Le Marxiste-Léniniste

Numéro 43 - 16 avril 2012

Opposition à la hausse des frais de scolarité

Le problème d'un gouvernement qui refuse
de répondre aux besoins de la société


Opposition à la hausse des frais de scolarité
Le problème d'un gouvernement qui refuse de répondre aux besoins de la société
Les étudiants du secondaire prennent position contre la hausse
Responsabilité sociale et pouvoir de décider - Pierre Soublière


Opposition à la hausse des frais de scolarité

Le problème d'un gouvernement qui refuse
de répondre aux besoins de la société

Le 14 avril, plus de 30 000 personnes ont marché dans les rues de Montréal pour démontrer leur appui aux étudiants dans leur lutte contre la hausse des frais de scolarité. Au moment où la tête de la manifestation arrivait au coin de St-Denis et Saint-Catherine, la queue était encore au coin de Mont-Royal et Avenue du Parc, lieu de départ. La manifestation avait lieu à l'occasion du 9e anniversaire de l'arrivée au pouvoir du gouvernement libéral de Jean Charest. Les participants provenaient de tous les horizons : étudiants du secondaire, du collégial et de l'universitaire, familles avec leurs enfants, femmes, travailleurs, fonctionnaires, avocats, médecins et représentants de nombreux groupes communautaires de tous les secteurs. Ils ont exigé une nouvelle direction pour sortir de l'impasse où neuf années de politiques antisociales du gouvernement Charest ont mené le Québec.

L'appui à la lutte des étudiants et l'opposition aux politiques antisociales du gouvernement Charest étaient également exprimés par les gens sur les balcons et par les automobilistes qui klaxonnaient leur appui tout au long de la marche.

Confronté à la détermination des étudiants, le gouvernement Charest est prêt à tout sauf à justifier politiquement son attaque contre le droit à l'éducation. Après des mois de refus de discuter, après les campagnes répétées de désinformation pour présenter les étudiants comme des «enfants gâtés » et le gouvernement comme le plus grand défenseur du système d'éducation, après l'incitation à la violence policière et aux injonctions des tribunaux, voilà que la ministre de l'Éducation Line Beauchamp recourt à une tentative ouverte de diviser le mouvement d'opposition à la hausse. Lors d'un point de presse dimanche, elle a annoncé qu'elle accepte de s'asseoir avec la FECQ et la FEUQ afin de trouver des solutions pour une meilleure gestion des universités, mais pas avec la troisième association, la CLASSE. La ministre a spécifiquement exclu les représentants de la CLASSE en disant que « la CLASSE se situe à un extrême du continuum dans les positions des organisations étudiantes » et « n'a jamais soumis aucune base de discussion », ce qui est faux. Elle a ajouté que son porte-parole n'a pas dénoncé les actes de violence commis dans les derniers jours, notamment le saccage des bureaux de sa circonscription et les menaces de mort proférées contre des ministres.  Ce que la CLASSE a dit, et son opinion est largement partagée, c’est que c'est le gouvernement qui est responsable de la hausse des tensions par son refus de répondre aux étudiants et les mesures de judiciaration du conflit.

La CLASSE qui représente 47 % des grévistes juge cette exclusion inacceptable. « En tant qu'organisation principale de cette grève, on a plus que notre place dans ce dialogue-là », a déclaré son porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois. Les deux autres associations nationales ont également dénoncé la tentative de division et annoncé qu'elles ne négocieront pas dans ces conditions.

« La FEUQ est satisfaite de constater que la ministre reconnaît les graves problèmes de gestion dans le réseau universitaire. Mais le noeud du problème, c'est la hausse des frais de scolarité. C'est pour ça que les étudiants sont dans la rue à l'heure actuelle. Pour nous, il est clair que l'on va aborder ce sujet à cette table de discussion », a annoncé Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

La FEUQ déplore la stratégie « diviser pour mieux régner » du gouvernement. « Il est certain que les alternatives au financement universitaire et la mise de l'avant de propositions pour améliorer la gestion universitaire proviennent de la FEUQ. Mais la question est plus large que ces propositions et il est important que tout un chacun puisse avoir une voix au chapitre. En ce sens, la Fédération exige que la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Coalition large de l'association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) soient invitées à cette même table », a-t-elle ajouté.

Les trois associations étudiantes appellent les étudiants à continuer de se mobiliser, à renouveler les mandats de grève et à ne pas lâcher tant que le gouvernement ne reviendra pas sur sa décision de hausser les frais de scolarité.

La CLASSE s'est réunie à Drummondville dimanche pour faire le point. « Il y a eu le scandale sur les gaz de schiste, les scandales sur la corruption, un taux d'insatisfaction qui ne dérougit pas envers le gouvernement libéral de Jean Charest, et ça va être l'occasion pour l'ensemble de la population de dire non seulement qu'elle est en appui aux étudiants, mais qu'il est temps de contester de manière plus générale la direction que prend le Québec », a dit Gabriel Nadeau-Dubois.

« Comment comprendre qu'un gouvernement aux prises avec d'innombrables scandales de corruption ose demander à la jeunesse et aux familles de payer 75 % de plus de frais de scolarité par année. Quelles sont les priorités du premier ministre ? L'éducation publique ou les coffres de son parti ? », d'ajouter Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE.

