Le Marxiste-Léniniste

Numéro 14 - 18 février 2012

L'appui aux travailleurs d'Alma continue de prendre de l'ampleur

Les agissements de Rio Tinto Alcan contre les travailleurs, leurs syndicats et les communautés appellent à la solidarité mondiale

Grande manifestation et campagne mondiale
Un appui précieux des travailleurs des installations portuaires
Une délégation du Syndicat canadien de la fonction publique à Alma
Les agissements de Rio Tinto Alcan contre les travailleurs, leurs syndicats et les communautés appellent à solidarité mondiale - Pierre Chénier
Les travailleurs de l'aluminerie de Kitimat partagent leurs préoccupations - Barbara Biley
Au tour du Conseil du patronat de dire que la demande d'un plancher d'emplois est «irréaliste» - Normand Chouinard


L'appui aux travailleurs d'Alma continue de prendre de l'ampleur

Grande manifestation et campagne mondiale


Les travailleurs des installations portuaires de Saguenay avec les travailleurs d'Alma, le 12 février. (Eric R. Pelletier)

Dans son communiqué du 15 février, le Syndicat des Métallos annonce que des syndicalistes de partout dans le monde vont se rassembler à Alma du 30 mars au 1er avril pour manifester leur appui à la lutte que mènent les travailleurs en lockout pour préserver des emplois décents.

Une grande manifestation se tiendra le 31 mars qui réunira des représentants de syndicats du Québec, du reste du Canada et de plusieurs pays dont la Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de l'énergie, des mines et des industries diverses (ICEM) et la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM). En signe d'appui pour la lutte à Alma, ces deux fédérations qui représentent à elles seules plus de 45 millions de travailleurs ont décidé de tenir à Alma une réunion conjointe le 30 mars qui devait se tenir ailleurs.

« Les appuis sont nombreux à venir de syndicats partout sur la planète. Les attaques contre l'emploi et les travailleurs se multiplient. Il sera question notamment lors de la rencontre d'Alma de stratégies pour s'unir et riposter aux multinationales qui appauvrissent des régions entières pour le bénéfice de leurs actionnaires à court terme », a dit le directeur canadien des Métallos, Ken Neumann.

« En maintenant ses travailleurs en lockout, RTA commet un affront envers l'ensemble des familles de la région. Cette multinationale va voir qu'au Québec, on respecte les gens qui se tiennent debout ! Depuis le 30 décembre, ces travailleurs luttent, pacifiquement, pour l'avenir de l'emploi dans la région. La vague de solidarité à leur égard ne peut que grandir ! », a ajouté le directeur québécois des Métallos, Daniel Roy.

Le communiqué annonce également que pour développer la campagne d'appui mutuel entre les travailleurs, le président de la section locale 9490 représentant les travailleurs en lockout, Marc Maltais, ainsi que l'adjoint au directeur québécois des Métallos, Guy Farrell, s'envoleront le 20 février pour les États-Unis, d'où ils partiront ensuite pour l'Australie.

Marc Maltais et Guy Farrell rencontreront d'abord des leaders syndicaux de la mine de Rio Tinto de Boron en Californie qui ont combattu un lockout de près de 5 mois visant à leur imposer la précarisation de l'emploi.

La délégation s'envolera ensuite pour l'Australie, puis la Nouvelle-Zélande, où ils rencontreront des syndicalistes et expliqueront les enjeux du lockout au Québec

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Un appui précieux des travailleurs des installations portuaires de Rio Tinto

L'appui aux travailleurs en lockout d'Alma ne démord pas et cela comprend d'importantes contributions financières. Le 12 février, le Syndicat des travailleurs des installations portuaires de Rio Tinto à La Baie, à Saguenay, a fait un don de 50 000 $ aux travailleurs d'Alma. Les travailleurs portuaires sont membres de la section locale 1946 des Travailleurs canadiens de l'automobile. C'est un fort montant d'argent pour un syndicat qui compte environ 170 membres et cela en dit long sur l'estime qu'ils ont pour la lutte des travailleurs d'Alma pour faire plier un monopole mondial qui tente d'imposer des droits de gérance sans limites aux travailleurs et par extension à toute une région.

