Le Marxiste-Léniniste

Numéro 15 - 20 février 2012

L'appui aux travailleurs de Rio Tinto
continue de grandir


Manifestation des travailleurs d'Alma à Montréal le 17 février à l'occasion du dîner-causerie dela Chambre de
commerce de Montréal auquel participait la chef de direction de RTA. Les Montréalais leur ont réservé un très
bon accueil. (Eric R. Pelletier)

Manifestation à Montréal au dîner de la Chambre de commerce
Les travailleurs de Rio Tinto à Sorel-Tracy expriment leur appui à leurs collègues d'Alma
Les travailleurs de Kitimat donneront 60 000 $ par mois
Le local 1005 des Métallos lance la campagne «Adoptez un travailleur»

Le rapport financier 2011 de Rio Tinto
Rio Tinto lance une campagne mondiale pour réduire les réclamations des travailleurs à la valeur qu'ils produisent et les coûts en fournitures locales - K. C. Adams
Pourquoi les nouveaux investissements ne créent pas d'emplois


Manifestation contre Rio Tinto à Montréal
au dîner de la Chambre de commerce

Le 17 février, plus de 200 travailleurs de Rio Tinto d'Alma ont rempli 4 autobus et sont allés manifester à Montréal devant l'Hôtel Sheraton où Jacynthe Côté, la chef de direction de RTA, était invitée à un dîner-causerie organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Ils ont été rejoints par des travailleurs de Montréal, membres du Syndicat des Métallos, et par plus de 75 étudiants, en majorité de l'Université de Montréal et du cégep de Rosemont, venus protester contre la hausse des frais de scolarité et le discours de la ministre de l'Éducation, elle aussi conférencière au dîner-causerie.


Le directeur québécois du Syndicat des Métallos Daniel Roy
et Marc Maltais du syndicat d'Alma

Les travailleurs n'en revenaient pas qu'on ait invité Jacynthe Côté à parler sur le thème « L'importance du rôle des entreprises dans le soutien à la relève ». C'est précisément à la relève que s'attaque Rio Tinto en revendiquant le droit absolu d'abaisser les conditions de vie et de travail et de réduire les effectifs syndiqués par un recours sans limite à la sous-traitance.

« C'est curieux de voir la grande patronne de RTA faire des beaux discours sur la relève, alors qu'à Alma, la compagnie veut remplacer des retraités par des sous-traitants payés la moitié du salaire, à 14 ou 15 $ l'heure », a dénoncé le directeur québécois des Métallos, Daniel Roy.

Marc Maltais, le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma, a dit que Rio Tinto est lié par un pacte social aux travailleurs et aux résidents du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« En échange de l'électricité à très bas prix, a-t-il dit, la compagnie a un devoir moral de fournir des emplois de qualité, qui ont un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'économie régionale. La compagnie essaie aujourd'hui de faire voler ce pacte social en éclats. Ils nous ont mis en lockout, 24 heures avant même d'en avoir le droit le 30 décembre, pour nous faire passer en travers de la gorge que les jeunes qui vont suivre auront de moins bonnes conditions que nous. Ça ne passe pas ! »

Les travailleurs ont exprimé leur entier appui aux étudiants luttant contre les hausses de frais imposées par le gouvernement Charest. « On lutte pour la même chose ! », a dit Marc Maltais. Les représentants des étudiants ont rappelé dans leurs interventions que plusieurs associations étudiantes ont adopté des résolutions d'appui à la lutte à Alma et ils ont dit que si la ministre de l'Éducation avait à coeur de préparer la relève, elle annulerait immédiatement la hausse des frais de scolarité de 1625 $ au cours des cinq prochaines années.




(Photos: STAA, Eric R. Pelletier)

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Les travailleurs de Rio Tinto à Sorel-Tracy expriment leur appui à leurs collègues d'Alma


Les travailleurs d'Alma sont chaleureusement accueillis par les membres du Syndicat des ouvriers du fer et du titane du complexe
métallurgique de Rio Tinto Fer et Titane à Sorel-Tracy, le 17 février 2012.
(Eric R. Pelletier)

Dans le cadre d'une excursion d'une journée dans le sud du Québec le 17 février, plus de 200 des lockoutés d'Alma ont amené leur cause au complexe métallurgique de Rio Tinto Fer et Titane à Sorel-Tracy, où ils ont été chaleureusement accueillis par les travailleurs du complexe.

