Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 7 - 2 février 2012

Négociations sur le Périmètre de sécurité

Un Plan d'action qui prévoit la création
d'instances policières binationales à la
discrétion du pouvoir exécutif

Négociations sur le Périmètre de sécurité
Un Plan d'action qui prévoit la création d'instances policières binationales à la discrétion du pouvoir exécutif - Enver Villamizar

Cuba
Les vérités de Cuba - Granma International

Haïti
Le fantoche, le dictateur et le président: Haïti d'aujourd'hui et de demain - Jemima Pierre, Black Agenda Report



Négociations sur le Périmètre de sécurité

Un Plan d'action qui prévoit la création
d'instances policières binationales à la
discrétion du pouvoir exécutif

Le 7 décembre, le premier ministre du Canada Stephen Harper et le président des États-Unis Barack Obama ont révélé leur Plan d'action pour la sécurité du périmètre et la compétitivité économique. Harper prétend que ce plan n'affecte aucunement la souveraineté canadienne. Il ne s'agit pas d'un traité. Il ne donnera pas lieu à de nouveaux droits ni à de nouvelles lois au pays, ne relèvera pas du droit international et ne nécessitera pas de nouveaux financements.

« Aucune disposition de ce Plan d'action ne vise à créer des droits ou des obligations en vertu du droit national ou international, et le Plan d'action n'a pas pour objet de constituer un traité international aux termes du droit international. La mise en oeuvre du Plan d'action se conformera aux mécanismes budgétaires, juridiques et réglementaires habituels de chacun des deux pays et sera menée en étroite consultation avec les parties intéressées dans les deux pays. En particulier, les progrès accomplis relativement à un bon nombre d'éléments du Plan d'action dépendront du financement disponible. Dans ces cas, les crédits nécessaires pour appuyer la mise en oeuvre du Plan d'action seront obtenus par la voie des processus budgétaires habituels de chaque pays. »

Ces déclarations trahissent clairement une intention de contourner le parlement. Tout relève des pouvoirs discrétionnaires du premier ministre et du président des États-Unis, car si le Plan d'action prenait la forme d'un traité, ou que de nouveaux droits étaient créés ou de nouvelles lois adoptées, ou que de nouvelles dépenses étaient encourues, l'approbation du parlement au Canada et du Congrès aux États-Unis serait requise, et il faudrait un certain degré de débat public, du moins au sein des institutions législatives. Les déclarations indiquent par contre que ces nouveaux arrangements sont déjà marché conclu entre le premier ministre et le président. De cette façon, les pouvoirs exécutifs des deux pays travaillent de pair pour garder la prise de décision dans le domaine des pouvoirs résiduels – c'est-à-dire, au Canada, le pouvoir de la Couronne tel qu'exercé par le premier ministre et, aux États-Unis, le pouvoir exécutif du président – qui réglementent et contrôlent tout ce qui touche à la défense de la sécurité de l'État contre la subversion interne et externe. Ce qui met en lumière l'urgence de la tâche qui incombe à la classe ouvrière de constituer la nation et d'investir le peuple de sa souveraineté pour qu'il puisse lui-même décider des questions concernant sa sécurité et son bien-être.

Les priorités du Plan d'action

Le Plan d'action fixe des priorités qui peuvent être catégorisées comme suit : la création de bases de données communes, le placement d'agents étasuniens au Canada afin de mener des inspections à des fins de pré-enquête de sécurité, l'intégration des agences de sécurité et des autorités civiles sous les auspices d'un commandement supranational unifié, et l'amélioration et la sécurisation de l'infrastructure frontalière.

L'objectif d'ensemble du Plan d'action est d'établir des organismes supranationaux conjoints aux niveaux ministériel et sous-ministériel chargés de superviser la création de forces policières et de sécurité conjointes sous prétexte de sécuriser le périmètre nord-américain contre toute menace externe. Le Plan d'action prévoit la création d'un « comité directeur de gestion » qui doit « gérer notre nouveau partenariat à long terme ». Selon le communiqué : « Nous créerons un Comité directeur de gestion ‘Par-delà la frontière  au niveau des sous-ministres adjoints / secrétaires adjoints qui se réunira une fois par année pour discuter de la gestion de la frontière commune et des progrès réalisés à l'égard d'initiatives désignées, et pour désigner les secteurs nécessitant des efforts plus poussés. » La première réunion du Comité directeur de gestion « Par-delà la frontière » aura lieu d'ici le 30 juin 2012, et le premier rapport sur la mise en oeuvre de l'initiative « Par-delà la frontière » sera publié d'ici le 31 décembre 2012. Le rapport sera soumis au premier ministre du Canada par le ministre de la Sécurité publique ainsi que le ministre du Commerce international et au président des États-Unis par le biais du secrétaire d'État en coordination avec le secrétaire du Homeland Security, le secrétaire du Commerce et le Procureur général.

