Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 2 - 11 janvier 2012

Tous pour un et un pour tous à Alma et
au Saguenay-Lac-Saint- Jean
Ensemble, empêchons Rio Tinto de faire de l'extorsion contre
les travailleurs de l'aluminium et la région!

Tous pour un et un pour tous à Alma et au Saguenay-Lac-Saint- Jean
Les travailleurs d'Alma représentent l'avenir, pas le passé - Normand Chouinard
Ce que disent des camionneurs sur le lockout à Rio Tinto
Les métallos de Hamilton expriment leur unité combattante avec les travailleurs de London et Alma

London, Ontario
Les travailleurs d'Electro-Motive résistent au diktat et à la destruction de l'industrie manufacturière
Le syndicat des TCA remet en question les allégations du gouvernement
Les concessions exigées par Electro-Motive
À titre d'information: EMC et Caterpillar


Tous pour un et un pour tous à Alma et
au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Le monopole mondial Rio Tinto cherche à briser l'arrangement en vigueur qui consiste en une main-d'oeuvre syndiquée et un équilibre sur la quantité de valeur que réclame chacune des parties ou forces sociales en présence : les travailleurs, le gouvernement et les propriétaires du capital et de la dette de Rio Tinto. Le monopole a mis en lockout les 780 membres de la section locale 9490 du Syndicat des Métallos pour leur arracher par l'extorsion une baisse du nombre minimum de travailleurs syndiqués garanti par rapport à la production et l'élimination de toute restriction sur le nombre de travailleurs à contrat, non syndiqués et à salaires inférieurs.

Une augmentation du nombre de travailleurs à contrat en pourcentage de la main-d'oeuvre totale aura vite pour effet d'éliminer la masse critique de syndiqués nécessaire pour défendre les droits de tous à l'usine et menacera l'existence même du pouvoir de défense collective. Un pouvoir de défense collective affaibli à l'usine permettra à l'employeur de faire baisser les conditions d'emploi de tous.

Sans une limite sur le nombre de travailleurs à contrat, même avec une garantie de 700 syndiqués ayant un emploi pour la durée de la prochaine convention, les syndiqués seront dans une position affaiblie et seront moins en mesure de faire respecter la convention au jour le jour et encore moins d'en négocier une nouvelle lorsqu'elle sera échue. On voit déjà le nouveau rapport s'établir quand les travailleurs à contrat, agissant contre leurs propres intérêts de classe et leurs intérêts nationaux, servent de mercenaires (scabs) ayant pour fonction de permettre aux oligarques de Rio Tinto de maintenir un certain niveau de production durant le lockout des syndiqués. C'est pour briser tout équilibre fondé sur la reconnaissance des droits des travailleurs. De cette façon la réclamation des propriétaires du capital à l'aluminium produit sera plus grande et la tendance se poursuivra si l'on ne restreint pas tout de suite le droit de monopole.

Les membres de la section locale 9490 reconnaissent qu'arrêter la progression de la sous-traitance est une responsabilité sociale envers eux-mêmes, envers les autres travailleurs et envers la région. Quand on sait que la réclamation moyenne des travailleurs à contrat équivaut à 44 % de celle des syndiqués de la section locale 9490, il est facile de voir que la quantité de valeur réclamée par les travailleurs qui produisent l'aluminium, une valeur qui demeure dans l'économie régionale, sera grandement réduite si l'on permet la croissance de la sous-traitance. Les oligarques de Rio Tinto veulent que la réclamation inférieure des travailleurs à contrat soit la nouvelle norme que devront accepter les syndiqués, comme l'indique tout le discours à propos de la baisse en spirale des conditions au sein de l'empire mondial Rio Tinto et du secteur de l'aluminerie en général.

Cette régression empêche même les travailleurs à contrat de réaliser les pleins avantages gagnés de dure lutte avec l'équilibre actuel. La sous-traitance fait du tort au niveau de vie général dans toute la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Si l'on n'arrête pas et ne renverse pas la tendance néolibérale à la baisse, cela affectera les entreprises et commerces de la région, puisque les travailleurs auront moins d'argent à dépenser.