Dominic Boisvert, le vice-président du Syndicat des ouvriers du fer et du titane, leur a exprimé l'appui du syndicat :

« Nous sommes solidaires à votre cause, a-t-il dit au micro aux quelque 200 travailleurs d'Alma. Notre syndicat compte 1200 membres qui vous appuieront jusqu'au bout. Si vous nous appelez pour un regroupement à Alma, on y ira. Peu importe la bannière qui est différente (Sorel-Tracy est syndiqué CSN alors qu'Alma est FTQ — ndlr), il faut garder nos jobs. »

« Pour l'instant, la sous-traitance n'est pas un problème, mais on ne sait jamais, a-t-il dit plus tard en entrevue. On a le même employeur, alors on soutient les syndiqués d'Alma à notre façon. »

Au nom du syndicat d'Alma, son président Marc Maltais a dit que ces actions d'appui mutuel sont importantes et que le syndicat va en organiser plusieurs autres pendant la période qui vient :

« Mettre de la pression, même à l'échelle internationale, va nous aider à ramener notre vis-à-vis avec nous à la table de négociation, a-t-il dit. On va se servir de toutes les tribunes, ici ou localement, chez nous à Alma, ou même à l'étranger. On va déplacer le débat à l'Assemblée nationale. On a une usine ultra-performante, qui a les coûts de production les plus bas au monde. Pour nous, les compromis ont déjà été faits. »



(Photos: STAA, Eric R. Pelletier)

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Les travailleurs de Kitimat
donneront 60 000 $ par mois

Le 15 février, les travailleurs de l'aluminerie Rio Tinto de Kitimat en Colombie-Britannique ont voté à l'unanimité en assemblée générale de donner près de 60 000 $ par mois en appui au combat des travailleurs en lockout d'Alma pour maintenir des emplois décents dans la région.

Chaque semaine, chaque travailleur de Kitimat va donner l'équivalent du salaire d'une heure de travail pour appuyer les travailleurs d'Alma jusqu'en juillet, lorsque la convention collective à Kitimat arrive à terme.


Des travailleurs de Kitimat à Alma en janvier

« Nous avons le même employeur et ce qui ressortira du lockout à Alma risque de nous affecter ici quand ce sera notre tour. Nous constatons une augmentation de la sous-traitance depuis un an, on sait que si RTA a la voie libre au Québec pour en faire davantage, ça risque de se répercuter ici aussi », a expliqué le président de la section locale 2301 des TCA, Ed Abreu, qui a visité les lockoutés à Alma le mois dernier.

Le président du syndicat des travailleurs d'Alma, Marc Maltais, a remercié les travailleurs de Kitimat pour cet appui précieux et dit que cela montre bien que la lutte à Alma est la lutte de tout le mouvement ouvrier.

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Les Métallos de Hamilton lancent la campagne
«Adoptez un travailleur»


Une délégation des métallos de Hamilton reçoit un chaleureux accueil à Alma le 18 février. Photo de droite: Rolf
Gerstenberger, président, Métallos local 1005; Marc Maltais, président, syndicat d'Alma; Patrice Harvey, représentant
des employés de bureau de Rio Tinto Alma; Jean-Paul Marin, retraité des Métallos local 1005.

Le 18 février, une délégation de la section locale 1005 du Syndicat des Métallos, qui représente les travailleurs de US Steel à Hamilton, a rendu visite aux travailleurs d’Alma. Les représentants du local 1005 ont profité de l’occasion pour annoncer le lancement d’une campagne pan-canadienne pour recueillir 77 800$ par mois en appui aux travailleurs en lockout. Le président du syndicat de Hamilton, Rolf Gerstenberger, a expliqué que l’objectif de la campagne « Adoptez un travailleur » est d’offrir une occasion aux travailleurs et syndicats dans toutes les provinces et tous les secteurs de l’économie l’occasion de s’exprimer contre l’extorsion des multinationales et l’imposition du droit de monopole sans restriction et aussi contre le refus des gouvernements de les tenir responsables pour leurs agissements. Les travailleurs d’Alma ont chaleureusement applaudi l’initiative et dit apprécier l’occasion d’échanger les expériences avec les métallos d’Hamilton qui ont eux-mêmes combattu un lockout pendant 11 mois par leur employeur US Steel.


Le président des Métallos local 9490, Marc Maltais (à
gauche), et le président des Métallos local 1005, Rolf
Gerstenberger.

