Numéro 6

6 juillet 2026

250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis


Qui est «Nous, le peuple»? Voilà la question

– Pauline Easton –

Les droits inhérents à la condition humaine

– Kathleen Chandler –

Les définitions modernes

– Hardial Bains, 1994 –



250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis

Qui est «Nous, le peuple»? Voilà la question

– Pauline Easton –

Une des caractéristiques des célébrations du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis est la confusion totale sur le sens de cet événement historique. On parle beaucoup des arrangements mis en place au XVIIe siècle, proclamés dans la Déclaration d'indépendance de 1776 et ensuite inscrites dans la Constitution de 1787. Les interprétations sont nombreuses, mais la signification de ces documents est dissimulée derrière de nombreux voiles.

Notons également que nous vivons à une époque où ces arrangements ont été démantelés; ils ne fonctionnent plus. Cela vaut tout particulièrement pour le système de représentation inscrit dans la Constitution, adoptée en 1787 pour donner une forme de gouvernance à la Déclaration d'indépendance. Il en résulte d'étranges paradoxes qui sont très préoccupants. C'est un sujet qui mérite d'être débattu dans l'optique d'apporter des définitions modernes de la démocratie et de l'égalité qui ouvrent la voie au progrès.

La Déclaration d'indépendance proclame : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

Elle conclut : « En conséquence, nous, les représentants des États-Unis d'Amérique, assemblés en Congrès général, prenant à témoin le Juge suprême de l'univers de la droiture de nos intentions, publions et déclarons solennellement au nom et par l'autorité du bon peuple de ces Colonies, que ces Colonies unies sont et ont le droit d'être des États libres et indépendants; [...] comme les États libres et indépendants, elles ont pleine autorité de faire la guerre, de conclure la paix, de contracter des alliances, de réglementer le commerce et de faire tous autres actes ou choses que les États indépendants ont droit de faire. »

Quant à la Constitution des États-Unis, son préambule énonce les objectifs fondamentaux du gouvernement : former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, promouvoir le bien-être général et garantir les bienfaits de la liberté.

L'expression « Nous, le peuple » signifie que, en théorie, soit il s'agit de la multitude de personnes ayant conclu un contrat avec le gouvernement, et qu'il existe un contrat qui désigne un représentant – ce qui n'a pas de sens, car une constitution constitue, elle ne contracte pas –, soit « Nous, le peuple » est la personnification de l'État, qui peut être représentée par son président et le pouvoir exécutif. Cela pose également problème, car cela exclut le demos, le peuple – en d'autres termes, la démocratie elle-même –, ce qui sous-entend une situation de guerre civile.

Ce que représente l'expression « Nous, le peuple », c'est un avatar. Dans la philosophie indienne, un avatar désigne une représentation graphique ou physique d'une personne, d'une idée ou d'une divinité. Il s'agit de l'image d'un pouvoir descendu des dieux, qui prend une forme.

Aujourd'hui, on attribue généralement les conditions actuelles au capitalisme, au réchauffement climatique, à la cupidité, à l'ignorance ou à d'autres facteurs similaires. Des preuves empiriques sont avancées pour illustrer ou démontrer la cause invoquée. Dans ce type d'argumentation, alors que la majorité de la population ne possède pas de propriété privée, c'est à la propriété privée – c'est-à-dire à une infime minorité – que l'on attribue le pouvoir d'agir. Pourquoi ? Comment ? Le demos est encore exclu.

On prétend que les gens se sont volontairement asservis par contrat, comme si la personne est définie suivant les représentations proposées au XVIIe siècle par le théoricien politique britannique Thomas Hobbes, considéré comme l'un des pères fondateurs de la philosophie politique moderne. Cette conception, intégrée dans la pensée des « pères fondateurs » des États-Unis lorsqu'ils ont rédigé la Déclaration d'indépendance puis la Constitution, ne permet de résoudre aucun problème – ni ceux auxquels sont confrontés aujourd'hui les dirigeants, ni ceux auxquels sont confrontés les peuples. Cette théorie de la représentation ne peut pas tenir compte des rapports sociaux et de l'ensemble des rapports humains qui sont indispensables et qui existent indépendamment de la volonté de tout individu.

À l'instar du terme « démocratie », l'expression « Nous, le peuple » est utilisée pour personnifier ce qu'on appelle un représentant souverain. Censée consacrer le principe de souveraineté, l'auteur de cette souveraineté est la personne de l'État. On s'interroge rarement, voire jamais, sur les raisons pour lesquelles il en est ainsi et pourquoi cela devrait encore être le cas aujourd'hui.