Pour ces raisons et d'autres, la lutte de la section locale 9490 du Syndicat des Métallos pour faire échec à l'extorsion par Rio Tinto est une responsabilité et une cause qui appartient à toute la région, aux syndiqués comme aux non-syndiqués, aux travailleurs autonomes et aux entreprises et commerces. Pour le bien de la population et de l'économie, il faut restreindre le pouvoir des oligarques de Rio Tinto de retirer encore plus de valeur de la région qu'ils ne le font avec les arrangements actuels.

Travailleurs et alliés du Saguenay-Lac-Saint-Jean, unissons-nous pour garder la valeur de l'aluminium produit ici suivant un équilibre équitable !

Tous pour un et un pour tous !
Arrêtons l'extorsion des travailleurs et de la région par Rio Tinto !
Faisons échec au lockout injuste !

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Les travailleurs d'Alma représentent
l'avenir, pas le passé

Lorsqu'ils défendent le droit des travailleurs de l'aluminium d'Alma de s'opposer et de résister aux tentatives de Rio Tinto Alcan d'imposer son diktat à la région du Saguenay- Lac-St-Jean et à la classe ouvrière du Québec, le Syndicat des travailleurs de l'aluminium et son président Marc Maltais se font accuser de vivre dans le passé, de mener des batailles comme on en faisait dans les années 70 et 80. Différents intervenants du monde politique, des affaires et des médias monopolisés de la région et du Québec en général soutiennent que le syndicat vit dans son monde à lui, détaché des changements survenus dans l'économie mondialisée contemporaine. À peine douze jours se sont écoulés depuis que le lockout a été décrété dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, peu de temps après que les travailleurs se soient faits expulser de l'usine par une bande de mercenaires à la solde du monopole sans même avoir le temps de se décontaminer, ce qui est pourtant une politique de l'entreprise. L'objectif visé avec ce discours à propos du passé et avec le lockout est de forcer les travailleurs à arrêter de se battre pour les droits qu'ils ont acquis de haute lutte au cours des décennies.

La logique qui est présentée est que les travailleurs doivent sacrifier ces droits afin de s'adapter aux nouvelles conditions. Par nouvelles conditions, on entend notamment que la sous-traitance est vitale pour le développement de l'entrepreneurship régional, que les planchers d'emplois sont impossibles dans un monde de plus en plus concurrentiel, que les salaires élevés sont une aberration et un frein à l'investissement, que les droits des travailleurs entravent la croissance de l'entreprise, etc. Rio Tinto Alcan soutient que son plan d'affaire correspond à ce que l'économie a le plus besoin en ce moment, qu'il est le plus apte à répondre à la concurrence sur le marché mondial tandis que le syndicat et ses membres, en voulant empêcher l'érosion rapide du niveau de vie et des conditions de travail, « retiennent le progrès » parce qu'ils « vivent dans un monde qui n'existe plus ».

La lutte de la classe ouvrière, qui base sa résistance sur sa conviction que sa sécurité réside dans la lutte pour les droits de tous, nous montre bien que c'est le contraire qui est vrai. La vie nous montre que les monopoles et les gouvernements à leur service sont ceux qui nous ramènent des décennies en arrière et que c'est la résistance de la classe ouvrière et son action indépendante à la défense des droits de tous qui représentent les intérêts du Québec.

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Ce que disent des camionneurs
sur le lockout à Rio Tinto

Dans le but d'engager les travailleurs dans la discussion sur ces questions importantes pour le Québec, LML reproduit les commentaires recueillis auprès de travailleurs du transport de la région de Montréal sur la lutte des travailleurs d'Alma.

