Numéro 6
Juin 2026
Les politiques antinationales et les
préparatifs de guerre
du gouvernement Carney
• L'anarchie et la violence inhérentes au stade actuel du développement capitaliste
• Le banquier Carney se rend à Wall Street
• Les basses visées des mégaprojets de parcs éoliens au Québec
Le «Grand Compromis Carney-Smith 2.0 »
• Un accord avec les oligopoles pétroliers qui porte atteinte à l'environnement social et naturel
• Démystifier les idées reçues sur la taxe carbone industrielle
• Le «Grand Compromis» sur le captage et le stockage du carbone
Ordre du jour inacceptable de militarisation et de guerre
• Opposition
résolue à la foire d'armes et au programme militariste
du gouvernement Carney
• CANSEC 2026 : un
ordre du jour pro-guerre et anti-peuple
au vu et au su de tous
La conférence Dialogue StratCom 2026 de l'OTAN de Riga
• L'OTAN
s'organise pour reconquérir
la «paternité» du futur par la guerre
Les politiques antinationales et les préparatifs
de guerre
du gouvernement Carney
L'anarchie et la violence inhérentes au stade actuel du développement capitaliste
La restructuration de l'État qui s'opère aux niveaux fédéral et provincial, ainsi qu'au Québec, détruit à un rythme effréné l'environnement social et naturel du pays. Ce phénomène s'observe également à l'échelle internationale.
La
restructuration de l'État implique une lutte acharnée pour
arracher le contrôle des mains des concurrents et le maintenir
entre certaines mains. À l'heure actuelle, un contrôle, une
domination et une ingérence extrêmes caractérisent le stade
actuel du développement capitaliste, qu'il s'agisse d'un seul
État qui souhaite tout contrôler de ses propres mains ou d'un
système d'États dans lequel une ou plusieurs grandes puissances
dominent le monde entier.
L'anarchie et la violence vont de pair avec la soif de contrôle; elles sont le reflet du contrôle exercé par les monopoles et les oligopoles. Les monopoles et les oligopoles règlent leurs comptes entre eux par l'anarchie et la violence, et l'État prend parti dans ce conflit. Non seulement l'État s'efforce-t-il de conserver le monopole du pouvoir entre ses mains, au lieu d'assurer le contrôle démocratique des affaires politiques par les travailleurs, mais il prend également parti dans la lutte entre monopoles au sein d'un pays et à l'échelle internationale.
Alors qu'au niveau national, la restructuration vise la classe ouvrière et bafoue les droits des peuples d'un océan à l'autre ainsi que les droits ancestraux et issus de traités des peuples autochtones, tous ces principes sont également violés à l'échelle internationale.
La politique d'assassinats et de violence extrême pratiquée par les États-Unis et les sionistes israéliens au Moyen-Orient, et qu'on voit prendre de l'ampleur en Amérique latine et dans les Caraïbes, spécifiquement avec les menaces contre Cuba, est le reflet de l'anarchie et de la violence qui règnent actuellement partout dans le monde. Qui est responsable des tueries qui ont lieu ? Ceux qui commettent les assassinats et les actes de violence extrême doivent être tenus pour responsables, mais aussi ceux qui acceptent l'état actuel des choses et contribuent à rendre l'État extrêmement anti-peuple et partisan envers le groupe qui détient le pouvoir d'État.
Plus le temps passe, plus ceux qui restructurent l'État s'avèrent sans scrupules. Ce n'est pas nécessairement parce qu'ils sont des gens mauvais ou incompétents, bien que cela puisse aussi être le cas. La raison principale en est qu'ils doivent contrôler un État dont les mécanismes et les structures permettent de telles choses. Les riches sont tout à fait satisfaits tant que le contrôle de l'État ne tombe pas entre d'autres mains et tant que leur pouvoir n'est limité d'aucune manière. Ils ne veulent partager ce contrôle de l'État avec personne. C'est cela qui motive et explique leur comportement.
L'anarchie
et la violence extrême sont inhérentes à ce stade du
capitalisme, comme ce fut le cas à d'autres stades, mais le
pouvoir économique et politique que détient le capitalisme
aujourd'hui est colossal et sans précédent. Il n'écoute personne
tout en prétendant être le plus démocratique et le plus
humanitaire. Il claironne ses valeurs partout dans le monde et
menace de violence extrême tous ceux qui pourraient ne pas être
d'accord.
S'il est vrai que les gouvernements et les dirigeants successifs ne tiennent pas leurs promesses, ce qui est répréhensible, c'est au système qu'il faut en attribuer la responsabilité principale. L'anarchie et la violence extrême sont inhérentes à ce stade du capitalisme et les travailleurs ne peuvent vaincre ces maux qu'en luttant contre tous ceux qui les perpétuent.
Le banquier Carney se rend à Wall Street

Le premier ministre Mark Carney s'est rendu à Wall Street le 28 mai pour y présenter le Canada comme une destination de choix pour faire des affaires. Il s'est exprimé devant l'Economic Club of New York, devant un public composé en grande partie de ceux qui possèdent et contrôlent l'économie des États-Unis ainsi que de vastes pans de l'économie mondiale, y compris celle du Canada. Mark Carney a cherché à les encourager à investir au Canada une part encore plus importante de la richesse sociale qu'ils possèdent et contrôlent. Il leur a expliqué que le Trésor canadien est ouvert au pillage, en détaillant comment 280 milliards de dollars de fonds publics ont déjà été affectés à des stratagèmes pour payer les riches au cours des cinq prochaines années. Après avoir étalé cette générosité envers les investisseurs avec nos fonds publics, le premier ministre a dit : « Nous mobilisons 1 000 milliards de dollars d'investissements au Canada au cours des cinq prochaines années – dans l'énergie, les transports, les données et la défense. » Pour ne laisser aucun doute sur son enthousiasme à vendre le Canada aux oligarques étasuniens, il a répété la phrase au complet.
Comme le font souvent les commis-voyageurs, Mark Carney a trafiqué les chiffres, notamment en omettant délibérément de mentionner que l'économie canadienne est entrée dans une récession technique marquée par deux trimestres consécutifs de croissance négative du PIB. Plutôt que de dire la vérité sur le présent, il a parlé de projections : « Le Canada devrait connaître la deuxième croissance la plus rapide parmi les pays du G7 cette année et l'année prochaine. »
Pour stimuler cette croissance, Mark Carney s'appuie sur son talent de banquier : « Ainsi, au cours de notre première année au pouvoir, nous avons réduit les impôts sur le revenu, les gains en capital et les nouveaux investissements des entreprises. Nous avons instauré la superdéduction à la productivité qui fait du Canada le pays du G7 offrant le taux d'imposition le plus avantageux pour les nouveaux investissements, soit la moitié de la moyenne du G7 et quatre points de pourcentage de moins qu'aux États-Unis. »
Pour compléter cette réforme fiscale en faveur des riches, Mark Carney a présenté le plan de son gouvernement visant à contourner tout obstacle aux investissements, qu'il s'agisse de la « bureaucratie » ou de ceux qui s'inquiètent des changements climatiques, de la guerre, de la sécurité publique, des droits de ceux qui pourraient faire obstacle à ses plans – comme les agriculteurs qui refusent de voir leurs terres confisquées et ruinées, ou les peuples autochtones qui exigent le respect de leurs droits ancestraux.
Ce banquier pragmatique a expliqué comment ces préoccupations doivent être et sont balayées par le pouvoir exécutif : « Nous avons adopté les réformes de la réglementation les plus importantes depuis des générations afin d'accélérer la réalisation de projets d'infrastructure d'intérêt national totalisant plusieurs centaines de milliards de dollars. »
Le premier ministre a clairement laissé savoir que son coeur et ses pensées sont avec les personnes présentes dans la salle de l'Economic Club et non avec travailleurs en affirmant sans détour que la situation budgétaire du gouvernement fédéral serait renforcée en s'attaquant aux travailleurs et en favorisant les riches. Le banquier Carney s'est vanté : « Nous avons déjà la situation financière la plus solide du G7, un avantage que nous consolidons en réduisant notre fonction publique fédérale de 10 % et nos dépenses liées aux consultants de 20 % et en faisant passer la croissance annuelle des dépenses de fonctionnement de plus de 8 % à moins de 2 %. »
Il n'a laissé aucun doute sur le fait que réduire la fonction publique et la croissance des « dépenses opérationnelles » ou des programmes sociaux dont dépend la population afin de faire économiser de l'argent au gouvernement ne signifie pas réduire les dépenses qui favorisent les investisseurs étasuniens. Il a souligné que son gouvernement allait consacrer des sommes accrues des fonds publics aux dépenses militaires afin d'atteindre l'objectif fixé par les États-Unis et l'OTAN de 5 % du PIB, ainsi qu'aux infrastructures énergétiques.
Au lieu de s'opposer au système impérialiste qui s'appuie sur des atteintes à la souveraineté et aux droits de tous et sur la guerre ouverte pour servir la cause de ceux qui possèdent et contrôlent l'économie et la politique officielle, il a évoqué les dangers d'une concurrence internationale croissante et la nécessité de canaliser la peur de l'autre vers les préparatifs de guerre et les opérations militaires, à l'instar de ce que fait l'impérialisme étasunien en Palestine, au Venezuela, à Cuba et ailleurs. Il a dit : « Aujourd'hui, le monde connaît une rupture. Sous l'impulsion des États-Unis, les changements technologiques s'accélèrent. Les États-Unis sont en train de transformer l'ensemble de leurs relations commerciales. Le monde est de plus en plus divisé et dangereux. »
Ayant
énoncé le danger perçu, Mark Carney, éternel banquier et
défenseur des riches, a longuement vanté les mérites de
l'investissement du Canada dans l'expansion militaire et
énergétique et des énormes perspectives de gains financiers
qu'ils offrent. Il a vanté les dépenses de son gouvernement
consacrées aux préparatifs de guerre et à l'engagement militaire
actif, en particulier en Europe de l'Est :
« Pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin, nous atteignons nos cibles de l'OTAN. Nous avons déjà intégré à notre cadre budgétaire une trajectoire vers 4 % du PIB d'ici 2030 et nous sommes en voie d'atteindre la cible de 5 %, le tout conformément au calendrier établi par l'OTAN. Nous avons lancé notre première Stratégie industrielle de défense, qui permettra de mobiliser 500 milliards de dollars en investissements au cours de la prochaine décennie [...].
« Nous dirigeons la brigade multinationale de l'OTAN sur les lignes de front en Lettonie. Le Canada est l'un des plus importants donateurs par habitant à l'Ukraine dans le cadre de la Coalition des volontaires. [...] Nous agissons pour protéger la souveraineté de notre Arctique. Nous le faisons en intensifiant la coopération avec les pays nordiques, l'Allemagne et le Royaume-Uni, et aussi en travaillant au sein de l'OTAN pour faire de la sécurité arctique la priorité qu'elle devrait être.
« De fait, dans la dernière année, nous avons rapidement construit de nouveaux centres opérationnels militaires, un radar transhorizon et des sous-marins. De plus, nous avons développé notre flotte de brise-glace, l'une des plus importantes au monde. Nous sommes à la tête de la création d'une nouvelle institution multilatérale : la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience, qui financera à long terme et à faible coût des projets en matière de défense et de résilience dans les pays de l'OTAN. »
Comme pour souligner, comme un gage d'honneur, que son ministre de l'Environnement, Steven Guilbeault, a démissionné du Cabinet parce que le Canada, selon les propres termes de M. Guilbeault, « fait marche arrière en matière d'action climatique », M. Carney a longuement expliqué comment les restrictions sur le développement ont été écartées et comment les exportations de combustibles fossiles ainsi que les infrastructures pétrolières et gazières sont désormais ouvertes aux affaires : « Nous réalisons pleinement notre potentiel en tant que superpuissance énergétique. D'ici 2030, le Canada exportera annuellement près de 50 millions de tonnes de GNL. Et d'ici 2040, cette capacité aura doublé. Nous travaillons également à l'élaboration d'un projet d'oléoduc qui acheminerait chaque jour au moins un million de barils de pétrole à faible émission [sic] de l'Alberta vers les marchés asiatiques. [...] Voilà ce à quoi ressemble une superpuissance énergétique lorsqu'elle décide d'agir à ce titre. »
En opposition à la construction du Nouveau et pour s'attirer les faveurs de son auditoire de Wall Street, en contradiction avec la réalité actuelle et avec une désinvolture éhontée, Mark Carney a déclaré : « Alors que les États-Unis s'apprêtent à fêter leur 250e anniversaire, ils s'imposent comme le pays le plus dynamique, le plus résilient et le plus inventif que le monde ait jamais connu, un pays dont les valeurs fondatrices – liberté, démocratie, justice et ouverture – devraient continuer à guider son avenir et celui du reste du monde. »
Ce
sont des balivernes qu'il faut rejeter avec tout le mépris
qu'elles méritent. Le système de gouvernement des États-Unis est
irrémédiablement corrompu. Il se complaît dans une guerre sans
fin pour conquérir ce qu'il peut afin d'enrichir sa classe
dirigeante et détruire ce qu'il ne peut conquérir. Malgré les
beaux discours, sa fondation raciste à l'époque coloniale
reposait sur le génocide des peuples autochtones, le vol de
leurs terres et l'esclavage des Africains capturés, lesquels
crimes ont permis non pas de jeter les bases de la
« liberté, de la démocratie, de la justice et de
l'ouverture », mais d'une expansion impérialiste visant la
domination mondiale.
La classe ouvrière canadienne et étasunienne et beaucoup d'observateurs prennent la mesure des dangers auxquels sont confrontés nos pays et, en fait, le monde entier. Le banquier Carney, le magnat de l'immobilier Trump et leur classe sociale impérialiste conduisent le monde vers une crise sans précédent depuis la montée du fascisme et du militarisme dans les années 1930. La nécessité qui s'impose à nous tous est d'adopter un point de référence qui ne repose pas sur la croyance que les vieilles institutions politiques et les constitutions héritées de l'ère coloniale peuvent nous sauver des désastres causés par les impérialistes au pouvoir. Le moment est venu de sortir hardiment de l'ombre pour nous organiser afin d'affronter les fauteurs de guerre et leurs flagorneurs, et de construire de nouveaux systèmes politiques et économiques qui servent et empouvoirent tout le peuple et qui font du Canada et des États-Unis des zones de paix.
Les modifications apportées au Code fédéral du travail ciblent les travailleurs des secteurs relevant de la compétence fédérale

