Numéro 4
2 juillet 2026
250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis de 1776
Une occasion de parler
de définitions modernes
Maintenant disponible!
• Reconnaître le
«grand bouleversement
de l'humanité» comme le nôtre
250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis de 1776
Une occasion de parler de définitions modernes
À l'occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis de 1776, le président Trump, se présentant comme un historiographe des événements de 1776 et de leur signification, affirme que la révolution se poursuit aujourd'hui, qu'il en est le chef et que, le 4 juillet 2026, une grande célébration de cette révolution actuelle aura lieu. Certains affirment qu'il incarne le fascisme, le racisme et la réaction la plus sombre. D'autres, invoquant ce qu'ils appellent « l'histoire populaire », soutiennent que 1776 fut une contre-révolution. D'autres encore se délectent d'événements tels que le Boston Tea Party de 1773, des récits d'héroïsme, mais aussi de trahison, ainsi que de leurs reconstitutions. S'il existe des preuves d'actions contre-révolutionnaires parmi ceux qui s'opposaient aux Britanniques à cette époque et si, à n'en pas douter, la Constitution des États-Unis est contre-révolutionnaire, cette approche est néanmoins erronée car elle passe à côté de l'objectif de cette contre-révolution, qui était de bloquer les luttes du peuple dans le contexte d'une révolution démocratique.
Beaucoup éprouvent de la gêne à célébrer la Déclaration d'indépendance des États-Unis, compte tenu des guerres injustes menées par les classes dirigeantes de ce pays, des atrocités commises et du mépris total pour l'humanité qui domine actuellement. Le sentiment d'humiliation est également considérable. Ceux qui maudissent la contre-révolution prennent souvent comme point de départ la Déclaration d'indépendance de 1776 ou la Constitution de 1787. Mais c'est une vue limitée de la révolution et de la contre-révolution, d'un point de vue historique, et elle mène ceux qui voient les choses de cette façon dans une impasse aujourd'hui, la voie vers l'avant leur étant bloquée par le voile constitutionnel et d'autres voiles liés au génocide, aux concepts d'intentionnalité et à la formule « Nous, le peuple ».
Les Étasuniens ressentent tout le poids de la dette historique, des guerres qui se déroulent à 10 000 kilomètres de chez eux et des tentatives continuelles de déchiffrer l'incohérence dans le cerveau de Donald Trump. Il y a un problème de point de référence. Plus précisément, il manque le point de référence qui serve les intérêts du peuple quand on revient constamment aux deux célèbres documents censés avoir fait du peuple étasunien « Nous, le peuple » : la Déclaration d'indépendance et la Constitution.
Il faut se pencher sérieusement sur qui est « Nous, le peuple ». Cette discussion est éclipsée quand on se contente de dire que les auteurs des deux documents étaient des hypocrites puisqu'ils étaient eux-mêmes des propriétaires d'esclaves ou complices du système esclavagiste. Ou il y a ceux qui disent que, puisque ces documents sont associés à la contre-révolution, ils ne méritent pas d'être analysés pour en tirer des conclusions qui nous serviraient aujourd'hui à tracer une voie guidée par la nécessité de changement.
Qui est le « nous » dans « Nous, le peuple » ? Qu'est-ce qu'un « peuple » ? Comment un « peuple » se crée-t-il et se définit-il ? Quel est son rôle dans le façonnement de l'histoire ? Dans l'ensemble, rien de tout cela n'est jugé digne de discussion, mais c'est précisément ce que le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) propose de faire à l'occasion de ce 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis.
Le PCC(M-L) estime que cet anniversaire offre l'occasion d'engager des discussions sur la portée de cette Déclaration, hier comme aujourd'hui, ainsi que sur l'importance de la Constitution des États-Unis, signée en 1787, ratifiée par le nombre requis d'États en 1788 et entrée en vigueur en 1789, afin de donner vie aux principes proclamés en 1776.
Mais surtout, cet anniversaire est l'occasion de discuter de définitions modernes et des raisons pour lesquelles le monde a besoin de définitions modernes. Compte tenu de la pression que le « modèle » étasunien de démocratie exerce sur les peuples des États-Unis et des pays du monde entier depuis le XVIIIe siècle, et en particulier depuis la Deuxième Guerre mondiale, la discussion sur les définitions modernes servira les peuples partout dans le monde qui, comme les peuples des États-Unis, se battent vaillamment et avec grande détermination pour la paix, la liberté et la démocratie.
À partir d'aujourd'hui, LML profite de cet anniversaire de l'indépendance des États-Unis pour publier une série de Conversations organisées par le Centre d'études idéologiques du PCC(M-L) sur les problèmes qui se posent à ce moment historique particulier, où des principes tels que ceux énoncés dans la Déclaration d'indépendance des États-Unis de 1776, et les vieilles formes, telles que celles consacrées dans la Constitution des États-Unis de 1787, sont finis alors que de nouvelles formes n'ont pas encore vu le jour.
