Les programmes désastreux de destruction
de l'édifice national du gouvernement Carney

Comment les discours gratuits sur les valeurs et l'identité sont devenus la raison d'État du Canada

– Pauline Easton –


Manifestation « Fixons les limites », Ottawa, 20 septembre 2025, dans le cadre de la journée d'action nationale contre l'ordre du jour antisocial et pro-guerre du gouvernement Carney

Les mesures prises par le gouvernement Carney depuis son arrivée au pouvoir après les dernières élections confirment l'adhésion de ce gouvernement aux méthodes que Mark Carney et plusieurs de ses ministres et hommes de confiance ont apprises chez Goldman Sachs. Avoir travaillé pour Goldman Sachs semble être à la mode en ce moment.

Pour comprendre comment Mark Carney règne non seulement sur son cabinet, mais aussi sur le caucus libéral, la Chambre des communes et le Canada dans son ensemble, il suffit de voir l'approche « One Goldman Sachs » : « Tirer parti de son capital intellectuel collectif et de ses talents diversifiés pour servir ses clients. Les principes clés consistent à donner la priorité aux intérêts des clients avant tout, à respecter les normes éthiques les plus élevées [conformément à ses valeurs coloniales britanniques, bien sûr – ndlr], à rechercher des résultats supérieurs, à favoriser une culture de travail d'équipe et de croissance professionnelle, et à cultiver une main-d'oeuvre diversifiée. »

Tout ce qui précède est, selon Mark Carney, représentatif des intérêts du corps politique et la raison d'État du Canada. Il procède à la restructuration de l'État à vitesse grand V, au service des intérêts de ce qu'il appelle « les intervenants », qui correspondent aux siens.

Il vide les intérêts nombreux et variés qui existent dans la société de leur sens et les traduits en valeurs qu'il identifie à ce qu'il considère être l'intérêt national en ce moment. Le peuple se fait dire que l'intérêt national des États-Unis, de la Grande-Bretagne, du Canada ou de l'Union européenne est l'intérêt des peuples du monde qui réclament la paix, la démocratie et les droits. L'idée est qu'il ne doit y avoir aucune contestation de l'orientation de cette raison d'État et de son intérêt national. C'est ainsi que le discours sur les valeurs et l'identité devient un discours sur la raison d'État.

La conception de la démocratie de Mark Carney est celle d'individus passifs qui n'ont pas de réclamation à faire à la société. Les individus et les collectifs sont effacés pour faire place à des « intervenants ». Les intérêts censés servir ces « intervenants » sont validés et regroupés pour soutenir la légitimité du raisonnement de Carney sur l'État, au nom de ce qu'on appelle la démocratie capitaliste.

Cela souligne l'important défi auquel sont actuellement confrontés la classe ouvrière et le peuple de ce pays. Entre autres, il est important de discuter de la manière dont la définition de l'intérêt national donnée par le premier ministre est utilisée pour damer le pion à l'intérêt public. Il existe un processus sur la base duquel, par un tour de passe-passe, le discours sur les valeurs et l'identité devient un discours sur la raison d'État. Les discours sur les valeurs et l'identité sont utilisés pour établir une définition de l'intérêt national qui est antinational. Pour comprendre les actions du gouvernement Carney, il suffit d'examiner cette définition de l'intérêt national qui rejette les réclamations que la classe ouvrière et le peuple sont en droit de faire à la société. En créant toutes sortes de groupes consultatifs composés d'« intervenants », ce gouvernement nie le droit de conscience et le droit de parole du peuple, ce qui revient à nier l'existence même du droit à l'autodétermination.

La mentalité néolibérale du banquier Carney est figée dans la thèse de l'alliance exposée par Thomas Hobbes au XVIIe siècle, qui définissait le pouvoir suprême au-dessus de la primauté du droit. Elle est figée dans la philosophie du XVIIIe siècle exposée par les philosophes français, qui a établi le rapport entre les individus et l'État dans la France prérévolutionnaire en faveur de la raison d'État et de l'État de droit « civilisé » en opposition au « bon sauvage ». Elle est également prisonnière des dogmes énoncés par le Vatican et divers papes au cours des 80 dernières années pour maintenir les croisades anticommunistes et pronazies de l'Église catholique contre les mouvements des peuples pour s'investir du pouvoir souverain.

Enfin, outre le fait qu'il chérit les valeurs sacrées de l'empire défendues par l'Angleterre victorienne du XIXe siècle, malgré son discours sur la « rupture » à laquelle le monde est confronté à l'heure actuelle, le gouvernement Carney poursuit les politiques, les pratiques et les formes d'organisation de la guerre froide, mais avec toutes sortes de prétentions. Il ferme les yeux sur le fait que les conditions ne sont plus celles imposées au monde sous l'égide des impérialistes anglo-américains, avec les États-Unis en tête, après la Deuxième Guerre mondiale.

Ce que la situation exige, en particulier dans un contexte de menaces de guerre, de crises environnementales et d'appauvrissement de l'ensemble de la société, c'est une définition moderne de la démocratie. Une définition moderne ne veut pas dire aller fouiller les dictionnaires. La définition a trait au fonctionnement réel et à la résolution des problèmes réels qui existent dans la société du fait que le peuple est dépourvu de pouvoir. La résolution consiste à harmoniser les intérêts individuels et collectifs qui sont en conflit les uns avec les autres, c'est-à-dire les intérêts des individus au sein de leurs collectifs et ceux des collectifs au sein de l'ensemble des intérêts généraux. Ce problème doit être débattu. En exerçant la liberté d'expression, c'est-à-dire en s'exprimant librement, les définitions modernes et les arguments qui les sous-tendent sont mis au premier plan.

Il faut faire valoir la raison et l'argument humains. Il faut fournir une logique qui permette de régler les rapports qui existent et qui créent un conflit entre les conditions et l'autorité. Pour ce faire, le peuple doit avoir son propre ordre du jour, ses propres organisations, sa propre conception du monde, il doit rédiger sa propre constitution qui garantit ses droits afin qu'il puisse résoudre les problèmes et exprimer sa propre conscience contre toutes les attaques d'un pouvoir étatique dont la raison d'État est de le priver de pouvoir. Cela veut dire trouver les moyens de priver ceux qui occupent des positions de pouvoir et de privilège du pouvoir d'interdire la discussion en proclamant que ce sont eux, et non le peuple, qui représentent ce que le peuple veut.

Il faut une définition moderne de la démocratie qui soit conforme aux exigences créées par les puissantes forces productives et les rapports qui en découlent, qui sous-tendent les intérêts en conflit. C'est là que réside la véritable transition inhérente à l'ensemble des rapports entre humains et entre les humains et la nature.

Sans sourciller, le gouvernement Carney, qui aspire à un gouvernement qui fonctionne comme un conseil d'administration composé de personnes représentant des intérêts privés supranationaux étroits, supprime le droit de parole des travailleurs et du peuple. Il n'y parviendra pas en invoquant l'intérêt national, la raison d'État et de grands idéaux. Les travailleurs et les forces démocratiques et antiguerre d'un océan à l'autre y veillent.


Toronto, 20 septembre


Sudbury, 20 septembre


Montréal, 27 septembre



Cet article est paru dans
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Volume 55 Numéro 10 - Octobre 2025

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