Le

                              Marxiste-Léniniste

Numéro 5 - 29 janvier 2012

Mouvement ouvrier

Lockouts et rébellion réactionnaire
des propriétaires du capital monopoliste


De gauche à droite: lockouts actuels à Rio Tinto Alcan au Québec, à Electro-Motive Diesel à London, Ontario,
Crystal Sugar dans le Nord Dakota et Cooper Tire and Rubber en Ohio (STAA, Mary G. Kosta, Minnesota Workday, USW)

Lockouts et rébellion réactionnaire des propriétaires du capital monopoliste

La lutte des travailleurs de RTA Alma s'attire le respect, même de très loin!
Visite importante de travailleurs de Kitimat à Alma
Les travailleurs d'Arvida prêtent un million $ sans intérêt pour soutenir la lutte à Alma!
De plus en plus d'étudiants prennent position
Tentatives continuelles de criminaliser les travailleurs

Salvador
Extorsion par la minière canadienne Pacific Rim - Claude Brunelle


Lockouts et rébellion réactionnaire
des propriétaires du capital monopoliste


L'absence du facteur humain/conscience sociale est
le problème posé et à résoudre pour la classe ouvrière.

Partout au Canada et aux États-Unis, les propriétaires du capital monopoliste ont recours aux lockouts pour forcer la classe ouvrière à faire des concessions. Cela a pour conséquence de transférer la valeur de ceux qui produisent la richesse et qui livrent les services vers ceux qui possèdent et contrôlent les moyens de production et les instruments de livraison des services, dans le secteur public comme dans le secteur privé.

Il y a plusieurs lockouts en ce moment : contre les travailleurs de Rio Tinto Alcan au Québec, ceux d'Electro-Motive Diesel en Ontario, de l'American Crystal Sugar dans le Nord Dakota et de Cooper Tire & Rubber à Findlay, dans l'Ohio. Le maire de Toronto et ses partisans au conseil municipal menacent de mettre les travailleurs municipaux en lockout au début de février.

La rébellion réactionnaire des propriétaires du capital monopoliste et de leurs représentants politiques contre la classe ouvrière a à la fois une base objective et une base subjective. La base objective est dans la force relative des propriétaires du capital monopoliste par rapport à la classe ouvrière, surtout grâce à leur contrôle de la machine d'État. L'expansion mondiale du capital a atteint un point où une poignée de propriétaires contrôle la majeure partie de la production de certains produits et la livraison de certains services, comme Rio Tinto pour la production de l'aluminium. La réduction de la production de l'aluminium à cause du lockout à Alma a pour effet de faire monter presque instantanément le prix du marché de l'aluminium. La poursuite de la production de l'aluminium à d'autres alumineries de Rio Tinto ailleurs dans le monde et la vente d'hydro-électricité au gouvernement du Québec à partir de sa centrale à Alma, alors qu'elle est censée être utilisée pour la production, font en sorte que le monopole continue d'encaisser un revenu net. Durant les onze mois du lockout contre les métallos de l'aciérie de Hamilton, le monopole US Steel a utilisé la production à ses aciéries aux États-Unis pour continuer de répondre à la demande canadienne. Un autre aspect de la force relative des propriétaires du capital monopoliste et de leurs représentants politiques est l'existence d'un taux élevé de chômage permanent. L'énorme réserve de travailleurs sans travail devient un marché où recruter des mercenaires à titre de briseurs de grève et de forces paramilitaires pour continuer la production ou la livraison des services durant un lockout. Plus de 900 mercenaires antiouvriers sont embauchés par l'American Crystal Sugar durant le lockout et, à l'usine de Rio Tinto d'Alma, la compagnie utilise des travailleurs non syndiqués en sous-traitance. Les propriétaires du capital monopoliste, de connivence avec les gouvernements, ont recours à plusieurs tactiques durant un lockout pour forcer les travailleurs à accepter des conventions à rabais ou pour détruire les syndicats, y compris le recours à des lois spéciales comme celles forçant le retour au travail des employés de Postes Canada et d'Air Canada.

