été « d'une balle de caoutchouc [qu'il a] reçu en plein visage ». Ils mentionnent que « la police a refusé d'envoyer une ambulance sur les lieux et nous a dit d'appeler le 911 » et qu'elle aurait aussi « empêché les secouristes de faire leur travail en les gazant délibérément et les chargeant ».

Un étudiant qui désire garder l'anonymat s'interroge : « Devant l'hôtel, tout semblait préparé par la SQ pour que ça pète. Des clôtures minuscules facilement déplaçables, des palettes de briques dédiées à quelconque rénovation, et sachant que le stationnement à côté de l'hôtel est encore sous construction, donc contient une quantité phénoménale de roches et de pavé. Pourquoi le service de police a-t-il recommandé de cacher tous les pots de fleurs alors que directement à proximité de l'hôtel, des tonnes de briques sont visibles ? »

Au lendemain des affrontements, Josée Simoneau, du CSSS d'Arthabaska-et-de-l'Érable, a indiqué que neuf personnes, dont trois policiers, avaient été traitées à l'urgence pour des blessures. Deux jeunes manifestants ont été blessés grièvement.

Maxence Valade, 20 ans, qui est porte-parole et membre du conseil exécutif de l'Association des étudiants du cégep Saint-Laurent, à Montréal, souffre d'un traumatisme crânien et a perdu l'usage d'un oeil, après avoir reçu un projectile au visage. Quant à Alexandre Allard, aussi âgé de 20 ans, un étudiant de l'Université Laval, il a subi un traumatisme crânien.

Loin de condamner la violence des forces policières, le premier ministre a continué sur la voie de la provocation en saluant le travail « remarquable » de la Sûreté du Québec compte tenu de « circonstances très difficiles ».

« Je peux vous dire une chose : je ne connais pas beaucoup de Québécois qui auraient voulu être dans les souliers des policiers de la Sûreté du Québec qui étaient ici vendredi soir », a-t-il déclaré à la clôture du conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ). « Les boules de billard, les briques, ce n'est pas la Sûreté du Québec qui avait ça. Et la Sûreté du Québec remplit un mandat très difficile de protection. Et ils font du mieux qu'ils peuvent. »

Il a dit ne pas rejeter « la possibilité que des agents de la SQ commettent des bavures ». « C'est possible. Il y a des mécanismes pour justement corriger ces choses-là », a-t-il déclaré, faisant référence au Comité de déontologie policière chargé de veiller à l'application du Code de déontologie des policiers du Québec.

Pour les étudiants et leurs alliés, il est clair que toute cette violence ne vise qu'à freiner leur détermination mais tout cela ne semble pas réussir. Comme l'a souligné un étudiant présent à Victoriaville : « Beaucoup d'entre nous n'ont plus le choix de se masquer en manifestations, à cause des photos prises par les policiers. Certains d'entre nous sont sur écoute téléphonique et se font suivre jusqu'à leur domicile. Depuis le début de la grève étudiante, plus de 1100 arrestations ont été faites. La majorité arbitraire, pour entrave à la circulation routière, ou bien pour rassemblement illégal. Une bonne partie des étudiants présents dans l'autobus risquait une récidive si jamais l'autobus se faisait intercepter par la sécurité routière. »

Il poursuit : « Heureusement, nous sommes tous rentrés à bon port. Après une semaine énormément émouvante, une journée particulièrement difficile, il est inconcevable de contenir notre haine envers le système actuel. On se couche de plus en plus convaincu que la tentative du gouvernement de nous diviser n'aura que pour seul effet de nous unir davantage. »

L'éducation est un droit ! Appuyons la juste lutte des étudiants !

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Témoignage d'un étudiant au coeur de la tempête


J'étais responsable d'un des autobus partant de Montréal. Avec moi, 35 étudiants et étudiantes. Mon rôle était donc de m'assurer que tous ces étudiantEs reviennent à Montréal sains et saufs. Je leur ai tous parlé de leurs droits face à la police, de comment réagir face à une arrestation, des questions auxquelles ils et elles ont l'obligation de répondre ainsi que des avocats qu'ils et elles peuvent contacter. Je leur ai tous et toutes averti que la SQ a différentes tactiques que le SPVM. Que le gaz lacrymogène risque d'être fortement utilisé à Victoriaville, contrairement à Montréal où l'utilisation de ce gaz est interdite. Leur expliquer les premiers soins en manifestation, en passant du Maalox au jus de citron, des meilleures façons à réagir devant des gaz lacrymogènes, du poivre de Cayenne, des gaz irritants. De s'assurer de se changer de linge en partant de la manifestation, pour enlever toutes traces de produits chimiques, ou même de peinture marquante envoyée par la police, parfois invisible à l'oeil nu. C'est la routine du manifestant et de la manifestante typique. Nous étions tous stresséEs, sachant qu'à n'importe quel moment, l'autobus pourrait se faire intercepter par la police, ou même fouiller en entier. On ne se sent jamais en sécurité des forces de l'ordre, alors qu'on tente seulement de défendre nos droits. Enfin, bref. Une fois à Victoriaville, la ville était morte. Sous état de siège. Les rues barrées, les commerces fermés, les fenêtres fortifiées, les poubelles, les cendriers publics et les pots de fleurs cachés loin de tous et toutes. Nous, syndicats, associations étudiantes, citoyens et citoyennes, prenons enfin la route vers l'hôtel Victorin.

