Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 20 - 2 mars 2012

Les travailleurs d'Alma contre Rio Tinto

La campagne de mensonges et
de désinformation de Rio Tinto

Les travailleurs d'Alma contre Rio Tinto
La campagne de mensonges et de désinformation de Rio Tinto - Normand Chouinard
Un travailleur d'Alma explique les enjeux

Acharnement contre les régimes universels de retraite
Une comptabilité tordue pour justifier l'attaque contre la sécurité des aînés
Guerre ouverte contre les travailleurs, jeunes et vieux - Jim Nugent


La campagne de mensonges et
de désinformation de Rio Tinto

Rio Tinto a publié sur sa page internet de l'aluminerie d'Alma un texte très malhonnête intitulé « Le conflit ne bénéficie à personne », poursuivant sa campagne de désinformation contre les travailleurs et le syndicat des Métallos qui les représentent. Rio Tinto cherche à se faire passer pour une victime de l'intransigeance des travailleurs et à faire croire que la situation actuelle, c'est-à-dire l'arrêt de travail provoqué par le lockout des 780 ouvriers d'Alma, est la faute du syndicat et ses membres. Les dommages causés par ce conflit seraient l'entière responsabilité des lockoutés. Le syndicat des Métallos est considéré comme un trouble fête tandis que Rio Tinto est un citoyen corporatif responsable et bienveillant partout où il se trouve sur la planète.

Le texte en question commence en disant : « Un conflit de travail ne bénéficie à personne et celui d'Alma ne fait pas exception. » Voilà une affirmation absurde. Si les travailleurs d'Alma avaient accepté le nouveau plan d'affaire de Rio Tinto sans résister, le monopole en aurait beaucoup bénéficié tandis que les conséquences pour les travailleurs, pour la ville d'Alma et la région du Saguenay-Lac-St-Jean, pour ne pas dire pour le Québec, auraient été néfastes. Par contre, si les travailleurs réussissent à bloquer l'offensive de Rio Tinto, c'est le contraire qui arrive et une nouvelle situation est créée. De plus, le conflit de travail en question n'a pas d'autre origine que l'offensive de Rio Tinto pour accaparer une plus grande partie de la valeur créée par les travailleurs à leurs dépens. Par conséquent, Rio Tinto peut effectivement bénéficier de ce conflit. Son affirmation est donc fausse.

Poursuivons. « La raison d'être de l'usine d'Alma est de fabriquer des produits d'aluminium et lorsque les deux tiers des cuves sont inactives, ce sont 280 000 tonnes d'aluminium qui ne seront pas produites sur une base annuelle et qui ne génèrent pas de revenus. » Bravo pour la lucidité de Rio Tinto. Elle reconnaît donc que ce sont les travailleurs qui créent la richesse et sans leur travail, il n'y a pas d'aluminium, ni de revenus. Les 780 travailleurs sont par conséquent la force la plus précieuse pour faire vivre la compagnie. Alors pourquoi le lockout ? C'est vous qui avez fermé l'usine, pas les travailleurs. Les travailleurs se sont présentés au travail le 31 décembre avant que vous les mettiez en lockout. Il n'y a que vous à blâmer pour les pertes de revenus et la perte de production, personne d'autres.

Le texte continue. « C'est pourquoi, durant trois mois, Rio Tinto Alcan a tout fait pour tenter d'éviter ce conflit. Les offres qui ont été soumises ont été rejetées à deux reprises par le syndicat et ses membres, et le syndicat a décidé par la suite de rompre les négociations. Depuis 1995, Rio Tinto Alcan a négocié, sans conflit de travail et avant l'échéance, plus de 70 conventions collectives concernant ses installations au Québec [hic ! Rio Tinto est devenue propriétaire d'Alcan en 2007]. Alma est le premier conflit de travail à survenir en plus de 15 ans pour l'entreprise dans le monde entier, mais le syndicat des Métallos s'est engagé dans plus de 70 conflits au cours de la même période au Québec seulement. »


Les travailleurs de Rio Tinto Minerals à Los Angeles,
Californie, expriment leur appui aux travailleurs d'Alma
le 22 février 2012 (Métallos)

