Numéro 33

17 mai 2026

Journée nationale des patriotes
18 mai

Que la «fête de la Reine» soit renommée
«Journée des patriotes» dans tout le Canada!

Le projet d'édification nationale des Patriotes du Québec

Un appel à rebaptiser la fête de la Reine «Journée des patriotes»

Il est grand temps de démystifier les légendes
monarcho-patriotiques

– Pauline Easton –

Rébellion dans le Haut-Canada

– Jeunes pour le renouveau démocratique –

La République à deux étoiles

– Collectif Jos Montferrand –



Journée nationale des Patriotes
18 mai

Le projet d'édification nationale
des Patriotes du Québec

CALENDRIER D'ÉVÉNEMENTS


Assemblée des Six Comtés, les 23 et 24 octobre 1837 : rassemblement d'environ 6000 patriotes
à Saint-Charles, dans le Bas-Canada, en dépit d'une proclamation britannique interdisant les rassemblements publics.

La Journée nationale des patriotes est en hommage au soulèvement des patriotes de 1837-38 dans le Bas-Canada et l'occasion d'honorer la mémoire de ceux qui ont donné leur vie ou qui ont été forcés à l'exil pour établir une République du Canada qui met fin au pouvoir britannique.

La Journée nationale des patriotes, nous célébrons l'affirmation du droit d'être d'un peuple. Dès le printemps de 1837, face au refus de la couronne britannique de répondre aux revendications de l'Assemblée législative du Bas-Canada, telles que formulées dans les 92 Résolutions de 1834, de grandes assemblées populaires éclatèrent spontanément dans tous les coins du Québec. Le peuple réclamait ses droits démocratiques. Ces rébellions visaient à instaurer un régime qui confère la souveraineté au peuple plutôt qu'à la Couronne britannique.

Il est important d'examiner la cause des Patriotes de 1837-1838 et la manière dont cette lutte fut brutalement réprimée par les Britanniques dans ce qu'on appelait alors le Bas-Canada. Il faut prendre note de la conception des droits défendue par les Patriotes et de celle imposée par les Britanniques dans les Constitutions de 1840 et 1867, puis par l'État anglo-canadien en 1982. Dans la conception des droits proposée par les Patriotes, les droits ne sont pas une abstraction, ils se définissent dans le temps et l'espace par un peuple, ou une partie du peuple, qui affirme son droit d'être.

En examinant cette histoire à partir du présent, ce que les conditions révèlent aujourd'hui, nous remontons dans le passé pour enrichir notre capacité à résoudre les problèmes et ouvrir la voie au progrès à la société dans le présent. Nous abordons les questions relatives à l'approche de l'étude de l'histoire (historiographie) et les rapports que les êtres humains établissent entre eux et le type de société qui en découle (théorie politique). Cela nous amène à rejeter les tentatives de diviser le peuple comme moyen de maintenir le statu quo, une pratique introduite par les colonialistes britanniques et perpétuée par l'État anglo-canadien sur la base de la répression de la nation québécoise naissante, de l'expropriation des peuples autochtones et des tentatives de génocide à leur encontre. Cela nous amène également à remettre en question le vestige médiéval qui conçoit les droits comme des privilèges accordés et retirés par une puissance supérieure appelée « la Couronne ».

Il faut également voir l'importance des relations entre les patriotes du Bas-Canada et ceux du Haut-Canada qui se battaient contre la tyrannie des représentants vice-royaux et l'appareil à leur service. Il y a aussi le soutien que les patriotes ont reçus des révolutionnaires américains de l'époque. On ne peut vraiment saisir l'état actuel des droits sans comprendre les structures imposées par les lois constitutionnelles de 1840 et 1867, qui n'ont pas été remises en cause par le rapatriement de la Constitution en 1982 – lequel n'a fait qu'ajouter une formule d'amendement quasi impossible à appliquer et une Charte des droits et libertés dont les « limites raisonnables » sont également définies par « la Couronne ». Les travailleurs et travailleuses du Canada savent très bien comment l'État utilise ses institutions pour les empêcher de défendre efficacement leurs droits, notamment en matière de santé et de sécurité au travail. Ils savent également que ces institutions servent à criminaliser la lutte des peuples autochtones pour faire valoir leurs droits ancestraux et celle des immigrants en quête de citoyenneté, qui doivent prêter serment d'allégeance à un monarque étranger. Les députés au Parlement et aux assemblées législatives doivent aussi faire le serment d'allégeance à un monarque étranger, tout comme les gouvernements nommés par des premiers ministres eux-mêmes nommés par un gouverneur général, car ils dirigent un parti auquel très peu de citoyens appartiennent.

Les patriotes ont défendu les idéaux les plus avancés de l'époque. Ils ont proposé un projet d'édification nationale fondé sur la cause anticoloniale, l'abolition du système seigneurial, la création d'une structure conférant l'égalité de statut à tous et des droits de citoyenneté sans distinction d'origine ou de croyance, y compris aux peuples autochtones s'ils le souhaitaient. Les patriotes aspiraient à une constitution qui consacrerait ces idéaux comme loi du pays sous la forme d'une république. Cette cause s'apparentait aux grandes guerres d'indépendance menées à l'époque en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi qu'aux mouvements nationaux en Italie et dans d'autres pays d'Europe contre les aristocraties féodales et leurs conceptions du droit divin absolu. Ces développements ont également mené à la création de l'Association internationale des travailleurs par Marx et Engels en 1864, puis à la Commune de Paris en 1871.

Au coeur de cette grande expression de la volonté populaire, les patriotes proclamèrent « par ordre du gouvernement provisoire » un important manifeste appelé « Déclaration d'indépendance de la République du Bas-Canada ». Ils y énoncèrent les principes et les droits démocratiques propres à une république.

L'article 3 appelle à la défense des droits de tous : « 3. Que sous le gouvernement libre du Bas-Canada, tous les individus jouiront des mêmes droits : les sauvages ne seront plus soumis à aucune disqualification civile, mais jouiront des mêmes droits que tous les autres citoyens du Bas-Canada. »

L'article 15 proclame que c'est le peuple qui rédigera sa constitution : « Que dans le plus court délai possible, le peuple choisisse des délégués, suivant la présente division du pays en comtés, villes et bourgs, lesquels formeront une convention ou corps législatif pour formuler une constitution suivant les besoins du pays, conforme aux dispositions de cette déclaration, sujette à être modifiée suivant la volonté du peuple. »

Le soulèvement de 1837-1838 fut écrasé par la force des armes, avec la suspension des libertés civiles, des arrestations massives, l'incendie de demeures, la pendaison de 12 patriotes et l'exil forcé de 64 autres.