La FEUQ qui a tenu le 15 avril sa 22e assemblée générale en est sortie plus déterminés que jamais. «Ce gouvernement est borné et entêté. Il considère les étudiants comme des citoyens de seconde classe. Tant qu'il aura cette attitude arrogante, les étudiants se dresseront et lutteront contre ce gouvernement qui veut hypothéquer l'avenir du Québec », réaffirme Martine Desjardins.

« C'est la plus longue grève de l'histoire étudiante et, si le gouvernement s'attend à ce que le mouvement s'essouffle, il se met carrément un doigt dans l'oeil. Judiciariser un conflit politique est une manoeuvre des plus basse qui démontre l'irresponsabilité de Jean Charest. Nous allons poursuivre notre mobilisation tant et aussi longtemps que ce gouvernement ne se sera pas entendu avec les étudiants », ajoute-t-elle.

« Même après 9 semaines de grève, la mobilisation est toujours aussi forte. Il est temps que le gouvernement s'ouvre au dialogue », déclare Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ.

La FECQ promet que les manifestations d'envergure vont se poursuivre tant et aussi longtemps que le gouvernement ne se mettra pas en mode solution pour régler le conflit qui l'oppose aux étudiants. « Nous gardons le cap et ce jusqu'à ce que le gouvernement change d'attitude. D'autres manifestations sont a prévoir », conclut-il.

« L'annonce de la ministre va donner un nouveau souffle à la mobilisation. C'est la preuve que les pressions étudiantes fonctionnent. J'invite tous les étudiants à poursuivre la grève et je veux leur assurer que nous ferons tout pour que leurs sacrifices donnent des résultats », conclut le président de la FECQ.

L'éducation est un droit ! Appuyons la juste lutte des étudiants !




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Les étudiants du secondaire prennent
position contre la hausse

Le dimanche 15 avril en début d'après-midi, près d'un millier d'étudiants du secondaire, certains accompagnés de leurs parents, se sont donné rendez-vous au pied de la statue Georges-Étienne Cartier du mont Royal. Au cri de « À qui le Québec ! À nous le Québec ! » ils se sont rendus dans les rues du centre-ville, s'arrêtant devant les bureaux du premier ministre.

«Ce sont les élèves actuellement en secondaire 3 qui vont être touchés à 100 % par la hausse, donc ils doivent être conscients, se mobiliser s'ils veulent bloquer la hausse pour que l'éducation reste accessible », a expliqué Alexandre Petitclerc, porte-parole de l'Association indépendante des étudiants du secondaire, organisatrice de la marche qui s'est terminée à la place Émilie-Gamelin.

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Responsabilité sociale et pouvoir de décider

Deux universitaires ont récemment révélé l'impact social probable qu'aura le dégel des droits de scolarité tel qu'imposé par le gouvernement Charest. Se référant aux années soixante et aux recommandations du rapport Parent, ils rappellent que les gouvernements avaient à ce moment-là adopté des mesures visant à assurer la gratuité scolaire au niveau collégial et à maintenir un gel sur les droits de scolarité à l'université, facilitant ainsi l'accès à l'éducation. Le rapport Parent lui-même recommandait qu'à long terme, la gratuité scolaire à l'université était un objectif souhaitable. Ainsi, les inscriptions dans les universités ont connu une importante croissance jusqu'en 1992. On parle d'une croissance d'inscriptions de 650% dans certains cas en un peu plus de 25 ans.

Au début des années 1990, le gouvernement libéral de Robert Bourassa a procédé au dégel des droits de scolarité et les a augmenté de manière substantielle. Ainsi, ils sont passés en l'espace de quatre ans en moyenne de 581$ à 1630$, provoquant une chute progressive d'inscriptions universitaires jusqu'en 1997. Par exemple, la baisse d'inscriptions des étudiants de 25 ans et plus a été de 22% entre 1992 et 1997.

Les deux universitaires font ressortir la contradiction entre le discours officiel du gouvernement et ses agissements. En effet, le gouvernement prône une économie de la connaissance, stipulant que l'entrée dans la société du savoir doit se traduire par une croissance de la proportion de diplômés universitaires dans les différentes disciplines pour faire face aux multiples défis à surmonter. Selon les universitaires, « D'une part, le discours véhiculé dans l'action publique prône une volonté d'améliorer la situation éducative du Québec. D'autre part, des décisions politiques sont prises qui, à terme, auront pour effet possible de freiner cet élan. » (Le Devoir, 23 mars 2012)

Responsabilité sociale et pouvoir de décider

Les étudiants du Québec traitent rationnellement d'une question sociale qui doit être réglée de façon politique. Ironiquement, avec la judiciarisation du conflit par le gouvernement Charest, on accuse les étudiants de vouloir brimer le droit individuel de certains étudiants de suivre leurs cours, alors que l'opposition au dégel est précisément pour assurer le droit du plus grand nombre d'avoir accès à une éducation supérieure. Le gouvernement Charest, avec un « appui » de 23% de la population selon le système électoral actuel, n'a aucun mandat réel pour imposer de telles mesures irresponsables d'un point de vue social. Charest impose la même irrationalité et le même manque de responsabilité sociale que lui dicte la vision centrée sur le capital des monopoles, ces mêmes à qui le gouvernement accordent tous les droits, y compris celui de détruire nos ressources humaines et naturelles, comme c'est le cas présentement avec Rio Tinto à Alma. Afin que les travailleurs et les jeunes puissent pleinement assumer leurs responsabilités sociales, comme ils le font avec grand honneur en ce moment, la question de « Qui décide? » pour le Québec se pose de façon de plus en plus pressante : Qui décide? Nous décidons!

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