Rassemblement des travailleurs et travailleuses des postes le 22
novembre 2024,
lors d'une grève nationale
Le gouvernement Carney restructure rapidement l'État pour s'assurer que des intérêts privés étroits contrôlent le pouvoir décisionnel qui appartient de droit au peuple. À cette fin, des lois sont adoptées à la hâte par le Parlement et, sous le couvert de « consultations », des projets visant à modifier en profondeur les lois et les règlements sont présentés afin de répondre aux exigences des oligarques qui réclament un accès sans entrave aux ressources du Canada.
L'un des domaines visés par ces changements est le Code
canadien du travail, qui couvre les secteurs sous
réglementation fédérale. Les oligarques ne se contentent pas des
outils dont dispose actuellement le gouvernement pour bafouer
les droits des travailleurs – y compris le droit de grève –
lorsque des actions syndicales nuisent à leurs intérêts. Les
secteurs de l'économie régis par le gouvernement fédéral sont
ceux qui sont essentiels aux corridors énergétiques et de
transport pour le commerce intérieur et international, notamment
les ports, les aéroports, les chemins de fer, les services
postaux et les banques, et sont donc au centre des politiques de
destruction nationale de Mark Carney et ses « grands
projets ».
La Loi C-5, la Loi sur l'unité de l'économie canadienne, première loi omnibus adoptée par le Parlement après l'arrivée au pouvoir du gouvernement Carney, avec le soutien sans réserve du Parti conservateur, donne au premier ministre le pouvoir de modifier ou de passer outre les lois et règlements existants pour accélérer la mise en oeuvre de projets, bafouant en toute impunité les droits des Canadiens, des Québécois, ainsi que des peuples autochtones.
Les travailleurs visés par les dispositions du Code canadien du travail sont ceux du transport aérien, y compris les compagnies aériennes, les aéroports, les aérodromes et les opérations aériennes; des banques, y compris les banques étrangères autorisées; des silos à grains, des provenderies, des entrepôts à provendes et les usines de nettoyage de grains et de semences; de certaines activités des conseils de bande des Premières Nations; de la plupart des sociétés d'État fédérales, par exemple la Société canadienne des postes; des services portuaires, du transport maritime, des traversiers, des tunnels, des canaux, des ponts et des pipelines (pétrole et gaz) qui traversent des frontières internationales ou provinciales; de la radiodiffusion et la télédiffusion; des chemins de fer qui traversent des frontières provinciales ou internationales et de certains chemins de fer d'intérêt local; des services de transport routier, y compris les camions et les autobus, qui traversent des frontières provinciales ou internationales; des télécommunications, par exemple les réseaux téléphoniques, Internet, télégraphiques et câblés; de l'extraction et le traitement de l'uranium ainsi que l'énergie atomique; de toute entreprise jugée vitale, essentielle ou indissociable du fonctionnement de l'une des activités susmentionnées; et des entreprises du secteur privé ainsi que des municipalités du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut.

Manifestation des travailleurs du rail lors du congrès libéral à
Halifax, le 27 août 2024
Les travailleurs du rail, les débardeurs, les employés de Postes Canada et tous les travailleurs des secteurs identifiés ci-dessus mènent des luttes de plus en plus militantes pour défendre leurs droits, obtenir des salaires et des conditions de travail acceptables, et pour défendre la contribution essentielle qu'ils apportent à l'économie. Lorsqu'ils exercent leur droit de grève, les travailleurs et leurs syndicats font l'objet d'attaques accrues de la part du gouvernement, qui intervient dans les négociations en faveur des employeurs. Cette situation est si courante que les monopoles ferroviaires et Postes Canada ont refusé de participer aux négociations contractuelles au vrai sens du mot, imposant des lockouts ou provoquant des grèves, confiants que l'État interviendra pour priver les travailleurs de leurs droits et leur imposer des conventions. Les travailleurs ont dénoncé et défié le recours à l'article 107, par exemple, la disposition du Code du travail du Canada qui donne au ministre du Travail le pouvoir de briser une grève et d'imposer une convention.
Des recours judiciaires sont en cours contre l'utilisation de l'article 107 contre les travailleurs du rail, les débardeurs et les travailleurs des postes.

Des employés d'Air Canada sur la ligne de piquetage à Edmonton,
le 18 août 2025
La justification donnée est que les actions syndicales nuisent à l'économie et à la réputation internationale du Canada en tant que partenaire commercial fiable, ou que c'est le « public » qui en subit les conséquences. C'est le désir d'ancrer cette vision dans la loi qui motive le projet de modification du Code canadien du travail dans le cadre de la restructuration de l'État visant à concentrer le pouvoir entre les mains de l'exécutif et à restreindre les droits des travailleurs. Le gouvernement Carney souhaite ainsi faire passer en force les grands projets d'extraction de ressources et d'infrastructure des oligarques et accroître les exportations, en particulier de minéraux critiques et d'énergie destinés à alimenter la machine de guerre des États-Unis.
« Consultations » sur les modifications au Code canadien du travail
Récemment, le gouvernement Carney a tenu des « consultations » pour lancer son plan nouvellement annoncé visant à « moderniser » le Code canadien du travail.
Un document intitulé Document de consultation : Bâtir
un Canada fort pour tous, propulsé par les travailleurs
canadiens a été publié sur le site web d'Emploi et
Développement social Canada. Le « document de
consultation » et le processus lui-même laissent entendre
que le gouvernement a l'intention d'imposer une refonte complète
du Code canadien du travail au nom de grands idéaux.
La consultation consistait en une série de plus de 60 questions
sur 13 aspects différents du Code et seuls certains «
intervenants » étaient invités à répondre par écrit entre le 17
avril et le 25 mai. La participation se faisait uniquement sur
invitation, le ministre décidant qui seraient les
« intervenants ». Parmi les organisations invitées à
participer figuraient « les syndicats et les organisations
d'employés liés aux secteurs sous réglementation fédérale, les
employeurs et les associations d'employeurs liés aux secteurs
sous réglementation fédérale, ainsi que les partenaires et
organisations autochtones ». Des tables rondes virtuelles
ont également eu lieu du 7 au 21 mai. Le gouvernement indique
qu'il publiera un rapport intitulé Ce que nous avons
entendu après avoir « analysé les réponses ». Une fois de
plus, ce qui était autrefois des consultations publiques est
réduit à une mascarade.

Grève des travailleurs du port de Vancouver, juillet 2023
La révision du Code canadien du travail est présentée comme une « occasion de renforcer le cadre fédéral de négociation collective ». Le contexte donné pour cette révision est qu'une Commission d'enquête industrielle (CEI), nommée par le ministre du Travail de l'époque, Seamus O'Regan, à la suite de la grève des débardeurs de 2023 dans les ports de la Colombie-Britannique, a recommandé un « examen complet des enjeux sous-jacents aux conflits de travail dans les ports de la côte ouest ». De plus, « le gouvernement a reçu des commentaires suggérant qu'il serait possible de renforcer le cadre fédéral des relations de travail ». C'est un code pour les oligarques qui exigent davantage de pouvoirs policiers pour défendre leurs intérêts et nier les droits des travailleurs.
Les travailleurs et leurs syndicats ont déjà rejeté l'orientation prise par le gouvernement fédéral avec ses propositions de modification du Code canadien du travail, qui permettront au gouvernement fédéral d'intervenir plus facilement pour imposer des conventions collectives, mettre fin aux grèves et affaiblir les syndicats. Les syndicats ont immédiatement réagi à l'annonce des « consultations », avertissant qu'ils s'opposeraient à toute modification portant atteinte aux droits des travailleurs, en particulier au droit de grève.
Les revendications du lobby des entreprises et de nombreux politiciens des partis cartellisés ont été énoncées à maintes reprises et se reflètent dans le document de consultation : contrôler le processus de négociation par un contrôle direct de l'État et des pouvoirs policiers pour priver les travailleurs de leurs droits fondamentaux, par exemple en imposant que les négociations commencent plusieurs mois avant l'expiration d'une convention collective, en allongeant le délai de préavis requis avant le début d'une grève légale, en désignant certains travailleurs ou des secteurs entiers comme « essentiels », les privant ainsi du droit de grève, en renforçant le rôle des médiateurs gouvernementaux dans les négociations contractuelles et en facilitant l'imposition de conventions par le biais d'un arbitrage exécutoire, y compris la création d'un nouveau médiateur spécial qui relèverait du ministre du Travail pour recommander une intervention en cas d'impasse dans les négociations, de grève ou de lockout.
La restructuration de l'État visant à mettre fin à l'opposition organisée de la classe ouvrière à l'offensive antisociale s'est intensifiée dans les années 1990 en Ontario, d'abord sous le gouvernement néodémocrate de Bob Rae, qui a réduit les programmes sociaux et s'en est pris aux droits de négociation des travailleurs du secteur public provincial, puis sous le gouvernement conservateur de Mike Harris, qui a lancé des attaques massives contre les travailleurs et les programmes sociaux. D'autres provinces et le Québec ont emboîté le pas, adoptant des lois anti-travailleurs du type de celles de Harris.
Aujourd'hui, le gouvernement Carney veut apporter des modifications majeures au Code canadien du travail afin que tout soit entre les mains de l'exécutif et qu'il puisse exercer son pouvoir au nom des oligarques. Personne ni aucune loi ne doit faire obstacle à l'accélération de grands projets – extraction des ressources, corridors énergétiques, infrastructures (routes, ports et aéroports) et accès à l'hydroélectricité, aux minéraux essentiels, ainsi qu'au pétrole et au gaz.
Aucune loi provinciale ou fédérale n'a réussi à briser la résistance organisée de la classe ouvrière face aux programmes gouvernementaux qui détruisent les programmes sociaux et détournent les fonds publics vers des stratagèmes pour payer les riches. La mobilisation à travers l'Ontario contre les attaques du gouvernement Harris contre les travailleurs et la population ontarienne a été massive, engageant des dizaines de milliers de travailleurs dans des centaines d'actions, dont 11 journées d'action qui ont paralysé de grandes villes telles que Toronto, Hamilton, Kitchener, Ottawa, Kingston, London, Sudbury et Windsor. La résistance des travailleurs au Canada et au Québec contre les lois antisyndicales et les tentatives d'imposer une « paix sociale » en bafouant les droits des travailleurs n'a pas faibli, et cette déclaration de guerre sur le front des lois fédérales du travail recevra une réponse à la hauteur.

Piquet de grève des travailleurs du port de Montréal, 27 avril
2021
La suppression des centres
d'expertise
scientifique agricole menace la souveraineté alimentaire du
Canada