Les travailleurs des installations portuaires ont pris le montant dans le Fonds de défense professionnelle qu'ils avaient accumulé en 2006 en prévision d'une grève.


De gauche à droite: Denis Julien, secrétaire, TCA local 1946;
Marc Maltais, président des Métallos local 9490; Patrice
Harvey, représentant des employés de bureau de Rio Tinto
Alcan; Mario Dufresne, président, TCA local 1946

« Cet argent, on devait s'en servir en 2006 pour faire une grève, a dit Mario Dufresne, président de la section locale 1946, en présentant le chèque de 50 000 $. Mais nous n'avons pu nous y rendre, car nous n'avons pas eu le choix de signer le contrat de travail. On avait un couteau sur la gorge. En 2008, on a fait face à une restructuration et nous avons subi des coupures et nous n'avons pu nous servir de cet argent, surtout que nous avons un contrat valide jusqu'en 2015.

« Mais en 2012, nous prenons une partie de l'argent que nous avions mis de côté pour venir en aide à nos collègues d'Alma. Car leur bataille n'est pas seulement locale, elle est régionale et provinciale. Le combat est noble, car personne ne veut d'emplois à rabais. Les citoyens de la région doivent comprendre ce qui se passe dans cette histoire. Et si jamais on devait se retrouver devant une situation similaire (lockout ou grève), on trouverait le moyen de trouver de l'argent. »

Le chèque a été remis au syndicat d'Alma lors d'un rassemblement de plus de 250 travailleurs, dont plus de 60 des installations portuaires.

(Photos: STAA, Eric R. Pelletier)

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Une délégation du Syndicat canadien
de la fonction publique à Alma



Photo du haut à gauche: Charles Fleury, secrétaire-trésorier national du SCFP; Patrice Harvey, représentant du syndicat
des employés de bureau de Rio Tinto; Marc Maltais, président des Métallos local 9490; Sylvain Ladouceur,
vice-président, SCFP-Québec, secteur éducation. 
(SCFP; Eric R. Pelletier)

Une délégation du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), dont le secrétaire-trésorier national Charles Fleury, s'est rendue à Alma le 10 février pour remettre plus de 10 000 $ en appui financier aux travailleurs de Rio Tinto en lockout. « Tant les gouvernements que les entreprises privées veulent faire reculer de cinquante ans les droits des travailleurs, par les temps qui courent, a dit le représentant syndical. Il y a une attaque en règle des riches et des puissants contre les travailleurs. Dans le public comme dans le privé, on remet en question des choses tout à fait normales pour la sécurité financière des familles : les salaires, la sécurité d'emploi, les pensions. Il est essentiel que tous les travailleurs, dans le public comme dans le privé, syndiqués ou non, résistent contre ces mesures régressives. »

Le président des Métallos local 9490, Marc Maltais, a dit que cet appui arrive à point nommé pour les travailleurs d'Alma, qui entament leur deuxième mois de lockout. « La solidarité de nos confrères amène de l'eau au moulin de notre lutte. Ça fait du bien de voir à quel point notre bataille pour des emplois de qualité touche les gens dans tous les milieux de travail, que ce soit public ou privé », a-t-il expliqué.

(SCFP)

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Les agissements de Rio Tinto Alcan contre les travailleurs, leurs syndicats et les communautés appellent à la solidarité mondiale

Rio Tinto a une longue histoire d'attaques contre les syndicats et les communautés partout où il opère et les travailleurs sont en train de faire des progrès importants dans leur lutte commune à lui résister.