Afin de créer l'impression qu'il est possible avec cette entente d'équilibrer le droit à la vie privée et les droits des monopoles, qui exigent cet arrangement, on annonce que les deux parties « [m]ettront au point un énoncé conjoint des principes conjoints Canada—États-Unis de protection des renseignements personnels pour éclairer et guider les échanges d'information et de renseignements dans le cadre du Plan d'action 'Par-delà la frontière' ». Or, le Plan d'action décrit aussi comment toutes sortes de renseignements touchant à la vie privée des Canadiens seront remis aux agences de sécurité étasuniennes qui, c'est bien connu, s'en servent couramment à des fins de persécution, de profilage racial et autres opérations clandestines contraires à l'État de droit.

Ministères et forces policières intégrés à l'appareil de sécurité des États-Unis

En plus de la participation du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, qui traite des affaires étrangères, le Plan d'action charge les différentes institutions canadiennes qui traitent des affaires nationales de travailler conjointement en comités et pour les fins de formation avec les ministères américains. Du côté canadien, cela inclut : le ministère de la Sécurité publique, le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration canadienne et de l'Agence canadienne d'inspection des aliments.

Sécurité publique Canada a été créée en 2003 pour centraliser le pouvoir décisionnel des différents ministères et agences responsables pour la sécurité nationale, un peu similaire au rôle que joue le département américain de la Sécurité intérieure (Homeland Security). C'est le ministre Vic Toews et son sous-ministre William Baker qui en assument la direction. Elle supervise les organisations suivantes :

- Agence des services frontaliers du Canada
- Collège canadien de police
- Commission des plaintes du public contre la GRC
- Centre intégré d'évaluation du terrorisme
- Commission des libérations conditionnelles du Canada
- Bureau de l'enquêteur correctionnel
- Comité externe d'examen de la Gendarmerie royale du Canada

Le ministère de la Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) est dirigé par le ministre Jason Kenney et le sous-ministre Neil Yeates. Selon son site Web, le ministre :

- effectue les vérifications requises et approuve l'admission des immigrants, des étudiants étrangers, des visiteurs et des travailleurs temporaires qui contribuent à la croissance du Canada aussi bien sur le plan économique que social ;
- réinstalle les réfugiés, les protège et leur offre l'asile ;
- aide les nouveaux arrivants à s'adapter à la société canadienne et à acquérir la citoyenneté ;
- gère l'accès au Canada de manière à protéger la sécurité et la santé des Canadiennes et des Canadiens, de même que l'intégrité des lois canadiennes ;
- aide les Canadiens et les nouveaux arrivants à participer pleinement à la vie économique, politique, sociale et culturelle du pays.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments se rapporte directement au parlement et est dirigée par le ministre Gerry Ritz, le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire et le ministre de la Commission canadienne du blé. Le sous-ministre est John Knubley. Le personnel de l'agence inclut le personnel d'inspection sur le terrain qui travaille dans les usines de transformation alimentaire, les centres de services d'importation et les bureaux partout au pays.

Les agences étasuniennes

Du côté étasunien, les affaires étrangères sont la responsabilité du département d'État. Il y a deux institutions nationales qui participent au Plan d'action :

- le département de la Sécurité intérieure (Homeland Security)
- le département de la Justice

Le département de la Sécurité intérieure a été créé suite aux attaques du 11 septembre 2011. Son mandat large est « d'assurer la sécurité du pays face aux différentes menaces ». Il est dirigé par la secrétaire Napolitano et la sous-secrétaire Jane Holl Lute.