Manifestation contre les coupes budgétaires dans les services
publics devant le congrès du Parti libéral, à Montréal, le 11
avril 2026
Le 4 novembre 2025, lors de la présentation du budget du gouvernement Carney, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a annoncé un plan visant à éliminer environ 40 000 emplois dans la fonction publique fédérale d'ici quelques années. Malgré la prétention du premier ministre que l'élimination des postes se ferait par attrition, c'est près de 15 000 postes qui ont été ciblés pour des suppressions au cours des trois prochaines années.
En janvier, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a annoncé son intention de fermer sept installations de recherche d'importance cruciale à travers le pays, de mettre fin au Programme de recherche en agriculture biologique et régénérative. Cela comprend le licenciement de 12 % du personnel d'AAC, soit 665 chercheurs, techniciens et employés de soutien dont l'expérience, les connaissances et les compétences sont hautement spécialisées, dans un délai de moins de 12 mois[1].
Comme l'indique l'Union nationale des fermiers (UNF), « ces coupes dans le financement fédéral réduiraient à néant des décennies d'investissements publics dans les ressources humaines, la science et les infrastructures, tout en augmentant les risques à long terme pour les agriculteurs et le système alimentaire ».
Elle ajoute que « les sept installations de recherche menacées sont des éléments essentiels du réseau public de recherche conçu pour mettre au point et tester des semences et des méthodes agricoles dans des conditions réelles, compte tenu de la grande diversité des conditions de culture et des types de sols au Canada. Ces recherches ne peuvent être 'déménagées' vers d'autres installations ni menées dans des établissements non gouvernementaux. Les terres agricoles dont dispose AAC ne peuvent être reproduites en laboratoire. »
Et l'UNF de conclure que « le programme public de sélection végétale du Canada est un pilier essentiel du succès de notre industrie agricole, car il fournit des variétés de semences adaptées à nos conditions de culture qui produisent des récoltes de grande valeur nécessaires à notre approvisionnement alimentaire et à nos exportations ».
Du 10 février au 10 mars, le
Comité permanent de l'agriculture et de l'agroalimentaire de la
Chambre des Communes a entendu les témoignages de 27 personnes.
Cela comprend notamment le sous-ministre fédéral de
l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, le ministre de
l'Agriculture de l'Alberta, des députés fédéraux et provinciaux,
des doyens de faculté d'agriculture d'universités, des
chercheurs scientifiques, des entrepreneurs et des représentants
d'organisations syndicales regroupant des travailleurs de la
fonction publique, des directeurs d'organisme de recherche
scientifique liée à la culture et à l'élevage et les maires de
villes touchées par ces coupes annoncées en janvier.
Le comité a aussi reçu 15 mémoires provenant d'organismes spécialisés dans les semences, la culture des plantes fourragères et l'élevage porcin, de nombreuses associations impliquées dans la culture biologique et des représentants regroupant les fermiers du Canada. Tous seront touchés par la fermeture des trois centres de recherche agricole et des quatre fermes satellites et la fin des activités d'analyse au laboratoire de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, à Longueuil, Québec.
Lors des témoignages devant le comité, le sous-ministre de l'AAC a tenté de justifier la fermeture de trois centres de recherche agricole, soit ceux de Ste-Foy (Québec), de Guelph (Ontario) et de Lacombe (Alberta), ainsi que de quatre fermes satellites, soit celles de Scott et Indian Head en Saskatchewan, de Portage la Prairie au Manitoba et de Nappan en Nouvelle-Écosse. Il a repris à sa manière les propos tenus par le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire Heath MacDonald qui a dit le 11 mars à la Chambre des Communes que « nous ne pouvons pas continuer dans cette voie. Nous devons changer de cap en matière de recherche. » Il a affirmé que le « système de recherche-développement est de moins en moins diversifié » tout en refusant de s'adresser directement à l'enjeu important soulevé par l'UNF : celui du besoin constant de recherche scientifique fondamentale dans l'agriculture, qui tient compte des besoins et défis différents rencontrés par les fermiers et éleveurs à l'échelle du Canada.
Outre la fermeture des centres de recherche d'AAC, le Comité a également été informé de la fermeture prochaine du laboratoire de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) à Longueuil, dont les responsabilités comprennent l'analyse des allergènes alimentaires et des biotoxines marines.
Interrogé à ce sujet, Patrick St-Georges, premier vice-président national du Syndicat de l'agriculture de l'Alliance de la fonction publique du Canada, n'a pas été en mesure de dire comment les analyses effectuées par ce laboratoire seront menées à l'avenir, puisque les autres laboratoires fonctionnent déjà à plein régime. Déjà, 494 membres de son syndicat, dont des techniciens de laboratoire et de serre, des agents d'entretien des terrains et des installations, des administrateurs et d'autres postes, seront touchés par ces fermetures.
Il a ajouté qu'à son avis, cette fermeture du laboratoire de l'AACIA à Longueuil n'entraîne pas d'économies en termes d'entretien des bâtiments, puisque le bâtiment continue d'être loué par Santé Canada.
Parmi les 20 recommandations que le Comité permanent de l'agriculture et de l'agroalimentaire a faites en mai, la première recommandation se réfère justement au maintien du personnel du laboratoire de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, à Longueuil, où se trouve « une expertise en analyse nutritionnelle pour vérifier la conformité de l'information nutritionnelle avec les règlements canadiens sur l'étiquetage des aliments » et qui est « le centre national de référence et de recherche sur les allergènes alimentaires »[2].
La recherche scientifique agricole, un enjeu de sécurité nationale
Martin Caron, président général de l'Union des producteurs agricoles (UPA) représentant 42 000 producteurs et productrices agricoles du Québec, a écrit un éditorial le 15 mai intitulé « Recherche agricole : un enjeu de sécurité nationale » dans lequel il dénonce vivement les fermetures des centres de recherche agricole annoncées par AAC ainsi que la fermeture de son laboratoire de Longueuil, responsable entre autres des analyses d'allergènes alimentaires.
Il rappelle que ces fermetures sont injustifiées et que les coupes annoncées et imposées à AAC par le gouvernement Carney sont plus importantes que celle des autres ministères et organismes du gouvernement fédéral :
« Ces fermetures, annoncées dans la foulée des compressions touchant un grand nombre de ministères et d'organismes (y compris AAC – entre 11,7 % et 18,3 % des effectifs) et l'Agence canadienne d'inspection des aliments (21,5 %), ont été vivement dénoncées ces derniers mois [...] parce que ces pourcentages sont beaucoup plus élevés que la moyenne estimée pour l'ensemble de la fonction publique fédérale (4,5 %) » et « parce que ces fermetures causeraient un préjudice durable aux productrices et producteurs agricoles partout au pays »[3].
Il cite les cas de chercheurs de l'Institut de recherche en agriculture et agroalimentaire (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue) qui verraient leurs travaux en cours essentiels sur la dégradation et la santé des sols et des plantes fourragères interrompus, ce qui compromet « la capacité du Canada à innover, à assurer sa sécurité alimentaire et à demeurer concurrentiel ».
Il rappelle que les conclusions de ces chercheurs sont partagées par la Fédération canadienne de l'agriculture, l'Association canadienne des producteurs de semences, le Conseil québécois des plantes fourragères, le Centre d'expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+), le Conseil de recherche sur les bovins de boucherie, le Conseil canadien du porc, la Fédération biologique du Canada et le Syndicat de l'agriculture, qui représente des milliers d'employés dans plusieurs ministères et agences du gouvernement fédéral, dont l'Alliance de la fonction publique du Canada et le Syndicat de l'agriculture.
Ce dernier syndicat a par ailleurs rappelé que les fermetures « interrompraient les filières de recherche, détruiraient des données irremplaçables et videraient les communautés rurales de leur substance ».
Notes
1. « Réductions à court terme. Dommages à long terme : signez dès aujourd'hui pour protéger la recherche agricole dont nous dépendons tous », Agir, Union nationale des fermiers, 25 mars 2026
2. « Science dans l'agriculture canadienne et la fermeture de centres de recherche », 4e rapport du Comité permanent de l'agriculture et de l'agroalimentaire, mai 2026, p.1. Pour consulter les 20 recommandations du comité, cliquez ici.
3. « Éditorial – Recherche agricole : un enjeu de sécurité nationale », Martin Caron, président général de l'UPA, 15 mai 2026
Les basses visées des mégaprojets de parcs éoliens au Québec
Hydro-Québec a dévoilé en novembre 2023 son « Plan
d'action 2035 – Vers un Québec décarboné et prospère »[1].
La société d'État a déclaré qu'elle allait « développer 11 000 MW d'énergie propre dans la prochaine décennie, mobiliser en moyenne 35 000 emplois à travers les régions et faire des investissements de l'ordre de 200 milliards de dollars [...] c'est 50 % plus que la consommation de tous les clients de la région de Montréal et autant que toute la Belgique ».
Les arguments promus par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour justifier la hausse de demande d'électricité et réclamer une hausse de la production d'électricité ont changé avec le temps, mais le résultat demeure le même, c'est-à-dire, permettre la braderie des ressources énergétiques du Québec au plus offrant.
Ainsi, le 20 octobre 2022, jour où Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie du gouvernement de la CAQ, a été assermenté comme ministre, il a déclaré qu'au Québec, « nous consommons beaucoup trop d'électricité, comme résidents ». Cette stratégie de la CAQ qualifiée de « sobriété énergétique » visait en fait à optimiser l'utilisation de l'énergie et à diversifier les sources afin de freiner la demande résidentielle et d'augmenter la production pour répondre aux demandes des grands monopoles industriels énergivores.
C'est ce même jour que le premier ministre de l'époque, François Legault, a annoncé la mise sur pied d'un « Comité sur l'économie et la transition énergétique ». Pierre Fitzgibbon a qualifié ce comité de « groupe qui va se pencher sur les gros chantiers » et qu'« il y a beaucoup de projets économiques qui sont sur la table à dessin parce que les entreprises veulent décarboner ». Reprenant une formule usée à la corde, il a dit « que l'énergie renouvelable va servir deux objectifs. Le premier est créer de la richesse collective pour réinvestir en éducation, entre autres, mais aussi pour verdir l'économie »[2].
C'est dans le contexte de ce plan « ambitieux » qu'on apprend dans le document du Plan d'action 2035 d'Hydro-Québec que « des parcs éoliens parmi les plus grands en Amérique du Nord » seront développés de manière à tripler la capacité de production actuelle d'énergie éolienne d'ici 2035, « afin de combler des besoins de puissance à hauteur de 1 500 à 1 700 MW » (voir tableau numéro 1).

Tableau numéro 1. Ajout projeté d'énergie et de puissance au
réseau d'Hydro-Québec d'ici 2035
Dans ce plan d'action, l'énergie éolienne est présentée comme
« incontournable mais insuffisante ». L'énergie
éolienne est insuffisante parce qu'elle est intermittente.
Lorsque les vents sont favorables, les éoliennes fournissent
directement l'électricité au réseau. Le débit des turbines des
barrages est alors réduit, ce qui permet à l'eau de s'accumuler
dans les réservoirs d'Hydro-Québec. Pendant les périodes moins
venteuses, toutefois, les centrales hydroélectriques doivent
prendre le relais pour répondre à la demande de façon fiable et
continue. Alors pourquoi insister que cette énergie soit
incontournable ? La réponse se trouve dans les détails des
projets éoliens et à qui cela profite.
Hydro-Québec, maître d'oeuvre des projets éoliens à grande échelle
Le 30 mai 2024, Hydro-Québec a présenté un nouveau modèle pour ce qui est de la réalisation de projets éoliens à grande échelle. La société d'État vise à prioriser le développement de projets qui pourront atteindre au-delà de 1000 MW dans lesquels elle devient le maître d'oeuvre de ces mégaprojets, tout « en mettant dans le coup les municipalités et les Premières Nations dès le départ afin de s'assurer de l'acceptabilité sociale ».
Selon Michael Sabia qui était alors le PDG d'Hydro-Québec, « il faut développer l'éolien à peu près cinq fois plus vite que ce que nous avons fait à date. Et c'est crucial. » Il a soutenu que grâce à son nouveau modèle, « Hydro-Québec estime pouvoir générer des économies d'échelle de plus de 20 % 'en offrant une prévisibilité et des volumes importants aux fournisseurs' ». Pour y arriver, le gouvernement de la CAQ devait redéfinir le rôle d'Hydro-Québec, ce qu'il a fait le 7 juin 2025 avec l'adoption au bâillon du projet de loi 69, Loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives, une loi vivement opposée par les syndicats et de nombreuses organisations de défense de l'environnement et des droits des utilisateurs d'électricité.
Ce projet de loi permet la privatisation du système de
distribution d'électricité en légalisant la vente d'une
entreprise privée à une autre entreprise privée. La nouvelle loi
permet aussi la privatisation par l'actionnariat en créant une
nouvelle personne morale privée. C'est le cas pour le mégaprojet
annoncé en juillet 2024 pour les parcs éoliens de la zone
Chamouchouane, d'une puissance de 3 000 MW. Toutefois, ce que
Hydro-Québec qualifie « d'acceptabilité sociale » par
les Premières Nations n'est pas au rendez-vous.
Avant d'occuper le poste de président-directeur général
d'Hydro-Québec (2023-2025), Michael Sabia a été
président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement
du Québec (CDPQ) (2009-2020). Après avoir fait adopter des lois
antisociales et antinationales au Québec, il a quitté le
gouvernement du Québec pour rejoindre celui de Mark Carney. Il
occupe actuellement le poste de 26e greffier du Conseil privé et
secrétaire du Cabinet, le plus haut fonctionnaire du
gouvernement du Canada. Nommé par le premier ministre Mark
Carney, son rôle consiste à « conseiller le premier ministre sur
les politiques non partisanes et à diriger la fonction publique
fédérale ». À l'heure actuelle, cela signifie qu'en tant que
greffier, M. Sabia « se concentre sur la transformation de la
fonction publique en rationalisant la bureaucratie et en faisant
avancer les missions clés du gouvernement, telles que la relance
de l'économie, la lutte contre le coût du logement et la
stabilisation de l'immigration ».
Refus du gouvernement de la CAQ de reconnaître les droits
ancestraux
des Premières Nations mène à une impasse dans le projet éolien
de Chamouchouane
Les parcs éoliens de la zone Chamouchouane qui sont répartis sur une superficie de 5 000 kilomètres carrés au nord-ouest du Lac St-Jean pourraient accueillir jusqu'à 500 éoliennes. « Le projet vise l'intégration de l'énergie des futures éoliennes de 315 kV pour l'élever à 735 kV et par la suite la faire circuler par les lignes de transport qui parcourent le Québec. Ce nouveau poste de transformation va être situé à 35 kilomètres au nord-ouest du poste Chamouchouane de La Doré », explique Valérie Aubut, conseillère relations avec le milieu chez Hydro-Québec (voir carte numéro 1).
Le projet est actuellement mis sur pause parce que la Première Nation des Pekuakamiulnuatsh n'autorisera pas la construction du poste de transformation Metapelutin dans la réserve faunique Ashuapmushuan tant qu'un traité ne sera pas conclu entre la Première nation et le gouvernement du Québec, un traité qui respectera leurs droits ancestraux.

Carte numéro 1 montrant l'emplacement projeté du poste de
transformation de la phase 1 des parcs éoliens de la zone
Chamouchouane, située au nord-ouest du Lac-St-Jean. Le carré
rouge représente le raccordement à une des lignes à haute
tension de 735 kV (en mauve) en provenance de la Baie James.
Les discussions au sujet du traité Petapan qui concernent les droits politiques et territoriaux des Innus d'Essipit et de Nutashkuan, sur la Côte-Nord, et de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean sont en cours depuis plus de 40 ans. Ce serait la reconnaissance du droit à l'autodétermination des Premières Nations qui rebute le gouvernement de la CAQ.
Voici ce qu'a dit le chef des Pekuakamiulnuatsh, Gilbert Dominique :
« Malgré les promesses du premier ministre François Legault en 2022 et les affirmations récentes du ministre [responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuits] Ian Lafrenière, l'attitude irrespectueuse et déshonorable du gouvernement du Québec met en péril 45 ans de travail acharné dans les négociations du projet de traité. Plus que jamais dans ce dossier, nous devons agir avec fermeté, en exigeant le respect de nos droits et notre autodétermination. »
La Première Nation n'est pas contre le développement du potentiel éolien sur son territoire, mais elle souhaite que celui-ci se fasse à un rythme qui permet d'assurer l'acceptabilité sociale et de mesurer les impacts pour ses membres :
« Nous sommes prêts à concentrer nos efforts sur un premier secteur beaucoup moins étendu en poursuivant de manière ordonnée les démarches de développement des premières phases liées au poste Chamouchouane actuel situé à La Doré. De cette façon, nous serons en mesure d'examiner collectivement, avec nos membres, les impacts de ce type de développement sur nos droits, notre occupation, la pratique d'ilnu-aitun (nos activités traditionnelles) et notre patrimoine », a mentionné le chef Dominique.
Construction des parcs éoliens des Neiges à l'intérieur du territoire de la Réserve de la biosphère de Charlevoix reconnue par l'UNESCO
C'est le cas aussi des parcs éoliens Des Neiges dans la région de Charlevoix, annoncés en mars 2026 et dont la première phase de construction va commencer cette année dans le secteur sud.
Actuellement le seul projet de méga-parc éolien confirmé est celui des trois parcs éoliens Des Neiges annoncé le 31 mars dernier en présence du Grand chef de la Nation Wendat, du chef de la Première Nation des Innus Essipit, du chef de la Première Nation des Innus de Mashteuiatsh, du vice-chef du Conseil des Innus de Pessamit ainsi que du préfet de la MRC de La Côte-de-Beaupré et du maire de L'Ange-Gardien. Étaient aussi présents les présidents et chefs de la direction de Boralex et Énergir. Le premier volet appelé Des Neiges – secteur sud, prévoit la mise en service de 57 éoliennes de 200 mètres de hauteur, au nord du Mont-Sainte-Anne, pour une production de 400 MW d'électricité d'ici 2026.
Comme l'indique le communiqué de presse d'Hydro-Québec, « le projet de parcs éoliens Des Neiges vise une puissance installée totale de 1 200 MW, répartie en trois secteurs (sud, Charlevoix et ouest) d'une capacité de 400 MW chacun. Les parcs éoliens Des Neiges s'inscrivent dans la continuité des projets de la Seigneurie de Beaupré, totalisant 364 MW, développés sur ce même territoire depuis plus de 20 ans par Boralex, Énergir et la MRC de La Côte-de-Beaupré. À terme, ils formeront l'un des plus importants complexes éoliens en exploitation en Amérique du Nord. » Ces trois parcs éoliens se trouve essentiellement sur les terres privées de la Seigneurie de Beaupré appartenant au Séminaire de Québec (Voir carte numéro 2) qui possède la dernière seigneurie du continent, une véritable relique du féodalisme, d'une superficie boisée de 1600 kilomètres carrés. Une partie de ce territoire constitue l'habitat du caribou de Charlevoix ainsi que de la grive de Bicknell, deux espèces menacées. Déjà, les derniers représentants de la harde de caribous de Charlevoix vivent déjà en enclos afin de les protéger des prédateurs.

