Le Marxiste-Léniniste

Numéro 48 - 25 avril 2012

Le lockout frauduleux de Rio Tinto Alcan subventionné par le gouvernement

Rio Tinto doit ravaler son arrogance!
Non à la sous-traitance illimitée! Oui à des
emplois syndiqués garantis dans la région!


Militant contingent de 150 travailleurs d'Alma à la marche du Jour de la terre qui a rassemblé plus de 250 000
personnes à Montréal le 22 avril 2012

Le lockout frauduleux de Rio Tinto Alcan subventionné par le gouvernement
Rio Tinto doit ravaler son arrogance! Non à la sous-traitance illimitée! Oui à des emplois syndiqués garantis dans la région!

Réponse aux menaces de Rio Tinto
Les travailleurs d'Énergie électrique donneront 25$ par semaine chacun aux travailleurs d’Alma

Les lockoutés d’Alma continuent de recueillir de l’appui
Deuxième partie de la tournée internationale
Protestation à l'assemblée des actionnaires de Rio Tinto à Londres
Entrevue - Marc Maltais, président du STAA
Les conflits qui opposent Rio Tinto aux travailleurs et communautés en Angleterre et en France - Pierre Chénier


Le lockout frauduleux de Rio Tinto Alcan subventionné par le gouvernement

Rio Tinto doit ravaler son arrogance!
Non à la sous-traitance illimitée! Oui à des
emplois syndiqués garantis dans la région!

L'arrogance de Rio Tinto dépasse toutes les limites. La compagnie est complètement exposée à Alma, au Québec, partout au Canada et dans le monde comme un monstre d'avidité qui obtient de l'électricité gratuitement, qui pille le sol et le travail partout où il va et détruit les communautés sur son passage. Il se fout éperdument des travailleurs qui créent toute la richesse qu'il empoche. Mais il sait verser des larmes de crocodile quand il s'agit d'obtenir ce qu'il veut « pour demeurer concurrentiel » ; pire, il n'hésite pas à menacer de déménager ses opérations si les gouvernements ne lui accordent pas ce qu'il veut en matière d'électricité et autres concessions. À l'assemblée des actionnaires à Londres le 19 avril, le PDG Tom Albanese a refusé de laisser parler Marc Maltais, le président du syndicat d'Alma, ou les représentants de la communauté qui étaient venus d'aussi loin que l'Utah, aux États-Unis, ou ceux des travailleurs super maltraités de Papouasie-Nouvelle-Guinée ou des mines de cuivre et d'or d'Oyu Tolgoi en Mongolie. D'une arrogance sans borne, M. Albanese a repris le refrain que Rio Tinto a de très bonnes relations de travail partout dans le monde sauf à Alma. (Bravo Alma !) Évidemment c'est un mensonge éhonté.

Maintenant la compagnie est isolée et exposée. Elle est même confrontée à au moins 250 000 personnes au Québec qui sont d'accord avec les travailleurs d'Alma pour dire que les ressources appartiennent au peuple et que c'est le peuple qui doit décider de ce qu'on en fera. C'est pourquoi M. Albanese et la PDG de Rio Tinto Alcan, Jacynthe Côté, font beaucoup de cas en ce moment de leur disposition à revenir à la table de négociation. Un règlement est possible si les pourparlers sont « raisonnables », ont-ils dit.

Faut-il espérer qu'ils ont l'intention d'être raisonnables ? Les revendications des travailleurs sont raisonnables depuis le début. En fait, leur seule condition est que les emplois qui créent la richesse doivent être des emplois syndiqués et protégés, pas ouverts à la sous-traitance. La position de la compagnie est qu'elle ne garantit pas les emplois qui sont éliminés par attrition. Elle veut pouvoir donner tous les nouveaux emplois, y compris ceux qui remplacent les emplois éliminés par attrition, en sous-traitance. Cela veut dire qu'au début il y aura deux paliers de salaires et de conditions de travail et ensuite, rien d'autre que des emplois à bas salaires avec des conditions de travail non protégées. Autrement dit, Rio Tinto Alcan veut exercer un droit de monopole sans restriction, des droits de gérance sans restriction, et cela n'est pas du tout raisonnable ! Utiliser le mot « raisonnable » dans ces conditions est illogique.


Évidemment, la compagnie n'a que le signe du dollar en tête ; elle ne voit pas les êtres humains, des coeurs qui battent et des cerveaux qui pensent, elle ne voit pas le talent formidable que cela prend pour produire, innover et faire avancer la société en ouvrant la voie au progrès. Dans l'esprit des travailleurs, le retour à l'époque féodale qu'on leur propose est inconcevable. Il est révolu le temps des serfs et des corvées, lorsqu'il fallait payer la dîme à l'église et à l'État et se soumettre aux quatre volontés des seigneurs, quand c'était pécher que d'exprimer sa pensée. Le monde dans lequel vivent les Tom Albanese et Jacynthe Côté, les Jean Charest et Stephen Harper, n'est pas un monde très enviable ; ce n'est pas un monde durable économiquement et écologiquement et ce n'est pas un monde qui correspond aux intérêts et désirs du peuple au Québec, au Canada et dans le monde. Les travailleurs et leurs familles sont très clairs là-dessus – à Alma, au Québec, partout au Canada et dans le monde.

