Numéro 25

15 août 2025

15 août 1939
86e anniversaire de naissance d'Hardial Bains

L'engagement d'Hardial Bains envers la résolution des problèmes les plus importants auxquels fait face la société canadienne

Hardial Bains, un homme d'action révolutionnaire

Esquisse biographique

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L'acte du Parti est sa parole: Hardial Bains – un portrait



15 août 1939
86e anniversaire de naissance d'Hardial Bains

L'engagement d'Hardial Bains envers la résolution des problèmes les plus importants auxquels fait face la société canadienne

Apporter des solutions aux problèmes les plus importants auxquels fait face la société canadienne était la caractéristique distinctive du fondateur et dirigeant du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste). Ceux qui suivent ses traces sont fiers de l'imiter en accordant une attention particulière à la construction d'organisations capables d'identifier les tâches à accomplir, de fixer des priorités et d'effectuer un travail de la plus haute qualité à temps pour changer la situation.

En restant ancré dans le présent, Hardial Bains a identifié le problème le plus urgent auquel sont confrontés la classe ouvrière, le peuple et la société dans son ensemble : la nécessité d'investir le peuple du pouvoir souverain afin qu'il puisse exercer un contrôle sur son destin. Sans la résolution de ce problème, expliquait-il, aucun autre ne sera réglé.

Il s'est attaqué à ce problème crucial qui se posait sous tous ses aspects sur la base de la mobilisation politique maximale. En septembre 1990, Hardial Bains, au nom du PCC(M-L), a présenté un mémoire sur la réforme électorale à la Commission royale sur la réforme électorale et le financement des partis (connue sous le nom de Commission Lortie). Il a ensuite élaboré des positions théoriques et trouvé des moyens pour apporter des solutions politiques concrètes à ce problème. Comme contribution à la résolution de ces problèmes, outre de nombreux essais et discours, il a écrit des ouvrages importants tels que La substance du Rapport du consensus sur la Constitution, Pour faire face à l'avenir et Un pouvoir à partager. Ce travail a abouti à l'adoption par le Parti du programme politique Arrêtez de payer les riches, augmentez les investissements dans les programmes sociaux ! quelque temps avant la mort du dirigeant et fondateur du Parti.

Hardial Bains incarnait le lien vivant, dialectique, entre la souveraineté et le peuple exerçant le contrôle sur ses affaires. Il a établi que cette souveraineté pour laquelle le peuple doit lutter renvoie à la nécessité immédiate d'une constitution moderne et d'un mécanisme politique qui place l'électorat au-dessus de ses représentants. Une telle constitution moderne et un tel mécanisme politique ne peuvent être que l'oeuvre du peuple lui-même.

Une des tâches pratiques qu'Hardial Bains s'était fixé de résoudre était la mise en oeuvre de programmes visant à élever le niveau du débat politique. Il considérait que tous les partis politiques, les militants politiques et les autres personnes concernées devaient coopérer, échanger les opinions sur les problèmes vitaux auxquels la société est confrontée, pour que ce soient le peuple, les problèmes auxquels il est confronté et les moyens de la résoudre qui occupent le devant de la scène. Selon lui, cela contribuerait grandement à briser le monopole des médias qui désorientent et perturbent constamment la vie politique, causant un grave préjudice aux intérêts du peuple.

Hardial Bains s'est attelé à cette tâche après s'être consacré au développement du mouvement pour les idées éclairées à partir de 1984-1985. On peut dire que ce travail a été le prélude du travail pour le renouveau démocratique. Entre autres choses, il a élaboré en théorie et en pratique un journalisme de type nouveau, tant pour la presse du Parti que pour la presse sans parti. Il a lié ce journalisme de façon indissociable aux préoccupations du peuple, d'une part, et aux réalisations des sciences sociales, d'autre part. Ce faisant, il a affirmé que le journalisme doit servir à résoudre les problèmes auxquels la société est confrontée.

Quand nous retraçons sa vie politique depuis la fondation des Internationalistes à Vancouver en 1963 jusqu'à sa mort en 1997, il n'est pas difficile d'identifier certaines étapes particulièrement importantes. De l'analyse la nécessité de changement en 1967 à la fondation du PCC(M-L) en 1970, Hardial Bains s'est attaqué avec détermination aux problèmes du mouvement politique et de la société. Il n'a jamais cherché les lauriers, le pouvoir ou des privilèges pour lui-même. Au contraire, il a subordonné ses propres intérêts à ceux du collectif et de la société en les harmonisant.