Plus de 1700 personnes furent jetées en prison. Rien qu'à Montréal, 816 personnes furent arrêtées en 1838, sur une population de 30 000 personnes. Comparé à la population de Montréal aujourd'hui, ce serait l'équivalent de 40 000 personnes. De ce nombre, 108 furent traduits en cour martiale. C'est sans compter les centaines qui durent fuir aux États-Unis pour éviter la persécution, y compris dix accusés de « meurtre » qui faisaient face à la peine de mort s'ils revenaient au pays.

Ces événements marquaient la suppression de l'État-nation moderne du Québec dont l'existence continue d'être niée à ce jour. Elle a privé le peuple québécois – sans distinction d'origine nationale, de langue ou de croyance – de son droit à l'autodétermination en tant qu'entité légale indépendante, libre de former une union avec le reste du Canada si tel est son propre désir.


À gauche : Dessin représentant la pendaison des patriotes de Québec après l'écrasement
de la rébellion. À droite : Un officier britannique lit l'ordre d'expulsion après la défaite de la rébellion des patriotes, ceux-ci lèvent le point et crient : « Trahison ! »

Les Rébellions de 1837-1838 sont un événement important dans l'histoire du Québec et du Canada et il faut en saisir la signification pour comprendre la situation aujourd'hui et ne pas se laisser détourner par le chantage de ceux qui disent que la souveraineté du Québec équivaut à « la destruction du Canada ». Au contraire, l'établissement de l'État moderne du Québec sur sa propre base demeure nécessaire pour résoudre la crise constitutionnelle tant en faveur du peuple, pour mettre fin à l'emprise des institutions issues de la répression du projet d'édification nationale des patriotes de 1837-38. Ces institutions, que l'on dit basées sur les « accommodements raisonnables », défendent les arrangements que les oligarques britanniques ont jugés « raisonnables » pour renforcer la domination coloniale britannique établie après la défaite de la France sur les plaines d'Abraham en 1759 et après que le Québec est passé de colonie française à colonie anglaise. Le pouvoir britannique a divisé le peuple sur une base ethnoculturelle et enchâssé cette division dans l'Acte d'Union de 1840.

Depuis, la stratégie de diviser pour régner a servi, d'abord à l'État britannique et maintenant à l'État canadien, à imposer le diktat des élites dominantes au peuple du Québec et au peuple du Canada, ainsi qu'aux peuples autochtones. Tous les patriotes qui ont refusé de se réconcilier avec ces soi-disant accommodements raisonnables après la défaite des Rébellions de 1837-1838 ont été soit pendus, soit forcés à l'exil. Les institutions démocratiques actuelles du « gouvernement responsable », sorties de l'infâme Acte d'Union, ont comme but d'écarter le peuple de tout arrangement de partage du pouvoir.


Les patriotes, menés par Wolfred Nelson, battent les troupes britanniques lors de la bataille de Saint-Denis. Un monument dédié aux patriotes est inauguré à Saint-Denis le 1er juillet 1918.

La situation actuelle montre que la cause pour laquelle les patriotes ont combattu en 1837-1838 met au premier plan la nécessité que la classe ouvrière devienne la nation et investisse le peuple du pouvoir souverain de décider de ses affaires politiques, économiques, sociales et culturelles et celles de la nation. C'est d'autant plus urgent à l'heure où les gouvernements du Québec et du Canada intensifient la braderie des ressources naturelles et humaines et cherchent à établir de nouveaux arrangements qui faciliteront l'annexion politique, économique et militaire du Canada et du Québec aux États-Unis des monopoles de l'Amérique du Nord et une restructuration de l'État au service des monopoles les plus puissants dans le cadre de l'empire étasunien. Ces gouvernements parlent d'« accommodements raisonnables » pour cacher leur refus de partager le pouvoir.

À la poursuite de cette politique de l'érosion nationale, les élites dominantes ont plongé le Québec et le Canada dans une crise constitutionnelle et politique sans précédent. Leur refus d'ouvrir la voie au progrès de la société se voit dans leurs tentatives incessantes d'imposer la politique de division en fonction de la langue, de l'origine nationale, de la culture, des croyances, de la couleur de la peau, du sexe et autres considérations. Nous assistons quotidiennement aux querelles de fractions politiques qui rivalisent pour savoir qui représentera le mieux les valeurs du Québec, pour réduire l'identité du peuple québécois à la langue et diviser le corps politique en fonction de l'appartenance ethnoculturelle pour ensuite imposer un nouvel « accommodement raisonnable » qui supprime le droit d'être et le droit de décider des arrangements dont le peuple a besoin pour s'épanouir.

Face aux attaques antisociales et antinationales dont sont aujourd'hui constamment victimes les travailleurs et la société en général, il faut affirmer, par la lutte, que tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains et que ces droits ne sont pas une abstraction. C'est en réclamant ce qui leur revient de droit en raison de leur rôle dans la production et la reproduction de la vie elle-même que sont définis les droits de tous et chacun. La lutte pour la satisfaction de revendications précises donne un sens concret à la notion de droits. C'est en réalisant les droits qu'on fait avancer la société pour qu'elle réponde aux besoins de l'époque. Parce que les membres de la société sont des êtres humains, la société a le devoir de garantir leurs conditions. Le peuple doit engager un mouvement politique menant à la rédaction d'une constitution moderne qui consacre les droits qui appartiennent à chacun du fait de son existence. Il est donc urgent d'établir une cohésion au sein du corps politique autour de la politique indépendante de la classe ouvrière afin d'ouvrir la voie au progrès et d'écarter les dangers de guerre qui nous menacent.

En cette occasion, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) salue tous ceux et celles qui épousent la cause des patriotes du Québec, en particulier ceux et celles qui sont résolus à élaborer un projet d'édification nationale conforme aux exigences de l'heure.

La classe ouvrière doit devenir la nation et investir le peuple du pouvoir souverain !

Oui à la souveraineté! Non à l'annexion!

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Un appel à rebaptiser la fête de la Reine
«Journée des patriotes»

Il y a trois ans, à l'occasion du congé officiel appelé fête de la Reine, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) a lancé l'appel à rebaptiser la « fête de la Reine » à « Journée des patriotes » et à célébrer les patriotes du peuple plutôt que ceux des bâtisseurs d'empire. C'était à la suite du décès d'Élisabeth II, reine d'Angleterre qui a été appelée reine du Canada pendant quelque 70 ans, et à l'accession au trône de Charles III que les cercles officiels du Canada ont reconnu comme leur nouveau roi, lui et ses valeurs et son système de gouvernement qui privent le peuple de tout pouvoir.

