Le Marxiste-Léniniste

Numéro 8 - 4 février 2012

La politisation d'intérêts privés, la dépolitisation de l'intérêt public et la destruction des avoirs publics

La politisation d'intérêts privés, la dépolitisation de l'intérêt public et la destruction des avoirs publics - Sandra L. Smith

Forum économique de Davos
Les angoisses existentielles du capitalisme - Pauline Easton
L'attaque de Harper contre les aînés du Canada au Forum de Davos - Jim Nugent



La politisation d'intérêts privés, la dépolitisation de l'intérêt public et la destruction des avoirs publics

Au niveau fédéral comme au niveau des provinces et du Québec, l'État est à la disposition des monopoles. Ce n'est pas nouveau en soi. Ce qui est nouveau, c'est la vitesse avec laquelle les dernières touches sont apportées aux nouveaux arrangements mis en place au cours des vingt dernières années. Ces nouveaux arrangements vont dans le sens de tout mettre à la disposition des intérêts des monopoles les plus puissants de la sphère d'influence anglo-américaine pour réussir dans la concurrence sur ce qu'on appelle le marché mondial. Cela a commencé au milieu des années 1980 avec les accords de libre-échange qui ont sonné le glas de l'État-providence et ouvert la phase néo-libérale du capitalisme monopoliste d'État. Aujourd'hui l'État est mis à contribution pour détruire les institutions publiques souveraines et assurer que les intérêts des monopoles les plus puissants et de leurs oligopoles supplantent tous les autres intérêts.

Un oligopole est un cartel des monopoles les plus puissants dans un domaine donné. Ils établissent entre eux un arrangement qui leur permet d'éliminer les rivaux, de faire faire à l'État ce qu'ils veulent, de fixer les prix, de détruire les syndicats et de se livrer à d'autres activités qui servent leurs intérêts. Il y a des choses bien précises qui favorisent les intérêts communs de tous les monopoles d'un secteur donné, comme la destruction de la Commission nationale du blé. Le pouvoir exécutif au niveau fédéral a fait adopter une loi qui détruit le comptoir unique de la mise en marché des céréales. L'adoption de la nouvelle loi n'était pas motivée par l'intérêt public, mais par l'intérêt privé de puissants groupes extérieurs. Le parlement, une institution constituée pour enchâsser la volonté populaire dans la forme de la volonté légale et ainsi représenter l'opinion publique, a pour ainsi dire été détourné pour servir des intérêts privés plutôt que publics. C'est ce qu'on pourrait appeler la destruction du pouvoir décisionnel souverain par la politisation d'intérêts privés.

L'utilisation d'institutions et de fonds publics pour avancer des intérêts privés pose un sérieux problème de légitimité. Ce problème est surmonté en invoquant une raison d'État, dans la forme d'arguments irrationnels à l'effet qu'il y a des « raisons d'État » qui font que certains intérêts privés doivent avoir accès à toutes les ressources du Canada sans restriction et les utiliser comme bon leur semble. Ces arguments irrationnels utilisent le langage de l'intérêt national. Les obstacles à la réalisation de ce qui est défini comme étant l'intérêt national sont présentés comme un crime, une trahison, un acte terroriste ou autre violation devant être punie et ses auteurs châtiés.

Il n'est pas toujours nécessaire d'adopter de nouvelles lois pour justifier la nouvelle « raison d'État ». Souvent cela se fait par simple réglementation, comme dans le cas des nouveaux arrangements frontaliers entre le Canada et les États-Unis. Des instances supranationales non élues ont été créées avec ample pouvoir discrétionnaire, que ce soit au nom de la sécurité, du secours ou autre. On invoque la patrie et le besoin de la protéger contre la subversion intérieure et extérieure. Des agences chargées d'assurer la sécurité et la défense et de protéger les frontières, que les gens considèrent comme relevant du pouvoir civil, sont transformées en puissants intérêts privés et souvent prises en charge par des entrepreneurs privés.