Or, ces facteurs objectifs favorisent les propriétaires du capital, pendant que le mouvement ouvrier est en repli, et cela partie du mouvement dialectique de la lutte de classe entre les propriétaires du capital et la classe ouvrière. Dans cette dialectique, la classe ouvrière est le facteur humain progressiste montant, capable de passer du repli à un mouvement avant et de transformer les conditions objectives en sa faveur. Cela peut se faire avec la mobilisation du facteur humain/conscience sociale latent au sein de la classe ouvrière et la mise à contribution de sa supériorité numérique et de la position cruciale qu'elle occupe dans l'économie socialisée.

La base subjective de la rébellion des propriétaires du capital monopoliste et de leurs représentants politiques contre la classe ouvrière est la conviction d'avoir la classe ouvrière sur la défensive et en repli. C'est leur conception du monde antiouvrière et elle a également son reflet dans le mouvement ouvrier. Pour le mouvement ouvrier, c'est sa plus grande faiblesse. Le facteur humain/conscience sociale est étouffé et supplanté par la conception du monde des propriétaires du capital, et cela a pour effet de saper la confiance de la classe ouvrière dans sa capacité et son pouvoir de défendre les droits de tous et de créer les conditions pour une alternative pro-sociale.

L'absence du facteur humain/conscience sociale au sein de la classe ouvrière est devenue le problème posé et à résoudre le plus pressant. Elle se manifeste dans la pensée des travailleurs et elle explique pourquoi la voix de la classe ouvrière est absente des affaires politiques et économiques du pays. La classe ouvrière et ses dirigeants doivent multiplier les efforts pour renverser la situation en ce qui concerne les conditions subjectives et libérer le facteur humain/conscience sociale comme une arme pour venir à bout de la force objective temporaire des propriétaires du capital et de leurs représentants politiques, et faire échec à leur rébellion réactionnaire. Il faut pour cela des actions des travailleurs et de leurs alliés pour donner une forme objective au facteur humain/conscience sociale, avec une puissante Opposition ouvrière capable d'avoir un impact et un Parti communiste de masse. La classe ouvrière et ses alliés ont besoin de formes organisationnelles à chaque endroit de travail et dans chaque quartier pour unir, discuter, analyser, produire des voix médiatiques et établir des groupes de rédacteurs et diffuseurs chargés d'informer la population, et de dresser des plans d'action pour défendre les droits de tous et mobiliser le peuple autour d'un objectif pro-social.

Ce sont les travailleurs et leurs alliés qui ont la responsabilité de faire avancer le monde passé cette période de repli et de rébellion réactionnaire des propriétaires du capital monopoliste. Ensemble, cela peut se faire ! L'histoire nous appelle à nous unir, à libérer la dialectique et sa tendance progressiste, à mettre en oeuvre le facteur humain/conscience sociale et à sortir des sentiers battus dans la défense des droits de tous et l'articulation d'une alternative pro-sociale !

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La lutte des travailleurs de RTA Alma s'attire le respect, même de très loin!

Visite importante de travailleurs de Kitimat à Alma


Des représentants des travailleurs de Rio Tinto Alcan et de la centrale hydro-électrique Kemano de Kitimat, en
Colombie-Britannique, venus rendre visite aux travailleurs d'Alma. Premier à gauche: Marc Maltais, président
du Syndicat des travailleurs de l'aluminion d'Alma, et à côté de lui le représentant des travailleurs de la mine
Niobec de Saint-Honoré, Québec.  (Mark McIlwrath)

Les 19 et 20 janvier, une délégation de travailleurs de Rio Tinto à Kitimat, en Colombie-Britannique, membres de la section locale 2301 du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), était au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour appuyer les travailleurs en lockout à l'usine d'Alma. La délégation était constituée du président de la section locale 2301 Ed Abreu et de deux autres membres de l'exécutif.