Guy, camionneur intermodal pour le Canadien National

J'ai entendu parler de ce conflit de travail un peu avant les fêtes, l'animateur de la radio citait un porte-parole de la compagnie Rio Tinto qui disait que la sous-traitance est un moyen essentiel pour assurer la flexibilité et la compétitivité de l'entreprise. Je m'en souviens parce qu'au moment où j'ai entendu cela, je me trouvais en plein coeur d'un gros sous-traitant du Canadien National et ça m'a fait rire. Je suis un camionneur de l'intermodal, c'est-à-dire que je transporte des conteneurs voués a l'exportation dans les terminaux portuaires et ferroviaires et directement dans les usines et entrepôts. Vous voyez là-bas, c'est le terminal du CN. C'est eux qui possèdent le plus grands nombres d'hectares sur l'île de Montréal, c'est un terrain énorme. Au terminal du CN, on a affaire à un terminal très moderne, avec tout ce qui vient avec, soit des guichets électroniques, un service à la clientèle permanent, une cour asphaltée bien entretenue, un éclairage de nuit très adéquat, des règles de sécurité et des indications précises des différents emplacements, leurs équipements de manutention sont modernes et bien entretenus, etc.Tout cela, et les gens au CN vous le diront, a été gagné de chaude lutte depuis des décennies par les travailleurs eux-mêmes. Ça n'a pas toujours été comme cela. Le CN ne leur a jamais fait de cadeau.

Depuis quelques années, la direction du CN essaie de plus en plus la sous-traitance comme moyen de briser ce que les travailleurs du CN revendiquent, comme des conditions de travail modernes. Depuis que les Américains contrôlent le CN, ils cherchent constamment à réduire la qualité de l'entretien du réseau, ils exigent de plus en plus souvent des concessions, mais les travailleurs ne se laissent pas faire. Alors ils ont commencé à développer des dépôts de conteneurs vides comme ici, qui sont des sous-traitants et qui auparavant étaient opérés par des travailleurs du CN. Ce sous-traitant du CN chez qui nous sommes en ce moment est en train de s'agrandir à même les terrains du CN. Mais il n'y a qu'à regarder autour de nous pour constater la différence. Autant là-bas, au terminal du CN, c'est le Québec moderne, autant ici, c'est le Québec du tiers-monde. Nous sommes dans la boue jusqu'au cou, le terrain n'est pas entretenu, il y a des trous énormes qui sont très dangereux, les employés sont mal payés et surtout ne reçoivent aucune formation adéquate pour opérer les portes des conteneurs. Ils doivent travailler à un rythme épouvantable, il n'y a aucun éclairage de nuit même si c'est ouvert 24 heures par jour. La nuit on ne voit rien sauf ce que nous éclairent nos phares. Durant l'été le sol argileux sèche, ce qui occasionne des tempêtes de sable par temps venteux. Les employés qui travaillent dehors n'ont qu'un petit masque en papier pour se protéger. Ce n'est pas des blagues, c'est le tiers-monde ici.

La direction ne fait aucun effort pour étendre du rabat-poussière et elle n'a aucun respect pour les camionneurs. On n'a même pas le droit de se plaindre sous peine de se faire barrer. La haute direction du CN est très au courant de ce qui se passe ici et elle ne prend aucune responsabilité pour changer la situation, elle s'en fout royalement, je peux vous le dire.

Mon point est que si les travailleurs du CN ne s'étaient pas battus au cours des décennies, peut être que leurs conditions ressembleraient encore à ce que vivent les travailleurs ici. Tout comme nous, ils doivent se battre pour défendre leurs droits sinon ils vont continuer à se faire traiter comme de la boue telle celle que nous avons jusqu'aux genoux aujourd'hui. C'est triste mais c'est la dure réalité. Personne ne nous fera de cadeaux.

Les belles phrases du porte-parole de Rio Tinto Alcan à propos de la flexibilité et de la productivité de l'entreprise ne valent rien quand on voit vraiment ce qui se passe sous nos yeux à chaque jour. En tout cas, c'est pour ces raisons que j'appuie les travailleurs d'Alma, ils défendent le Québec moderne contre les tentatives des grosses compagnies de le transformer en tiers-monde.