Pour justifier les arrangements mis en place aujourd'hui au Canada, aux États-Unis et dans d'autres pays, le premier ministre et les ministres du Canada, le président des États-Unis et d'autres premiers ministres, présidents et idéologues des intérêts monopolistes mondiaux donnent des « raisons d'État » pour réaliser les intérêts monopolistes mondiaux qu'ils représentent. Les arrangements, la raison d'État, sont centrés sur la politisation des intérêts privés des monopoles mondiaux, la dépolitisation des intérêts publics du peuple et la destruction des avoirs publics et des États-nations.

Que le pouvoir exécutif impose les intérêts monopolistes privés en établissant des commissions non élues chargées de superviser la mise en application des nouvelles réglementations ou en faisant adopter de nouvelles lois qui défendent les intérêts monopolistes, tout cela est considéré comme étant constitutionnel. Les instances gouvernantes constituées pour gouverner sur la base de la primauté du droit sont accaparées et deviennent dysfonctionnelles, et leurs pouvoirs passent à des instances établies par la prérogative ministérielle ou présidentielle. Constitutionnellement, ce sont les pouvoirs résiduels; ils n'entrent pas dans le mandat de la Chambre des communes, des assemblées législatives provinciales, du Congrès, etc. Ils sont illimités dans la mesure où ils ne sont pas restreints en pratique par l'assemblée législative ou un autre pouvoir.

Les changements apportés dans les arrangements relèvent de prérogatives constitutionnellement sanctionnées du bureau du premier ministre, du président ou des ministères, utilisées pour servir des intérêts privatisés. Leur arrogance provient de la possibilité d'utiliser des pouvoirs arbitraires impunément. Le pouvoir d'exception n'est plus l'exception, il est devenu la règle. Le pouvoir d'exception échappe à l'État de droit et peut être décrit par l'expression « anarchie érigée en autorité ».

Les efforts pour donner naissance à ce nouveau régime créent plusieurs problèmes. La destruction du système public à la faveur d'intérêts privés crée l'anarchie et la violence, alors l'élite dominante réclame elle-même une certaine réglementation parce qu'elle a besoin de prédire le résultat de l'investissement financier. Sur le plan international, l'existence d'intérêts privés politisés et rivaux est un des grands facteurs favorisant l'éclatement d'une nouvelle guerre inter-impérialiste pour le repartage du monde en nouvelles sphères d'influence, zones d'exportation de capitaux et sources de matières premières et de main-d'oeuvre à bon marché. Un autre problème pour le nouveau régime est de prendre les moyens pour étouffer toute résistance organisée de la classe ouvrière et des peuples du monde.

Au Canada, beaucoup de modifications sont faites aux arrangements étatiques qui ne requièrent pas de changement constitutionnel. Les Canadiens ont appris lors des entrevues de fin d'année et de début d'année dans les médias que le gouverneur général et le premier ministre ont repris la pratique des consultations régulières pour s'assurer que tous changements apportés soient conformes à la constitution. L'impression est donnée que si une mesure adoptée par le gouvernement se conforme à la constitution, elle n'est pas au-dessus de la primauté du droit. La mesure est de facto démocratique et acceptable. Or, la réalité demeure que la mesure peut être conforme à la constitution parce qu'autorisée en vertu des pouvoirs résiduels arbitraires de l'exécutif sans être pour autant acceptable, souvent bien au contraire. La loi C-18, par exemple, qui abolit la Commission canadienne du blé, sert des intérêts monopolistes étrangers privés, pas les intérêts publics des Canadiens constitués en un corps politique souverain chargé de défendre ce qui représente historiquement le bien public ou l'intérêt public.