Nous commençons par les Conversations qui ont eu lieu en août et septembre 2025 et qui sont désormais disponibles dans un ouvrage intitulé Reconnaître le « grand bouleversement de l'humanité » comme nôtre – Considération des analyses, perceptions et réflexions du Dr W.E.B. Du Bois. Cet ouvrage est publié pour rendre hommage à la vie et à l'oeuvre de W.E.B. Du Bois à l'heure où le matériel de pensée qu'il a créé est plus que jamais nécessaire.
La deuxième série de Conversations, sur le thème Lever le voile, s'est déroulée de mai à juin 2026. La nécessité de lever le voile qui fait partie intégrante d'une historiographie bourgeoise qui prive les peuples de la conception du monde dont ils ont besoin, y est discutée en détail. Il s'agit d'établir notre propre historiographie, fondée sur nos propres points de vue qui reconnaissent les peuples comme les artisans de l'histoire. Ce sont les peuples, par leur résistance et leurs efforts pour humaniser l'environnement social et naturel, qui non seulement s'affirment en tant que peuples, mais établissent également des droits qui appartiennent à chacun du fait qu'il est humain.
La troisième série de Conversations, publiée sous le
titre Contre-révolution, s'est déroulée de décembre
2025 à mai 2026. Elles identifient l'objectif de la
contre-révolution à laquelle nous assistons aujourd'hui comme un
obstacle à la transition vers une société sans classes et à
l'élimination de l'esclavage humain. S'il en est la figure de
proue, la contre-révolution actuelle n'est pas le fait de Donald
Trump. Elle est la voie que choisissent les classes dirigeantes
aux États-Unis et à l'étranger après avoir échoué à restructurer
l'État d'une manière qui leur soit favorable. Elles doivent
recourir à une violence extrême pour détruire tout ce qu'elles
ne peuvent pas contrôler. Elles poursuivent la destruction
jusqu'à l'anéantissement pur et simple.
Ces circonstances dramatiques incarnent l'obscurité qui précède
l'aube. Elles nous incitent à répondre à l'appel de l'histoire
pour mobiliser le facteur humain/conscience sociale, et faire
naître le renouveau. Ce nouveau se manifeste déjà à
travers des actes qui balayent les voiles qui privent l'humanité
de la conception du monde nécessaire pour voir le monde qui nous
entoure avec lucidité — cette clarté profonde, cette
compréhension et cette perception directe indispensables en
cette période de transition où les anciennes formes ont disparu
et où les nouvelles ne sont pas encore nées.
Le travail d'élaboration de définitions modernes consiste à
faire l'expérience de la réalité qui nous entoure telle qu'elle
est réellement, d'une manière claire, sans ambiguïté et,
parfois, enivrante.
Les Conversations identifient la résistance des peuples contre l'anéantissement des peuples de l'histoire comme la source du nouveau monde que l'humanité s'efforce de faire naître.
Maintenant disponible!
Reconnaître le «grand bouleversement
de l'humanité» comme le nôtre
Introduction
W.E.B. Du Bois, fervent polémiste
William
Edward Burghardt Du Bois est né le 23 février 1868 à Great
Barrington, dans le Massachusetts, et est décédé à Accra, au
Ghana, le 27 août 1963. Nous célébrons la vie et l'oeuvre du Dr
W.E.B. Du Bois aujourd'hui en considérant les analyses, les
perceptions et les idées issues d'un travail acharné et d'une
lutte particulièrement importante pour le mouvement de la classe
ouvrière et des peuples des États-Unis pour la libération,
l'égalité et l'émancipation. Elles sont également importantes
pour tous ceux et celles qui participent au grand bouleversement
de l'humanité vers l'élimination de tous les systèmes
d'asservissement social.
Le Dr Du Bois était un polémiste. Il débattait des problèmes du moment en apportant des preuves et des exemples. Il ressort de son oeuvre que ceux avec qui il était en désaccord partaient d'une conception du type aujourd'hui appelé « fin de l'histoire », qui allait prendre de l'ampleur après la chute de l'Union soviétique. C'est une conception qui repose sur l'idée que l'idéologie et les formes idéologiques de lutte évoluent et ont un point final, qui est la démocratie libérale. Cette terminologie fut popularisée dans les années 1990, notamment après la publication du livre de Francis Fukuyama La fin de l'histoire et le dernier homme en 1992. Du Bois n'utilise pas l'expression « fin de l'histoire », mais l'essence de ce avec quoi il était en désaccord est la même.
Aujourd'hui, ces arguments prennent la forme spécifique d'une affirmation que le développement idéologique a une fin. L'« évolution » a atteint sa forme suprême avec la démocratie libérale, signifiant la fin de l'histoire-en-tant-que-telle. C'est l'histoire-en-tant-que-telle contre laquelle s'insurge l'analyse Nécessité de changement ! produite par Hardial Bains en 1967.