Hardial Bains, le dirigeant national du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), était l'une des rares personnalités politiques au Canada à avoir consacré autant d'énergie à ouvrir la voie au progrès de la société, comme il l'a fait pendant près de quatre décennies. Pour vraiment apprécier le travail qu'il a accompli, depuis ses études supérieures à l'Université de Colombie-Britannique au début des années 1960 jusqu'à son bref poste d'enseignant au collège Trinité de Dublin dans les années 1960, à la Conférence Nécessité de changement à Londres en août 1967 puis le reste de sa vie consacré à l'organisation, il faut reconnaître qu'il s'agit d'une personne dont le seul but dans la vie était de résoudre les problèmes auxquels la société était confrontée à chaque étape.

Hardial Bains a expliqué à maintes reprises que les personnalités centrées sur elles-mêmes ne peuvent s'épanouir que dans des conditions où le présent est considéré comme l'étape finale de la préhistoire de la société humaine. Cette société humaine n'existe pas encore, mais elle invite l'humanité à régler ses comptes avec l'ancienne conscience sociale en s'intéressant à l'ensemble des rapports entre les êtres humains et entre les humains et la nature, et à ce que ces rapports révèlent, à savoir la nécessité que le peuple s'investisse du pouvoir souverain.

En tant que dirigeant national du PCC(M-L), Hardial Bains n'était pas seulement à l'avant-garde de la lutte pour donner aux Canadiens les moyens de prendre leur destin en main. Il était également à l'avant-garde de la lutte contre l'offensive antisociale, pour un programme prosocial et pour faire avancer la cause de la classe ouvrière afin qu'elle s'émancipe et instaure le socialisme et le communisme. Malgré toutes les affirmations selon lesquelles c'est le socialisme qui a échoué avec l'effondrement de l'Union soviétique, Hardial Bains a persisté à faire connaître la véritable nature du socialisme et du communisme et à montrer que le communisme est le présent et l'avenir de l'humanité, la condition de l'émancipation de l'humanité. Il a fait valoir avec éloquence que le socialisme triomphera, que le capitalisme sera certainement renversé et que le communisme sera réalisé.

Hardial Bains a également apporté une contribution remarquable à la théorie de la pensée marxiste-léniniste contemporaine, notamment en élaborant les définitions modernes nécessaires pour régler les comptes avec la vieille conscience philosophique de la société.

Son legs aura un impact profond sur des générations des Canadiens.

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Hardial Bains, un homme d'action révolutionnaire

Le 15 août, nous célébrons la naissance, la vie et l'oeuvre d'Hardial Bains, fondateur et dirigeant du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste). Hardial Bains était, par-dessus tout, un homme d'action révolutionnaire. Arrivé au Canada de l'Inde en 1959 en tant que jeune homme, il s'est immédiatement intégré à la vie des travailleurs de la Colombie-Britannique et a fait siennes les luttes de la jeunesse étudiante avec laquelle il a partagé bonheurs et malheurs.

Le regretté Charles Boylan, qui était également étudiant à l'Université de la Colombie-Britannique (UCB) à l'époque où Hardial obtenait un diplôme en sciences, a écrit ce qui suit sur les conditions de l'époque.

« Imaginez la situation. Le monde, y compris l'ensemble des écoles de pensée idéologiques et théoriques, était bloqué par le dogme de la guerre froide. La désinformation et les informations erronées étaient la norme, qu'elles viennent des écoles de l'impérialisme euro-étasunien ou des écoles du communisme euro-soviétique. Il y avait un effort concerté contre les réalisations historiques du communisme, de la révolution et de la libération nationale. Toutes les voies de l'analyse et de la pensée indépendantes étaient interdites en pratique sinon dans la loi. Pourtant le sentiment que 'le monde ne va pas rester comme ça' occupait le coeur et l'esprit de la jeunesse. La nécessité du changement s'imposait. Qu'est-ce qui manquait, qu'est-ce qu'il fallait qui n'était pas là ? Quelle serait la clé permettant de libérer cette dialectique du changement ?

« En 1963, Hardial Bains était un étudiant diplômé de 23 ans à l'UCB qui avait immigré quatre ans plus tôt du Pendjab pour étudier la microbiologie au Canada. Au Pendjab, Hardial avait acquis une très bonne réputation de militant communiste et de scientifique avec une pensée solide et on disait que son militantisme politique et son investigation scientifique avaient commencé dès le jeune âge. Mais que faire de ce monde dans la forteresse impérialiste et à l'étranger, dans des conditions aussi complexes, où la notion même d'un front prolétarien de la révolution avait été déclarée chose du passé par la plupart des partis communistes ?