 « Quand nous vous appuyons, nous luttons pour nous-mêmes. Votre lutte est notre lutte », a dit Rolf. Les huit membres de la délégation ont également transmis les salutations des travailleurs de la National Steel Car de Hamilton, du Syndicat des Métallos local 7135, qui ont envoyé leur drapeau et une contribution financière pour exprimer leur appui.

«C'est pas de la pitié, c'est pas de la charité, c'est de la solidarité», a dit Marc Maltais du syndicat d'Alma en entrevue dans les médias durant la journée de rassemblement et de piquetage avec les métallos de Hamilton. Les travailleurs d'Alma ont dit que l’aide financière qu’ils reçoivent de partout au Canada n’est pas de la charité, mais un effort d'organisation pour mettre à leur place les monopoles comme Rio Tinto. C’est une épreuve de force qui met en jeu l’opposition collective des travailleurs et c’est ce qui est derrière la solidarité que les travailleurs expriment les uns pour les autres.

Communiqué de presse, 16 février 2012

La section locale 1005 du Syndicat des Métallos vous informe de sa campagne « Adoptez un travailleur!» en appui aux 778 travailleurs en lockout à Rio Tinto Alcan, à Alma, Québec. L'objectif est de ramasser 77 800 $ par mois auprès des syndicats locaux, d'individus et d'organisations partout au Canada, correspondant à une contribution de 100 $ par travailleur d'Alma.

La section locale 1005 fait appel à vous pour faire de cette campagne un succès. Contribuez ce que vous pouvez et demandez à d'autres de le faire également. Cette mobilisation informera les travailleurs d'un bout à l'autre du pays de ce que fait Rio Tinto Alcan et de la lutte courageuse des travailleurs d'Alma pour défendre leurs droits. Après Alma, Rio Tinto poursuivra son offensive à d'autres usines au Québec et ailleurs, comme à Kitimat, en Colombie- Britannique, où la convention collective se termine en juillet prochain.

En laissant savoir aux travailleurs d'Alma que leur lutte est notre lutte, cette mobilisation contribuera à faire échec à la tentative de Rio Tinto de les isoler et de briser leur résistance à la sous-traitance sans restriction.

L'offensive de ces monopoles pour se donner le droit de faire ce qu'ils veulent au nom du maintien de la capacité concurrentielle sur les marchés mondiaux concerne tous les Canadiens et doit être arrêtée. Le président du syndicat d'Alma, Marc Maltais, du local 9490 du Syndicat des Métallos, a fait remarquer que les travailleurs sont forcés de faire le travail des gouvernements au fédéral et au provincial qui sont supposés empêcher cette destruction par ces compagnies géantes qui se croient tout permis. Elles pillent les ressources, attaquent les intérêts des travailleurs et abaissent le niveau de vie des communautés et pourtant, il n'y a que les travailleurs et leur famille qui sont là pour exiger des comptes.

Les métallos de la section locale 1005 à Hamilton ont été en lockout pendant 11 mois et savent qu'en plus de l'unité du syndicat, le soutien du public est décisif. Il est important que nous gagnions ces batailles pour forcer les monopoles à négocier de bonne foi. Il y a beaucoup de travailleurs qui sont la cible de cette offensive en moment, surtout ceux qui n'ont pas de syndicat. Disons Non ! aux tentatives de transformer les travailleurs en main-d'oeuvre asservie d'un bout à l'autre du pays.

Faisons de la campagne « Adoptez un travailleur » un succès !
77 800 $ par mois, c'est un début !

• Faire votre chèque à l'ordre de : Métallos local 9490. Écrire « Adoptez un travailleur ! » sur la ligne aide-mémoire.
• Poster à : Marc Maltais, président, Métallos local 9490, 830, rue des Pins Ouest, Alma, QC, G8B 7R3
• Pour vous ajouter à la liste des contributeurs : Local 1005 USW — (905) 547-1417 ; rolf.gerstenberger@uswa1005.ca ; 350 Kenilworth Ave. N., Hamilton, ON, L8H 4T3






(Photos: STAA, Eric R. Pelletier, Les Wiatrowski, Patrick Vaillancourt)

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Le rapport financier 2011 de Rio Tinto

Rio Tinto lance une campagne mondiale pour réduire les réclamations des travailleurs à la valeur qu'ils produisent et les coûts en fournitures locales

Le matériel de référence qui suit est présenté pour assister les travailleurs de Rio Tinto dans leur lutte pour défendre leurs droits. Toutes les citations viennent du Rapport financier de Rio Tinto pour 2011 et pour le 4e trimestre de 2011 et sont traduites de l'anglais.