Il supervise les agences suivantes :

- l'Administration de la sécurité en transport
- la Protection des frontières et douanes
- les services de la Citoyenneté et de l'Immigration
- les Services secrets américains
- l'Agence de gestion fédérale en matière d'urgences
- la Garde côtière

Le mandat du département de la Justice est « de faire respecter les lois et défendre les intérêts des États-Unis selon la loi ; d'assurer la sécurité publique contre les menaces intérieures et extérieures ; de fournir la direction fédérale en matière de prévention et de contrôle du crime ; de viser à des peines justes pour ceux reconnus coupables de comportement illégal ; d'assurer une administration juste et équitable de la justice pour tous les Américains ». Il est dirigé par le solliciteur général Eric H. Holder et le sous-solliciteur général James Cole. Le solliciteur général supervise les agences suivantes :

- le Bureau fédéral d'enquête (FBI)
- Drug Enforcement Agency (DEA)
- le Bureau de l'alcool, du tabac, armes et explosifs
- le Bureau des prisons
- le Bureau des programmes du ministère de la Justice
- Le Service américain des procureurs et marshals

La thématique du Plan d'action

Les thèmes suivants ressortent du Plan d'action : créer des bases de données communes, le recrutement d'agents américains en territoire canadien pour mener des inspections de « pré-autorisation », l'intégration des agences de sécurité et des autorités civiles sous un commandement supranational unifié, le renouvellement et le renforcement de l'infrastructure frontalière.

La création de données de base communes

Selon le Plan d'action, les deux pays vont :

« Échanger des renseignements pertinents, fiables et exacts, conformément aux lois en vigueur dans chacun des deux pays quant à la protection des renseignements personnels, y compris les données biographiques et biométriques provenant des listes de surveillance liées à la sécurité nationale, les dossiers criminels de certains voyageurs et les infractions aux lois sur l'immigration ; et

« Échanger les données sur les entrées aux points d'entrée terrestres des deux pays de façon à ce que les données de l'un des deux pays sur l'entrée puissent constituer les données de l'autre sur les sorties au moyen d'un système intégré d'entrées et de sorties. »

Pour être plus explicite : « Conformément aux accords bilatéraux en place, le Canada et les États-Unis s'échangeront les renseignements relatifs à certaines personnes, par exemple celles qui ont fait l'objet d'un refus d'embarquement ou d'entrée en raison de considérations touchant à la sécurité nationale. »

Le Plan prétend que : « Le Canada et les États-Unis respecteront mutuellement leur souveraineté dans la mise en pratique de cette approche. Chacun des deux pays conservera son droit de prendre des décisions et d'effectuer des évaluations des risques de manière indépendante, ainsi que de maintenir ses propres bases de données. Ni l'un ni l'autre pays n'entend appliquer les lois de l'autre ; les deux visent plutôt à s'échanger des renseignements de façon à donner à chacun d'entre eux une information de meilleure qualité pour administrer et appliquer ses propres lois. »

Sur le système frontalier conjoint contrôlant les entrées et sorties qui sera mis en place au début de septembre 2012, le Plan déclare :

« Pour établir des systèmes coordonnés d'entrée et de sortie le long de la frontière terrestre commune, nous nous engageons à mettre en place un système qui permettra l'échange de renseignements biographiques sur l'entrée des voyageurs, y compris les citoyens, les résidents permanents et les ressortissants de pays tiers, de telle façon que la fiche d'entrée d'un voyageur dans un des deux pays servira également de fiche de sortie de l'autre pays. Cette initiative sera mise en place selon l'échéancier suivant :

« D'ici le 30 septembre 2012, nous mettrons en marche un projet pilote qui consistera à échanger des données sur les ressortissants de pays tiers, les résidents permanents du Canada et les résidents permanents légitimes des États-Unis ; de deux à quatre points d'entrée automatisés de la frontière terrestre commune serviront à la réalisation de ce projet pilote.

« D'ici le 30 juin 2013, nous entreprendrons un programme d'échange de données sur les ressortissants de pays tiers, les résidents permanents du Canada et les résidents permanents légitimes des États-Unis ; le programme sera appliqué à tous les points d'entrée automatisés de la frontière terrestre commune ;

« D'ici le 30 juin 2014, le programme sera élargi dans le but d'y inclure l'échange de données sur tous les voyageurs à tous les points d'entrée automatisés de la frontière terrestre commune. »

Le recrutement d'agents américains au Canada pour mener les inspections de « prédédouanement »

Le prédédouanement signifie que des autorités américaines ou canadiennes sous contrôle américain inspectent le fret ou les gens en territoire canadien avant qu'ils arrivent à un poste frontière. De cette manière, des pressions sont exercées sur le Canada pour qu'il accepte la venue au Canada d'agents américains au nom de faciliter le passage transfrontalier. La demande provient notamment des monopoles du secteur automobile et d'autres secteurs qui veulent que des agents américains soient postés dans les usines mêmes pour éviter les ralentissements aux frontières, ce qui gêne les profits. Ce système requiert aussi la création de corridors routiers et ferroviaires sécuritaires où le transport des marchandises a lieu sous l'oeil attentif des autorités américaines. Un tel corridor existe déjà à Windsor, en Ontario, où un tronçon de 7 km de voies ferrées menant à la frontière américaine est sécurisé par des clôtures et des caméras de surveillance, grâce au département américain de la Sécurité intérieure.


