Numéros 7-8
Juillet-août 2025
Opposition militante à l'abus de pouvoir et à l'impunité sanctionnée par l'État
• La Loi C-5 sur « l'unité de l'économie »
• Le « Sommet des Premières Nations » à Gatineau signé Carney
• Les peuples autochtones affirment leur droit d'être et exigent le retrait des lois antisociales
Nord de l'Ontario
• Opposition à la pulvérisation aérienne d'herbicides à large spectre
Feux de forêt au Canada, 2025
Opposition militante à l'abus de pouvoir et à l'impunité sanctionnée par l'État
La Loi C-5 sur « l'unité de l'économie »
Le gouvernement fédéral de Mark Carney et les gouvernements
provinciaux, en particulier celui de l'Ontario de Doug Ford,
sont engagés à font de train dans un programme de destruction
nationale tout en parlant d'édification nationale, de prospérité
et de sécurité nationale. Ils ont entrepris de restructurer
l'État pour satisfaire les exigences des oligopoles et de
l'oligarchie financière internationale. Ils accordent à ces
intérêts privés étroits un accès illimité aux ressources du
Canada et utilisent des moyens antidémocratiques pour y
parvenir.
Selon le narratif donné par Mark Carney, ses ministres, les
médias privés et les experts de toutes sortes qui sont invités à
intervenir, le Canada est confronté à une crise existentielle à
cause des tarifs douaniers des États-Unis et des menaces de
faire du Canada le 51e État et cela leur donne le droit
d'adopter des lois qui leur accordent essentiellement le droit
de gouverner avec des pouvoirs d'urgence.
La Loi C-5 du gouvernement fédéral et la Loi 5 du gouvernement
de l'Ontario donnent respectivement aux premiers ministres du
Canada et de l'Ontario le pouvoir de modifier ou de passer outre
aux lois et règlements existants afin d'accélérer la mise en
uvre de projets dits d'« intérêt national », bafouant ainsi en
toute impunité les droits des Canadiens, des Québécois, des
peuples autochtones, des Métis et des Inuits.
Le projet de loi C-5, officiellement intitulé Loi édictant la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d'oeuvre au Canada et la Loi visant à bâtir le Canada, a été adopté en procédure accélérée par la Chambre des communes et le Sénat et a reçu la sanction royale le 26 juin. Seulement 20 jours s'étaient écoulés depuis son dépôt à la Chambre des communes le 6 juin. La gouverneure générale Mary Simon a fait la sourde oreille à l'appel lancé par les dirigeants autochtones qui lui demandaient de refuser la sanction royale.
Les principales
caractéristiques de la loi sont la réduction des obstacles au
commerce interprovincial et la création d'un cadre permettant
d'accélérer les projets d'infrastructure et d'énergie à grande
échelle que le cabinet déclare être dans « l'intérêt
national ».
À l'adoption du projet de loi, Mark Carney a publié sur le site web du premier ministre : « Ce projet de loi permettra de bâtir une économie canadienne forte et unifiée grâce aux mesures suivantes : élimination des obstacles fédéraux au commerce intérieur et à la mobilité de la main-d'oeuvre, afin de garantir la libre circulation des biens, des services, des travailleurs et des entreprises entre les provinces et les territoires; accélération des projets d'intérêt national qui relieront et transformeront notre pays et stimuleront la croissance économique, tout en garantissant la protection de l'environnement et le respect des droits des peuples autochtones. »
Les projets dits d'« intérêt national » peuvent inclure des mines, des pipelines, des ports, des autoroutes, des lignes de transport d'électricité et des centrales nucléaires. Ils seraient approuvés dans le cadre d'un nouveau processus « à guichet unique » supervisé par un ministre fédéral. Une fois désigné d'« intérêt national », un projet peut éviter plusieurs obstacles réglementaires.
Selon la nouvelle loi, les éléments qui peuvent rendre un projet « d'intérêt national » comprennent l'évaluation par un ministre qu'il peut « a) renforcer l'autonomie, la résilience et la sécurité du Canada; b) procurer des avantages économiques ou autres au Canada; c) avoir une forte probabilité de mise en oeuvre réussie; d) promouvoir les intérêts des peuples autochtones; e) contribuer à la croissance propre et à l'atteinte des objectifs du Canada en ce qui a trait aux changements climatiques ». Il faut savoir qu'aucune de ces conditions n'est obligatoire. Et ces objectifs ambitieux restent discrétionnaires, car personne ne sait quels sont les intérêts qui motivent le ministre ou le cabinet.
En d'autres termes, cela donne au cabinet toute latitude pour décider, sans débat public ni vote parlementaire, quels projets figureront sur la liste.
Le gouvernement libéral minoritaire, avec le soutien des conservateurs, a limité le débat à la Chambre des communes et au Comité permanent des transports, de l'infrastructure et des collectivités, et a pris des mesures pour assurer l'adoption rapide du projet de loi au Sénat afin qu'il soit en vigueur avant la pause estivale du Parlement. À la Chambre des communes, les deux parties du projet de loi ont fait l'objet de votes séparés le 20 juin.
La première partie, la Loi édictant la loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d'oeuvre au Canada, a été adoptée par 335 voix contre une, celle de la députée du Parti vert Elizabeth May.
La deuxième partie, la Loi visant à bâtir le Canada, a été adoptée par 306 voix contre 31. Les conservateurs ont soutenu le gouvernement, tandis que les députés du NPD, du Bloc québécois et du Parti vert, ainsi qu'un député libéral, Nathaniel Erskine-Smith, s'y sont opposés.
Le Sénat a procédé à un vote sur les deux parties et il n'y a pas eu de vote à main levée, de sorte qu'il n'y a pas d'indication du nombre de sénateurs qui ont voté pour ou contre. Seuls huit témoins ont été entendus par le Comité permanent des transports, de l'infrastructure et des collectivités, et pourtant beaucoup de personnes et d'organisations ont demandé à intervenir.