Pour ce qui est d'être démocratique, ce que les Canadiens perçoivent comme étant vrai est fondamental pour la survie du système. Les instances élues doivent être vues comme étant démocratiquement élues et les lois qu'elles adoptent doivent être vues comme étant adoptées démocratiquement. Un gouvernement majoritaire comme celui de Stephen Harper est perçu comme étant arrogant et abusif parce qu'il est arrogant et abusif. Mais en soi cela ne veut pas dire qu'il agit illégalement. Il agit dans les confins de ce que le gouvernement et ses conseillers considèrent comme relevant des prérogatives du pouvoir exécutif prévus dans la Constitution. Avant l'adoption de la loi C-18, la loi abolissant le guichet unique de la mise en marché du blé, la Cour du Manitoba a jugé qu'elle dérogeait à la primauté du droit. Mais elle ne l'a pas déclarée inconstitutionnelle. Le projet de loi a été déposé à la Chambre des communes et il a été adopté. Comment expliquer que le gouvernement Harper ait été si certain que sa nouvelle loi ne pourrait être déclarée inconstitutionnelle malgré l'absence d'un référendum pour savoir ce qu'en pensent les agriculteurs des provinces de l'Ouest, comme l'exigeait la loi précédente ? Tout simplement parce que si son projet était contesté, il soutiendrait qu'il est guidé par la constitution qui dit que ce qui appartient au domaine de la réglementation relève des pouvoirs arbitraires des ministres et que la consultation prescrite par la loi précédente porte sur certains règlements définissant uniquement quelles céréales sont comprises dans le guichet unique. Ce qui est un argument intéressé, puisque c'est pour justifier que la nouvelle loi sert des intérêts privés plutôt que les intérêts publics.

L'arrogance du gouvernement s'explique en partie par sa conviction que personne ne peut l'arrêter et qu'il peut donc faire ce qu'il veut. Il soutient que le processus démocratique permet aux électeurs de porter un jugement sur sa conduite à la prochaine élection générale, ce qui n'est plus vrai aujourd'hui. Le processus d'élection des institutions dites démocratiques est lui aussi en train de subir des changements. Les gouvernements au service des intérêts privés les plus puissants se servent de firmes de relations publiques, expertes en manipulation médiatique, pour obtenir les résultats électoraux désirés. Les partis politiques et les institutions publiques sont devenus dysfonctionnels, ce qui veut dire que les expressions politiques organisées deviennent plus rares, sinon qu'elles sont totalement absentes. Le citoyen est dépolitisé, l'intérêt public est dépolitisé et les avoirs publics sont détruits, tandis que sont politisés des intérêts privés.

L'opposition à la soumission de l'État à la dictature des monopoles les plus puissants fait partie du renouveau politique. Le renouveau politique moderne doit favoriser la classe ouvrière et le peuple du Canada, des États-Unis et du monde. Le renouveau politique moderne requiert une nouvelle direction pour l'économie qui ne met pas tous les avoirs du pays à la disposition des cartels de monopoles géants. Les actions de ces cartels causent des torts irréparables à l'économie socialisée et sapent le droit d'existence des Premières Nations. Elles visent à transformer la classe ouvrière en une main-d'oeuvre asservie et déshumanisée. Tout cela est fait au nom de l'intérêt national, de la prospérité économique et de la sécurité de la patrie, alors qu'en réalité cela sert les intérêts privés des monopoles.

Il est important que la classe ouvrière reconnaisse et discute des arguments intéressés qu'offre l'élite dominante pour justifier les nouveaux arrangements mis en place qui servent à politiser de puissants intérêts privés. Ces intérêts privés sont sanctionnés par de nouvelles lois, de nouvelles réglementations et l'allocation de fonds publics. Les assemblées législatives représentant l'intérêt public et les institutions et agences publiques sont détruites ou sont devenues dysfonctionnelles, ce qui crée une situation de crise générale. Le peuple doit occuper l'espace du changement et faire les pas pratiques nécessaires pour que la crise soit résolue en sa faveur. Les désastres que les impérialistes et leurs bourreaux ont déclenchés peuvent être arrêtés et renversés par une alternative organisée et mue par le peuple.

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Forum économique de Davos

Les angoisses existentielles du capitalisme


À gauche: Clôture de sécurité et patrouilles policières à Davos, en Suisse, où se tient le Forum économique mondial.
À droite: Manifestation contre le forum à Berne, capitale de la Suisse

L'élite mondiale et ses porte-parole dans les médias sont rusés à l'extrême. Confrontée à une condamnation mondiale des monopoles mondiaux et des capitalistes financiers les plus puissants et de leur programme visant à placer les avoirs des peuples du monde et de leurs États à leur disposition, sans égard au chaos et à la destruction que provoquent les affrontements entre intérêts privés rivaux, cette élite se sert maintenant de son obscène rencontre annuelle à Davos, en Suisse, pour créer l'ultime diversion : comment réformer le système capitaliste ?