La prétention concernant cette histoire-en-tant-que-telle est que toute l'histoire et tous ses rebondissements peuvent être réduits à une succession d'événements. Ou, comme Hollywood le dit dans le film de 1976 Les hommes du président sur le scandale de Watergate, il s'agit de « suivre l'argent ». Tout le monde dit maintenant que si vous « suivez l'argent », vous pouvez analyser ce qui se passe. Les « experts » affirment que vous pourrez ainsi voir comment Israël domine les États-Unis et tirer un tas d'autres conclusions non fondées. Le progrès lui-même serait le retraçage de l'argent.
Du Bois a combattu ces falsifications de l'histoire et a toujours mis au premier plan le rôle du peuple et le problème de l'asservissement des êtres humains : pas seulement les Africains réduits en esclavage aux États-Unis, mais les systèmes d'esclavage dans la société. Il s'est attaqué à ce problème de société, ce qui correspond à l'approche adoptée par le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste).
Nous parlons souvent de l'histoire comme d'un fleuve puissant. Lorsque l'histoire avance, le fleuve rompt le barrage qui bloque le progrès, libère le puissant torrent de la lutte des peuples pour l'émancipation et ouvre la voie au progrès social.
Nous évoquons ici l'image d'un fleuve pour parler des anomalies. Lorsque vous observez le cours d'un fleuve, vous voyez des déviations, appelées anomalies. Une déviation ou une anomalie est un événement qui dévie de la norme ou de la règle. C'est quelque chose d'inattendu. Une déviation peut être le dessèchement du cours d'eau ou une inondation massive, l'un ou l'autre bien au-delà de la norme. Ces deux situations peuvent être considérées comme des anomalies.
Du Bois fait valoir que le système du travail forcé était considéré comme une anomalie dans la Constitution des États-Unis, une anomalie morale et économique. Son livre, Black Reconstruction in America : An Essay Toward a History of the Part Which Black Folk Played in the Attempt to Reconstruct Democracy in America, 1860–1880 (La Reconstruction noire en Amérique : essai sur le rôle joué par les Noirs dans la tentative de reconstruction de la démocratie en Amérique, 1860-1880), est l'une des contributions les plus importantes de W.E.B. Du Bois. L'auteur y critique la Constitution des États-Unis et tout ce qui est considéré comme « américain » par les cercles dirigeants. Il évoque les grands bouleversements humains de l'époque et aborde les problèmes des droits humains, de la démocratie et du développement social.
Quand il affirme que le système d'esclavage était considéré comme une anomalie, une déviation par rapport au reste de la Constitution, Du Bois explique que la Constitution elle-même était une déviation par rapport au progrès.
Le mot « anomalie » est entré dans la langue anglaise au XVIe siècle avec le sens de « disparité ». Du grec et du latin, il signifiait « inégal » ou « irrégulier ». En l'espace de 100 ans, il est devenu synonyme de déviation par rapport à la règle commune. Cependant, lorsque Du Bois l'utilise, il le fait à la manière de Lénine, qui parlait également de la loi du développement inégal. Nous employons le mot « anomalie » en référence au développement inégal, à un développement qui n'est pas parallèle.
Lorsque nous parlons d'uniformité ou d'irrégularité en rapport à l'anomalie, nous parlons de ce qui est « la même chose que » ou « différent de ». En décomposant le mot « anomalie », « an » signifie « pas » et « omalos » signifie « égal » ou « le même ». Il s'agit donc de « pas identique », « pas égal » ou « différent ». Ce terme a également des racines dans l'Inde ancienne et dans d'autres cultures d'origine ancienne.
La Reconstruction bouleverse l'humanité par sa volonté
d'abolir toute forme d'asservissement
Du Bois soutient que ce qui est dit à propos de la Constitution et de la Reconstruction est une historiographie voilée. Elle présente l'histoire de la contre-révolution de la propriété et des privilèges comme un progrès. Cela inclut la présentation de la guerre civile comme un conflit entre le Nord et le Sud ou entre les Noirs et les Blancs. Du Bois souligne que la guerre civile n'était pas une question de culture et de race et qu'il s'agissait plutôt d'éliminer toutes les formes d'esclavage et d'instituer « la dictature du travail ».
Certains chercheurs qui étudient Du Bois affirment qu'il présente un argument convaincant sur le « capitalisme racialisé ». Ils citent la partie qui traite de la contre-révolution de la propriété, mais omettent le contenu, à savoir que la contre-révolution n'était pas une question de culture et de race.
Du Bois montre également le lien étroit entre les luttes des Noirs aux États-Unis et celles des peuples d'Afrique. Dans le chapitre intitulé « Contre-révolution de la propriété », il évoque l'écrasement militaire de la Reconstruction et « la dictature capitaliste des États-Unis, qui sont devenus la plus grande puissance au monde, qui ont soutenu le nouvel impérialisme industriel et dégradé le travail des personnes de couleur dans le monde entier ». (Black Reconstruction p. 630)
Dans les années 1930, lorsqu'il a écrit Black Reconstruction, Du Bois était engagé dans une étude approfondie du Capital de Karl Marx. Il a également écrit pour la revue The Crisis de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), où il souligne que son travail corrobore celui de Marx. Ces articles méritent d'être relus.