Robert, camionneur dans l'agro-alimentaire

Y a-t-il du monde qui connaît plus que nous autres c'est quoi la sous-traitance ? Non seulement, nous sommes sous-traités, mais nous sommes sous-sous-traités et même sous-sous-sous traités. Les compagnies de transport ont plusieurs moyens de nous sous-sous-traiter : tu peux devenir un chauffeur autonome avec une compagnie à numéro qui t'appartient, mais tu ne possèdes pas ton camion. Tu peux aussi devenir chauffeur autonome qui possède son camion, associé ou non à un transporteur ou à un manufacturier, tu peux être un chauffeur employé par une agence, associé à une compagnie de transport ou un manufacturier ou encore employé par une agence qui n'est pas associée à aucune entreprise et qui te répartit au gré de sa clientèle. Il y a aussi les chauffeurs qui se font transporter d'un endroit à l'autre, là où se trouvent leurs équipements, surtout en Europe et aux États-Unis. Bref, ils n'en finissent plus de trouver de nouveaux moyens de nous sous-traiter. En 22 ans d'expérience, je les ai tous essayés et je ne suis toujours pas devenu riche. En fait, la sous-traitance ne sert qu'à nous appauvrir et abaisser nos conditions de travail, rien d'autre. Ce n'est pas que l'on est contre le changement, on veut tout simplement ne pas empirer notre situation. Ça doit être la même chose qui se passe à Alma.

Claude, chauffeur dans l'agro-alimentaire

À mon avis, selon mon expérience que j'ai eue chez nous, la sous-traitance sert entre autres à briser les syndicats ou encore à les affaiblir. C'est un moyen qu'ils ont pour nous empêcher d'avoir notre mot à dire et de nous organiser. Quand le syndicat est affaibli ou détruit, la compagnie recommence à embaucher selon leurs nouvelles conditions salariales et de travail. Ils jouent avec nous comme des yoyos. Je pense que la question n'est pas seulement pour ou contre la sous-traitance mais est-ce que les travailleurs ont des droits et peuvent-ils les affirmer sans craindre d'être traités comme des chiens. Ils utilisent la sous-traitance pour garder leur contrôle sur nous. En tout cas, c'est ce que je vois dans le camionnage et l'entreposage. C'est même très présent dans les usines de production et les abattoirs. Moi non plus je ne crois pas leurs histoires de flexibilité et de productivité, ils utilisent ces mots tout le temps maintenant pour nous endormir. Malgré ce qu'essaient de nous faire avaler les politiciens et les médias, on voit très bien ce qu'ils veulent faire du Québec. Nous ne sommes pas stupides.

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Les métallos de Hamilton expriment leur unité combattante avec les travailleurs de London et Alma

Dans son bulletin d'information du 5 janvier, la section locale 1005 du Syndicat des Métallos (US Steel, Hamilton) publie un éditorial exprimant son appui militant à la cause des travailleurs de Rio Tinto à Alma, Québec, et d'Electro-Motive Diesel à London, Ontario. « Les deux compagnies tentent d'imposer des intérêts étroits aux travailleurs aux dépens de tout le monde, peu importe les conséquences », lit-on dans l'éditorial du bulletin qui continue comme suit :

« L'enjeu pour les travailleurs d'Alma et de London est le même que pour nous : comment faire pour que nos luttes donnent des résultats réels. La section locale 1005 a passé plus de onze mois à lutter contre un faux lockout parce que US Steel pensait pouvoir atteindre ses fins par l'extorsion. Nous avons appris que c'est en confrontant l'idée même que les problèmes peuvent être résolus par le recours à l'impunité que nous pouvons trouver comment avancer. Ce n'est pas toujours évident ce qu'il faut faire, mais nous savons que les concessions, la renonciation à notre sécurité et à l'exercice de nos droits, ne sont définitivement pas une solution. Mêmes ces compagnies le savent puisqu'elles reviennent toujours à la charge pour en demander plus ! Elles veulent tout simplement nous priver d'une sécurité à la retraite et de la garantie d'un moyen de subsistance, avec lequel nourrir nos familles, soutenir nos régions et vivre avec la tranquillité d'esprit et dans la dignité, pas à genoux. Que ce soit les pensions, la sous-traitance ou les salaires, ces compagnies refusent de négocier. C'est leur volonté qui passe ou c'est rien.