La dernière rencontre entre le syndicat d'Alma et Rio Tinto Alcan était le 6 avril, et les négociateurs de la compagnie ont quitté la table après juste un peu plus d'une heure. Malgré une entente préalable à l'effet de ne pas parler aux médias durant les négociations, les représentants de la compagnie ont commencé à lancer des accusations contre le syndicat. Ils ont accusé le syndicat de faire «du chantage» et de commettre «une agression» contre le monopole quand il insiste pour restreindre la sous-traitance et maintenir un plancher d'emplois. Comme si on pouvait dire n'importe quoi et que les mots n'avaient pas de signification. Le négociateur en chef de RTA avait alors dit qu'il n'entrevoyait aucune reprise des négociations dans un proche avenir.

Bref, la compagnie n'a pas marqué de points avec ses emportements irrationnels et ses déclarations arrogantes. Les directeurs de Rio Tinto disent maintenant vouloir reprendre les négociations. Très bien. Mais vont-ils cesser de répéter les mensonges et la désinformation et accepter que c'est leur responsabilité de négocier de bonne foi ? On l'espère.

Un des problèmes dans cette affaire est que les directeurs de Rio Tinto ont une très grande opinion d'eux-mêmes. C'est une chose que de se péter les bretelles dans les anti-chambres, là où les rivalités interpersonnelles et intermonopolistes sont la norme, mais dehors, dans le monde réel, les choses marchent différemment. Ils se flattent d'être des hommes et femmes « raisonnables », de « savoir ce qui se passe dans le monde mieux que quiconque » et d'avoir à coeur les meilleurs intérêts des travailleurs. Ils voient les travailleurs comme des colons, des ignorants qui ne connaissent rien de ce qui se passe dans le monde et qui ne savent pas ce qui est bon pour eux. À leurs yeux la compagnie est raisonnable, elle arrive à la table sans nouvelles demandes et elle se contenterait de maintenir à peu près la même convention collective, mais les travailleurs font preuve d'intransigeance sur la sous-traitance et la compagnie ne sait plus quoi faire.

La réalité est que certaines choses qui n'étaient pas un enjeu auparavant sont devenues des enjeux importants et les travailleurs se doivent de défendre leurs intérêts. Rio Tinto Alcan n'a pas besoin de faire de nouvelles demandes sur la sous-traitance parce qu'il agit à tous les jours avec impunité et dicte les conditions de travail sur le plancher de l'usine. Les postes d'entretien dans la production d'anodes, les procédés d'électrolyse et de coulée, les postes au centre de revêtement des cuves et dans les bureaux sont régulièrement convertis en postes non syndiqués. Petit à petit, les emplois protégés qui ont été gagnés par des années de lutte sont remplacés par des emplois non protégés, en sous-traitance, dans des conditions radicalement inférieures. Il a été très difficile pour le syndicat de garder en échec cette transformation régressive des emplois à cause de ce qui est sous-entendu dans le code du travail, et par conséquent dans toutes les conventions collectives, à savoir que tout ce qui n'est pas précisé dans la convention relève du « droit de gérance ».

Il est donc raisonnable pour le syndicat de profiter du renouvellement de la convention collective pour introduire des clauses qui restreignent le pouvoir de RTA de changer les conditions de travail impunément et qui restreignent aussi les soi-disant droits de gérance. Cela est non seulement raisonnable mais impératif. En ce moment la compagnie a pour mission non déclarée d'abaisser les salaires et de priver les travailleurs de la protection syndicale et pour cela elle recourt à son idéologie néolibérale dans laquelle les travailleurs sont un « coût de production ». Elle dit qu'il faut réduire ces «coûts » pour améliorer le rendement des opérations. Autrement dit, la raison d'être de l'entreprise est de faire des profits pour ses actionnaires, pas de contribuer au bien commun. Très bien, mais ce n'est pas la raison d'être des travailleurs. Les intérêts privés des travailleurs ne sont pas en contradiction avec le bien commun ; au contraire, ils rendent le bien commun possible. D'ailleurs, quand on parle de négociations, on parle de convenir d'arrangements qui sont à l'avantage mutuel. Les travailleurs veulent travailler mais pas comme des esclaves ! Si RTA pense qu'elle peut produire de la richesse pour l'intérêt privé avec du travail esclavagiste, elle rêve en couleurs.

La compagnie sait très bien que sa logique n'est pas « raisonnable », elle est irrationnelle. Les travailleurs produisent la richesse, ils ne sont pas des « coûts de production ». Puisque nous dépendons tous de la société pour satisfaire nos besoins, il va de soi que nous devons tous être socialement responsables envers la société et dans l'utilisation de nos ressources et de la richesse que nous créons. Tout comme les membres de la société ne sont pas une charge ou un passif pour la société mais sa raison d'être, les travailleurs ne sont pas une charge pour les entreprises mais leur actif leur plus précieux. Prenez l'exemple d'une famille. La famille ne considère-t-elle pas les enfants comme son bien le plus précieux ? Bien sûr. Imaginez si elle les voyait comme un fardeau qui est la cause de tous les problèmes et que la solution serait de s'en défaire ! Il n'y aurait rien de « raisonnable» là-dedans. De même pour Rio Tinto Alcan. En quoi est-ce « raisonnable » de nier le droit des travailleurs de réclamer des conditions de vie et de travail qui soient tenables ?

