Le Marxiste-Léniniste

Numéro 16 - 22 février 2012

Le périmètre de sécurité nord-américain

L'annexion du Canada aux États-Unis
progresse rapidement

L'ordre du jour du gouvernement Harper
Le périmètre de sécurité nord-américain
L'annexion du Canada aux États-Unis progresse rapidement - Enver Villamizar

Les régimes de retraite
Acharnement contre les régimes de retraite publics - Jim Nugent
Une retraite à l'abri du besoin pour tous et toutes - Serge Lachapelle
À titre d'information: Mémoire du Parti marxiste-léniniste sur le développement des ressources humaines - Hardial Bains, présenté au Comité permanent de la Chambre des communes, 9 mars 1994


Le périmètre de sécurité nord-américain

L'annexion du Canada aux États-Unis
progresse rapidement

Les gouvernements du Canada et des États-Unis n'ont pas perdu de temps dans la mise en oeuvre des plans d'action annoncés le 7 décembre 2011 en vue de l'établissement du Périmètre de sécurité nord-américain. Le rythme avec lequel l'élite au pouvoir en Amérique du Nord met en place ces nouveaux arrangements, et ce, à huis clos, est alarmant. La classe ouvrière et les peuples du Canada, des États-Unis et des Premières Nations de l'Amérique du Nord trouvent dans l'opposition à ces arrangements une cause commune, puisqu'ils ont comme unique but de bénéficier aux plus grands monopoles et à leur besoin de sécurité et de profit maximum.

Le 3 janvier, le gouvernement Harper a annoncé la nomination de David Moloney en tant que conseiller supérieur responsable de la mise en oeuvre du plan d'action frontalier. Moloney était le premier vice-président de l'Agence canadienne de développement international depuis 2008.

Réunions du Conseil de coopération en matière de réglementation

Les 30 et 31 janvier, les intervenants gouvernementaux canadiens et étasuniens qui font partie du Conseil de coopération en matière de réglementation (CCR) (l'instance responsable d'harmoniser les réglementations des deux pays) ont tenu des réunions à Washington, DC, avec les représentants politiques des plus puissants monopoles nord-américains et autres « organismes partenaires ». Selon le conseil, ces réunions avaient en somme un caractère « consultatif et technique visant à l'application du plan d'action ». À l'ordre du jour, obtenir les opinions des participants dans les domaines de réglementation suivants : agriculture et alimentation, transport terrestre, aérien et maritime ; produits de soins personnels et produits pharmaceutiques ; nanotechnologie ; normes d'émission pour automobiles et locomotives ; et santé et sécurité au travail.

Aucun rapport officiel n'est sorti de ces réunions et aucun des deux gouvernements n'a fait d'annonce publique. Cependant, les médias ont indiqué que 240 personnes étaient inscrites en tant que participantes à ces discussions. On nous informe que les participants représentant le gouvernement canadien étaient le sous-ministre délégué principal d'Industrie Canada, Simon Kennedy, et le conseiller adjoint du Conseil du Trésor au secrétariat de Coopération en matière de réglementation, Robert Carberry.

Nous avons aussi appris que Leah Littlepage, directrice, Canada-États-Unis et politiques de transport de la Chambre de commerce du Canada, y a participé et a déclaré que l'organisation était « très satisfaite des progrès accomplis ».

Une autre participante était Birgit Matthiesen, conseillère supérieure, Relations avec les États-Unis, au président de l'Association des manufacturiers et exportateurs du Canada. Elle a indiqué que les réunions « sont allées au fond des choses ». Selon Matthiesen, son association désirait une bonne représentativité de la part du gouvernement des États-Unis, qui démontrerait un engagement tangible envers le CCR, et elle l'a trouvé. La participation du gouvernement étasunien a été « très saine » selon Matthiesen, citant en exemple la participation de Cass R. Sunstein, administrateur du Bureau de l'information et des questions réglementaires des États-Unis au sein du Bureau de la gestion et du budget à la Maison-Blanche.