« Nos batailles sont en bonne partie pour forcer ces compagnies à reconnaître le syndicat et les préoccupations des travailleurs. Cela peut se faire si nous centrons nos efforts sur la recherche de solutions viables et si nous gagnons la population à faire de même.

« Dans ce sens, nous exprimons notre unité combattante dans notre cause commune avec les travailleurs d'Alma et de London. Nous tiendrons les membres de la section locale 1005 et la communauté de Hamilton informés au sujet de leur lutte et nous leur offrons toute l'aide qu'ils jugeront utile. Là où c'est possible, nos membres leur rendront visite sur les lignes de piquetage pour planter notre drapeau à côté du leur. »

(Traduction : LML)

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London, Ontario

Les travailleurs d'Electro-Motive résistent au diktat et à la destruction de l'industrie manufacturière

Le 31 décembre, les 464 membres de la section locale 27 des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) ont été mis en lockout à l'usine Electro-Motive Diesel (EMD) à London, en Ontario, après avoir clairement fait savoir à la compagnie qu'ils n'accepteraient pas une « offre finale » imposée unilatéralement. EMD est la propriété du monopole américain Caterpillar. L'offre finale comprend entre autres une réduction de salaire de 50 %, l'abolition d'un régime de retraite, l'élimination de la clause d'indexation au coût de la vie et l'introduction du « cofinancement » du régime de santé (les employés devront payer 25 % des primes) accompagné d'une réduction de la couverture. Le syndicat et la compagnie se sont entendus pour prolonger de sept mois la convention collective échue le 31 décembre. Le syndicat espérait que la compagnie négocie et modifie son offre finale mais elle a refusé de bouger. Le 30 décembre, les travailleurs ont voté à 97,8 % en faveur de la grève, avec la participation d'environ 90 % des membres au vote.

Les TCA mettent en garde que l'intention de Caterpillar pourrait être de se servir du lockout comme excuse pour déménager la production aux États-Unis ou dans ses usines du Mexique et du Brésil.

Depuis le début du lockout, les travailleurs s'assurent que les machines ne sont pas déménagées et que les scabs n'entrent pas à l'usine. Dans un communiqué émis au nom de Caterpillar, la porte-parole Anne Marie Quinn affirme que la compagnie n'utilise pas de « travailleurs de remplacement dans la production ». Mais elle ajoute qu'elle utilise des briseurs de grève parce que la compagnie a des obligations contractuelles et doit fournir de l'électricité à la General Dynamics Land Systems, une usine de la région. General Dynamics Land Systems est impliquée dans la production de guerre. Elle assemble des véhicules militaires pour les armées des États-Unis, du Canada et d'autres pays membres de l'OTAN.

Les travailleurs reçoivent de plus en plus d'appui dans la communauté et parmi les autres travailleurs et les conseillers municipaux et députés. Le conseil municipal de London, Bud Polhill, qui est allé rencontrer les travailleurs aux portes de l'usine a dit : « Je crois que nous devons envoyer un message à ces travailleurs pour leur dire que la ville les appuie. Quand quelqu'un vous offre moins de la moitié de ce que vous faites, ce n'est pas une offre, c'est une insulte. » Le conseiller Stephen Orser, qui est également allé exprimer son appui aux travailleurs, a dénoncé le silence du gouvernement Harper. « C'est une gifle en pleine face du gouvernement fédéral, a-t-il dit. Les échelons les plus élevés du gouvernement ne peuvent pas être si stupides dans leurs ententes avec les entreprises. Les députés fédéraux et provinciaux doivent essayer de ramener tout le monde à la table pour que l'usine continue de produire. Nous avons besoin de ces emplois à London. » Il a ajouté : « Si nous nous retrouvons dans une grande confrontation avec cet employeur, nous avons besoin de l'appui de la communauté et des politiciens. »

La Fédération du travail de l'Ontario a lancé l'appel à une journée d'action le 21 janvier et demande à tous les conseils syndicaux de noliser des autobus pour amener leurs membres à London.

