Réponse des travailleurs de l'automobile aux mesures de protection des emplois canadiens par le gouvernement Carney

– Rob Woodhouse –


Les travailleurs de l'usine Stellantis à Brampton, le 4 octobre 2025,
exigent le maintien de la production au Canada.

Le gouvernement Carney et ses ministres s'affairent à organiser des séances photo avec des secteurs de travailleurs industriels qu'ils prétendent protéger contre les droits de douane imposés par l'administration Trump et les contre-mesures douanières du Canada. Pour leur part, les travailleurs de l'automobile exigent que le gouvernement protège les emplois canadiens. Les travailleurs de l'industrie automobile et des industries qui fournissent des pièces à l'industrie automobile sont confrontés à des licenciements, à des réductions d'effectifs et même à la fermeture complète d'usines, car les constructeurs automobiles étrangers délocalisent leur production hors du Canada pour protéger leurs intérêts face aux droits de douane des États-Unis.

Au cours des dernières années, le gouvernement fédéral et le gouvernement de l'Ontario ont versé des millions de dollars de fonds publics aux monopoles de l'automobile. Ils prétendent ainsi protéger les emplois canadiens, car, dans certains cas, ces aides s'accompagnent de promesses de maintenir la production au Canada. L'amère expérience des travailleurs canadiens est que les gouvernements ne demandent pas de comptes à ces monopoles. Ils répètent l'excuse néolibérale que les entreprises doivent protéger les intérêts de leurs actionnaires. Ils disent que légalement les monopoles n'ont pas de compte à rendre aux travailleurs et aux communautés du Canada et du Québec où ils opèrent, malgré toutes les incitatifs que les gouvernements leur accordent au nom de l'emploi et autres balivernes. Lorsque les choses se gâtent, les « garanties » obtenues par les gouvernements ne sont qu'une fraude visant à dissimuler des stratagèmes pour payer les riches, et les gouvernements ne font rien pour les faire respecter.

Les travailleurs de l'usine Stellantis de Brampton, en Ontario, sont sans emploi depuis décembre 2023, date à laquelle ils ont été licenciés. À l'époque, on leur avait dit que la production était interrompue et que l'usine allait subir une réorganisation de 24 mois afin de passer à la production de véhicules électriques (VE) pour fabriquer la Jeep Compass. Avant la fermeture, l'usine Stellantis produisait les Dodge Challenger, Dodge Charger et Chrysler 300.

Cependant, en février, après l'annonce par l'administration Trump de droits de douane de 25 % sur les véhicules assemblés au Canada, la réorganisation a été interrompue pour ce que l'entreprise a qualifié de « pause de huit semaines ». Stellantis a refusé de rencontrer le syndicat pour discuter de ses projets. La « pause » se poursuit encore aujourd'hui, sans fin en vue, sans explication de la part de l'entreprise et sans action du gouvernement pour récupérer les sommes importantes qu'il a accordées à Stellantis. La fermeture touche 3000 travailleurs de l'usine de Brampton et plus d'un millier de travailleurs des usines qui l'approvisionnent, qui arrivent actuellement au terme de leurs prestations d'assurance-emploi.

Les travailleurs ont tenu un rassemblement à l'usine le 4 octobre, en collaboration avec des travailleurs d'autres usines automobiles et d'autres syndicats, pour faire connaître leur demande commune que les gouvernements fédéral et ontarien protègent les emplois et demandent des comptes aux monopoles automobiles. Lors du rassemblement, les dirigeants syndicaux locaux et nationaux d'Unifor, qui représente certains des travailleurs de l'usine Stellantis, ont pris la parole. Ils ont appelé Stellantis à tenir sa promesse et les gouvernements à soutenir les travailleurs. Le président de la section locale 1285 d'Unifor, Vito Beato, et la présidente nationale d'Unifor, Lana Payne, ont tous deux défendu les travailleurs, Mme Payne déclarant : « Nous avons besoin que les dirigeants politiques se tiennent à nos côtés et se battent avec nous. On a promis un avenir radieux à nos membres ici à Brampton. Depuis février, cet avenir est en suspens. »