Des lois ayant des objectifs similaires qui ont récemment été adoptées de manière tout aussi antidémocratique au Québec, en Ontario, en Colombie-Britannique et dans d'autres provinces, bien qu'elles soient largement condamnées, surtout quand elles privent les peuples autochtones de leur droit à l'autodétermination et privent les Canadiens et les Québécois du droit d'avoir leur mot à dire sur les choses qui les concernent. Ces lois sont imprégnées de notions colonialistes du XIXe siècle qui sont foncièrement racistes.
Une opposition massive, des rassemblements, des lettres, des conférences de presse et des mémoires écrits provenant d'une myriade d'organisations, y compris une condamnation pancanadienne du mépris du gouvernement à l'égard des droits des peuples autochtones, ont suivi. En réponse, Mark Carney et ses ministres se sont empressés d'affirmer qu'aucun projet ne serait mis en oeuvre sans « consulter » les peuples autochtones.
Cette réponse n'a fait qu'aggraver la crise de crédibilité du gouvernement et des institutions démocratiques au Canada car, comme l'ont souligné les organisations autochtones et d'autres organisations, elles ont été exclues, comme tout le monde, de toute consultation sur le projet de loi C-5 lui-même. Personne ne croit qu'après s'être donné carte blanche pour passer outre aux lois et règlements fédéraux et provinciaux, le gouvernement respectera les droits des peuples autochtones au consentement libre, préalable et éclairé, le droit de dire NON ! à des projets qu'un ministre du cabinet a jugés d'intérêt national.
Depuis, Mark Carney a
tenu des réunions avec les Premières Nations, les Inuits et les
Métis. Bien que lui et son équipe aient trié sur le volet les
personnes qu'ils ont choisi de « consulter », ils
continuent de se heurter à une résistance militante.
Le gouvernement Carney gouverne en usurpant les droits des parlementaires. Il utilise également tous les moyens possibles pour nier le droit des Canadiens et des Québécois de participer aux décisions concernant l'économie canadienne afin de garantir qu'elles soient guidées par le bien-être de la population, la protection de la Terre Mère et le commerce avec d'autres pays sur la base de l'avantage réciproque.
La politique de Mark Carney consistant à faire tout ce qu'il
faut pour « bâtir, bâtir, bâtir », comme il le dit, met en
danger l'environnement naturel et social et contribue à aggraver
la crise des institutions démocratiques canadiennes.
Présenter les intérêts privés étroits des oligopoles et de
l'oligarchie financière internationale comme la base de
l'édification nationale n'est pas crédible et deviendra de plus
en plus le talon d'Achille du gouvernement Carney. Son attitude
catégorique met en évidence les dangers pour le peuple et la
nécessité d'un renouveau politique pour investir le peuple de la
souveraineté.
Les Premières Nations intentent une action en justice contre des lois visant à contourner leur consentement
Le 14 juillet, neuf Premières Nations de l'Ontario ont déposé une requête devant la Cour supérieure de l'Ontario contre les gouvernements de l'Ontario et du Canada afin d'obtenir une injonction interdisant à ces derniers de donner suite à deux projets de loi récemment adoptés sans leur consentement. Les deux lois en question sont le projet de loi 5 de l'Ontario, intitulé Loi de 2025 pour protéger l'Ontario en libérant son économie, et la Loi C-5 du Canada qui comprend la Loi visant à bâtir le Canada.
Plus précisément, les Premières Nations demandent « une injonction provisoire, interlocutoire et/ou permanente interdisant à l'Ontario et au Canada de prendre toute mesure visant à donner effet au projet de loi 5 et à la Loi C-5 (respectivement), y compris la mise en place ou la mise en oeuvre de zones économiques spéciales, l'identification de projets d'intérêt national ou toute autre mesure ayant une incidence sur les territoires des Premières Nations requérantes sans leur consentement ».
La requête expose en quoi ces lois violent les droits ancestraux et issus de traités de ces Premières Nations, ainsi que les obligations du Canada en vertu de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et d'autres lois et conventions. Elle souligne les « clauses Henri VIII » incluses dans les deux textes législatifs, « qui accordent respectivement au gouvernement fédéral et au gouvernement de l'Ontario des pouvoirs étendus pour accélérer le développement, dispenser de certaines exigences réglementaires et faire fi des droits et intérêts des peuples autochtones ». Ces clauses, qui portent le nom péjoratif de « clauses Henri VIII », permettent au cabinet de contourner la législation primaire sans passer par le pouvoir législatif ou de suspendre les exigences réglementaires légales au nom de la suppression des obstacles au « développement économique » et à « l'intérêt national ».
Les Premières Nations soulignent que les lois fédérales et provinciales « sont toutes deux conformes à l'objectif déclaré du Canada de supplanter l'objectif premier des examens, qui est de déterminer si les projets doivent être réalisés, par comment ils doivent être réalisés. Alors que les Premières Nations seraient normalement associées à la première étape, qui consiste à désigner un projet comme projet d'intérêt national, les dispositions Henri VIII autorisent le Canada à supprimer ou à réduire les possibilités de participation des Autochtones et de protection de leurs droits à toutes les étapes importantes qui suivent. »
La requête soutient que les deux lois se renforcent l'une l'autre, ce qui amplifie leurs effets. « Étant donné que les deux lois sont similaires dans leurs régimes, leurs objectifs et leurs effets, les Premières Nations n'ont aucune échappatoire », peut-on lire dans la plainte. La requête souligne que les deux lois « représentent un danger clair et présent » pour les Premières Nations. Elles soutiennent que les deux textes législatifs autorisent la Couronne « à imposer unilatéralement des projets sans consultation significative ou sans aucune consultation des Premières Nations » et « violent l'obligation constitutionnelle de la Couronne de faire progresser [...] la réconciliation ». La plainte rejette également les promesses de consultation des communautés autochtones faites par la Couronne, les qualifiant de « fumée et miroirs », et affirme que les « exclusions autorisées » des Premières Nations contenues dans la législation sont « inconstitutionnelles ».
Le 16 juillet, les plaignants ont tenu une conférence de presse à Queen's Park, à Toronto, pour informer le public de leur cause.
Kate Kempton, l'avocate qui représente les Premières Nations concernées, qui a ouvert la conférence de presse, a souligné que ces deux lois donnent au « cabinet et aux gouvernements des pouvoirs illimités » pour accélérer la mise en oeuvre de mégaprojets et balayer les lois et les processus en place pour protéger les terres et les personnes qui y vivent. Elle a rappelé que l'argument avancé par les deux niveaux de gouvernement pour qui ces lois sont nécessaires pour protéger l'intérêt national et défendre le Canada contre les droits de douane imposés par Trump ne signifie pas qu'ils peuvent passer outre aux droits des peuples autochtones. L'avocate a souligné que les deux niveaux de gouvernement ont failli « pendant des décennies » à leur obligation de remédier aux graves violations des droits humains dans les communautés autochtones, notamment le manque de logements, d'eau potable, de soins de santé et d'autres droits fondamentaux, et que ces deux lois ne feront qu'aggraver les conditions de vie déjà difficiles des peuples autochtones du Canada. Elle a ajouté que les plaignants ne permettront pas à la Couronne de mettre en oeuvre ces lois et qu'ils ont l'intention de se battre pour obtenir justice jusqu'à la victoire.
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June Black, la cheffe de la nation Apitipi Anicinapek, l'une des Premières Nations à l'origine de la plainte, a déclaré lors de la conférence de presse : « Ce qui va se passer va être très néfaste. Les projets de loi 5 et C-5 sont des textes législatifs qui tentent de bafouer les droits et les terres de nos Premières Nations sans aucun respect pour notre processus décisionnel et notre juridiction. »
« Les Premières Nations ont le droit à l'autodétermination, a-t-elle dit. Nous avons le droit de vivre sur nos terres, et ce mode de vie inclut le pouvoir décisionnel et les autorités gouvernementales. Le Canada et l'Ontario ne peuvent continuer à prendre des décisions unilatérales concernant les développements et les grands projets. » Elle a ajouté : « Nous ne tolérerons pas que les gouvernements de la Couronne s'emparent de nos terres comme bon leur semble. Les gouvernements de la Couronne sont tenus d'agir honorablement dans toutes leurs décisions et relations avec les Premières Nations.
Accélérer la mise en oeuvre de projets et les exempter d'autorisations et d'approbations est loin d'être honorable. Approuver des projets sans le consentement des peuples des Premières Nations, qui vivent sur ces terres depuis toujours, est encore moins honorable. » Tayner Simpson, chef de la Première Nation d'Alderville, a fait valoir : « Nous sommes le seul peuple à avoir vécu ici sans interruption depuis 10 000 ans, et nous serons toujours ici. Il est de notre devoir de veiller à ce que nos terres soient protégées, que notre nature soit protégée, que nos ancêtres qui sont enterrés sur tout ce territoire soient protégés. »
Sheri Taylor, cheffe de la Première Nation de Ginoogaming, a fait remarquer : « L'Ontario et le Canada se disent inquiétés par le président Trump et utilisent cela comme excuse pour éroder et réduire davantage la participation, l'engagement, le consentement et la prise de décision des Premières Nations. »
« Les gouvernements de la Couronne montrent qu'ils se soucient davantage des menaces du président voisin que des menaces auxquelles les Premières Nations sont confrontées depuis des siècles », a-t-il ajouté.
Todd Cornelius, chef de la nation Oneida de Thames, a fait remarquer : « Nous sommes contre le fait que nos terres nous soient prises et utilisées d'une manière qui ne nous convient pas. Nous voulons un développement qui se fait de la bonne manière. La bonne manière signifie protéger et conserver l'environnement, les terres, les eaux et les espèces. La bonne manière signifie également la pleine participation aux décisions des Premières Nations qui ont des droits sur nos terres. » Il a également souligné que cette initiative des gouvernements de l'Ontario et du Canada a poussé les jeunes des Premières Nations à se mobiliser pour défendre leurs droits, ce qui constitue une évolution très importante.
Notons que la Première Nation d'Aroland fait partie de cette
contestation judiciaire. En janvier, le gouvernement Ford a
beaucoup fait la promotion de son « partenariat » avec
la Première Nation d'Aroland pour construire une route et
d'autres infrastructures vers le Cercle de feu, laissant
entendre que cette Première Nation avait déjà consenti au plan
global du gouvernement concernant le cercle de feu. À l'époque,
le chef Sonny Gagnon d'Aroland avait souligné que sa communauté
avait accepté la construction de la route et la modernisation
des infrastructures, mais qu'elle ne s'était engagée à rien
d'autre. Il n'est pas surprenant que le gouvernement Ford donne
cette interprétation biaisée de l'accord conclu avec la Première
Nation d'Aroland, cela fait partie de l'offensive politique
contre les peuples autochtones.
Pour lire le texte complet de l'avis, cliquez ici.
(CBC, APTN, gouvernement de l'Ontario, Windbreaker)
Le « Sommet des Premières
Nations »
à Gatineau signé Carney