L'enjeu dans ces négociations est le même dans tous les pays du monde aujourd'hui. La compagnie doit cesser de se camper sur une répétition arrogante de choses qui ne font pas de sens et elle doit s'asseoir pour négocier de bonne foi. Les travailleurs ont formulé leurs revendications en se basant sur leur expérience directe avec RTA: ils savent que la compagnie essaie toujours de s'en sortir avec des abus. RTA doit négocier des conditions dans lesquelles il est raisonnable de travailler.

Puisqu'elle ne peut pas justifier sa position en se basant sur la raison, la compagnie recourt aux accusations pour passer la balle dans le camp de l'adversaire. Elle dit que l'opposition des travailleurs aux droits de gérance non restreints en matière de sous-traitance est « irréaliste », « rigide », que c'est quelque chose qui « n'existe nulle part » et que cela « menace les emplois ». Elle ne permet pas une discussion rationnelle sur l'arrangement flexible que proposent les travailleurs. Ces derniers ont proposé  un ratio d'emplois syndiqués en proportion avec la production qui se fait à l'usine en tonnes d'aluminium par année. La compagnie essaie de déformer ce que les travailleurs demandent, par exemple en disant qu'ils veulent que RTA garantisse 900 emplois alors qu'il y a seulement 778 syndiqués à l'usine. En fait, le syndicat demande de récupérer les emplois perdus à la sous-traitance, ce qui éliminerait aussi les conditions de travail à deux paliers.

Quand Rio Tinto Alcan prétend que garantir un plancher d'emplois est impossible dans les conditions de la mondialisation néolibérale, il avoue tout simplement que son système néolibéral est inhumain et ne marche pas et qu'un autre système est nécessaire. Le refus de reconnaître le facteur humain/conscience sociale n'est pas une option. Mais le but de la compagnie est de détourner l'attention de sa vulnérabilité, son talon d'Achille, c'est-à-dire le fait que ce sont les privilèges hydro-électriques qui lui permettent de réaliser des surprofits et que maintenant elle veut en faire encore plus en transformant les travailleurs en esclaves.

Les travailleurs d'Alma frappent en plein dans le mille quand ils disent que c'est un lockout subventionné par le gouvernement. Ils soutiennent qu'en échange des privilèges hydro-électriques, RTA doit au minimum maintenir un plancher d'emplois à des conditions établies. C'est ce que les gens de la région ont demandé au gouvernement Charest lorsque Rio Tinto s'est emparé d'Alcan en 2007. Mais le gouvernement a refusé. Il a signé une entente secrète avec Rio Tinto et Hydro-Québec, qui remet l'énergie du Québec au monopole et lui permet même de décréter un lockout frauduleux comme «force majeure» comme prétexte pour faire des profits de la vente de l'électricité à l'État québécois, pendant que la production est arêtée pour faire grimper les prix de l'aluminium.

Rio Tinto, le gouvernement Charest et les médias monopolisés présentent les revendications des travailleurs comme étant irréalistes parce qu'ils disent qu'à cause de la mondialisation néolibérale, les peuples ne peuvent plus exercer leur souveraineté sur leurs ressources, leur mode de vie, leur culture et leurs traditions. C'est la loi de la jungle qui domine dorénavant, disent-ils, et on ne peut rien y faire. Les travailleurs n'ont « pas le choix » que de se conformer.

Mais 250 000 Québécois et Québécoises en fin de semaine ont dit Non ! Nos ressources, nous décidons ! La demande d'un plancher d'emplois n'est pas seulement une demande économique légitime, pour protéger les moyens de subsistance et les conditions de travail, c'est aussi une demande politique adressée aux monopoles mondiaux et aux gouvernements :  les monopoles qui opèrent au Québec doivent le faire à la condition que les intérêts monopolistes privés soient subordonnés à l'intérêt public. Tous nos intérêts privés sont subordonnés à l'intérêt public, alors pourquoi pas ceux des monopoles ? Le gouvernement Charest refuse de répondre à cette question. Il déclare tout bonnement que cela n'est pas possible. Quand il s'agit des jeunes, par contre, il sanctionne la violence policière et traite les étudiants de tous les noms.

On ne peut pas permettre aux monopoles de se servir des ressources du peuple s'ils ne respectent pas leurs responsabilités et que les gouvernements ne s'acquittent pas de leur devoir de les faire respecter. Les travailleurs de Rio Tinto Alcan sont résolus à ne pas laisser la compagnie et le gouvernement Charest s'en sauver avec leurs plans antisociaux.

RTA doit reprendre les négociations et doit négocier avec le syndicat d'Alma de bonne foi. Il est plus urgent que jamais que le gouvernement du Québec acquiesce à la demande du syndicat d'arrêter de subventionner ce frauduleux lockout. Il est très possible que l'entente secrète avec Hydro-Québec, qui est illégitime, soit aussi illégale. Le gouvernement a décidément fait preuve de grande irresponsabilité quand il a négocié cette entente qui permet qu'un lockout soit déclaré «force majeure». Il est possible qu'on puisse démontrer devant les tribunaux que la compagnie a délibérément décrété un lockout pour atteindre ses fins et qu'elle peut être trouvée coupable de manque à l'esprit du Code du travail pour cette raison. De toute façon, le gouvernement du Québec ne manque pas de justification pour annuler l'entente secrète. S'il le voulait, il le pourrait.

