Mexique

Non à l'intégration militaire aux États-Unis

– Pablo Moctezuma Barragan –

De par sa Constitution, le Mexique doit s'opposer aux interventions. Aujourd'hui, nous voyons les États-Unis attaquer l'Iran, assassiner son dirigeant l'ayatollah Khamenei et des membres de sa famille, soutenir le génocide sioniste en Palestine et au Liban, attaquer le Venezuela, enlever le président Maduro et la députée Cilia, bombarder des navires dans les Caraïbes et imposer un blocus énergétique à Cuba, mettant en oeuvre une politique génocidaire. Ils répriment brutalement les migrants sur leur propre territoire ainsi que ceux qui les soutiennent, en recourant à une cruauté extrême, allant jusqu'au meurtre. Notre pays est tenu de se distancer clairement de ces crimes commis par notre voisin du Nord.

L'article 89, section X, de la Constitution politique des États-Unis mexicains impose le respect de « l'autodétermination des peuples, la non-intervention, le règlement pacifique des différends, l'interdiction de la menace ou de l'usage de la force dans les relations internationales, l'égalité juridique des États, la coopération internationale pour le développement, le respect, la protection et la promotion des droits de l'homme ainsi que la lutte pour la paix et la sécurité internationales ».

Le Mexique est un pays qui s'est distingué par sa solidarité avec les autres peuples et qui a condamné les fascistes : Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet et le régime d'apartheid en Afrique du Sud. Historiquement, le Mexique a élevé la voix pour défendre les peuples. Telle est notre tradition, notamment en 1961, lorsque notre pays a refusé de rompre ses relations avec Cuba, comme l'avaient exigé les États-Unis.

En 1941 et 1942, pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors que nous étions alliés des États-Unis, l'armée étasunienne a tenté d'entrer sur le territoire mexicain sous prétexte de sécurité et d'aide. En réponse, le général Lazaro Cardenas, alors secrétaire à la Défense nationale, a bloqué physiquement l'entrée des troupes étasuniennes dans notre pays. Celles-ci voulaient entrer à Bahia Magdalena et à Santa Rosalía, en Basse-Californie, mais Cardenas a mobilisé la population et s'y est opposé courageusement. De plus, il a refusé l'aide technique des États-Unis pour la construction d'aérodromes, affirmant que le Mexique pouvait le faire lui-même. Il était pleinement conscient du danger que représentait la présence de forces armées étasuniennes sur notre territoire.

Mais des décennies plus tard, un revirement s'est produit avec le néolibéralisme et le néocolonialisme, mis en oeuvre par Carlos Salinas de Gortari, qui a amorcé « l'intégration » à l'Amérique du Nord. D'abord l'intégration économique, avec l'Accord de libre-échange; puis l'intégration politique, en introduisant « l'alternance » et le modèle bipartite typiquement étasunien, où démocrates et républicains se relaient au pouvoir.

Par la suite, la coalition PRI-PAN a entamé l'intégration militaire du Mexique aux États-Unis. Le 23 mars 2003, à Waco, au Texas, les dirigeants du Mexique, des États-Unis et du Canada – Fox, Bush et Martin – ont signé le Partenariat pour la sécurité et la prospérité de l'Amérique du Nord (PSP). Ils ont fusionné les forces de sécurité des trois pays et ont commencé à mettre nos forces armées à la disposition du Commandement Nord des États-Unis. Selon son document fondateur, celui-ci cherche à placer les forces armées, incluant celles situées en Alaska, en passant par le sud du Chiapas – y compris celles à Porto Rico et aux Bahamas – sous le contrôle du Pentagone.