Cette année le Forum économique mondial a été le lieu d'un débat entre factions qui rivalisent pour le contrôle du pouvoir d'État, les unes pour et les autres contre les politiques à la Tea Party. Les législateurs et chefs d'État semblent en proie à des angoisses existentielles confrontés qu'ils sont à la nécessité de rassurer le monde que le système capitaliste est la seule voie possible et qu'il s'agit ou bien d'éliminer certaines de ses injustices, ou bien de le rendre plus libre, ou un mélange des deux. Ce qu'il faut voir, c'est que les uns et les autres cherchent à justifier la mise de tous les avoirs de l'État à la disposition de l'oligarchie financière internationale.

Pour les uns, il s'agit de rendre les réglementations plus rigides, ce qui veut dire renforcer les nouveaux arrangements qui établissent le droit de monopole au risque de favoriser certains intérêts au détriment de certains autres. Pour les autres, il s'agit de donner libre cours aux forces du marché et de les laisser tout décider, peu importe les conséquences. Évidemment, la deuxième option vise tout aussi bien à consolider les intérêts des monopoles. Pour ce qui est du premier ministre du Canada, Stephen Harper, il est favorable aux deux options à la fois, sa façon à lui de servir ce qu'il considère comme était l'« intérêt national ».

Les tenants du Tea Party croient que les valeurs auxquelles ils prétendent adhérer – la liberté, le choix et la souveraineté individuelle et d'État – suffisent à légitimer leur projet. Ils s'opposent à l'intervention de l'État pour ce qui est des programmes sociaux et de défendre l'intérêt public, mais ils veulent que tous les arrangements au niveau militaire et de la sécurité soient en place pour protéger les intérêts acquis.

Les tenants de la deuxième option, du type Obama, s'acharnent à vouloir légitimer leur défense des intérêts monopolistes en prétendant rechercher l'équité ou combattre la corruption. Les uns et les autres cherchent à établir certains contrôles et barèmes dans la guerre civile qui éclate entre intérêts privés rivaux et veulent éviter de provoquer un soulèvement révolutionnaire de tous ceux que le système dépossède. Les uns et les autres voient à ce que toutes les dispositions en matière de sécurité soient prises pour protéger leurs intérêts acquis des conséquences d'une telle rébellion ou d'une usurpation de quelque sorte.

Pour mieux comprendre ce que les agences de nouvelles disent au sujet du Forum économique mondial de Davos, il faut le voir dans le contexte de ce soi-disant débat d'orientation. Ce débat n'est pas confiné aux États-Unis, il affecte l'ensemble du système impérialiste d'États. C'est en partie parce que les élites dominantes de ce qu'on appelle l'Eurozone s'affairent également à restructurer l'État pour servir leurs propres « intérêts nationaux » et en partie parce que la dette et le déficit étasuniens jouent un rôle dominant dans les économies de tous les pays envers lesquels les États-Unis sont endettés.

Le Economic Times de l'Inde cite le fondateur du Forum économique mondial, Klaus Schwab, qui dit :

« Le capitalisme, dans sa forme courante, n'est plus adapté à notre monde. Nous n'avons pas tiré les leçons de la crise de 2009. Il existe un besoin urgent de transformation mondiale, et il est nécessaire de l'entamer en ressuscitant le sentiment de responsabilités sociale. »

Le Economic Times cite le récent rapport mondial sur les risques publié par le Forum économique mondial qui met en relief les inégalités en hausse et les pointe du doigt en tant que menace la plus importante pour l'avenir de la planète.