Quel que soit le recours légal que puissent avoir les travailleurs, une chose est sûre : le lockout est une fraude. Le lockout est subventionné par le gouvernement. C'est un lockout frauduleux subventionné par le gouvernement. Le gouvernement du Québec manque à sa responsabilité sociale et juridique de s'assurer que les ressources du peuple bénéficient au peuple. Il est corrompu. Il n'est pas digne de la confiance du peuple. Il doit annuler l'entente secrète. Il doit cesser de subventionner ce lockout frauduleux et Rio Tinto Alcan doit être amené à la raison.

Arrêtez le lockout frauduleux subventionné par le gouvernement !
Rio Tinto Alcan doit négocier de bonne foi !


(Photos: S. Deschenes, STAA)

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Réponse aux menaces de Rio Tinto

Les travailleurs d'Énergie électrique donneront
25$ par semaine chacun aux travailleurs d’Alma


Pierre Simard, président du Syndicat des employés d'Énergie électrique, à Alma le 13 avril 2012

Le 13 avril, en visite aux lockoutés d'Alma, le président du Syndicat des employés d'Énergie électrique de Rio Tinto a annoncé que chacun des quelque 300 travailleurs de la section locale va donner 25 $ par semaine jusqu'à la fin du conflit pour appuyer la lutte à Alma. Cela représente environ 30 000 $ par mois. Simard a également présenté un chèque de 50 000 $. Dans sa brève allocution, il a dit que le lockout « est en train de créer un lien historique en terme de solidarité entre les deux syndicats ». Le président du syndicat d'Alma Marc Maltais et tous les travailleurs présents ont chaleureusement applaudi le geste de ces travailleurs qui ont été des participants actifs de cette lutte depuis le début. Cet appui est un geste de courage face aux menaces de Rio Tinto contre eux et contre tous ceux qui s'opposent au lockout. Le syndicat d'Énergie électrique et son président ont reçu une mise en demeure de Rio Tinto Alcan à la mi mars leur enjoignant de cesser de « nuire aux intérêts » de RTA pendant le lockout par leur appui aux travailleurs d'Alma. Simard a dit aux journaux locaux que le syndicat et lui-même rejettent cette ingérence dans les affaires du syndicat.

De plus en plus de gens dans la région dénoncent Rio Tinto qui se soustrait à sa responsabilité de négocier de bonne foi avec les travailleurs en utilisant les menaces et la répression.

(Photos : E.R Pelletier, P. Vaillancourt)

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Les lockoutés d’Alma continuent de recueillir de l’appui

Deuxième partie de la tournée internationale


Manifestation à l'assemblée générale annuelle de Rio Tinto à Londres le 19 avril 2012. À gauche: Marc Maltais et
Guy Farrell, représentant les travailleurs d'Alma. (IMF)

Le 15 avril, la délégation représentant les travailleurs en lockout de Rio Tinto à Alma a entrepris la deuxième partie de sa tournée internationale qui vise à mobiliser le maximum d'appuis à la lutte d'Alma. La délégation est composée cette fois encore de Marc Maltais, le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma, et de Guy Farrell, l'adjoint au directeur québécois du Syndicat des Métallos. Il s'agit d'un voyage de 10 jours en Europe qui comprend notamment des arrêts en Angleterre et en France. Les travailleurs et les économies de ces deux pays ont été grandement affectés par les fermetures d'usines d'aluminium. À la fin mars Rio Tinto Alcan a fermé l'aluminerie de Lynemouth dans le comté de Northumberland au nord-est de l'Angleterre en invoquant l'augmentation de ses coûts de production suite à de nouvelles lois en environnement. Plus de 500 travailleurs seront jetés à la rue et un grand nombre d'emplois chez les fournisseurs disparaîtront eux aussi. Rio Tinto Alcan était de loin le plus gros employeur du comté. En France, Rio Tinto Alcan menace de fermer l'aluminerie de St-Jean-de-Maurienne dans le sud-est de la France qui emploie 600 travailleurs et est le centre de l'industrie métallurgique de la région. Le contrat d'approvisionnement en électricité qui lie Rio Tinto à Électricité de France arrive à terme en 2014 et le monopole utilise le renouvellement du contrat comme une occasion pour proférer des menaces comme quoi il va fermer l'aluminerie s'il n'obtient pas le contrat qu'il demande.

Entre autres activités, la délégation est intervenue le 19 avril à l‘assemblée des actionnaires de Rio Tinto à Londres et elle a pris part au lancement de la campagne internationale des Métallos pour demander au Comité international olympique de ne pas faire appel à Rio Tinto pour fabriquer les médailles des Jeux olympiques qui ont lieu cet été à Londres.

La première partie de la tournée qui a amené la délégation aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande a mobilisé beaucoup d'appui à la lutte d'Alma, notamment de l'appui financier et la participation de délégations internationales à la grande manifestation qui a eu lieu à Alma le 31 mars dernier.

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Protestation à l'assemblée des actionnaires
de Rio Tinto à Londres


  À Londres le 19 avril 2012.