On dit que la démocratie représentative tient compte de la multitude, c'est-à-dire de l'ensemble de la population appartenant à l'État. Le « Nous, le peuple » de la Constitution des États-Unis. La multitude, la majorité des personnes sont membres et l'État a le pouvoir de maintenir la multitude unie, évitant ainsi la guerre civile. L'une des justifications avancées est qu'une personne d'État est nécessaire car, sans l'État, la multitude elle-même s'effondrerait. Une autre justification est que les gens ne voudraient pas travailler de leur propre chef; ils sont fondamentalement paresseux, et doivent donc être contraints par un État à le faire. Le point de départ de cet argument est que les individus ne sont pas productifs par eux-mêmes, en tant qu'individus ou en tant que collectifs. La justification donnée est que, laissés à eux-mêmes, ils tricheraient, mentiraient, voleraient et se laisseraient corrompre. Pour contrôler la multitude, donc, il faut un État qui a le pouvoir de maîtriser à la fois la coercition et la corruption.

La conception qui découle de cette représentation est que la « personne de l'État » est une personne réelle – à une différence près. La différence est que cette personne détient le droit exclusif d'imposer une obligation à la multitude, car c'est ce qu'établit le pacte qu'elle a conclu. La raison invoquée est que c'est le seul moyen de contrôler la violence. Cette personne de l'État peut imposer une obligation en vertu du pouvoir qu'elle détient, y compris celui d'infliger la mort, d'infliger des sanctions, de faire la guerre et d'obliger autrui à en faire autant. Pour accomplir toutes ces actions, énumérées dans le préambule de la Constitution des États-Unis (1788), cette personne de l'État détient le monopole de l'usage de la force et de la violence.

Le pacte prévoit que l'État assure la sécurité contre la violence. Or, l'État étasunien est l'État le plus violent qui soit. La théorie fondée sur la thèse de l'alliance, telle qu'élaborée par Hobbes et enrichie par d'autres auteurs par la suite, ne peut rendre justice à cette réalité. Cela ne permet pas de résoudre le problème du recours excessif à la violence à des fins d'extermination, ni celui de l'absence de mécanismes permettant de demander des comptes à l'État ou à ses représentants.

Le principe inscrit dans la Constitution des États-Unis concernant ce pouvoir de l'État est attribué à « Nous, le peuple », mais en réalité cela fait référence aux signataires de la Constitution, les hommes fortunés de l'époque, ceux qui détenaient le pouvoir, et qui définissaient les droits comme des privilèges. Le préambule stipule :

« Nous, Peuple des États-Unis, en vue de former une Union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique. »

Il y a trois aspects distincts à prendre en considération.

La première est la question de l'autorité. Elle s'inspire de notions anciennes selon lesquelles une monarchie exerce le pouvoir suprême et des principes sont énonçés pour constituer l'État. Dans ce cadre, le concept fondamental de la Constitution est qu'il doit exister une autorité au-dessus des partis, au-dessus des factions et de leurs intérêts particuliers. Il doit y avoir quelque chose de neutre, au-dessus des querelles.

Aujourd'hui, il est nécessaire de remettre en question le concept d'autorité inscrit dans la Constitution, car il ne tient plus la route. Ceux qui décrivent le président comme la personnification d'un monarque ne tiennent pas compte du concept fondamental de la Constitution, d'autant plus dans le cas d'un président doté du pouvoir d'utiliser l'arme nucléaire.

La deuxième partie de la Constitution porte sur l'idée que l'autorité est représentée soit par un seul individu, soit par un petit nombre d'individus, ce qui soulève la nécessité de contrôler la bureaucratie, qui est aujourd'hui gigantesque. En raison des factions au sein des oligarques qui se disputent le pouvoir, il est nécessaire d'assurer une médiation entre le pouvoir exécutif (qu'il s'agisse d'une monarchie ou d'une république) et la bureaucratie, et cela est censé se faire par l'intermédiaire de représentants. Aux États-Unis, c'est là le rôle du Congrès.

La troisième partie traite de la notion d'intérêts universels et du principe selon lequel l'armée ne doit pas prendre parti parmi les factions; elle doit représenter les intérêts de l'ensemble. Selon cette théorie, ces dispositions permettent aux dirigeants de contrôler la violence des factions. La première phrase que James Madison écrit dans le Federalist Papers n 10, L'Union comme rempart contre les factions et les insurrections intérieures, est la suivante : « Parmi les multiples avantages promis par une Union bien construite, il n'en est aucun qui mérite d'être plus exactement développé que sa tendance à freiner et à contrôler la violence des factions. »

Un problème fondamental dans tout cela est que cela ne nous dit rien sur le système de gouvernement, que le pouvoir suprême soit concentré entre les mains d'un dirigeant unique ou d'un petit groupe qui n'a de comptes à rendre à personne. Dans les deux cas, ni le système de gouvernement, ni la nature du pouvoir, ni la manière dont il est exercé ne sont révélés.