L'Associated Press écrit :

« Lors d'un entretien, Klaus Schwab ne renie pas qu'il est toujours ‘un croyant invétéré des marchés libres, en autant que ces marchés libres servent la société. [...]' Il dit que les membres du mouvement contestataire des indignés, ceux-là mêmes qui sont campés dans des igloos à Davos, sont invités à une session en marge du forum ayant pour thème comment réformer le capitalisme. Un organisateur d'Occupy, David Roth, a dit à l'AP que son groupe n'avait pas décidé s'il allait accepter l'invitation. »

Par ailleurs, le milliardaire George Soros est allé au Forum parler de son sujet de prédilection qui a fait le sujet d'un bouquin, « la prochaine guerre des classes aux États-Unis ». Lors d'un entretien avec le périodique Newsweek, Soros déclare :

« Je ne suis pas porteur de bonnes nouvelles. La situation est la plus sérieuse et la plus difficile de toute ma carrière. [...] Nous sommes confrontés à une période extrêmement difficile, comparable à bien des égards aux années 1930, la Grande Dépression. Nous sommes confrontés aujourd'hui à un repli général dans le monde développé, qui menace de nous laisser une décennie de plus dans la stagnation, voire pire. Le meilleur scénario est un environnement déflationniste. Le pire scénario est un effondrement du système financier. »

Newsweek écrit : « Soros se base sur ses années d'expérience pour soutenir que la crise économique mondiale est aussi importante, et imprévisible, que la fin du communisme.

« L'effondrement du système soviétique fut un événement assez extraordinaire, et nous vivons quelque chose de semblable dans le monde développé, sans nous rendre pleinement compte de ce qui se passe.

« Pour Soros, la réfutation spectaculaire du credo des marchés efficaces – la notion selon laquelle les marchés sont rationnels et peuvent se réguler par eux-mêmes et éviter le désastre – est comparable à l'effondrement du marxisme en tant que système politique. ‘L'interprétation prédominante s'est avérée très trompeuse, dit-il. Elle présume d'une connaissance parfaite, ce qui est loin de la réalité. Nous devons passer de l'Âge de la raison à l'Âge de la faillibilité pour avoir une bonne compréhension des problèmes.'

« La compréhension, dit-il, est clé. ‘La concurrence débridée peut pousser les gens à des actions qu'ils peuvent regretter. La tragédie de notre situation actuelle est la conséquence non intentionnelle d'une compréhension imparfaite. Les malheurs du monde sont en grande partie non intentionnels. Un grand nombre de personnes liées au système financier ont occasionné beaucoup de dégâts sans en avoir eu l'intention.'

« Soros croit néanmoins que l'Occident fait tout en son pouvoir pour gérer les conséquences du malheur dans le monde financier, tout comme les pays de l'ancien bloc de l'Est l'ont fait sur le plan politique. Avoue-t-il en fait que les génies financiers ayant occasionné l'effondrement économique étaient malveillants en plus d'être dans l'erreur ? ‘C'est exact'. Ce qui contredit Lloyd Blankfeld, patron de Goldman Sachs, qui avait dit au Sunday Times of London, au faîte de la crise financière, que les banquiers ‘accomplissent l'oeuvre de dieu.' [...]

« Alors que Soros, dont la nouvelle oeuvre littéraire, Tempête financière en Europe et aux États-Unis, se concentre actuellement sur l'Europe, il avoue néanmoins que les divisions économiques et sociales aux États-Unis vont aussi s'approfondir. Il sympathise avec le mouvement des indignés, qui exprime un désillusionnement répandu face au capitalisme, désillusionnement qu'il partage. Les gens ‘ont raison d'être frustrés et en colère' devant les coûts de sauvetage du système bancaire, coûts que les contribuables ont encaissés à la place des actionnaires et des détenteurs d'obligations.

« Occupy Wall Street ‘est une expression de contestation incomplète et sans direction', mais c'est un mouvement qui va grandir. Occupy a ‘mis à l'ordre du jour des questions que la gauche institutionnalisée n'a pas réussi à soulever depuis un quart de siècle'. Soros saisit une analyse tirée du blogue politique ThinkProgress.org, qui démontre comment le mouvement des indignés a placé le chômage à l'ordre du jour des principaux groupes de médias, y compris MSNBC, CNN et Fox News. L'analyse révèle qu'en une semaine en juillet de l'an dernier le mot ‘dette' a été mentionné plus de 7 000 fois sur les principaux réseaux de nouvelles télévisées des États-Unis. En octobre, les mentions du mot ‘dette' ont chuté à 398 en une semaine, alors que le mot ‘occupy' a été mentionné 1 278 fois, ‘Wall Street' 2 378 fois et ‘emplois' 2 738 fois. Impossible de tenir un financier à l'écart de sa métrologie.