Les chefs des Premières Nations participent à des réunions avec
le gouvernement Carney au
Musée d'histoire, Gatineau, 17 juillet 2025.
L'un des objectifs que se sont fixés les derniers gouvernements
du Canada est de trouver le moyen de dépouiller les peuples
autochtones de ce qui leur appartient de droit, en commençant
par l'obtention de leur consentement sur ce qu'ils veulent faire
sur leurs territoires. Depuis la Confédération, cela se fait
principalement par le l'entremise du système des conseils de
bande et de la Loi sur les Indiens. Il s'agit
d'instruments illégitimes imposés pour déposséder les peuples
autochtones de tous leurs droits ancestraux, les soumettre à un
génocide culturel et justifier ce qui ne peut être justifié. La
domination des colonialistes britanniques, puis de l'oligarchie
anglo-canadienne, a fait des peuples autochtones les pupilles
d'un État étranger. Ayant échoué à maintes reprises à obtenir
l'acquiescement des peuples autochtones, les gouvernements
Harper puis Trudeau ont commencé à conclure des accords avec des
intérêts commerciaux, les utilisant pour passer outre le
consentement des peuples autochtones. Le gouvernement Trudeau a
tenté de le faire subrepticement de diverses manières, en
recourant aux interventions armées violentes de la GRC et de la
police politique dans le cas des Wet'suwet'en en
Colombie-Britannique. Le gouvernement Carney le fait
ouvertement, sans aucune honte.
La réunion de deux jours convoquée par le gouvernement Carney
les 16 et 17 juillet au Musée d'histoire de Gatineau a montré
que M. Carney pense qu'il peut s'en tirer en attaquant la
souveraineté autochtone, même ineffective soit-elle dans les
conditions actuelles. Le premier ministre a appelé cette réunion
le « sommet de consultation des Premiès Nations sur les grands
projets ».
La deuxième journée a commencé par une allocution du premier ministre Mark Carney, suivie de celle de la cheffe nationale de l'APN, Cindy Woodhouse Nepinak.
Bien que le premier ministre ait insisté tout au long de son discours sur le fait qu'il était là pour « écouter », l'organisation de la rencontre a laissé peu ou pas d'espace pour un véritable échange ou pour que les participants puissent exprimer leurs points de vue. Beaucoup ont eu le sentiment qu'on leur parlait sans les écouter.
Mark Carney a qualifié l'événement de sommet sur les grands
projets, invoquant dans son discours les ports, les corridors,
les minéraux critiques et autres infrastructures. Il a cité
comme modèle de partenariat avec les Premières Nations
l'installation de traitement et le terminal d'exportation de
Cedar Natural Liquid Gas en Colombie-Britannique. Malgré tout,
il a affirmé à la fin de son allocution qu'il n'existait
« aucune liste de ces projets », laissant entendre que
ce seront les Premières Nations qui en décideront.
Le discours de Carney était un exemple flagrant de la manière
dont les banquiers et les oligarques financiers parlent des
questions que les peuples considèrent comme sacrées au nom de la
logique économique, et si ceux-ci s'y opposent, ils n'auront
qu'eux-mêmes à blâmer pour la situation désespérée dans laquelle
ils se trouvent en raison des relations d'oppression et
d'exploitation qui leur sont imposées.
Tel le loup déguisé en grand-mère pour mieux assujettir le Petit
Chaperon rouge, Mark Carney a parlé d'« un nouveau
chapitre dans la relation entre le gouvernement du Canada et les
Premières Nations ». Il a affirmé que la Loi C-5 était « la
première législation fédérale à placer la croissance économique
autochtone au coeur de son objectif ».
Comme si les mots avaient le sens que leur donne celui qui les
prononce, M. Carney a déclaré que le respect des droits des
peuples autochtones était un objectif fondamental de la Loi
visant à bâtir le Canada. « La loi exige
une consultation significative avec les peuples autochtones,
tant dans le processus de détermination des projets d'intérêt
collectif que dans l'élaboration des conditions entourant leur
mise en oeuvre », a dit Mark Carney. « C'est une exigence légale
qui respecte l'article 35 de notre Constitution, le devoir de
consulter. Elle réaffirme l'engagement du gouvernement à mettre
en oeuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits
des peuples autochtones, y compris le consentement libre,
préalable et éclairé. »
Comme les peuples autochtones l'ont clairement souligné, ce
gouvernement insiste pour donner l'interprétation de l'État
canadien en ce qui concerne l'obligation de consultation, à
savoir qu'en fin de compte, c'est le pouvoir exécutif qui
décide. C'est ainsi que l'État canadien interprète les traités
autochtones depuis sa constitution en 1867. Le rôle des peuples
autochtones est de s'y conformer avec le sourire ou de se faire
damner. Dans ce pays, tout est un privilège, pas un droit.
Il n'est donc pas surprenant que M. Carney ait clairement
indiqué que ce processus de consultation est soumis aux limites
imposées par son nouveau « Conseil consultatif
autochtone ».
Des chefs ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'indépendance
de ce conseil et ont fait valoir qu'ils voulaient participer à
la nomination de ses membres. Ils s'inquiètent également du fait
que le gouvernement pourrait considérer les avis de ce conseil
comme l'équivalent d'une consultation avec les titulaires de
droits, tout en contournant les communautés directement
concernées.
La cheffe nationale de l'APN, Cindy Woodhouse
Nepinak, s'adresse aux participants.
Après les déclarations du premier ministre, les médias ont été escortés hors de la salle, ce qui fait qu'ils n'ont pas entendu le discours de la cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak devant les centaines de chefs rassemblés.
L'APN a plaidé pour que toute la rencontre soit ouverte au public et Cindy Woodhouse Nepinak s'est excusée de devoir tenir une conférence de presse à l'extérieur du musée.
« Vous auriez dû être là, et vous auriez dû pouvoir entendre mon discours », a-t-elle dit. Elle a réitéré ce message plus tard dans la journée à un groupe de jeunes qui avaient fait un long voyage jusqu'à Ottawa pour manifester leur opposition à la nouvelle loi.
Exprimant son mécontentement, le grand chef Trevor Mercredi, du Traité 8 de l'Alberta, a déclaré :
« Nous sommes venus ici pour faire valoir nos droits. Nous ne sommes pas venus pour poser des questions. Nous ne sommes pas venus pour quémander. Nous sommes simplement venus affirmer nos droits et faire comprendre à tout un chacun ce qui les attend s'ils s'attaquent à nos ressources. »
Le chef Jeff Copenace des Ojibwés d'Onigaming a dit : « Si le Canada veut construire, nous aussi voulons construire, a-t-il expliqué. Nous voulons construire des infrastructures pour la jeunesse. Nous voulons construire des centres de crise pour les jeunes. Nous voulons construire des centres récréatifs pour les jeunes [...] Voilà les types de projets que les jeunes attendent, et pas nécessairement les grands projets dont on discute ici. »
Le jeune leader Jeronimo Kataquapit de la Première Nation d'Attawapiskat a dirigé un groupe de 20 jeunes des Premières Nations qui, avec d'autres, ont mené des actions à l'entrée de l'édifice où avait lieu la rencontre et sur la Colline du Parlement, où ils ont pris la parole avec défiance. Au Musée de l'histoire, des agents de la GRC leur ont interdit l'entrée.
« Quand des gens entrent chez vous, vous ne restez pas là à les regarder faire ce qu'ils veulent. Vous protégez votre maison », a déclaré Jeronimo aux journalistes à l'extérieur de la rencontre.
« Ces projets de loi actuels ne sont qu'une continuation de la doctrine de la découverte, un document qui ne nous reconnaît même pas comme êtres humains », a dit Cedar Aisipi de la Première Nation d'Attawapiskat à propos de la Loi C-5 du fédéral et du projet de loi 5 de l'Ontario. « Voilà ce que sont ces lois. En tant que détenteur de droits issus de traités, en tant que personne avec des droits inhérents, je rejette les projets de loi C-5 et 5. »
« Nous savons tous que nous ne pouvons pas rester silencieux, le silence ne nous a jamais rien apporté en tant que Premières Nations », a dit Cohen Chisel, de la Première Nation de Lac Seul. « Alors nous allons nous lever et nous battre pour la terre, pour nos droits et notre mode de vie, et nous allons nous faire entendre. »
Les jeunes manifestants représentaient plusieurs mouvements avec des jeunes à leur tête, dont Youth Rising Together, Urban Youth of Timmins, Mushkegowuk Youth Council et Assembly of 7 Generations.
Leur manifestation fait partie d'un mouvement plus large, qui comprend maintenant Mahmo Inninuwuk Wiibuseego-stamok, un groupe de jeunes marcheurs des Premières Nations ayant parcouru à pied les 700 kilomètres entre Timmins et Toronto pour protester contre les projets de loi 5 et C-5. Leur marche de 22 jours s'est terminée par un rassemblement le 8 août à Queen's Park, à Toronto.
Jeronimo Kataquapit mène depuis la mi-juin une action de protestation dans la forêt sur la rivière Attawapiskat avec son frère Jonathan et leurs parents James Kataquapit et Monique Edwards.
Il a lancé cette manifestation « Here We Stand » (nous sommes-là) contre le projet de loi 5 de l'Ontario et la Loi C-5 du Canada pour aider sa communauté à montrer au gouvernement et aux promoteurs que leur peuple continue d'occuper et d'utiliser activement le territoire et d'y vivre.
Ils ont parcouru 400 kilomètres sur la rivière Attawapiskat pour établir un campement permanent près du site où il est prévu de construire un pont dans le cadre du développement minier du Cercle de feu dans cette région.
(Avec des informations de l'APTN, Radio-Canada, la Presse Canadienne. Photos : Treaty 8 Alberta, APN)
Les peuples autochtones affirment leur droit d'être et exigent le retrait des lois antisociales
Plusieurs actions en Ontario contre la Loi C-5 et la Loi 5 de l'Ontario
Des manifestations ont eu lieu contre la Loi C-5 du Canada et la Loi 5 de l'Ontario, qui constituent une attaque générallisée contre l'environnement social et naturel.
Queens' Park, 26 juillet
Okiniwak, une organisation de jeunes autochtones, a tenu un rassemblement conjoint avec le Mahmo Inninuwuk Wiibuseego-Stamok et Youth Rising Together, deux autres groupes autochtones dirigés par des jeunes, pour s'opposer à la Loi C-5 du fédéral et la Loi 5 de l'Ontario.
Colline du Parlement, 17 juillet






Thunder Bay, 12 juin

Environ 300 personnes ont participé à
un rassemblement devant le bureau de circonscription de Kevin
Holland, député provincial de Thunder Bay-Atikokan et ministre
associé des Forêts et des Produits forestiers, pour dénoncer la
Loi 5, intitulée Loi de 2025 pour protéger l'Ontario en
libérant son économie. Le ministre était absent et a dit
à son personnel qu'il ne pouvait pas sortir de son bureau pour
écouter les préoccupations de ses électeurs. Des membres de
nombreuses Premières Nations, leurs alliés, des écologistes et
des personnes issues de nombreux secteurs se sont rassemblés
pour exprimer leur mécontentement à l'égard de ce projet de loi
omnibus.
Les intervenants ont souligné que contrairement aux
déclarations de M. Holland à la presse, pour qui la Loi 5 ne
vise pas à supprimer des droits, c'est exactement ce qu'il fait.
Selon eux, la Loi 5 érodera considérablement les droits des
Autochtones, la protection de l'environnement et la primauté du
droit.
Kenora, 9 juin

Un groupe de Premières Nations de la région du Traité n• 3 s'est rassemblé devant le bureau de circonscription du ministre ontarien des Affaires autochtones, Greg Rickford, à Kenora, le 9 juin, pour demander l'abrogation de la Loi 5 de l'Ontario et la démission du député.
Timmins, 6 juin
Des actions lors de la fête du Canada à la défense des droits des peuples autochtones et des droits de toutes et tous
De l'île de Vancouver à Terre-Neuve-et-Labrador, des rassemblements, conférences, pique-niques et caravanes d'automobiles ont eu lieu le 1er juillet pour exprimer l'engagement des Canadiens et des Québécois à défendre les droits des peuples autochtones, à dénoncer les lois qui portent atteinte au bien-être des populations et à l'environnement et qui servent la machine de guerre des États-Unis, et pour exiger que le Canada respecte son obligation en vertu du droit canadien et du droit international de mettre fin au génocide perpétré par les États-Unis et Israël à Gaza.
Toronto

Deux actions ont eu lieu devant l'Assemblée législative de l'Ontario à Queen's Park pour dénoncer l'État canadien raciste et ses violations sans fin des droits ancestraux et issus de traités des peuples autochtones dans tout le pays, ainsi que la violation des droits de tous les Canadiens et Québécois par l'imposition de nouvelles lois : la Loi 5 de l'Ontario, Loi de 2025 pour protéger l'Ontario en libérant notre économie, et la Loi C-5 du gouvernement Carney, Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d'oeuvre au Canada et Loi visant à bâtir le Canada.
La première action fut un rassemblement matinal suivi d'une courte marche, organisé par les jeunes autochtones du Mouvement Okiniwak, composé de jeunes de la Nation Nishnawbe Aski du nord de l'Ontario et de communautés autochtones du sud de la province. L'événement a commencé au campement Okiniwak, au nord de l'Assemblée législative, où les jeunes campent depuis plus de 27 jours pour protester d'abord contre la Loi 5 de l'Ontario et maintenant contre la Loi C-5. Ils y entretiennent un feu sacré.