« La guerre froide suffoquait tout le monde au point où le droit de conscience était interdit. Hardial Bains s'est insurgé contre le blocage de la pensée et a lancé l'appel aux étudiants et aux professeurs de se défendre et d'exprimer leur droit de conscience par des actions avec analyse. Un de ses premiers actes publics a été de s'opposer courageusement au terrorisme psychologique de l'anticommunisme maccarthyste qui avait pour slogan 'Better Dead Than Red' ('Mieux vaut être mort qu'être rouge'). À une assemblée de démocratie de masse, debout sur une caisse sur l'esplanade devant la bibliothèque de l'UCB, Hardial a répondu à l'individu hystérique en arrière qui hurlait : 'C'est un communiste !' en rétorquant : 'Et fier de l'être !'

« Se remémorant cet incident plus tard, Hardial a dit que cette réponse avait été un tournant historique, dans le sens que 'c'en était fait de la lâcheté des communistes de l'époque'. Le refus de défendre son droit de conscience était chose du passé. Les communistes devaient être ouverts et fiers de leurs points de vue et des réalisations du mouvement communiste. 'C'est le début du nouveau. Plus personne ne peut arrêter ce mouvement', fut sa conclusion. Mais le nouveau était petit, comme la cellule d'un organisme qui s'éveille à la vie. »

Hardial avait la capacité d'entendre et de répondre à l'appel de l'histoire d'organiser pour réaliser les changements nécessaires pour ouvrir la voie au progrès de la société en ciblant toujours l'obstacle principal à son avancement. Il a fondé son action sur ce que révélait la situation dans les conditions et les circonstances particulières en veillant toujours à mettre sur pied l'organisation pouvant rassembler tous celles et ceux qui ont intérêt à apporter les changements nécessaires. Il a toujours suivi en cela le principe d'unir la force avancée pour mobiliser le milieu et isoler l'arrière. Il s'assurait que le conflit entre les conditions et l'autorité soit résolu de manière à favoriser les intérêts des travailleurs ici et à l'étranger, et la cause des peuples et des nations qui aspirent à la paix, la liberté et la démocratie.

Hardial Bains a répondu à l'appel d'Engels qui disait que le marxisme n'est pas un dogme mais un guide pour l'action. Il a adopté dans toute la profondeur du sens le principe Pas d'enquête, pas droit à la parole pour insister sur la nécessité d'aller au fond des choses en tout temps afin de bien identifier la marche à suivre et de concevoir, comme partie intégrante de la marche à suivre, la tactique nécessaire pour atteindre le but visé. Il donnait ainsi l'exemple de ce que signifie s'opposer au rôle désinformateur de l'État, qui est de priver le peuple de sa propre conception du monde et de sa capacité d'établir les points de vue qui lui donnent l'avantage et d'agir d'une manière à favoriser ses intérêts.

De tous les écrits et documents qu'Hardial Bains a produits durant sa vie, le plus significatif est l'analyse de la nécessité de changement. Celle-ci tirait les conclusions qui s'imposaient de la dégénérescence culturelle et des conditions imposées à la jeunesse par l'influence impérialiste anglo-américaine des années soixante et la campagne anticommuniste. Sur la force de cette analyse, Hardial a tiré la conclusion que « la compréhension nécessite un acte de participation consciente de l'individu, l'acte de découvrir ».

Pour reprendre la phrase célèbre de la brochure Nécessité de changement !, qui s'est vendue à des milliers d'exemplaires parmi la jeunesse, les étudiants et les forces révolutionnaires des années soixante, cet appel place l'action révolutionnaire au centre de tout ce que nous entreprenons. Ce n'est que lorsque l'individu est dans le feu de l'action, engagé dans la bataille, et qu'il a pour but d'humaniser l'environnement social et naturel dans les circonstances données, que la ligne de marche se révèle. Ce n'est que sur cette base, qui consiste à placer l'action révolutionnaire au centre de nos préoccupations, que l'on peut se dire digne de s'appeler marxiste-léniniste, a souligné Hardial.

En portant attention à ce qui est continuellement en train de naître et en voie de disparaître, ce que nous appelons l'ensemble des rapports entre humains et entre les humains et la nature, la nécessité de changement se révèle comme étant la nécessité pour les peuples d'établir leur propre pouvoir politique en réglant leurs comptes avec la vieille conscience de la société. Alors seulement, écrit Hardial Bains, la préhistoire de l'humanité deviendra histoire, les humains, les créateurs de l'histoire, créeront l'histoire humaine libre de tout asservissement. Rompant avec l'ancien, ils parleront enfin en leur propre nom et de leur propre voix au lieu de laisser d'autres agir et parler en leur nom.