Hardial Bains utilisait le terme « corroborer » lorsqu'il abordait les travaux de Marx, Engels, Lénine et Staline. Comme Du Bois, il fait référence à l'analyse des conditions existantes pour corroborer ce qui est dit par Marx, Engels, Lénine et Staline. Cette corroboration n'était d'aucun intérêt pour certains gauchistes aux États-Unis qui, tout en parlant de l'« application » de la théorie à la pratique, opposaient le pragmatisme au marxisme-léninisme.
Au XVIe siècle, le mot « corroborer » était utilisé pour donner une confirmation légale de quelque chose, ou une preuve. Il en est venu à signifier « renforcer par des preuves ». Le travail que fait le Centre d'études idéologiques, en partant de l'affirmation que nous sommes nos propres modèles, corrobore ce que dit Marx. Et nous pouvons mesurer la corroboration, pour renforcer, consolider par des preuves.
Parce qu'il corroborait ce que disait Marx, Du Bois a présenté un argument différent de celui avancé par la gauche de son époque, et encore aujourd'hui, concernant la Reconstruction. Par exemple, lorsqu'il parle de la Reconstruction, il inclut la guerre civile, de 1860 à 1880, tandis que d'autres séparent la guerre de la période de reconstruction qui a suivi. Cela leur sert en partie à brouiller le caractère de la guerre civile et à minimiser l'importance de la Reconstruction.
Dans Black Reconstruction, Du Bois souligne que lorsque Darwin a écrit De l'origine des espèces, il disait qu'il s'agissait d'une argumentation longue sur la façon de considérer la vie. Du Bois affirme, lui, présenter un argument sur la façon de considérer la société – non pas les Noirs, mais la société et le développement social.
L'une de ses thèses principales est la suivante : « La tragédie sans fin de la Reconstruction est l'incapacité totale de la mentalité américaine à saisir sa véritable signification, ses implications nationales et mondiales. » (Ibid, p. 708)
C'est la thèse qu'il avance pour l'historiographie de cette période. À l'image d'un fleuve, c'est l'histoire d'une tragédie sans fin, provoquée par le refoulement brutal de la Reconstruction et par la contre-révolution des intérêts possédants. Nous pourrions également remonter plus loin dans le temps, jusqu'aux années 1830 et aux guerres contre les peuples autochtones, appelées « guerres indiennes », avec la même conclusion d'une tragédie sans fin.
Du Bois avance l'argument que la conception nécessaire de l'histoire est une conception de la révolution et de la tragédie sans fin qui s'ensuit lorsque la contre-révolution l'emporte. Il reconnaît le lien entre la lutte des États-Unis et les luttes mondiales, ainsi que le lien entre les guerres civiles qui donnent naissance aux guerres impérialistes.
À l'échelle mondiale, au cours d'une période semblable, entre
1830 et 1880, de nombreuses rébellions ont eu lieu. La Chine a
connu la Révolte des Taiping, au cours de laquelle 20 millions
de personnes ont perdu la vie dans la lutte contre les
Britanniques et la dynastie mandchoue. En Amérique du Nord
britannique, il y a eu les rébellions du Bas-Canada, du
Haut-Canada et du Nord-Ouest. Durant cette période, l'Europe a
été témoin de l'avènement d'États-nations modernes et de la
Commune de Paris (1871). C'est à cette époque que les premières
guerres d'indépendance ont éclaté en Asie et en Amérique latine,
comme en Inde, où des millions de personnes ont également perdu
la vie dans leur combat courageux contre le Raj britannique.
Cela marque le début du déclin de l'empire britannique. Cette
période a également été marquée par la « ruée vers
l'Afrique », les puissances européennes ayant entrepris de
dominer et de coloniser les peuples africains. Puis, au moment
de la Première Guerre mondiale, en 1914, les grandes puissances
impérialistes sont tombées dans le piège de Thucydide, qui
oppose une puissance établie à des puissances montantes.

Du Bois fut rédacteur de la revue
The Crisis et l'un des
principaux contributeurs à l'Association nationale pour
l'avancement des personnes de couleur (NAACP) de 1910 à 1934. Il
établissait un lien entre la lutte des Noirs aux États-Unis et
celle des peuples d'Afrique. Ci-dessus, des exemplaires de la
revue et Du Bois dans son bureau au siège de la revue. (Archives de la Bibliothèque
publique de New York)

Du Bois avec son équipe dans les locaux de la revue

Du Bois (sixième à partir de la droite de la première rangée) en
compagnie
d'autres membres de la NAACP en 1929

Du Bois (troisième à partir de la droite de la première rangée)
en compagnie d'autres membres du comité de rédaction et du
comité consultatif du projet Encyclopedia
of the Negro, en 1936


Du Bois a pris part aux luttes de son époque et a été confronté
à une répression incessante de la part du gouvernement
américain. À gauche :
brochure sur la pétition soumise aux Nations unies en 1951
intitulée « We Charge Genocide » (Nous accusons de génocide). À droite : un tract de 1951
sur les accusations portées contre lui à l'effet qu'il aurait
été un « agent étranger » de la Russie pour avoir milité en
faveur de la paix en tant que président du Centre d'information
pour la paix. Bien qu'il ait été acquitté en 1952, les
États-Unis lui ont tout de même confisqué son passeport. (Howard University Digital)


À gauche : Avec Paul
Robeson lors de la Conférence mondiale pour la paix, à Paris, le
20 avril 1949.