On dit que le contraire de la démocratie est l'autocratie – un système où le pouvoir absolu est concentré entre les mains d'un dirigeant unique ou d'un petit groupe qui n'a de comptes à rendre à personne. Qu'il s'agisse de guerre, de démocratie, de régime civil ou militaire, de guerre froide ou de guerre chaude – ces concepts sont présentés comme la représentation de quelque chose qui existe, comme s'ils existaient sous une forme incomplète, comme si ce que représente l'espèce humaine était imparfait, mais en quête de perfection.

La représentation telle qu'elle est donnée consiste à nommer des objets ou des phénomènes, comme des entités dotées d'une capacité d'action, comme s'il s'agissait de personnes humaines. Un problème majeur est que tous les arguments avancés aujourd'hui tendent à séparer les humains et la nature. Certains affirment que les humains sont devenus une force de la nature. Par exemple, ils sont capables de créer artificiellement des températures plusieurs fois supérieures à celle du soleil. Les deux – les humains et la nature – sont considérés comme deux entités externes, deux phénomènes distincts et extérieurs. Le problème réside alors dans le fait que nous devons intervenir pour rassembler les humains, les harmoniser, les hiérarchiser, les placer sous notre contrôle.

Cette séparation entre l'humain et la nature existe depuis la fin des années 1500, à l'époque où le mode de production capitaliste a émergé et remplacé les rapports féodaux. Cependant, surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles, le travail et la nature ne pouvaient plus être séparés lorsqu'il s'agissait de l'activité humaine. La classe ouvrière a pris sa place au centre de tous les développements. Ce n'est que dans la pensée qu'une séparation pouvait exister.

Les deux ne sont pas distincts. Tous deux sont nécessaires au développement des forces productives humaines. Les dirigeants tentent de résoudre ce problème de non-séparation en réduisant les êtres humains à une espèce qui n'existe qu'en tant que force productive, une force considérée non seulement comme extérieure à ce sur quoi elle applique son travail, comme la nature, mais aussi comme une force dispensable. La seule harmonisation possible serait alors réalisée par la médiation d'une politique appelée « démocratie représentative ».

Cela nous donne l'image d'une démocratie comme personnification des pouvoirs politiques humains qui ont évolué. Cela donne lieu à une conception selon laquelle nous avons affaire à la fois à l'évolution et à la révolution. Même si la démocratie est donnée en dehors de l'histoire, son développement est perçu comme évoluant à travers l'histoire, et l'on dit alors que l'histoire est périodiquement interrompue par des révolutions.

Faut-il dire que l'évolution engendre la révolution, qu'elles sont liées l'une à l'autre ? Le problème est que cette conception ne permet pas d'expliquer ce qui se passe dans le monde aujourd'hui, que ce soit aux États-Unis ou dans le cadre de leurs relations avec les pays qu'ils cherchent présentement à contrôler et à dominer. Les partisans de ce concept affirment également que cette évolution des systèmes politiques est désormais achevée, la démocratie libérale étant le point d'aboutissement du développement humain en matière de systèmes de gouvernement. Cela soulève une question évidente : face à l'échec manifeste des systèmes démocratiques libéraux existants, quelle sera la prochaine étape ?

(D'après les Conversations du Centre d'études idéologiques, 2008-2026)

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Les droits inhérents à la condition humaine

– Kathleen Chandler –

Les principes énoncés dans la Constitution des États-Unis ne sont pas pertinents lorsqu'il s'agit d'aborder la question des droits et de leur défense. Les droits ne sont pas des principes. Ce sont des actes d'être. Les droits inhérents à la condition humaine signifient précisément qu'ils ne sont pas des abstractions ou des aspirations, ils s'établissent et s'affirment par des actes d'être des êtres humains. C'est très différent de dire que les droits existent indépendamment du temps et de l'espace, incarnés par des avatars, comme le fait la Constitution des États-Unis, avec son principe que « tous les hommes sont créés égaux » et sa quête d'« une union plus parfaite ».

 Beaucoup disent que les principes évoqués dans la Constitution existent sous une forme incomplète et que pour avancer il faut les appliquer en pratique. Par exemple, Barack Obama dit que « nous valons mieux que cela », et enchaîne avec des déclarations telles que « nous ne sommes pas à la hauteur de nos principes », « nous devons concrétiser notre aspiration à former une union plus parfaite » et ainsi de suite. Ce n'est pas un hasard si, à l'origine, le mot « aspiration » pouvait signifier du vent.

Pour accéder à la conception des droits en vertu de la condition humaine, il faut accéder aux rapports humains qui existent au-delà des principes. Cela peut se faire en affirmant notre point de vue sur la nécessité du changement, résumé dans la phrase : « La compréhension requiert un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir ». En partant de la reconnaissance de la nécessité de changement, il est possible d'établir un point de vue qui part des rapports entre les êtres humains et entre les êtres humains et la nature. L'ensemble des rapports humains est indispensable et indépendant de la volonté individuelle, contrairement aux principes qui, eux, descendent d'en haut.