Le Canada officiel célèbre la fête de la Reine le lundi précédant le 25 mai pour honorer une monarque étrangère décédée en 1901 et consacrer les valeurs de l'empire qu'elle représente. Cette année, elle tombe le lundi 18 mai. Bien qu'elle ne soit pas considérée comme un jour férié officiel au Royaume-Uni, elle a été déclarée jour férié par l'Assemblée législative de la province du Canada en 1845 « afin de favoriser l'unité entre les Canadiens anglais et français, de promouvoir la loyauté envers la Couronne britannique pour différencier la colonie des États-Unis, et de faire évoluer la célébration d'un événement strictement militaire vers une fête populaire et civile ». Selon des contributeurs de Wikipedia, « à la suite de l'union du Haut-Canada et du Bas-Canada en 1841, cette fête visait à créer un terrain d'entente, en célébrant la reine Victoria, alors âgée de 26 ans, comme une figure unificatrice pour les Canadiens anglais et français. » En rendant hommage à « la souveraine », les Canadiens exprimaient « une loyauté distincte envers la Couronne », considérée comme une « garante des droits des minorités » et un « facteur clé distinguant le Canada des États-Unis ».

Après sa mort en 1901, Victoria a été consacrée « Mère de la Confédération », celle qui a doté le Canada d'un « gouvernement responsable ». Le Parlement fédéral a déclaré ce jour férié fédéral, désormais également reconnu comme jour férié dans cinq des dix provinces du Canada – à l'exception de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Québec – ainsi que dans ses trois territoires. L'objectif de cette commémoration est de maintenir les Canadiens sous l'emprise des valeurs et des institutions des bâtisseurs d'empire dites « libérales démocratiques », alors qu'en réalité leur seul but est de priver la classe ouvrière et le peuple de toute représentation en leur propre nom.

Au Québec, depuis 2003, ce jour férié officiel est appelé Journée nationale des Patriotes et est l'occasion d'honorer les patriotes qui se sont rebellés contre la Couronne britannique et les institutions qu'elle a imposées au Canada pour maintenir son emprise sur le peuple. Il rend hommage à ceux qui, en 1837-1838, ont uni leurs forces pour établir une république moderne et démocratique qui conférait la souveraineté au peuple, et non à un monarque britannique déclaré pouvoir suprême.

Le PCC(M-L) croit qu'il est grand temps que le Canada abandonne la « fête de la Reine » et adopte une commémoration moderne et démocratique en hommage à ses patriotes, choisis par le peuple et non par la classe dirigeante. Le Parti appelle ses membres et sympathisants dans tout le Canada à prendre le temps d'honorer les patriotes qu'ils auront eux-mêmes choisis. Choisissez un patriote que vous admirez et pensez à expliquer la raison de votre choix. Oubliez les personnalités imposées par les cercles officiels liés au roi et à l'Empire. À leur place, choisissez une figure issue de l'expérience vécue de ce pays, le Canada, ou des pays d'origine de tous ceux qui s'y sont installés, ou des personnalités légendaires qui ont lutté contre le génocide des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Les rébellions de 1837-1838 ont été brutalement réprimées au Canada par les bâtisseurs d'empire britanniques et leurs bourreaux coloniaux, qui sont encensés encore aujourd'hui, même si leur système a été imposé contre la volonté du peuple.

Honorons la mémoire des Acadiens, des Québécois, des rebelles du Haut-Canada, de ceux que les Britanniques et leur police au Canada ont assassinés et pendus pour s'être battus pour leur droit d'exister, contre les politiques du « Canada blanc », et de tous ceux qui, par leur résistance aux bâtisseurs d'empire depuis l'époque coloniale, sont la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd'hui, à nous battre pour humaniser l'environnement naturel et social et créer un monde digne de l'être humain.

Célébrons tous ceux et celles qui ont fait partie des mouvements pour l'indépendance, la liberté et le droit d'être à travers toutes les Amériques, l'Afrique, l'Asie et l'Océanie, ainsi que leurs efforts pour mettre fin au système de l'esclavage et à ses atrocités, sans oublier les travailleurs du monde entier dont la lutte pour l'émancipation se poursuit sans relâche.

Profitons de cette occasion pour nommer ceux que nous célébrons comme des patriotes qui font partie intégrante du mouvement implacable de l'humanité pour la liberté, la libération, la démocratie et la fraternité entre les peuples. Leur exemple établit la norme de ce que signifie être humain à leur époque et aujourd'hui, à une époque où des crimes innommables sont commis contre l'humanité au nom de grands idéaux. Leurs actions, leurs paroles et leur exemple représentent ce que signifie être des personnalités que nous sommes fiers de prendre comme modèles.

Aujourd'hui, disons leurs noms. Rappelons leurs sacrifices et les contributions qu'ils ont apportées à leurs peuples, à leurs sociétés et à l'humanité.

Aujourd'hui, les cercles officiels souillent délibérément le mot « patriote » pour salir la mémoire de tous ceux que les peuples considèrent comme des patriotes du passé et de ceux qui ont sacrifié leur vie aujourd'hui. Aujourd'hui, les esprits mesquins et sordides qui occupent des postes de privilège et de pouvoir calomnient ceux qui défendent l'indépendance et la souveraineté de leur nation face au diktat et au chantage impérialistes, même au génocide. Ils les qualifient de terroristes, de violateurs des droits humains, d'autocrates et ainsi de suite. Pendant ce temps, ceux qui opèrent comme des gangs mondiaux de pillards et d'assassins et qui adorent les rois et les reines qui aiment exhiber leur richesse, leur pouvoir et leurs privilèges, dans la compagnie des oligarques, des milliardaires et des trillionnaires, sont qualifiés de chefs d'industrie et d'emblèmes de civilisation, de protecteurs des pauvres et des démunis, et de bien d'autres noms qui tournent tout à l'envers.

Les mouvements de résistance contre ces forces réactionnaires révèlent qui sont les véritables patriotes. Au Canada, renommons la fête de la Reine « Journée des patriotes » pour honorer la mémoire de nos patriotes dans le monde entier !

Le Canada est composé de gens venus du monde entier, venus vivre ici aux côtés des Premières Nations, des Inuits et des Métis de ces terres. Honorer, découvrir et faire connaître les valeurs défendues par les Patriotes, comme devoir envers le passé mais surtout comme devoir envers le présent, c'est exprimer notre fierté envers les générations qui nous ont précédées et c'est encourager les jeunes générations à suivre leur exemple dans le contexte actuel, comme elles le font déjà lorsqu'elles rejettent courageusement, par leurs actes, les valeurs des bâtisseurs d'empire que les oligarques aiment célébrer.