Un tronçon de 7 km du CP Rail à Windsor, en Ontario,
surveillé par le département américain de la Sécurité
intérieure. En bleu, la section surveillée
(cliquer afin d'agrandir.)

Le Plan décrit l'échéancier suivant pour la mise en oeuvre des mesures de prédédouanement :

« Nous négocierons, d'ici décembre 2012, un accord de prédédouanement visant les modes de transport terrestre, ferroviaire et maritime en vue d'établir le cadre juridique et les autorisations réciproques nécessaires qui permettront à l'Agence des services frontaliers du Canada et au Service des douanes et de protection de la frontière des États-Unis d'exécuter leurs processus liés à la sécurité, à la facilitation et à l'inspection dans l'autre pays. Parallèlement, et dans le cadre de ces négociations, les pouvoirs des agents d'inspection décrits dans l'Accord entre le Canada et les États-Unis relatif au prédédouanement dans le domaine du transport aérien seront revus et modifiés par les deux pays afin qu'ils soient comparables aux pouvoirs exercés par les agents des aéroports du pays d'accueil.

« L'Agence des services frontaliers du Canada effectuera le prédédouanement intégral des biens et des voyageurs à Massena (New York). Les négociations en vue d'atteindre ce résultat prendront fin d'ici décembre 2012.

« Le Service des douanes et de protection de la frontière des États-Unis mettra en place, d'ici septembre 2012, un projet pilote visant à faciliter le passage du fret routier à au moins un endroit au Canada, lequel sera choisi par les deux pays. Si cette expérience donne des résultats positifs, nous pourrions envisager de l'étendre à d'autres endroits dans les deux pays.

« L'Agence canadienne d'inspection des aliments et le Service de salubrité et d'inspection des aliments des États-Unis mèneront d'ici juin 2012 un projet pilote d'un an visant à établir un mécanisme d'examen et d'approbation préalables de la certification officielle de prédédouanement et d'autres formules possibles liées aux activités d'inspection des importations de viande fraîche. Les résultats de ces projets, qui seront évalués d'ici septembre 2013, guideront l'évolution future de cette approche.

« Le Service des douanes et de protection de la frontière des États-Unis effectuera à Vancouver (C.-B.) le prédédouanement intégral des voyageurs et des biens qui les accompagnent, à bord des paquebots de croisière et des trains de passagers à destination des États-Unis. Les négociations sur ce point se termineront d'ici la fin de 2012.

« D'ici juin 2012, nous trouverons et développerons des solutions permettant de surmonter les obstacles opérationnels à l'efficacité des opérations de prédédouanement du Service des douanes et de protection de la frontière des États-Unis dans les aéroports canadiens (par exemple, l'emplacement des activités de contrôle de l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien et les niveaux de service du Service des douanes et de protection de la frontière des États- Unis). La mise en oeuvre des solutions acceptées par les deux pays débutera en décembre 2012.

« Nous créerons un groupe de travail dirigé par l'Agence canadienne d'inspection des aliments et l'Agence des services frontaliers du Canada, ainsi que par le Service d'inspection de la santé des animaux et des plantes des États-Unis et le Service des douanes et de protection de la frontière des États-Unis, pour mener une étude de faisabilité sur les matériaux d'emballage en bois, qui sera financée conjointement par le Canada et les États-Unis. Le groupe de travail examinera les politiques, programmes ou changements opérationnels requis pour permettre de déplacer les inspections de matériel d'emballage en bois de la frontière canado-américaine vers le périmètre et formulera des recommandations. Cette étude sera terminée d'ici décembre 2012. »

En vue de mettre sur pied un système de douane unique, le Plan mentionne l'intention de « fournir [...] aux exportateurs un guichet unique au moyen duquel ils pourront soumettre par voie électronique tous les renseignements nécessaires pour se conformer aux règlements douaniers et autres. »

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Cuba

Les vérités de Cuba

Ces derniers jours, des médias et des représentants de certains gouvernements traditionnellement engagés dans la subversion contre Cuba ont déclenché une nouvelle campagne d'accusations, en se saisissant sans le moindre scrupule d'un fait lamentable : le décès d'un prisonnier de droit commun qui, peut-être uniquement parce qu'il s'agit de Cuba, est devenu une nouvelle aux répercussions internationales.