Du point de vue des dirigeants, il n'est pas possible de voir au-delà de la médiation, le savoir étant fragmenté entre différents services (départements, silos) et relayé par les représentants souverains du gouvernement siégeant au Congrès. Notre point de vue sur la nécessité de changement part de la condition humaine, qui nous appelle à activer le facteur humain/conscience sociale, et à mener des actions concrètes d'affirmation.

Pour les dirigeants, il y a la projection de la perfection, d'une démocratie totale qui s'oppose, par exemple, au fascisme, ou encore le clivage entre l'illusion d'une union parfaite et la réalité. Ce qui est ignoré, c'est la réalité dans laquelle nous vivons et la lutte pour le pouvoir politique au sein de ces conditions matérielles telles qu'elles existent. Ce qu'il faut, c'est élaborer le type de politique qui doit être développé à l'heure actuelle en vertu de notre condition humaine.

Nous abordons cette question de la politique des droits en vertu de notre condition humaine par opposition à un quelconque principe moral. Les arguments de la fin de l'histoire » affirment que la démocratie libérale a atteint un état de perfection, son apogée. Tel est le principe moral. Depuis les années 1950, cela signifie qu'il doit y avoir une souveraineté politique (qui se traduit par le choix électoral dans un système multipartite) et une souveraineté des consommateurs (qui se traduit par le choix via les marchés). Ne pas avoir ces choix, c'est manquer de démocratie.

Dans la pensée des dirigeants, l'enjeu fondamental est ce qu'on appelle la « paix démocratique ». Le principe sous-jacent est que les démocraties n'entrent pas en guerre contre d'autres démocraties. Si vous appartenez au club des démocraties, les États-Unis n'iront pas en guerre contre vous. C'est cette vision qui a été fondamentalement développée par Hobbes au XVIIe siècle, au lendemain de la guerre civile anglaise.

Dans les années 1660, afin de surmonter la situation de guerre civile, Hobbes présente l'idée de la personne naturelle et de la personne morale. Il affirme que la multitude conclut des alliances (contrats) entre ses membres et une autre pour créer une personne morale qu'est l'État. Même si les États existaient déjà auparavant, c'est la première fois que le terme « État » fait son apparition. La conception de l'État a été approfondie au XVIIIe siècle dans le cadre du mouvement des Lumières en Europe.

La personne morale de l'État de Hobbes détient le monopole du recours à la violence et à la contrainte. La personne morale de l'État statue sur toutes les choses présentées comme souhaitables dans le préambule de la Constitution : le crime et le châtiment, la guerre et la paix, les recettes fiscales... Dans son chef-d'oeuvre Le Léviathan, lorsqu'il aborde le pacte de la multitude autorisant la personne morale de l'État à la représenter, Hobbes l'exprime ainsi : « J'autorise cet homme ou cette assemblée d'hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même. » Il ajoute : « Les conventions sans épée ne sont que des mots et n'ont aucune force pour assurer la sécurité de l'homme » (chapitre 17).

Le préambule de la Constitution des États-Unis reprend le discours de la personne morale de l'État. On l'appelait la personne morale, la personne morale de l'État, une incarnation de la moralité. Vient ensuite la personnification de ce principe : un souverain placé au-dessus des factions partisanes et des égos des partis, qui a à coeur l'intérêt universel de la communauté, et dont la volonté peut être exprimée par l'intermédiaire de représentants.

Qui cette personne morale de l'État représente-t-elle ? Elle ne peut représenter la multitude, qui n'a aucune autorité puisqu'elle a déjà consenti par un pacte à se faire représenter par la personne morale de l'État. Désormais, tout ce que dit le représentant de la multitude devient la représentation de la multitude. L'idée est que, quoi que l'on puisse penser de la coercition et de la corruption, on doit se satisfaire du fait qu'il existe au moins cette personne morale de l'État, par opposition à un tyran sous la forme d'un monarque ou autre, contre lequel le peuple s'est rebellé. En d'autres termes, pour Hobbes, la moralité, la justice et les contrats n'existent qu'après la formation de l'État. La fonction ultime du gouvernement n'est pas de gouverner par bonne volonté, mais de faire respecter les lois par la crainte des conséquences, rendant ainsi la coopération des citoyens raisonnablement assurée.

Aujourd'hui, la conscience qu'acquiert le peuple dans la défense de ses droits et des droits de toutes et tous, est que les choses qui sont faites aujourd'hui ne sont pas faites en notre nom.

Un autre type de pouvoir politique

Les Première et Deuxième Guerres mondiales ont donné naissance à un autre type de pouvoir politique, celui de la classe ouvrière, des soviets, non pas fondé sur des déclarations et des règles reposant sur des principes moraux comme les constitutions bourgeoises, mais sur le centralisme démocratique – principe qui dit que l'appartenance à l'État reconnaît l'égalité de tous et que tous peuvent et doivent participer à la prise de décisions et superviser leur mise en oeuvre. L'État n'est pas établi au nom d'un représentant souverain et d'un principe moral appelé démocratie, mais en tant que pouvoir soviétique. Ce pouvoir soviétique a joué un rôle essentiel dans la défaite du fascisme et du nazisme, issus de la démocratie représentative.