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Le syndicat des TCA remet en question
les allégations du gouvernement

Un porte-parole du ministère fédéral de l'Industrie aurait déclaré selon les médias que la valeur des actifs de la société se chiffrait en deçà du seuil de 299 millions $ au moment où l'entreprise a été vendue, ce qui est sous le seuil requis pour un examen par le gouvernement en vertu de la Loi sur Investissement Canada.

Le président du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile, Ken Lewenza, a répliqué : « Il n'y a pas de supervision et pas de transparence dans tout ce processus. Caterpillar a déclaré un gain de 1,3 milliard en actifs dans ses registres à la suite de l'acquisition d'EMC. Le gouvernement fédéral affirme maintenant que l'acquisition n'a pas atteint le seuil de 299 millions $ requis pour un examen complet ou pour des engagements ayant force obligatoire envers le Canada. »

« Dans le cadre d'une opération d'une valeur de 1,3 milliard $, comment le gouvernement Harper peut-il sérieusement croire que moins d'un quart de ces actifs sont au Canada ? », a demandé M. Lewenza.

« L'usine de London est la plus grande de la société, et au moment de l'acquisition, près de la moitié des employés de l'entreprise y travaillaient. Le gouvernement Harper a approuvé cette vente et ouvert la voie à ce désastre », a souligné M. Lewenza. « Cela va à l'encontre des intérêts des Canadiens. »

M. Lewenza demande maintenant au gouvernement Harper de divulguer la valeur des actifs à London déclarés par Caterpillar et demande quelles mesures le gouvernement fédéral a prises pour s'assurer de la validité de l'information fournie par Caterpillar.

« Le gouvernement fédéral se servira-t-il des pouvoirs que lui confère la Loi sur Investissement Canada pour passer en revue cette décision clairement fautive ayant entraîné ce désastre en raison duquel tant d'emplois sont en péril ? », a demandé M. Lewenza.

Il aurait également fustigé une déclaration faite par le représentant du gouvernement fédéral devant les médias aujourd'hui selon laquelle le gouvernement fédéral ne s'impliquerait pas dans le lock-out des travailleurs d'Electro-Motive parce qu'il s'agit d'un différend entre une entreprise privée et le syndicat.

« Le gouvernement fédéral n'avait pas de tels scrupules pour s'immiscer dans les négociations entre Air Canada et le Syndicat des TCA l'an dernier », a conclu M. Lewenza.

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Les concessions exigées par Electro-Motive

L'employeur demande les concessions suivantes :

- une réduction des salaires et des congés pour une somme de 21 millions $ par année
- des réductions des avantages sociaux pour un total de 1,5 million par année
- une réduction de 6,9 millions $ du régime de pension et des frais de prestations aux retraités
- une réduction de 10 millions du régime de prestations supplémentaires de chômage.

Ces épargnes seraient réalisées par des concessions que l'employeur demande dans les domaines suivants :

- une baisse des salaires pour toutes les classifications. La plus importante est une baisse de 18,50 $ l'heure s'appliquant à environ 50 % des travailleurs.
- l'élimination du régime de retraite à prestations déterminées
- l'élimination des avantages sociaux pour retraités
- une réduction considérable des primes de quart horaire
- l'élimination de l'indexation au coût de la vie
- une réduction de l'indemnisation pour temps supplémentaire
- l'élimination de quatre jours de congés fériés
- l'élimination de 64 à 120 heures de vacances
- l'élimination des prestations de revenu du survivant, du régime de maintien du revenu, des prestations pour maternité, de l'assurance-vie pour les retraités, etc.
- un co-financement de 25 % des primes pour frais médicaux, dentaires et médicaments
- un co-financement de 25 % à l'achat de médicaments
- une réduction importante de la couverture des soins dentaires et autres avantages médicaux
- l'élimination de la protection des métiers spécialisés.