Régler les problèmes légaux liés aux échanges de renseignements et l'intégration des forces de sécurité

Selon divers rapports, les « discussions d'intervenants » en ce qui a trait aux aspects de la sécurité contenus dans le plan d'action frontalier, du nom de Groupe de travail par-delà la frontière (GTPF), n'ont pas encore eu lieu. Selon le plan, le groupe de travail aurait comme objectif de « tracer la voie à suivre » sur comment partager l'information et les preuves entre forces policières et agences de renseignement, et ce, avant la fin janvier. Ian Trites, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, a dit qu'une série de rencontres de niveau inférieur ont déjà eu lieu avec l'objectif de s'adresser aux problèmes légaux liés à l'uniformisation de l'échange de renseignements. « La voie vers l'avant en termes d'échanges d'informations liées à la sécurité nationale réside dans un dialogue bilatéral en matière de questions stratégiques et de tactiques à retenir. Tout progrès en ce sens sera soumis au ministre de la Sécurité publique et au secrétaire du Homeland Security », a-t-il dit dans un courriel à Embassy Magazine.

Trites a aussi annoncé que le gouvernement Harper a l'intention d'adopter des lois prochainement qui rendraient permanent le programme de police maritime transfrontalière nommé Shiprider, qui autorise les forces de sécurité des États-Unis à faire appliquer la loi canadienne.

Habilitation des instances décisionnelles régionales binationales

Le gouvernement canadien a identifié la région économique du Nord-Ouest du Pacifique (RENOP) en tant que groupe binational composé de provinces et d'États américains afin de roder un plan permettant de maintenir le commerce du Pacifique advenant une situation d'urgence. La RENOP est composée de la Colombie-Britannique, du Yukon, de l'Alberta, de la Saskatchewan et des Territoires du Nord-Ouest, ainsi que des États américains de l'Alaska, de Washington, de l'Orégon, de l'Idaho et du Montana. Ce groupe existe depuis 1991 suite à la ratification de ses clauses par les États et les provinces participants. Selon le site web de celui-ci, la mission de la RENOP est d'accroître le bien-être économique et la qualité de vie de tous les citoyens de la région, de coordonner les politiques des provinces et des États dans toute la région et d'identifier et de faire la promotion de « modèles de succès », et de servir de lien pour l'échange d'information.

La RENOP est coordonnée par un conseil représentatif composé de premiers ministres et de gouverneurs ainsi que de législateurs provenant de divers États et provinces, ainsi que par un conseil du secteur privé où siègent les représentants de certains des monopoles les plus puissants, en particulier ceux du secteur énergétique tels que ExxonMobil et BP. RENOP est aussi composée d'un comité exécutif qui coordonne les activités journalières où siègent un législateur de chaque juridiction de la RENOP, un représentant membre de la commission du secteur privé de chaque juridiction, quatre gouverneurs/ministres (ou une personne désignée), ainsi que le directeur administratif de la RENOP. Le conseil exécutif actuel est ainsi composé :

Président — rep. Mike Schaufler, Oregon
Vice-président, Canada — M. Lyle Stewart, membre de l'Assemblée législative, Saskatchewan
Vice-président, États-Unis — le sénateur Kevin Ranker, État de Washington
Vice-président, Canada — l'honorable David Ramsay, Territoires du Nord-Ouest
Président sortant — M. Mel Knight, député de l'Assemblée législative, Alberta

Dirigeants des États et des provinces :
Le sénateur d'État, Lesil Mcguire, Alaska
M. George Goeneveld, député de l'Assemblée législative, Alberta
M. John Les, député de l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique
Rep. George Eskridge, Idaho
Le sénateur Kim Grillan, Montana
L'honorable Currie Dixon, Yukon

Représentants du secteur privé :
Neil Windsor, APEGGA
Coprésident canadien, Jan Romerdahl, US Bank
Coprésident étasunien, Matt Morrison, PDG de la RENOP

La RENOP a organisé 15 groupes de travail dont le but est d'harmoniser les politiques transfrontalières. Il s'agit des groupes de travail suivants : agriculture, environnement, industrie forestière, développement durable, riposte aux désastres, énergie I, énergie II, télécommunications, tourisme, commerce et développement économique, espèces envahissantes, innovation, transport, soins de santé, réglementation et transport des eaux.

Modifications aux aéroports canadiens

L'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) a annoncé qu'elle procédait à l'installation de scanneurs d'explosifs dans certains aéroports canadiens. Selon un porte-parole du gouvernement canadien :

« Les appareils de dépistage actuels seront remplacés par une technologie à la fine pointe qui est conçue pour répondre aux normes de la Sûreté du transport des États-Unis. L'amélioration à ce niveau a déjà débuté et se poursuivra dans les trois prochaines années ».