Cette intégration/subordination s'est consolidée sous Felipe Calderon, qui, pour la première fois, a intégré le Mexique à des exercices militaires à Mayport, en Floride, en 2009. L'empire étasunien avait lancé ses exercices militaires UNITAS le 28 août 1960, visant à contenir la révolution cubaine et le mécontentement populaire en Amérique latine et dans les Caraïbes. Depuis, la marine étasunienne a mené des exercices en Amérique latine avec le soutien de pays comme le Brésil, l'Argentine, le Chili et d'autres, qui ont connu de longues périodes de dictature. Le Mexique n'y avait jamais participé jusqu'à ce qu'Obama demande à Calderon d'y inclure la marine mexicaine. Le président illégitime accepta, violant la Constitution du Mexique, qui stipule que les forces armées mexicaines ne peuvent participer à des manoeuvres dirigées par des forces militaires étrangères.

En outre, ils ont établi le Bureau binational au 256 avenue Reforma, où toutes les agences de renseignement militaire étasuniennes – DIA, NSA, NRO, CIA, DEA, ATF, ICE, entre autres – ont commencé à opérer ouvertement, avec leurs agents armés circulant sur notre territoire. Ils ont également autorisé le survol de drones dans notre espace aérien.

Durant le mandat d'Enrique Peña Nieto, la coopération militaire s'est intensifiée à travers des formations, des exercices conjoints et des vols militaires étasuniens au-dessus du territoire mexicain, en plus d'activités de conseil et de formation. Une présence militaire étasunienne a été signalée dans l'État de Mexico, en Basse-Californie du Sud, Sonora, Chihuahua, Tamaulipas, Nuevo Leon, Sinaloa et Jalisco. Environ 1200 vols militaires étasuniens ont été enregistrés au Mexique durant cette période, sous prétexte d'activités de renseignement et de formation.

Le Mexique a continué de participer aux manoeuvres UNITAS sous Peña Nieto et a rejoint les exercices organisés et financés par le Commandement Sud des États-Unis, connus sous le nom de « Tradewinds », axés sur la « sécurité des Caraïbes ». Ces exercices sont financés par le Commandement Sud. Et quel est leur objectif ? La générale Laura Richardson, commandante du Commandement Sud, a déclaré dans des discours et des entrevues que l'Amérique latine et les Caraïbes sont stratégiquement importantes pour les États-Unis en raison de leurs ressources naturelles : pétrole, gaz, or, minéraux critiques, 31 % de l'eau douce mondiale, 30 % des terres agricoles et plus de 50 % du soja mondial. De plus, 60 % du lithium mondial se trouve dans le triangle Bolivie-Argentine-Chili. Ainsi, Richardson décrit la région comme stratégique et essentielle pour la sécurité nationale et l'économie des États-Unis.

Par ailleurs, la commandante a décrit la Russie, la Chine et l'Iran comme une menace directe pour les démocraties de la région. Dans une entrevue avec l'Atlantic Council, elle a affirmé qu'ils représentent des menaces stratégiques pour l'Amérique latine et les Caraïbes, qu'ils sont des adversaires, qu'ils menacent la stabilité dans la région et qu'ils bénéficient du soutien du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua, dont les alliances militaires ont exacerbé l'instabilité. Malheureusement, des années plus tard, le gouvernement mexicain a autorisé la participation aux exercices militaires « Tradewinds 2022 » du Commandement Sud des États-Unis, non seulement à l'étranger, mais aussi sur le territoire mexicain !

En octobre 2021, Richardson a souligné le rôle « protecteur » que son pays jouera dans la région. Selon elle, ils sont de « bons voisins » et tous doivent « veiller les uns sur les autres ». Cela « oblige » les États-Unis à prendre en charge la lutte contre leurs adversaires. Ils utilisent le prétexte de fournir une assistance pour intervenir et contrôler. Depuis lors, nous nous demandons : que fait le Mexique dans des exercices avec le Commandement Sud ?

D'ailleurs, le 24 mars 2022, le chef du Commandement Nord des États-Unis, Glen VanHerck, a déclaré lors d'une audition devant un comité du Sénat étasunien qu'il était préoccupé par la menace posée par les activités déstabilisatrices de la Chine et de la Russie au Mexique, qui mettent « en danger la sécurité nationale des États-Unis ».