Les travailleurs de Kitimat ont rejoint les lignes de piquetage à l'usine d'Alma et se sont entretenus avec les syndicats d'Alma et d'Arvida et avec les représentants régionaux des TCA. Ils ont dénoncé la décision de Rio Tinto de mettre ses travailleurs en lockout le jour même où la convention collective arrivait à échéance et l'expulsion brutale des travailleurs par 150 agents de sécurité embauchés par la compagnie 24 heures avant le début de la période légale de lockout ou grève. Ils ont dit que ce n'est pas important que les uns soient membres du Syndicat des métallos et les autres des TCA, car ils ont tous les mêmes intérêts et que leur lutte est la même. Les travailleurs rapportent que les discussions ont porté sur la lutte contre l'utilisation sans restriction de la sous-traitance et pour un plancher d'emplois syndiqués aux alumineries de Rio Tinto.

Kitimat est une petite ville côtière du nord de la Colombie-Britannique avec environ 9000 habitants, où Rio Tinto est le principal employeur. Comme à Alma et Arvida, Rio Tinto à Kitimat possède une centrale hydro-électrique et a le privilège de tirer son électricité des rivières de Kitimat. Comme au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les travailleurs de Kitimat parlent d'une multiplication des attaques depuis que Rio Tinto a acquis Alcan en 2007.

Les travailleurs de Kitimat vont eux-mêmes bientôt être en négociation puisque leur convention collective se termine à la fin de juillet 2012. Rio Tinto a annoncé un investissement de 3,3 milliards $ pour la modernisation de l'aluminerie de Kitimat, qui augmentera la production de 282 000 tonnes d'aluminium par année à 420 000 tonnes. Les travailleurs croient que la compagnie va profiter de l'occasion pour réduire le nombre de travailleurs syndiqués, de 1100 qu'ils sont aujourd'hui à 850, et que les nouveaux postes vont être donnés en sous-traitance. Ils disent que Rio Tinto a entre autres fait savoir que si un service est fait en sous-traitance dans plus de 50 % de ses alumineries, elle va vouloir faire la même chose dans toutes les usines. C'est pourquoi, disent-ils, la lutte des travailleurs d'Alma transcende la région et a des répercussions pour les travailleurs de l'aluminium partout au pays.

Les travailleurs de Kitimat se sont dits très satisfaits de leur visite. En plus de discuter avec les travailleurs d'Alma, la délégation a été interviewée par les médias locaux. Ce n'est pas la première fois que les travailleurs de Kitimat se rendent dans la région ou communiquent avec les travailleurs d'Alma. Ils étaient là le printemps dernier et maintiennent le contact par téléconférences et par les médias sociaux.

De retour à Kitimat, ils ont fait rapport de leur visite aux travailleurs par l'entremise du bulletin syndical. Ils écrivent entre autres :

« Il y a eu une rencontre avec les représentants des métallos, dont le président du syndicat d'Alma, Marc Maltais. C'était important pour la section locale 2301 des TCA de bien comprendre les enjeux dans ce conflit et ce qu'il faudra faire pour le résoudre. La sous-traitance est la seule question en litige à l'usine d'Alma. Les TCA et le syndicat des Métallos qui représentent les usines de Rio Tinto ont forgé des liens solides ces derniers mois et continueront de le faire puisque nous communiquons maintenant par les médias sociaux et un poste de téléconférence à la salle syndicale. Ces relations améliorées vont permettre aux syndiqués de Rio Tinto de développer une approche unifiée au-delà des affiliations syndicales pour relever les défis que nous lance notre employeur commun. »

Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l'aluminerie d'Alma, s'est également réjoui de la visite des travailleurs de Kitimat. « On a un appui moral avec leur présence ici, dit-il. Pour eux, on est un peu comme un laboratoire. Le partage d'information au niveau stratégique, c'est fondamental. »

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Les travailleurs d'Arvida prêtent un million $ sans intérêt pour soutenir la lutte à Alma!


Assemblée générale des membres du syndicat de Rio Tinto Arvida le 19 janvier 2012.