Hitler a participé à la politique électorale. Il a consolidé son pouvoir en s'appuyant sur l'article 48 de la Constitution allemande, qui conférait des pouvoirs au président en cas de crise. L'article 48 avait déjà été invoqué à de nombreuses reprises dans les années 1920. Hitler n'était qu'un cas de plus. Il a ensuite aboli la Constitution, jugeant qu'il le fallait pour vaincre le pouvoir soviétique.

La coalition démocratique de l'époque, au sein du Front uni antifasciste, comprenait des capitalistes financiers et leur démocratie ainsi que le pouvoir soviétique fondé sur le centralisme démocratique. Après la Deuxième Guerre mondiale, vers le milieu des années 1950, en Union soviétique et dans les démocraties populaires, les travailleurs ont été privés des moyens d'exercer le pouvoir soviétique par une forme de dictature du Parti destinée à priver le peuple de son pouvoir. Ce processus a été favorisé non seulement par la transformation de l'URSS en superpuissance nucléaire rivalisant avec les États-Unis pour la domination mondiale, mais aussi par la capacité de l'État et du gouvernement, tant en URSS qu'aux États-Unis, à utiliser l'arme nucléaire pour supprimer toute forme de politique. La destruction de toute forme de politique se poursuit toujours, à tel point que la restructuration de l'État mène à l'anéantissement de l'État.

L'appel de l'histoire

Nous affirmons qu'il existe un ensemble de rapports humains. Quand nous établissons un point de vue de départ, nous devons reconnaître cet ensemble. Un ensemble ne se résume pas à une simple agrégation. Il englobe toutes les forces productives. Les rapports de production humains ont évolué au point qu'aujourd'hui, plus de 50 % de la population mondiale vit en milieu urbain. La Chine est désormais urbanisée à 50 %. Les relations entre la ville et la campagne ont radicalement changé.

Il existe d'autres rapports sociaux, comme ceux entre le travail intellectuel et le travail physique, qui ne sont pas distincts l'un de l'autre. Les rapports entre hommes et femmes sont en train de se désagréger. Il y a aussi le rapport social entre les générations. Autrefois, on ne s'inquiétait pas de savoir s'il y aurait une génération future. Par exemple, chez les peuples autochtones de l'Île de la Tortue, il y avait cette notion que l'action présente doit tenir compte des sept générations suivantes. L'action était fonction de ces sept générations.

Aujourd'hui, les humains ont créé des technologies capables d'anéantir l'espèce humaine, que ce soit par les armes nucléaires, les catastrophes climatiques ou autres. La démocratie représentative est incapable d'être en relation avec l'ensemble de rapports humains, car elle a une vision cloisonnée des choses, elle voit les problèmes à travers un agencement de bureaucraties, etc.

La technologie dont on parle a tout à voir avec le facteur humain/conscience sociale. La technologie, qui définit les relations entre l'humain et la nature, est un organe de l'humanité et, comme tout organe, elle est indispensable à son développement. Le développement et l'utilisation de la technologie dépendent du facteur humain/conscience sociale.

Les dirigeants ne cessent de dire que la guerre nucléaire éclatera par accident, mais comment peut-on parler d'accident quand il s'agit d'un système en place et connu depuis plus de 70 ans.

Pendant la guerre civile espagnole, l'image peinte par Pablo Picasso en 1937 de la ville basque de Guernica a été utilisée pour illustrer le bombardement aérien des villes. À cette époque, une catégorie appelée « civils » a été créée, par opposition aux « citoyens ». Comme les bombardements étaient menés par l'armée depuis les airs, les agresseurs ont inventé l'idée qu'un être humain est un civil, par opposition à un soldat. Puis la Deuxième Guerre mondiale a commencé à déchirer ce qui était auparavant maintenu par la personne morale de l'État, ce qui constituait le problème fondamental de toutes les constitutions issues des révolutions démocratiques : la scission entre le membre civil de la société civile et le citoyen membre de la société politique. Ce concept a été avancé par Rousseau et d'autres pour qui tout problème se présente sous la forme d'un paradoxe.

Prenons par exemple la question suivante : si, au sein de la société civile, des individus détiennent un pouvoir motivé par des intérêts privés, comment contenir ces intérêts égoïstes sans déchirer la communauté ? La réponse des dirigeants est d'imposer une conception de la souveraineté populaire dans laquelle la citoyenneté est une abstraction. Ils prétendent la réaliser en accordant certains droits civils tout en limitant les intérêts égoïstes, en particulier ceux des travailleurs et de leur force de travail. Dans cette situation, tout est divisé en deux : le citoyen et l'individu au sein de la société civile. Tant que nous continuerons de voir les choses par le prisme de la « personne morale de l'État », les gens accepteront leurs obligations et punitions et se sentiront impuissants à arrêter ceux qui sont au pouvoir à faire la guerre et à voir les droits comme des privilèges.