Le premier ministre ontarien Doug Ford a également pris la parole lors du rassemblement. Il n'a pas dit un mot sur ce que son gouvernement fera pour faire respecter les conditions acceptées par Stellantis lorsque son gouvernement et celui de Trudeau se sont engagés à verser 15 milliards de dollars pour soutenir la production de batteries pour véhicules électriques par Stellantis et d'autres entreprises en 2023. L'accord conclu avec les gouvernements du Canada et de l'Ontario le 6 juillet 2023 pour fournir des fonds publics à la production de batteries pour véhicules électriques comprenait la condition que « Stellantis respecte ses engagements existants au Canada et en Ontario, y compris un mandat de production dans son usine de Brampton, en Ontario ».

Doug Ford, qui se présente comme le « capitaine Canada », a déclaré avec emphase lors du rassemblement : « Notre gouvernement continuera à protéger les travailleurs, à protéger leurs emplois, à protéger les communautés, et nous serons toujours là pour vous soutenir. » Il a dit avoir parlé au PDG de Stellantis pour l'exhorter à ouvrir l'usine et à remettre les travailleurs au travail. Il a appelé le premier ministre Carney, qui se rendait aux États-Unis pour rencontrer le président Trump le 7 octobre, à ne pas « céder » et à « tenir tête à l'intimidation de Trump ». Torse bombé, il annoncé qu'il avait discuté avec les premiers ministres des provinces et des territoires pour les inciter à acheter des véhicules construits en Ontario.

Quant à compter sur Mark Carney pour ne pas céder à Donald Trump, sa performance à la Maison-Blanche parle d'elle-même. Voici ce qu'il a dit : « Vous nous avez aimablement accueillis, moi et certains de mes collègues, il y a quelques mois, et j'ai dit à l'époque que vous étiez, et que vous êtes toujours, un président transformateur. Depuis, l'économie a connu une transformation, les partenaires de l'OTAN ont pris des engagements sans précédent en matière de dépenses de défense, la paix règne de l'Inde au Pakistan en passant par l'Azerbaïdjan et l'Arménie, l'Iran a été neutralisé en tant que force terroriste et maintenant, je manque de temps, mais c'est à bien des égards le plus important, [Trump l'interrompt en disant « la fusion du Canada et des États-Unis » et tout le monde rit] ... ce n'était pas là où je voulais en venir. Non, en ce jour solennel de commémoration des terribles attentats du 7 octobre, pour la première fois depuis des décennies, des siècles, des millénaires, cette perspective de paix que vous avez rendue possible, le Canada soutient fermement ces efforts et fera tout ce qui est en son pouvoir pour vous aider. »

Mark Carney s'oppose ainsi directement à la demande retentissante du peuple qui réclame la fin totale du génocide à Gaza et de l'occupation de la Palestine. Lorsqu'il s'agit de protéger les emplois, il est crucial de lutter pour un changement d'orientation de l'économie et un renouvellement du processus politique afin de donner au peuple les moyens de devenir le décideur. La sécurité des travailleurs réside dans la lutte pour leurs droits et les droits de toutes et tous, au pays et à l'étranger. Il est dangereux de croire que les gouvernements des partis cartellisés ont à coeur les intérêts des travailleurs ou qu'on peut compter sur eux. Leur objectif est de bloquer tout projet d'édification nationale des travailleurs pour une économie souveraine et autonome fondée sur la satisfaction des besoins du peuple, la production principalement destinée à l'usage domestique et le commerce avec d'autres pays sur la base du respect et des avantages mutuels.



Cet article est paru dans
Logo
Volume 55 Numéro 10 - Octobre 2025

Lien de l'article:
https://cpcml.ca/francais/Lml2025/Articles/LM55108.HTM


    

Site Web:  www.pccml.ca   Courriel:  redaction@pccml.ca