(Information distribuée par des syndiqués des TCA)

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À titre d'information

EMC et Caterpillar

Caterpillar est le plus grand manufacturier au monde d'équipement minier et de construction, de moteurs au diesel et au gaz naturel et de turbines à gaz. Ses moteurs et machines sont utilisés dans la construction, l'agriculture et à des fins militaires. En 2010, EM Canada a été achetée par Progress Rail, une filiale de Caterpillar. Progress Rail est l'un des plus grands fournisseurs intégrés et diversifiés de produits et de services de systèmes ferroviaires et de transport en Amérique du Nord. Cela comprend la production et la réparation de locomotives, le ré-usinage d'autorails, de la soudure ferroviaire, la réparation et le remplacement de rails, la conception et l'installation de panneaux de signalisation, l'équipement d'entretien routier, la réclamation et le recyclage de pièces. La compagnie opère plus de 110 usines aux États-Unis, 28 au Mexique, quatre au Canada et une en Amérique du Sud.

Selon le site Web de EMC, l'entreprise est « l'un des deux manufacturiers étasuniens de locomotives diesel-électriques utilisant de l'équipement original. La maison mère est à LaGrange, en Illinois, avec des usines complémentaires à London, en Ontario. EMC fabrique et vend des locomotives diesel-électriques pour répondre à tous les besoins ferroviaires commerciaux. » Les travailleurs estiment que la compagnie voudra produire environ 450 locomotives au cours de cette année. Avec le nombre de travailleurs qualifiés requis, l'usine de London pourrait fabriquer environ 1,8 locomotive par jour. Antérieurement au lockout, elle en fabriquait une par jour. Il est difficile de prévoir où ces locomotives seront fabriquées si la compagnie maintient le lockout. L'usine de Muncie, en Indiana, est une vieille structure avec de l'équipement périmé et ne peut fabriquer que quelques locomotives par année. Le principal concurrent de EMC est General Electric.

En dépit du fait que l'usine de London est à la fine pointe de la technologie et est très productive et que GE a ses propres clients, les travailleurs se demandent si la compagnie ne pourrait pas déménager certains équipements vers Muncie en Indiana et ailleurs, selon ce qui lui est profitable.

Les travailleurs de EMC accomplissent un travail hautement qualifié consistant à fabriquer des pièces originales sur la base d'une grande expertise et d'une longue expérience. Il ne s'agit pas d'assemblage à la chaîne de pièces préfabriquées.

Pour ce qui est de la concurrence, une usine General Electric aux États-Unis vient de signer une nouvelle convention à des salaires de 30 $ l'heure et plus.

Coup d'argent et destruction de la
base manufacturière canadienne

Les vautours capitalistes de Greenbriar Equity Group et de Berkshire Partners ont fait l'acquisition de EMC de General Motors en 2005 lorsque celui-ci s'est départi de certains secteurs de son monopole non reliés à l'automobile. En 2008, le premier ministre Harper a fait une annonce budgétaire sur le plancher de l'usine de EMC à London concernant des mesures permettant à des compagnies d'acquérir plus facilement les nouveaux produits industriels fabriqués par EMC, tels les locomotives. Entre autres, il annonçait l'augmentation de la déduction qu'une entreprise peut faire sur sa dette d'impôt pour l'achat de nouveaux avoirs industriels. À ce moment-là, le gouvernement Harper calculait que cette mesure permettrait de transférer 1 milliard $ de revenu gouvernemental vers les compagnies bénéficiant de cette réduction d'impôt. Une autre mesure qui semblait faite sur mesure pour EMC est la possibilité d'accroître la proportion des coûts d'une nouvelle locomotive déductible d'impôt, passant de 15 % à 30 %. Le gouvernement Harper avait alors prédit que cette mesure à elle seule mènerait à une réduction de revenus de 5 millions $, somme transférée à la fois à la compagnie responsable de la vente, en l'occurrence, EMC, et à la compagnie procédant à l'achat des locomotives. Peu de temps après, le CN a acheté 40 locomotives de EMC, transaction menant sans doute à d'énormes profits. Les firmes d'investissement qui contrôlaient alors EMC ont ensuite vendu la compagnie à Caterpillar en août 2010 pour la somme de 820 millions $, une somme trois fois plus élevée que l'achat initial par ces firmes.