Le 29 avril, des travailleurs et membres de la communauté de plusieurs pays ont manifesté devant l'immeuble où se tenait l'assemblée annuelle des actionnaires de Rio Tinto, à Londres, pour dénoncer le traitement que Rio Tinto réserve à ses travailleurs et aux communautés partout où il a des opérations. La délégation représentant les travailleurs en lockout d'Alma était là aux côtés de travailleurs du syndicat britannique Unite, de la Fédération internationale du transport et d'autres. Les manifestants ont également demandé au Comité olympique international de laisser tomber Rio Tinto comme fournisseur pour la fabrication des médailles et comme commanditaire officiel des Jeux de Londres.

Les manifestants ont demandé que Rio Tinto lève le lockout contre les travailleurs d'Alma et signe une convention qui soit acceptable pour les travailleurs et la communauté. Des manifestants venus de Mongolie ont fait part de leurs préoccupations concernant le projet de mine de cuivre et d'or Oyu Tolgoi, une entreprise conjointe d'Invahoe Mines, Rio Tinto et le gouvernement de la Mongolie. La mine se situe dans une région désertique et on s'inquiète de la grande quantité d'eau qui y sera utilisée car cela affectera l'approvisionnement des communautés locales et des éleveurs nomades. Les manifestants ont également protesté contre le refus de Rio Tinto de répondre aux inquiétudes des communautés concernant les émissions toxiques de ses opérations minières. Le groupe Utah Mothers for Clean Air a dénoncé l'impact environnemental de la mine de cuivre Kennecott Bingham Canyon de Rio Tinto à Salt Lake City, en Utah. Les manifestants ont également dénoncé les attaques de Rio Tinto contre les travailleurs et contre l'environnement en Nouvelle-

Guinée occidentale et à Bougainville, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les résidents de Bougainville accusent Rio Tinto de complicité dans les attaques violentes des autorités australiennes et papoues contre le soulèvement sur l'île de Bougainville dans les années 1980, où Rio Tinto opérait la plus grande mine à ciel ouvert au monde. Les résidents de Bougainville, qui étaient représentés à la manifestation à Londres, ont entrepris un recours collectif contre Rio Tinto aux États-Unis en 2000 pour crimes de guerre et pour atteinte à l'environnement.

Plusieurs travailleurs et membres de la communauté sont intervenus à l'intérieur de la salle d'assemblée, dont Guy Farrell, adjoint du directeur québécois du Syndicat des Métallos, qui a dénoncé le lockout à Alma et demandé sa levée immédiate. Le PDG de Rio Tinto Tom Albanese a fait fi des préoccupations des travailleurs et de ceux qui s'étaient déplacés depuis les États-Unis et la Mongolie pour venir dénoncer les atteintes à l'environnement dans leur pays. Il a répété que les revendications des travailleurs d'Alma concernant les conditions de travail et la défense du syndicat ne sont pas raisonnables et créeraient un dangereux précédent pour les usines de Rio Tinto dans le monde. Il a aussi honteusement répété le mensonge que le lockout était justifié parce que les travailleurs d'Alma sabotent la production. Il a dit que la réputation de Rio Tinto en matière d'environnement est impeccable et a mis fin à toute discussion sur le sujet. Il a refusé de laisser parler Marc Maltais et les travailleurs présents ont dénoncé cette arrogance et lâcheté.

La délégation représentant les travailleurs d'Alma a ensuite quitté l'Angleterre pour la France où elle se rendait à Dunkerque où se trouve une aluminerie de Rio Tinto.

(Photos: IMF)

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Entrevue

LML : La délégation a participé le 19 avril à l'assemblée des actionnaires de Rio Tinto à Londres. Les médias ont rapporté que le PDG de Rio Tinto a été très arrogant avec toi et Guy et avec d'autres personnes protestant contre les activités antiouvrières et anti-environnement du monopole. Peux-tu nous en dire plus ?

Marc Maltais : Pour nous, l'assemblée était une occasion privilégiée d'influencer les actionnaires. Mais le PDG Tom Albanese et le président du Conseil d'administration Jan du Plessis ont effectivement été très arrogants face aux questions et dans plusieurs des cas, ils ont même refusé de répondre aux questions qui leur étaient posées. En ce qui me concerne, on ne m'a même pas permis de poser ma question. Tom Albanese me riait en pleine face quand je faisais signe que je voulais poser ma question et pour eux, il n'était pas question de me laisser parler. Ils se sentaient pris dans un coin et refusaient de répondre. C'était l'intransigeance la plus totale. Et il ne s'agit pas simplement de moi. Albanese n'a pas répondu aux mères de l'Utah et à la personne qui est venue de Mongolie et qui exprimaient leur préoccupation au sujet de la performance de Rio Tinto en matière d'environnement. Cette compagnie-là dans le fond fait cavalier seul et refuse de répondre de ses actes. C'est la même méthode qu'elle applique partout dans le monde. Le chef de tribu de Papouasie en Nouvelle-Guinée qui était à Londres pour l'occasion pour protester contre les attaques de Rio Tinto contre son peuple a même décidé d'aller parler à des étudiants du primaire au lieu d'intervenir à l'assemblée parce que les étudiants du primaire, eux au moins ils t'écoutent.