La direction de Rio Tinto a lancé une campagne mondiale pour réduire les réclamations des travailleurs à la valeur qu'ils produisent et les coûts en fournitures locales, ce qui aurait pour effet d'abaisser le niveau de vie de communautés entières. En ce moment, elle prend à partie les travailleurs de l'aluminium du Québec et de la Colombie-Britannique et les travailleurs du minerai de fer en Australie. Rio Tinto a décrété sans raison un lockout contre les travailleurs de l'aluminerie d'Alma et menace de faire la même chose ailleurs au Québec et en Colombie-Britannique si les travailleurs n'acceptent pas de renoncer à la défense collective de leurs droits, s'ils n'acceptent pas la sous-traitance sans restriction et la destruction des syndicats locaux. Les travailleurs à Alma et ailleurs défendent courageusement leurs droits et doivent recevoir un appui sans réserve, sur le plan financier et par d'autres moyens.


Dans la conception centrée sur le capital qui imprègne les rapports financiers de Rio Tinto, les travailleurs sont considérés comme un «coût » qu'il faut réduire continuellement, ce qui veut dire assaillir continuellement les travailleurs pour qu'ils acceptent une baisse de leurs réclamations à la valeur qu'ils produisent et l'insécurité durant les années de travail et à la retraite. L'offensive contre les droits des travailleurs et contre les fournisseurs locaux est au coeur des rapports financiers de Rio Tinto. Le mot « coût » et son pluriel «coûts » deviennent synonymes de travailleurs et fournisseurs.

« Nous sommes déterminés à nous attaquer à ces coûts et nous accélérons un certain nombre d'initiatives de coût et de productivité pour ramener sous contrôle les coûts sur lesquels nous avons un pouvoir d'agir. »

« Rio Tinto Alcan demeure engagée à poursuivre la deuxième phase de la transformation qui vise une amélioration durable du BAIIA (bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements) de 1 milliard $ et une augmentation de 40 % à long terme de nos marges. [...] Cela se fera par une baisse de la structure de coût, une gestion de portefeuille plus disciplinée, différentes initiatives et des investissements d'affaires [...]. Les bénéfices de transformation en 2011 ont compensé en partie pour la pression des coûts provenant des conditions de marché actuelles, et cela a donné une marge de BAIIA de 20 % pour l'année. »

Les directeurs de Rio Tinto veulent augmenter la « marge » à 40 % sur le dos des travailleurs et des fournisseurs locaux, et tout autre facteur de « coût » sur lequel elle peut faire pression grâce à son pouvoir de monopole mondial.

Plus les monopoles deviennent grands par l'acquisition d'autres entreprises ou la fusion, plus ils deviennent agressifs dans leur volonté d' « augmenter leurs marges » aux dépens de tous les autres qui font partie de l'économie socialisée. Avant la frénésie de fusion et d'acquisition de 2008, qui a été un facteur contribuant à la crise économique de 2008, Rio Tinto a fait l'acquisition d'Alcan en 2007 pour la somme de 38 milliards $. C'était une importante surenchère. Au moment de l'acquisition, l'aluminium se vendait à un peu moins de 3000 $ la tonne. Les directeurs de Rio Tinto, comme les autres qui étaient emportés dans la frénésie de la hausse du marché boursier et de l'obligation hypothécaire, ont cru qu'avec leur pouvoir de manipulation des prix et du marché, convaincus que c'était la chose «néolibéralement » correcte à faire, l'économie pourrait encaisser pour toujours les coups contre le droit public et l'excès. Mais le drainage de la valeur des autres secteurs et des travailleurs et communautés ne pouvait pas continuer éternellement. La crise économique a éclaté en 2008 et le prix de l'aluminium a chuté à 1500 $ la tonne. Il se situe maintenant aux environs de 2000 $.

Le rapport financier 2011 fait état de « charges de dépréciation » de 9290 millions $, dont 8855 millions $ pour les entreprises de l'aluminium. Cela porte à 18,2 milliards $ les charges accumulées que la compagnie inscrit contre les 38 milliards $ payés pour l'achat d'Alcan, une somme renversante. Et maintenant, la direction veut la refiler aux travailleurs et fournisseurs, les « coûts », comme elle s'y réfère si dédaigneusement.