À droite : Du Bois
prend la parole lors de la conférence. (Archives Du Bois / Bibliothèques
de l'UMass Amherst)

Le Dr Du Bois (deuxième à partir de la droite) lors du Congrès
panafricain à Bruxelles, en 1921


Bravant l'anticommunisme du maccarthysme aux États-Unis et
poursuivant ses recherches, Du Bois se rendit en Russie et en
Chine. À gauche :
W.E.B. Du Bois lors du défilé du Premier Mai 1959 à Moscou. À droite : Rencontre avec
Mao Zedong en Chine, en 1959.


À gauche : Allocution
sur la lutte anticoloniale en Afrique en 1953. À droite : Du Bois reçoit
un doctorat honoris causa de l'Université du Ghana, en 1963.
La tragédie sans fin et ses implications nationales et internationales
Le concept de tragédie sans fin de Du Bois va également à l'encontre de la notion de fin de l'histoire et avance plutôt que l'histoire comprend toujours des luttes et des efforts révolutionnaires. Cette façon d'envisager l'histoire a mis en évidence la véritable signification de la Reconstruction, qui a eu des ramifications nationales et mondiales.
Dans ses écrits de 1935, Du Bois n'utilise pas les conceptions bourgeoises du progrès qui le présentent comme une séquence, où la société humaine progresse de l'état primitif à l'esclavage, puis au féodalisme et au capitalisme. Il ne souscrit pas non plus à la conception alors répandue du « nouvel impérialisme » et apporte des preuves tirées de l'histoire des États-Unis de la période 1890-1900 pour corroborer l'analyse de Lénine que nous sommes à l'ère de l'impérialisme et de la révolution prolétarienne, contredisant ainsi les arguments avancés à l'époque qui limitaient le débat à l'apparition de l'impérialisme. Ces arguments attaquaient la conclusion à laquelle Marx et Engels étaient parvenus dans le Manifeste du Parti communiste, à savoir qu'« avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs; sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables ».
Du Bois, en parlant des États-Unis dans les années 1930, fait également le lien entre les conditions de l'époque et la tragédie sans fin de la Reconstruction. C'est un argument différent de celui avec lequel a grandi la génération des années 1960 et qui reste encore répandu aujourd'hui à propos de ce qui s'est produit de 1860 à 1880. Ce dernier se concentre sur les conflits entre les cercles dirigeants, opposant les capitalistes du Nord aux esclavagistes du Sud, ou présente la guerre civile comme un conflit principalement entre Noirs et Blancs. Ces arguments omettent de mentionner que le système de travail esclavagiste incluait les capitalistes du Nord. Par exemple, la ville de New York était l'un des plus grands marchés d'esclaves africains. Plus important encore, ils omettent de mentionner que pour les peuples, une grève générale était en cours et qu'une lutte révolutionnaire pour l'émancipation, pour la victoire de tous les travailleurs, se déroulait. Comme le dit Du Bois, cette période de 1860 à 1880 a été « le plus bel effort jamais vu dans le monde pour instaurer la démocratie pour les millions de travailleurs ». (Ibid, p. 727)
Du Bois souligne également qu'après la Reconstruction, où cette humanité et son soulèvement ont été militairement écrasés et terrorisés par l'État, le peuple continuait de s'organiser et d'exiger des progrès. Cela comprenait les grandes luttes pour la journée de huit heures dans les années 1880. Du Bois explique à quoi étaient confrontées ces grandes luttes : « Depuis l'émancipation dans ce pays, nous sommes confrontés à l'un des efforts les plus prodigieux que le monde ait jamais connus pour discréditer les êtres humains, un effort impliquant les universités, l'histoire, la science, la vie sociale et la religion. » (Ibid)
Du Bois cite John Burgess, auteur du livre Reconstruction and the Constitution, 1866-1876. Burgess était un auteur bien connu à l'époque, fondateur du département de sciences politiques de l'Université Columbia. Du Bois prend soin de préciser que c'était un homme de science.