De nombreuses réalisations importantes ont été accomplies à chaque étape sous la direction du camarade Bains, y compris :

– l'unification des marxistes-léninistes en une seule organisation basée sur le marxisme-léninisme et le centralisme démocratique à la fin des années 1960;

– la fondation du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) en 1970 en tant qu'instrument nécessaire pour forger l'unité de la classe ouvrière et lui permettre d'accomplir sa mission de bâtisseuse de la nation qui investit le peuple du pouvoir souverain;

– la prise de positions audacieuses à la défense de tous quand l'État a lancé des attaques racistes contre les étudiants afro-canadiens ainsi que les autochtones et les gens d'origine sud-asiatique et antillaise à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix; et

– l'établissement d'une base profondément anti-impérialiste pour le mouvement de solidarité au Canada avec les peuples d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes dans leur lutte de libération. Cela signifie qu'il faut prêter attention à la révolution au Canada tout en soutenant toutes les luttes contre l'impérialisme. Cela comprend le soutien militant qu'il a organisé pour l'indépendance de Cuba contre l'invasion de la baie des Cochons et lors de la soi-disant crise des missiles et pour la libération nationale du Vietnam et des autres pays de la péninsule indochinoise contre l'agression impérialiste étasunienne.

Il a également dirigé la réorganisation du Parti hindustani ghadar à l'étranger en 1969, sur la base du centralisme démocratique, pour perpétuer les traditions des Ghadri Babas et pour les luttes de libération en Inde.

Les contributions importantes d'Hardial comprennent également la défense du marxisme-léninisme et l'élaboration de la pensée marxiste-léniniste contemporaine. Son travail dans les domaines de la philosophie et des sciences sociales comprend notamment l'attention de premier plan portée à la relation cruciale entre la forme et le contenu et à l'étude du marxisme-léninisme parmi les jeunes et l'avancement du mouvement pour les idées éclairées. Il a dirigé la construction de la presse du Parti et de la presse sans parti ainsi que de la base technique du travail du Parti sur tous les fronts. Sa contribution à l'étude de la constitution des États-nations européens et de la manière dont on a investi une personne fictive de l'État de la souveraineté pour priver le peuple du pouvoir décisionnel a conduit à l'important programme d'opposition à l'eurocentrisme, d'appui de chaque peuple sur son propre matériel de pensée et du renouveau démocratique et à son appel à rompre avec ce passé et à aller vers d'autres sommets.

Les exploits d'Hardial Bains sont en effet légendaires par leur audace. Il était intrépide face aux conséquences que lui vaudrait son défi de l'autorité anglo-étasunienne qui, au nom des libertés démocratiques, permet toute activité mais seulement dans la mesure où elle peut imposer ce que l'élite dirigeante appelle des « limites raisonnables ». Nos camarades ont passé beaucoup de temps en prison et beaucoup ont perdu leur emploi et ont vu leur carrière ruinée parce que des forces qui existent au-dessus du peuple décident de ce qui est « raisonnable ».

De même, les peuples autochtones, les travailleurs et les minorités et toutes les forces combattantes subissent les répercussions de l'absence de contrôle sur les prises de décisions qui affectent leur vie et sont forcés à se soumettre. Ceux qui gouvernent tolèrent tout sauf la remise en cause de leur pouvoir. Sur cette base, ils définissent ce qui est acceptable et inclusif et ce qui est marginal et extrémiste et par conséquent inacceptable sous leur domination.

Les positions audacieuses du camarade Bains ont fait ressortir le véritable visage des institutions libérales dites démocratiques que les cercles dirigeants s'efforcent désespérément de préserver et de perpétuer. Ce désespoir devient de plus en plus hystérique et irrationnel avec toutes les preuves montrant que les conditions qui ont donné naissance aux États-nations créés depuis la guerre civile anglaise du XVIIe siècle n'existent plus et que les institutions démocratiques libérales établies pour résoudre les contradictions au sein des cercles dirigeants et entre les cercles dirigeants et le peuple afin d'éviter la guerre civile ne fonctionnent plus.

Or, l'importance de l'oeuvre d'Hardial Bains ne peut être établie en additionnant les contributions ou en décidant laquelle de ces contributions est la plus importante. Lorsque nous parlons d'importance et de signification, nous parlons de choses qui importent ou qui sont signifiées par les événements qui se déroulent et se révèlent. En français, nous disons, « l'importance de l'oeuvre d'Hardial Bains », ce qui est la même chose que la signification de son oeuvre. Autrement dit, nous voulons parler de comment son oeuvre « nous importe », en quoi c'est pertinent pour nous. Dans ce sens, l'oeuvre d'Hardial Bains nous importe parce que c'est une base pour nous attaquer au monde aujourd'hui et à ce que veut dire être révolutionnaire.

Par exemple, l'importance de la fidélité à l'ensemble des relations humaines réside dans le fait qu'au coeur de la société moderne se trouve un pouvoir qui sert de médiateur entre les forces productives humaines et l'association politique existante. Guidés par la fidélité à l'ensemble des relations humaines, nous nous intéressons à la structure sociale, à l'ordre et à la mesure de la structure sociale, pour pouvoir faire des prédictions.