Les anciens propriétaires d'Alcan ont fait une belle affaire avec ce prix de vente gonflé. Les nouveaux propriétaires ont encaissé la perte, et la direction fait maintenant pression sur les employés pour leur arracher des concessions pour augmenter sa « marge ». Or, ce 18 milliards $ perdu n'a rien à voir avec les travailleurs ou avec la profitabilité de la production de l'aluminium. Il a tout à voir avec la folie des propriétaires du capital monopoliste dont l'objectif est d'accroître leur capital le plus rapidement possible pour devenir l'empire dominant dans le monde, sans égard aux conséquences, dont la crise économique et le déséquilibre entre les différents revendicateurs de la richesse créée.

Pour maintenir l'équilibre dans l'économie, les directeurs de Rio Tinto doivent reconnaître le droit des travailleurs à des salaires et conditions de travail de standard syndical et l'existence légitime de leurs syndicats en tant que représentants de tous les travailleurs qui ne font pas partie de la gestion.

En plus du lockout actuel des travailleurs d'Alma, Rio Tinto a mis en lockout les travailleurs de sa mine de borax à Boron, en Californie, en 2010, a annoncé la fermeture de l'aluminerie de Lynemouth en Angleterre et refuse de reconnaître les droits syndicaux des travailleurs du minerai de fer en Australie.

Réagissant à la crise provoquée par l'acquisition d'Alcan, Rio Tinto utilise maintenant 7 milliards $ de revenus pour racheter des actions pour essayer de contrer la chute de leur valeur à la bourse. La chute du prix de l'action a déjà valu à Rio Tinto une avalanche de critiques et si la baisse continue, cela pourrait provoquer la colère des actionnaires envers certains directeurs identifiés comme responsables des difficultés actuelles. Ces directeurs veulent que les travailleurs paient pour ces difficultés en faisant des concessions.

Les rapports financiers reconnaissent la débâcle de l'acquisition d'Alcan, ce qui revient à réprimander publiquement les deux principaux directeurs responsables de l'achat à prix gonflé. Le président de Rio Tinto écrit : « Bien que nous faisions aujourd'hui état d'excellents revenus, il nous faut aussi reconnaître que nous avons encouru des charges de dépréciation considérables en rapport avec nos entreprises de l'aluminium. Puisque ces charges sont en grande partie liées à l'acquisition d'Alcan, le président-directeur général Tom Albanese et le directeur financier Guy Elliott ont informé le Comité des rémunérations qu'ils ne désirent pas être considérés pour la prime annuelle et je crois qu'ils ont tout à fait raison. »

Pour récupérer leur prime et rétablir leur réputation en tant que représentants dévoués des propriétaires du capital monopoliste, ils braquent leurs fusils sur les travailleurs. Ça ne passe pas ! Les problèmes causés par l'avidité des propriétaires du capital et l'orgueil mal placé de leurs représentants ne sont pas la faute des travailleurs et ceux-ci ne doivent pas être forcés d'en faire les frais !

Pour une économie en santé, il faut un niveau de vie moderne pour tous, la sécurité de moyen de subsistance et de la retraite et le respect des droits des travailleurs, ce qui comprend le droit de se regrouper dans un syndicat pour défendre les droits de tous ceux qui travaillent dans un même endroit, sans exception. La réponse à donner à ces crises économiques périodiques n'est pas d'attaquer les droits des travailleurs, mais de reconnaître les droits de la classe ouvrière et changer la direction de l'économie en faveur d'une économie centrée sur l'être humain et sous le contrôle des véritables producteurs.

Le rapport financier attribue les difficultés actuelles non seulement à l'acquisition d'Alcan à un prix gonflé, mais aussi aux problèmes qui ont à voir avec la nature globale du capitalisme monopoliste, dont l'incapacité de développer le commerce international sur la base de l'avantage réciproque et sans être soumis à l'hégémonie du dollar américain. Il faut une réponse moderne à la crise, qui commence par défendre le droit public. Il faut des institutions publiques qui contrôlent et déterminent les prix de gros suivant une formule moderne qui tient compte du prix de production, en opposition au droit de monopole et au contrôle monopoliste des prix. La manipulation des prix entraîne des variations extrêmes sans rapport réel avec la valeur réelle, comme le prix de l'aluminium qui passe de 3000 $ la tonne à 1500 $. Ces grandes variations, de pair avec la variation de la valeur de la monnaie, deviennent un autre facteur provoquant et aggravant les crises économiques périodiques.