En cette Journée des Patriotes 2026, disons leurs noms ! Rendons-leur hommage et honorons leur mémoire par nos actes !

Vive nos patriotes !

Une humanité, une lutte !

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Il est grand temps de démystifier les légendes monarcho-patriotiques

– Pauline Easton –


VIDÉO

Le but de l'appel du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) à rebaptiser la fête de la Reine « Journée des patriotes » est d'engager tout le monde dans la discussion sur les patriotes du peuple et démystifier les légendes monarcho-patriotiques transmises aux jeunes générations pour les empêcher de conceptualiser une constitution et un processus démocratique qu'elles établiront elles-mêmes. Cette constitution doit ouvrir la voie à un avenir prometteur. Dans cette optique, la célébration de la « fête de la Reine » (Victoria) est, pour le dire franchement, une humiliation nationale pour le Canada, car les Canadiens s'opposent à tout ce qu'elle représente. En fait, l'euphorie de l'empire a depuis longtemps été réduite en miettes dans les tranchées sanglantes de l'Europe de la Première Guerre mondiale.

Victoria est morte depuis longtemps, mais elle est encore saluée comme impératrice des Indes, mère de la Confédération et unificatrice de deux « nations fondatrices » – l'une française et l'autre anglaise. Les valeurs codifiées sous son règne, à savoir la loyauté et le devoir envers le roi et la patrie, sont restées les valeurs des gouvernements canadiens et guident la politique officielle de l'État. Par la personne des rois et reines qui se sont succédé, les conquêtes, les traités et les institutions mis en place en leur nom et au nom de leurs successeurs, par les crimes commis, tout est fait pour faire passer subrepticement ce qu'elle incarnait comme la définition même du patriotisme, afin qu'elle soit saluée plutôt que condamnée. La Constitution de 1867 imposée en son nom et son rapatriement en 1982 sous Élisabeth II confèrent le pouvoir souverain du Canada au souverain britannique plutôt qu'au peuple. C'est ce qu'on appelle la souveraineté du Canada. La Constitution de 1982 a été adoptée par le Parlement britannique et proclamée par Élisabeth II sur la colline du Parlement le 1er juillet, non seulement sans le consentement du peuple, mais aussi sans la signature du Québec, bien qu'il soit l'une des deux « nations fondatrices ». Néanmoins, le « Canada officiel » maintient le Québec dans une position de subordination. Tant la Constitution originale de 1867 que sa version amendée de 1982 relèguent les Canadiens au rang de sujets soumis à un régime qu'ils n'ont pas adopté. Tout cela repose sur des légendes monarcho-patriotiques et les pratiques qu'elles ont engendrées pour justifier et légitimer ce pouvoir.

Par exemple, on prétend que pour que le Canada rompe les liens avec la monarchie et devienne une république, « il faudrait un accord entre la Chambre des communes, le Sénat et les dix provinces ». Cette affirmation vise à priver le peuple du droit d'élire sa propre Assemblée constituante, de rédiger sa propre Constitution et de l'adopter directement, mais c'est ce que stipule la Constitution, celle-là même qui a été rapatriée d'Angleterre en 1982 par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau avec l'incorporation d'une Charte des droits et libertés et d'une formule d'amendement. En dehors de la classe dirigeante, personne n'a jamais accepté l'imposition de la Constitution adoptée par le Parlement impérial en 1867. De même, l'ajout d'une Charte des droits et libertés et d'une formule d'amendement n'a jamais été accepté par les Canadiens, les Québécois et les peuples autochtones. Tous ces arrangements caractérisent le matériel de pensée d'une classe dirigeante et d'un système de domination et de gouvernance imposés par les Britanniques à l'époque coloniale, et ce matériel de pensée imprègne tous les aspects de la vie au Canada. Il trouve son origine dans la conquête de territoires qui étaient habités par les peuples autochtones et les Inuits mais qui sont devenus possessions de l'Empire britannique par la force des armes, la tromperie, le génocide culturel et l'imposition d'un pouvoir souverain représenté jusqu'à ce jour par un monarque étranger et ses délégués, non pas le peuple lui-même.

Une légende consiste à prendre une idée fausse pour vraie et à s'en servir comme fondement d'autres idées. La Constitution de 1867 et sa version « rapatriée », la Constitution de 1982, sont le fondement des règles qui régissent ce pays. Ces règles privent le peuple de tout pouvoir. Elles reposent sur le postulat que rien ne peut être fait en dehors de ce cadre si le peuple en décide ainsi. Les prétentions au pouvoir des monarques étrangers et des premiers ministres, fondées sur les pactes qui sous-tendent ces arrangements concernant ce qui peut et ne peut pas être fait, qui peut et ne peut pas gouverner, s'inspirent de cette présomption et servent leurs propres intérêts. En d'autres termes, ces règles sont spécifiquement conçues pour empêcher l'empouvoirement du peuple, qui est nécessaire à l'époque moderne pour mener à bien la révolution démocratique engagée au milieu du XVIIe siècle. Or, les structures créées à cette époque ne permettent plus de réguler les luttes de pouvoir entre factions.

Toutes sortes de notions viennent des présuppositions sorties des légendes monarcho-patriotiques. Cela inclut des absurdités sur ce que signifie être un Canadien ou un Québécois « légitime », ou la promotion de fauteurs de guerre racistes et misogynes en tant que héros, ou l'attribution de médailles sur le modèle des Ordres de l'Empire britannique à ceux que les cercles officiels considèrent comme dignes d'honneur. Tout cela est fait sans que les Canadiens ou les Québécois aient leur mot à dire. Il s'agit d'une violation fondamentale de leur droit de conscience, de leur droit de s'identifier eux-mêmes et de leur droit d'être. C'est un moyen de condamner la résistance et les patriotes qui s'y engagent. Il est temps de régler les comptes avec cette vieille conscience de la société et de mettre de l'avant le matériel de pensée et les solutions apportées par tous les patriotes qui se sont battus au Canada et dans le monde pour le droit d'être des peuples et pour le droit à la paix, à la liberté et à la démocratie.