Campement Okiniwak
Un représentant du Mouvement
Okiniwak a rappelé que ces jeunes sont la génération du Septième
Feu, qui assume sa responsabilité sociale en suivant les
enseignements des prophéties anishinaabées, qui préconise de
reconstruire leurs nations après des siècles d'oppression
coloniale et de politiques génocidaires de l'État canadien. Il a
souligné que la Couronne n'a jamais respecté ses obligations
issues de traités, comme en témoignent les lois C-5 et 5 imposés
par le gouvernement fédéral de Carney et le gouvernement
ontarien de Ford respectivement. Les intervenants se sont
engagés à renforcer le mouvement afin d'empêcher ces
gouvernements de mettre à exécution leurs menaces envers les
peuples autochtones du nord, notamment dans la région du Cercle
de feu, où les communautés vivent depuis les temps immémoriaux
et dépendent de la terre et de l'eau pour leur bien-être.
Une jeune femme de la Nation Oneida de la rivière Thames, membre de la Confédération haudenosaunee, a souligné que, bien avant la Confédération, les peuples autochtones avaient leurs propres lois et systèmes de gouvernement. Elle a mentionné plusieurs traités historiques comme la Chaîne d'Alliance d'Argent, la Grande Paix de Montréal (Traité de 1701 conclu entre la Confédération iroquoise et les Français), ou encore le wampum du plat à une cuillère. Elle a rappelé : « Les gouvernements canadiens n'ont cessé de violer ces traités – et nous ne l'acceptons pas. Nous sommes les Premiers Peuples de cette terre. Nous sommes toujours là en tant que nations souveraines. »
La grande cheffe adjointe de la
Nation Nishnawbe Aski, Anna Betty Achneepineskum, a rappelé que
son grand-père avait participé aux négociations du Traité 9
entre la Couronne et les Cris de la baie James et de la baie
d'Hudson. Elle a dénoncé le fait que la Couronne avait alors
imposé un document écrit sans aucune participation des Premières
Nations – comme c'est encore le cas avec les lois 5 et C-5.
Après les discours, les participants ont marché jusqu'à la
statue de John A. Macdonald. Au pied du monument, les jeunes ont
dénoncé la poursuite des politiques coloniales, soulignant
qu'alors que les gouvernements accélèrent des projets comme
l'exploitation minière et la construction de routes dans le
Cercle de feu, les communautés autochtones du nord vivent sous
des avis d'ébullition de l'eau depuis des décennies et manquent
de soins de santé, de logements et d'éducation. Beaucoup de
jeunes se suicident sous l'effet de cette oppression. « Ça
doit cesser immédiatement », ont-ils martelé. L'action
s'est terminée au retour au campement.
La deuxième action, organisée à 14h par Idle No More Ontario, a rassemblé des centaines de personnes, y compris des syndicalistes et des gens de tous horizons, qui ont marché aux côtés des jeunes autochtones. Tori Cress, cofondatrice du chapitre ontarien d'Idle No More, a appelé à l'abrogation des lois fédérale et provinciale qui violent la souveraineté autochtone, les traités, l'environnement et mettent en danger tous les habitants de l'Île de la Tortue.
Eve Saint, qui défend les terres
wet'suwet'en et milite pour le désinvestissement financier au
poste de contrôle Gidimt'en, a dénoncé la campagne de terreur de
la GRC contre les défenseurs des terres en Colombie-Britannique.
Elle a insisté sur l'importance de la résistance des Autochtones
et des Canadiens face aux nouvelles lois.
D'autres intervenants ont souligné la solidarité entre les peuples autochtones du Canada et le peuple palestinien dans leur lutte commune pour la justice et la paix.
Après les allocutions, les participants ont marché vers le sud, passant près des « festivités » du gouvernement ontarien pour la fête du Canada, scandant : « Abrogez la loi 5 ! », « Non, c'est non ! », « Pas de paix sans justice ! »
Lorsque les manifestants ont descendu l'avenue University, la police a attaqué et arrêté trois personnes, forçant les manifestants à marcher sur la rue College. Des danses traditionnelles ont rallié les passants, dont plusieurs se sont joints aux manifestants.
La marche s'est terminée au campement Okiniwak. Les
organisateurs ont salué le succès de ces actions et ont invité
tout le monde à mobiliser leurs collègues, amis et voisins pour
la campagne d'abrogation des lois 5 et C-5.
Nord de l'Ontario

Rivière Attawapiskat, 1er juillet
Des chefs et membres des communautés du territoire de la baie James se sont réunis sur la rivière Attawapiskat, sur un nouveau campement établi sur le territoire partagé des Premières Nations de Neskantaga et d'Attawapiskat, pour exiger l'abrogation de la Loi 5 et l'arrêt du développement minier dans le Cercle de feu. Invoquant le fait qu'une route praticable à l'année longue et qui traverserait la rivière Attawapiskat est prévue, les manifestants ont affirmé qu'aucun passage ne sera autorisé sans leur consentement. Le chef Gary Quisess a déclaré :
« La rivière Attawapiskat n'est pas un corridor d'extraction – c'est une ligne de vie. Nos ancêtres sont enterrés sur ses rives, nos enfants y apprennent la vie, et nous la défendrons par tous les moyens nécessaires. »
Parmi les chefs présents au
rassemblement, il y avait Elizabeth Kataquapit (Fort Albany),
Sylvia Koostachin-Metatawabin (Attawapiskat), Gary Quisses
(Neskantaga), Hosea Wesley (Kashechewan) et le grand chef Leo
Friday du Conseil de Mushkegowuk. Les chefs se sont tenus debout
sur la rive de la rivière Attawapiskat, entourés des drapeaux
représentant leurs communautés, pour exprimer leur soutien lors
d'un rassemblement diffusé en direct.
À un autre endroit près du lac Supérieur, le chef Louis Kwissiwa de Netmizaaggamig Nishnaabeg a dirigé une marche d'une semaine sur la Transcanadienne, commencée le 30 juin. Il a dénoncé les lois inconstitutionnelles imposées par le Canada et l'Ontario, contraires à la souveraineté autochtone, aux droits environnementaux, aux droits des travailleurs et à la Loi constitutionnelle de 1982. Il a lancé un appel à la solidarité :
« Ce n'est pas qu'un enjeu autochtone. Ces lois
anti-démocratiques affectent tous les Canadiens. »