Dans deux assemblées générales, plus de 1300 des 1650 travailleurs de Rio Tinto à Arvida ont voté d'accorder un prêt sans intérêt d'un million de dollars pour appuyer les travailleurs en lockout à Alma. Les travailleurs d'Arvida sont membres du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida affilié aux TCA. Le vote a été presque unanime et a été suivi d'un tonnerre d'applaudissements. Les médias locaux rapportent des commentaires de travailleurs d'Arvida à la sortie des assemblées qui se disent fiers de contribuer à la lutte commune contre Rio Tinto. »Nous sommes tous des syndicalistes. Nous devons nous entraider.» Les alumineries d'Alma et Arvida sont les deux principales usines de Rio Tinto Alcan dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le président du syndicat d'Arvida, Alain Gagnon, a blâmé et Rio Tinto et le gouvernement du Québec pour le lockout. Il reproche au gouvernement de n'avoir pas exigé des limites à la sous-traitance et le maintien d'un plancher d'emplois lors du renouvellement des droits d'hydro-électricité d'Alcan, l'ancien propriétaire, en 2006. Le gouvernement a abdiqué ses responsabilités et ainsi ouvert la porte à des conflits de travail comme celui d'Alma, dit-il. « Encore un fois, c'est aux syndicats de faire avancer la société. »

Il s'oppose à l'établissement d'un régime à deux vitesses pour les salaires et les conditions de travail pour un même travail. « Travailler à 13 ou 14 piastres de l'heure dans une salle de cuves, c'est inacceptable. » Il a également dénoncé Rio Tinto pour avoir refusé de continuer de parler au syndicat et de choisir plutôt le lockout dès que la convention collective est arrivée à échéance. « Ça me fait peur, leur nouvelle attitude 'no contract, no work'. On a négocié des conventions collectives jusqu'à 14 mois après leur échéance », rappelle-il.

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De plus en plus d'étudiants prennent position

Le 18 janvier, le conseil exécutif de l'Association générale des étudiantes et étudiants du cégep de Jonquière (AGEECJ) a adopté d'urgence à l'unanimité une proposition pour appuyer les travailleurs en lockout à Rio Tinto Alcan, à Alma. Dans un communiqué de l'association, sa présidente Kim Samson dit : « Le STAA se bat pour les générations futures. Les travailleurs peuvent compter sur les associations étudiantes dans leur lutte contre la sous-traitance et pour le plancher d'emploi. Le plancher d'emploi et l'assurance que le travail des syndiqués n'est pas effectué par un tiers sont des propositions qui favorisent des emplois de qualité pour les nouveaux diplômés. C'est sans réserve que nous appuyons la cause des travailleurs face à la multinationale. »

La proposition sera présentée à l'assemblée générale le 31 janvier. Un groupe d'étudiants du cégep est allé rejoindre les travailleurs sur les lignes de piquetage, comme l'ont fait également des étudiants de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Voilà pour les prétentions de Rio Tinto que la lutte des travailleurs d'Alma est « égoïste » et un obstacle à la création d'emplois pour les étudiants de la région quand ils terminent leurs études. « Si ces jeunes-là n'ont plus de place ici, plus de place honorable pour gagner leur croute, ils vont s'expatrier, ils vont aller dans d'autres régions, ils vont prendre le bord de Montréal comme bien des jeunes font », a dit un travailleur heureux de la présence des étudiants sur les lignes de piquetage.

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Tentatives continuelles de
criminaliser les travailleurs

Rio Tinto continue de détourner l'attention de son arrogance et de son irresponsabilité sociale avec ses tentatives de criminaliser les travailleurs et de réduire leurs revendications légitimes en une affaire de loi et ordre. Le 25 janvier, la compagnie a servi une mise en demeure au syndicat à l'effet que les travailleurs ne respectent pas les conditions de l'injonction concernant le nombre de personnes sur les lignes de piquetage et la distance à respecter et qu'elle pourrait recourir à des procédures d'outrage au tribunal.

Elle affirme dans son communiqué que les travailleurs ont vandalisé les rails sur lesquelles roulent les trains qui amènent le matériel à l'usine et qu'ils ont intimidé des membres du personnel-cadre et des employés des sous-traitants quand ils entrent et sortent de l'usine.