Il ne s'agit pas de prédire des événements, comme la date de la fonte de l'Arctique ou combien d'années il reste avant l'avènement d'une catastrophe climatique irréversible ou la fin du monde. L'importance de la fidélité, non pas à la personne de l'État et à la mythologie politique, mais à l'ensemble des relations humaines, est que vous pouvez faire des prédictions qui permettent d'établir le plan d'action, la tactique et l'organisation nécessaires pour aborder les problèmes auxquels vous êtes confrontés. Vous ne pouvez pas le faire sans voir qu'il faut mettre les intérêts collectifs et les intérêts individuels sur un pied d'égalité et les harmoniser avec l'intérêt général et sans être guidés par le rapport entre les parties et le tout.

Réfléchissant à l'état du mouvement communiste après l'effondrement de l'Union soviétique, qui a marqué le début du repli de la révolution que nous vivons aujourd'hui, caractérisé par une multiplication des crimes contre l'humanité, le camarade Bains a dit : « Si vous êtes révolutionnaires mais non marxistes-léninistes, vous pouvez devenir marxistes-léninistes. Mais si vous êtes marxistes-léninistes mais non révolutionnaires, là il y a un problème. »

Suivant l'exemple que nous a donné le camarade Bains, que signifie alors être révolutionnaire ?

Selon le PCC(M-L), être révolutionnaire, c'est assumer à chaque période les tâches dont la réalisation va réellement changer ou révolutionner la situation. Cela s'oppose à donner de bonnes descriptions de la situation ou à se cacher derrière des phrases « correctes ».

(Centre de ressources Hardial Bains. D'abord publié le 15 août 2019 à l'occasion du 80e anniversaire de naissance d'Hardial Bains)

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Esquisse biographique

Hardial Bains est né en Inde en 1939 à Chak 6, qui se trouve aujourd'hui au Pakistan. Son père était un communiste bien connu qui a été persécuté sans relâche, travaillant dans la clandestinité ou emprisonné pour ses activités anticoloniales et progressistes et sa résistance aux atrocités commises par le Raj britannique. Hardial a grandi à Mahilpur, dans le district de Hoshiarpur. La famille de sept frères et soeurs a souffert de la persécution aux mains des Britanniques. Hardial a pu enfin rencontrer son père pour la première fois à l'âge de neuf ans. Sa mère, qui a dû porter le lourd fardeau d'élever une famille sans source de revenus, n'a jamais failli à la tâche; au contraire, a veillé à ce que tous ses enfants reçoivent une éducation. Les frères et soeurs aînés d'Hardial ont ainsi pu subvenir aux besoins de la famille lorsqu'ils étaient assez âgés et ses soeurs ont été les premières femmes admises au collège de Mahilpur.

D'aussi loin qu'il se souvienne, Hardial était actif en politique. À l'âge de huit ou neuf ans, il s'est joint au mouvement communiste et s'est battu pour la libération de l'Inde de la domination britannique.

Hardial a rejoint l'aile étudiante du Parti communiste indien en quatrième année, devenant ainsi le plus jeune membre de tout le pays, et il l'est resté longtemps. Se remémorant cette période tumultueuse, Hardial a écrit : « Il y avait une condition d'âge pour les membres mais, étant relativement grand pour mon âge et généralement exubérant et énergique, personne ne m'a demandé mon âge. Plus tard, j'ai été le plus jeune secrétaire au niveau du district. »

Hardial a voyagé à travers l'Inde en accomplissant de nombreux exploits pour organiser le peuple contre le pouvoir oppresseur du Raj. Très tôt, il a acquis le surnom « Leader », un titre qui lui a convenu toute sa vie. Par ses écrits et son exemple, Hardial a enseigné qu'un leader est la personne qui fait tout ce qui est nécessaire pour que les autres puissent apporter leur contribution à la cause de la paix, de la liberté, de la démocratie et de l'émancipation de l'humanité. Il a toujours accordé une attention première à son travail au prix de sacrifices personnels et au détriment de sa carrière de scientifique, de professeur et de chercheur. Sa famille, tant en Inde qu'au Canada, l'a soutenu dans toute son activité, tout comme le Parti qu'il a créé et les partis fraternels avec qui il a consacré beaucoup de temps à trouver des solutions communes aux problèmes communs. Il a toujours été très reconnaissant du soutien de sa famille, de ses pairs et de gens partout dans le monde.