C'est « le peuple » qui doit définir « le peuple », et non l'État établi par l'Empire britannique d'autrefois, perpétué par ceux qui bénéficient des structures de pouvoir et de privilège qu'il a léguées. Pour perpétuer leur pouvoir, ceux qui bénéficient des structures de pouvoir et des privilèges de l'État canadien, qui est une monarchie constitutionnelle dont le chef d'État est un monarque étranger, s'appuient sur leur prétention à la légitimité et se donnent le droit de décider qui n'est pas légitime. Ils imposent ainsi un ensemble de valeurs et de normes et qualifient ceux qui ne les acceptent pas de « marginaux » ou d'« extrémistes ». Qui fixe les normes et les valeurs est un « mystère d'État » – cela se fait par le biais des prérogatives du souverain et de ceux que l'on dit habilités à exercer le pouvoir souverain, et aujourd'hui personne ne peut dire en toute sincérité qu'il s'agit des assemblées législatives et des parlements ! Les présuppositions engendrées par les légendes monarcho-patriotiques donnent lieu à la célébration de la fête de la Reine qui est une humiliation nationale pour le pays appelé Canada qui ne jouit même pas formellement de la souveraineté comprise comme appartenant au peuple selon la forme républicaine de gouvernement.

C'est également le cas du Québec, une nation au sein du pays appelé Canada, dont le statut de nation n'est pas reconnu sous la forme d'un droit à l'autodétermination pouvant aller jusqu'à la sécession si elle le souhaite. Réduire les questions de principe à des politiques de division comme on en voit couramment aujourd'hui, qui portent toutes sur des questions de conscience, d'identité et de droit d'être, cause un tort à celles et ceux dont les luttes sont soumises aux limites permises par la définition des droits engendrées par l'empire britannique.

Pour les nations des peuples autochtones, des Inuits et des Métis, les rapports de nation à nation doivent être respectés. Or, tant que ce principe est soumis à la décision finale de la Couronne du fait de la Constitution qui l'impose, des rapports d'exploitation et de génocide sont maintenus au nom de grands idéaux. Les gouvernants ne reconnaissent pas, et n'ont jamais en fait reconnu, l'essence des rapports établis par les traités et issus des droits ancestraux des peuples autochtones, ils ne reconnaissent que leur interprétation informée par leur façon de voir.

Comme toute union, le Canada ne peut être fort que s'il est une union librement constituée et conclue, et cette union ne peut être considérée comme librement constituée que si les parties constitutives du Canada, y compris le Québec, les peuples autochtones, les Inuits et les Métis ne sont pas soumises à la force ou à une « persuasion » économique, politique et culturelle indue.

L'utilisation des prérogatives de l'Empire britannique et de son Parlement impérial pour imposer l'Acte d'Union en 1840 puis la Confédération en 1867, la création de la Police montée du Nord-Ouest en 1873 pour conquérir le Nord-Ouest au nom de l'Empire britannique contre l'expansion nordique des États-Unis d'Amérique, l'utilisation des prérogatives de la fonction de premier ministre du Canada et du monarque britannique pour rapatrier la Constitution en 1982 – tous ces éléments sont fondés sur des légendes monarchiques patriotiques dont le seul but est de perpétuer la forme de pouvoir établie à l'origine par l'empire britannique et qu'elles engendrent à leur tour.

Sous cette forme de gouvernement et ses institutions, le peuple n'a en fait pas son mot à dire dans le processus de prise de décision, y compris le processus électoral qui est censé être une forme de représentation. Ce n'est pas le peuple qui décide des candidats, lui qui déteste les campagnes de dénigrement, l'imposition de l'ordre du jour, l'absence d'un vote informé, les divisions provoquées, l'influence de l'argent et les résultats qui en découlent. Tout cela représente n'importe qui sauf le peuple.

La forme de représentation représente en fait ce que défend le souverain qui manie le pouvoir suprême, et non ce que le peuple défend. C'est une forme de pouvoir qui a soumis les peuples autochtones, les Inuits et les Métis à un vaste génocide dans le passé, afin de leur voler leurs territoires et d'en faire des peuples assujettis, et qui continue de le faire dans le présent. La résistance héroïque et permanente à cette tentative de les éliminer en tant que peuples est la seule chose qui sépare leur survie de leur extinction en tant que peuples.

La monarchie britannique s'est enrichie grâce à l'asservissement brutal des peuples. Pourtant, les Canadiens sont appelés à être loyaux envers le roi et le système de gouvernance qui porte son nom, car, nous dit-on, c'est ridicule de ne pas vouloir laisser le passé au passé. L'interprétation de l'histoire selon laquelle les crimes commis par l'empire britannique appartiennent au passé et ne sont pas perpétués au présent par l'ordre constitutionnel qui a permis de les commettre, et qui les glorifie aujourd'hui, est également une légende monarchique patriotique à laquelle il faut mettre un terme une fois pour toutes. La pensée fondée sur ces légendes perpétue le pouvoir constitutionnel qui fait de chacun de nous le « loyal sujet » d'un monarque étranger aujourd'hui, avec tout ce que cela implique quant au lieu du pouvoir de décision suprême.

La présupposition tacite est que ces légendes monarcho-patriotiques rendent fidèlement ce qui s'est passé dans le passé, alors qu'elles imprègnent les événements d'une interprétation basée sur l'édification d'empire qui a présidé à la création d'un Canada à leur image. Leur interprétation des événements fait passer ceux que les Canadiens considèrent comme des patriotes pour des traîtres, alors que les rois et les reines, leurs gouverneurs généraux, la police et les personnalités qu'ils considèrent comme dignes sont appelés des héros. Ils reçoivent des récompenses et des titres et sont présentés comme des personnes que les Canadiens devraient imiter.

C'est le cas de toute classe dirigeante quand le peuple n'a pas son mot à dire sur le modus operandi de ceux qui prennent les décisions. Au Canada en particulier, l'interprétation des faits est le fruit d'un processus de pensée monarchique patriotique qui imprègne d'absurdités les cerveaux des générations successives. Les dispositions constitutionnelles nous condamnent à rester dans ce domaine de la pensée. Les présuppositions doivent être acceptées puisque la Confédération a imposé une constitution adoptée par le Parlement impérial en 1867, puis rapatriée en bloc en 1982, avec l'ajout d'une Charte des droits et libertés, d'une clause dérogatoire et d'une formule d'amendement. Les arrangements fondamentaux à la base de la Constitution ne sont jamais discutés. Les livres d'histoire les décrivent mais n'en discutent pas. Ils ne sont jamais adoptés par le peuple. Le Québec, dit nation fondatrice du Canada, n'est même pas signataire de la Constitution de 1982.