La méthode employée est toujours la même, que l'on cherche en vain à imposer à coups de répétitions médiatiques pour diaboliser Cuba, en l'occurrence à partir de la manipulation délibérée d'un événement totalement inhabituel dans notre pays, contrairement à d'autres pays.

Le soi-disant « prisonnier politique » purgeait une peine de quatre ans d'incarcération au terme d'un procès juste et équitable pendant lequel il était en liberté, pour avoir brutalement battu sa femme en public, agressé des policiers et avoir résisté violemment à son arrestation.

Cette personne est morte des suites d'une défaillance multi-organique associée à une insuffisance respiratoire sévère malgré avoir reçu tous les soins nécessaires, y compris les médicaments et le traitement spécialisé à la salle de soins intensifs du principal hôpital de Santiago de Cuba.

Pourquoi certaines autorités espagnoles et de l'Union européenne se sont-elles empressées de condamner Cuba sans même tenter de s'informer sur ce sujet ? Pourquoi recourent-elles toujours et d'avance aux mensonges lorsqu'il s'agit de Cuba ? Pourquoi, en plus de mentir, censurent-elles la vérité ? Pourquoi refuse-t-on à la voix et à la vérité de Cuba, sans aucun scrupule, le moindre espace dans les médias internationaux ?

C'est faire preuve d'un grand cynisme et faire du deux poids deux mesures. Quel qualificatif donneraient-ils à la brutalité policière déclenchée récemment contre le mouvement des « indignés » en Espagne et dans la plupart des pays de cette « Europe cultivée et civilisée » ?

Qui s'est inquiété de la situation dramatique de surpopulation dans les prisons espagnoles, dont la population d'immigrés s'élève à plus de 35 % du total des détenus dans le pays, d'après le dernier rapport disponible du syndicat des prisons ACAIP daté du 3 avril 2010 ? Qui a pris la peine d'enquêter sur la mort, en juin 2011, au Centre pénitencier de Teruel, en Espagne, de Tohuami Hamdaoui, un prisonnier de droit commun d'origine marocaine décédé après une grève de la faim volontaire de plusieurs mois ? Qui s'est inquiété du fait que Tohuami Hamdaoui clamait son innocence ?

Le porte-parole chilien qui ose nous calomnier a-t-il perdu la mémoire ou la notion de la réalité lorsqu'il affirme que le prisonnier décédé était un dissident politique qui avait passé 50 jours en grève de la faim ? Il doit garder des souvenirs de l'époque où il était dirigeant étudiant lié aux militaires putschistes de Pinochet qui ont massacré son peuple et ont étendu les disparitions et les tortures à l'ensemble du cône sud à travers le « Plan Condor », mais on ne lui connaît pas de déclarations sur la brutale répression contre les étudiants qui manifestent pacifiquement pour leur droit humain à l'éducation universelle et gratuite. Serait-il de ceux qui ont voulu rebaptiser la dictature « régime militaire » dans les livres scolaires. S'est-il prononcé sur la Loi antiterroriste appliquée contre les Mapuches en grève de la faim ?

Le gouvernement des États-Unis, principal instigateur de tout effort visant à discréditer Cuba, ne pouvait pas manquer dans cette campagne, ceci dans le seul but de justifier leur politique d'hostilité, de subversion et de blocus économique, politique et médiatique contre le peuple cubain.

On ne peut qu'être impressionné par l'hypocrisie des porte-parole des États-Unis, un pays qui affiche un piètre bilan en matière de droits de l'Homme, aussi bien sur son territoire que dans le reste du monde. Le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies a reconnu que de graves violations sont commises chaque jour dans ce pays en matière de droits humains : les droits de la femme, la traite des personnes, la discrimination raciale et contre les minorités ethniques, l'abandon des détenus, le profilage racial et les fréquentes erreurs judiciaires dans les procédures de condamnation à la peine de mort, l'exécution de mineurs et de malades mentaux, les abus du système de détention migratoire, les morts à la frontière sud militarisée, les actes atroces commis contre la dignité humaine et les assassinats de personnes innocentes perpétrés par les troupes de l'armée US sur les populations civiles en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et ailleurs, les arrestations arbitraires et les tortures pratiquées dans le centre de détention illégal de la Base navale de Guantanamo, qui usurpe une partie de notre territoire.

