Rencontres en Allemagne

Lors de sa visite en Allemagne le 26 août, le premier ministre Mark Carney a rencontré le chancelier allemand Friedrich Merz fin « de promouvoir une coopération économique plus étroite et d'aborder les défis urgents liés à la sécurité mondiale », a rapporté Affaires mondiales Canada. Le premier ministre aurait également rencontré « des dirigeants d'entreprise afin de favoriser de nouvelles possibilités d'investissement et d'assurer la résilience des chaînes d'approvisionnement dans les domaines de l'énergie et des ressources naturelles, en particulier les minéraux critiques ».

Mark Carney était accompagné du ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, de la ministre de l'Industrie et ministre responsable de Développement économique Canada pour les régions du Québec, Mélanie Joly, et du ministre de la Défense nationale, David J. McGuinty.

Un « nouveau partenariat entre le Canada et l'Allemagne sur les minéraux critiques et l'énergie » a été annoncé dans un communiqué du cabinet du premier ministre le 26 août. Il annonce «  une déclaration d'intention commune afin de resserrer leur coopération dans l'objectif de sécuriser les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques, d'accroître la collaboration à l'égard de la recherche et du développement et de cofinancer de nouveaux projets en matière de minéraux critiques qui contribuent à une variété d'industries, de la fabrication de véhicules électriques à la défense, en passant par l'aérospatiale ». Il précise que « l'annonce d'aujourd'hui s'ajoute aux engagements pris au Sommet du G7 de 2025, qui s'est tenu à Kananaskis, en Alberta, où les dirigeants ont annoncé le Plan d'action sur les minéraux critiques du G7 et salué l'instauration de l'Alliance sur la production de minéraux critiques ».

Chaque pays a nommé un envoyé spécial « pour faire progresser ce partenariat ». Pour le Canada, il s'agit d'Isabella Chan, sous-ministre adjointe principale pour le Secteur des terres et des minéraux chez Ressources naturelles Canada, et pour l'Allemagne, de Matthias Koehler, directeur général adjoint des politiques sur les matières premières de l'Allemagne.

Plusieurs accords entre des entreprises canadiennes et allemandes ont été annoncés dans la déclaration.

Mark Carney et le chancelier Merz ont réaffirmé leur soutien à la guerre par procuration menée par les États-Unis et l'OTAN en Ukraine. Reprenant les termes utilisés par la Pologne, le communiqué indique qu'ils ont souligné qu'« aucune décision concernant l'Ukraine ne devrait être prise sans l'Ukraine, et aucune décision concernant l'Europe ne devrait être prise sans l'Europe ».

Ils ont également discuté de la collaboration dans le domaine du gaz naturel liquéfié (GNL) et de l'hydrogène dans le cadre du Partenariat énergétique Canada-Allemagne (une initiative du ministère des Ressources naturelles du Canada et du ministère fédéral allemand des Affaires économiques et de l'Énergie créée en mars 2021) et de l'Alliance Canada-Allemagne pour l'hydrogène (une déclaration d'intention conjointe visant à établir cette alliance a été signée le 23 août 2022 à Stephenville, Terre-Neuve-et-Labrador) « afin d'établir un corridor commercial transatlantique pour l'hydrogène qui favorisera la transition vers l'énergie propre et renforcera la sécurité énergétique ».

Le 25 août, le gouvernement canadien a annoncé qu'il avait réduit la liste des candidats pour le contrat de construction des nouveaux sous-marins de la marine à deux soumissionnaires : l'allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) et le sud-coréen Hanwha Ocean Ltd. En Allemagne, Mark Carney a été interrogé sur la question de savoir si le Canada négocierait avec un soumissionnaire privilégié ou s'il organiserait un appel d'offres ouvert, ce à quoi il a simplement répondu que le processus serait « équitable et transparent ». Apparemment si équitable et transparent que le public n'en saura rien. M. Carney a visité le chantier naval de TKMS le 26 août et a déclaré qu'il se rendrait au chantier naval de Hanwha en Corée du sud cet automne.

Discours du ministre de l'Énergie devant des entreprises
canadiennes et allemandes

Le 27 août, le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, qui accompagnait Carney en Allemagne, a prononcé un discours à l'ambassade du Canada à Berlin intitulé « Assurer l'avenir : Renforcer la coopération canado-allemande en matière de sécurité énergétique transatlantique ». Il a commencé son discours en déclarant que « l'Allemagne est le pilier économique de l'Europe, continent aux prises avec son conflit le plus meurtrier depuis la Deuxième Guerre mondiale », que le Canada est en conflit commercial avec les États-Unis et qu'en sa qualité de ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, « cela signifie que nous repensons de toute urgence nos façons de développer, d'exporter et de valoriser nos ressources énergétiques et naturelles ».

Tim Hodgson s'est concentré sur la manière de présenter le Canada comme un marché attractif et largement ouvert aux investissements des entreprises allemandes, en s'appuyant sur son expertise dans le domaine du capital-investissement privé. Il a déclaré :

« Comme j'ai passé une grande partie de ma carrière à allouer des capitaux, je sais ce à quoi pensent les dirigeants d'entreprises présents dans cette salle, qu'ils soient allemands ou canadiens. Les projets peuvent-ils être approuvés en temps voulu ? Les règles demeureront-elles les mêmes une fois la décision d'investir prise ? Les chaînes d'approvisionnement peuvent-elles croître assez rapidement pour répondre aux délais du marché ?[c'est-à-dire être en mesure de répondre aux périodes de forte demande et ainsi réaliser un maximum de profits.]