Devant l'hôtel, tout semblait préparé par la SQ pour que ça pète. Des clôtures minuscules facilement déplaçables, des palettes de briques dédiées à quelconque rénovation, et sachant que le stationnement à côté de l'hôtel est encore sous construction, donc contient une quantité phénoménale de roches et de pavé. Pourquoi le service de police a-t- il recommandé de cacher tous les pots de fleurs alors que directement à proximité de l'hôtel, des tonnes de briques sont visibles ? Une fois devant le lieu de la rencontre du PLQ, les manifestants et manifestantes entourent tranquillement la clôture. Bien vite, cette barrière tombe, ce n'était pas en restant tranquille et obéissantE que le congrès allait être perturbé. CitoyenNEs, personnes âgées et étudiantEs se retrouvent à mes côtés, de l'autre côté de ce « périmètre de sécurité ». Étonnamment, les forces de l'ordre ne sont pas intervenues immédiatement, nous laissant perplexes quant à la légalité de notre geste. Dès lors, les agents de sécurité disparaissent pour laisser place à l'antiémeute. Par dizaine, marchant au pas. Chacun équipé d'une matraque beaucoup plus longue et imposante que celles du SPVM et déjà équipé de masque à gaz. Mis à part la clôture franchie, un geste totalement passif et symbolique, à mon avis, aucun signe de violence de la part des protestataires. Tout à coup, une fumée s'élève d'un peu partout. La SQ se met à lancer des quantités phénoménales de gaz lacrymogènes dans la foule. Des manifestantEs se mettent à lancer certains projectiles en réponse à cette attaque gratuite. Yeux irrités, respiration coupée, certains de mes camarades vomissent sous leur toux excessive. C'est dans ce genre de moment qu'on reconnaît la solidarité d'un peuple. L'entraide entre manifestantEs. Des jeunes aidant des personnes âgées à s'éloigner des gaz, leur expliquant comment gérer cette situation. Étudiants soulageant les yeux des victimes d'un côté, un groupe transporte un camarade gravement incommodé d'un autre. On se rince la bouche pour éviter d'avaler davantage de ce produit répugnant, on cherche des yeux nos amiEs proches pour s'assurer de leur état. À ce moment, une majorité de gens se trouve derrière une résidence à proximité. Des slogans se font entendre discrètement, mais demeurent toutefois très confus, les gens ne sachant plus ou moins où donner la tête à travers ce champ de bataille. Je lève les yeux ; un hélicoptère à moins de trente mètres. Un vrombissement incroyable vient atténuer les sons des cannes de gaz lacrymogènes qui explosent tout près. À ma gauche, affrontements entre policiers et manifestantEs. Devant moi, arrêt cardiaque, on tente de le réanimer. À ma droite, un étudiant s'effondre, la figure en sang. L'oreille est éclatée. Pendant qu'une équipe d'étudiantEs en soins infirmiers accourent, je fais de mon mieux en éloignant les curieux de la scène, afin de laisser de la place à l'intervention des ambulanciers. L'ambulance tarde, l'antiémeute bloque l'arrivée de celle-ci. C'est la panique, personne ne connaît l'état de ce camarade, mais une chose est certaine, il faut faire vite. Une voiture de police s'approche pour apporter une aide, les gens se tassent pour laisser le chemin. Les polices jasent avec les manifestantEs qui leur crient de faire vite pour sauver cet étudiant. La seule réponse obtenue est la fuite de cette voiture de police pendant que le jeune homme était toujours inconscient, au sol. Je me rapproche de la scène de premiers soins, continuant d'éloigner les curieux. Alors, comme par surprise, l'antiémeute a repoussé les manifestantEs jusqu'à deux mètres du jeune blessé. On accourt tous pour faire une chaîne humaine entre les gaz lacrymogènes, le poivre de Cayenne ainsi que l'équipe médicale qui s'affaire au plus vite à déplacer la victime. On avait beau crier : « IL Y A UN BLESSÉ ! », on se faisait répondre par une insensibilité hors du commun.