« Alors que la colère gronde, les émeutes dans les rues des États-Unis sont inévitables. ‘Oui, oui, oui', dit-il, avec une quasi satisfaction. La réponse à l'agitation politique pourrait être plus dommageable que la violence elle-même. ‘Ce sera un prétexte pour le recours à la manière forte, aux tactiques brutales pour maintenir la loi et l'ordre, ce qui, in extremis, pourrait mener à un système politique répressif, à une société dans laquelle la liberté individuelle est beaucoup plus restreinte, ce qui serait une rupture avec la tradition aux États-Unis.' »

Ainsi, les électeurs d'Obama et autres compagnons de route sont contraints par des personnages comme le milliardaire George Soros et d'autres de son genre de se ranger du côté de l'option opposée aux politiques du Tea Party, bien que l'objectif des uns et des autres soit de fortifier le capitalisme. Tout cela sert à nier l'alternative pour la classe ouvrière, qui est de développer sa politique indépendante, dont le renouveau politique et constitutionnel pour résoudre la crise de façon en faveur du droit public plutôt que du droit de monopole. Toute autre option ne fait que contribuer à la guerre civile et aux bouleversements qui prédominent aux États-Unis par suite de la contention entre deux intérêts rivaux et du fait de forcer les peuples du monde à payer de leur sueur et de leur sang.

L'allocution de Stephen Harper à Davos

De tous les choix possibles dans le monde, c'est le premier ministre du Canada, Stephen Harper, qui a été invité à prononcer l'allocution principale au Forum de Davos. Selon certains médias : « Son discours direct attirera sans doute l'attention sur le Canada. » Harper devait aussi « tenir des tables rondes avec les dirigeants du monde des affaires. Suite à son discours jeudi, il devait être accompagné du fondateur du sommet, Klaus Schwab, pour une période de questions et réponses ».

Harper était accompagné du ministre des Finances, Jim Flaherty, du ministre des Affaires étrangères, John Baird, du ministre du Commerce international, Ed Fast, ainsi que de Mark Carney, qui est gouverneur de la Banque du Canada et qui dirige le Conseil de stabilité financière.

Selon les bulletins de nouvelles, Harper a déclaré à l'élite mondiale faite d'entrepreneurs et de politiciens que « le capitalisme, en dépit des critiques, est toujours la meilleure option pour créer la prospérité – mais il doit être soutenu par une réglementation adéquate ». Autrement dit, la position de Harper face au débat d'orientation qui fait rage sur la question d'augmenter la réglementation afin de sauver le capitalisme ou d'interdire toute forme d'intervention d'État et de donner libre cours au libre marché, advienne que pourra, est d'embrasser les deux options. Il se servira donc de l'État pour augmenter la réglementation lorsque cette mesure servira son objectif, et il s'opposera à l'intervention de l'État et laissera le libre marché déterminer la suite lorsque cette mesure servira son objectif. Il aura recours aux deux options selon les exigences de l'heure des monopoles.

Le codirecteur des communications de Harper, Andrew MacDougall, a dit que le premier ministre demandait d'agir « en toute urgence » pour rétablir l'Eurozone. Il a mis en lumière les aspects suivants de l'allocution :

« L'Europe doit une fois pour toutes rétablir l'ordre dans sa maison criblée de dettes, ou la contagion économique risque de se répandre de par le monde et déclencher une récession, a dit MacDougall. La crise de la dette souveraine est toujours un problème immédiat et pressant. Elle constitue une menace pour la croissance forte, viable et équilibrée devenue une priorité pour les pays du G-20 et elle risque de plonger le monde dans une autre récession. »

Sur la question des échanges commerciaux, « le Canada déploie de grands efforts pour ‘diversifier' ses partenaires commerciaux partout dans le monde – plus spécifiquement dans les régions aux économies en croissance telles que l'Asie – et doit finaliser cette année une entente de libre-échange avec l'Europe.