Dans la région du Pilbara, en Australie, les plus de 5 000 travailleurs à la mine de fer de Rio Tinto ont récemment remporté des succès à déjouer les tentatives de la compagnie de faire obstacle à l'organisation syndicale. La compagnie tente d'empêcher les travailleurs de s'organiser depuis des années et a récemment perdu une cause qui traîne depuis trois ans devant les tribunaux. Le juge a refusé de reconnaître les « conventions collectives » bidons sur lesquelles la compagnie s'appuie pour combattre le syndicat. Le 10 février, la Cour suprême de l'Australie a refusé le recours en appel de Rio Tinto sur les conventions collectives non syndiquées imposées aux mineurs. Cela a commencé en 2008 quand Rio Tinto a signé une entente de cinq ans avec dix nouveaux travailleurs et a tenté d'imposer la même entente à des milliers de mineurs dans cette région où la majeure partie de la main d'oeuvre est non syndiquée. Rio Tinto et l'autre géant minier mondial présent à Pilbara, BHP Billiton, ont recours à cette méthode de contrats de travail individuels qu'ils convertissent en conventions collectives non syndicales et les offrent à d'autres dans le but explicite d'empêcher les travailleurs de se regrouper en syndicats.

En 2010, le Syndicat de la construction, des forêts, des mines et de l'énergie (SCFME) d'Australie a contesté la légalité de ces contrats non syndicaux de Rio Tinto, faisant valoir que les contrats bidons d'une durée de cinq ans servaient à mettre la compagnie à l'abri des nouvelles lois en matière de relations de travail adoptées en 2009 par le gouvernement (suite à la défaite du gouvernement Howard en 2007). En août 2010, les tribunaux ont tranché en faveur de l'employeur, disant que le contrat était valide. Mais l'année suivante, suite à une interjection en appel par le SCFME, la cour fédérale a invalidé ce jugement et a statué que le contrat défendu par Rio Tinto n'était pas une « convention collective d'employés » telle que définie par la nouvelle loi sur les relations de travail. Rio Tinto en a appelé de cette décision et c'est cet appel qui a été refusé par la Cour suprême de l'Australie.

Réagissant à cette décision, les dirigeants de Rio Tinto ont cherché à créer la panique, disant que ce refus ouvrait toute grande la porte à une période d'incertitude pour l'industrie minière en Australie, car cela allait encourager les grèves illégales, affectant ainsi la productivité et la capacité concurrentielle mondiale de Rio Tinto. C'est l'argument irrationnel qu'offrent les monopoles partout dans le monde aujourd'hui : la sécurité nationale est en péril si on ne leur permet pas de faire ce qu'ils veulent. Dans cette logique, la seule certitude pour l'industrie est de réduire les travailleurs à l'esclavage. Ils menacent de partir et d'amener leurs investissements avec eux, mais partout où ils iront ils devront expliquer leur vol des ressources des peuples et ces tentatives de transformer les ressources humaines en travailleurs esclaves. Cela montre aux travailleurs du monde entier qu'il devient urgent de coordonner leurs efforts pour forcer ces monopoles à négocier des contrats d'emploi qui sont mutuellement avantageux et pour obliger les gouvernements à défendre le droit public contre le droit de monopole.



Appui aux mineurs de Californie. Haut:
manifestation devant l'assemblée annuelle générale
de Rio Tinto à Londres, Angleterre, le 15 avril 2010.
Bas: le 20 avril 2010 à San Francisco,
Californie (Mark Thomas, Rand Wilson)

En 2010, les mineurs de borax à Boron, une ville d'environ 2 000 habitants dans le grand désert du sud de la Californie, ont mené une lutte ardue de trois mois contre un lockout imposé par Rio Tinto qui cherchait à leur soutirer des concessions. Les concessions comprenaient l'inclusion du travail non syndiqué dans la convention collective et l'abolition de l'ancienneté. Les travailleurs ont rejeté les concessions et les « junk jobs » que Rio Tinto tentait de leur imposer. Ils ont dit qu'ils avaient réussi à se défendre contre la plupart de ces concessions grâce surtout à l'appui important qu'ils avaient reçu des gens de la place et des travailleurs de toute la Californie qui devaient voyager de longues distances ne serait-ce que pour leur rendre visite. Durant le lockout, une campagne mondiale a aussi été organisée par les syndicats pour exiger que Rio Tinto retire ses demandes de concessions anti-ouvrières.

