Cela ne tourne pas rond au Conseil consultatif autochtone du Bureau des grands projets

– Marie Thibault –


Des jeunes autochtones manifestent devant le lieu de la réunion de consultation du premier ministre Carney avec des dirigeants autochtones à Ottawa le 17 juilet 2025.

Le 10 septembre, le bureau du premier ministre Carney a divulgué le nom des 11 membres du Conseil consultatif autochtone (CCA) pour le Bureau des grands projets (BGP)[1]. Le communiqué du bureau du premier ministre se lit : « Le BGP pourra compter sur le leadership et les avis du Conseil consultatif autochtone, composé de 11 représentants des Premières Nations, des Inuits, des Métis et des communautés signataires de traités modernes et d'ententes sur l'autonomie gouvernementale. Ces dirigeants possèdent des connaissances approfondies et une vaste expérience, et contribueront à orienter les travaux du BGP afin de garantir que les grands projets créent des occasions de participation à part entière et de gestion responsable des ressources grâce à une véritable collaboration avec les peuples autochtones. »

Or, sans même avoir consulté sur qui devrait siéger à ce conseil, on affirme ensuite que : « La Loi visant à bâtir le Canada prévoit la tenue de consultations approfondies avec les peuples autochtones. » Étant donné que cette loi a été condamnée par les communautés autochtones, car elle a été imposée sans consultation et contient des mécanismes permettant au gouvernement fédéral de bafouer les droits autochtones au nom de « l'édification nationale », cela revient à jeter de l'huile sur le feu.

Le Conseil consultatif autochtone de Carney est une tentative ratée de faire taire l'opposition aux plans visant à accélérer l'extraction et l'exportation de ressources et les projets d'infrastructure exigés par les riches via le BGP. Il s'agit de diviser les peuples autochtones en désignant des personnes triées sur le volet, choisies, selon le Bureau du Conseil privé, « pour leur expertise et de leur connaissance des grands projets, des droits autochtones et du milieu de la réglementation ». En d'autres termes, leur rôle est de légitimer des projets déjà considérés comme d'intérêt collectif. Ces projets ont déjà été choisis comme étant susceptibles d'attirer des investissements étrangers pour piller les ressources énergétiques et minières du Canada et servir à la transition vers une économie de guerre. Ce n'est pas une coïncidence si plusieurs membres du CCA siègent aux conseils d'administration d'entreprises minières, pétrolières, gazières et de services publics.

Outre le CCA, le gouvernement Carney a mis en place d'autres mesures pour inciter à la participation des communautés autochtones et étouffer l'opposition : « Pour accroître la capacité des peuples autochtones à participer à de grands projets, le gouvernement du Canada s'est engagé à verser 40 millions de dollars sur deux ans pour soutenir les activités de consultation et de préparation des communautés en lien avec la réalisation de grands projets ». L'expression « activités de préparation des communautés » est typiquement utilisée par le gouvernement pour masquer à qui va réellement l'argent et ce qu'il en advient.

Le gouvernement du Canada a également doublé le Programme de garantie de prêts pour les Autochtones pour le porter à 10 milliards de dollars, permettant ainsi à davantage de communautés autochtones « d'acquérir une participation financière sans frais aux grands projets ». Un programme de prêts sans frais ? Faire croire que devenir propriétaire va mettre les peuples autochtones au même niveau que les riches propriétaires du Canada est une illusion grotesque et condescendante.

Certains dirigeants autochtones ont dénoncé le manque de transparence et l'absence de participation autochtone dans la sélection des membres du CCA. La cheffe du Grand Conseil de la Nation Anishinabek, Linda Debassige, a déclaré au Hill Times que les chefs des 39 nations Anishinabek n'avaient reçu aucune information sur la création du conseil et que le rôle de ce dernier est flou. Elle a ajouté : « Nos communautés, nos nations, estiment que les membres du conseil consultatif ne sont pas les détenteurs de droits sur les terres qui seront affectées par les projets proposés. »

Abram Benedict, des Chefs de l'Ontario (représentant 133 Premières Nations), a confirmé qu'ils n'ont pas été consultés, ni invités à soumettre des candidatures. Margaret Froh, présidente de la Nation Métisse de l'Ontario (NMO), a indiqué au Hill Times qu'à l'occasion du Sommet des grands projets métis organisé par Carney le 7 août, les gouvernements métis ont été invités à proposer des noms, ce que la NMO a fait.

La Grande Cheffe Kyra Wilson de l'Assemblée des chefs du Manitoba a déclaré, dans un communiqué du 10 septembre : « Le Canada agit encore une fois sans respecter les voix, la juridiction et l'autorité décisionnelle des Premières Nations du Manitoba. [...] Aucun chef des Premières Nations n'a même été envisagé. Ce n'est pas de l'inclusion – c'est de l'exclusion. [...] Les Premières Nations du Manitoba détermineront leur propre rôle dans ces processus. Ce sont les chefs et leurs nations qui décideront comment elles s'engageront dans ces projets et comment elles donneront leurs orientations. »

Certains dirigeants opposés à l'exclusion des voix autochtones dans les discussions autour du Projet de loi C-5 et à la manière dont les membres du CCA ont été nommés, ont exprimé l'espoir que les peuples autochtones soient réellement impliqués dans la prise de décision. La cheffe Debassige a estimé que le CCA est « une entité vouée à l'échec, et très honnêtement, probablement destinée à servir de bouc émissaire en cas d'échec du Canada. Leur vision de la compensation, c'est faire ce qu'ils veulent maintenant, se faire taper sur les doigts plus tard et verser une indemnité. Mais ce n'est pas la manière de faire des affaires des Premières Nations. »