En ce qui semble être le précurseur d'une carte d'identité nord-américaine, dès le 15 février, les Canadiens qui sont membres du programme NEXUS et qui voyagent aux États-Unis pourront utiliser des cartes NEXUS les rendant exempts de dépistage par l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien dans huit des plus importants aéroports canadiens (Halifax, Montréal, Ottawa, Toronto, Calgary, Edmonton et Vancouver). Denis Lebel, le ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, a déclaré : « Cette modification facilitera le transport aérien du Canada vers les États-Unis, tout en maintenant un niveau supérieur de sûreté aérienne... J'encourage les Canadiens à demander la carte NEXUS afin d'en découvrir les avantages lors de leurs voyages ».

NEXUS est un programme binational Canada/États-Unis à l'intention des « voyageurs pré-approuvés et représentant peu de risque » qui entrent au Canada et aux États-Unis à des endroits désignés, qu'il s'agisse de points d'entrée aériens, terrestres ou maritimes. Les participants de NEXUS sont l'objet de contrôles de sécurité et des références. Les candidats retenus sont reconnus comme étant des « voyageurs dignes de confiance », tandis que les voyageurs ne bénéficiant pas du programme NEXUS sont perçus comme n'étant pas dignes de confiance et comme de véritables suspects.

(Traduction : LML)

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Acharnement contre les régimes de retraite publics

Lorsque Stephen Harper a annoncé durant son discours au Forum économique mondial, à Davos en Suisse, que son gouvernement effectuera des coupures aux programmes de régimes de retraite publics, cela a eu pour effet de créer encore plus d'insécurité parmi les travailleurs retraités et ceux qui approchent la retraite. Beaucoup ont vu dans cette annonce qu'une nouvelle limite a été franchie dans l'offensive antisociale de ce gouvernement. En déclarant ainsi la chasse ouverte contre les personnes âgées, Stephen Harper déclare que son gouvernement n'accepte pas la responsabilité de garantir le droit des travailleurs au bien-être durant la vieillesse. Une fois cette limite franchie, tout est permis, le bien-être des travailleurs durant la vieillesse n'est pas garanti.

Bien que la dictature Harper ait délibérément maintenu dans le flou les coupures en réserve à faire, le gouvernement a laissé savoir son intention de commencer des coupures au Programme de la Sécurité de la vieillesse/Supplément de revenu garanti (PSV/SRG) pour les travailleurs âgés de 51 à 56 ans qui s'attendent à le recevoir lorsqu'ils atteindront 65 ans, en 2020-2025. Ils devront attendre jusqu'à 67 ans. Il y a 3 millions de personnes dans ce groupe d'âge. Toutes sortes de scénarios pour des coupures dans les régimes de retraite publics circulent parmi les médias, et cela crée un sentiment d'insécurité parmi les travailleurs âgés, les prestataires de régimes de retraite publics et les travailleurs de tout âge.

Parmi les personnes du groupe d'âge qui sera le premier touché par les coupures, il y a plus de 900 000 travailleurs dont les prestations combinées du Régime de pensions du Canada/Régime des rentes du Québec (RPC/RRQ) et du PSV/SRG seront au minimum actuel pour les personnes âgées. Elles seront fortement dépendantes du PSV/SRG durant leur retraite en raison du chaos économique qu'elles ont vécu durant les trente dernières années, incluant trois récessions importantes et un taux moyen de chômage de presque 8 %. Plusieurs travailleurs ont un faible niveau de contribution au RPC/RRQ. Beaucoup de régimes de retraite d'entreprise ont été détruits par les fermetures d'usines et les faillites frauduleuses. Dans bien des cas, les épargnes sous forme de RÉER ont été liquidées par la manipulation des marchés par l'oligarchie financière. Harper annonce donc qu'il n'y aura pas de secours durant cette vie d'insécurité à la vieillesse, les personnes âgées devront se débrouiller toutes seules.

Le parlement s'est réuni peu après l'annonce faite à Davos et la dictature Harper a agi comme si cette attaque contre les régimes de retraite publics n'était l'affaire de personne. Le gouvernement refuse de répondre à toute question ou d'amorcer toute discussion au parlement à ce sujet. La tactique du gouvernement Harper est de présenter les coupures comme un fait accompli sans avoir à rendre de comptes ou explications pour cette décision.