Étonnante cette affirmation quand on sait que le succès de la solidarité internationale avec les travailleurs d'Alma tient précisément au traitement que Rio Tinto réserve à ses employés partout dans le monde. Voir l'article du LML du 18 février 2012 au sujet des conflits récents en Australie (tentative d'empêcher la syndicalisation), en Californie (lockout des travailleurs du borax) et ailleurs. Et c'est sans compter l'histoire criminelle d'Alcan dans le monde avant que Rio Tinto en fasse l'acquisition. Mais on suppose que Rio Tinto ne veut pas nécessairement s'approprier l'histoire d'Alcan, juste ses droits hydro-électriques et les alumineries construites par les travailleurs du Québec. L'article fait sans doute allusion aux « conflits » de Jonquière, Arvida et ailleurs, la logique étant que la compagnie n'a pas « provoqué » de « conflit », elle a seulement voulu fermer ses portes, mettre les travailleurs à la rue, abandonner les communautés à leur sort et s'approprier les richesses hydro-électriques. Les travailleurs ont eu raison de s'opposer à ces agissements et ils continuent de s'y opposer.

Selon ces affirmations de la direction de Rio Tinto, le monopole ne veut rien d'autres que produire de l'aluminium, tandis que les producteurs d'aluminium d'Alma seraient responsables de l'arrêt de production. Alors pourquoi un conflit maintenant ? Que s'est-il passé ? Pourquoi mettre les travailleurs en lockout avant même l'échéance de la convention collective ?

C'est qu'il y a des choses que Rio Tinto ne dit pas. Elle ne dit pas que son offensive contre les travailleurs d'Alma n'est que le début d'une offensive mondiale pour essayer de récupérer sur le dos de ses employés le prix de surenchère payé pour l'achat d'Alcan. Cela fait partie de sa restructuration et son objectif de diminution des « coûts de production », c'est-à-dire ses intentions de transférer à elle-même une plus grande partie de la valeur que produisent les travailleurs.

Également, rien n'est dit sur les conditions qui existent dans les autres usines dans le monde. Tout ce que l'on sait est que le 31 décembre dernier, 150 mercenaires de la compagnie ont sorti sauvagement les ouvriers d'Alma en leur tendant un sac vert devant leurs yeux et leur ordonnant de sortir de leur usine comme des moins que rien. Pourquoi ? Tout simplement parce que les travailleurs d'Alma ont refusé de se soumettre au diktat de Rio Tinto. Est-ce la même situation partout dans le monde ? Est-ce la manière qu'a Rio Tinto de traiter ses employés s'ils n'acceptent pas le diktat de la compagnie ?

Rio Tinto accuse les Métallos d'avoir causé plus de 70 conflits au Québec depuis 1995. C'est de la malhonnêteté la plus crasse. Les conflits de travail seraient, selon la conception du monde de Rio Tinto, le fait de syndicats qui refusent son régime d'extorsion au lieu de négociations. Ce ne sont pas les syndicats qui causent le désordre et l'anarchie dans le monde, c'est la rivalité et la colusion inter-impérialistes pour les sources de matières premières, la main-d'oeuvre à bon marché, les zones d'exportation de capitaux et les sphères d'influence. En tournant à l'envers une vérité aussi évidente, on criminalise directement l'ensemble de la classe ouvrière qui veut défendre ses droits.

L'opposition ouvrière doit discuter sérieusement de ce genre de position politique telle que celle de Rio Tinto. Ce n'est pas une position anodine et sans effet. Elle représente la volonté des monopoles dans cette période post-contrat social d'enlever ce qui reste des droits des travailleurs, dont le droit à une convention collective négociée de bonne foi. C'est le diktat « à prendre ou à laisser » que désirent maintenant les riches et les cercles dirigeants au Québec. Selon ce diktat, Les travailleurs doivent s'y soumettre ou en subir les conséquences. Cela ne doit pas passer !

Soutenons la juste lutte des travailleurs d'Alma pour la reconnaissance des droits de la classe ouvrière ! Rejetons les mensonges et la désinformation de Rio Tinto !


Los Angeles, Californie, le 22 février 2012 (Métallos)


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Un travailleur d'Alma explique les enjeux

Nous reproduisons un article d'un travailleur d'Alma publié dans Le Quotidien le 21 février sous le titre: « Le conflit vue de l'intérieur ».

* * *

Est-ce que la population comprend l'enjeu du conflit de travail à la Rio Tinto Alcan d'Alma ? Pas sûr ! Je vais tenter d'expliquer.

Il faut, au départ, savoir que le combat n'est pas pour le salaire, car c'est déjà négocié. Je connais déjà mon augmentation pour cette année. L'enjeu est beaucoup plus important.