Hardial a commencé son travail politique au Canada peu après avoir émigré en 1959. Arrivé à Victoria, en Colombie-Britannique, il a immédiatement commencé à se familiariser avec la vie au Canada et avec l'économie et l'histoire du Canada. Il s'est intégré aux travailleurs de l'industrie du bois et a appris des Ghadri Babas qui se sont battus pour la liberté des Indiens et contre les lois d'exclusion racistes imposées par les Britanniques au Canada et ailleurs. Après avoir déménagé à Vancouver, il a poursuivi des études supérieures en microbiologie à l'Université de la Colombie-Britannique de 1960 à 1965 et a travaillé comme technicien de laboratoire pour le gouvernement de la Colombie-Britannique de 1960 à 1961. Il s'est plongé dans le mouvement politique de la jeunesse et des étudiants en plein essor et a été élu président de la Fédération des étudiantes et étudiants de la Colombie-Britannique en 1964.


Hardial Bains peu après son arrivée au Canada en 1960 (à gauche); travaillant au laboratoire; et devant la Maison internationale de l'Université de la Colombie-Britannique en 1962.

Le travail qu'il a accompli durant cette période se caractérise par la construction de l'organisation qui regroupe les forces sociales ayant intérêt à apporter le changement exigé par l'époque. En 1963, il a rassemblé des jeunes tournés vers l'avenir dans les Internationalistes. Les Internationalistes se sont battus pour établir un climat de discussion académique sur le campus de l'Université de la Colombie-Britannique, contre le sectarisme dégénéré de la politique de factions et la collaboration idéologique avec la classe dominante, qu'Hardial identifiera plus tard comme les trois « i » : impérialisme, ignorance et impuissance.

Hardial a enseigné au Trinity College de Dublin, en Irlande, de 1965 à 1967 dans le cadre d'un programme d'échange. Son manuel d'enseignement était encore utilisé par le département de microbiologie lorsqu'il a visité l'université 25 ans plus tard.

Pendant son séjour en Irlande, Hardial a introduit la méthode consistant à organiser des réunions de démocratie de masse en plein air, auxquelles un grand nombre d'étudiants assistaient pour discuter des affaires courantes et prendre position d'une manière qui favorisait leurs intérêts et répondait à leurs préoccupations. Il a fondé les Internationalistes d'Irlande à Dublin pour diriger ce travail et a organisé le programme d'étude Nécessité de changement afin d'engager les jeunes dans l'analyse de leurs conditions pour tirer les conclusions qui s'imposent. La série de conférences qu'il a données dans le cadre de ce programme a conduit à la tenue de l'importante conférence Nécessité de changement à Londres, en Angleterre, du 1er au 10 août 1967. L'analyse Nécessité de changement ! adoptée par la conférence est résumée dans la célèbre brochure portant le même titre qui s'est vendue à des milliers d'exemplaires à l'époque. Elle a été rééditée en 1998 avec une préface de l'auteur et demeure en demande à ce jour.


Hardial Bains dirige la discussion lors de la conférence Nécessité de changement à Londres, en Angleterre, en août 1967.

Hardial est ensuite retourné au Canada, arrivant à Montréal le 1er mai 1968. De nombreux jeunes révolutionnaires de la Colombie-Britannique et de tout le pays l'ont rejoint à Montréal et ensemble, sous la direction d'Hardial, ils ont effectué un travail d'organisation révolutionnaire tous azimuts. Le 7 mai, les Internationalistes, fondés à l'Université de la Colombie-Britannique en 1963, étaient réorganisés en un mouvement marxiste-léniniste de la jeunesse et des étudiants, conformément aux conclusions de l'analyse Nécessité de changement qui révélait le besoin d'une force organisée basée sur le centralisme démocratique. Hardial a continué d'élaborer et d'enrichir l'analyse sur la base de l'expérience acquise au cours de ce travail. L'Institut d'études idéologiques Nécessité de changement, créé en 1967, a ensuite été enregistré sous le nom de Centre d'études idéologiques pour lequel Hardial a travaillé professionnellement en tant que directeur pour le reste de sa vie. Jusqu'à ce jour, l'institut continue d'élaborer l'analyse de Nécessité de changement et la théorie révolutionnaire requise par le mouvement révolutionnaire.

Au cours de cette période, Hardial Bains a également été le fer de lance de la fondation de nombreuses organisations qui ont lutté pour les droits démocratiques du peuple, notamment la défense des droits de tous les travailleurs, du droit du peuple québécois à l'autodétermination et des droits ancestraux des peuples autochtones. Son travail de soutien aux luttes de libération des peuples de l'Inde, de la Corée, du Vietnam et de la péninsule indochinoise, de Cuba, de la Grèce et de tous les peuples du monde a permis d'avancer leur contenu anti-impérialiste. Son travail a permis de régler les comptes avec le chauvinisme anglo-canadien, l'anticommunisme, le révisionnisme moderne et l'opportunisme de tout acabit, ainsi que l'exceptionnalisme étasunien. Plus important encore, Hardial a été le fer de lance de la fondation du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) en 1970 et en est resté le dirigeant national jusqu'à sa mort en 1997.