Montréal

Plus de 200 personnes, principalement des jeunes, se sont rassemblées le 1er juillet devant l'édifice de Radio-Canada pour exiger le retrait du projet de loi 97 du Québec, Loi visant principalement à moderniser le régime forestier, et l'abrogation de la Loi C-5, Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d'oeuvre au Canada et Loi visant à bâtir le Canada.
Ces revendications étaient exprimées sur les pancartes qui mettaient en lumière que ce sont les territoires ancestraux des peuples autochtones qui sont sacrifiés pour satisfaire la soif de profits maximums des intérêts privés : « Défendons les droits ancestraux ! », « Fin à la justice coloniale ! », « Pour une économie qui humanise l'environnement ! », « Nos ressources pour le peuple, pas pour les oligarques ! », « Il faut arrêter le gouvernement Legault ! », « Jeunes ambassadeurs autochtones Mamo/Mamu ensemble contre le projet de loi 97 », « L'avenir de nos enfants n'est pas à vendre ! »
Les orateurs ont rappelé qu'il ne
fallait pas célébrer le 1er juillet, jour de la Confédération
fondée en 1867 sur le génocide des peuples autochtones qui
vivent sur ce territoire qui est le Canada depuis des temps
immémoriaux. Au contraire, a dit une jeune oratrice, les peuples
autochtones ont plutôt raison de commémorer aujourd'hui les
jeunes victimes des pensionnats et les femmes et filles
autochtones disparues et assassinées.
Elle a rappelé que « de nos jours, ce génocide ne prend plus la forme de fusils ni de pensionnats, il a un autre visage. Il prend la forme de la dépossession lente et systématique de nos terres non cédées. » Cela est clairement visible dans la Loi C-5 du gouvernement Carney et le projet de loi 97 du gouvernement Legault au Québec.
En ce qui concerne le projet de loi 97, les intervenants ont réitéré l'importance de la forêt boréale pour le maintien de la biodiversité et son rôle essentiel pour assurer la vitalité de toutes les espèces vivantes, y compris les êtres humains. Ils ont souligné le rôle vital des forêts dans le stockage du carbone afin de contrer les effets dévastateurs des changements climatiques, notamment les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses. Ils ont mis en lumière le rôle destructeur des grandes entreprises forestières, qui ont carte blanche pour pratiquer davantage de coupes à blanc tout en ne replantant qu'une seule espèce d'arbre commercial, ce qui favorise la propagation et l'intensité des feux de forêt.
L'édifice principal de Radio-Canada a été ciblé par les organisateurs pour dénoncer le manque de couverture, par le diffuseur public, des actions passées et présentes des défenseurs autochtones des terres et de leurs alliés.
Une représentante de Mères au Front a salué ces marches, qui sont non seulement une occasion de réaffirmer les droits des peuples autochtones au Québec, mais aussi les droits de tous les peuples du monde qui résistent.
Les participants ont ensuite marché jusqu'à la Place
Émilie-Gamelin, le long de la rue Sainte-Catherine, passant
devant des commerces et des terrasses de restaurants. De
nombreux passants et clients des terrasses ont salué les
marcheurs en prenant des photos, en se joignant à eux ou en
levant le poing pour exprimer leur soutien. La marche s'est
terminée lorsque les organisateurs ont invité tout le monde à
participer à des danses traditionnelles accompagnées de
tambours.
Québec
Le 29 juin, une action militante a été organisée par Intifada
QC et Triangle Québec pour s'opposer à un pique-nique tenu près
du parc De Bergerville à Québec pour célébrer la journée de la
Confédération coloniale. Le pique-nique était organisé par les
députés libéraux Jean-Yves Duclos, député de Québec Centre et
président du Comité permanent de la sécurité publique et
nationale à la Chambre des communes, et Joël Lightbound, député
de Louis-Hébert et ministre de la Transformation
gouvernementale, des Travaux publics et de l'Approvisionnement.
Les manifestants ont scandé : « Pas de pique-nique
pendant un génocide ! » Ils ont dénoncé le génocide
américano-sioniste et la complicité du gouvernement Carney avec
ce génocide.
L'appel à l'action était très
clair : « Mark Carney affirme que le Canada est 'le
pays le plus européen en dehors de l'Europe'. Il soutient l'idée
d'un 'État palestinien sioniste' et propose d'augmenter les
dépenses militaires à 5 % du PIB du Canada, soit 150
milliards de dollars par an, alors que nous ne sommes en guerre
avec personne. Pendant ce temps, le gouvernement ferme les yeux
sur un génocide en cours à Gaza, continue de voler des terres
autochtones ici et laisse les Palestiniens vivant au Canada sans
assurance-santé ni assistance sociale.
« Alors qu'on nous invite à célébrer le Canada avec des pique-niques et des feux d'artifice, nous ne pouvons ignorer les profondes injustices qui se déroulent sous nos yeux. Célébrer dans ce contexte ? Cela n'a tout simplement aucun sens. »
Lors de la manifestation, les orateurs ont dénoncé le fait d'organiser un pique-nique alors que le Canada continue d'exporter des biens destinés à l'armée israélienne via les États-Unis.
Ils ont rappelé que le droit international interdit d'armer un État susceptible de commettre des violations des droits humains. La Cour pénale internationale a jugé que les sionistes sont présumés coupables de tels crimes, y compris de génocide, et a averti que les États qui collaborent avec eux seront également poursuivis.
Les manifestants ont exigé un embargo bilatéral, pas exclusivement sur les armes, et la fin de toute collaboration avec cet État génocidaire, qu'elle soit directe ou indirecte. Ils ont dénoncé l'hypocrisie et l'impunité du gouvernement libéral ainsi que des deux députés qui ont organisé le pique-nique. Des informations détaillées ont été fournies sur les acteurs gouvernementaux et les entreprises collaborant avec les sionistes. Les manifestants ont dénoncé les Forces d'occupation israéliennes à Gaza pour avoir tué des personnes affamées cherchant désespérément à récupérer de la farine et pour avoir contaminé cette farine avec du sable et des drogues.
Les intervenants ont dénoncé le
colonialisme, l'apartheid et le génocide contre le peuple
palestinien, ainsi que les attaques contre l'Iran, le Liban, le
Yémen, la Cisjordanie, le Congo, le Soudan, le Mali, Haïti et
d'autres pays. Ils ont aussi dénoncé les compagnies minières
canadiennes et leurs activités destructrices qui alimentent les
guerres et les agressions.
Une oratrice a dénoncé le génocide des Premières Nations par l'État canadien et énuméré les noms de tous les pensionnats au Québec qui ont été ignorés à ce jour et sur lesquels le gouvernement canadien refuse toujours d'enquêter. Ces enfants, a-t-elle déclaré, sont aussi ceux de Gaza.
La Loi C-5, Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d'oeuvre au Canada et Loi visant à bâtir le Canada, adoptée sous bâillon, a également été dénoncé, tout comme le projet de loi C-2, Loi concernant certaines mesures relatives à la sécurité de la frontière entre le Canada et les États-Unis et d'autres mesures connexes liées à la sécurité. La projet de loi C-2 nie le droit d'asile, contrevenant ainsi au droit international, et trahit la promesse du Canada d'accueillir les réfugiés en ciblant des personnes d'origine africaine, arabe et musulmane.
Plusieurs personnes se sont jointes au pique-nique pour dénoncer les crimes de l'État canadien contre le peuple palestinien et contre les peuples autochtones, les Canadiens et les Québécois, prenant la parole pendant plusieurs minutes pour dénoncer la vision du Canada embrassée par le gouvernement libéral.
Idle No More exige l'abrogation de tous les projets de loi fédéraux et provinciaux de 2025 qui empiètent sur les droits des peuples autochtones à l'autodétermination
L'appel suivant à un rassemblement le 1er juillet à Queen's Park, à Toronto, a été lancé le 26 juin par Idle No More Toronto, Idle No More Ontario et Idle No More, sous le titre : « Libérer la force des relations, rôles, responsabilités et réciprocité matriarcales anishinabées pour la justice climatique ».
Les chapitres de Toronto et de
l'Ontario de Tkaronto-Idle No More réclament une abrogation
complète de la Loi 5 (Ontario), du projet de loi 6
(Nouvelle-Écosse), du projet de loi 97 (Québec), de la Loi 54
(Alberta), des Lois 14 et 15 (Colombie-Britannique) et de la Loi
C-5 fédérale et du projet de loi fédéral C-2. Le recours au cri
de ralliement « Levez les coudes » est un cheval de
Troie visant à anéantir des droits autochtones reconnus
internationalement et à rendre plus efficace l'économie du
Canada qui veut se démarquer en tant que superpuissance mondiale
en matière d'énergie et de minéraux.
Nos territoires traditionnels contiennent 34 des minéraux critiques considérés comme essentiels à la transition énergétique mondiale. Ces projets de loi provinciaux et fédéraux donneront lieu à une plus grande exploitation qui va continuer de créer des zones sacrifiées ayant des répercussions néfastes sur la santé humaine et sur des territoires de biodiversité jadis intacts – tout cela pour des emplois temporaires, principalement masculins et pour les gains économiques à court terme d'entreprises géantes.
Le Canada continue d'être aux premiers rangs pour ce qui est de la violation des droits autochtones, causant des dommages irréparables à nos cours d'eau partagés, à la terre, à la biodiversité précaire, et détruisant en premier lieu les personnes autochtones sur nos territoires ancestraux.
En réponse à cet assaut législatif d'envergure contre les Détenteurs de titres et de droits inhérents et issus de traités, nous appelons les gens des communautés à s'opposer à cet empiètement majeur sur les droits autochtones, environnementaux et de travail qu'on présente comme étant une réponse économique du Canada aux tarifs de Trump. La dernière fois que nous avons vu des législations aussi dommageables aux droits autochtones, à l'eau, à nos territoires et aux personnes autochtones est lorsque Harper a adopté le projet de loi C-45, Loi sur l'emploi et la croissance, et le projet de loi C-38, Loi sur l'emploi, la croissance et la prospérité durable.
Nous appelons tous les citoyens sur nos territoires ancestraux partagés à résister activement aux systèmes qui continuent de causer des dommages aux communautés autochtones, à notre eau, à notre terre et à nos générations futures, et à se solidariser avec les communautés et les nations autochtones. Joignez-vous à Idle No More Toronto/Ontario le 1er juillet 2025 à Queen's Park, Tkaronto, à 14 heures pour passer un message clair.
La reconnaissance des terres ne suffit pas. Nous traversons une période cruciale qui exige une réponse immédiate et une alliance en action. Les communautés et les nations autochtones sont toujours évacuées loin de leurs demeures, dont plusieurs dans différentes provinces où elles ont fui, alors que des feux de forêt brûlent toujours en Ontario, au Manitoba, au Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest, en Colombie-Britannique et au Yukon, tel que rapporté par la carte interactive de Ressources naturelles Canada.
Nous sommes confrontés à un système capitaliste sans entraves qui tente d'arracher à la terre jusqu'aux derniers minéraux, jusqu'à la dernière goutte d'eau potable, ne laissant qu'une planète polluée dans son sillage. Alors que les phénomènes météorologiques extrêmes font les manchettes à l'année longue et que l'été s'annonce l'un des plus chauds de l'histoire, les changements climatiques causés par l'extraction massive des ressources sont une réalité qu'on ne peut plus nier.
Notre jeunesse ne demande plus mais exige un changement significatif et transformateur, car c'est elle qui est aux premières lignes des changements climatiques, des alertes météorologiques extrêmes, de feux de forêts, de déplacements dus aux évacuations, tout en reprenant possession de nos langues, nos pratiques culturelles et reconstruisant nos cercles familiaux. Nous contribuons le moins à la dévastation de la planète mais nous sommes les premiers à en subir les conséquences les plus dévastatrices.
Nous ne nous laisserons plus expulser de nos territoires ancestraux pour faire plaisir aux entreprises d'exploration minière et des ressources, qui, nous le constatons, ont maintenant reçu l'approbation de deux niveaux de gouvernement pour aller de l'avant sans le consentement préalable, libre et éclairé des détenteurs de droits et de titres.
À cette fin, nous allons nous défendre, défendre notre terre, notre eau et notre droit d'exister, comme l'ont fait nos ancêtres avant nous, depuis des temps immémoriaux :
- Nous encourageons toutes les matriarches autochtones à organiser partout des espaces de guérison et des cérémonies de l'eau.
- Nous encourageons tous les peuples autochtones des communautés à faire des recherches et à bien documenter votre lignée familiale, votre présence ancestrale, l'utilisation de la terre, et à créer une documentation de vos liens profonds avec la terre.
- Nous encourageons les chercheurs autochtones à lire « Living Proof : The Essential Data-Collection Guide for Indigenous Use-and-Occupancy Map Surveys » (« La Preuve vivante : guide essentiel pour la collecte de données destinées aux enquêtes cartographiques sur l'utilisation et l'occupation des terres autochtones ») et le mettre en oeuvre avec d'autres au sein de votre communauté et de vos territoires ancestraux.
- Nous encourageons tous les peuples autochtones des communautés à lire le dépliant « Getting Organized », une publication de La vérité avant la réconciliation 2020 et à se familiariser avec l'article 18 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones pour que nous puissions rétablir notre souveraineté des soi-disant Conseils de bande issus de la loi canadienne sur les Indiens, et la rendre à qui elle appartient de droit. Notre autodétermination appartient à nos peuples et ne nécessite pas l'approbation de l'État colonial.
- Appuyez le leadership autochtone : des organisations comme l'Association des médecins autochtones du Canada (IPAC) et la Première Nation de Neskantaga se sont publiquement opposées au projet de loi 5 en Ontario. Vous pouvez aider en amplifiant leurs messages, en participant à leurs rencontres et événements d'éducation publique et en les faisant connaître.
- Nous exigeons que soit abrogée toute législation provinciale et fédérale de 2025 – adoptée ou en voie de l'être – qui priorise le profit colonial au détriment des droits constitutionnels et issus des traités des Premiers Peuples de cette terre où vous vivez.
Célébration de la Journée nationale des peuples autochtones à Gatineau