Sur la base du matériel de pensée victorien, l'expérience réelle et la mémoire des peuples sont effacées, reléguées aux oubliettes, et le peuple est sans importance, jetable. Nous sommes censés accepter le tabou sur la discussion et les limites imposées par la conception des droits et des libertés engendrée par une société civile fondée sur les idéaux victoriens du devoir, de l'ordre et de la civilisation.

Le statut actuel du Canada en tant que monarchie constitutionnelle, avec un monarque étranger comme chef d'État, est une humiliation nationale, un embarras, mais cela est supplanté par l'acceptation des légendes monarchiques patriotiques. Le personnage fictif qu'on dit représenté par notre chef d'État, Charles III, incarnerait les valeurs qui unifient la nation. Comment des valeurs auxquelles nous n'adhérons pas peuvent-elles unifier la nation ? C'est une présupposition ridicule que nous sommes censés accepter parce que nous sommes censés accepter qu'il n'y a rien que nous puissions faire à ce sujet. Nous sommes impuissants. L'objectif de la fabrication de cette personne fictive de l'État est de cacher les rapports réels entre les humains et entre les humains et la nature et ce qu'ils révèlent, à savoir la nécessité d'investir le peuple du pouvoir. Aujourd'hui, l'appel de l'histoire est d'achever la révolution démocratique en s'assurant que les arrangements constitutionnels confèrent le pouvoir suprême au peuple, et non aux intérêts privés étroits qui gouvernent la société pour des gains privés.

Rebaptiser la « Fête de la reine » Journée des patriotes ne suffira pas à abolir la monarchie, mais cela contribuera à démystifier ces légendes monarchiques patriotiques qui servent à nous maintenir liés à l'ordre existant et tous ses pièges et apparats. Dans tout le pays, les travailleurs et les gens de tous les milieux expriment leurs propres revendications, lesquelles nécessitent de nouvelles dispositions adaptées aux conditions actuelles. Une société moderne émerge des exigences des conditions matérielles d'aujourd'hui, et non pas d'un remaniement des légendes monarchiques patriotiques du passé et des institutions qui en découlent.

Il est grand temps que le Canada règle ses comptes avec cette vieille conscience de la société en ramenant à l'avant le matériel de pensée et la direction prosociale et pro-peuple créées par tous ces patriotes qui ont combattu au Canada et dans le monde pour le droit d'être des peuples, la paix, la liberté et la démocratie. Rebaptisons la « Fête de la reine » en Journée des patriotes en célébrant nous-mêmes nos patriotes, les patriotes que les peuples autochtones, les Inuits, les Métis et les peuples du monde entier qui habitent cette terre considèrent comme leurs héros. Ce sont ces contributions que nous jugeons dignes d'être célébrées et commémorées, gravées sur des timbres, des pièces de monnaie et des billets de banque, et non celles représentées par les images des rois et des reines et de ceux qui les imitent, quels qu'ils soient.

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Rébellion dans le Haut-Canada

– Jeunes pour le renouveau démocratique –

Au Canada, sauf au Québec, le 18 mai de cette année est la « fête de la Reine » tandis qu'au Québec le dernier lundi précédant le 25 mai est la « Journée nationale des patriotes ». En 2023, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) a soulevé la question de rebaptiser la fête de la Reine « Journée des Patriotes » et de profiter de l'occasion pour découvrir et célébrer ceux que la classe ouvrière et le peuple considèrent comme des patriotes du Canada, du Québec et du monde entier. Nous profitons également de l'occasion pour régler nos comptes avec l'histoire de ce qu'on appelait le Bas-Canada et le Haut-Canada, établis par les Britanniques en 1791 lorsqu'ils ont divisé le Québec en deux colonies distinctes.

En 1837-1838, des rébellions ont éclaté simultanément dans le Haut-Canada et dans le Bas-Canada contre le pouvoir impitoyable de la monarchie britannique. Ces rébellions sont souvent assimilées à deux personnages, soit William Lyon Mackenzie (à ne pas confondre avec son petit-fils, le premier ministre Mackenzie King) et Louis-Joseph Papineau, les deux considérés comme les « agitateurs » de ces campagnes. C'est la façon de voir de ceux qui aiment présenter l'histoire comme l'histoire des rois et des reines, des présidents et des premiers ministres, des cours et des courtisans. Dans le cas du Canada, c'est un moyen de discréditer les rébellions en les présentant comme des événements historiques et politiques sans importance et d'éclipser le fait que les républicains ont proclamé l'indépendance du Québec et contribué à l'établissement d'une République à deux étoiles.

En 1838, lord Durham a été dépêché par la couronne britannique pour enquêter les causes des rébellions. Se référant à ce que les Britanniques appelaient les Anglais et les Français, des appellations qui établissent une fausse identité strictement basée sur la langue et la religion, Durham affirmait dans son rapport qu'au Bas-Canada, le problème était qu'il y avait deux factions en guerre. Le rapport ne contient rien de significatif sur la situation dans le Haut-Canada.

Dans son rapport sur la « résolution » du conflit entre ce qu'il appelle les « deux races » qui souffrent « une haine mortelle l'une pour l'autre », Lord Durham écrit que le but visé par l'unification des Canadas était de subordonner le Bas-Canada au Haut-Canada et à la monarchie britannique. Il décrit les rébellions comme le fait de « deux nations en guerre au sein d'un même État » et d'« une lutte non pas de principes mais de races » et affirme que les deux se vouent « une haine mortelle ». Les patriotes du Haut-Canada auraient « tourné le dos à leur race » et les patriotes du Bas-Canada seraient « sans histoire et sans littérature ». Le Haut-Canada et le Bas-Canada ont donc été fusionnés par l'Acte d'union de 1840, qui prenait une partie du territoire et de la population du Québec et l'ajoutait au Haut-Canada, d'où l'héritage d'une bonne partie de ceux qui sont aujourd'hui considérés comme des Franco-Ontariens, et redistribuait la moitié de la dette du Haut-Canada au Québec. L'Acte d'union a établi l'assujettissement du Bas-Canada au Haut-Canada dans l'espoir de faire abandonner aux habitants du Bas-Canada leurs aspirations républicaines et nationales. C'est resté la vision de la classe dirigeante anglo-canadienne jusqu'à ce jour.