Considérer les droits comme des privilèges s'inscrit dans la continuité du Moyen Âge. De nombreuses luttes ouvrières du XIXe siècle, par exemple, étaient liées à des lois fondées sur une relation entre maître et serviteur, reconnue comme de l'esclavage. Le corpus juridique régissant les luttes ouvrières était celui du maître et du serviteur, les droits étant des privilèges accordés par le maître. L'opposition à cette notion, c'est d'agir en vertu de sa condition d'être humain.

Il existe une grande divergence dans la conception des droits humains. Une conception consiste à dire que, lorsqu'on parle de droits humains, il existe une essence humaine, un attribut. C'est comme dire que l'attribut du pouvoir producteur est le pouvoir.

Un attribut de quelque chose est une propriété. Par exemple, la couleur rouge peut être un attribut d'une rose, mais la rose n'est pas un attribut de la couleur rouge. Aujourd'hui, il est courant d'entendre des arguments irrationnels qui reviennent à dire que la rose est un attribut de la couleur rouge. Le prédicat se substitue au sujet, « rose rouge ». Il s'agit d'un problème qui remonte à la figure morale de l'État et à son évolution actuelle, dans un contexte où tout s'effondre, ce qui rend la situation encore plus dangereuse.

L'autre conception est que les droits existent en vertu de la condition humaine, où le facteur humain/conscience sociale doit être activé. Donc, d'un côté les droits sont vus comme un principe moral, issu de l'opinion publique, et ce qu'est la personne humaine peut être débattu. De l'autre il y a la reconnaissance que tous les rapports sociaux et l'ensemble des rapports humains sont indépendants de la volonté individuelle. C'est un fait, pas un principe. Les droits existent dans leur affirmation.

Certains affirment aujourd'hui que les nazis tentent de nous priver de notre État démocratique et que les droits humains sont une aspiration, tout comme l'union parfaite est une aspiration. L'autre conception est qu'il existe une norme établie selon laquelle ce qui est humain n'est pas une question d'opinion publique; c'est le point de référence à partir duquel nous partons. Ce n'est pas quelque chose à remettre en question et à débattre comme on le ferait avec l'opinion publique. La conception humaine de l'existence humaine n'est pas un mystère. Le simple fait d'être humain implique faire des réclamations à la société, par opposition à la conception des droits humains comme principe moral selon lequel une personne ou un groupe de personnes fait des réclamations aux dépens des autres personnes – l'une étant immorale, l'autre morale.

Ce qui se passe actuellement, y compris toutes les menaces proférées, découle de la notion originelle de personne naturelle et personne morale. La relation entre la société politique et la société civile ne se désagrège pas, elle se déchire. Et il semble que parmi les dirigeants, personne n'ait la moindre idée de ce qu'il faut faire pour y remédier. Lorsque Trump a été élu la première fois, et plus encore la deuxième fois, personne ne savait quoi en penser. Nous sommes dans une situation où rien ne peut être contrôlé par l'État existant. Les arguments qui se sont développés au fil des siècles ne sont plus valables. Il est même très difficile de trouver le vocabulaire permettant de parler de ces développements.

Il y a des conceptions qui sont si profondément ancrées dans la pensée qu'il est difficile de régler ses comptes avec la vieille conscience de la société. Le slogan : Qui décide ? C'est nous qui décidons ! est accepté comme légitime, mais n'est pas pour autant repris dans le discours politique. En Louisiane, lorsque David Duke, le « Grand Sorcier » du KKK, s'est présenté comme candidat au poste de gouverneur en 1991, les républicains ont voulu le désavouer, mais n'ont pas pu le faire. De leur côté, les démocrates ont présenté un escroc notoire. On voyait même des autocollants sur les pare-chocs disant : « Je vote pour l'escroc. » Cette élection a connu un des plus forts taux de participation des Afro-Américains, qui s'étaient mobilisés pour empêcher l'élection de David Duke. Ils affirmaient que quoi qu'il arrive, Duke ne devait pas être élu. Ils ont adopté cette position. Il ne s'agissait pas de voter pour le moindre des deux maux. Il s'agissait du fait qu'il n'y avait pas le choix : il fallait empêcher Duke d'accéder au pouvoir, un point c'est tout. La différence ne réside pas dans les idées, mais dans la volonté morale qui mène les gens à agir.

Les instruments de coercition se sont développés parce qu'une classe avait le loisir de le faire. Ce n'est pas l'inverse. Aujourd'hui, cet ancien modèle de contrôle, où la figure morale de l'État dictait ce qui pouvait et ne pouvait pas être fait, s'est effondré. Marx disait que ce paradoxe devait être résolu par une révolution démocratique.