On ne m'a pas permis de parler même si je suis venu de l'autre côté de l'Atlantique pour participer à cette assemblée et Albanese m'a ri dans la face. Il me connaît, nous nous sommes déjà rencontrés. Aussitôt que Guy Farrell et moi nous sommes arrivés dans le corridor, nous avons été accueillis par deux chefs de la sécurité, un du Québec et l'autre de Suisse. Ils connaissaient mon nom et le nom de Guy. Albanese n'a démontré aucun respect pour moi-même et pour notre membership. Il n'a aucun respect pour le dur labeur et le professionnalisme des travailleurs d'Alma.

Ils ont permis à Guy de parler. Peut-être que du Plessis et Albanese ne l'ont pas reconnu. Guy leur a demandé comment ils peuvent justifier de mettre en lockout les employés de leur usine la plus profitable. Albanese a parlé contre le plancher d'emplois et il a répété les fausses accusations comme quoi les travailleurs d'Alma ont fait du piratage et du sabotage. Ça n'avait aucun sens la façon dont il a parlé. Puis Farrell lui a demandé si Rio Tinto était intéressé à négocier de bonne foi et quand est-ce que la compagnie entend revenir à la table de négociations, ce à quoi Albanese a répondu que les négociations pourraient reprendre bientôt.

Il y a eu une bonne manifestation également devant l'endroit où se tenait l'assemblée avec des représentants notamment de Unite, de la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM), de la Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de l'énergie, des mines et des industries diverses (ICEM) de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) et des membres de communautés de divers pays dans lesquels Rio Tinto opère.

Rencontre avec des travailleurs de l'aluminerie de Dunkerque en France

LML : La délégation a rencontré des travailleurs de l'aluminerie de Dunkerque en France. Quelles ont été tes impressions ?

MM : Nous avons été reçus très chaleureusement et la rencontre a été des plus intéressante. En France, il y a souvent plusieurs syndicats représentant les travailleurs dans une même usine. Il y a 4 syndicats dans cette usine. Les représentants des syndicats nous ont dit que c'est la toute première fois qu'ils s'assoyaient à la même table. Rio Tinto par son attitude agressive est en train de créer des liens partout entre les travailleurs. Nous avons pu voir aussi les mensonges qui sont contés par Rio Tinto et leurs efforts pour nous diviser. À Alma, ils s'opposent à nos demandes en nous comparant aux usines non syndiquées de Rio Tinto. À Dunkerque il disent aux travailleurs « à Alma les choses vont tellement bien ! ».

Nous avons vu qu'à Dunkerque, Rio Tinto utilise aussi des sous-traitants qui sont appelés « travailleurs intérimaires ». Ces travailleurs étaient originalement supposés être engagés pour des besoins ponctuels, mais Rio Tinto les utilise pour remplacer des travailleurs permanents, pour remplacer le mouvement de main-d'oeuvre et essentiellement remplacer la convention collective. Ils travaillent à des conditions très inférieures à celles des autres travailleurs. Cela m'a rappelé ce que les travailleurs du Syndicat de la construction, de la foresterie, des mines et de l'énergie, le CFMEU, nous ont dit en Australie à l'effet que Rio Tinto est antisyndical et veut en finir avec nous autres, que ce soit dans les mines de charbon, les alumineries ou l'acier.

C'est le travail des syndicats partout de non seulement préserver les bonnes conditions de travail, mais de les améliorer constamment. C'est la nature même des syndicats d'agir ainsi. Je n'ai aucun complexe à le dire et à l'affirmer et de demander un plancher d'emplois à Alma compte tenu des profits qu'y fait Rio Tinto et de ses avantages hydro-électriques. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la lutte des générations antérieures nous a sorti des conditions moyenâgeuses dans lesquelles se trouvait la population et c'est essentiel pour nous autres de continuer à préserver les bonnes conditions de travail et de toujours les améliorer.

Quand RTA nous dit de regarder ce qui se fait ailleurs et comment nous sommes bien ici, je réponds que je négocie pour les travailleurs et les travailleuses d'Alma. J'ai le mandat de négocier pour 778 travailleurs, pas pour la planète. Les autres syndicats font du mieux qu'ils peuvent pour améliorer leur situation selon leurs propres conditions. Nous nous aidons mutuellement, mais nous n'allons pas jouer le jeu de Rio Tinto et nous monter les uns contre les autres.

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Les conflits qui opposent Rio Tinto aux travailleurs
et communautés en Angleterre et en France

Alors que la délégation représentant les travailleurs d'Alma est en tournée en Angleterre et en France, c'est une bonne chose de passer en revue certaines des attaques les plus récentes de Rio Tinto Alcan (RTA) contre les travailleurs et les communautés de ces pays. RTA se livre à des pratiques antiouvrières et abuse des ressources naturelles partout où il va. Deux exemples de cela à l’heure actuelle sont la fermeture de l'aluminerie de Lynemouth en Angleterre et la menace de fermeture de l'aluminerie de Saint-Jean-de-Maurienne en France.

Fermeture à Lynemouth

Jusqu'en 2009 , Rio Tinto Alcan opérait 3 alumineries au Royaume-Uni : celle d'Anglesey au Pays de Galles, qui était propriété conjointe de RTA et de Kaiser Aluminium, celle de Lynemouth au nord-est de l'Angleterre et celle de Lochaber à Fort William en Écosse.