Manifestation à l'Université de Colombie-Britannique le 24 octobre 1962 pendant la « crise des missiles de Cuba », quelques mois avant la fondation des Internationalistes


Hardial Bains au VIe Congrès du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) en octobre 1993

Hardial Bains s'adresse à la conférence de fondation de l'Opposition syndicale révolutionnaire du Canada.

Les organisations qu'il a fondées ont toujours joué un rôle crucial dans l'organisation des travailleurs, des femmes et des jeunes, de manière à contribuer de façon décisive à la solution des problèmes auxquels le peuple est confronté à tout moment. En 1969, il a fondé à Montréal le Comité pour la défense des droits démocratiques du peuple et en 1968-1969 les mouvements étudiants révolutionnaires et les Intellectuels et Ouvriers patriotes du Québec, tout en construisant les instruments de la presse du Parti qui paraissait quotidiennement en deux langues depuis le début. Hardial a également regroupé les Indiens résidant à l'étranger et a réorganisé le Parti hindustani ghadar en 1969 sur la base du centralisme démocratique et des principes révolutionnaires suivant l'appel des martyrs indiens à transformer en victoire les sacrifices consentis dans la lutte pour la libération de l'Inde. Parmi les organisations fondées partout au Canada sous sa direction, citons le Comité de défense indien en 1973, le Front du peuple contre la violence raciste et fasciste en 1980 et l'Organisation des peuples antillais. Il a également travaillé en étroite collaboration avec les femmes et les jeunes pour la défense de leurs droits. Ce qui lui tenait le plus à coeur était le travail parmi les travailleurs pour développer l'opposition ouvrière sur la base de la politique indépendante de la classe ouvrière, afin qu'ils puissent résoudre à leur avantage les problèmes auxquels le mouvement ouvrier et communiste et la société sont confrontés.

Hardial Bains prend la parole à la troisième convention annuelle du Comité de défense indien en 1977 (à gauche) et lors d'un rassemblement organisé à l'occasion de la fondation du Front du peuple à Vancouver le 22 novembre 1980.


Hardial Bains lors d'une marche à l'occasion du congrès de fondation de l'Union
des femmes démocratiques à Vancouver, le 8 mars 1981 (à gauche) et en conversation avec les jeunes, le 30 août 1992

Hardial accordait une grande attention aux questions culturelles, notamment aux festivals sportifs, à la musique et à la littérature. Il a aidé les organisations de travailleurs culturels au Canada et en Grande-Bretagne et a lui-même contribué à des chansons et des poèmes qui ont inspiré tous ceux qui luttaient à se battre, sans se décourager. Comme le souligne une phrase de l'un de ses poèmes gravée sur le monument du Parti au cimetière Beechwood : « Que la marche continue car la route est claire. Que l'être humain moderne fasse l'histoire. Quelque chose nous appelle, allons de l'avant. »


Hardial Bains au 2e Festival national pan-canadien de la jeunesse en 1979

La lutte idéologique contre la révision ou l'interprétation dogmatique des principes communistes est comme un fil rouge qui traverse toute la vie politique d'Hardial Bains. Nombre de ses écrits traitent de l'abandon des idéaux progressistes et du socialisme au coeur du conflit dans l'ancienne Union soviétique et en Europe de l'Est et de la trahison de la cause des peuples dans divers pays du monde. La lutte contre cet abandon a été un trait saillant de ses activités depuis les années 1960.

Dans ce contexte, Hardial a également joué un rôle important en aidant les partis et organisations communistes qui ont vu le jour dans le monde entier dans les années 1960, 1970 et par après. Son internationalisme était tel qu'il ne s'ingérait jamais dans les affaires intérieures des autres, tout en encourageant les habitants de chaque pays à être leurs propres modèles et à se tenir debout. Dans les années 1990, il a aidé à organiser des séminaires internationaux sur des problèmes communs. Ils ont porté sur des sujets comme le repli de la révolution, la nécessité de définitions modernes, la définition de la personnalité démocratique moderne, l'eurocentrisme, les droits des minorités, le communisme et les droits humains. Il a grandement contribué à renforcer les relations de travail afin d'analyser et d'évaluer les développements mondiaux et de veiller à ce que la discussion politique nécessaire à tous soit organisée.