Carte numéro 2. Illustration montrant la localisation des 3
projets de parcs éoliens Des Neiges ainsi que des parcs éoliens
existants dans la région de Charlevoix.
Des parcs éoliens en partenariat public-privé
Quelques jours avant l'annonce d'Hydro-Québec, un communiqué de presse de Boralex informe le 25 mars que cette entreprise a conclu « une entente définitive en vue de son acquisition par Brookfield et La Caisse [de dépôt et placement du Québec-CDPQ] », où Brookfield détiendra la majorité des actions, tandis que la CDPQ portera sa participation à 30 % après la transaction. Brookfield détiendra donc, indirectement, un tiers des revenus de vente d'électricité générés par les contrats d'achat. En tant que nouveau partenaire majoritaire de Boralex, nouvellement associé à la CDPQ, Brookfield captera donc une part des revenus de ce contrat qui s'échelonne sur 25 ans. Cela lui ouvre un flux de trésorerie stable et à long terme, typique des partenariats publics privés énergétiques, ce qui est un atout pour sa stratégie de rendement.
Brookfield n'est pas étranger à tous les stratagèmes mis en place par le gouvernement de la CAQ pour permettre à de grands intérêts privés supranationaux d'encaisser d'énormes profits suite à la restructuration de l'État.
Ainsi, Brookfield qui possède déjà un ensemble de centrales hydroélectriques dans la région de la Gatineau, pourra réaliser deux projets de centrales au fil de l'eau sur les rivières Kipawa (70 MW) et Gatineau (103 MW) grâce à loi 69 qui rehausse pour les entreprises privées le seuil des droits à la puissance hydraulique de 50 à 100 MW. Le premier projet viendrait assécher la rivière qui traverse le parc national d'Opémican et le second mettrait fin aux activités récréotouristiques sur cette rivière qui attire des milliers de kayakistes et de canoteurs chaque année.
Lors de l'étude du projet de loi 69 en novembre 2024, la fondation Rivières avait ceci à dire à propos de ce stratagème : « Contrairement aux grandes centrales hydroélectriques à réservoir qui peuvent produire à pleine capacité en hiver, les centrales au fil de l'eau détournent l'eau dans des canalisations qui alimentent une centrale. Elles produisent beaucoup durant les crues du printemps et de l'automne, mais très peu en hiver, lorsque les besoins d'Hydro-Québec sont les plus grands. Cette modification n'a pas été demandée par Hydro-Québec et elle ne répond pas aux besoins du Québec durant les 100 à 300 heures de la période de pointe en hiver. Ces projets ne répondent à aucun besoin, sinon celui d'enrichir quelques promoteurs privés et de fournir des revenus marginaux d'appoint à des MRC et à des promoteurs autochtones. »
Des résidents de Charlevoix s'opposent au projet
des parcs éoliens Des Neiges
Anthoni Barbe, consultant en aménagement du territoire, déplore une forme d'inégalité puisque certaines régions sont consultées alors que d'autres ne le sont pas. Il s'en prend notamment aux élus municipaux, qui à son avis, n'ont pas assumé leurs responsabilités dans le dossier des parcs éoliens Des Neiges. En Mauricie, des comités ont été formés dans la MRC de Mékinac sur les enjeux autour du projet de parc éolien de TES Canada et les référendums ont été tenus à la demande des conseils municipaux dans de nombreuses villes où les résidents ont voté massivement contre ce projet.
Dans une entrevue accordée à Radio-Canada à la fin décembre 2025, Anthoni Barbe avait ceci à dire : « Nous sommes dans une région de la biosphère de l'UNESCO. Nous avons un patrimoine naturel qui est reconnu internationalement. Pourtant, on n'a pas demandé concrètement l'avis de la population. Je pense que la population peut légitimement demander un référendum »[3]. Concernant la biodiversité, il rappelle que le gouvernement du Québec s'est engagé à protéger l'habitat du caribou forestier.
La harde de caribous de Charlevoix, en enclos et en situation précaire, a vu son habitat se détériorer au point d'atteindre un taux de perturbation de 90 %. Selon lui, le gouvernement ne peut prétendre vouloir protéger l'espèce tout en implantant des éoliennes dans son aire de répartition. À son avis, il se contredit en ayant annoncé un projet pilote de restauration de son habitat l'an dernier, pour ensuite autoriser la phase 2 du projet Des Neiges l'année suivante.
Les opposants au projet des parcs éoliens dans Charlevoix, dont fait partie M. Barbe, ont mis de l'avant une pétition pour exiger un référendum sur l'installation d'éoliennes dans Charlevoix [4]. Ils doutent finalement des retombées financières pour Baie-Saint-Paul et les autres municipalités. À ce jour, aucune entente n'est intervenue avec Boralex ou n'a été rendue publique.
Hydro-Québec refuse la tenue de BAPE générique
sur les projets de parcs éoliens
Malgré la pression des citoyens, des recommandations successives du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et une récente étude de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques, Hydro-Québec refuse toujours de tenir des consultations génériques sur l'avenir du développement éolien au Québec. La tenue d'un tel BAPE est bien légitime comme l'a indiqué le rapport soumis par le BAPE pour le projet de parc éolien MacNider.
« La demande d'un débat élargi sur cette filière repose sur des préoccupations concernant le modèle d'affaires, soit le partenariat public-privé, les retombées économiques, la multiplication des projets éoliens et leurs effets cumulatifs sur le milieu », pouvait-on lire dans le rapport du BAPE sur le projet du canton de MacNider, dans la MRC de La Matapédia, dans le Bas-Saint-Laurent, en août dernier. Ce projet d'environ 400 millions de dollars mènerait à la construction d'un maximum de 21 éoliennes de 200 mètres de hauteur chacune. Clearlight Energy est le partenaire privé de l'Alliance de l'énergie de l'Est qui regroupe les Municipalités régionales de comté (MRC) du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine ainsi que la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk.
En réponse aux objections des commissaires du BAPE qui demandait des explications sur le partenariat privé-public, le président de l'Alliance de l'énergie de l'Est, Michel Lagacé, répond qu'« étant donné qu'on discute de secrets commerciaux et de données sensibles avec des partenaires privés, tout ne peut pas être rendu public parce que, dans bien des cas, ces entreprises-là sont cotées en bourse ».
Clearlight Energy fait partie depuis 2025 d'une immense entreprise basée aux États-Unis, appelée LS Power, mise sur pied en 1990, lors de la déréglementation du secteur énergétique en Amérique du Nord. Depuis sa création, LS Power a levé environ 60 milliards de dollars US sous forme de capitaux d'emprunt et de capitaux propres pour soutenir ses infrastructures nord-américaines. Ses infrastructures incluent des centrales de production d'électricité au gaz naturel, des centrales d'énergie solaire, des parcs éoliens, des sites de stockage d'énergie par batterie, des centrales hydroélectriques à stockage par pompage et des centrales au fil de l'eau.
Notes
1. « Vers un Québec décarboné et prospère », Plan d'action 2035, Hydro-Québec, novembre 2023
2. Le premier ministre à l'époque parlait de développer la « transition énergétique » vers « une économie durable » qui alimenterait en électricité la future usine de fabrication de composantes de batterie de Northvolt en Montérégie et les projets d'usines de raffinage en minéraux critiques de Nemaska Lithium de Rio Tinto et de Vale (nickel), ainsi que les futures usines de production des composantes de batteries de véhicules électriques de Ford et GM-Posco, toutes situées à Bécancour. Tous ces projets ont été soit abandonnés, soit suspendus.
Suite aux augmentations de plus de 25 % des droits de tarifs imposés en 2025 par l'administration Trump sur des produits tels que l'aluminium et l'acier de transformation primaire et secondaire, puis de 50 % aux articles en métal de base entièrement ou presque entièrement composés d'aluminium, d'acier ou de cuivre en avril 2026, l'enjeu de la « transition énergétique » vers « une économie durable » s'est transformé en un de fournir en électricité les mines d'extraction et/ou des centres de raffinage de minéraux critiques tels que le scandium, l'aluminium, le graphite, le lithium, le phosphate et les terres rares, tous liés de près ou de loin à la production de composantes militaires essentielles à la machine de guerre des États-Unis et de l'OTAN dont le Canada est une partie intégrante. Tout cela a entraîné des octrois à long terme par Hydro-Québec d'importants blocs d'énergie à tarifs industriels réduits aux grandes usines d'aluminerie et d'aciérie possédés par de grands intérêts privés étrangers.
3. Voir « Éoliennes dans Charlevoix : un référendum de la dernière chance réclamé », Radio-Canada, 31 décembre 2025
4. « Exiger un référendum sur l'installation d'éoliennes dans Charlevoix », pétition mise en ligne le 23 décembre 2025. Pour lire et signer la pétition, cliquer ici.
(Avec des informations d'Hydro-Québec, Assemblée nationale du Québec, BAPE, Première Nation Pekuakamiulnuatsh Takuhikan, Boralex, Fondation Rivières, Le Marxiste-léniniste, Radio-Canada)
Le «Grand Compromis Carney-Smith 2.0»
Un accord avec les oligopoles pétroliers qui porte atteinte à l'environnement social et naturel

Journée d'action pour l'environnement à Edmonton, le 28 juin
2023
Le premier ministre du Canada Mark Carney et la première ministre de l'Alberta Danielle Smith ont signé l'« Accord de mise en oeuvre du protocole d'entente Canada-Alberta » le 15 mai.
Les jeunes et les travailleurs du
Canada et du Québec, ainsi que les Premières Nations, les Métis
et les Inuits, sont non seulement très préoccupés par la gravité
des changements climatiques, mais ils font tout pour apporter
les changements urgents nécessaires afin de le maîtriser.
L'« accord de mise en oeuvre » montre à quoi ressemble
le « réalisme pragmatique » de Mark Carney lorsqu'au
nom de grands idéaux, un accord est conclu pour augmenter
considérablement les émissions de gaz à effet de serre du Canada
et sa dépendance à l'extraction des combustibles fossiles, et
pour payer les riches afin qu'ils le fassent. Il confirme la
nécessité de restreindre et de priver les monopoles, les
oligopoles et les gouvernements à leur service de leur capacité
à polluer, détruire, mener des guerres, exploiter, criminaliser
et priver le peuple de son droit d'avoir son mot à dire sur
toutes les questions qui le concernent.
Cet accord a été présenté comme un compromis entre le gouvernement fédéral et l'Alberta dans l'intérêt de « l'unité nationale ». Il n'en est rien : il s'agit d'un « grand compromis » avec le cartel des sables bitumineux – les « Big Five » : Suncor, Canadian Natural Resources Limited, Imperial Oil (Exxon), Conoco-Phillips et Cenovus. Il s'inscrit dans la restructuration de l'État au profit d'intérêts privés oligarchiques supranationaux étroits. Cet « accord » est présenté comme si le cartel avait fait un sacrifice considérable en acceptant un « prix du carbone industriel » plus élevé et en s'engageant à construire des installations pour capter et stocker le CO2 et réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Tout cela n'est que fraude. L'accord ouvre la voie à une expansion massive de la production de bitume issu des sables bitumineux et de gaz naturel de schiste destinés à l'exportation, grâce à d'énormes subventions publiques et à des mécanismes favorisant les riches, notamment le financement public de projets reposant sur des allégations frauduleuses de réductions significatives des émissions. Il permet aux cartels pétroliers et gaziers d'augmenter leurs émissions de gaz à effet de serre tout en étant payés par l'État pour le faire.
Cela est loin de ressembler à l'« édification nationale », comme on le prétend. C'est un plan destructeur tant pour l'environnement social que naturel, et trouve son origine dans la volonté d'une « domination énergétique nord-américaine » au service des visées des États-Unis de dominer l'Europe et d'alimenter leur machine de guerre.
Le « Grand Compromis » est présenté comme un pipeline en échange d'une installation de captage et de stockage du carbone. Mark Carney a désormais promis de « faire de son mieux » pour faciliter la construction d'un autre pipeline vers la côte de la Colombie-Britannique, censé réduire la dépendance vis-à-vis des marchés étasuniens. Il n'est fait aucune mention des projets visant à augmenter de plus d'un million de barils par jour les exportations de pétrole brut directement vers les États-Unis. Au total, les projets de nouveaux pipelines et d'augmentation de la capacité des pipelines existants représentent une hausse d'environ 40 % de la production de pétrole brut du Canada.
On
poursuit ainsi sur la voie d'une économie de « l'extraction
et de l'exportation » fortement dépendante de l'exportation
de ressources brutes et non transformées, une économie
intrinsèquement marquée par des cycles d'expansion et de
récession, vulnérable à l'extrême volatilité des prix mondiaux
et entraînant une dégradation environnementale à long terme. Des
sommes colossales de fonds publics sont versées principalement à
des intérêts privés étrangers au lieu d'être utilisées pour des
programmes sociaux et des entreprises publiques visant à
développer une économie indépendante et autosuffisante pour
répondre aux besoins de la population. Elles ne développent pas
le commerce dans l'intérêt mutuel, mais la militarisation et la
« domination énergétique nord-américaine », les
États-Unis s'efforçant de dominer l'Europe en tenant la Russie
et la Chine en échec.
Face aux difficultés auxquelles la population est confrontée – hausse du coût de la vie, chômage, crise des soins de santé et de l'éducation –, de tels stratagèmes pour payer les riches sont obscènes et devraient être illégaux.
Les cartels pétroliers croulent déjà sous l'argent alors que les Canadiens sont contraints de payer les prix mondiaux gonflés du pétrole. Dans la population albertaine, le débat n'est pas « nous voulons un pipeline », mais « pourquoi devrait-on permettre aux compagnies pétrolières de s'enrichir grâce au pétrole extrait ici même, en Alberta ? »
Il en va de même pour le mépris criminel envers la crise climatique et la destruction de l'environnement. Même les maigres objectifs de réduction des émissions fixés précédemment ont été revus à la baisse au profit d'objectifs encore plus modestes à atteindre à une date ultérieure – un lendemain qui ne viendra jamais –, tandis que la nouvelle production entraînera une forte augmentation des émissions du Canada. L'accord contribuera en fait de manière significative au réchauffement climatique.
L'accord témoigne également d'un mépris total pour les droits des peuples autochtones de décider de ce qui se passe sur leurs territoires traditionnels. Au lieu de cela, Carney et Smith s'entendent pour convaincre les nations autochtones d'endetter leurs peuples auprès des banques afin d'acheter une « participation » dans un pipeline qui ne leur apportera aucun bénéfice, et que les monopoles pipeliniers ne considèrent pas comme un bon investissement – une proposition à laquelle les nations autochtones répondent par un « Non ! » catégorique.
Le calendrier prévoyant le début de la construction d'un nouveau pipeline vers la côte de la Colombie-Britannique d'ici septembre 2027 ne laisse aucun doute sur l'intention de bafouer les droits des Autochtones, ainsi que le droit des Canadiens et des Québécois d'avoir leur mot à dire sur des questions telles que les impacts environnementaux négatifs, notamment l'augmentation considérable des émissions de gaz à effet de serre et la menace qui pèse sur l'écosystème fragile, précieux et irremplaçable du nord de la Colombie-Britannique et sur l'économie maritime qui fait vivre les populations depuis des temps immémoriaux.