Personnellement, je serai à la retraite dans 6 ans. J'ai juste à accepter les offres et attendre. Mon travail est assuré, mon fonds de pension l'est presque aussi. Pourquoi me plaindre ? Ce que les gens ne semblent pas comprendre c'est que je ne me bats pas pour moi, mais pour les générations à venir. Les gens croient que l'on ne veut pas de sous-traitant. Je n'ai rien contre les sous-traitants, ce sont des pères de famille qui ont le droit de gagner leur vie comme tout le monde.

Par contre, ils n'ont aucune protection, aucun fonds de pension et font le même travail que moi, dans des conditions moindres. Si, par malheur ils se blessent, ils perdent leur job pas longtemps après leur retour au travail. Nous n'avons jamais mis de sous-traitants dehors et nous n'avons jamais réclamé leurs jobs. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais nous ne voulons pas non plus perdre les emplois de qualité pour nos enfants et ceux des sous-traitants. C'est quoi le plancher d'emploi ?

Ce n'est pas contre le sous-traitant, mais contre la compagnie qui veut diminuer les emplois de qualité dans tout le Québec. Je m'explique. Présentement, nous sommes 780 à gagner en moyenne 75 000 $ par année. Ils veulent remplacer chaque travailleur qui sort à la retraite par un sous-traitant à 15, 16 ou 17 dollars l'heure. Dans quelques années, plusieurs sortent à la retraite et ils veulent nous diminuer aux alentours de 200 ou 250. (Quel rapport de force pour négocier dans le futur ?). Ce que nous désirons, c'est simplement conserver nos acquis pour la région. Ce que nous vivons aujourd'hui, durant la période de lock-out, la baisse de consommation, si la population ne se réveille pas, dans cinq à dix ans ce sera notre quotidien.

Personnellement, je crois qu'il est préférable de souffrir un peu aujourd'hui que le reste de nos jours. Plus vite la population va se soulever, plus vite ce contrat sera signé. Si tu fais le calcul, tu découvres rapidement qu'il y a à peu près 60 millions de dollars de moins versés en salaire dans la région, ce qui provoque l'appauvrissement de la population. Ils disent que nos jobs sont assurés, oui c'est vrai, mais pas les postes de travail, le lieu et aucunement la relève.

Souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps, lorsque RTA a acheté Alcan, ils ont demandé à leurs fournisseurs de diminuer les coûts, et ce n'était jamais suffisant. Quand ils auront réussi à casser le syndicat, qui va pouvoir se battre contre eux ? Alors ils vont demander aux sous-traitants de diminuer les salaires. Qui va pouvoir aller dans les restaurants, acheter des voitures neuves, des motoneiges, des VTT etc. ? Alors les petites PME aussi vont en payer le prix. Ce sera un appauvrissement général de la région. Si les salaires sont diminués, quel intérêt pour les jeunes de rester dans la région ? L'exode des jeunes sera encore plus grand. Tout est lié. Qui sont les gagnants ?

Seulement ici au Québec, RTA possède plusieurs entreprises. La conclusion de ce combat va affecter l'ensemble du Québec pour des décennies à venir. Il est là le vrai enjeu pour RTA. Pourquoi une compagnie accepte-t-elle de perdre en profit un million $ par jour de production ? C'est parce qu'ils ont encore plus à gagner à long terme. S'ils sont prêts à fermer leur usine la plus rentable, qu'arrivera-t-il aux autres dans un avenir pas si lointain ?

Le gouvernement leur donne 500 millions $ de bénéfices en électricité par année et un prêt de 400 millions $ sans intérêt, ça paie largement nos salaires. Ce qui veut dire que nous ne leur coûtons pas un sous en salaire et qu'en plus ils font encore de l'argent avec l'électricité. Et c'est la population du Québec au grand complet qui paie pour ça. Il n'y a pas une PME que le gouvernement paie le salaire de ses employés à 100 %.

Ils parlent de la mondialisation et affirment que s'ils veulent demeurer compétitifs, ils doivent faire ce combat. C'est de la frime. Leur objectif est de faire 40 % de bénéfice net. Je ne connais pas beaucoup de commerce de la région qui font de tels profits. Toutes les entreprises d'Alcan qu'ils ont achetées et qui ne pouvaient atteindre ces objectifs ont été vendues ou sont à vendre.