« Dans l'environnement actuel du marché, les coûts sont considérablement plus élevés à cause de la force du dollar canadien et du dollar australien par rapport au dollar américain et d'une augmentation du prix des intrants. Certains problèmes sont aussi attribuables à la volatilité des prix de l'aluminium, qui entraîne une baisse de la valeur du marché de l'actif. [...] Une hausse du prix de l'aluminium a signifié une hausse de 574 millions des revenus comparativement à 2010. Cela a plus que compensé l'effet de la variation de la valeur de la monnaie, établie à 282 millions $, principalement attribuable à la force relative du dollar canadien et du dollar australien par rapport au dollar américain. [...] Le prix moyen de l'aluminium en 2011 était de 2395 $ la tonne, une hausse de 10 % par rapport à 2010 [mais il a chuté à moins de 2000 $ durant le quatrième trimestre]. »

Malgré les plaintes à propos des charges de dépréciation, des coûts élevés et de la variation de la valeur de la monnaie, le rapport présente une vision positive à long terme pour le secteur de l'aluminium, notamment pour la production qui se fait avec l'hydro-électricité.

« La croissance de la demande de l'aluminium demeure forte. [...] La production chinoise n'arrive toujours pas à satisfaire la demande intérieure, mais elle s'est déplacée vers le nord-ouest du pays, où ce sont les gisements de charbon qui servent à générer de l'électricité requise. [...] Nous avons recentré notre attention sur nos avoirs essentiels, notamment nos sources de bauxite de classe mondiale, notre technologie de pointe et notre portefeuille moderne d'alumineries de grande échelle, de longue durée et fonctionnant à l'hydro-électricité. [...] Nous avons vu une modération des prévisions du marché pour la croissance globale du PIB ces derniers mois, mais on prévoit quand même qu'elle sera de 3,3 % en 2012. Tout ce que nous voyons en Chine en ce moment soutient nos prévisions d'un atterrissage en douceur pour notre important marché chinois, avec une croissance dépassant 8 % en 2012. À plus long terme, les propulseurs économiques que sont l'industrialisation et l'urbanisation dans les économies émergentes restent en place et mèneront à une augmentation sans précédent de la demande pour les métaux et minerais au cours des 10 à 20 prochaines années. Il est de plus en plus évident que l'industrie minière dans son ensemble peinera à alimenter le marché assez rapidement pour satisfaire cette demande accrue. Les récents soubresauts des marchés financiers ne feront que retarder davantage l'approvisionnement. »

La perspective relativement positive de Rio Tinto est confirmée dans les résultats de 2011 en dépit des charges de dépréciation et de l'incertitude des prix et de la valeur de la monnaie. Les résultats suivants représentent les revenus bruts des ventes de 60,54 milliards $, dont 6,99 milliards $ pour la vente de l'aluminium de première fusion, comparativement à 6,4 milliards l'année précédente. La production de première fusion comprend la majorité des opérations de Rio Tinto au Canada, comprenant les alumineries et les centrales électriques. Rio Tinto Alcan a obtenu dans l'ensemble un revenu brut des ventes de 12,16 milliards $ comparé à 11,31 milliards $ l'année précédente.

« Rio Tinto a annoncé des revenus sous-jacents de 15,5 milliards $, soit 11 % de plus qu'en 2010.

« Des bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements (BAIIA) records de 28,5 milliards $, soit 10 % de plus qu'en 2010.

« Des flux monétaires nets records de 27,4 milliards $, une hausse de 16 %.

« Des dépenses en immobilisations de 12,3 milliards $ en 2011, comparativement à 4,6 milliards $ en 2010. Il est prévu que les dépenses en immobilisations pour les projets approuvés en 2012 seront de 16 milliards $. »

Les réclamations à la valeur produite par les travailleurs de Rio Tinto comprennent :

- Réclamations des travailleurs : non identifiées dans le rapport financier
- Réclamations des cadres de direction : non identifiées
- Réclamations en intérêt des détenteurs de la dette : 613 millions $ comparé à 696 millions en 2010 (une grande partie de la dette de 18,1 milliards $ a été refinancée à intérêt inférieur.)
- Réclamations en dividendes des détenteurs des actions : 548 millions $ comparé à 457 millions $ en 2010
- Réclamations des propriétaires d'actions de rachat : 6,2 milliards $
- Dépenses de bénéfices non répartis et emprunt pour l'achat ou le reconditionnement des équipements : 12,3 milliards $ comparé à 4,6 milliards $ en 2010
- Réclamations des gouvernements à titre d'impôts des sociétés : 6,2 milliards $ comparé à 4,1 milliards $ en 2010 (les charges de dépréciation de 9290 millions $ n'étaient pas imposables)