Action dans le cadre de la lutte contre le pipeline Kinder
Morgan, Burnaby, 20 mars 2018
Le peuple juge inacceptable qu'au XXIe siècle, deux individus puissent s'asseoir et signer un document qui assume toutes ces décisions qui l'affectent profondément. Les Canadiens, les Québécois et les peuples autochtones n'ont certainement pas donné leur consentement à cette destruction nationale au service de la machine de guerre des États-Unis, qui bafoue leurs aspirations à faire du Canada une Zone de paix. Ils n'ont pas non plus consenti à une augmentation de la production de combustibles fossiles malgré le besoin urgent de sortir d'une économie si dépendante de l'exportation de pétrole et de gaz.
Selon les partis cartellisés et les médias monopolisés, les Albertains sont obsédés par la construction de nouveaux pipelines et n'ont aucune revendication propre ni aucune réclamation à faire à la société. On va même jusqu'à dire que la construction d'un pipeline est une question d'unité nationale. Telle est la supercherie qui est perpétrée, et elle souligne la nécessité d'un renouveau de la démocratie.
Le peuple doit devenir le
décideur. Pourquoi ceux qui produisent réellement la richesse et
veillent sur l'ensemble de la société n'auraient-ils aucun rôle
à jouer dans la décision de ce qui doit être produit et comment,
tandis que ceux dont le seul but est de s'enrichir aux dépens de
la société usurpent le pouvoir de décision ?
Une nouvelle direction pour l'économie est nécessaire. Les alternatives sont nombreuses. Non à l'investissement de milliards pour militariser l'économie et payer les riches pour qu'ils « pillent et expédient » nos ressources naturelles afin d'alimenter la machine de guerre des États-Unis et de se livrer à des guerres de destruction ! Oui à la construction d'une économie autonome avec une industrie manufacturière répondant aux besoins des Canadiens, à l'augmentation des dépenses dans les programmes sociaux, à la réparation des torts causés aux peuples autochtones, au commerce à avantage réciproque avec d'autres pays pour un bénéfice mutuel, et à l'objectif global de veiller au bien-être de la population.
Ce qui a été convenu
1. L'Alberta soumettra une demande de pipeline au Bureau des grands projets fédéral d'ici le 1er juillet, et le Canada s'efforcera de le désigner comme projet d'intérêt national d'ici le 1er octobre. Ce serait le premier projet désigné « d'intérêt national » à bénéficier de tous les pouvoirs de procédure accélérée et des exemptions aux réglementations environnementales prévus par la Loi C-5.
2. « Si l'Alberta obtient toutes les autorisations nécessaires » et « consulte de manière significative les communautés autochtones », le gouvernement Carney fera de son mieux pour que la construction puisse débuter d'ici septembre 2027. L'Alberta est le promoteur du projet car les monopoles du secteur des pipelines ne le jugent pas rentable, compte tenu de l'expérience du TransMountain (TMX).
3. Pathways Alliance construira une installation de capture et de stockage du carbone, et les gouvernements fédéral et de l'Alberta assumeront environ les deux tiers du coût, estimé entre 16 et 20 milliards de dollars. L'objectif initial de capturer et de stocker 22 mégatonnes (Mt) de CO2 par an d'ici 2030 a été revu à la baisse à 6 Mt d'ici 2035, et l'objectif « zéro émission nette » pour 2050, qui était de 40 à 62 Mt, a été ramené à 16 Mt d'ici 2045.
4. Par le biais de contrats de couverture des fluctuations, les gouvernements fédéral et de l'Alberta garantiront un prix minimum de 60 dollars par tonne pour les crédits carbone en 2030, qui passera à 110 dollars en 2040. Le prix actuel du marché en Alberta est de 31,50 dollars, tandis que le taux officiel de la taxe industrielle sur le carbone est de 95 dollars par tonne.
5. La taxe industrielle sur le carbone sera progressivement portée à 130 dollars d'ici 2040 et sera gérée par le programme albertain « Technology Innovation and Emissions Reduction » (TIER).
6. Le gouvernement fédéral prendra en charge 25 % du coût des équipements nécessaires à l'utilisation du CO2 pour la récupération du pétrole dans les puits de sables bitumineux conventionnels et thermiques en voie d'épuisement, ainsi que pour la récupération des condensats provenant d'anciens puits de gaz, tandis que le gouvernement de l'Alberta apportera une contribution de 12 % en plus du financement provenant du programme TIER.
7. L'Alberta conteste actuellement la constitutionnalité du Règlement fédéral sur l'électricité propre. Si la loi est jugée constitutionnelle, le gouvernement fédéral entamera des négociations avec l'Alberta. Si elle est jugée inconstitutionnelle, elle sera abrogée.
Démystifier les idées reçues
sur
la taxe carbone industrielle
La question de savoir si une taxe carbone pour l'industrie devrait exister et quel devrait être le « prix du carbone » a été présentée comme un enjeu majeur du « Grand Compromis 2.0 » conclu le 15 mai entre le premier ministre du Canada Mark Carney et la première ministre de l'Alberta Danielle Smith. Les Canadiens étaient invités à croire que Carney et Smith avaient trouvé un compromis pour « préserver l'unité nationale » et soutenir d'autres nobles idéaux.
Il
n'en était rien. Le conflit et maintenant le
« compromis » autour de la taxe carbone industrielle
auraient servi d'écran de fumée pour masquer ce qui était
réellement négocié – non pas entre Carney et Smith, mais avec
les cartels pétroliers. Ce sont les cartels du pétrole et du gaz
qui ont dicté les conditions, la multiplication des stratagèmes
pour payer les riches tout en affirmant agir pour réduire les
émissions canadiennes. En réalité, l'entente a préparé le
terrain à une augmentation de 40 % de la production
pétrolière canadienne, dont la majeure partie sera exportée vers
les États-Unis.
La taxe carbone industrielle (TCI) est présentée comme étant l'équivalent de l'ancienne taxe carbone imposée aux particuliers, désormais appliquée aux grands émetteurs industriels. En pratique, les grands pollueurs industriels ne paient la taxe que sur les émissions qui dépassent un seuil de performance propre à leur secteur ou à leur installation. Chaque projet bénéficie d'un seuil de performance qui exempte de taxation entre 80 % et 90 % des émissions de gaz à effet de serre grâce à des allocations gratuites. Si une installation respecte son seuil de performance, son obligation fiscale liée au carbone est nulle. Si ses émissions sont inférieures à ce seuil, l'entreprise reçoit des « crédits carbone » qu'elle peut vendre ou utiliser pour compenser les émissions d'autres sites dépassant leur seuil. Si ses émissions dépassent le seuil établi, elle peut acheter des crédits-carbone sur le marché, utiliser les crédits générés par ses installations plus performantes, ou payer la taxe au gouvernement.
L'Alberta a instauré une taxe carbone dès 2007, la première au Canada, puis a mis en place en 2020 le programme Technology Innovation and Emissions Reduction (Innovation en technologie et réduction des émissions (TIER). Les provinces peuvent créer leur propre système à condition que celui-ci respecte les normes fédérales. Le TIER retourne ensuite aux entreprises les sommes perçues grâce à la taxe carbone afin de financer des améliorations d'efficacité énergétique ou d'autres projets.
L'oligopole des « cinq grands » des sables bitumineux, composé de Suncor Energy, Canadian Natural Resources Limited, Imperial Oil, Cenovus Energy et ConocoPhillips Canada contrôle environ 95 % de la production des sables bitumineux. Selon l'Institut climatique du Canada, ce cartel paie actuellement l'équivalent d'environ neuf cents par baril de pétrole en taxe carbone, malgré un prix théorique du carbone fixé à 95 dollars la tonne et un prix de marché d'environ 31,50 dollars. En vertu de l'accord, le prix officiel atteindra 130 dollars la tonne en 2035 et 140 dollars en 2040. Cependant, ces montants sont des « prix affichés ». Le prix réel demeure déterminé par l'offre et la demande sur le marché des crédits carbone. Un prix plancher de 60 dollars la tonne sera instauré à partir de 2030 et les crédits carbone inférieurs à ce plancher ne pourront être échangés.
Les sommes versées par les installations qui dépassent leurs seuils sont versées au programme TIER puis essentiellement redistribuées au cartel. Officiellement, ces fonds doivent servir à financer des améliorations d'efficacité énergétique. Toutefois, le programme a récemment accordé 46 millions de dollars pour développer des technologies destinées à la réhabilitation des bassins de résidus miniers et au traitement des eaux de mine. Cela, en dépit du fait que les entreprises sont déjà légalement tenues d'effectuer ces travaux, une loi qui est transgressée en toute impunité.
D'autres mécanismes garantissent que les monopoles et oligopoles paient peu de taxe carbone tout en recevant des milliards de dollars en stratagèmes pour payer les riches. Le site Web 440 Megatonnes affirme : « Les producteurs des sables bitumineux peuvent déduire leurs coûts liés à la tarification du carbone de leurs revenus, réduisant ainsi leurs impôts fédéraux et provinciaux ainsi que les redevances versées à la province. » Par ailleurs, les crédits carbone reçus n'ont pas à être ajoutés à leurs revenus aux fins du calcul des redevances.
L'augmentation du prix officiel du carbone accroît également la valeur des crédits déjà détenus par les entreprises. Selon les données recueillies par l'Institut climatique du Canada, le complexe Muskeg River–Jackpine–Scotford de CNRL a accumulé plus de huit millions de crédits de performance. À leur valeur actuelle, ces crédits représentent déjà plusieurs centaines de millions de dollars et leur valeur augmenterait avec toute hausse future du prix du carbone.
De plus, le TIER comporte un mécanisme de limitation des coûts qui plafonne le montant des taxes carbone que certaines entreprises doivent effectivement payer.
Les crédits carbone ne s'échangent presque jamais à leur prix officiel. Les faibles prix observés – parfois autour de 20 dollars – résultent de décisions du gouvernement du Parti conservateur uni (UCP), qui aurait volontairement abaissé les seuils de performance. Cette mesure aurait réduit les besoins en crédits des producteurs pétroliers et gaziers, provoquant un surplus massif de crédits sur le marché et un effondrement des prix.
Cette surabondance artificielle de crédits fabriquée a gravement nui à la rentabilité du secteur en plein expansion des projets éoliens et solaires. L'UCP est intervenu en faveur du cartel du gaz naturel. En plus de saturer le marché de crédits bon marché, il aurait imposé un moratoire sur de nouveaux projets éoliens et solaires, suivi de restrictions réglementaires limitant leur implantation. La croissance du secteur des énergies renouvelables a alors fortement ralenti, alors même que le gouvernement promettait des stratagèmes pour payer les riches afin d'attirer des centres de données fortement consommateurs d'électricité.
Les crédits carbone ne se vendant plus qu'à un tiers et moins du prix officiel en raison de la manipulation, cela a également mis en évidence une inquiétude déjà exprimée par les grands producteurs pétroliers. La construction d'une vaste installation de captage et de stockage du carbone allait générer un grand nombre de nouveaux crédits carbone, faisant encore baisser leur prix et compromettant la rentabilité du projet.
La chute du prix de marché des crédits carbone a servi d'excuse pour les cartels pétroliers qui soutenaient que le financement par l'État de la capture de carbone et des installations de stockage ne suffisait plus et qu'ils avaient besoin d'une garantie de prix pour les crédits carbone. L'entente conclue en mai 2026 prévoit donc cette garantie au moyen de contrats de différence. Ces contrats établissent un prix d'exercice garanti par le gouvernement. Si le prix du marché des crédits carbone est inférieur au prix garanti, le gouvernement verse la différence. Si le prix du marché est supérieur au prix garanti – ce qui est peu probable – l'entreprise rembourse la différence au gouvernement. La responsabilité financière est partagée entre le gouvernement fédéral et celui de l'Alberta pour garantir jusqu'à 75 millions de tonnes de réductions d'émissions.
Tout le système de taxe carbone industrielle vise à donner l'impression que les gouvernements prennent les changements climatiques au sérieux et que l'augmentation des taxes sur les monopoles pétroliers entraînera des réductions réelles des émissions.
Il s'agit d'une fraude monumentale. L'entente dans son ensemble montre comment l'État est restructuré afin de mieux servir les intérêts des oligopoles, lesquels prennent directement les décisions. C'est de la destruction nationale et non de l'édification nationale. L'accord ne contribuera ni à rendre le Canada plus stable, ni plus indépendant, ni plus autosuffisant, et il ne résoudra aucun des problèmes auxquels la population est confrontée. Plutôt que de régler les problèmes liés aux changements climatiques, il entraîne une augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre, avec d'innombrables conséquences : des vagues de chaleur extrêmes, l'élévation du niveau des mers, des feux de forêt plus fréquents et plus intenses, des inondations, la destruction d'habitats naturels et autres effets associés au réchauffement climatique.
Une nouvelle direction de l'économie est nécessaire, fondée sur le bien-être de la population, la protection de la Terre Mère et des échanges mutuellement avantageux avec d'autres pays. Les travailleurs qui produisent la richesse et assurent les services essentiels doivent jouer un rôle décisif dans les choix concernant ce qui est produit et la manière dont cela est produit, et le peuple doit participer aux prises de décisions.