Si vous désirez savoir ce qui nous attend dans quelques années, vous n'avez qu'à regarder ce qui s'est passé dans le domaine de la forêt, et c'est exactement la même chose avec l'énergie. Quand j'ai commencé à travailler en forêt en 1978, on croyait à l'époque qu'il y avait du bois pour encore 100 à 150 ans. Trente ans plus tard, il n'en reste pas suffisamment pour faire fonctionner les compagnies de papier sans qu'ils demandent des garanties avant d'investir. Rappelons que ce n'est pas nous qui sommes en grève, ce sont eux qui nous ont sortis sauvagement en lockout. Nous nous sommes même rendus à la barrière pour réclamer notre travail le 1er janvier à minuit et ils nous ont mis en lockout.

Ça n'a jamais été les employés qui ont demandé à sortir ou qui ont refusé de travailler. Ils ont engagé 150 fiers-à-bras, ils se sont rendus devant les employés qui travaillaient, ils leur ont tendu un sac vert, ils leur ont dit de prendre leur linge et ils les ont sacrés dehors de l'usine sans pouvoir se décontaminer. Ils ont dit qu'il y avait des moyens de pression, des bennes en feu. Ben voyons, je travaille au carrousel de coulée et je dois changer en moyenne la benne cinq fois par chiffre, et généralement deux sont en feu. Car on travaille avec du matériel entre 800 et 965 degrés C, sans compter les réactions chimiques.

Si on avait voulu faire des moyens de pression, ce n'est pas à des pacotilles de ce genre que l'on se serait attaqué, mais directement à la production. Vous n'avez jamais entendu une seule fois la compagnie se plaindre que la production avait baissé. Bien au contraire, elle a augmenté au cours des derniers jours, car la direction a choisi de vider les cuves pendant qu'il y avait beaucoup de monde. Ça fait déjà un an qu'elle menace de nous sortir en lockout. J'ai un travail que j'aime et avec de bonnes conditions, pourquoi j'irais tout briser? C'est absurde. Ça fait près de 25 ans que je travaille pour cette compagnie et je n'ai jamais causé de dommages, ce n'est pas à la veille de ma retraite que je vais commencer.

Présentement la compagnie doit 850 millions $ dans notre fonds de pension et elle refuse de le rembourser immédiatement ou de prendre les arrangements nécessaires, à un moment où le métal est bon et que la demande est très forte. Que va-t-il se passer si la demande tombe ? Sans compter que si le nombre de participants au fonds de pension diminue, nous allons le perdre, car plus personne pour cotiser. Voici les grandes lignes de notre combat.

Faut absolument que la population se réveille, car d'ici 10 ans, nous seront pauvres comme jamais. Quand Charest a modifié la loi C-45 du code du travail, il nous a fait reculer de 50 ans, au profit des compagnies. Faut pas oublier que ce sont les compagnies qui financent Charest (Conseil du patronat). Regardez depuis quelques années, combien d'entreprises ont quitté le Québec ou ont négocié des salaires à la baisse pour ensuite donner aux dirigeants des primes à coups de millions $.

Les avantages concédés par le gouvernement à la compagnie ont permis aux actionnaires de se faire plus d'argent avec la vente de l'entreprise l'année suivante. Comble de l'histoire, nous apprenions ensuite grâce aux dénonciations des travailleurs de l'aluminium que, par une entente secrète entre Québec et Rio Tinto, le nouvel acquérant pourrait profiter de l'entente de continuité d'Alcan, tout en gardant la liberté de fermer ses usines sans sanction punitive du gouvernement.

Aujourd'hui les gens ont le choix entre deux choses : regarder passé le train et tout perdre ou embarquer et gagner ce combat provincial.

Francis Ouellet
Saint-Bruno

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Acharnement contre les régimes universels de retraite

Une comptabilité tordue pour justifier
l'attaque contre la sécurité des aînés

Un rapport gouvernemental déposé le 28 février à la Chambre des Communes montre à quel point est tordue la comptabilité qui sert à « prouver » que le programme de la Sécurité de la vieillesse (PSV) est déficitaire. Le gouvernement Harper prétend que le système PSV qui verse aux retraités canadiens la somme maximale mensuelle de 540 $ est insoutenable parce que le nombre d'aînés à la retraite doublera au cours des vingt prochaines années alors que la part de la population composée de contribuables en âge de travailler sera diminuée de moitié. Les propagandistes ont commencé une campagne à l'effet que payer la PSV est une « guerre contre la jeune génération » et autres balivernes.