L'aluminerie d'Anglesey a été fermée en 2009 alors que les propriétaires ont rejeté les nouvelles conditions d'un renouvellement de contrat d'approvisionnement en électricité. L'aluminerie de Lochaber est toujours en activité. Le 29 mars, Rio Tinto Alcan a fermé pour de bon l'aluminerie de Lynemouth. Sur les 515 travailleurs qui y oeuvraient, 323 seront mis à pied de façon permanente en mai, une centaine travailleront jusqu'à la fin de l'année aux plans de carbone et de coulée, et environ 60 travailleurs resteront au travail pendant une période de temps pour démanteler et décontaminer la place. En plus des 515 emplois directs qui seront perdus, c'est plus de 3500 emplois indirects selon les gens de la région qui disparaîtront. Rio Tinto Alcan possède également à Lynemouth une centrale électrique au charbon et à la biomasse qui fournissait toute son électricité à l'aluminerie et vendait son électricité inutilisée au réseau national. La centrale emploie 111 travailleurs et Rio Tinto parle de la vendre ou bien de la fermer. L'aluminerie était de loin le plus gros employeur du sud du comté de Northumberland dont fait partie Lynemouth, et elle était la dernière grosse usine métallurgique de la région. C'est une perte très sévère pour les travailleurs et la communauté compte tenu que selon le GMB -Syndicat général d'Angleterre- le taux de chômage était encore à 11,6 % dans le nord-est (146 000 chômeurs) à la fin de 2011, soit le taux le plus élevé du Royaume-Uni. La région est depuis longtemps affectée d'un haut taux de chômage et c'est d'ailleurs sous prétexte de réduire ce taux que le gouvernement de l'époque a fourni beaucoup d'argent public à Alcan au début des années 1970, pour bâtir l'usine et la centrale électrique.

Rio Tinto Alcan a annoncé la fermeture de l'aluminerie à la fin de novembre 2011, totalement indifférent au fait qu'elle fournissait de l'emploi aux gens directement et indirectement dans une région à chômage élevé et qu'elle était le centre d'une activité économique intégrée, comprenant toute une chaîne de fournisseurs, un port en eau profonde, un chemin de fer, une centrale électrique et divers services. Cette aluminerie était aussi l'une des dernières en opération au Royaume-Uni.

RTA a tenté de justifier la fermeture en invoquant l'augmentation de ses coûts en énergie à cause de nouvelles lois environnementales et un taux de rendement à l'aluminerie qu'elle juge insuffisant. En plus de cela, la chef de la direction de Rio Tinto Alcan s'est même permis de suggérer que les travailleurs acceptaient la fermeture avec résignation et que le tout s'était fait dans un « processus de consultation équitable et transparent ».

« Je suis attristée par la fermeture de l'aluminerie de Lynemouth, mais nous sommes arrivés à cette décision à la suite d'une revue stratégique de l'usine et d'un processus de consultation équitable et transparent. J'ai rencontré les représentants du syndicat et les membres du personnel et j'ai le plus grand respect pour la façon dont ils ont représenté leurs collègues tout au long de cette consultation », avait affirmé Jacynthe Côté, chef de la direction de Rio Tinto Alcan.

Le soi-disant examen stratégique expose très bien les considérations étroites et intéressées du monopole. Le premier facteur justifiant la fermeture selon RTA, était l'augmentation des coûts en énergie à cause des lois sur l'environnement. La centrale alimentée principalement au charbon était connue comme un gros pollueur dans la région. De nouvelles taxes sur le carbone vont être appliquées par l'Union européenne et l'Angleterre à partir de 2013. Selon Rio Tinto, les mesures qu'elle allait devoir prendre pour réduire ses émissions allaient gruger son profit et rendait inévitable la fermeture et ce coup porté à toute une région. Cela faisait plusieurs années que RTA demandait que ce soit les deniers publics qui paient pour la réduction des émissions polluantes, ce qui montre à quel point Rio Tinto refuse de prendre la responsabilité de la pollution qu'elle cause.

Plusieurs personnes doutent sérieusement que les nouvelles lois environnementales disent toute la vérité sur la fermeture de l'aluminerie de Lynemouth. Ils en voient la preuve dans les déclarations de dirigeants de RTA au sujet de la nouvelle politique du monopole visant à tirer un rendement de 40 % sur l'investissement dans ses alumineries. L'un d'entre eux, John McCabe, a dit à la presse britannique que « Rio Tinto réévalue ses installations d'aluminium afin de ne garder que ses usines les plus performantes ,et malheureusement Lynemouth n'en fait pas partie parce qu’elle n'assure pas un taux de rendement de 40 % sur l'investissement ».

En ce qui concerne le processus de consultation tant vanté avec les syndicats et le personnel, il n'a jamais porté sur la possibilité de garder l'usine ouverte mais sur des choses comme le reclassement des travailleurs. La déclaration de Jacynthe Côté comme quoi les travailleurs acceptent avec résignation la fermeture et ont foi en l'équité et la transparence de sa consultation sont démenties par la réalité.