Au parlement, le 2 février, la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences, Diane Finley, a simplement répété les déclarations de Harper au sujet du besoin de coupures dans les régimes de retraite publics : « La démographie est telle que nous devons agir dès maintenant pour le long terme. Regarder à long terme signifie que certains programmes, tel le PSV, deviendront bientôt trop dispendieux et insoutenables si on ne s'y adresse pas. » Mais elle s'est refusé de détailler les coupes planifiées. « Il y a un large éventail d'options, mais aucune des décisions politiques n'a encore été annoncée. »

À l'extérieur du parlement, le ministre des Finances Jim Flaherty a donné aux médias quelques détails au sujet des coupures. Il a dit que les mesures s'étaleront sur plusieurs budgets. « Nous annoncerons certaines étapes [dans le prochain budget], mais nous avons certainement besoin de planifier et ce n'est pas pour demain. C'est pour 2020-2025. » Le Bureau du premier ministre a émis une « clarification » pour maintenir la confusion sur les intentions du gouvernement, déclarant que le calendrier de Flaherty n'est pas une politique officielle.

Parmi les nombreuses questions et critiques au sujet des coupures aux régimes de retraite publics auxquelles le gouvernement Harper refuse de répondre au parlement, il y a celles qui disent que la « crise démographique » invoquée pour justifier les coupures est une fraude. La dictature Harper rejette du revers de la main toute étude et tout calcul provenant de l'intérieur et de l'extérieur des ministères contredisant son message. Cela comprend les travaux de recherche et les calculs du directeur parlementaire du budget (DPB) et du groupe de travail sur le caractère adéquat du revenu de retraite du ministère des Finances.

Le DPB est un bureau de comptabilité qui a pour mandat d'apporter aux parlementaires une aide technique pour analyser indépendamment les estimations des revenus et dépenses du gouvernement. Le 8 février, il a déposé un rapport au parlement qui remet sérieusement en question les affirmations du gouvernement à l'effet que le PSV/SRG est insoutenable au niveau actuel de prestations.

Le rapport du DPB dit que bien qu'il soit vrai que le nombre de personnes prenant leur retraite et réclamant des prestations augmentera les coûts du programme, ces coûts supplémentaires seront compensés par la croissance du PIB et des revenus du gouvernement. Lorsque tous les facteurs sont pris en considération, indique le rapport, non seulement le PSV/SRV est-il soutenable au niveau actuel des prestations, mais les niveaux des prestations pourront être augmentés.

Le gouvernement a aussi refusé de répondre aux questions au sujet d'une recherche sur les pensions par le groupe de travail sur le caractère adéquat du revenu de retraite parrainé par le ministère de Finances, qui dans un de ses articles conclut : « L'analyse suggère que le Canada ne fait pas face à des défis importants sur la soutenabilité financière de ses régimes de retraite publics. » Le ministre Flaherty a mis sur pied ce groupe de travail lors du sommet fédéral-provincial des ministres des Finances de 2009 sur les pensions. À ce moment, il avait besoin de recherches pour prouver que « tout va bien avec les régimes de retraite publics » pour repousser les demandes généralisées d'une augmentation du PSV/SRG. La désinformation est produite au besoin pour appuyer la tendance politique du jour puis l'écarter.

L'attaque de Harper contre la sécurité des régimes de retraite publics n'a rien à voir avec la démographie et les calculs fiscaux. Harper a fait le calcul politique qu'il peut s'en sauver en allant de l'avant avec l'ordre du jour des riches sur la question des pensions. Ceux-ci réclament la liquidation des pensions pour rendre plus d'argent disponible pour les arrangements des régimes de retraite privés exploités par les escrocs du secteur des banques et services financiers et mettre à la disposition de l'oligarchie financière internationale des réserves massives de capitaux.

Les travailleurs luttent déjà contre le vol des régimes de retraite par les compagnies, les fausses faillites et les tentatives d'imposer un plan de régimes/prestations à deux vitesses avec pour cri de ralliement : « La lutte pour les retraites doit être gagnée ! » C'est la même réponse qu'il faut donner aux attaques de Harper contre les régimes de retraite publics.

(Traduction : LML)

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Une retraite à l'abri du besoin pour tous et toutes

Il ne se passe pas une semaine sans que les riches par la voix de leurs médias monopolisés nous parlent du poids qu'exerce sur les finances publiques le système de retraite actuel. L'actualité nous révèle que des milliers de travailleurs doivent mener une lutte constante pour obtenir une retraite à l'abri du besoin.