Marche pour le climat à Edmonton, le 18 octobre 2019
«Grand Compromis» sur le
captage et
le stockage du carbone
La proposition initiale de la Pathways Alliance, l'association représentant l'industrie des sables bitumineux, fixait un objectif de captage de 22 mégatonnes de CO2 par an d'ici 2030, grâce à la construction d'une immense installation de captage et de stockage du carbone. Dans le cadre du « Grand Compromis 1.0 », le gouvernement fédéral avait accepté de prendre en charge 50 % des coûts de construction et le gouvernement de l'Alberta 12 %, auxquels s'ajoutaient des fonds supplémentaires provenant des remboursements au titre de la taxe industrielle sur le carbone de l'Alberta (TIER). Le nouvel accord signé le 15 mai repousse l'échéance à 2035 et réduit l'objectif de captage à seulement 6 mégatonnes par an d'ici 2035, et à seulement 62 mégatonnes d'ici 2045, au lieu de 62 mégatonnes d'ici 2050.
Les projets actuellement en cours de planification ajoutent 2 millions de barils par jour à la capacité des pipelines. L'ajout de 2 millions de barils par jour (b/j) de pétrole produit en Alberta génère environ 30 à 45 mégatonnes (Mt) par an de gaz à effet de serre. Le chiffre le plus bas repose sur l'hypothèse que tous les nouveaux projets seront construits avec les technologies les plus modernes pour réduire leurs émissions. Ces chiffres ne prennent en compte que l'impact de l'extraction du bitume des sables bitumineux. Lorsque ce pétrole est brûlé comme combustible, il ajoute environ 270 à 330 Mt par an de carbone supplémentaire dans l'atmosphère.
Les chiffres ne mentent pas quant à l'énormité de la supercherie que représente le « Grand Compromis » sur la réduction des émissions. Ce n'est pas du tout une aubaine, c'est un gigantesque stratagème pour payer les riches, qui permet aux cartels du pétrole et du gaz de piller le trésor public du Canada et de l'Alberta, alimentés principalement par les impôts des travailleurs.
Désormais, en plus de ce qui avait été convenu dans la Grande aubaine 1.0, le gouvernement fédéral accordera des subventions pour la « récupération assistée du pétrole » (RAP), c'est-à-dire l'injection de CO2 dans des puits de pétrole en fin de vie pour en extraire davantage, ainsi que pour extraire du condensat de puits de gaz naturel épuisés. Les cartels pétroliers et gaziers recevront des crédits de compensation carbone lorsque le CO2 sera utilisé pour extraire davantage de pétrole et de condensats, et le gouvernement fédéral assumera 25 % du coût de l'équipement très onéreux utilisé pour la RAP, en plus des subventions déjà accordées par l'Alberta, qui couvrent 12 % du coût, ainsi que des subventions TIER.
Condensats provenant des puits de gaz naturel
Pour acheminer le bitume par pipeline, il faut d'abord le fluidifier à l'aide d'un diluant, dans un rapport de 70 % de bitume pour 30 % de diluant. L'ajout de deux millions de barils par jour à la production de pétrole nécessitera un énorme approvisionnement supplémentaire en diluant. Le Canada ne produit pas suffisamment de condensats, le diluant de prédilection, qui constituent le produit final des puits de gaz épuisés, qu'ils soient fracturés ou « humides ». Les cartels pétroliers doivent donc en acheter aux États-Unis à un coût considérable.
On estime qu'il existe entre 20 000 et 25 000 anciens puits de gaz rien qu'en Alberta, où des condensats de grande valeur ont été laissés sur place. Beaucoup libèrent du méthane – dans la formation de Montney, qui s'étend entre l'Alberta et la Colombie-Britannique, par exemple, on estime qu'il y a entre 10 000 et 12 000 anciens puits, dont jusqu'à un tiers libèrent du méthane. Le méthane est bien plus dangereux pour le changement climatique que le CO2, car il est plus de 80 fois plus puissant pour piéger la chaleur sur une période de 20 ans.
L'État va désormais contribuer au financement de l'injection de CO2 dans ces anciens puits afin de récupérer le condensat. Les oligopoles réaliseront des économies en n'ayant plus à acheter de diluant aux États-Unis, obtiendront des crédits carbone pour le « stockage » du carbone pouvant servir à compenser leurs émissions, et se verront rembourser environ un tiers des coûts d'équipement et de machinerie nécessaires à l'extraction du condensat, auxquels s'ajoute un financement supplémentaire au titre du programme TIER.
Les analystes pétroliers estiment que ce « grand compromis » renverse complètement la rentabilité de l'extraction du condensat national par injection de CO2 – passant d'un déficit massif à une entreprise hautement lucrative. Les cartels peuvent compenser près de 40 % de leurs coûts d'infrastructure de plusieurs millions de dollars tout en contournant complètement les importations coûteuses des États-Unis. Le Canada importe actuellement environ 200 000 barils par jour de diluant aux prix du marché, auxquels s'ajoutent les frais de transport et les droits de douane. Alors que le CO2 s'échappe des anciens puits fracturés par des fissures dans la roche, le subventionnement des dépenses d'investissement permettra aux opérateurs de construire d'énormes usines de recyclage en surface pour capter, séparer et réinjecter le CO2 échappé. De plus, dans le cadre du programme TIER, les opérateurs peuvent réclamer des crédits carbone pour « colmater une fuite de méthane » tout en se préparant à injecter du CO2.
En fin de compte, les cartels du pétrole et du gaz ont transféré leurs responsabilités privées en matière d'assainissement environnemental vers des actifs de production subventionnés par les pouvoirs publics. Pour résumer, les monopoles peuvent désormais réduire leurs obligations réglementaires concernant les puits de fracturation vieillissants et qui fuient, subventionner les machines nécessaires à l'extraction d'un diluant national de grande valeur, remplacer le coût élevé du diluant importé des États-Unis et générer des crédits carbone qu'ils peuvent vendre ou utiliser.
Utilisation du CO2 pour augmenter la production des sables bitumineux
L'avenir des sables bitumineux réside très largement dans les projets thermiques in situ où la vapeur ou la vapeur/solvant sont utilisés pour faire remonter le bitume à la surface, par opposition à l'exploitation minière. Des améliorations sont constamment apportées pour réduire la quantité de vapeur ou de gaz naturel nécessaire à l'extraction d'un baril de pétrole. Cela offre un double avantage financier : la réduction du coût de production et la génération de crédits de performance en matière d'émissions (EPC). Les EPC peuvent être vendus sur le marché libre à des installations peu performantes, ou conservés pour compenser des obligations futures.
L'utilisation du CO2 pour la récupération assistée du pétrole a principalement été employée dans d'anciens puits de pétrole conventionnels et ne concernait qu'un très faible pourcentage de l'ensemble du pétrole extrait. Mais son avenir dans les anciens puits thermiques change radicalement la donne quant à la valeur de ce nouveau stratagème pour payer les riches. La durée de vie d'un puits de bitume mature utilisant le drainage par gravité assisté par vapeur peut être prolongée en injectant du CO2 (souvent mélangé à des gaz non condensables) pour maintenir la pression du réservoir. Vers la fin de la vie d'un puits, les 10 à 15 % restants de bitume peuvent être extraits en injectant du CO2, sans qu'il soit nécessaire de brûler davantage de gaz naturel pour produire de la vapeur. Cela réduit le coût de production tandis que le cartel pétrolier est récompensé par des crédits d'émissions et des coûts d'équipement subventionnés. C'est un coup de chapeau pour le cartel pétrolier.
Les faits montrent que le « captage et le stockage du carbone » – même s'il était efficace et sûr, ce qui est loin d'être prouvé – est une supercherie visant à dissimuler le refus des cercles dirigeants de prendre réellement des mesures pour respecter les engagements du Canada sur les changements climatiques. La transition nécessaire pour sortir de la combustion des combustibles fossiles exige de réduire leur production, mais aussi de réduire l'empreinte carbone de ce qui est produit pendant la période de transition vers l'abandon des combustibles fossiles pour le chauffage et les transports. Au lieu de cela, on utilise des stratagèmes pour payer les riches qui consistent à mettre en oeuvre de nouvelles technologies qui permettent d'augmenter considérablement la production et d'enrichir davantage les intérêts privés supranationaux à qui l'on a remis le contrôle des ressources pétrolières et gazières du Canada.
L'impact sur l'économie, la crise climatique et le tissu social de la société est immense. Non seulement les gens sont privés de programmes sociaux, mais le Canada s'endette davantage auprès de l'oligarchie financière mondiale, qui tire alors à nouveau profit des intérêts versés. Il est indispensable de s'opposer à ces programmes qui enrichissent les riches et à ces grands compromis conclus avec les cartels énergétiques et autres.
Ordre du jour inacceptable de militarisation et de guerre
Opposition résolue à la foire d'armes et au programme militariste du gouvernement Carney

Ottawa, 28 mai 2026 – Manifestation contre CANSEC
Des actions contre CANSEC 2026, le salon commercial des armes
de guerre présenté comme le « principal événement canadien
de la défense, de la sécurité et des technologies
émergentes », ont eu lieu au Centre Cohere à Ottawa les 27
et 28 mai. Cette foire d'armes annuelle est organisée par
l'Association canadienne des industries de défense et de
sécurité (CADSI), un organisme de « représentation »
de l'industrie de la guerre subventionné par le gouvernement
canadien, afin de promouvoir le militarisme, la guerre et
l'agression à travers le monde. Plus de 60 délégations
internationales, comprenant des représentants gouvernementaux,
des fabricants d'armes et des responsables militaires, ont
participé à ce « salon commercial ».
Les Canadiens et les Québécois s'opposent à la foire CANSEC
depuis sa création et exigent son interdiction, car elle
encourage les préparatifs de guerre et la guerre elle-même, qui
constituent la plus grande menace pour les peuples du monde et
l'environnement ; ce message a été clairement exprimé au cours
de ces deux journées.
Le 27 mai, la Société des Amis (Quakers), des groupes mennonites, Voix des femmes pour la paix et d'autres organisations ont tenu une vigile pour protester contre la guerre et la destruction de la planète. Ils ont réclamé une augmentation du financement des programmes sociaux ainsi que la protection de la vie humaine et du bien-être environnemental au Canada et dans le monde.

Piquetage à Ottawa le 27 mai 2026
Le matin du 28 mai, face à un déploiement policier massif visant à les intimider et à les empêcher de faire valoir leurs revendications, des centaines de personnes, parmi lesquelles des militants autochtones, des jeunes, des étudiants, des femmes et des travailleurs du Canada et du Québec, ont tenu bon et ont scandé : Arrêtez le génocide à Gaza, en Cisjordanie et au Liban !; Non à la militarisation de l'économie !; Les impérialistes étasuniens sont les plus grands terroristes !; Investissez dans les programmes sociaux, pas dans la guerre et l'occupation !; Pour un embargo sur les armes contre Israël !; Pas un seul jeune pour la guerre impérialiste !. Ils ont dénoncé le gouvernement Carney pour avoir injecté des milliards dans l'OTAN et la production de guerre tout en sabrant dans le financement des programmes sociaux dont dépend la population, sous prétexte de défendre la souveraineté et la sécurité du Canada et de « créer des milliers d'emplois ».
Outre leurs pancartes, drapeaux
et bannières, les manifestants portaient des effigies du premier
ministre Carney, du ministre des Affaires étrangères Anand et du
premier ministre israélien Netanyahou, dénonçant leur
collaboration à des crimes de guerre contre les peuples
palestinien, libanais et iranien. Les participants au CANSEC ont
également été qualifiés de « marchands de mort » et de
« tueurs d'enfants aux mains couvertes de sang » alors
qu'ils étaient escortés dans le bâtiment par la police.
De nombreux participants ont affirmé que les tentatives de les criminaliser ne faisaient que renforcer leur conviction quant à la justesse de leur cause et à la nécessité de construire une résistance et de défendre le droit des peuples d'avoir leur mot à dire sur leur avenir et celui de l'humanité.
Les organisateurs ont présenté les revendications suivantes dans une lettre ouverte :
- Mettre fin à l'Accord de libre-échange Canada-Israël ainsi qu'à tous les liens économiques, diplomatiques et culturels avec Israël, y compris en empêchant la participation d'Israël à CANSEC;
- Imposer immédiatement un embargo total et réciproque sur les armes à destination et en provenance d'Israël, notamment en fermant la faille permettant aux exportations d'armes canadiennes vers les États-Unis d'être ensuite transférées à Israël;
- Retirer tout financement public à l'Association canadienne des industries de défense et de sécurité (CADSI);
- Mettre fin à la criminalisation des manifestations pacifiques contre le génocide et l'occupation.
Comme à leur habitude, les autorités canadiennes ont ignoré un recours judiciaire déposé avant le salon CANSEC par l'International Center of Justice for Palestinians, qui invoquait les obligations internationales du Canada d'empêcher le fabricant d'armes Elbit Systems et les industries aérospatiales israéliennes d'entrer au Canada et de participer au salon CANSEC.
Des représentants du gouvernement canadien, dont le ministre de la Défense, la ministre de l'Industrie et, pour la première fois, le premier ministre, ont prononcé des discours à CANSEC 2026. Le premier ministre Carney a profité de l'occasion pour réaffirmer l'engagement de son gouvernement à renforcer l'industrie de la guerre au Canada.
Il a annoncé qu'au cours des dix prochaines années, le Canada investirait directement 180 milliards de dollars dans l'approvisionnement militaire, 290 milliards dans les infrastructures liées à la défense et à la sécurité, augmenterait de 85 % les investissements publics dans la recherche et le développement liés à la défense et ferait croître de plus de 220 % les revenus du secteur canadien de la défense ainsi que de 50 % les exportations militaires.
Il a également annoncé la création d'un nouveau Forum
consultatif sur la défense, coprésidé par le ministre de la
Défense nationale, la ministre de l'Industrie et le secrétaire
d'État à l'approvisionnement militaire, par lequel les
fabricants d'armes orienteront directement les politiques
gouvernementales. Selon lui : « Des cadres supérieurs
provenant de nos dix secteurs stratégiques de capacités
souveraines et de toutes les régions du pays conseilleront le
gouvernement sur la meilleure façon de développer notre base
industrielle de défense, sur les besoins en investissement et
sur les obstacles à la croissance. »
Toronto se mobilise contre CANSEC