La mise en demeure fait référence à l'injonction interlocutoire obtenue par la compagnie dans la nuit du Jour de l'An et ensuite prolongée jusqu'au 2 avril. L'injonction interdit le piquetage à moins de 500 pieds de l'usine et limite le nombre de piqueteurs à 20. Elle sert à toute fin pratique à interdire aux piqueteurs de ralentir le passage de ceux qui entrent à l'usine, comme c'est leur droit suivant les protocoles de piquetage. L'injonction est basée sur des allégations non prouvées de la compagnie qui accuse les travailleurs de vandalisme, d'intimidation et d'assaut sur la personne, accusations sans fondement qu'elle reprend de temps à autre depuis le début. Cela lui sert de propagande comme le démontre le fait qu'aucune accusation n'a encore été portée ou même enquêtée. Où sont les lois qui interdisent la diffamation et les accusations frivoles ? Par contre, les tribunaux sont là quand il s'agit de défendre les intérêts de la compagnie et de criminaliser les travailleurs.

La preuve de cela est le fait que la compagnie s'en tire sans même une réprimande pour avoir expulsé brutalement les travailleurs sur le quart horaire de nuit un jour avant la fin de la convention collective. Elle a transformé l'usine en bunker avec ses agents de sécurité. Quand une entreprise agit de la sorte, on dit que c'est pour protéger la propriété privée. On tourne la vérité à l'envers en donnant l'impression que ces mesures sont nécessaires pour protéger la compagnie contre des travailleurs qui seraient violents. Par contre, quand les travailleurs font du piquetage paisiblement, pour défendre leurs droits, ils sont menacés et traités en criminels.

Le syndicat d'Alma est bien conscient de l'objectif visé par cette activité méprisable et s'en tient à la demande d'une juste résolution du conflit concernant la convention collective. Il respecte l'injonction mais conteste les allégations de vandalisme et d'intimidation, qu'il considère comme étant faites exprès pour détourner l'attention du fond du conflit, qui est une lutte contre la détérioration des conditions de travail par la sous-traitance et pour un plancher d'emplois syndiqués à l'usine.

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Salvador

Extorsion par la minière canadienne Pacific Rim

Depuis décembre, le tribunal de la Banque mondiale, via le Centre international de règlement des différends relatifs à l'investissement (CIRDI), a entrepris à huis clos ses délibérations afin de décider si la minière canadienne Pacific Rim a raison dans sa poursuite contre le gouvernement du Salvador. La minière accuse le gouvernement salvadorien de discrimination sélective envers elle en refusant de lui accorder le permis d'exploitation pour la mine d'or El Dorado, située à quelque 65 kilomètres de la capitale San Salvador, dans la région rurale de Las Cabañas.

La minière canadienne a entrepris cette poursuite contre le gouvernement du Salvador en avril 2009, utilisant les règles du chapitre 10 de l'Accord de libre-échange Amérique centrale-République dominicaine-États-Unis (ALÉAC-RD).[1] Plus spécifiquement, Pacific Rim soutient que le gouvernement du Salvador, par son refus de lui émettre un permis d'exploitation minier pour le projet El Dorado, viole les articles 10.3 (traitement national) , 10.4 (traitement de nation la plus valorisée), 10.5 (norme standard de traitement) et 10.7 (expropriation) du chapitre 10 de l'accord, ainsi que l'article 23 de la Loi sur les mines du Salvador. La compagnie minière soutient qu'en vertu de ces règles, toute compagnie minière qui a entrepris la phase d'exploration d'un projet minier est automatiquement autorisée à poursuivre avec la phase d'exploitation si elle a déboursé des sommes considérables en investissement. Invoquant cette interprétation de la loi salvadorienne sur les mines, Pacific Rim réclame des dédommagements de 77 millions $ en investissement et de 23 millions $ en perte de profits escomptés et frais divers.

Le Canada ne fait pas partie de l'ALÉAC-RD. Aussi, afin de pouvoir intenter cette procédure en arbitrage, Pacific Rim a utilisé un subterfuge et ouvert une filiale à Reno, Nevada, aux États-Unis, sous le nom de Pacific Rim Cayman. L'ouverture de cette filiale s'est faite en 2007, soit deux ans avant le dépôt de la poursuite devant le tribunal d'arbitrage. Ceci démontre en soit que Pacific Rim n'a jamais eu l'intention de se soumettre aux lois salvadoriennes sur les mines et l'environnement et qu'elle a délibérément manoeuvré pour diriger la dispute devant l'instance internationale de l'ALÉAC-RD.