Lors des journées consacrées aux peuples autochtones, y compris durant le Mois national de l'histoire autochtone, les peuples autochtones affirment leur droit d'être et revendiquent leurs droits ancestraux et issus de traités. La Journée nationale des peuples autochtones, le 21 juin, ne fait pas exception. En 1982, la Fraternité nationale des Indiens, aujourd'hui connue sous le nom d'Assemblée des Premières Nations, avait proposé la création de la Journée nationale de solidarité autochtone. Ce n'est qu'en 1996 que le gouverneur général du Canada a proclamé le 21 juin Journée nationale des peuples autochtones.
Cette année, la Journée nationale des peuples autochtones a été célébrée à Gatineau avec des discours, des kiosques de nourriture et d'artisanat autochtones, des danses et des performances musicales. L'événement était organisé par le Centre d'innovation des Premiers Peuples et le Centre d'amitié autochtone de Maniwaki, en collaboration avec la Ville de Gatineau, qui avait aménagé la Place Laval pour l'occasion. Une porte-parole du Centre d'innovation des Premiers Peuples, dans son discours d'ouverture, a déclaré que cette journée était une occasion pour les Canadiens et les Québécois de célébrer le patrimoine, les traditions et les savoirs des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Elle a affirmé : « Le solstice d'été reflète nos liens profonds avec la terre et les uns avec les autres. »
Charlotte Commanda, porte-parole du Centre d'amitié autochtone de Maniwaki, a parlé concrètement des défis auxquels font face les communautés anishinabées de Maniwaki. La création même du Centre d'amitié est née du besoin d'un lieu où les gens peuvent pratiquer leur culture, leurs traditions et leurs langues. Le centre offre, entre autres, une clinique de santé et un programme préscolaire pour les enfants de 0 à 6 ans. Elle a expliqué que, lorsqu'elle était plus jeune, elle devait elle-même faire deux heures de route entre Gatineau et Maniwaki pour étudier au collège Heritage. Encore aujourd'hui, les enfants doivent faire deux heures de route pour aller à l'école secondaire. Elle a souligné que les parents des communautés autochtones veulent ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants, qu'ils souhaitent les voir participer à l'économie sociale. Pour cela, les jeunes doivent quitter leurs communautés, au risque de perdre leur identité et leur langue. Elle a ajouté que des milliers d'Autochtones vivent aujourd'hui à Gatineau pour étudier ou travailler. À son avis, en raison de ces réalités et de la nécessité de partager et célébrer la culture autochtone avec tout le monde, il faudrait organiser de telles célébrations à l'année longue.
L'affirmation des droits des peuples autochtones met à l'ordre du jour la nécessité de nouveaux arrangements de nation à nation
Cette année, la Journée nationale des peuples autochtones s'est déroulée dans un contexte où les peuples autochtones expriment leur opposition à divers projets de loi adoptés ou en cours d'adoption par les gouvernements du Canada, du Québec et d'autres provinces, projets présentés au nom de « l'intérêt national » ou autres justifications similaires. Le nouveau chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul, met en garde contre la Loi fédérale C-5. Au Québec, il dénonce l'adoption sous bâillon du projet de loi 69, qui donne carte blanche à Hydro-Québec pour augmenter sa production d'électricité. Il critique également le projet de loi 97, Loi visant principalement à moderniser le régime forestier. Dans les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Mauricie, des communautés autochtones ont érigé des barrages sur des routes forestières pour exprimer leur opposition à cette réforme.
Il affirme que le projet de loi 97 constitue un recul en matière de respect des droits des peuples autochtones, de conservation de la biodiversité et de durabilité des forêts. Il dénonce aussi le refus persistant du gouvernement Legault d'intégrer dans ses lois et politiques les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). « Il y a un grand pas à faire au niveau législatif. Nous en sommes rendus là en tant que société », dit-il.
Dans un article de Martin Papillon publié dans La Presse quelques jours avant la Journée nationale des peuples autochtones, l'auteur explique que non seulement le gouvernement du Québec refuse d'adopter la DNUDPA, mais qu'il perpétue également des politiques qui vont à l'encontre de la déclaration. Selon lui, François Legault craint que cela n'accorde aux Premières Nations et aux Inuits un « droit de veto » sur les projets de développement, ou que cela limite la pleine compétence législative de l'État québécois sur son territoire.
« Or, ces craintes sont infondées, explique l'auteur. La DNUDPA ne remet pas en question l'intégrité territoriale et la souveraineté des États. Elle vise plutôt à rééquilibrer les relations en établissant certaines balises au pouvoir des États, comme le font les chartes des droits pour les individus. »
Non seulement le Québec refuse de s'engager à adopter une législation pour mettre en oeuvre la DNUDPA, poursuit l'auteur, mais il ignore trop souvent ses principes dans ses actions. Le gouvernement s'est opposé jusqu'en Cour suprême à la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Cette loi, inspirée de la DNUDPA, reconnaît le droit des peuples autochtones à gérer leurs propres services de protection de la jeunesse. Le Québec y voit une atteinte à sa compétence exclusive.
Il rappelle que la DNUDPA a été adoptée en 2007 par l'Assemblée générale des Nations unies, à l'issue d'un long processus de négociation entre les États membres et les représentants autochtones, et qu'elle agit comme une charte internationale des peuples autochtones. Elle affirme leur droit à l'autodétermination, à la préservation de leurs cultures et de leurs systèmes juridiques, ainsi qu'à la participation aux décisions qui les concernent. Elle consacre notamment le principe du consentement libre, préalable et éclairé pour toute mesure affectant leurs droits ou territoires.
L'auteur conclut en disant : « Si le gouvernement Legault envisage réellement un projet de Constitution pour le Québec, pourquoi ne pas saisir cette occasion historique pour y inscrire l'engagement du Québec envers les droits des Premières Nations et des Inuits, en y intégrant explicitement la DNUDPA comme fondement de cette relation ? ».
(Avec des informations de Wawatay News, RadioCanada et La Presse.Photos : Attawapiskat First Nation, Okiniwak Movement. TML. Kataquapit, L. Kwissiwa)
Nord de l'Ontario
Opposition à la pulvérisation aérienne d'herbicides à large spectre