Lors de l'annonce des 11 membres du CCA le 10 septembre, Mark Carney a affirmé : « Ces dirigeants possèdent des connaissances approfondies et une vaste expérience, et contribueront à orienter les travaux du BGP afin de garantir que les grands projets créent des occasions de participation à part entière et de gestion responsable des ressources grâce à une véritable collaboration avec les peuples autochtones. » Le CCA comprend des membres de la Nouvelle-Écosse, du Québec, de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique. Il semble avoir été créé pour donner l'apparence d'un appui autochtone aux projets dits d'« intérêt national » menés par le BGP et encadrés par les changements législatifs de la Loi C-5, Loi visant à bâtir le Canada. En réalité, cela camoufle l'opposition massive des peuples autochtones et de nombreux autres citoyens préoccupés par l'environnement social et naturel, qui rejettent a Loi C-5 ainsi que la déréglementation, les politiques de destruction nationale et les stratagèmes pour payer les riches poursuivis par le gouvernement Carney au nom de l' « édification nationale ».

La Coalition des Premières Nations pour les grands projets entame une discussion sur un corridor économique du Manitoba à la Colombie-Britannique

Le Globe and Mail a rapporté le 28 août que la Coalition des Premières Nations pour les grands projets (CPNGP) a entamé des discussions préliminaires sur un projet de corridor économique allant de Churchill, au Manitoba, sur la rive ouest de la baie d'Hudson, jusqu'à Prince Rupert, sur la côte pacifique. En 2022, la CPNGP a reçu 13,5 millions de dollars du gouvernement fédéral pour appuyer sa mission de promotion de la participation autochtone aux projets de ressources naturelles, y compris les minéraux critiques. Mark Podlasly, PDG de la coalition, a déclaré que les membres sont intéressés à participer à de grands projets.

Créée en 2017, la CPNGP se décrit comme « un regroupement national de plus de 170 Premières Nations comprenant des conseils élus, des chefs héréditaires, des conseils tribaux et des sociétés de développement, qui ont décidé de s'unir pour faire avancer leurs intérêts communs dans la participation, et le cas échéant, l'acquisition de parts dans les grands projets ayant lieu sur leurs territoires. »

La coalition précise : « Sous notre large mandat, la CPNGP fournit à ses membres les outils, les connaissances et les conseils nécessaires pour prendre des décisions d'affaires libres, préalables et éclairées concernant leur participation aux projets majeurs de ressources naturelles et d'infrastructure. Nos services visent à soutenir les intérêts économiques, environnementaux et en matière de politiques publiques de nos membres, de manière non politique et axée sur les affaires. » Il est indiqué que le CPNGP est désormais actif dans 18 grands projets situés dans trois régions différentes du Canada. L'organisation précise également qu'elle tient à rester neutre vis-à-vis des projets et des secteurs d'activité. Le CPNGP ne fera pas la promotion ni ne s'opposera à une industrie ou à un projet en particulier, et affirme en outre être non politique. Plus précisément, le CPNGP ne prend pas de positions politiques, et n'intervient pas dans les questions relatives aux droits issus des traités, aux frontières territoriales ou aux questions de droits et titres en général. »

Note

Les biographies des membres du Conseil consultatif autochtone sur les grands projets peuvent être consultées sur leur site Web :
- Kluane Adamek, Première Nation de Kluane, Yukon
- Chef Darcy Bear, Première Nation des Dakota de Whitecap, Saskatchewan
- Vanessa Doig, Makivvik, Nord-du-Québec
- P Gladu, Bingwi Neyaashi Anishinaabek, Ontario (M. Gladu siège aux conseils d'administration de Suncor, de l'Institut des administrateurs de sociétés, de Superior Plus, ainsi qu'au forum de responsabilité d'entreprise de BHP et au comité de la durabilité de Domtar. Il a obtenu un diplôme de technicien forestier au Sault College, un diplôme de premier cycle en foresterie à la Northern Arizona University, une maîtrise en administration des affaires pour cadres à l'Université Queen's, le titre de l'Institut des administrateurs de sociétés à la Rotman School of Management de l'Université de Toronto, un doctorat honorifique en droit à l'Université Carleton en 2024 et un doctorat honorifique en commerce à l'Université Lakehead en 2025.)
- Victoria LaBillois, Première Nation des Mi'gmaq de Listuguj, Québec
- Grand Chef Trevor Mercredi, Première Nation de Beaver (Traité no 8), Alberta
- Chef Terry Paul, Première Nation de Membertou, Nouvelle-Écosse
- Lorne Pelletier, Fédération des Métis du Manitoba, Manitoba
- Christy Sinclair, Nunavut Tunngavik Inc., Nunavut
- Crystal Smith, Nation Haisla, Colombie-Britannique (Crystal est, entre autres, présidente de l'Alliance des Premières Nations pour le GNL, ancienne directrice de l'Initiative des Premières Nations sur le climat, membre du conseil d'administration de Taseko Mines et membre du conseil consultatif autochtone de TC Energy. Ses réalisations lui ont valu d'être nommée Femme d'affaires de l'année de la Colombie-Britannique, récipiendaire du Forum des politiques publiques, personnalité de l'année dans le domaine de l'énergie et de recevoir la Médaille du couronnement de Charles III.
- Matt Vermette, Nation métisse de la Saskatchewan, Saskatchewan



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Volume 55 Numéro 10 - Octobre 2025

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