C'est à peine si l'on sait dans le monde qu'en novembre 2011, aux États-Unis, trois personnes sont mortes au cours d'une grève de la faim massive de prisonniers en Californie. D'après les témoignages de plusieurs d'entre eux incarcérés dans des cellules voisines, les gardiens n'ont prêté aucune assistance aux prisonniers et ont même délibérément ignoré leurs cris et leurs appels à l'aide, ceci dans une prison où les gardiens recourent à des pratiques comme l'alimentation forcée.

Quelques semaines plus tôt, l'Afro-américain Troy Davis avait été exécuté –malgré les nombreuses preuves qui démontraient qu'une erreur judiciaire avait été commise – sans que la Maison-Blanche ou le Département d'État ne lève le petit doigt.

Aux États-Unis, 90 prisonniers ont été exécutés de janvier 2010 à ce jour, et 3 222 détenus attendent leur exécution dans le couloir de la mort. Le gouvernement n'hésite pas à réprimer brutalement tous ceux qui osent dénoncer l'injustice du système.

Cette nouvelle attaque contre notre pays démontre une claire intention politique qui n'a rien d'une préoccupation légitime pour la vie des Cubaines et des Cubains. On nous fustige avec la complicité de puissants groupes politico-financiers comme le Groupe Prisa et celui géré par la CNN en espagnol, dans le meilleur style des mafias de Miami. On dénonce délibérément le gouvernement cubain, que l'on accuse sans qu'il y ait eu la moindre enquête sur la réalité des faits. On condamne d'abord et, éventuellement, on juge ensuite.

Il ressort dans le cas présent que ni les autorités, qui ont fait preuve de précipitation et de maladresse en abordant ce sujet, ni l'appareil au service de l'agression médiatique contre Cuba n'ont même pas pris la peine de confirmer cette information. Peu importe la vérité si ce que l'on prétend c'est de fabriquer artificiellement et vendre une fausse image de soi-disant violations flagrantes et systématiques des libertés à Cuba qui puisse justifier un jour une intervention dans le but de « protéger des civils cubains sans défense ».

L'intention d'imposer une matrice d'opinion diabolique pour prouver une dégradation sensible de la situation des droits humains à Cuba et construire une soi-disant « opposition victimisée qui meurt dans les prisons » – où on lui refuse même l'accès aux services de santé –, est on ne peut plus évidente.

Le monde entier connaît la vocation humaniste de nos médecins et de notre personnel de la santé en général, qui ne lésine pas sur les efforts ni sur les maigres moyens dont dispose notre pays – dans une large mesure à cause du criminel blocus qu'endure notre peuple depuis plus de 50 ans – pour sauver des vies et améliorer l'état de santé de notre peuple et d'autres peuples dans tous les confins de la Terre.

Cuba suscite le respect et l'admiration des peuples et de nombreux gouvernements, qui reconnaissent son oeuvre sociale dans l'île et dans le monde.

Les faits valent plus que mille mots. Les campagnes anticubaines n'entameront ni la Révolution cubaine ni son peuple, qui continuera de perfectionner son socialisme.

La vérité de Cuba est celle du pays où l'être humain est ce qu'il y a de plus précieux : une espérance de vie à la naissance de 77,9 ans en moyenne ; une couverture de santé gratuite pour tout le peuple ; un taux de mortalité infantile de 4,9 pour chaque mille naissances vivantes, un taux qui dépasse les standards étasuniens et qui est le plus faible du continent, légèrement inférieur à celui du Canada ; toute une population alphabétisée et ayant plein accès à tous les niveaux de l'enseignement, de manière gratuite ; un taux de participation aux élections générales de 2008 de 96 % ; un processus démocratique de discussion des Orientations économiques et sociales préalablement au VIe Congrès du Parti.

La vérité de Cuba est celle du pays qui a étendu ses universités et ses écoles aux centres pénitenciers, où les détenus, qui ont été opportunément et impartialement jugés, perçoivent le même salaire pour le même travail et ont droit à des soins médicaux de qualité sans distinction de race, de sexe, de religion ou d'origine sociale.

L'histoire démontrera une nouvelle fois que le mensonge, même répété, ne deviendra jamais une vérité, car comme l'a dit notre héros national José Marti, « un principe juste du fond d'une grotte est plus puissant qu'une armée ».