Peña Nieto nous a également intégrés à des exercices avec le Commandement Nord et la Garde côtière des États-Unis, dans le cadre des exercices NAMSI GOMEX, pour « protéger le droit de la mer ». L'accord a été signé par Vicente Fox dans le cadre du PSP, mais les exercices ont eu lieu en 2017 à Tampico, en 2018 à Manzanillo, en 2020 à Puerto Chiapas et en 2022 à Cozumel. Honteusement, le 21 avril 2024, des exercices militaires ont été menés au Texas pour commémorer le 110e anniversaire de la défense héroïque du port de Veracruz contre l'envahisseur yankee ! Que vont-ils nous apprendre sur le droit de la mer, alors qu'ils imposent un blocus à Cuba, mitraillent des équipages de navires dans les Caraïbes et détournent et volent des pétroliers en eaux internationales ?

Avant la fin de son mandat, en novembre 2018, Peña Nieto a inclus le Mexique dans la Table ronde de coopération militaire bilatérale (BMCR) entre le Mexique et les États-Unis à Colorado Springs – siège du Commandement Nord – afin d'aligner les secrétariats de la Défense nationale et de la Marine avec ce commandement, sous prétexte de lutter contre le narcotrafic.

La soi-disant guerre contre la drogue dans toute la région est un prétexte pour permettre aux États-Unis d'intervenir dans les nations, alors qu'ils sont eux-mêmes responsables du trafic de drogue et qu'ils achètent les drogues et les distribuent sur un territoire cinq fois plus vaste que celui du Mexique. Malgré le fait que les États-Unis disposent de 19 agences de renseignement, le commerce continue, et leurs banques y blanchissent plus de 700 milliards de dollars provenant de la drogue. Ils ont établi les premiers laboratoires de cocaïne en Amérique du Sud et des laboratoires de crack aux États-Unis. Le commerce se poursuit avec la complicité de la DEA, de la CIA, du Pentagone et du FBI. L'armée étasunienne a alimenté le marché de l'héroïne depuis son invasion du Vietnam ainsi que le marché de l'opium depuis l'Afghanistan. Les États-Unis fabriquent des armes et les vendent aux cartels de la drogue. Au cours des 50 années de la soi-disant guerre contre la drogue, le trafic n'a cessé de croître, car il constitue l'un des piliers de l'économie de notre voisin. Ainsi, la guerre contre la drogue n'est qu'un prétexte d'intervention et de contrôle, en plus d'être une activité lucrative.

L'intégration militaire nord-américaine, impulsée par les gouvernements du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et du PAN, qui nous a conduits à participer à des exercices militaires à l'étranger avec les États-Unis, a continué à progresser, mais désormais sur le sol mexicain. Du 7 au 21 mai 2022, les exercices militaires Tradewinds se sont déroulés au Quintana Roo, dirigés par le Commandement Sud des États-Unis et la Marine mexicaine. En 2024, le gouvernement mexicain a autorisé l'entrée de personnel militaire étasunien armé pour entraîner des troupes mexicaines à Temamatla et à San Miguel de los Jagüeyes, à Santa Gertrudis (Chihuahua), puis à Valle de Bravo.

Ces dernières années, il y a eu des formations, des échanges, une coordination, une coopération en matière de renseignement et de logistique, ainsi que des exercices dans les États de Sonora, Chihuahua, Coahuila, Nuevo Leon, Tamaulipas, Sinaloa et Veracruz. Maintenant, en 2026, il est prévu que des militaires mexicains participeront à trois exercices aux États-Unis – dans le Mississippi, en Virginie et à New York – en plus des exercices dirigés par le Commandement Sud au Panama, à Antigua-et-Barbuda.

Les accords nous sont présentés comme un moyen de renforcer les relations bilatérales afin de consolider l'amitié et la coopération entre le Mexique et les États-Unis. Amitié ? Alors qu'ils répriment les Mexicains sur leur propre sol, les qualifiant de criminels et de violeurs. Ils parlent aussi de formation aux droits humains – eux qui séparent des familles et refusent tous les droits à des millions de migrants. Sécurité ? Alors que ce sont eux qui menacent de nous envahir.