Burgess affirme que la nation « a changé son point de vue sur les relations politiques entre les races et a finalement accepté les idées du Sud sur ce sujet. Les hommes blancs du Sud n'ont désormais plus à craindre que le Parti républicain ou les administrations républicaines se bercent à nouveau de l'illusion d'une égalité politique entre les hommes. » (Ibid, p. 728)
Du Bois écrit : « En Afrique, le dos d'un Noir est immédiatement ensanglanté par les coups de fouet; en Inde, une fille brune est violée; en Chine, un coolie meurt de faim; en Alabama, sept Noirs sont plus que lynchés; tandis qu'à Londres, les bras et jambes d'une prostituée blanche sont parés de bijoux et de soie. Les flammes des meurtres de jalousie balayent la terre, tandis que les cerveaux des petits enfants maculent les collines. » « C'est cela l'éducation », en 1935, « c'est cela la science sociale moderne et exacte; c'est cela le cours universitaire » d'histoire.
Burgess défend l'idée, également véhiculée aujourd'hui, que l'État détermine la nature de la société. De même, il affirme que, bien que les hommes soient « créés égaux », comme le stipule la Constitution américaine, il n'y aura jamais d'égalité politique.
Pour la classe dirigeante, il existe une histoire-en-tant-que-telle, où elle peut affirmer que ce fleuve de l'histoire coule dans tous les sens, sans direction, sans être embêté par les bouleversements humains. Elle va d'un événement à l'autre et d'une personnalité historique à l'autre et affirme qu'il existe un point où tout s'arrête dans ce fleuve de l'histoire. Le fleuve s'arrête tout simplement.
Quant à nous, comme pour Du Bois, comme pour les classiques du marxisme-léninisme, nous reconnaissons que ce sont l'ensemble des rapports humains et ces luttes capitales des peuples qui déterminent le caractère et l'ordre de la société et du développement social. Comme l'écrit Du Bois, le grand « bouleversement humain », tel qu'on l'a vu pendant la Reconstruction, est décisif.
Du Bois n'oublie pas que ce sont les peuples qui font l'histoire. Dans son oeuvre, il ne fait pas de distinction entre les sciences naturelles et les sciences sociales, tout comme l'ensemble des rapports humains ne sépare pas les rapports entre humains et les rapports entre les humains et la nature. Il s'agit d'un seul ensemble de tous les rapports.
Du Bois affirme que ce fleuve de l'histoire coule sans fin. Il évoque la tragédie sans fin qui découle de l'écrasement de la Reconstruction par la force brute et l'incapacité de la « mentalité américaine » à en saisir la véritable signification. Il fait ici référence à la conception du monde des classes dirigeantes, qui les empêche de voir les implications de l'écoulement sans fin. Elles sont incapables de voir les points de transition dans l'histoire, où ce puissant bouleversement humain réussit à changer fondamentalement la société.
Du Bois souligne que la tentative de faire des Noirs des citoyens des États-Unis faisait partie intégrante de cette tragédie sans fin. Dans un certain sens, ce fut un échec, l'égalité politique n'ayant jamais vu le jour, mais il qualifie cet échec de « splendide ». Elle n'a pas échoué là où on s'attendait à ce qu'elle échoue. Des gens comme Burgess disent qu'elle a échoué parce qu'eux misaient sur les tentatives de promouvoir la fiction selon laquelle l'égalité politique pouvait exister.
Du Bois évoque toutes les luttes splendides qui ont eu lieu pour mettre fin à cette tragédie, à cet esclavage. Il montre comment cette « mentalité américaine » des classes dirigeantes ne parvient toujours pas à saisir les implications nationales et mondiales de cette tragédie sans fin. Elles échouent tant que le calcul repose simplement sur la richesse et la force des grandes puissances impérialistes, plutôt que sur la force qui découle d'une mesure de corroboration. On peut mesurer la corroboration parmi le peuple, la renforcer par des preuves et donner une confirmation juridique à la volonté populaire. La direction prise par Du Bois est que le peuple peut rédiger sa propre constitution, ce qui n'était pas la direction prise par la « mentalité américaine », la conception du monde des classes dirigeantes et de leurs universitaires comme Burgess.
Quand il parle de cette « mentalité américaine » de l'intellect général des classes dirigeantes, Du Bois s'intéresse à leur conception du monde. Il ne tombe pas dans le piège de la ligne « suivez l'argent » lorsqu'il analyse les conditions et l'histoire.
Il soutient que, sans saisir la véritable signification de la Reconstruction, les gens ne peuvent pas en comprendre les implications nationales et mondiales. L'histoire n'est pas statique. Elle est faite de changements, de mouvements et de développements. Du Bois souligne que nous devons examiner les conditions dans lesquelles les phénomènes apparaissent. Et ce qui manque généralement, c'est de corroborer les développements avec la tragédie sans fin de la Reconstruction et ses conséquences.
Le livre Black Reconstruction a été publié en 1935, à la même période où l'URSS adoptait sa Constitution de 1936. L'Histoire du Parti communiste de l'Union soviétique (bolcheviks), appelée cours abrégé, a été publiée en 1938. Il semble s'agir d'événements sans rapport entre eux, mais Du Bois estime qu'ils découlent tous directement de cette période de 1860 à 1880 marquée par l'impérialisme et de grands bouleversements humains. La contre-révolution n'est pas non plus une croyance : elle existe; c'est un phénomène historique réel, une tragédie sans fin.