Piquetage devant l'École Munk des affaires mondiales et des
politiques publiques à
Toronto, le 28 mai 2026
Trois actions anti-CANSEC ont eu lieu à Toronto. Le 27 mai, un militant piquetage a été dressé au coeur du quartier financier du centre-ville par le groupe antimilitariste Seek the Alternative, avec Pax Christi, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) et d'autres organisations. Le quartier financier de Toronto abrite des banques et des entreprises qui profitent de la production de guerre et des guerres d'agression impérialistes menées sous la direction des États-Unis.
Les participants ont également dénoncé la candidature de la Ville de Toronto pour accueillir la Banque de défense, de sécurité et de résilience (DSRB), dont les six grandes banques canadiennes sont partenaires. Cette institution financière internationale vise à regrouper le financement de projets liés à la « défense, la sécurité et la résilience » pour les membres et alliés de l'OTAN. Les manifestants ont scandé entre autres : Sortez le Canada de l'OTAN !; Démantelez l'OTAN !; Pas un seul jeune pour la guerre impérialiste ! Faites du Canada une zone de paix ! De nombreux passants et automobilistes ont manifesté leur soutien en klaxonnant ou en s'arrêtant pour prendre des photos.
Le même jour, des étudiants, membres du personnel de soutien et professeurs de l'Université de Toronto, ont tenu une conférence de presse devant Simcoe Hall pour exiger que l'université retire son parrainage financier de CANSEC. Le 12 mai, ils avaient adressé une lettre à l'administration universitaire dénonçant le fait que l'Université de Toronto était devenue la première université publique canadienne à commanditer officiellement CANSEC 2026, pour une somme de 10 300 dollars.
Les intervenants ont demandé que l'université rompe tous ses
liens avec la CADSI, qu'ils accusent d'être directement associée
à des crimes de guerre, à des crimes contre l'humanité et à des
violations des droits humains dans le monde. Ils ont également
rejeté toute caution universitaire au militarisme et à la guerre
et exigé que l'établissement respecte sa mission déclarée de
défense des droits humains et de promotion de la justice. Ils
ont appelé l'université à retirer ses investissements des
fabricants d'armes et des institutions financières impliqués
dans des guerres d'agression, notamment dans le génocide
étasuno-israélien contre le peuple palestinien.

Conférence de presse à l'Université de Toronto, le 27 mai 2026
Le 28 mai, un autre piquetage a eu lieu devant l'École Munk des affaires mondiales et des politiques publiques de l'Université de Toronto, une institution où dirigeants d'entreprise, politiciens et universitaires occupent successivement des postes d'influence dans les gouvernements, la finance, le milieu universitaire et le secteur privé, au service des guerres d'agression et de l'ingérence de l'OTAN et des États-Unis visant à des changements de régime dans tout pays qui refuse de plier devant le diktat étasunien.
Depuis sa création en 1997, le Centre Monk soutient les « révolutions de couleur », particulièrement en Europe de l'Est, et finance des activités de recherche et de dialogue visant à soutenir les « démocraties occidentales » contre les « États autoritaires ». Le laboratoire citoyen du Centre Monk a, entre autres, aidé à développé Psiphon, un logiciel libre conçu pour faciliter la subversion menée par les saboteurs et ennemis de l'Iran en leur permettant de naviguer en toute sécurité les réseaux du Canada et des États-Unis sans se faire repérer par l'Iran.



Piquetage à Toronto le 27 mai 2026
Marche à Vancouver

Le 28 mai, des activistes antiguerre et défenseurs des droits humains de Vancouver ont tenu une marche entre la station Broadway–Commercial et le parc Granville, le long de l'achalandée Commercial Drive. Ils ont réclamé la fin de CANSEC ainsi que la cessation de la participation du Canada aux guerres d'agression menées par les États-Unis en Palestine, au Liban, aux Philippines et ailleurs dans le monde.
Ces actions témoignent de l'opposition grandissante des Canadiens et des Québécois à la militarisation menée par le gouvernement Carney et à son soutien aux guerres d'agression et d'occupation menées par les États-Unis et l'OTAN au nom de la défense des valeurs canadiennes, de la démocratie et des droits humains.
CANSEC 2026 : un ordre du jour pro-guerre et anti-peuple au vu et au su de tous

Manifestation devant CANSEC à Ottawa le 28 mai 2026
Dès le début, les Canadiens, les Québécois et leurs organisations, y compris le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), ont exprimé leur opposition au salon annuel de l'armement CANSEC à Ottawa et à tout ce qu'il représente. Cela a également été le cas pour les salons de l'armement précédents dans la région d'Ottawa. Cette opposition est plus militante et déterminée que jamais, compte tenu de la participation d'entreprises étasuniennes et israéliennes directement impliquées dans le génocide en cours à Gaza. Le prédécesseur du CANSEC était l'ARMX, un salon international de l'armement qui, à ses débuts dans les années 1980, était directement parrainé par le gouvernement canadien. Le salon annuel de l'armement CANSEC existe depuis 1998. Le nom lui-même est un mot-valise formé à partir de « Canada » et « sécurité ». Le CANSEC et son organisateur, l'Association canadienne des industries de la défense et de la sécurité (ACIDS), se rendent coupables de destruction massive, d'agression, d'occupation et de génocide au nom de la « défense » et de la « sécurité ».
Le contenu publiquement accessible du programme de CANSEC 2026 révèle une proximité grandissante, voire préoccupante, entre l'industrie de l'armement, l'armée et le gouvernement canadien. Cette proximité s'est traduite par des mesures visant à renforcer le rôle de ces acteurs dans le processus décisionnel, tout en maintenant la population à distance.
Cette année, avec ses tentatives de faire taire les voix dissidentes à l'extérieur du site et son fervent bellicisme à l'intérieur, le salon CANSEC a donné un aperçu très clair de l'état de la politique au Canada et au Québec en matière de guerre et de paix.
Cette démonstration belliciste s'est déroulée cette année dans un contexte de concentration accrue du pouvoir décisionnel entre les mains d'oligarques, par le biais de la Stratégie industrielle de défense (SID) du gouvernement Carney. Cette stratégie inclut l'Agence d'investissement de la défense. Son PDG, Doug Guzman, est un ancien PDG de la Banque Royale du Canada et un ami personnel et ancien collègue de Carney chez Goldman Sachs. La DIS vise à répondre à l'une des principales demandes des fabricants d'armes : accélérer le processus d'approvisionnement et éliminer ce qu'ils appellent la « bureaucratie » – c'est-à-dire les droits environnementaux, les droits humains, les droits des Autochtones, les normes du travail, etc.
Pendant le CANSEC, les discours des responsables du gouvernement canadien ont mis l'accent sur la « défense », la « souveraineté », la « création d'emplois », la « sécurité économique et continentale », et même l'« édification nationale ». Ces discours masquaient le mépris total des organisateurs pour le droit international, leur complicité dans le génocide et les crimes contre l'humanité commis par les États-Unis et Israël, ainsi que leur intégration croissante dans la machine de guerre des États-Unis.
Ce subterfuge était caractéristique des discours des principaux orateurs, la ministre de l'Industrie Mélanie Joly et l'ancien conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche Jake Sullivan.
Les conférenciers principaux de CANSEC, dont Mark Carney, n'ont eu que des éloges pour le « leadership » de Christyn Cianfarani, présidente-directrice générale de l'Association des industries canadiennes de défense et de sécurité (CADSI), organisatrice de CANSEC. Christyn Cianfarani a servi pendant six ans dans la Marine royale canadienne, est titulaire d'un baccalauréat du Collège militaire royal du Canada et a travaillé pendant 17 ans chez CAE Inc. C'est alors qu'elle occupait un poste chez CAE Inc. qu'elle a été nommée, en 2013, au comité Jenkins sur l'approvisionnement militaire, mandaté par le gouvernement du Canada. L'année suivante, elle est devenue directrice générale de la CADSI. Elle est également un membre influent du Groupe consultatif de l'industrie de la défense du Canada.
Un bref examen de CAE Inc. révèle les liens profonds de cette
entreprise avec la machine de guerre étasunienne. Fondée en 1947
sous le nom de Canadian Aviation Electronics Ltd, CAE possède
aujourd'hui une importante filiale aux États-Unis qui agit comme
principal fournisseur de formation et de simulation pour toutes
les grandes branches des forces armées étasuniennes. CAE joue
aussi un rôle considérable dans les ventes militaires à
l'étranger gérées par le Pentagone. Parmi d'autres contrats
militaires, CAE fournit des simulateurs de vol complets, des
formations de tir avec vision nocturne et des entraînements à
des missions tactiques pour les hélicoptères de combat Apache,
Black Hawk et Chinook. Parce que CAE USA est un entrepreneur
intégré au secteur de la défense des États-Unis, le département
de la Défense des États-Unis la sélectionne régulièrement pour
répondre aux besoins de formation d'alliés étrangers utilisant
du matériel militaire étasunien, comme l'armée de l'air de
Taïwan. Il convient de noter que le plus important investisseur
institutionnel unique de CAE est la Caisse de dépôt et placement
du Québec qui gère les fonds de plusieurs régimes de retraite et
programmes d'assurance publics et parapublics.
Dans son discours, Mark Carney a annoncé plusieurs mesures relatives aux acquisitions militaires ainsi qu'à la réduction de la « bureaucratie administrative » en matière d'approvisionnement militaire. Il a notamment annoncé que le Canada avait entamé des négociations pour acquérir les avions de détection et de contrôle aéroportés de Saab, déclarant que « grâce à un ensemble de capteurs avancés et de systèmes de mission, le Global Eye de Saab constituera une ressource essentielle pour les Forces armées canadiennes afin de détecter et de dissuader les menaces dans l'Arctique ». Il n'a fait qu'évoquer le fait que les 40 appareils prévus seront intégrés non seulement au NORAD, mais aussi aux structures de renseignement et de reconnaissance de l'OTAN, où ils mèneront des missions de patrouille aérienne, de collecte de renseignements et de surveillance électronique, comme ils le font déjà dans le cadre des efforts visant à réprimer les mouvements de résistance dans le monde.
Dans la logique consistant à accorder davantage de pouvoir à l'industrie de l'armement dans le processus décisionnel, au-delà de l'Agence de l'investissement pour la défense, Carney a annoncé un nouveau Cadre de partenariats stratégiques afin que « les entreprises puissent collaborer plus étroitement avec le gouvernement pour développer les capacités souveraines dont les Forces armées canadiennes ont besoin ». Afin de « garantir que le partenariat entre le gouvernement et l'industrie de la défense demeure harmonisé », le gouvernement créera également un nouveau Forum consultatif de la défense. Il a précisé que de hauts dirigeants de l'industrie « conseilleront le gouvernement sur les meilleures façons de développer notre base industrielle de défense, de répondre aux besoins en investissement et de surmonter les obstacles à la croissance ».
À CANSEC 2026, la Pologne a été mise à l'honneur en tant que participante majeure, avec une importante délégation. Dans le cadre de l'événement, le Canada et la Pologne ont signé une lettre d'intention visant à élargir leur coopération industrielle en matière de défense, à renforcer les chaînes d'approvisionnement alignées sur l'OTAN ainsi que leur coopération militaire, y compris dans les activités liées à l'Arctique et à la cybersécurité. Un événement consacré à l'Allemagne a également réuni des représentants gouvernementaux et de l'industrie de l'armement afin, entre autres, de renforcer la coopération industrielle transatlantique, d'intégrer davantage les chaînes d'approvisionnement et de soutenir le réarmement et l'état de préparation de l'OTAN.
Dans leurs discours, tant le premier ministre du Canada que la ministre de l'Industrie ont évoqué la Deuxième Guerre mondiale, lorsque le Canada avait considérablement augmenté sa production d'armes en l'espace de quelques années. « Nous voulons que les entreprises canadiennes soient pleinement intégrées à la chaîne d'approvisionnement des Alliés. Nous l'avons déjà fait, nous pouvons le refaire », s'est vantée Mélanie Joly.
Tous deux font référence à de futurs conflits mondiaux dans lesquels ils entendent impliquer le Canada, tout en refusant, dans le présent, de se conformer au droit international et en maintenant leur complicité dans le génocide mené par les États-Unis et Israël à Gaza, ainsi que dans leurs attaques contre le Liban et leurs agressions contre l'Iran. Cette position a de nouveau été affirmée dans les jours précédant CANSEC, lorsque les autorités canadiennes ont refusé d'examiner une requête juridique déposée par le Centre de justice pour la Palestine demandant que le Canada exerce les pouvoirs que lui confèrent les lois nationales et internationales, notamment la Loi sur les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre, afin d'empêcher les fabricants d'armes israéliens Elbit Systems et Israel Aerospace Industries de participer au salon de l'armement.
Ces entreprises, ainsi que l'ambassadeur d'Israël au Canada et des représentants du « ministère de la Défense » israélien, dont les mains sont tachées du sang du peuple palestinien, ont néanmoins pleinement participé à cette édition de CANSEC.