Manifestation appelée par la Première Nation de Serpent River
contre la pulvérisation aérienne de pesticides le long de la
Transcanadienne, le 14 août 2025
Le 14 août, une manifestation appelée par les aînés des
Connaissances écologiques traditionnelles (CET) de la Première
Nation de Serpent River (PNSR) a eu lieu le long de la
Transcanadienne près de Serpent River pour s'opposer à la
pulvérisation aérienne de l'herbicide à large spectre
glyphosate, également connu sous le nom de Roundup. Environ 300
personnes y ont participé. Dans leur appel, les aînés expliquent
: « L'attaque du gouvernement de l'Ontario contre notre mode de
vie anishinaabé le long de la rive nord des Grands Lacs se
poursuit. La dernière attaque en date est celle du ministère des
Ressources naturelles de l'Ontario, qui n'a donné qu'un préavis
de quelques semaines pour une opération dévastatrice de
pulvérisation aérienne d'herbicides qui aura lieu entre le 18
août et le 30 septembre sur les terres des Anishinaabés près
d'Elliot Lake, de Blind River et d'Espanola. L'opération
consistera à asperger plus de 4500 hectares d'un produit
commercial contenant l'herbicide glyphosate. Cet herbicide a un
impact sur la vie aquatique et tue les bleuets et d'autres
aliments, médicaments et espèces d'arbres essentiels à la vie de
la forêt. Une autre manifestation est prévue.
Isaac Murdoch de la PNSR, dans son appel à l'action, a partagé « quelques points clés issus d'études scientifiques et d'avis de professionnels préoccupés » :
Biologie : Charles Ramcharan, professeur de biologie à l'Université Laurentienne, a exprimé de vives inquiétudes quant aux effets écologiques de la pulvérisation de glyphosate dans la région de Sudbury.
Dans un article publié par CBC News de 2013, il souligne que le glyphosate, herbicide à large spectre, « tue pratiquement toute plante vivante ». Il s'est notamment inquiété de ses effets sur les amphibiens, tels que les grenouilles et les tritons, qui sont abondants. Le professeur Ramcharan souligne également les conséquences écologiques plus larges sur les animaux qui dépendent des plantes tuées par le glyphosate pour se nourrir et se cacher, ce qui perturbe les écosystèmes locaux. Bien qu'il ait reconnu que le glyphosate est considéré comme sûr pour l'humain aux doses recommandées, il s'inquiète surtout des répercussions environnementales, en particulier sur les espèces non ciblées.
Cancérogénicité : Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène pour l'homme » (Groupe 2A) en 2015, sur la base de preuves liant cet herbicide au lymphome non hodgkinien chez l'humain et de preuves suffisantes de cancérogénicité chez l'animal. Une étude menée en 2025 par l'Institut Ramazzini a trouvé des tumeurs dans plusieurs organes et des leucémies précoces chez des rats exposés au glyphosate à des doses équivalentes aux niveaux considérés comme « sûrs » par l'Union européenne (0,5 mg/kg/jour), soulevant des inquiétudes sur la sécurité de son utilisation dans des zones peuplées.
Santé infantile : Une étude de l'Université de l'Oregon, publiée en 2025 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, a révélé que l'exposition au glyphosate dans les communautés rurales des États-Unis était associée à une baisse du poids à la naissance (29,8 grammes en moyenne), à des périodes de gestation plus courtes (1,49 jour) et à une augmentation des risques de faible poids et de naissance prématurée, en particulier dans les populations défavorisées. L'étude a établi un lien entre ces effets et l'utilisation massive du glyphosate depuis l'introduction des cultures génétiquement modifiées.
Effets endocriniens et reproductifs : Des études ont montré que le glyphosate pourrait agir comme perturbateur endocrinien, affectant le système hormonal. Des recherches menées par Romano et al. (2012) et Thongprakaisang et al. (2013) ont lié le glyphosate à une toxicité reproductive chez les rats et à une activité oestrogénique dans des cellules cancéreuses du sein humain, ce qui pourrait nuire à la fertilité et au développement foetal. Une étude de 2025 a également indiqué que l'exposition au glyphosate pourrait contribuer à l'infertilité masculine.
Génotoxicité et autres effets : Des études récentes, y compris sur les personnes répandant le pesticide, ont révélé des effets génotoxiques potentiels du glyphosate, pouvant entraîner des dommages à l'ADN. Une exposition chronique à faibles doses a aussi été associée à des lésions hépatiques et rénales chez les animaux, ce qui est inquiétant pour les populations vivant près des zones traitées.
Impacts environnementaux et écologiques
Organismes non ciblés : Le glyphosate peut dériver des zones pulvérisées, affectant des plantes et écosystèmes non ciblés. Des études montrent qu'il nuit à des micro-organismes bénéfiques du sol, aux vers de terre et aux pollinisateurs comme les abeilles, altérant leur orientation, leur immunité et leur survie, ce qui peut perturber les écosystèmes locaux.
Contamination de l'eau et du sol : Le glyphosate et son métabolite, l'acide aminométhylphosphonique (AMPA), ont été détectés dans des sources d'eau (de 10 ng/L à 10 mg/L à l'échelle mondiale) et dans les sols (jusqu'à 2 mg/kg dans l'UE), posant des risques pour l'eau potable et les chaînes alimentaires. Des résidus ont été retrouvés dans l'urine humaine, le lait maternel et les produits alimentaires, indiquant une exposition généralisée.
Perte de biodiversité : La nature à large spectre du glyphosate peut réduire la diversité végétale, affectant les insectes et les chaînes alimentaires, ce qui perturbe l'équilibre écologique dans les zones urbaines et suburbaines où il est utilisé.
Exposition dans les zones habitées – dérivées et résidus : L'utilisation du glyphosate dans l'aménagement paysager urbain, l'entretien des routes et les environnements résidentiels accroît les risques d'exposition pour les résidents, notamment les enfants, les femmes enceintes et les applicateurs. Des études estiment que 21 % des échantillons de sol de l'UE contiennent du glyphosate, et celui-ci est détectable dans les fluides biologiques humains, avec des niveaux plus élevés chez les personnes vivant près des zones agricoles ou traitées.

Première Nation de Serpent River, 14 août 2025

Nipissing Ouest, 14 août 2025
(Photos: I. Murdoch)
Feux de forêt au Canada, 2025
Mise à jour de la mi-août
En date du 13 août 2025, plus de 715 feux de forêt faisaient rage à l'échelle du Canada. Au moins 155 d'entre eux ont été considérés comme hors de contrôle. Depuis le début de l'année, 7,7 millions d'hectares de forêt ont brûlé, soit la deuxième plus grande superficie depuis que les agences gouvernementales canadiennes ont commencé à tenir des registres, la pire année étant 2023 avec 15 millions d'hectares de terres brûlées. À ce jour, en cette année, les forêts brûlées dans tout le pays représentent 77 000 kilomètres carrés, soit l'équivalent de la superficie du Nouveau-Brunswick. Le Canada connaît cet été certains des feux de forêt les plus destructeurs des dernières décennies.

Étendue des feux de forêt au 19 août. Les cercles rouges
indiquent les feux qui sont toujours hors de contrôle, les
cercles orange ceux qui sont contenus et les cercles verts ceux
qui sont maîtrisés.
Bien que le nombre de feux de forêts soit comparable à la moyenne des dix dernières années (voir figure 1) l'étendue des zones brûlées est toutefois beaucoup plus grande que la moyenne des dix dernières années (voir figure 2). Cela s'explique en partie par le manque criant de précipitations et les vagues de chaleur qui ont régné sur la majeure partie du pays, qui ont contribué à la propagation rapide des flammes (voir figure 3). Une autre raison est que le Canada ne dispose toujours pas d'un système d'alerte précoce par satellite qui permettrait aux services provinciaux et territoriaux de protection contre les feux de forêts d'envoyer des équipes de pompiers dès que des foyers d'incendie sont détectés afin de limiter immédiatement leur propagation[1].

Figure 1 Fréquence saisonnière des incendies au Canada en 2025,
en semaines depuis le début de la saison des feux de forêts
(semaine 1 : 30 avril 2025)

Figure 2 Superficie incendiée – fréquence saisonnière au Canada
en 2025, en semaines depuis le début de la saison des feux de
forêts (semaine 1 : 30 avril 2025)

Figure 3 L'Indice de sécheresse est une composante de la Méthode
canadienne de l'Indice Forêt-Météo (IFM). Il s'agit d'une
évaluation numérique de la teneur en eau des épaisses couches
organiques compactes. C'est un indicateur utile des effets
saisonniers des sécheresses sur les combustibles forestiers et
du degré de latence du feu dans les épaisses couches organiques
(le matériel organique qui s'accumule autour de la base des
arbres) et les grosses billes.
Situation des feux de forêt de l'Atlantique au Pacifique
À Terre-Neuve-et-Labrador, un feu de forêt qui brûle près de Kingston (région d'Adam's Cove) s'étend sur environ 6 370 hectares et est actuellement considéré comme hors de contrôle. C'est aussi le cas à Martin Lake alors que le feu s'étend sur environ 290 hectares et à Paddy's Pond (près de la ville de Paradise) sur une superficie qui est estimée à 212 hectares. Lors d'un point presse à St. John's, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, John Hogan, a déclaré que six avions citernes, dont deux provenant de l'Ontario, s'efforçaient de contenir les flammes dans différentes parties de la province. Un hélicoptère a également été envoyé par l'Alberta pour porter secours.
En Nouvelle-Écosse, où la plupart des activités estivales dans les zones boisées ont été interdites, les résidents du comté d'Annapolis, dans la région de Godfrey Lake-Long Lake, ont été mis en état d'alerte, car le feu de forêt, qui s'étend sur 1 977 hectares, est hors de contrôle et continue de se propager. Une importante force terrestre composée de plus de 200 pompiers, dont 77 du ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse, 120 pompiers locaux, 20 de l'Ontario et cinq de l'Île-du-Prince-Édouard, était sur place le 17 août pour tenter de sauver des maisons. Pendant ce temps, les pompiers de Halifax luttaient contre un incendie qui semblait s'être en grande partie stabilisé tard dans la journée du 13 août, alors que la province faisait face à au moins 16 feux de forêt qui s'étaient déclarés le 12 août.
Au Nouveau-Brunswick, les habitants de Moncton ont été informés que l'avis d'évacuation avait été levé, le feu de Pit, également appelé feu d'Irishtown, ayant été circonscrit à 45 hectares. Cependant, au feu de forêt d'Oldfield Road, à 15 kilomètres au nord de Miramichi, les pompiers n'ont pas réussi à le maîtriser. Il s'est étendu sur plus de 1 400 hectares. Le ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, John Herron, a déclaré que les conditions étaient difficiles pour les personnes en première ligne. Au cours des derniers jours, trois pompiers ont été hospitalisés pour épuisement dû à la chaleur. La province a déclaré que 133 pompiers étaient déployés le 13 août. Il a ajouté que la province avait demandé 60 pompiers supplémentaires à d'autres juridictions et que, jusqu'à présent, 30 pompiers provenant d'autres provinces avaient été mobilisés.
De grands feux de forêt se sont largement propagés dans les Prairies, où le Manitoba a prolongé son deuxième état d'urgence provincial cet été,. Le 10 juillet, le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a dû rétablir l'état d'urgence dans toute la province après l'avoir levé le 23 juin.
En Saskatchewan, de grandes étendues de la province demeurent évacuées. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a déclaré l'état d'urgence dans toute la province le 29 mai et l'a maintenu en raison du nombre élevé hors de contrôle, dont 16 en date du 23 août, avec 45 feux de forêt toujours actifs. La Saskatchewan est la province qui a subi les plus importantes pertes forestières, avec près de 2,9 millions d'hectares de forêt boréale partie en fumée depuis le début de l'année.
Des feux de forêt se sont déclarés en mai, juin, juillet et août dans le nord du Manitoba et de la Saskatchewan, où vivent des communautés autochtones. Ce sont donc elles qui ont le plus souffert.
Le plus grand feu de forêt dans les Prairies est celui de Shoe, en Saskatchewan, où 565 000 hectares de forêt boréale brûlent depuis le 7 mai. Cela a entraîné à la fin de mai l'évacuation de nombreuses communautés. La nation crie Peter Ballantyne a reçu un ordre d'évacuation de plus des 1 800 habitants de Pelican Narrows, à 400 kilomètres au nord-est de Saskatoon. Dans la communauté du nord de Hall Lake, plus de 380 personnes de la réserve autochtone de Lac La Ronge ont dû partir.