Du Bois écrit : « Les États-Unis se sont transformés en une force réactionnaire. Ils sont devenus la pierre angulaire de ce nouvel impérialisme qui soumet le travail des peuples jaunes, bruns et noirs à la dictature du capitalisme organisé à l'échelle mondiale; non seulement ont-ils rapproché l'heure de la révolution qui remettra en cause le pouvoir du capitalisme, mais ils transforment également la lutte en un combat sinistre sur fond de tensions raciales, aigri par de terribles souvenirs. » (Ibid, p. 631)
Il parle des luttes des peuples sur leur propre base, en tant que peuples luttant ensemble pour faire progresser l'humanité. Il corrobore ainsi l'argument de Marx selon qui les forces productives peuvent être connues avec la précision de la science et les formes idéologiques changent et se développent en fonction des luttes des peuples.
La compréhension n'est pas une croyance
Du Bois s'oppose à l'argument qu'il existe une séparation entre les sciences naturelles et les sciences sociales. Outre les arguments qui corroborent l'importance des développements, comme la Reconstruction, à l'instar de Marx il identifie les thèmes qui peuvent être abordés avec précision, comme le développement économique, par opposition à ceux qui relèvent des formes idéologiques et culturelles.
À cet égard, Du Bois donne également des arguments sur la manière de surmonter les erreurs de catégorie. Ces erreurs de catégorie, fréquemment commises par les cercles dirigeants, réunissent des propositions contradictoires qui ne vont pas ensemble, comme la sécurité nationale et les droits démocratiques. Les dilemmes qui tourmentent les cercles dirigeants, comme le dilemme sécuritaire, sont invoqués pour expliquer pourquoi nous sommes confrontés, par exemple, à une anéantissement nucléaire total. Pour eux, c'est inévitable et il n'y a pas d'autre issue pour laquelle l'humanité devrait se battre.
Les universitaires et les philosophes au service des classes dirigeantes, qui se présentent comme des experts du fascisme, parlent de fausses croyances idéologiques (FCI). L'argument des FCI est utilisé pour caractériser ce qu'on appelle les croyances fascistes et pour parler d'une personnalité fasciste. L'argument est qu'il y a le fascisme ou la démocratie, ou l'autocratie ou la démocratie. Le discours sur les FCI masque en réalité la falsification de l'histoire concernant le fascisme, le communisme et la démocratie à l'américaine.
Un de ces universitaires est Timothy Snyder, considéré comme un « expert » du fascisme et de l'autocratie. Ancien professeur à Yale, il a fui les États-Unis par crainte du président Trump. En septembre 2025, il a obtenu un poste d'enseignant à la Munk School of Global Affairs and Public Policy de l'Université de Toronto, en tant que titulaire de la chaire d'histoire de l'Europe moderne.
Dans sa réflexion sur l'autocratie, Snyder tente d'assimiler le communisme au fascisme. Il le fait en comparant Hitler et Staline. Il refuse de reconnaître le verdict de la guerre mondiale antifasciste, à savoir qu'on ne pouvait pas être à la fois antifasciste et anticommuniste. Au contraire, il soutient aujourd'hui les fascistes et les néonazis ukrainiens. En tant que titulaire de la chaire d'histoire de l'Europe moderne, il bénéficie du soutien de la Fondation Temerty pour les études ukrainiennes, connue pour son anticommunisme et pour sa promotion de la falsification de l'histoire autour du mythe de l'Holodomor, cette « famine d'origine humaine » en Ukraine. Snyder et son épouse ont versé plus de 100 000 dollars au monument d'Ottawa dédié aux « victimes du communisme », tristement célèbre pour sa glorification des collaborateurs nazis en les présentant comme des victimes du communisme.
Nous soutenons que la conception des FCI qui dit que toutes les croyances peuvent être divisées en vraies ou fausses, ou réduites à des arguments pour et contre, est en soi une FCI. Marx dit qu'il y a le développement économique, qui peut être mesuré avec la précision de la science, et qu'il y a des formes idéologiques dans lesquelles les gens se battent contre les problèmes. Cela soulève la question de savoir d'où la science tire ses mesures précises et quelles formes prennent ces batailles idéologiques, culturelles et religieuses.
Beaucoup d'universitaires ne reconnaissent pas que la compréhension n'est pas une croyance. La conscience intellectuelle et collective générale n'est pas une série de croyances à trier : celle-ci est bonne, celle-là est mauvaise, etc. Du Bois s'oppose à cette fausse conception en utilisant la notion de corroboration. Il affirme que la « mentalité américaine » des classes dirigeantes ne peut pas saisir la corroboration. Il soulève l'importance de la Reconstruction en tant que peuple en mouvement pour le changement, pour la révolution.