La compagnie Pacific Rim a entrepris ses opérations d'exploration du site El Dorado en 2002, suivant un plan de six ans devant mener à la phase d'extraction de l'or et de l'argent. Très rapidement, la population locale et plusieurs organismes civils de défense des droits et de l'environnement ont fait connaître leurs inquiétudes et leur opposition à la poursuite du projet en vertu des pratiques néfastes pour l'environnement de la minière et des conséquences pour la santé de la population locale. Le fait est que Cabañas est situé sur la rivière Rio Lempa, cours d'eau important du Salvador et source principale d'eau potable. Or, Pacific Rim entend utiliser de grande quantité d'eau et de cyanure dans l'extraction du minerai, produit qui se déversera dans la rivière et contaminera l'approvisionnement en eau potable de centaines de milliers de Salvadoriens.

Cet état de fait a mené au refus par le gouvernement salvadorien de renouveler le permis sur le respect de l'environnement en 2004, puis de nouveau en 2006. Finalement, face aux pressions grandissantes du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), des communautés de la région de Las Cabañas, des avocats environnementalistes internationaux et de l'église catholique, le gouvernement salvadorien du président Saca a annoncé en mars 2008 son désir que soit effectuées de nouvelles études sur les impacts environnementaux du projet minier avant que ne soit accordé tout nouveau permis d'exploitation minier. Cette décision a mis un terme au projet de la droite de réformer la Loi sur les mines du Salvador afin de permettre la poursuite de l'exploitation du projet minier El Dorado, de même que 23 autres projets miniers du même type.

Parlant des raisons menant à cette décision du gouvernement, le ministre de l'Environnement de l'époque, Carlos Guerrero, déclarait : « Les pays voisins ont des problèmes sérieux avec la gestion de l'industrie minière métallique et je pense, en raison de ces problèmes, que nous devrions être très prudents ». (Guerrero faisait référence à la situation au Honduras et au Guatemala où l'activité minière a considérablement endommagé l'environnement et la santé des habitants vivant à proximité des mines.) Puis en 2009, prenant une position ferme contre la poursuite de projets miniers comme celui de la mine El Dorado, le président Saca déclarait : « Si en cours de chemin nous découvrons qu'il y a quelque chose qui pourrait endommager la santé du peuple, nous devrons trancher en faveur de la santé des Salvadoriens. »

En mars de la même année, le candidat du FMLN, Mauricio Funes, était élu à la présidence du Salvador et s'engageait à poursuivre la politique sur les mines de son prédécesseur, notamment en maintenant le refus de permis d'exploitation à Pacific Rim, empêchant ainsi cette dernière de débuter l'extraction de l'or et de l'argent de la mine El Dorado. Refusant d'accepter l'exercice souverain du gouvernement du Salvador sur ces ressources naturelles et son environnement, Pacific Rim a alors décidé d'aller de l'avant avec le dépôt de sa poursuite contre le gouvernement salvadorien devant le tribunal d'arbitrage du CIRDI.

Le problème dans l'utilisation, par Pacific Rim, du tribunal d'arbitrage du CIRDI de la Banque mondiale, prévu par l'ALÉAC-RD, pour résoudre son différend avec le gouvernement salvadorien réside dans l'existence même de cet accord de libre échange, qui ne renferme aucune clause en ce qui a trait à l'établissement de normes de protection de la main-d'oeuvre ou de l'environnement, en particulier son chapitre 10. Ce chapitre, inspiré directement de celui contenu dans l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), inclut des dispositions qui accordent de vastes droits aux investisseurs étrangers, dont celui de poursuivre directement des gouvernements. Sous le prétexte de faciliter les investissements étrangers, les clauses qu'il contient permettent dans les faits aux sociétés multinationales d'éviter de devoir se soumettre à des négociations directes avec les gouvernements et de provoquer en lieu et place des conflits pour justifier le recours au tribunal d'arbitrage international, comme le fait Pacific Rim contre le gouvernement du Salvador. Le fait que Pacific Rim puisse utiliser ce recours au tribunal d'arbitrage de la Banque mondiale pour éviter de se soumettre aux lois salvadoriennes est une atteinte aux droits démocratiques fondamentaux du peuple salvadorien, notamment le droit d'exercer sa pleine souveraineté sur ses ressources naturelles et son environnement.