Un colloque intitulé « Vieillissement : sortir du fatalisme » tenu en octobre dernier a permis d'apporter un peu de lumière sur la question. Dans le cadre du colloque, l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) a publié une note socio-économique des plus inquiétantes.

On y apprend que : « Entre 1996 et 2008, le Québec a vu une augmentation importante du nombre de personnes âgées sous la mesure de faible revenu. Les chiffres sont éloquents. Cette part de la population a presque triplé, passant de 4,6 % à 12,3 %. Cet appauvrissement est aussi lié à un endettement important. En 1993, seulement le quart des ménages de plus de 65 ans possédait des dettes. En 2010, ce taux est passé à 60 % », écrit Ève-Lyne Couturier, auteur de la note socio-économique.

Pour l'IRIS, cette situation d'appauvrissement s'explique par un système de retraite qui n'offre pas un bon taux de remplacement du salaire obtenu pendant la vie active. En général, on juge que pour maintenir un niveau de vie comparable à la retraite, on doit viser un taux de remplacement des revenus de 70 %. Selon l'OCDE, le taux de remplacement moyen au Canada est de seulement 40 %.

« Notre régime est mixte. Il comporte des aspects publics auxquels la majeure partie de la population a droit et des aspects privés censés combler l'espace laissé par le public, soit des régimes de retraites privés et des REER. Or, on note une diminution constante de la part de la population couverte par les régimes de retraite. On note aussi que les REER sont utilisés à un niveau adéquat pour une minorité de gens en mesure d'épargner », ajoute l'IRIS.

Se référant à la position défendue par l'ancien ministre libéral Claude Castonguay, qui a présidé le groupe de recherche de 2011 qui a recommandé les cotisations de style REER, l'IRIS conclut en soulignant : « En obligeant les personnes à économiser individuellement en vue de la retraite, on pousse à transformer la question de la retraite en un enjeu individuel plutôt que social et collectif. En effet, Claude Castonguay justifie d'abord le choix de cette option parce qu'elle n'inclut aucune contribution des employeurs. À l'opposé, la Suède a opté pour une vaste consultation sur la question qui a abouti à un régime public qui permet de remplacer 60 % des revenus moyens des travailleurs grâce à une cotisation mixte de 18,5 %. »

Pour les partisans de l'agenda antisocial qui considèrent les travailleurs comme un coût de production, offrir un régime de retraite digne de ce nom est vu comme un fardeau économique.

Pour les partisans du programme prosocial, offrir une retraite à l'abri du besoin pour tous ceux et celles qui ont travaillé toute leur vie pour le bien-être de la société est un droit qui doit recevoir des garanties concrètes.

Une retraite à l'abri du besoin pour tous et toutes !

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À titre d'information

Mémoire du Parti marxiste-léniniste sur le développement des ressources humaines

Les Canadiens ont en commun une véritable préoccupation pour les programmes sociaux parce que ceux-ci affectent la vaste majorité de la population et aussi parce qu'ils se soucient du genre de société dans laquelle ils vont vivre. Dans une société où la gloire et la fortune sont souvent la seule garantie de sécurité qu'une personne peut avoir, pour elle, ses enfants et petits-enfants, pour la vaste majorité la sécurité doit provenir de la société. À cet égard, l'État étant le seul représentant de la société, ce sont les programmes sociaux garantis par cet État qui permettent de déterminer à quel point la société offre un avenir en sécurité pour tous.

Une des différences essentielles et un des points de rupture de l'ère médiévale à l'ère moderne est que dans la première la société ne reconnaissait que les réclamations que lui faisaient les seigneurs féodaux et leurs serviteurs. Aujourd'hui, du moins en parole, la société reconnaît les réclamations de tous. On mesure le degré d'humanité d'une société par sa reconnaissance des réclamations que tous ses membres sont en droit de lui faire.

Ceci dit, je suis de la ferme opinion que les programmes sociaux doivent garantir la vie pour tous, de la naissance à la mort, suivant un niveau de vie qui correspond au niveau de développement de la société. Ce niveau de vie ne peut être établi en fonction d'un « seuil de pauvreté » qui est en dessous de ce qu'il faut pour maintenir corps et esprit réunis. Il faut s'assurer que tous les membres de la société, sans égard aux circonstances individuelles, puissent avoir accès au niveau de vie qui correspond au degré de développement atteint par la société, y compris le niveau d'éducation et de culture. Par contre, si la société n'offre pas l'éducation, les soins de santé, des emplois et l'aide sociale à tous, quels sont les moyens de subsistance qui permettent à ses membres de pourvoir à leurs besoins?