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Haïti

Le fantoche, le dictateur et le président:
Haïti d'aujourd'hui et de demain

Perdu dans le flot de photographies et d'histoires déchirantes des « pauvres Haïtiens » vivants dans une misère sordide qui circule sur le deuxième anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010, un autre ensemble d'images est apparu. Peu de gens ont remarqué ces autres images – elles ont reçues peu d'attention dans les médias dominants – mais elles donnent une idée des perspectives de la reconstruction d'Haïti et, en effet, des perspectives de l'avenir politique et économique d'Haïti.

Ces images ont été prises lors des cérémonies officielles de commémoration à la colline de Titanyen[1], au nord de Port-au-Prince, un lieu où l'ancien dictateur Jean Claude Duvalier et son père, François Duvalier, se débarrassaient des corps de leurs adversaires politiques. Après le séisme, il est devenu le lieu de sépulture de milliers de victimes non identifiées du séisme. Pendant les cérémonies, les délégués locaux et les diplomates internationaux ont rendu hommage aux Haïtiens qui ont perdu la vie et promis d'aider ceux qui ont survécu. Mais l'image la plus frappante qui est ressortie de cette cérémonie est celle d'un triumvirat immoral. Côte à côte à la tribune, se serrant la main et échangeant des plaisanteries se trouvaient le président haïtien, Michel Martelly, l'ancien président américain et envoyé spécial de l'ONU, Bill Clinton, et Jean-Claude Duvalier. Pour comprendre l'avenir d'Haïti, nous devons nous distancer des images des « pauvres Haïtiens » qui dominent la couverture d'Haïti et saisir l'importance de ces trois personnages dans l'élaboration des plans impérialistes des États-Unis pour Haïti.


Jean-Claude Duvalier salue le président d'Haïti et la première
Dame sous le regard de l'ancien président américain,
Bill Clinton, 13 janvier 2012.

« Baby Doc » Duvalier est retourné en Haïti le 16 janvier 2010, après vingt-cinq ans d'exil. Son arrivée aurait pris tout le monde par surprise, cependant il est maintenant clair que la France et les États-Unis lui avaient donné le feu vert. Le silence relatif du gouvernement d'Obama sur le retour de Duvalier contraste avec le tapage qu'il a fait pour empêcher, avec force, le retour de Jean-Bertrand Aristide,[2][3] le premier président démocratiquement élu d'Haïti. Ce contraste sent la duplicité. Rappelons que sous Duvalier (et son père, François), les tontons macoutes, sa milice privée détestée[4], ont assassiné, torturé ou fait disparaître près de 50 000 Haïtiens.[5]. Dans le même temps, Duvalier a détourné des centaines de millions de dollars[6], dont la plus grande partie a servi à se payer une vie de grand luxe pendant son exil.[7] Malgré les appels à son arrestation et à son inculpation des survivants et des avocats haïtiens ainsi que des organisations internationales de défense des droits, Duvalier peut circuler comme bon lui semble dans les rues d'Haïti et même dîner dans les meilleurs restaurants avec des gens comme Sean Penn.

Que symbolise Duvalier ? Pour l'élite d'Haïti, il représente une forme de nostalgie totalitaire. Il existe une espèce de culte entourant Duvalier, un rappel de l'époque de la « bourgeoisie macoutisée », selon l'expression du journaliste Kim Ives [8], quand il y avait une alliance entre les élites et les forces paramilitaires terroristes. Mais le duvaliérisme était aussi une bonne chose pour la politique et l'économie des États-Unis qui, dans les années 1960, avaient besoin de François (« Papa Doc ») Duvalier pour contrer l'influence révolutionnaire communiste de Cuba. Sous Jean-Claude (« Baby Doc »), ils ont été capables d'ouvrir les ressources et les marchés haïtiens aux entreprises américaines, d'augmenter le nombre des ateliers de misère et de jeter les bases de l'instauration des politiques économiques néolibérales.