Hardial Bains lors d'un rassemblement organisé en mars 1977 après la descente de la police au Centre ouvrier du Parti et son arrestation sous de fausses accusations

Hardial Bains était très admiré parmi ses collègues et ceux qu'il rencontrait au cours de ses activités politiques pour son dévouement au progrès de l'humanité et son adhésion aux principes les plus avancés. L'élite dirigeante canadienne détestait sa politique et l'a pris pour cible dans le cadre de l'opération menée à l'époque appelée Operation Checkmate (GRC) sous les auspices de la fameuse Opération Chaos menée par la CIA étasunienne. Il a été continuellement calomnié et diffamé. Il a dû se battre contre plusieurs poursuites frauduleuses visant à le criminaliser et à le discréditer et a déjoué plusieurs tentatives d'assassinat, notamment des sorties de route forcées de la voiture dans laquelle il se trouvait ou le feu mis au réservoir d'essence de sa voiture et d'autres mesures désespérées. Il a fait l'objet d'un mandat d'Interpol lors de la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre en 1970 et s'est vu refuser la citoyenneté canadienne jusqu'en 1988, ce qui a entraîné le déni des droits pour son épouse et ses enfants. Il a également été privé de son passeport par le gouvernement indien de 1975 à 1977, pendant l'état d'urgence déclaré par Indira Gandhi. Il était sous la surveillance constante du FBI et s'est vu refuser l'entrée aux États-Unis.

Avec l'effondrement de l'Union soviétique en 1989-1990 et la fin de la division bipolaire du monde, Hardial s'est lancé dans un travail audacieux pour créer les conditions pour que le peuple s'investisse du pouvoir de décider et puisse résoudre en sa faveur la crise globale, avec la crise économique à la base. Son travail pour le renouveau démocratique du processus politique donne la direction dont le corps politique a besoin aujourd'hui. Il a présenté un mémoire au nom du PCC(M-L) à la Commission royale sur la réforme électorale et le financement des partis en 1990. Plus tard, en 1992, il a dirigé le Comité « Votez Non le 26 octobre », qui a été le fer de lance de l'effort pour faire échouer le référendum réactionnaire sur l'Accord de Charlottetown, par lequel la classe dirigeante a tenté de réformer la Constitution du Canada tout en maintenant le corps politique divisé, les travailleurs dans une position inférieure, les peuples autochtones opprimés et les droits de la nation québécoise niés. Le Non ! l'a emporté face à l'ensemble des forces de l'establishment qui incitaient le peuple à voter oui. Pour aider la campagne du Non, Hardial a publié deux livres traitant du problème constitutionnel au Canada : La substance du Rapport du consensus sur la constitution et Pour faire face à l'avenir. Il a ensuite publié un troisième livre, Un pouvoir à partager, en 1993, pour tracer une voie vers l'avant. Un pouvoir à partager met l'accent sur la nécessité de procéder à un renouveau démocratique du processus politique. Grâce à l'élan et à l'unité acquis lors de la campagne réussie pour rejeter l'Accord de Charlottetown, Hardial a été le fer de lance de la fondation du Conseil national du renouveau, qui a mené à la création du Parti du renouveau canadien en tant qu'association politique non partisane pour poursuivre le travail d'investir les Canadiens du pouvoir de décider de leurs affaires.


Hardial Bains prend la parole lors de réunions à Toronto et à Ottawa dans le cadre du travail effectué en 1992 pour le Renouveau démocratique et pour un vote pour le Non ! à l'Accord de Charlottetown.


Hardial Bains prend la parole lors de la conférence constitutionnelle du Parti canadien du renouveau tenue à Ottawa les 11 et 12 septembre 1993.

En 1995, Hardial Bains a lancé l'Initiative historique, un projet d'édification nationale qui appelle la classe ouvrière à se constituer en la nation et à investir le peuple du pouvoir souverain. Son travail théorique se concentre sur la nécessité de régler les comptes avec la vieille conscience de la société de manière à permettre l'émergence de la personnalité démocratique moderne. Hardial incarnait cette personnalité démocratique, avec son amour social et sa lutte pour une société humanisée adaptée aux êtres humains et à la nature. Bien que sa vie ait été écourtée par un cancer en 1997, sa vie et son oeuvre se perpétuent dans le travail du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) et dans le coeur et l'esprit des jeunes générations qui suivent sur ses pas.


Hardial Bains lance l'Initiative historique du PCC(M-L) à Ottawa le 1er janvier 1995.

(Centre de ressources Hardial Bains)

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Vidéo

L'acte du Parti est sa parole
Hardial Bains – un portrait

Cette vidéo a été réalisée à l'occasion de la dédicace du Monument du Parti, le 15 août 1999, et montre comment, tout au long de sa vie politique, le camarade Bains a été l'instrument de la construction du Parti dont la parole est dans son acte.

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