« La recherche de clients par le secteur canadien de l'énergie ne se limite pas aux États-Unis. »

En fait, l'allocution du 26 janvier de Harper a aussi exposé les plans du gouvernement pour les mois à venir. Tout en prétendant que l'objectif premier sera d' « entreprendre des transformations majeures afin de favoriser la croissance du Canada dans un avenir rapproché », il a exposé un programme de destruction et de privatisation qui fera considérablement reculer la société.

Harper a élaboré son point selon lequel le droit des Canadiens à des programmes sociaux convenables est une menace aux programmes sociaux. « Notre démographie représente aussi une menace aux programmes sociaux et aux services que les Canadiens chérissent », a-t-il dit. Cette déclaration succincte justifierait d'importantes coupures aux programmes sociaux et de nouvelles vagues de privatisation.

« C'est pourquoi nous prendrons des mesures importantes dans les mois à venir, non seulement pour retrouver l'équilibre budgétaire à moyen terme, mais aussi pour assurer la viabilité de nos programmes sociaux et de notre situation financière à l'intention de la prochaine génération. Nous avons déjà pris des mesures pour limiter la croissance de nos dépenses en soins de santé au cours de cette période. Nous devons faire de même pour notre régime de retraite. » [le régime de sécurité de la vieillesse – ndlr]

L'allocution de Harper a mis en lumière les divers domaines affectés par les « transformations » du Canada par le gouvernement :

- « continuer de faire les investissements clés dans la science et la technologie qui sont nécessaires pour soutenir une économie moderne et compétitive »

- « nous prendrons sous peu des mesures pour faire en sorte que les grands projets énergétiques et miniers ne soient pas inutilement retardés pour des raisons de réglementation, c'est-à-dire retardés sans aucune raison »

- « réduire le fardeau administratif des entrepreneurs »

- « nous entreprendrons aussi une réforme importante de notre système d'immigration... [en nous assurant] que nos efforts en matière d'immigration répondent aux besoins de l'économie et de la population active »

- « faire ratifier les accords que nous avons signés, particulièrement dans notre propre hémisphère, et nous allons chercher à conclure des accords importants au-delà de celui-ci ».

- « compléter les négociations d'un accord de libre-échange Canada-Union européenne cette année »

- « tenter de conclure les négociations d'un accord de libre-échange avec l'Inde en 2013 »

- « amorcer des pourparlers en vue de notre adhésion au Partenariat transpacifique, tout en explorant d'autres moyens pour intensifier nos échanges commerciaux avec l'Asie »

- « continuer à travailler avec l'administration Obama pour mettre en oeuvre notre initiative conjointe Par-delà la frontière »

- « faire une priorité nationale d'avoir la capacité d'exporter nos produits énergétiques ailleurs qu'aux États-Unis, et plus particulièrement en Asie. »

(Traduction : LML)

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L'attaque de Harper contre les aînés
du Canada au Forum de Davos

Le Forum économique mondial tenu annuellement à Davos, en Suisse, est une occasion pour les PDG des plus grands monopoles mondiaux et les chefs d'État à leur service de se rencontrer. On estime que 2600 personnes y ont participé, provenant de plus de 100 pays, et que de ce nombre il y avait 1600 gens d'affaires, 40 chefs d'État et d'autres représentants de gouvernement, en plus des médias et des organisations culturelles, sportives et scolaires. Le thème de la rencontre des riches et puissants du monde cette année était : « La grande transformation : trouver de nouveaux modèles ».

Le premier ministre du Canada Stephen Harper y était et a profité de son discours pour annoncer de nouvelles attaques de son gouvernement contre le droit des travailleurs retraités et des aînés de vivre avec dignité, en sécurité et en santé dans la vieillesse.

L'essentiel du discours de Harper a consisté à vanter les mérites du Canada à un auditoire composé de PDG. Il a dit que le Canada avait réduit les impôts sur les sociétés plus que tout autre pays développé, que les frontières du Canada avaient été virtuellement éliminées en faveur des monopoles internationaux par le biais d'ententes commerciales et que de nouvelles ententes étaient en cours. Il a offert l'énergie, les minéraux et autres ressources du Canada à un pillage continu et sans limites. Ensuite, le premier ministre a abordé le thème du jour, garantissant que son gouvernement entreprendrait les « grandes transformations » que les oligarques réclamaient des représentants de gouvernement à Davos.