En termes de gouvernance, le Haut et le Bas-Canada disposaient d'assemblées législatives qui n'avaient qu'un rôle consultatif. Le pouvoir réel résidait dans le conseil législatif, calqué sur la Chambre des Lords britannique, le conseil exécutif (le cabinet en termes modernes) et le lieutenant-gouverneur. En d'autres mots, les détenteurs du pouvoir étaient tous nommés par la Couronne. Cette gouvernance était appuyée par des cliques appelées Family Compact et Clique du Château, respectivement dans le Haut et le Bas-Canada. Les élus des assemblées législatives qui s'opposaient au diktat monarchique étaient appelés réformateurs et, plus tard, républicains.

Cette interprétation de l'histoire conclut que l'union de 1840 a été établie d'un commun accord entre le Haut-Canada et le Bas-Canada – c'est-à-dire qu'il y avait deux nations fondatrices du Canada. Cette thèse n'a pratiquement jamais été remise en cause, si ce n'est par le PC(M-L) et le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ). Même ceux qui estiment que l'union était « inégale » ont refusé d'aller jusqu'à appeler un chat un chat et reconnaître la domination du souverain britannique sur les deux Canadas, et en particulier sur le Bas-Canada.

La classe dirigeante du Canada, y compris les universitaires et les professeurs de la tour d'ivoire, sont également engagés dans des efforts concertés pour effacer l'histoire de la rébellion dans le Haut-Canada. On entend souvent dire dans ces cercles que les droits et libertés dont nous sommes censés jouir aujourd'hui au Canada sont le résultat d'une évolution pacifique de gouvernements éclairés, de John A. Macdonald et Wilfrid Laurier jusqu'à maintenant, et qu'en opposition aux rebelles des États-Unis, le Canada a évolué sur la base de la loyauté envers la Couronne britannique. Ce narratif apprend aux Québécois et aux Canadiens, de la naissance à la mort, à ne pas parler en leur propre nom, à ne pas se voir eux-mêmes comme les décideurs en toute chose et à laisser l'initiative aux gouvernants afin que nous puissions prétendument profiter de leur sagesse. En fait, l'histoire du Canada montre que ce ne sont pas les dirigeants qui sont décisifs, mais le peuple.

Ce que les habitants du Haut-Canada ont soulevé correspond pour l'essentiel à ce qu'ont soulevé ceux du Bas-Canada : une revendication fondamentale en faveur d'une forme de gouvernement qui serait véritablement responsable devant le peuple. Ce que nous trouvons dans les comptes rendus officiels de cette demande, comme dans le livre de Charles Lindsey The Life and Times of William Lyon Mackenzie, écrit en 1908, c'est que le gouvernement devrait être responsable devant le parti qui forme la majorité de l'assemblée législative. Les patriotes du Haut-Canada se sont également soulevés contre la corruption du parti « Tory » et du Family Compact au pouvoir et, bien qu'ils aient exigé que le gouvernement soit responsable devant l'assemblée législative, ce qui est omis, c'est leur opposition à toute clique s'élevant au-dessus du peuple, quel que soit son statut au sein de l'assemblée législative. Les participants à la rébellion du Haut-Canada étaient essentiellement des travailleurs et des gens de profession libérale, c'est-à-dire des indépendants pour utiliser le langage de l'époque. Leur opposition visait donc la monarchie britannique, le Family Compact et son parti conservateur. La bourgeoisie naissante du Haut-Canada s'est entièrement rangée du côté des Britanniques pendant la rébellion.

Avant la rébellion, les réformateurs ont convoqué de fréquents rassemblements de masse appelées « town meetings » ou « assemblées publiques » dans tout le Haut-Canada, où chacun pouvait s'exprimer et tous pouvaient se rassembler pour réclamer les pouvoirs qui leur étaient dus et contester le despotisme monarchique. Ces assemblées étaient secondées par l'oeuvre de sociétés établies pour avancer l'éducation et la diffusion d'informations politiques. Lorsque la rébellion du Bas-Canada a éclaté, il y a eu 19 assemblées publiques dans le Haut-Canada pour soutenir le soulèvement et les revendications du Bas-Canada.

On peut voir par les luttes qui ont été menées à quel point la République à deux étoiles était un projet avancé. On ne peut parler des rébellions de 1837-1838 sans évoquer les loges de chasseurs, les sociétés secrètes et le rôle des opérations des patriotes aux États-Unis. Après la défaite des patriotes du Haut-Canada à la taverne Montgomery de Toronto, leurs forces se sont déplacées vers le sud, dans la péninsule du Niagara, et finalement vers l'île Navy, sur la rivière Niagara. Le soutien apporté par les républicains vivant aux États-Unis, d'abord à Buffalo et dans d'autres villes, malgré le rôle réactionnaire du gouvernement étasunien qui a tenté d'arrêter les révolutionnaires canadiens, a été d'une grande aide. Cette lutte s'est étendue tout le long de la frontière, jusqu'au lac Ontario et au lac Érié. Windsor et Kingston ont été d'importants lieux de bataille.

La République à deux étoiles présentait dans son essence de nombreuses caractéristiques modernes. En décembre 1837, une République du Haut-Canada fut proclamée sur l'île Navy avec un gouvernement provisoire. La première proclamation de ce gouvernement disait : « Depuis près de cinquante ans, notre pays languit sous l'influence néfaste de despotes militaires, des étrangers d'Europe, qui nous gouvernent, non pas selon les lois de notre choix, mais selon les diktats capricieux de leur pouvoir arbitraire.

« Ils nous ont taxés à leur guise, ont volé notre trésor public et en ont emporté le produit dans d'autres pays – ils ont soudoyé et corrompu des ministres de l'Évangile avec les richesses produites par notre industrie – ils ont, au lieu de la liberté religieuse, donné des presbytères et des réserves de clergé à une prêtrise étrangère, dont le pouvoir spirituel est une menace à la paix de notre peuple – ils ont accordé des millions de nos terres à une compagnie d'Européens pour une contrepartie symbolique. Ils ont rejeté nos pétitions, nous ont impliqués dans leurs guerres, ont excité des sentiments d'animosité nationale et sectorielle dans les comtés, les cantons et les quartiers, et nous ont gouvernés, comme l'Irlande a été gouvernée, à l'avantage de personnes d'autres pays, et au détriment de nos énergies en tant que peuple.