L'histoire du système canadien démontre qu'en l'absence de la reconnaissance des réclamations que tous sont en droit de faire à la société, la tendance demeure à l'enrichissement des riches et à l'appauvrissement des pauvres, dans un climat général d'insécurité — un problème chronique mais qui devient particulièrement accentué à certaines périodes, comme c'est le cas aujourd'hui. Le chômage est demeuré un compagnon de route de ce système et le problème n'a pas cessé de s'aggraver depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Comme on le sait, une société peut être considérée comme humaine et démocratique si elle suit le principe de l'universalité dans la reconnaissance des réclamations de chacun à la société. Une société humaine et démocratique ne peut pas que reconnaître les réclamations des riches, leur droit de s'enrichir et d'être riche, et condamner les autres à un état perpétuel de pauvreté tandis que la vaste majorité reste dans un état permanent d'insécurité.

Je suis d'avis que tout examen des programmes sociaux doit tenir compte de trois principaux fondamentaux :

1. En ce qui concerne les programmes sociaux, ce n'est pas le principe de l'universalité qui doit être abandonné, remis en question ou modifié. Au contraire, des mesures doivent être prises pour que le système garantisse le bien-être et le bonheur de tous, plutôt que les richesses pour quelques-uns et la pauvreté pour le grand nombre. Il faut donc se garder d'imposer arbitrairement des changements dans les programmes sociaux ou dans le niveau de ces programmes, comme le niveau des exigences d'admissibilité à l'assurance-chômage [aujourd'hui appelée assurance-emploi — ndlr], comme on le fait présentement lors du dépôt du budget au parlement ou par des prises de décisions qui affectent la vie des gens de manière fondamentale. Ces changements ne cessent de bouleverser la vie des gens, qui doivent s'ajuster en conséquence. Qu'un chômeur reçoive 60% ou 57% du salaire du dernier emploi représente une différence importante quand c'est la seule source de revenu. C'est la même chose pour ceux qui dépendent de l'aide sociale et des autres programmes sociaux.

2. Les programmes sociaux concernent généralement les choses qui ont à voir avec les droits humains : santé, éducation, aide sociale, assurance sociale, logement abordable, pensions, etc. Ils doivent donc être l'attention première de la société humaine. Il faut renoncer aux façons de voir qui considèrent ces programmes comme de simples dépenses et une affaire d'équilibre budgétaire plutôt que comme un investissement social fondamental. Cela est d'autant plus vrai lorsque les réclamations des riches ne sont pas remises en question tandis que celles de simples citoyens le sont.

3. Les Canadiens ont le droit démocratique fondamental de pleinement participer aux prises de décisions qui affectent leur existence. Par conséquent, aucune décision ne doit être prise en ce qui concerne les programmes sociaux avant d'être d'abord soumise à l'approbation de ceux dont l'existence en sera affectée. Le processus de consultation qui est entrepris ne doit pas, par conséquent, être utilisé comme un moyen de légitimer des politiques décidées d'avance, comme on l'a vu dans le passé.

Finalement, aujourd'hui il y a des intérêts en conflit sur ces questions à cause du fondement et du fonctionnement actuels de la société. Les intérêts individuels se heurtent aux intérêts collectifs et les intérêts individuels et collectifs se heurtent à l'intérêt général de la société. Une approche élargie des programmes sociaux suivant le principe de l'universalité peut faire une contribution importante à l'harmonisation des intérêts individuels avec les intérêts collectifs et des intérêts individuels et collectifs avec l'intérêt général de la société.

La société a beaucoup progressé depuis l'ère médiévale. Or, l'existence de disparités entre riches et pauvres et la pression qui veut que la société ne réponde qu'aux réclamations des riches l'ont fait reculer au lieu de rompre une fois pour toutes avec la société médiévale et créer une société entièrement nouvelle dans laquelle le bien-être des uns dépend du bien-être de tous. Un système de programmes sociaux complets apporterait une contribution décisive à la création d'une société véritablement démocratique et véritablement humaine, dans laquelle tous les différents intérêts sont harmonisés en faveur de l'ouverture de la voie au progrès de la société.

Puisque ces vues ne sont présentées ici que sous forme de notes brèves, je suis à votre disposition pour les expliquer et parler de propositions spécifiques.

Sincèrement,

Hardial Bains,
Dirigeant national,
Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste)

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