En Papouasie, en Nouvelle-Guinée, en Afrique du Sud et ailleurs, Rio Tinto tente d'attaquer les salaires et les conditions de travail de ses employés tandis que les populations locales veulent forcer le monopole mondial à assumer la responsabilité des torts qu'il cause à l'environnement.

Ce mois-ci, la fonderie d'aluminium de Rio Tinto de Lynmouth, dans le comté de Northumberland dans le nord-est de l'Angleterre, fermera ses portes, mettant à pied 500 travailleurs. C'est un dur coup pour les travailleurs et pour la communauté puisqu'au fil des ans beaucoup d'entreprises se sont installées dans la région pour se rattacher à la production de l'aluminium. Leur avenir est maintenant en péril. La compagnie invoque les « coûts élevés de l'électricité » imposés par des lois environnementales pour expliquer la fermeture.

En 2007, Rio Tinto a acquis Alcan, devenant ainsi le plus grand fabriquant d'aluminium au monde, avec sept fonderies au Québec et employant, selon les chiffres de Rio Tinto, 4 000 travailleurs. Il emploie environ 1400 travailleurs à ses usines en Colombie-Britannique et en Alberta, dont les 1150 syndiqués de l'aluminerie de Kitimat et de la centrale électrique de Kemano.

En mars 2009, Rio Tinto était reconnu comme la quatrième plus grande compagnie minière au monde avec des maisons mères au Royaume-Uni, en Australie, et elle a continué de croître depuis. À l'extérieur du Canada, elle a des installations en Afrique (Guinée, Namibie, Afrique du Sud), en Amérique du Sud (Brésil et Chili), en Indonésie, en Papouasie, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le gros de ses opérations, de ses investissements et de ses profits est au Canada et en Australie.

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Les travailleurs de l'aluminerie de Kitimat
partagent leurs préoccupations

La convention collective des travailleurs de la section locale 2301 des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) de Rio Tinto Alcan à Kitimat, en Colombie-Britannique, arrive à terme le 23 juillet 2012. Le syndicat représente 1150 travailleurs de l'aluminerie de Kitimat et de la centrale hydroélectrique de Kemano qui y est rattachée. Depuis que Rio Tinto a acheté Alcan en 2007, les travailleurs de Kitimat subissent des attaques contre leurs droits et emplois très semblables à celles que vivent les travailleurs du Québec. Les négociations qui devraient débuter en mai seront les premières entre le syndicat et les nouveaux propriétaires. À la fin-janvier, une délégation de la section locale s'est rendue à Alma pour y appuyer les travailleurs de Rio Tinto Alcan en lockout et en apprendre davantage sur les actions et les plans de la compagnie.


Les travailleurs de Kitimat en visite à Alma

Leur visite leur a permis d'appuyer de vive voix la lutte à Alma et de discuter de leur expérience mutuelle alors qu'ils s'apprêtent eux-mêmes à commencer les négociations. Rio Tinto a annoncé récemment un vaste projet de modernisation de l'aluminerie de Kitimat. L'entreprise écrit dans un communiqué du 30 novembre :

« La modernisation de l'aluminerie de Kitimat va accroître la production de l'usine de plus de 48 % à près de 420 000 tonnes par année. La première coulée devrait se faire dans la première moitié de 2014 et la production devrait s'accroître pendant 9 mois. L'aluminerie modernisée va recevoir toute son énergie électrique de la centrale de Rio Tinto et utiliser la technologie AP40, propriété de Rio Tinto, pour réduire les émissions de dioxyde de carbone d'environ 50 %. » Le site web de l'entreprise dit aussi que si la capacité productive de l'usine va augmenter, il y aura néanmoins une réduction du nombre de travailleurs à l'emploi à l'usine. La compagnie est déjà en train d'offrir en sous-traitance de plus en plus de travail qui auparavant était fait par les travailleurs syndiqués.