En témoigne cette déclaration du GMB dans un communiqué émis à la fin de novembre 2011 :

« Le GMB qui est le plus gros syndicat du secteur privé du nord-est de l'Angleterre est furieux de la décision de Rio Tinto Alcan de fermer son aluminerie de Lynemouth dans le comté de Northumberland. La compagnie s'apprête à procéder à la fermeture causant la perte de 515 emplois et de 111 emplois supplémentaires si elle ferme la centrale électrique... Cette décision de Rio Tinto est outrageante. Cela fait à peine quelques années que Rio Tinto a acheté Alcan à très gros prix. Il semble que l'entreprise procède fait un simulacre d'examen stratégique menant à la décision de fermer pour masquer qu'elle veut recouvrer l'argent qu'elle a mis pour acheter Alcan juste au moment où la récession se pointait à l'horizon. Nous voulons savoir si des deniers publics ont été impliqués pour aider Rio Tinto à faire cet achat et ce qu'il va en advenir maintenant. Nos membres veulent savoir pourquoi RTA prend cette décision aujourd'hui, tout en disant qu'il pourrait bien vendre la centrale électrique. Pourquoi Rio Tinto ne cherche-t-il pas une façon de garder les deux installations ouvertes plutôt que de faire cette annonce et de dire qu'il y aura une consultation de 90 jours ? Dans un contexte où nous avons encore 146 000 personnes en chômage dans le nord-est, soit un taux de 11,6 % , le taux le plus élevé au Royaume-Uni, le geste de Rio Tinto est simplement outrageant. Au moment où le chômage des jeunes est le pire qu'on ait connu depuis 1992, c'est un coup sévère porté au secteur manufacturier et à l'économie locale. Face à cette annonce, le gouvernement n'a d'autre choix que d'intervenir pour protéger les communautés de la région. Les mots pieux sur le reclassement et l'évaluation des habiletés de chacun ne trompent personne. La vie est très difficile ici et nous devons tous nous réveiller et réaliser l'état critique dans lequel se trouve l'économie et faire quelque chose à son sujet. »

Menaces de fermeture de l'aluminerie de Saint-Jean-de-Maurienne

Rio Tinto Alcan menace de fermer son aluminerie de Saint-Jean-de-Maurienne, une petite ville d'environ 8500 habitants dans le département de la Savoie dans le sud-est de la France. La ville est située dans la vallée de Maurienne que les travailleurs appellent encore la vallée de l'aluminium parce qu'elle est un des berceaux de la technologie de l'électrolyse pour la production de l'aluminium et qu'elle abritait plusieurs alumineries qui ont toutes été fermées sauf celle de Saint-Jean-de-Maurienne. Cette aluminerie aujourd'hui est la seule qui reste en France avec celle de Dunkerque, qui appartient elle aussi à Rio Tinto Alcan. L'aluminerie de Saint-Jean-de-Maurienne emploie environ 600 travailleurs et on estime que sa fermeture causerait la perte de plus de 2000 autres emplois dans la région. Le tourisme est le deuxième secteur majeur d'activité économique dans la vallée.

Rio Tinto Alcan se dit prêt à fermer cette aluminerie parce qu'il n'est pas satisfait du prix qu'Électricité de France (EDF) lui propose pour renouveler son contrat d'approvisionnement en électricité qui arrive à terme en 2014. Ce contrat a été signé en 1984 par EDF et Pechiney, le propriétaire de l'époque ( Alcan a acheté Pechiney en 2004 avant d'être acheté par Rio Tinto en 2007). Les gens de la région disent que le prix obtenu par Pechiney en 1984 était historiquement bas. Ce contrat se termine en 2014 et Rio Tinto dit que le nouveau prix qu'on lui propose est trop élevé et pourrait le pousser à fermer l'aluminerie dont dépendent des milliers de familles de la vallée pour leur moyen de subsistance. RTA est si arrogant qu'il dit aux gens que le prix proposé est tout à fait concurrentiel avec ce qui se fait en Europe, mais qu'il peut trouver beaucoup mieux ailleurs dans le monde. Il se donne le droit de prendre toute décision qu'il veut, peu importe les conséquences pour la population. Bien sûr les négociations entre EDF et Rio Tinto sont secrètes, ce qui enfreint le droit des travailleurs et de leurs communautés de décider de leur avenir et de celui de l'industrie.



Manifestation à Saint-Jean-de-Maurienne lors de l'achat de
l'aluminerie Pechiney par Rio Tinto Alcan pour exiger que les
nouveaux propriétaires augmentent les investissemetns
dans l'usine et la production pour répondre aux besoins
de la France en aluminium. (Le Dauphiné Liberé)

Les syndicats et plusieurs politiciens de la région disent que le coût de l'électricité pourrait bien être un prétexte de la part de RTA pour fermer la place et ils soupçonnent le monopole de vouloir fermer l'aluminerie afin de faire monter les prix de l'aluminium. Le président du défunt Pechiney a dit aux journaux locaux que la tactique d'Alcan au moment de l'achat de Pechiney était justement de fermer ses alumineries en Europe pour faire monter les prix de l'aluminium. Les travailleurs font remarquer que Rio Tinto n'a pratiquement rien investi à l'aluminerie depuis des années pour sa modernisation et même son entretien. Ils disent que Rio Tinto a procédé à une réorganisation de la force de travail en 2009 en poussant un grand nombre de travailleurs à des départs « volontaires », ce qui aurait décimé les effectifs affectés à l'entretien.

Les exemples de l’Angleterre et de la France nous montrent clairement que nous devons intensifier notre combat contre les attaques antiouvrières et antisociales de Rio Tinto.

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