Un mois après l'acquisition de EMC, Caterpillar a annoncé ses intentions d'ouvrir une usine pour la fabrication de locomotives EMC à Munci, en Indiana, le tout assorti de millions de dollars en incitatifs offerts par l'État. En novembre 2010, Caterpillar a accordé un important contrat à un troisième manufacturier pour la fabrication de locomotives EMC à Sahagun, au Mexique. Le 25 juillet 2011, Caterpillar a annoncé son intention de bâtir une nouvelle usine de locomotives EMC à Minas, au Brésil.

On craint maintenant que les intérêts à long terme de Caterpillar dans EMC seraient axés sur un projet visant à mettre la main sur la nouvelle technologie de celui-ci pour ensuite déménager la production aux États-Unis afin de respecter les règlements « Buy American » régissant le marché des locomotives pour passagers.

Le 21 décembre, le président des TCA, Ken Lewenza, a écrit à Harper pour lui faire part des appréhensions du syndicat face aux intentions de Caterpillar et il a demandé que les conditions entourant l'achat de EMC soient rendues publiques, que l'approbation de la vente soit révisée, que le ministre de l'Industrie identifie les véritables intentions de Caterpillar pour l'usine de London et qu'il intervienne pour sauvegarder les opérations. Le 4 janvier, le Syndicat canadien de la fonction publique a aussi fait parvenir une lettre à Harper lui demandant de révéler les conditions entourant l'approbation de l'acquisition de EMC par Caterpillar à la lumière de la Loi d'investissement Canada (LIC).

Selon diverses sources, le gouvernement Harper prétend que la transaction n'était pas régie par la LIC, puisque la valeur des actifs n'était pas assez élevée. Dans un courriel aux médias, le porte-parole de Harper, Carl Vallée, a tenté de présenter le gouvernement Harper comme une partie neutre dans cette affaire, malgré ses nombreuses interventions à la défense du droit de monopole : « Il s'agit d'un conflit entre une compagnie privée et un syndicat et nous n'intervenons pas lorsqu'il s'agit de compagnies privées », a-t-il dit. Sur la question des déductions d'impôt annoncées en 2008 à même l'usine de EMC, Vallée écrit : « L'annonce du premier ministre touchait aux politiques du gouvernement en matière de taxation pour les entreprises dans leur ensemble. Un environnement de réduction d'impôts attire les créateurs d'emplois au Canada et fait en sorte qu'ils y restent, comme en témoignent les 600 000 emplois créés au Canada depuis juillet 2009. » Un porte-parole de la ministre du Travail, Linda Raitt, écrit que le conflit « est en réalité une question de juridiction provinciale. » Le député conservateur pour Elgin-Middlesex-London, Joe Preston, a expliqué la position du gouvernement Harper dans ces termes : « À l'heure qu'il est, j'aimerais que tout le monde prenne un peu de recul et que nous laissions les deux parties poursuivre leur négociation. Ce sont eux qui devront conclure un contrat en dernier recours et c'est parfois nuisible lorsque des parties interviennent de l'extérieur avec des suggestions et des solutions lorsque la véritable négociation doit avoir lieu entre les cadres de EMC et les TCA. »

(TUA, CBC, SCFP, London Free Press)

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