Le rapport surestime le coût du système de plusieurs centaines de millions de dollars pour trois des quatre dernières années. Pour la présente année fiscale, il établit les paiements de PSV à 29 milliards $, une surestimation de 410 millions $.

En 2010-11, le gouvernement a surestimé de 356 millions $ la projection initiale de 28 milliards $ et en 2008-09, il l'a surestimée de 368 millions $.

Le rapport dit que la différence s'explique par le fait qu'il y a moins de prestataires que prévu et que le paiement moyen par personne a été inférieur que celui projeté. De plus, un plus grand nombre de prestataires que prévu ont remboursé leurs prestations.

Si le gouvernement dit que des différences sont à prévoir et demeurent bien en dedans des valeurs normales prévues, l'opposition fait valoir que cela soulève plus de questions au sujet des projections à long terme dont se sert le gouvernement pour faire croire que le système PSV est insoutenable.

Un porte-parole du bureau du ministre des Ressources humaines Diane Finley dit que les écarts ne sont pas anormaux, surtout lorsqu'il faut traiter de projections de plusieurs milliards de dollars et qu'elles sont à l'intérieur des valeurs normales.

« Il va toujours y avoir quelques différences mais ils vont continuer de se recouper », a dit Alyson Queen. « Pour toute prévision financière, il y aura une différence entre les projections et ce qui arrive. »

Postmedia rapporte que « plusieurs économistes et groupes de surveillance des dépenses, y inclus le directeur parlementaire du budget Kevin Page, ont toutefois fait valoir que le système PSV est financièrement soutenable à long terme et ' il n'y a aucune raison de changer ' les règles d'éligibilité d'un point de vue fiscal. »

« Dans un rapport séparé, le gouvernement estime que les paiements de PSV vont s'accroître de 30,5 milliards $ durant la prochaine année fiscale. Selon que les coûts projetés de l'an passé soient utilisés comme une référence ou que les chiffres véritables le soient, cela représente respectivement une augmentation de 4,6 % ou 6 %. »

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Guerre ouverte contre les travailleurs, jeunes et vieux

La minorité riche qui domine les affaires économiques et politiques du Canada poursuit depuis au moins trente ans une stratégie pour baisser le niveau de vie général qui consiste à imposer un système de salaires, avantages sociaux et de retraites différent pour les travailleurs plus jeunes. Les employeurs utilisent la menace de fermeture, les fausses faillites et d'autres méthodes d'extorsion dans les négociations collectives pour imposer des salaires et des régimes de retraite et d'avantages sociaux inférieurs pour ceux qui arrivent sur le marché du travail et pour réduire les pensions et avantages sociaux pour les retraités.

Si les gouvernements et tous les partis au pouvoir facilitent cette campagne des monopoles mondiaux et autres employeurs, les travailleurs y résistent par tous les moyens. Les métallos de Hamilton ont combattu pendant 11 mois un lockout du monopole US Steel qui voulait leur imposer un système à deux paliers et il y en a des centaines d'autres exemples depuis les années 1980.

C'est donc avec beaucoup de mépris que les travailleurs canadiens accueillent la campagne politique et médiatique actuelle du gouvernement Harper pour justifier des coupures dans le régime de retraite public, notamment dans la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti. Pour essayer de déjouer l'opposition à ces coupures, la campagne idéologique présente la chose comme « une guerre des aînés contre les jeunes ».

La campagne à propos de « la guerre contre les jeunes » a commencé tout de suite après que Stephen Harper ait annoncé son intention de procéder à des coupures dans le régime de retraite public. Le Globe and Mail publie une chronique sous le titre provocateur : « La guerre contre les jeunes » où on lit entre autres : « La baisse du taux de pauvreté chez les aînés au cours des quelques dernières décennies est considérée comme une grande réussite de la politique sociale du Canada au XXe siècle. Maintenant le plus gros problème n'est pas comment redistribuer plus d'argent aux aînés dans le besoin, mais bien comment protéger tout le monde contre ce tsunami de vétérans qui va bientôt s'abattre sur nos côtes et entraîner dans la mer la richesse des générations futures. La guerre contre la réforme du système de retraite est une guerre contre les jeunes. »