L'achèvement de la révolution démocratique reste le problème de l'heure. Comment la classe ouvrière peut-elle accéder au pouvoir et s'y maintenir ? Telle est le problème posé et à résoudre. Tout ce qui a contribué à la conception de l'État – les notions de communauté, de famille, de machine, tout – n'a désormais plus aucun sens. L'importance de donner naissance à des définitions modernes est dans la classification de ce qui se passe et dans les guides pour l'action qui en découlent.

(Basé sur des Conversations du Centre d'études idéologiques tenues entre 2008 et 2026)

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Les définitions modernes

– Hardial Bains, 1994 –

De vagues notions à propos de ce qui existait dans le passé, des essais enflammés contre l'« ennemi », l'attisement des passions contre tous ceux avec qui on est en désaccord – aucune de ces manières d'agir ne peut être considérée comme une façon moderne de faire les choses. Mais ce n'est pas là que la controverse commence ou se termine. La question de l'heure est que les forces productives ont progressé à un point tel qu'il leur faut des considérations théoriques et idéologiques d'un calibre à briser les fers de la vieille pensée découlant des vieux rapports de production. Tant en termes de classes, où des millions de prolétaires composent la base sociale de la production moderne, qu'en termes de la révolution scientifique et technique, le monde est au bord d'où bien faire un de ses plus grands progrès dans l'histoire, ou bien connaître une de ses plus grandes catastrophes. Si elles sont libérées, les forces productives vont forcément mener à la création d'une société entièrement nouvelle, une société digne de l'être humain; si elles restent bloquées, il se produira une catastrophe aux proportions inégalées.

Pour s'attaquer au problème de libérer les forces productives, il faut des définitions modernes de la société. Une fois reconnu que la société moderne est la condition de la perpétuation du système sur lequel elle repose, il va de soi que la condition du changement de la société est le changement du système. Par où commencer le changement du système ? Il ne suffit pas d'observer quelques symptômes négatifs et de rédiger un appel programmatique. Il ne suffit pas non plus de retracer l'origine du symptôme pour y remédier. Ce qu'il faut, en premier lieu, c'est élaborer une perspective moderne, une définition moderne du progrès, une conception moderne pour la grande voie de la civilisation. L'élaboration de cette perspective est la reconnaissance des intérêts de la classe ouvrière, des masses populaires et de la société elle-même.

Une définition moderne du progrès a nécessairement comme point de départ une définition moderne de tous les intérêts en jeu objectivement. La vieille controverse au sujet d'un conflit entre l'individu et le collectif ne suffit pas. Elle ne révèle pas entièrement ce qui est en conflit aujourd'hui et comment ces intérêts doivent être harmonisés pour ouvrir la voie au progrès de la société. Si l'on reconnaît que non seulement il existe des collectifs dans une société et que ces collectifs ont des intérêts qui se heurtent entre eux et se heurtent aux intérêts généraux de la société, mais aussi qu'au sein du collectif les intérêts individuels se heurtent à ceux du collectif, et que les intérêts de l'individu se heurtent à l'intérêt général de la société, on arrive à une définition moderne du problème clef qui doit être résolu à cette période. La résolution de ce problème ouvrira la voie au progrès social.

Le point de départ de cette résolution est l'exigence que soit créé un système qui reconnaît que tous les individus ont des droits inhérents fondamentaux qui viennent du fait que ce sont des êtres humains. En somme, le fait qu'un individu ait des droits inviolables en vertu de son humanité doit être la perspective, la définition moderne, la base sur laquelle tous les intérêts peuvent être harmonisés et la voie du progrès de la société ouverte.

Le développement sans précédent et colossal des forces productives exerce une pression énorme sur la vieille conscience et les vieux rapports de production. En à peine cinq ans, une conscience moderne s'est formée à propos du système politique et économique. De plus en plus de gens réclament le droit d'exercer un contrôle sur leur vie. Dans le domaine politique, la conscience à propos du processus politique et le sentiment que les gens devraient avoir le droit de sélectionner les candidats avant d'exercer leur droit d'élire un député, est une rupture par rapport à l'acceptation passive du vieux système dans lequel des maîtres d'esclaves des temps modernes sont élus au suffrage universel. Une conscience tout aussi radicale se voit dans la revendication du peuple que soit augmentés les investissements dans les programmes sociaux pour surmonter la crise économique. La conscience grandit également à propos de la nécessité d'élaborer des considérations théoriques et idéologiques basées sur la réalité actuelle au lieu de se soumettre aux dogmes. Cette conscience spontanée est le reflet de la pression des forces productives sur la vielle conscience et les vieux rapports de production, mais il se fait de plus en plus de travail pour transformer cette conscience en une activité planifiée pour atteindre un objectif précis. C'est une indication que les forces productives l'emportent sur l'ancien et cela trace la voie vers la création d'un système sur lequel pourra être construite une société moderne.