C'est là qu'interviennent le président Martelly, sélectionné par les États-Unis, et « Papa » Bill Clinton. Comme nous l'avons déjà indiqué dans Black Agenda Report[9], le candidat de droite Martelly a été choisi par le gouvernement Obama pour devenir président d'Haïti lors d'une élection imposée de force, entachée d'irrégularités et avec un faible taux de participation des électeurs. Plus important encore, Martelly est le visage – et l'épine dorsale – de la résurgence du duvaliérisme. Ses affinités avec Duvalier sont bien connues, tout comme son animosité envers l'ancien président Aristide.[10] Il a des liens historiques avec les loyalistes de Duvalier, envisage une « amnistie » Duvalier, [11] et est en train de rétablir l'armée haïtienne. De plus, ses interactions erratiques et agressives avec ses constituants et ses collègues politiques – et, en particulier, ses menaces contre les journalistes haïtiens – sont un début d'indication de ses tendances répressives.

Mais il est un bon fantoche. Comme nous le rappelle Ezili Danto du Haitian Lawyers Leadership Network : « Martelly est simplement un outil que vont utiliser ceux qui « connaissent le mieux les schémas de privilège et de domination », plus que n'importe quel politicien haïtien intéressé pourrait jamais rêver de l'être. Martelly est la valve qui libère la pression de surface accumulée tout en renforçant la narration du « Haïtien violent ». Une brillante manoeuvre des Américains et des Européens. « Une évidence ». Pour le moment, il va ouvrir Haïti à l'occupation et à l'exploitation économique permanentes des États-Unis tout en terrorisant les Haïtiens qui résisteront. Alors que les États-Unis consolident leur présence militaire dans l'hémisphère occidental, la domination d'Haïti est importante. Pour beaucoup, c'est une des raisons qui expliquent l'occupation militaire actuelle par une force criminelle sous le commandement de l'ONU, la MINUSTAH, la plus grande force militaire onusienne dans un pays qui n'est pas en guerre. C'est aussi la raison de l'imposante nouvelle ambassade américaine en Haïti, la quatrième plus grande ambassade américaine dans le monde.

Et puis, il y a Bill Clinton. Clinton est le visage « gentil » de la domination américaine d'Haïti.[12] Avec son initiative pour transformer Haïti en un paradis pour les touristes occidentaux tandis que les Haïtiens seront une main-d'oeuvre à bon marché dans les ateliers de misère où seront fabriqués des marchandises occidentales,[13] Clinton est l'arbitre d'une nouvelle phase de néolibéralisme. Il dicte pratiquement la politique haïtienne. En fait, dans une scène des plus absurdes de népotisme de l'histoire politique d'Haïti, le premier ministre d'Haïti, Gary Conille, est l'ancien chef de cabinet de Clinton. Il a également une longue histoire familiale avec les Duvalier : son père était un ministre de Baby Doc.[14] Comme @dominique_e a dit récemment sur Twitter, tout est en place pour « tuer Haïti avec le néolibéralisme ».

La semaine dernière, Glen Ford faisait remarquer sur une radio américaine : « On parle le plus souvent d'Haïti comme d'une tragédie alors qu'en fait c'est une scène de crimes horribles, commis principalement par les États-Unis pendant deux siècles. »[15 ] Avec le fantoche, le dictateur et le président sur scène, il est difficile d'imaginer une cohorte plus sinistre pour entraîner Haïti sur la voie de l'exploitation américaine.

Notes

1. http://www.amnesty.org/en/library/info/AMR36/007/2011/en
2. http://www.thegrio.com/news/us-urges-aristide-to-delay-return-to-haiti.php
3. http://www.ezilidanto.com/zili/2011/03/obama-fears-lavalas-returns-duvalierists-refuses-aristide/
4. http://thepublicarchive.com/ ?p=2816
5. http://www.coha.org/tonton-macoutes/
6. http://www.soros.org/initiatives/justice/articles_publications/publications/duvalier-factsheet-20111213
7. http://www.csmonitor.com/World/Americas/2011/0119/How-strong-are-charges-against-Haiti-s-Jean-Claude-Duvalier-Very-say-experts
8.http://www.haiti-liberte.com/archives/volume4-27/A Class Analysis of Baby Doc.asp
9. http://blackagendareport.com/content/fools-and-sycophants-haiti's-presidential-selection
10. http://www.guardian.co.uk/commentisfree/cifamerica/2011/mar/22/haiti-jean-bertrand-aristide
11. http://www.haiti-liberte.com/archives/volume4-40/As%20Inauguration%20Nears.asp
12. http://www.uruknet.info/?p=79976
13. https ://nacla.org/node/6781
14. http://www.haiti-liberte.com/archives/volume5-7/The%20Neo-Liberal.asp
15. http://blackagendareport.com/content/haiti-raped-us-2004-and-still-bleeding

(Traduction : LML)

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