Harper a dit que les gouvernements de l'Occident se sont « préoccup[és] avant tout des services et des droits auxquels nous sommes habitués » et d'une « volonté trop généralisée d'acquiescer à des normes et à des avantages qui dépassent notre capacité et même notre volonté de payer ». Il a engagé son gouvernement « dans les mois à venir, à entreprendre de grandes transformations » visant à réduire les services, le niveau de vie, les avantages sociaux et les droits acquis des Canadiens. Prenant spécifiquement les aînés comme cible de cette transformation, il a dit que les coûts de la santé et des pensions résultant d'une population vieillissante constituent une menace telle qui « pourrait miner la situation économique du Canada bien plus que les crises économiques actuelles ».

« Nous avons déjà pris des mesures pour limiter la croissance de nos dépenses en santé », a dit Stephen Harper, se référant à la récente annonce unilatérale du gouvernement qu'il allait réduire de façon importante la part du fédéral dans le partage des coûts de la santé avec les provinces. « Nous devons faire de même pour notre système de revenu de retraite en ce qui concerne les éléments du système qui ne sont pas financés et auxquels nous apporterons les changements nécessaires pour assurer leur viabilité. »

Au moment même où Stephen Harper prononçait son discours, le Cabinet du premier ministre se prêtait à une campagne de saturation médiatique sur la question de l'urgence de couper dans les pensions. Il était très clair que le discours devait donner lieu à une « crise des pensions ». Des charlatans de l'institut CD Howe et autres instituts de relations publiques des riches étaient actifs à faire des déclarations pour appuyer les propos de Harper. D'un océan à l'autre, la presse et les ondes étaient tout à coup remplies de commentaires sur la population vieillissante du Canada et du besoin d'une réforme pour les pensions.

Les briefings médias du Cabinet du premier ministre ont précisé que les propos de Harper touchaient à la Sécurité de la vieillesse (SV) et aux programmes de prestations de revenu garanti (PRG). Une proposition spécifique a été mise de l'avant à l'effet que l'âge d'admissibilité pour la SV et les PRG passerait de 65 à 67 ans. Cette annonce a été accompagnée de statistiques démographiques des plus démagogiques dans l'intention de confirmer la nécessité d'une telle mesure.

Le choix de ces statistiques vise à créer l'impression d'une société entière de retraités vivant aux dépens du travail de quelques travailleurs actifs. En fait, le ratio de dépendance (le nombre de personnes actives proportionnellement à la population dans son ensemble) se stabilise à environ 50/50, ce qui est très faible selon les normes historiques (avant les années 60, le ratio était de 35 au travail/65 sans travail). En surcroît, la SV et les PRG ne représentent qu'une infime fraction de la richesse produite, seulement 2,5 % du PIB, qui n'augmentera qu'à 3,2 % du PIB lorsque la population vieillissante aura atteint son apogée en 2030.

Le discours de Harper et la campagne médiatique au sujet d'une « crise des pensions », appuyés par un charabia statistique, avaient pour dessein de créer l'impression que le fait de réduire le niveau de vie des personnes retraitées est une inévitabilité mathématique et économique – un fait accompli – et qu'il n'y resterait que quelques détails à roder. Mais il s'agit d'une question politique. Le but de la propagande de Harper est de régler cette question politique en faveur des riches en attaquant la profonde conviction de la classe ouvrière et de tous les Canadiens que la dignité, la sécurité et la santé dans leurs vieux jours sont un droit.

Pour défendre leur conviction, les travailleurs – retraités et actifs – doivent se mesurer politiquement à la dictature Harper et à son assaut contre les droits des travailleurs à la retraite. Les engagements que Harper a pris à Davos à l'égard des riches, de couper dans les retraites, sont plus faciles à dire qu'à faire. De telles promesses avaient été faites par le gouvernement Mulroney et par le gouvernement Chrétien-Martin, mais leurs tentatives de couper dans les pensions ont été défaites. Les travailleurs doivent développer les moyens nécessaires pour mener à nouveau cette bataille pour les droits de tous.

(Traduction : LML)

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