Les larmes me montent aux yeux. Pour une fois, ce n'est pas à cause du lacrymo. C'est de voir toute cette répression que nous subissons, c'est de voir ce régime de peur et l'État policier dans lequel nous vivons. C'est de constater, encore une fois, l'injustice, et le désir du gouvernement de nous voir nous taire. Un cri. Un cri libérateur. Un cri signe de toute ma détresse s'échappe de mes entrailles. J'en peux plus. On recule sous la force policière. Un policier tente d'arrêter au hasard un jeune homme, une dizaine de manifestantEs courent à son secours pour le libérer. Je vois à ma droite le blessé à l'oreille embarquer dans l'ambulance. Je me dirige, le coeur gros, vers le rassemblement des gens.

Tranquillement, les manifestantEs réussissent à avancer vers l'hôtel. Ils s'aperçoivent que la porte est barrée, ils rebroussent chemin à toute vitesse sous la menace de la matraque. Le champ de bataille se déplace vers le stationnement de terre et de pavés. Sous la colère des manifestantEs, des roches sont lancées en direction des polices. Un geste désespéré pour exprimer la rage de certainEs.

Après une dizaine de minutes, la SQ commence à sortir les fusils à pression servant à tirer des balles en caoutchouc. Je transporte une étudiante atteinte à la cheville vers une portion de gazon un peu en retrait. Une agente médicale étudiante arrive à toute vitesse pour lui inspecter la blessure en sang : « Tu auras besoin de points de suture ma belle. Tu as six heures pour te rendre à la clinique avant que le pansement ne soit plus efficace ». L'antiémeute réussit à avancer un peu. Une scène de chaos arrive alors, tout est flou dans ma tête. Tout ce que je vois, c'est une silhouette qui s'effondre. Je me tourne. Je le reconnais. Au sol, mon ami, la figure en sang, l'oeil exorbité. Les cris de mes amiEs, mes larmes au visage. Je crie aux gens de s'éloigner, de lui laisser de l'air. Je me tourne vers l'antiémeute, pour tenter en vain de le protéger de violences supplémentaires de la part de ces « agents de la paix ». Je hurle aux antiémeutes ma rage. À ce moment, ils n'étaient plus rien, de vulgaires pions de l'État. Je me sens impuissant. Tout se passe si vite. Une amie me prend par le bras pour que je m'éloigne. Je marche, sous la pluie, vers le point de départ. Je pleure, je ne peux avancer plus de vingt mètres sans m'accroupir en petit bonhomme au milieu de la rue. Mon corps ne suit plus ma pensée. On n'est pas dans un film, on n'est pas dans le monde arabe. On est au fucking Québec ?? Je croise une professeure, celle-ci me parle de la dentition éclatée de la jeune fille qu'elle a aidée, atteinte d'une balle de caoutchouc. Plus loin, un ami de soins infirmiers me raconte la rotule éclatée d'un autre garçon. J'arrive finalement à l'autobus de départ. Nous sommes tous à terre.

Dans l'autobus, nos vêtements continuent de dégager du gaz. Tout le monde tousse, tout le monde mouche. L'atmosphère est lourde. Étant responsable de l'autobus, j'ai été averti bien rapidement des blocus policiers sur les autoroutes, des autobus de McGill, Concordia et Montmorency arrêtés arbitrairement sur l'autoroute en direction de Montréal. Nous sommes tous sur le qui-vive, avec tous les gyrophares de police qui s'allument sur la route 20. Des haltes routières remplies d'une trentaine de voitures de patrouille me glacent le sang. L'autobus est plein d'étudiants et d'étudiantes déjà fichéEs par la police, qui se ferait une joie immense de pouvoir les arrêter pour aucune excuse. Beaucoup d'entre nous n'ont plus le choix de se masquer en manifestations, à cause des photos prises par les policiers. Certains d'entre nous sont sur écoute téléphonique et se font suivre jusqu'à leur domicile. Depuis le début de la grève étudiante, plus de 1100 arrestations ont été faites. La majorité arbitraires, pour entrave à la circulation routière, ou bien pour rassemblement illégal. Une bonne partie des étudiantEs présentEs dans l'autobus risquait une récidive si jamais l'autobus se faisait intercepter par la sécurité routière.

Heureusement, nous sommes tous rentrés à bon port. Après une semaine énormément émouvante, une journée particulièrement difficile, il est inconcevable de contenir notre haine envers le système actuel. On se couche de plus en plus convaincu que la tentative du gouvernement de nous diviser n'aura que pour seul effet de nous unir davantage.».»

(Le Globe - regard sur le monde, 6 mai 2012.)

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