Lors d'une entrevue à une émission de Radio Co-Op Vancouver animée par Charles Boylan, deux représentants de la section locale 2301 des TCA ont exprimé les préoccupations que les travailleurs de Kitimat ont en commun avec ceux d'Alma et avec tous les travailleurs de Rio Tinto dans le monde. Le président de la section locale, Ed Abreu, a parlé de sa visite récente à Alma : « Quand nous avons entendu parler du lockout à Alma, cela nous a tout de suite inquiétés... C'était important pour nous d'y aller parce que, comme le dit Marc (Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma), il faut exprimer sa solidarité et laisser savoir à Rio Tinto que c'est notre lutte à tous. La visite était également importante pour nous permettre de comprendre ce qu'il y avait dans l'offre finale de la compagnie. L'aluminerie de Kitimat une fois modernisée va ressembler beaucoup à celle d'Alma et il y a donc beaucoup de similitudes entre nos deux situations et nous voulions comprendre pourquoi ils avaient mis en lockout nos confrères et consoeurs d'Alma. Encore aujourd'hui, nous ne comprenons pas très bien pourquoi ils les ont mis en lockout. »

Sean O'Driscoll, l'agent d'affaires du syndicat, de poursuivre :

« C'est très inquiétant pour nous de voir nos collègues du Québec aux prises avec un employeur répressif qui veut remplacer des emplois bien payés par des emplois aux salaires très inférieurs et faire travailler côte à côte des travailleurs aux conditions si différentes. Quand nous avons entendu cela, nous nous sommes dit qu'il fallait y aller pour appuyer nos collègues du Québec et apprendre d'eux quels sont les véritables enjeux. En ce qui concerne le modèle qui est utilisé ici à Kitimat, c'est un modèle d'affaires qui est en train de se répandre d'un bout à l'autre du pays. C'est le modèle de la mondialisation.

« Rio Tinto aime bien utiliser des expressions comme ‘le nouveau modèle d'affaires'. Nous voyons les mêmes phénomènes se développer ici. Nous voyons l'érosion des emplois syndiqués bien payés. Nous vivons l'érosion des services qui sont dispensés par nos syndiqués. De plus en plus d'emplois qui font partie de ce que la compagnie appelle des activités non essentielles sont offerts en sous-traitance. Ici dans le Grand Nord par exemple, ils ne font plus le déblaiement de la neige qui, en hiver, est un emploi à temps plein. Ils ont commencé à offrir ce travail en sous-traitance. Il y a plein d'autres services auxiliaires qui sont envoyés en sous-traitance, ce qui porte atteinte à l'intégrité de nos unités de négociation. [...] Évidemment, ce que nous vivons ici c'est juste la pointe de l'iceberg. Alors, d'entendre le confrère Maltais et les autres métallos nous dire que c'est ça qui est en train de se passer à l'aluminerie d'Alma, c'est un peu déconcertant.

« Nous allons tenter de négocier une nouvelle convention collective. Notre contrat se termine en juillet, alors qui sait ce que l'employeur prépare. Ils vont sûrement nous dire que les choses vont super bien au Québec parce c'est ça qu'ils nous disent constamment. C'est une des raisons qui nous ont poussés à aller à Alma, pour obtenir de l'information de première main. Ici à Kitimat la majorité des emplois de sous-traitance sont jusqu'à un certain point de bons emplois syndiqués. Peut-être pas au même niveau que les emplois à l'aluminerie, mais à mesure que les contrats arrivent à terme et qu'on fait appel à de nouvelles soumissions, c'est la course vers le bas qui s'engage et ça ne sera pas long que les sous-traitants non syndiqués vont arriver en ville et que les contrats vont être signés à des sous-traitants non syndiqués, à des conditions très inférieures aux conditions actuelles. C'est ça que Harper veut, une descente dans le vide, qui lui permet de remplir les poches de ses amis et de frapper la classe ouvrière.»