D'autre part, s'il résultait un jugement favorable à Pacific Rim par le tribunal d'arbitrage, les conséquences seraient désastreuses non seulement pour le gouvernement du Salvador qui se verrait dans l'obligation de verser des millions de dollars à Pacific Rim, mais également pour tous les gouvernements centro-américains puisque cela constituerait un précédent dans l'utilisation des clauses du chapitre 10 de l'ALÉAC-RD et inciterait d'autres monopoles étrangers à suivre l'exemple de Pacific Rim dans leur pillage des richesses des peuples.

Il y a présentement 32 causes en attente de traitement devant le tribunal de la Banque mondiale concernant le pétrole, le gaz et les mines, alors qu'il n'y en avait que trois il y a à peine dix ans. Et 66 % de ces causes concernent des poursuites contre des gouvernements latino-américains. Cela montre combien ces accords tels que l'ALÉAC-RD sont dans les faits des outils de domination pour brimer la souveraineté des peuples et soumettre leur gouvernement au diktat des monopoles impérialistes. Cela montre également la nécessité d'annuler ces accords et d'empêcher que de nouveaux soient créés, car les droits souverains des peuples s'en trouvent bafoués et les peuples humiliés. C'est grâce à de tels accords de libre-échange que les compagnies minières canadiennes pillent les richesses naturelles des pays d'Amérique latine, détruisent impunément les milieux environnementaux, portent atteinte à la santé de millions de personnes, utilisent la violence, les assassinats et l'intimidation contre tous ceux qui s'opposent à leur pillage et le tout avec l'appui actif du gouvernement canadien. Ces atteintes aux droits souverains des peuples latino-américains doivent cesser, il faut démanteler tous les accords de libre-échange. Le peuple du Salvador a tous les droits d'exercer sa souveraineté sur ses richesses naturelles et son environnement.

Lors de la visite du président américain Obama à San Salvador, en mars dernier, plusieurs manifestations des organismes opposées au danger que représente l'activité minière ont eu lieu pour demander l'annulation de la clause de protection des investisseurs contenue dans l'ALÉAC-RD. Les participants ont demandé au président américain de se prononcer contre la demande en arbitrage de Pacific Rim et de donner suite à la promesse qu'il avait faite durant la campagne présidentielle de 2008 quand il déclara : « En ce qui concerne des dispositions de plusieurs traités de libre-échange qui donnent aux investisseurs étrangers le droit de poursuivre directement en justice des gouvernements devant des tribunaux étrangers, j'assurerai que les droits des investisseurs étrangers sont strictement limités et qu'en seront entièrement exempts n'importe quelle loi ou règlement écrit qui sert à protéger la sécurité publique ou à promouvoir l'intérêt public. »

De toute évidence, ce qu'Obama entend par sécurité publique et intérêts publics n'est pas la même chose que ce qu’entendent le peuple salvadorien et son gouvernement. Le peuple salvadorien doit avoir le droit d'exercer sa souveraineté parce que c'est de son territoire, de ses ressources et de ses droits humains qu'il s'agit. La force ne fait pas le droit, contrairement à ce que prétendent les monopoles, les États-Unis et d'autres États américains et leurs forces armées et tribunaux. Cela ne doit pas passer !

Note

L'Accord de libre-échange République dominicaine-Amérique centrale-États-Unis (ALÉAC-RD) a été crée aux États-Unis le 2 août 2005, signé par le président George W. Bush. Son contenue est en grande partie inspiré de l'Accord de libre échange nord-américain.

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