Manifestation contre le salon CANSEC, Ottawa, 28 mai 2026
La stratégie industrielle de défense de l'Ontario
Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a également participé au salon CANSEC. Dans son discours, il s'est vanté du fait que l'Ontario est une « puissance économique » possédant « davantage de minéraux critiques que n'importe où ailleurs dans le monde », et qu'il veillerait à ce que les fabricants d'armes « disposent de tout ce dont ils ont besoin » pour réussir grâce à la Stratégie industrielle de défense de l'Ontario. Cela comprend notamment la réduction des frais d'aménagement et des taxes municipales ainsi que les changements de zonage municipaux afin de réserver des terrains aux projets liés à la fabrication d'armes.
Le maire d'Ottawa, Mark Sutcliffe, s'exprimant au nom de la région Ottawa-Gatineau, a déclaré que les deux villes avaient un rôle majeur à jouer dans la frénésie de fabrication d'armes, affirmant que « le gouvernement fédéral réalise des investissements historiques et notre rôle est d'attirer le plus d'investissements possible dans la région ». À cette fin, il a souligné qu'il copréside, avec la mairesse de Gatineau Maude Marquis-Bissonnette et le général à la retraite Rick Hillier, le Groupe de travail sur le pôle d'innovation en défense.
Le maire d'Ottawa a ensuite présenté l'« invité spécial » Dave Haggerty, vice-président et directeur général de General Dynamics Land Systems, que le mouvement anti-guerre a surnommé « Genocide Dienamics ». Se tenant devant un véhicule de combat fabriqué par Genocide Dienamics, Haggerty a laissé entendre que ce fabricant d'armes était strictement au service des Forces armées canadiennes. Cela occulte le fait que les obus produits dans l'usine de Salaberry-de-Valleyfield de l'entreprise, entre autres, sont expédiés via les États-Unis pour être utilisés dans le génocide du peuple de Gaza – contournant ainsi les restrictions canadiennes sur de telles exportations vers Israël – et que les Forces armées canadiennes elles-mêmes sont intégrées aux forces armées étasuniennes et à leurs objectifs de guerre par le biais de l'OTAN et du NORAD.
Le gouvernement va-t-en-guerre du Québec
Le 28 mai, Investissement Québec annonçait que le ministre Drainville serait présent à la foire d'armes CANSEC 2026 « pour valoriser les forces de l'écosystème québécois de la sécurité et de la défense dans l'objectif de développer davantage ce marché stratégique pour l'économie du Québec ». Drainville était accompagné de l'« émissaire spécial pour le marché de la défense », M. Marc Parent, du président d'Investissement Québec International (IQI), M. Hubert Bolduc, ainsi que d'une délégation composée d'une soixantaine d'entreprises québécoises, dirigée par Investissement Québec International.
Dans le communiqué d'Investissement Québec, on peut aussi lire : « En plus d'échanger avec les dirigeants québécois présents à CANSEC, le ministre aura l'occasion de rencontrer de nombreux représentants d'entreprises internationales actives sur le marché de la sécurité et de la défense afin de mettre la table à d'éventuels partenariats et projets au Québec. Des rencontres sont aussi prévues avec des élus et des représentants gouvernementaux, dont l'honorable Stephen Fuhr, secrétaire d'État du gouvernement fédéral chargé de l'approvisionnement en matière de défense, dans le but de réaffirmer la volonté du Québec de jouer un rôle clé dans les chaînes d'approvisionnement de ce marché. »
On rajoute dans le communiqué que les nouveaux engagements du Canada auprès de l'OTAN en matière de dépenses militaires sont une occasion pour le Québec de consolider la position de l'industrie de la défense québécoise comme partenaire incontournable du Canada dans l'atteinte de ses objectifs. Par ailleurs, Bernard Drainville a fièrement publié de nombreuses photos de lui à CANSEC, dont l'une où on le voit tenant un obus.
Le peuple québécois ne partage pas cette fébrilité belliciste du gouvernement caquiste, comme il l'a démontré à CANSEC, à Salaberry-de-Valleyfield et partout au Québec. Il s'oppose farouchement, entre autres, à la « chaîne d'approvisionnement » du Pentagone qui comprend le pillage et le transport des minéraux critiques nécessaires à la machine de guerre des États-Unis.
Cette opposition est appelée à grandir au fur et à mesure que les gens rejettent ces projets dits d'« édification nationale », s'unissent et se battent pour défendre les intérêts de toutes et tous et pour donner une nouvelle direction à l'économie.
La conférence Dialogue StratCom 2026 de l'OTAN de Riga
L'OTAN s'organise pour
reconquérir la « paternité » du futur par la guerre

Une conférence de l'OTAN sur les « communications stratégiques », appelée Dialogue StratCom de Riga, s'est tenue les 3 et 4 juin 2026 à Riga, en Lettonie[1]. Comme l'année dernière, le Dialogue StratCom de Riga a été organisé pour soutenir la guerre par procuration que l'OTAN mène actuellement contre la Russie en Ukraine. Cette conférence a également reflété le soutien total et la complicité de l'OTAN avec la guerre criminelle menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran et le Liban et la poursuite du génocide en Palestine, ainsi que la menace que l'OTAN fait peser sur l'Asie-Pacifique et les Caraïbes, y compris sur Cuba.
La conférence Dialogue StratCom 2026 de Riga a invité les participants militaires et universitaires en tant que « décideurs, stratèges, communicateurs et penseurs » à « élargir le cadre de la réflexion sur la sécurité ». Ce débat sur la stratégie « aide à récupérer la paternité de l'avenir », affirment les organisateurs. Ils disent, à propos de la situation actuelle dans le monde où les États-Unis ont imposé une violence extrême et l'anarchie, que : « Dans un monde où les conflits et la communication sont de plus en plus automatisés, la stratégie doit rester un acte d'imagination, de responsabilité et d'attention au monde que nous partageons, même en période de rupture. » C'est une déclaration dénuée de sens.
Le thème de la conférence était « La vie est un miracle. Les communications stratégiques à l'ère de la rupture ». Ça ne veut rien dire. Ce n'est même pas du télémarketing intelligent. Selon le site StratCom : « La vie reste fragile, étonnante et profondément belle, mais cette vérité est de plus en plus obscurcie par la guerre, la violence systémique et la normalisation de la souffrance humaine. » Comme si ces problèmes n'étaient pas le fait de l'OTAN, de ses bellicistes en Europe et dans l'Asie-Pacifique et maintenant en Amérique latine ainsi qu'au Canada.
Non seulement l'OTAN est le
principal responsable des problèmes qu'elle décrit, mais elle
dirige ses attaques contre ceux qui résistent à la violence
extrême et défendent la dignité humaine, ce qui n'est pas un
« miracle », mais la preuve de l'esprit humain
responsable de veiller à ce que l'environnement social et
naturel soit humanisé et que l'humanité prévale. L'absence de
reconnaissance du fait que les peuples du monde entier refusent
d'accepter les actions et les perspectives belliqueuses de cette
alliance militaire anglo-étasunienne et de l'OTAN, et s'opposent
activement à tout ce qu'elle représente, ne donne lieu qu'à des
paroles en l'air qui ne justifient pas l'intensification des
engagements dans des guerres qui ont imposé la violence extrême
comme la nouvelle normalité.
Le sommet des dirigeants de l'OTAN est prévu pour les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara, en Türkiye, et les organisateurs indiquent que le Dialogue StratCom de Riga a servi de conférence préparatoire et thématique portant sur « la communication, la sécurité de l'information et la planification stratégique ». D'autres ateliers et réunions liés à l'OTAN ont eu lieu en mai.
Les discussions de la conférence de Riga et de son programme indiquent que les plans de « communication stratégique » de l'OTAN visent à mettre l'accent sur « l'Indopacifique, Taïwan, le Japon et les îles du Pacifique ». Cependant, les discours frauduleux sur la présentation de l'OTAN comme une organisation de « défense » portaient sur des sujets comme « Réarmer l'Occident : comment communiquer sur la modernisation militaire ? », « La ligne de front cognitive : opérations d'influence offensive et ciblage », « La guerre contre la cognition menée par l'IA : combler l'écart de gouvernance », « Gagner le champ de bataille cognitif » et « Façonner la réalité : mobilisation de toute la société pendant les crises ».
Parler de « Combler le fossé de la gouvernance, gagner le champ de bataille cognitif et façonner la réalité : mobilisation de la société entière pendant les crises » montre clairement la nécessité d'un renouveau démocratique pour investir le peuple du pouvoir. De tels discours indiquent que les gouvernements ont l'intention de « combler le fossé de la gouvernance » en traitant brutalement le refus des peuples de donner leur consentement à ce que les gouvernements font, ce qui augmente le danger de guerre. Cela inclut l'escalade de l'offensive contre-révolutionnaire de désinformation et la criminalisation de tous ceux qui refusent d'accepter les justifications de la guerre impérialiste. Cela montre la voie de plus en plus dangereuse que les pays membres de l'OTAN et les gouvernements tentent d'imposer à la classe ouvrière et aux peuples de tous les pays.
Il est nécessaire de prendre en compte ces enjeux et d'intensifier les efforts en faveur du renouveau démocratique, ainsi que de faire du Canada une zone de paix et de mobiliser la jeunesse contre les guerres impérialistes. Alors que l'OTAN estime pouvoir détourner l'attention des peuples par ses « communications stratégiques » afin de masquer ses ingérences, ses provocations et ses confrontations militaires en Asie de l'Est et dans d'autres régions, elle est en fait complètement embourbée dans la crise, ne laissant dans son sillage que des tueries et des échecs. Les peuples n'accepteront pas les tentatives du gouvernement de rendre acceptable le bellicisme de l'OTAN pour les peuples des pays de l'OTAN, notamment la militarisation accrue de toutes leurs économies et les dépenses énormes pour la guerre par procuration brutale des États-Unis, de la Grande-Bretagne et des puissances européennes en Ukraine contre la Russie, en présentant cela comme de la « défense » et de la « sécurité ». Le fait que l'OTAN ait également menacé nommément le Bélarus, ainsi que d'autres pays d'Europe, d'Asie occidentale et d'Asie de l'Est, complique encore la situation.
La séance d'ouverture de la conférence était censée porter sur les « pourparlers de paix entre la Russie et l'Ukraine : Impact sur la réassurance et la dissuasion ». La table ronde de la scène principale a réuni la ministre lettone des affaires étrangères, Baiba Braze, et le secrétaire général estonien, Jonathan Vseviov, ainsi que l'ancien secrétaire général adjoint de l'OTAN, David Cattler. Le site web de l'événement se lit comme suit « Comment les négociations de paix en cours pourraient-elles avoir un impact sur la résilience de la société, notamment en termes de réassurance et de crédibilité de la dissuasion dans la région euro-atlantique ? » Roman Sheremeta, membre du Centre pour la démocratie en Europe de l'Est, qui est également intervenu dans le panel d'ouverture, a donné le ton en déclarant dans un message sur Facebook que son « argument central » était contre ceux qui « prêchent la nécessité d'un cessez-le-feu ».
Lors de la session principale consacrée au thème « Le front cognitif : opérations d'influence offensives et ciblage », il a été affirmé que « le principal champ de bataille se situe de plus en plus dans l'esprit. L'OTAN et ses alliés passent de messages réactifs à des opérations d'influence offensives qui façonnent les décisions de l'adversaire, restreignent ses choix et provoquent des réactions. Le ciblage précis de publics politiques, militaires et sociétaux est synchronisé avec des actions plus larges, transformant la perception en outil d'effet stratégique. Le succès dépend du contrôle du récit tout en gérant la crédibilité, l'escalade et les risques de mauvaise perception. » Cette question a été abordée par le colonel Brent Hamilton, planificateur des opérations d'information stratégiques au Commandement européen des États-Unis, Jay H. Janzen, directeur des communications du Commandement allié des opérations au quartier général suprême des puissances alliées en Europe de l'OTAN, Kateryna Stepanenko, directrice adjointe du projet de guerre cognitive, et le lieutenant-colonel Oliver Donaghy, qui commande la 5e unité d'opérations d'information du Royaume-Uni au sein des forces d'opérations spéciales terrestres de l'armée britannique (anciennement la 77e brigade).
En d'autres termes, alors que l'OTAN poursuit l'escalade de sa guerre par procuration contre la Russie, elle affirme que le ciblage des « publics sociétaux » doit être « synchronisé » avec cette « escalade » de la guerre. La justification des préparatifs de guerre des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la France et, bien sûr, du Canada est manifestement un travail à plein temps pour les principaux responsables de la « communication stratégique » de l'OTAN. Il s'agit notamment de justifier l'utilisation des Ukrainiens comme chair à canon dans la guerre par procuration des États-Unis et de l'OTAN contre la Russie, alors que le peuple ukrainien lui-même ne peut être persuadé de se porter volontaire. L'OTAN cherche à justifier l'occupation d'autres pays d'Europe de l'Est par ses armées et ses forces de renseignement, comme si les peuples de ces pays n'avaient aucun souvenir de ce que cela signifie.
À l'issue de la conférence Dialogue StratCom 2026 de l'OTAN à Riga, le 4 juin, Janis Sarts, directeur du Centre d'excellence en communications stratégiques de l'OTAN, dont le nom est mal choisi, a prononcé des remarques de clôture pour renforcer cet objectif. Dans une brève publication sur Facebook, il a déclaré : « Cela va empirer, il y aura plus de campagnes contradictoires et nous devrons les affronter de la meilleure façon possible lorsque la [...] Russie sera frappée au visage[2]. »
Des plans aussi violents associés à des propos sur la fragilité de la vie montrent le type d'actions froides, calculées et méticuleuses que l'OTAN et ses membres planifient soigneusement pour éviter d'être détectés. L'absence totale de conscience dans la manipulation des autres est leur caractéristique principale, ainsi que la terreur qu'ils infligent aux peuples qu'ils ciblent. La résistance héroïque des peuples du monde pour défendre leur droit d'être est la réponse qu'ils obtiendront parce que les peuples tracent leur propre voie pour parvenir à la paix, à la liberté et à la démocratie. Ils ne sont pas des cibles faciles.
Dans la période qui vient, les Canadiens et les Québécois refuseront d'être paralysés par le spectre de ce que l'OTAN leur réserve en s'unissant dans l'action pour faire avancer leurs propres buts et projets, en discutant partout parmi leurs pairs sur la base de la méthode démocratique de masse qui fait que chacun peut s'exprimer, donner son avis et ses propositions, et que l'opinion n'est pas criminalisée.
Pas un sou de l'argent du peuple ne doit être dépensé pour promouvoir les mensonges de l'OTAN qui se présente comme une alliance pour la paix et la démocratie. Il faut trouver des solutions pacifiques aux conflits dans le monde en développant des actions qui humanisent l'environnement naturel et social, et non des préparatifs pour des guerres d'agression, de génocide et de violence.
Démantelez l'OTAN ! Sortons le Canada de l'OTAN !
Notes
1. Riga StratCom Dialogue 2026
2. NATO Strategic Communications Centre of Excellence
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