Le comité de négociation écrit sur son site web (www.caw2301.ca) le 26 janvier :

« Vous avez tous entendu des bribes de ce que RTA a fait aux travailleurs d'Alma au Québec. Les discussions récentes entre nos dirigeants et ceux du syndicat d'Alma ont confirmé que RTA a préféré imposer ses priorités dans les négociations plutôt que de favoriser une bonne relation avec les travailleurs. Seul le temps nous dira si RTA va agir de la même façon avec nous, ici à Kitimat, mais soyez assurés que nous n'entreprenons pas ces négociations pour éroder les droits de nos membres ou aucun des gains que nous avons arrachés de haute lutte au fil des années. »

Les travailleurs de Kitimat ont beaucoup apprécié leur visite à Alma et ils sont solidement derrière les travailleurs d'Alma contre la mutation des emplois par la sous-traitance, l'élimination des emplois syndiqués et ultimement du syndicat lui-même.

(Traduction : LML)

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Au tour du Conseil du patronat de déclarer que la demande d'un plancher d'emplois est «irréaliste»

Le 14 février, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a pris publiquement position contre la demande des travailleurs d'Alma pour un plancher d'emplois syndiqués basé sur la quantité de production annuelle à l'usine en tonnes d'acier. Le CPQ se joint ainsi aux dirigeants de Rio Tinto, au ministre responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Serge Simard, et aux autres qui prétendent que la position des travailleurs est déconnectée de la réalité actuelle et fait même du tort à l'emploi dans la région.

Selon le président du CPQ, aucune entreprise dans le monde ne saurait accepter un plancher d'emplois parce que la nécessité d'être concurrentiel et la mondialisation néolibérale ont rendu la chose impossible. Il ajoute qu'aucune entreprise ne peut accepter de garder un nombre minimum fixe d'emplois sur une période de temps déterminée. Il n'hésite pas, afin de « prouver » son point, à déformer la revendication des travailleurs d'Alma. Ceux-ci demandent le maintien d'une proportion d'emplois en rapport à la production annuelle en tonnes d'acier. Ils disent même que si Rio Tinto, au cours de la durée de la convention collective, augmente sa production, les travailleurs ne demandent pas une augmentation du nombre d'emplois. Ils disent aussi que si la production décroît, ils sont prêts à accepter une réduction correspondante du nombre de travailleurs, ce qui maintiendrait la proportion.

En fait, ce que le CPQ veut dire, c'est que toute demande des travailleurs visant à imposer quelque obligation que ce soit à Rio Tinto sur le maintien des emplois est absurde et irresponsable. Le CPQ ne reconnaît aucune responsabilité à Rio Tinto envers les travailleurs et la région et il passe même sous silence les immenses privilèges hydroélectriques dont jouit le monopole au Saguenay-Lac-Saint-Jean avec ses centrales et sa location du pouvoir hydraulique des rivières. Il n'a pas l'honnêteté de donner un portrait fidèle des revendications et des propositions des travailleurs et préfère en rire, comme si cela était un argument suffisant.

En fait d'argument, tout ce que le CPQ trouve à dire, c'est qu'un plancher d'emplois est une chose qui n'existe nulle part et qu'aujourd'hui pour obtenir une sécurité d'emploi, il faut tout faire pour créer un climat propice aux investissements et concéder aux monopoles le droit sans limites de prendre à eux seuls toutes les décisions. « La vraie garantie, affirme le président du CPQ, c'est de fournir un environnement propice pour que les investisseurs voient le potentiel à continuer d'investir. » Il ajoute que la sécurité d'emploi ne peut être garantie si d'autres intervenants, tels les syndicats, s'ingèrent dans la prise de décision qui appartient aux entreprises.

Le CPQ n'est même pas capable d'admettre que ce qu'il propose ne crée aucune garantie. Combien de monopoles ont mis à pied des travailleurs et fermé leurs portes après avoir reçu des investissements en deniers publics et avoir eux-mêmes investi de l'argent ? En même temps, le fait que les travailleurs n'aient pas leur mot à dire dans les décisions économiques crée un déséquilibre qui rend les régions très vulnérables.

La lutte des travailleurs d'Alma est une contribution véritable à la création d'une sécurité pour les travailleurs et les communautés où les principales usines sont la propriété de grands monopoles mondiaux. Il ne faut pas laisser le CPQ s'en tirer avec ses arguments farfelus en faveur du droit de monopole.

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