Dans la rubrique « Nouveaux projets et croissance » dans le rapport financier on lit : « L'agrandissement de la raffinerie d'alumine Yarwun à Queensland pour augmenter sa production de 1,4 à 3,4 millions de tonnes par année avance comme prévu et les nouvelles installations commenceront à transformer la bauxite à la mi-2012. »

L'alumine additionnelle devra ensuite être transformée en aluminium, vraisemblablement dans les usines de Rio Tinto au Canada, en tout cas en grande partie.

« Le 1er décembre 2011, Rio Tinto a annoncé de nouvelles dépenses en immobilisations de 2,7 milliards $ pour la modernisation de son aluminerie à Kitimat, en Colombie-Britannique, Canada. Ce nouvel investissement permettra d'achever le projet de 3,3 milliards $ en 2014 et d'accroître la capacité productive de l'aluminerie de plus de 48 %, pour une production approximative de 420 000 tonnes par année. »

« Construction d'une nouvelle turbine de 225 mégawatts à la centrale hydro-électrique de Shipshaw au Québec, Canada : 268 millions $. Approuvé en octobre 2008, le projet avance comme prévu et devrait être terminé en décembre 2012. »

« Modernisation de l'aluminerie ISAL en Islande : 487 millions $. Approuvé en septembre 2010, le projet devrait accroître la production de 190 kt à 230 kt entre avril 2012 et juillet 2014. Le projet comprend une usine de coulage de pointe pour la production de billettes à valeur ajoutée. »

« L'usine AP60 (60kt par année) au Québec, Canada : 1,1 milliard $. Approuvée en décembre 2010, elle devrait produire le métal de fusion en février 2013. »

Rio Tinto emploie 77 000 personnes à l'échelle mondiale, avec des opérations en Australie, au Canada, aux États-Unis, en Afrique, en Amérique du Sud, en Europe et ailleurs. Les opérations mondiales se divisent en six unités. En ordre de grandeur du chiffre d'affaires brut : minerai de fer (29,9 milliards $) ; aluminium (7,3 milliards $) ; cuivre (7,6 milliards $) ; énergie, essentiellement le charbon et l'uranium (7,3 milliards $) ; diamants et minéraux (3,2 milliards $) ; autres opérations, principalement Pacific Aluminium (8.2 milliards $).

Note

Les bilans financiers de Rio Tinto sont centrés sur le capital, ce qui fait qu'ils n'ont pas comme point de départ une conception du monde centrée sur l'être humain. Les colonnes de chiffres qu'ils contiennent révèlent une obsession pour la masse des marchandises produites et vendues et les sommes d'argent qu'elles génèrent sur la base du capital investi. Ils se fichent royalement des êtres humains qui sont les véritables producteurs, des communautés où ils vivent, de l'économie socialisée dans son ensemble, dont l'extraction et la transformation minières sont une composante essentielle, et de l'intérêt général de la société sans laquelle les gens sont laissés à eux-mêmes. La nature anti-humaine de ces rapports est on ne peut plus évidente. Les travailleurs qui produisent toute valeur en transformant la matière première ne sont pas mentionnés, si ce n'est qu'à titre de « coûts ».

Dans le bilan annuel, dans la toute première catégorie intitulée « revenus de ventes consolidés », le montant de 60,54 milliards $ comprend les réclamations des travailleurs à la valeur qu'ils produisent, bien que pas identifiées comme telles, sous la rubrique « coûts nets d'exploitation », au côté des véritables coûts de production comme les machines, l'électricité, etc. La somme est inscrite dans les fameuses parenthèses, signifiant un montant négatif de (36 260 milliards $), donc un fardeau financier. Cette rubrique est suivie de la colonne « charges de dépréciation » de 9,17 milliards $, également entre parenthèses, une autre perte qui serait de la même nature que les travailleurs.