Il faut reconnaître qu'à ce point dans l'histoire, à cause du niveau de développement des forces productives, tous les êtres humains naissent en société. La notion qu'une personne naît seulement dans une famille et pas également en société n'a plus sa place. Mais le vieux monde exige que la société ne reconnaisse pas que les êtres humains naissent en société et accepte plutôt que les individus doivent se débrouiller par leurs propres moyens.

On dit souvent que les animaux acceptent un certain niveau de responsabilité envers leurs progénitures, mais pas envers leur espèce. Comment l'exigence que la société ne prenne aucune responsabilité envers ses membres peut-elle être considérée comme humaine ? La société est née du fait que les individus produisent leurs moyens de subsistance ensemble. Comment le moyen de subsistance peut-il être laissé à l'individu quand la base de l'obtention du moyen de subsistance est sociale ? Généralement parlant, aucune personne humaine ne peut créer son moyen de subsistance seul lorsque le processus de production est social. C'est reconnaître que le contenu technique et matériel de l'économie et des rapports de production présuppose l'existence d'un processus de production qui est social. Si la production est sociale, comment peut-on accepter l'exigence que les individus se débrouillent seuls ? Cette notion repose sur une définition archaïque : la loi de la jungle. Il n'y a absolument aucune raison de reconnaître la loi de la jungle comme fondement d'une société moderne.

Pour s'émanciper, la classe ouvrière doit reconnaître que tout individu a des droits inviolables en vertu de son humanité et que, en second lieu, la société a une obligation envers tous ses membres. Partant de ces deux présuppositions fondamentales, la classe ouvrière proposera dans le domaine de l'économie l'augmentation des investissements dans les programmes sociaux pour que tous les membres se voient garantir le plus haut niveau de vie possible, selon le niveau matériel et culturel atteint par leur société, et que le niveau de développement des forces productives doit entraîner l'élévation de ce niveau de vie. Dans le domaine politique, la classe ouvrière exigerait qu'il n'y ait pas d'élection sans sélection, c'est-à-dire que les électeurs choisissent les candidats plutôt que de devoir choisir entre des candidats qui leur sont présentés, mais sur lesquels ils n'exercent aucun contrôle. Elle exigerait l'établissement d'une démocratie moderne dans laquelle le peuple se gouverne lui-même. Les partis politiques doivent être subordonnés aux besoins du peuple et non l'inverse. Le peuple doit être le décideur en toute chose. Il faut des mécanismes politiques qui le facilitent. La classe ouvrière devra aussi déclarer que toutes ses considérations théoriques et idéologiques sont vérifiables et qu'elles sont au service de l'ouverture de la voie au progrès de la société.

La reconnaissance des droits inviolables que possèdent tous les êtres humains en vertu de leur humanité et que la société doit pourvoir aux besoins de tous ses membres soulève la question importante que l'individu a des obligations découlant du fait qu'il est membre de la société. Il est généralement admis qu'il n'y a pas de droits sans devoirs. Or, lorsque la société reconnaît fondamentalement que tous les individus ont des droits en vertu de leur humanité et qu'elle doit pourvoir à leurs besoins, la vie elle-même fait que tous les individus ont le devoir de défendre, de renforcer et d'élargir ce système et la société basée sur les lignes directrices qui en découlent. Ils ont le devoir de créer un tel système, car il n'existe pas actuellement.

Tous les collectifs qui composent la société accepteront-ils ces deux principes fondamentaux ? La réponse est non. Certains seront d'accord et d'autres pas. L'attitude des différents collectifs dépend du sort qui leur est fait dans le système actuel. Ceux qui sont favorisés par le système existant, dans lequel ces deux principes fondamentaux ne sont pas reconnus, s'opposeront à cette définition moderne des droits et de la société. L'oligarchie financière est radicalement opposée à ces deux principes fondamentaux et même si c'est compréhensible qu'elle le soit, cela reste inacceptable. Toutefois, il est incompréhensible et inacceptable qu'il y ait des dirigeants syndicaux, par exemple, qui ne reconnaissent pas ces principes fondamentaux.

Il est présupposé que tout le monde veut ouvrir la voie au progrès de la société. Nous prétendons que cette voie ne peut être ouverte sans reconnaître ces deux principes fondamentaux. Qui plus est, ni les intérêts généraux de la société ni les intérêts spécifiques des individus ne seront servis si ces principes fondamentaux ne sont pas reconnus comme la base de toute société moderne. En d'autres mots, tous les individus, tous les collectifs dont l'intérêt est d'ouvrir la voie du progrès, et de la société elle-même, devront insister sur l'élimination de la base sociale de ceux qui deviennent des obstacles au progrès. Ils devront élaborer les considérations théoriques et idéologiques qui leur permettront d'atteindre leur but. C'est la somme et la substance des définitions modernes.

Tel que publié à l'origine dans Discussion, revue trimestrielle, printemps 1994 avec quelques modifications mineures apportées en 2026.

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