« Tout ce que je vais vous dire aujourd'hui se rattache à une seule question : 'Comment faire du Canada un pays attrayant pour les investissements à grande échelle afin de soutenir nos propres industries et nos alliés les plus proches ?'

« La réponse commence par un texte législatif que le Parlement canadien a adopté à la fin de juin, la Loi visant à bâtir le Canada.

« Il s'agit de la réforme du mode de réalisation des grands projets du Canada la plus importante depuis des décennies. Elle nous permet de désigner et de faire progresser rapidement des projets d'intérêt national : énergie, mines et infrastructures qui soutiennent le PIB et diversifient les marchés d'exportation ou en ouvrent de nouveaux. Elle encourage les gouvernements, les ministères, l'industrie et les peuples autochtones à collaborer plutôt que de se retrancher dans des silos. Elle établit des échéanciers pour les décisions ainsi qu'une responsabilisation par l'entremise d'un nouveau Bureau des grands projets, dont le lancement aura lieu cette semaine. »

En tant que vendeur des monopoles énergétiques et militaires, Mark Carney ne mentionne pas que la Loi visant à bâtir le Canada continue d'être largement contestée et rejetée par les peuples autochtones et les peuples du Canada et du Québec.

Il a poursuivi en disant que le Canada diversifie ses relations commerciales afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. Il a déclaré :

« Avec nos alliés à l'étranger, nous établissons de nouveaux partenariats dans le monde ou les renforçons afin de soutenir une stratégie industrielle axée sur la stimulation des investissements, l'amélioration et la diversification des échanges commerciaux, le soutien à la sécurité nationale et aux chaînes d'approvisionnement, la création d'emplois bien rémunérés, ainsi qu'en faisant du Canada une superpuissance de l'énergie propre et de l'énergie classique.

« Avec l'Allemagne, nous faisons progresser notre partenariat économique et sécuritaire mutuellement bénéfique, notamment en tirant parti des possibilités déjà offertes par l'Accord économique commercial global et en collaborant dans des domaines allant des minéraux critiques à l'énergie, ainsi qu'à la défense et à la sécurité. »

Il a fait valoir que la Russie « a utilisé l'énergie comme arme » dans son action militaire en Ukraine lancée en 2022, ce qu'il a qualifié de rappel que l'énergie n'est pas seulement une question économique. « Elle touche la sécurité nationale. Elle est au coeur de l'industrie et du secteur manufacturier. Elle englobe aussi la souveraineté. »

Tim Hodgson a déclaré que le Canada pouvait être le partenaire de l'Allemagne afin que « le choc de 2022 ne se reproduise jamais pour aucune ressource », car le Canada et l'Allemagne partagent « des valeurs communes et des intérêts communs ».

Le ministre canadien de l'Énergie a déclaré : « Nous avons en commun la foi dans la démocratie et la libre concurrence. Nous croyons tous deux à un ordre international fondé sur les règles. Nous croyons, en outre, que les ressources nécessaires pour défendre nos frontières, faire fonctionner les usines et chauffer les foyers ne devraient jamais servir d'arme politique. »

« En termes simples, le Canada cesse de se demander s'il faut construire et se concentre désormais sur la manière de le faire. Nous passons de l'attente à l'action pour répondre aux besoins des Canadiens ici et de nos alliés à l'étranger.

« Pour les investisseurs ici présents, cela veut dire que lorsqu'ils investissent, ils ont l'assurance de voir leurs projets menés à terme. Autrement dit, le Canada est de nouveau en affaires », a déclaré Tim Hodgson.

Affirmant que le Canada peut fournir à l'Allemagne un approvisionnement énergétique sûr, il a mis l'accent sur le GNL. Lorsque l'Allemagne achète du GNL canadien, il s'agit d'un approvisionnement « qui ne peut pas être détourné à des fins politiques ou de coercition » et qui permettra à l'Allemagne d'atteindre ses objectifs climatiques. Il a également vanté les mérites de l'hydrogène propre canadien et a souligné que les projets visant à l'acheminer vers l'Allemagne progressaient.

En ce qui concerne les minéraux critiques, Tim Hodgson a souligné que la Chine domine l'approvisionnement, ce qui constitue un risque pour les industries, la compétitivité et la souveraineté allemandes et canadiennes.

Il a conclu son discours par une citation de Konrad Adenauer, qu'il a qualifié de l'un des plus grands hommes d'État allemands. « 'C'est quand tout le monde pense que c'est terminé qu'il faut commencer.' Ce n'est vraiment que le début d'un partenariat énergétique et sécuritaire qui guidera nos continents et nos partenaires pour les quatre prochaines années, et pour les quatre prochaines décennies », a-t-il déclaré.

Konrad Adenauer a été le premier chancelier de l'Allemagne de l'Ouest de 1949 à 1963. Il est connu pour avoir retardé le processus de dénazification en Allemagne de l'Ouest au nom de la reprise économique.



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Volume 55 Numéro 10 - Octobre 2025

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