Convaincu d'avoir entraîné son auditoire dans la vulgarité politique, le chroniqueur réclame l'abolition de l'universalité du régime de retraite et des programmes de santé pour les aînés. « Je ne dis pas qu'il faille expédier nos aînés sur un bloc de glace en haute mer, mais nous devons revoir l'utilisation qui est faite de notre argent. Voulons-nous vraiment transférer tant de richesse des jeunes familles qui ont de la difficulté à boucler leur budget vers des vétérans qui vivent relativement bien ? Est-ce bien sage d'enlever cet argent à nos petits-enfants ? Combien d'écoles ne seront pas bâties parce que nous payons pour le Lipitor de ceux qui ont les moyens de le payer ? Ce n'est évidemment pas tous les aînés qui sont aisés, mais beaucoup le sont. »

La ministre responsable des politiques sociales du gouvernement Harper a elle aussi repris cette tactique pour monter les travailleurs les uns contre les autres lors d'un discours au Canadian Club le 21 février. L'auditoire auquel s'adressait la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences Diane Finley comprenait, mis à part les millionnaires habituels, un groupe d'apprentis de l'équipe de relations publiques du Parti conservateur amené par autobus pour la photo. La ministre s'est tournée vers eux et leur a dit : « J'ai su qu'il y avait quelques tables réservées à des étudiants. Vous serez peut-être tenté de ne me prêter qu'une oreille discrète lorsque je commencerai à parler de la retraite. Redoublez plutôt d'attention, parce que j'espère que vous aurez pris conscience, lorsque j'aurai terminé, du fait que le Canada est en train de subir des changements très importants. J'espère aussi sincèrement que vous aurez compris que le gouvernement travaille ardemment dans le but de s'assurer que le pays qui vous sera légué sera plus fort et meilleur, lorsque vous prendrez les rênes de nos entreprises et du pays. » La ministre a ajouté que « l'heure du cours de revenu de retraite 101 est venue » et « bienvenue au cours d'introduction, par Diane Finley. » Elle a repris tout le discours à propos du « tsunami de baby-boomers » qui menace l'avenir du Canada, citant des statistiques que les partis d'opposition et le directeur parlementaire du budget qualifient de fraude démographique. Elle a fait cette mise en garde : « Le coût total des prestations [de la Sécurité de la vieillesse] sera de plus en plus inabordable pour les travailleurs de demain et les contribuables. Et ce seront les prochaines générations qui vont devoir porter ce fardeau. Les prochaines générations qui auront leurs propres familles à élever, leurs propres hypothèques à payer, leurs propres dettes d'études et de ménage à gérer. » Cette tentative des représentants politiques et médiatiques de la minorité riche de se présenter comme les défenseurs des jeunes travailleurs est particulièrement méprisable quand on sait qu'ils soutiennent année après année les employeurs qui abaissent les salaires, éliminent la sécurité d'emploi et sapent les régimes de retraite et les avantages sociaux pour les jeunes et les travailleurs futurs, en imposant des systèmes à deux paliers. C'est le voleur qui crie « Au Voleur ! »

Comme le système de salaires et de pensions à deux paliers, tout ce discours au sujet de la « guerre contre les jeunes » vise clairement à briser la solidarité intergénérationnelle de la classe ouvrière. Cette solidarité est basée sur l'harmonisation des intérêts entre travailleurs jeunes et âgés, des intérêts individuels et collectifs et de l'intérêt général de la société. Le discours de la « guerre contre les jeunes » est une atteinte à la conscience de la classe ouvrière telle qu'elle s'exprime dans les mots d'ordre apparus dans les manifestations et protestations des dernières années : « Une attaque contre un est une attaque contre tous ! Tous pour un et un pour tous ! ».

Pourquoi s'attaquent-ils spécifiquement à l'universalité de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément du revenu garanti ? Parce que le principe d'universalité fait avancer la société vers la réalisation des droits de tous, y compris le droit à une retraite dans la dignité et la sécurité et parce qu'il en remet la responsabilité au gouvernement en tant que représentant de la société. Les représentants politiques des riches rejettent toute responsabilité de la société envers ses membres mais considèrent comme sacré le droit de mettre toutes les ressources de la société à la disposition des monopoles dans leur concurrence sur les marchés mondiaux.

Les programmes comme la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti ont été réclamés par la classe ouvrière comme demande politique en faveur de la réalisation des droits de tous et du progrès social. Ces programmes contribuent à l'harmonisation des intérêts individuels, des intérêts collectifs et de l'intérêt général de la société. Il faut un ensemble complet de programmes sociaux pour créer une société véritablement démocratique et humaine qui harmonise les intérêts de tous et favorise la voie du progrès.

(Traduction : LML)

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