Feux de forêt à East Trout lake, en Saskatchewan
En 2025, l'Alberta a enregistré 986 feux de forêt, dont 48 sont toujours actifs. À titre de comparaison, l'ensemble de la saison 2024 a connu 1 094 feux de forêt. Le record a été atteint lors de la saison 2021, avec un pic de 1 132 feux de forêt. Près de 687 000 hectares ont été consumés par les feux de forêt. Un incendie situé dans le nord-ouest de la province est hors de contrôle et a déjà consumé 4 300 hectares dans une zone composée de bois très sec.
En Colombie-Britannique, un feu de forêt fait rage près du mont Underwood, sur l'île de Vancouver, à 15-20 kilomètres au sud de Port Alberni. Il a déjà ravagé plus de 3 600 hectares de forêt. De nombreux feux de forêt incontrôlables font également rage dans le nord-est de la province, dans la région de Prince George-Fort Nelson. Le plus important, situé à 75 kilomètres au nord-est de Fort Nelson, a brûlé plus de 280 000 hectares de terres boisées. Un autre feu de forêt important, situé à environ 50 kilomètres au nord-est de Prince George, près du parc provincial Redfern-Keily, a été découvert le 19 mai et continue de brûler, mais on considère qu'il est maîtrisé. Il a déjà consumé près de 150 000 hectares de bois. D'autres feux de forêt sont actifs dans les régions de Cariboo et Kelowna.
Les peuples autochtones livrés à eux-mêmes
Sur le site Web de Services aux Autochtones Canada (SAC), sous la rubrique « Renseignements sur l'évacuation des Autochtones en cas de feux de forêt », il est indiqué depuis avril 2025 que :
« Cent dix-neuf (119) feux de forêt ont touché 95 Premières Nations » et que les membres de 73 Premières Nations ont été évacués. Au 25 août, « 11 Premières Nations sont touchées par des feux de forêt, 1 en Colombie-Britannique, 1 en Saskatchewan, 8 au Manitoba et 1 » dans les provinces de l'Atlantique. « Vingt-deux (22) Premières Nations ont été évacuées en raison des effets des feux de forêt, dont 5 en Alberta, 7 en Saskatchewan et 10 au Manitoba ». Il dit qu'à l'heure actuelle, « 8240 personnes ont été évacuées des Premières Nations en raison des feux de forêt »[2]. Le site web de SAC se termine par des instructions en cas d'« évacuation d'urgence », telles que « Quand évacuer » et « Aide aux personnes évacuées ». Le SAC semble oublier qu'une telle page web est inutile pour les communautés autochtones, puisqu'elles ne disposent pas d'un accès adéquat à l'Internet et aux services de téléphonie cellulaire. Ces services sont actuellement dominés par de grands intérêts privés à l'échelle nationale dont l'objectif est de maximiser les profits, et non d'assurer l'accès à l'Internet, qui est une nécessité moderne de la vie, y compris pour la sécurité publique pendant la saison des feux de forêt.
Dans un rapport publié en 2023 par l'Assemblée des Premières Nations (APN) intitulé « Le 'déficit numérique' croît à un rythme plus rapide parmi les Premières Nations », l'APN informe que seules « 20 communautés disposent des trois éléments d'infrastructure que sont le câble dorsal en fibre optique, la fibre optique à domicile (FTTH) et les services de mobilité LTE (Long-Term Evolution (LTE) ». Le premier rapport indique que « 457 communautés autochtones à travers le Canada ne disposent toujours pas d'un accès Internet haut débit adéquat et que 363 communautés autochtones ne disposent ni d'un accès Internet haut débit ni de services cellulaires standard ». Le rapport note que « les services essentiels tels que l'enseignement virtuel, les entreprises en ligne et les soins de santé numériques dépendent d'une infrastructure de télécommunications fiable »[3]. On pourrait ajouter « les services d'urgence », comme dans le cas des feux de forêt de 2025.
Le deuxième rapport, intitulé « Plan de priorisation et de mise en oeuvre », comprend « une estimation des besoins en investissement du rapport précédent et quantifie la façon dont le déficit en infrastructures des Premières Nations continuera de croître d'ici 2040 en raison de l'inaction du gouvernement du Canada et du financement insuffisant »[4].
Aide internationale
Le Centre interservices des incendies de forêt du Canada (CIFFC) fait état d'un niveau de préparation national de 5, ce qui signifie que toutes les ressources humaines et matérielles disponibles au Canada sont utilisées sur le terrain pour lutter contre les incendies de forêt. Certaines provinces, comme le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador, le Manitoba et la Saskatchewan, sont au niveau 5 ou 4, ce qui indique que les ressources provinciales pour lutter contre les feux de forêt sont insuffisantes et qu'elles ont besoin de l'aide d'autres provinces ou pays. (Voir figure 4)

Figure 4 Niveau de préparation aux feux de forêt par province et
territoire. Un niveau 5 (en rouge) signifie que l'agence
provinciale n'a pas les ressources adéquates et n'est donc pas
en mesure de prêter main-forte à d'autres agences. Un niveau 4
(en orange foncé) signifie que l'agence provinciale demande des
ressources supplémentaires et sa capacité à prêter main forte à
d'autres agences est très limitée.
Au cours de la saison 2025, le Canada a dû faire appel à d'autres pays pour obtenir de l'aide, en particulier des pompiers supplémentaires qui sont le personnel le plus qualifié nécessaire. Le Service forestier américain a signalé le mois dernier que plus de 600 pompiers américains se sont rendus au Canada cet été pour aider à lutter contre les feux de forêt, principalement dans les provinces des Prairies et en Colombie-Britannique. Les responsables du CIFFC ont indiqué que des équipes sont également arrivées par avion du Mexique, du Chili et d'Australie, entre autres pays.
Dans les notes du Comité parlementaire sur les feux de forêt au Canada en 2023[5], la pire saison jamais enregistrée, il a été noté que près de 230 000 personnes ont été évacuées de leur domicile pendant la saison des incendies de 2023, tandis que « le gouvernement fédéral et des ONG ont apporté leur soutien à 73 communautés des Premières Nations », révélant ainsi à quel point les communautés autochtones sont les plus touchées par les feux de forêt. Dans son exposé devant le Comité permanent de la défense nationale (CPDN) à l'époque, Harjit Sajjan, alors président du Conseil privé du roi pour le Canada et ministre de la Protection civile, a rappelé à son auditoire que si plus de 16 000 pompiers ont aidé à lutter contre les feux de forêt de 2023, avec l'aide de plus de 5000 pompiers internationaux, le personnel des Forces armées canadiennes (FAC) a également été appelé à intervenir.
Pourtant, le ministre de la Protection civile ne voyait pas la nécessité de disposer de personnel et d'équipement militaires formés et déployés en permanence en cas de feux de forêt. Harjit Sajjan a déclaré à l'époque dans son exposé devant le Comité permanent de la défense nationale que la question était « d'étendre le financement d'une main-d'oeuvre humanitaire » composée de civils afin de « réduire la dépendance sur les Forces armées canadiennes dans les interventions en cas de catastrophe ». La notion de sécurité publique de Sajjan semble correspondre à la vision du gouvernement de Mark Carney en matière de « sécurité nationale » : projeter le personnel et l'équipement militaires du Canada sur la scène internationale pour répondre aux ambitions militaires des États-Unis et de l'OTAN, notamment dans la région indo-pacifique, tout en laissant aux agences provinciales et territoriales de protection civile le soin de faire face aux feux de forêt qui se produisent chaque année.
Dans son bilan de la saison 2023 des feux de forêt au Canada, le CIFFC a conclu que « les besoins prévus augmenteront sans aucun doute avec les changements climatiques ». Il y a quelques années, le Conseil canadien des ministres des forêts a tenu une série de dialogues visant à élaborer une stratégie nationale de prévention et d'atténuation des feux de forêt. Un rapport de 2022 notait déjà que les participants avaient délivré un message cohérent : « des investissements stables et importants » étaient nécessaires pour lutter contre les feux de forêt dans la vaste forêt boréale du Canada.
Tous ces rapports ont été remis aux autorités fédérales, qui refusent toujours de présenter un plan national efficace pour fournir les ressources humaines et les équipements modernes nécessaires pour lutter efficacement contre les feux de forêt dans tout le pays. Il semble que le gouvernement Carney ait autre chose en tête lorsqu'il s'agit des infrastructures essentielles dont ce pays a besoin. Il pense qu'en distribuant de l'argent lorsque des situations d'urgence surviennent, comme les feux de forêt de cette année, cela donnerait en quelque sorte aux Canadiens le sentiment que leur sécurité est assurée.
Tout cela soulève la question suivante : en 2025, pourquoi les agences provinciales de protection contre les feux de forêt manquent-elles toujours du personnel et des équipements aériens nécessaires pour lutter contre les incendies, comme on l'a encore constaté cette saison ?
Notes
1. Voir « L'irresponsabilité des gouvernements face à la crise climatique et aux intérêts privés », Forum ouvrier, 23 août 2023
2. « Informations sur les évacuations dues aux feux de forêt pour les populations autochtones », Services aux autochtones Canada
3. « Combler le déficit d'infrastructures d'ici à 2030 – Un rapport de coûts collaboratif et exhaustif », Services aux Autochtones Canada, novembre 2022, 248 pages
4. « Combler
le déficit d'infrastructure d'ici 2030 – Plan de priorisation
et de mise en oeuvre », Services aux Autochtones Canada et
Assemblée des Premières Nations, juillet 2023, 296 pages
5. « Notes des comités parlementaires : Feux de forêt au Canada », Sécurité publique Canada, 23 novembre 2023
(D'après des informations du gouvernement du Canada, Agences provinciales de protection de la forêt, CIFFC, Assemblée des Premières Nations, CBC, Globe and Mail)
(Pour voir les articles individuellement, cliquer sur le titre de l'article.)
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