Du Bois était un érudit d'une stature considérable. Il a fait ses études dans les meilleures universités d'Allemagne et à Harvard. Les principaux sociologues allemands le considéraient comme la personne à consulter pour tout ce qui concerne les États-Unis.
En 1947, un an avant l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations unies, Du Bois et la NAACP ont soumis une pétition à l'ONU intitulée Un appel au monde ! – Déclaration sur le déni des droits de l'homme aux minorités dans le cas des citoyens d'origine noire aux États-Unis d'Amérique et appel aux Nations unies pour réparation. Avec d'autres, il a passé un an à rassembler les faits, les preuves et les analyses pour cette pétition de 96 pages.
Du Bois a replacé la pétition dans un contexte mondial et voulait la présenter devant l'Assemblée générale des Nations unies, avec une couverture médiatique. Les États-Unis l'en ont empêché.
En décembre 1951, il s'est joint à Paul Robeson et William Patterson pour soumettre une autre pétition à l'ONU, celle-ci intitulée : Nous accusons de génocide : le crime du gouvernement contre les Noirs. C'est le Civil Rights Congress qui a soumis la pétition portant la signature de près de 100 intellectuels et militants américains. Robeson l'a présentée au siège de l'ONU à New York. Du Bois devait accompagner Patterson à Paris pour la remettre lors d'une réunion de l'ONU, mais les États-Unis lui ont refusé l'autorisation de quitter le pays. Il a persisté dans son action militante et, pour bloquer son travail et son influence, les États-Unis lui ont retiré son passeport en 1952 et l'ont soumis à toutes les infamies possibles.
La thèse centrale de Du Bois, qui apporte une argumentation longue corroborant que la tragédie sans fin de la Reconstruction est l'incapacité totale de la « mentalité américaine » à en saisir la signification, est aujourd'hui très pertinente. Cette « mentalité américaine » des classes dirigeantes ne peut pas voir la participation directe des peuples à l'histoire. C'est ce qui manque. Les luttes des peuples du monde entier sont exclues. Du Bois présente un argument profond dans cette seule phrase. Il traite de la corroboration dans différents domaines, de différentes voies et de la manière de trouver cette corroboration.
Du Bois soulève également ce qui, en 1935, était appelé un problème de prise de décision. À une époque où les ordinateurs d'aujourd'hui n'étaient encore qu'une idée, des questions se posaient à savoir ce qu'une telle machine pouvait calculer sans l'intervention de l'humain dans la prise de décision. Quand quelque chose est infini, par exemple, comment parvient-on à la précision ? Cette question se pose lorsqu'il s'agit de savoir quand intervenir dans les événements à son avantage. Sur quoi baser les calculs et à quel point intervenir ? Tout ne peut pas être calculé par ordinateur, car certains phénomènes sont sans fin. Comme l'a souligné Marx, les formes idéologiques utilisées par les humains pour résoudre les problèmes ne peuvent pas être calculées.
Quand on examine la corroboration, elle ne se situe pas en dehors de l'histoire pour ensuite être appliquée à l'histoire. Il doit y avoir une correspondance biunivoque. Nous avons une théorie et nous allons l'appliquer à la pratique – une correspondance biunivoque. Il y a l'acte intellectuel qui peut être transformé en acte de parole, en pratique. Nous pouvons visualiser une flèche allant de l'un à l'autre.
Du Bois montre comment les arguments avancés contre son analyse se réfutent eux-mêmes et ne peuvent être défendus que par la violence.
Vers la fin de sa vie, juste après avoir rejoint le Parti communiste américain, à l'âge de 93 ans, Du Bois a reçu une invitation du président du Ghana, Kwame Nkrumah, à participer au centre de recherche que les Ghanéens étaient en train de mettre sur pied. On lui a demandé de préparer et d'éditer une Encyclopedia Africana, une encyclopédie complète sur les personnes d'origine africaine. C'était un projet qu'il envisageait depuis longtemps. En 1961, après avoir obtenu son passeport, il s'installa au Ghana et devint citoyen ghanéen. Il y vécut jusqu'à sa mort, le 27 août 1963, la veille de la marche historique sur Washington, autre exemple de l'unité des travailleurs luttant pour le progrès. Son prestige était tel qu'une minute de silence fut observée en son honneur lors de la grande marche.
Du Bois était une personnalité d'envergure internationale qui avait été témoin des lynchages et des conditions horribles auxquelles étaient confrontés les Noirs et les travailleurs en général, conditions qui l'avaient contraint à se confronter à l'historiographie et à examiner et écrire sur ce qui était nécessaire pour faire avancer la cause du bien public mondial. Comme toutes ses oeuvres, l'Encyclopedia Africana reliait les questions mondiales et nationales et traitait des grands bouleversements de l'humanité, dans l'intérêt général. Il est mort en tant qu'internationaliste en 1963, l'année où Hardial Bains fondait l'organisation Les Internationalistes à l'Université de Colombie-Britannique à Vancouver, en Colombie-Britannique.
(Conversations, 21 août
2025)

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