Cette méthode de comptabilité n'a pas sa place dans une économie socialisée moderne. Les travailleurs devraient être au premier plan pour la valeur qu'ils ajoutent aux matières premières en les transformant en valeur d'usage par leur travail. Ensuite viendraient trois principaux revendicateurs de la valeur ajoutée produite par les travailleurs à cette étape de production et de propriété (les travailleurs, les gouvernements et les détenteurs du capital — action, dette et propriété foncière), puis les bénéfices non répartis et les réclamations des cadres.

Le coût de production est la valeur déjà produite (valeur transférée) provenant d'autres groupes de propriétaires et devrait être placé dans une catégorie à part (électricité, combustible, matières premières, amortissement et dépréciation de l'usine et des équipements, etc.)

Ce bilan centré sur le capital dégage une impression de révulsion, voire de haine pour les travailleurs, comme par exemple lorsqu'il est question d'arrêter la production sans aucune mention ou considération pour le facteur humain et les communautés qui dépendent des moyens de subsistance qui s'y rattachent et de la valeur que les travailleurs produisent.

« Six installations australiennes et néo-zélandaises ont été transférées à Pacific Aluminium et sept autres installations non essentielles ne font plus partie de Rio Tinto Alcan. La gestion et les bilans de ces installations ne relèvent plus de Rio Tinto et le Groupe examine les options de dessaisissement. » (notre souligné)

« Le 16 novembre 2011, Rio Tinto a annoncé son intention de fermer l'aluminerie de Lynemouth (en Angleterre). [...] Cela représente une perte d'une capacité de production annuelle de 120 000 tonnes. »

La fermeture de Lynemouth représente « une perte de 120 000 tonnes », et non des centaines d'emplois perdus, une perte de revenus pour la communauté et des rêves brisés.

Le mépris des directeurs de Rio Tinto pour les travailleurs est on ne peut plus clair lorsqu'ils annoncent le lockout injustifié des travailleurs d'Alma.

« Le 1er janvier 2012, Rio Tinto Alcan a annoncé qu'il avait débuté un lockout à l'aluminerie d'Alma et qu'il avait arrêté les deux tiers (292 000 tonnes) de la capacité de la fonderie pour protéger la sécurité et l'intégrité des opérations d'aluminium après que les négociations avec le syndicat se soient avérées non fructueuses. »

Les directeurs se font du souci pour « la sécurité et l'intégrité des opérations d'aluminium » et non pour le facteur humain dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et ses communautés, c'est-à-dire les véritables producteurs qui défendent leur droit d'agir en tant que collectif, de revendiquer un moyen de subsistance de standard canadien à partir de la valeur qu'ils produisent et d'empêcher les cadres de Rio Tinto de retirer encore plus de valeur qu'ils ne le font déjà de la région.

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Pourquoi les nouveaux investissements
ne créent pas d'emplois

Nous avons publié la semaine dernière un article au sujet des agissements de Rio Tinto à la mine de fer de Pilbara, en Australie, où les travailleurs luttent pour réorganiser leur syndicat pour défendre leurs droits. La réponse des directeurs de Rio Tinto a été d'entamer des poursuites judiciaires contre les travailleurs et pendant ce temps ils dépensent des millions de dollars pour acheter des « camions automatisés » (sans chauffeur) et d'autres façons mécanisées d'attaquer le facteur humain. Voici ce que dit le communiqué de presse :

« Le 2 novembre 2011, Rio Tinto a annoncé qu'il aura bientôt en sa possession le plus grand parc de camions automatisés au monde suite à une entente prévoyant l'achat de 150 véhicules de Komatsu Limitée au cours des quatre prochaines années. Les nouveaux camions, qui arriveront en 2012, seront utilisés dans les mines de minerai de fer de Pilbara de Rio Tinto et peuvent être opérés à partir du centre d'opération à Perth, à plus de 1500 kilomètres de là. Cette décision a été prise suite à un essai concluant de camions automatisés et représente 15 fois l'expansion prévue initialement, soit de dix camions. »

Les cadres de Rio Tinto sont en complète dénégation, refusant de voir que la chute du taux de profit qui accompagnera cet investissement leur créera un autre cauchemar plus tard. Il y aura chute du taux de profit parce que ce sont les travailleurs qui produisent la valeur et sans le travail il n'y a pas de valeur ajoutée. Ces camions-machines sont fabriqués par des travailleurs et l'argent utilisé pour les acheter est produit par des travailleurs également. Ce qui n'est pas produit ne peut être distribué. Finalement, la campagne frénétique de Rio Tinto contre les travailleurs est de l'autodestruction.

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