Ils évoquent des formations en tactiques de combat, opérations de sauvetage, exercices de tir et infiltrations en chute libre, ainsi que des bombardements air-sol. Veulent-ils nous entraîner à bombarder des pays comme l'Iran, à enlever des présidents, à assassiner des dirigeants, à bombarder des hôpitaux, des maisons, des écoles ou des installations électriques ?

Ils parlent également de partage de renseignements. Dans quel but ? Pour que l'armée et la marine étasuniennes puissent connaître notre territoire, nos forces militaires, leurs installations, leurs capacités et leurs faiblesses dans les moindres détails, en plus de disposer d'informations privilégiées qu'ils utiliseront contre nous.

Ils parlent aussi de formation à « l'aide humanitaire » – alors qu'ils empêchent Cuba de recevoir du pétrole. Et en matière de droits de genre, alors que les principales victimes de leurs guerres et politiques répressives sont des filles et des femmes, quels droits vont-ils nous enseigner, eux qui ont bombardé une école primaire de filles à Miyab, en Iran ? De quels droits parle-t-on quand le président des États-Unis lui-même, Donald Trump, déclare ne pas reconnaître le droit international ?

Nous devons ouvrir les yeux, nous rappeler l'histoire et faire de ce présent tragique un avertissement. Ne nous laissons pas entraîner dans les plans de guerre des États-Unis, qui menacent constamment de nous envahir. Le Mexique doit plus que jamais défendre sa souveraineté et son engagement envers la paix.

Allons-nous ouvrir nos portes et collaborer avec ceux qui nous ont envahis 11 fois ? Ils ont pris plus de la moitié de notre territoire et reviennent depuis cinq ans sur l'option de nous envahir. Un pays qui, de 1982 à 2019, a favorisé 350 coups d'État, dont 150 ont réussi. Un pays qui a orchestré le coup d'État et l'assassinat du président Francisco I. Madero, puis celui du président Venustiano Carranza, sous l'impulsion des compagnies pétrolières. Un pays qui, depuis 200 ans – depuis l'arrivée de Joel Roberts Poinsett, son premier ambassadeur –, mène une politique d'ingérence, attisant les divisions internes aux conséquences tragiques pour la nation mexicaine.

L'objectif des États-Unis au cours des cinq dernières décennies a été d'intégrer – voire d'annexer – le Canada et le Mexique dans leur sécurité nationale, en les transformant en base territoriale pour soutenir l'hégémonie de leur empire. L'objectif à long terme – non déclaré – est d'établir des bases militaires et des plateformes pour leur programme de missiles sur notre territoire, d'enrôler notre jeunesse dans les guerres qu'ils préparent à travers le monde et, bien sûr, d'exploiter nos ressources, en particulier énergétiques. Les États-Unis veulent nous subordonner à leurs plans. Cela est préoccupant, surtout à la lumière des actions récentes qui rapprochent le monde d'un conflit nucléaire.

La Constitution mexicaine établit que la souveraineté nationale réside essentiellement et originellement dans le peuple. Les forces armées sont au service de la nation mexicaine, et non d'intérêts étrangers. La loi organique de l'armée et de l'aviation mexicaines stipule que leur mission principale est de défendre l'intégrité, l'indépendance et la souveraineté de la nation. Selon l'article 76, section III, aucune subordination à un commandement étranger n'est possible sans violer la souveraineté.

Nous ne devons pas nous subordonner aux actions militaires des États-Unis ni à leur machine de guerre. La Constitution l'interdit. Le peuple mexicain veut la paix.

Le moment est venu d'inverser les politiques néolibérales et néocoloniales imposées par la coalition PRI-PAN, qui doivent être éradiquées afin de développer une nouvelle politique de défense de la souveraineté nationale, économique, politique et militaire. Nous devons rompre tous les traités qui entravent notre pleine indépendance et nous mettent en grave danger.

Non, non, nous ne voulons pas être une colonie des États-Unis ! Oui, oui, oui, nous voulons être une nation libre et souveraine !



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Volume 56 Numéro 5 - Mai 2026

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