« Nous sommes las de ces oppressions et décidés à nous débarrasser du joug. Levez-vous, Canadiens, levez-vous comme un seul homme, et l'objet glorieux de nos souhaits sera accompli. »

Tout comme aujourd'hui, à l'époque la revendication d'une république n'était pas simplement un slogan ou une aspiration abstraite, c'était un problème posé et à résoudre pour mettre fin à la domination monarchique et à toute oppression étrangère. Cet appel visait directement la conception de la souveraineté offerte par l'empire britannique, à savoir que le pouvoir suprême est détenu par le monarque souverain et que tous ses territoires lui appartiennent. Ce n'est pas sans raison que la lutte des patriotes irlandais est mentionnée, de même que la rébellion héroïque du Bas-Canada plus loin dans la proclamation qui dit : « Entre nous et l'océan, une population de 600 000 âmes est maintenant en armes, résolue à être libre. »

Les patriotes du Haut-Canada étaient aussi, à leur époque, les premiers à défendre les droits de tous. Une question pressante pour le Haut-Canada, et plus particulièrement pour la région de Niagara, qui était considérée comme un refuge essentiel pour les esclaves fuyant le sud, était de savoir comment ces braves gens allaient être traités. Un des incidents les plus sombres à ce chapitre s'est produit en septembre 1837, lorsque Sir Francis Bond Head, à la tête des forces britanniques régnant sur le Haut-Canada (et qui plus tard dirigera les forces contre-révolutionnaires dans la répression des patriotes), a ordonné à un esclave évadé du nom de Moseby de retourner au Kentucky. Lorsque ces décrets ont été publiés, une vague d'indignation s'est emparé de la population, toutes nationalités confondues, et lorsque Moseby a fui les autorités, deux hommes, Herbert Holmes et Jacob Green, ont été abattus et tués pour l'avoir aidé à s'échapper. The Constitution, l'organe des patriotes du Haut-Canada de l'époque, écrit : « Moseby soupirait après la liberté, et on dit qu'il a enfourché le cheval de son tyran, et qu'il a cherché un foyer et la liberté dans le Haut-Canada. Voilà le crime qu'il a commis à l'égard de Sir Francis ! Si c'est cela la culpabilité, alors serions-nous coupables de cette même infraction si nous nous trouvions dans les mêmes circonstances que Moseby ? »


Les patriotes du Haut-Canada partent du Montgomery's Inn pour marcher sur Toronto,
le 5 décembre 1837.

Une autre question clé sur laquelle les patriotes ont pris une position ferme est celle de la dépossession coloniale des terres des peuples autochtones. Le journal patriotique du Haut-Canada The Colonial Advocate reproduit intégralement la pétition adressée en 1829 par les habitants de River Credit au lieutenant-gouverneur du Haut-Canada lui demandant de mettre fin à la dépossession de leurs terres et au pillage de leurs rivières et de leurs lacs, qui détruisent l'environnement naturel et les privent de leurs moyens de subsistance fondés sur la pêche. Malgré le langage colonial utilisé, leur demande était claire : « Mon père, autrefois, tous les poissons de ces rivières et de ces lacs, et tous les cerfs de ces bois nous appartenaient ; mais vos enfants rouges vous demandent seulement de faire adopter des lois pour éloigner ces méchants hommes de notre pêche à Crédit River, depuis la ligne de M. Racey jusqu'à l'embouchure de la rivière, et le long de la rive du lac, sur un mille de chaque côté de la rivière, aussi loin que s'étendent nos terres, et de punir ceux qui tentent de pêcher ici. » Telle était la demande des peuples autochtones et des patriotes du Haut-Canada, dont les luttes étaient le prolongement les unes des autres.

Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui colportent les théories du colonialisme de peuplement, selon lesquelles la lutte n'est pas celle du Nouveau contre l'Ancien, du moderne contre l'anachronique, des peuples opprimés contre un État raciste, mais d'une couleur de peau contre une autre – suivant la logique des dirigeants qui consiste à blâmer le peuple en toute chose. Les luttes des peuples des Canadas discréditent ces théories complètement.

Le drapeau de la rébellion du Haut-Canada, celui de la République à deux étoiles, incarne le projet de construction d'une nation unie des peuples du Canada au milieu du XIXe siècle. Les habitants du Haut-Canada, par leur rébellion contre le pouvoir britannique, ont rejoint la rébellion héroïque du Bas-Canada. Le poème The Stars of Canada exprime cette conception du monde dans ce court extrait :

Deux États indépendants sont nés,
Que les hommes libres saluent le jour de leur naissance;

Que la musique annonce le matin,
Le drapeau étoilé haut déployé.

En cette Journée des Patriotes, nous devons également dénoncer la perfidie qui consiste à consacrer chaque année une fête nationale à la reine Victoria – cette monarque qui est montée sur le trône précisément au moment où éclataient les rébellions des Canadas et qui a réprimé en toute impunité les aspirations de ces peuples –, pour célébrer l'union du Haut-Canada et du Bas-Canada, puis la Confédération elle-même en 1867. En reconnaissant la lutte des patriotes du Haut-Canada et la République des Deux Étoiles, les travailleurs et les peuples opprimés du Canada doivent saisir cette occasion pour hisser encore plus haut leur étendard, car c'est chez ces patriotes qu'ils trouvent leur histoire nationale héroïque et qu'ils tirent le meilleur de leur passé.

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La République à deux étoiles

– Collectif Jos Montferrand –

Ce drapeau représente la lutte des patriotes républicains qui ont pris les armes et mené une insurrection contre l'empire britannique, déclaré l'indépendance du Bas-Canada, mais également du Haut-Canada, instauré la République à deux étoiles puis travaillé à établir une union entre les deux Canadas. Cette union n'a rien à voir, de quelque façon que ce soit, avec l'ignoble Acte d'union de 1840 ; c'est plutôt le projet d'union entre les États républicains d'Amérique du Nord.

Ce drapeau flotte partout durant les années insurrectionnelles de 1837-1838-1839 et il est largement répandu dans l'imaginaire populaire, comme en témoigne le testament politique de François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier :

« Les plaies de mon pays se cicatriseront. Après les malheurs de l'anarchie d'une révolution sanglante, le paisible Canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent. Tout concourt à ce but ; les exécutions même. Le sang et les larmes versés sur l'autel de la liberté arrosent aujourd'hui les racines de l'arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas. »

Également ici dans cet extrait d'un poème intitulé The Stars of Canada :

Forth from the arch two meteors fly And shed abroad a brilliant light. They blaze resplendent far on high, Bright as the dazzling sun is bright; The flaming Stars they speed their way, Thro' the sphere the Stars of Canada! ...

Two independent States are born, Let freemen cheer their natal day; Let music usher in the morn, The spangled flag aloft display. Far o'er the world its rays shall shine, And millions worship at its shrine. ...

Twin Stars of glory and of fame, Shine brightly on forever now, 'Mong nations fix thy noble name, With vict'ry crown'd upon thy brow Thro' time' s wide bound still hold your way, Live brilliant Stars of Canada

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