Le vil objectif du ciblage des universités

Manifestation à Washington le 16 mars 2025 pour exiger la
libération de l'étudiant Mahmoud Khalil, détenu pour son rôle
d'organisateur contre le génocide américano-israélien en
Palestine.
Le président Trump et l'ensemble de la présidence, y compris le cabinet et les agences policières, intensifient leur attaque ciblée contre le système d'enseignement libéral et les médias, y compris les réseaux sociaux. Les actions entreprises se font sans considération pour les lois et normes nationales, comme le fait que le gouvernement exige les noms de 160 professeurs, étudiants et membres du personnel de l'Université de Californie, à Berkeley, accusés d'antisémitisme. La même exigence est faite à de nombreuses autres universités.
Le gouvernement a également attisé des antagonismes et est intervenu pour forcer le licenciement de plus de 50 éducateurs, y compris des enseignants du secondaire et des professeurs d'université, pour des commentaires publiés sur leurs réseaux sociaux personnels – pas pour des actions, mais pour des commentaires. Une cinquantaine d'avocats, médecins et premiers intervenants ont également été licenciés, suspendus, censurés ou sont sous « enquête » pour leurs propos, tout comme des employés d'entreprises privées, des journalistes et des fonctionnaires. Les commentaires concernant l'assassinat de Charlie Kirk sont utilisés comme prétexte pour cette répression généralisée et la création d'une atmosphère de pied-de-guerre, où les normes et standards du droit national ne s'appliquent plus et où des lois martiales sont imposées.
Le bureau de la présidence discute actuellement de quelles organisations classifier et punir comme « terroristes nationaux », promouvant « l'antisémitisme » ou « les discours de haine »; quelles ONG devraient perdre leur statut d'exonération fiscale; quels étudiants devraient perdre leur visa; quels professeurs et journalistes censurer ou licencier. Jimmy Kimmel et Stephen Colbert ne sont que les exemples les plus connus; il y en a des centaines d'autres. Aucune de ces actions ne respecte le droit national fondamental – présomption d'innocence, procès équitable avec confrontation des accusateurs, présentation des preuves, défense, et procédure habituelle nécessaire pour les licenciements dans les universités ou les médias.
À l'Université de la Californie, à Berkeley, par exemple, le gouvernement a exigé qu'une liste de 160 professeurs, membres du personnel et étudiants accusés d'antisémitisme soit remise au Bureau des droits civils du département de l'Éducation. Chaque individu a été informé de l'existence d'un dossier transmis au gouvernement sans avoir accès à ce dossier. Aucun n'a été autorisé à connaître la substance des accusations, ni leurs auteurs, ni à suivre la procédure habituelle où leur propre version et leurs preuves seraient examinées. Certaines accusations étaient « alléguées » ou anonymes, et aucune n'a été enquêtée.
Comme l'a souligné un des professeurs visés :
« Ceux d'entre nous figurant sur la liste seront-ils stigmatisés par le gouvernement comme des "sympathisants terroristes" ? Nos déplacements seront-ils restreints ? Nos courriels surveillés ? Les étudiants sur la liste sont désormais potentiellement exposés à l'enlèvement, à la déportation, au licenciement, à l'expulsion de l'université, au harcèlement et à la détention par un gouvernement qui a déjà montré sa volonté de faire tout cela. »
Ces types d'actions s'ajoutent à de nombreuses autres entreprises par la présidence pour s'ingérer dans les programmes, l'enseignement, la recherche, les embauches et les licenciements dans de nombreuses universités, en utilisant la menace de couper les financements comme chantage. Elles s'inscrivent également dans le contexte d'une décision unanime de la Cour suprême l'an dernier affirmant que « les responsables gouvernementaux ne peuvent pas tenter de contraindre des entités privées pour punir ou supprimer des opinions que le gouvernement désapprouve ».
Les professeurs, membres du personnel et étudiants de Harvard, Columbia, Berkeley, UCLA et d'autres campus à travers le pays ne restent pas silencieux et intensifient leur résistance aux raids de l'ICE et leur soutien à la Palestine.

Manifestation à l'Université de la Californie à Los Angeles
(UCLA) à la défense de la Palestine et de la liberté
d'expression, 18 février 2025
L'inquiétude d'être étiquetés « terroristes » a pris de l'ampleur lorsque le principal conseiller politique de Donald Trump, Stephen Miller, a déclaré que la présidence allait « déraciner et démanteler ces réseaux terroristes » en utilisant « toutes les ressources dont nous disposons ». Le contexte de ces propos est la déclaration de Donald Trump selon laquelle « la gauche radicale a fait un tort immense au pays » et « nous réparons cela ». Ces remarques ont été faites lors d'une conversation avec le vice-président J.D. Vance, qui animait l'émission de Charlie Kirk depuis son bureau cérémonial à la Maison-Blanche. Comme le font Donald Trump et la procureure générale Pam Bondi, une définition extrêmement large de « radicaux des gauche » est utilisée pour justifier une répression accrue.
J.D. Vance a également déclaré : « Nous allons nous en prendre au réseau d'ONG qui fomente, facilite et participe à la violence. » Il a donné comme exemple des manifestants distribuant des lunettes de protection et des masques lors de protestations contre l'ICE à Los Angeles, quand le gouvernement utilisait des armes chimiques comme les gaz lacrymogènes. Les manifestants ont été inculpés puis ont gagné leur procès, le tribunal ayant jugé qu'ils n'avaient rien fait d'illégal. Que J.D. Vance utilise cet exemple montre encore que des lois martiales sont désormais appliquées, et non plus le droit national. Les décrets exécutifs de Donald Trump sur le « terrorisme intérieur » ont désormais permis aux agences fédérales d'avoir recours à une répression beaucoup plus large.
La procureure générale Pam Bondi a déclaré : « Nous allons absolument vous cibler, vous poursuivre, si vous visez quelqu'un par des discours de haine. » Il est bien connu que les accusations de « discours de haine » sont utilisées contre ceux qui défendent la Palestine, dénoncent les meurtres racistes par la police, ou sont révolutionnaires et communistes – qui sont tous ciblés par le gouvernement.
L'inquiétude d'être traités comme des « terroristes » s'inscrit également dans le contexte où des manifestants contre « Cop City » à Atlanta et des défenseurs de la Palestine à New York sont inculpés comme « terroristes ». Et Trump a de nouveau bombardé un bateau dans les eaux internationales des Caraïbes – le troisième – au nom de la lutte contre les « narcoterroristes », tuant trois personnes. Sans preuves, sans avertissement, sans effort pour arrêter autrement qu'avec la force – c'est maintenant la norme pour l'armée. Cette violence politique du gouvernement, comme celle à Gaza, comme celle des raids illégaux de l'ICE, comme celle des meurtres racistes par la police, n'est bien sûr pas considérée par le gouvernement comme de la « violence politique » ni comme une source de violence dans la société plus largement.
Autre exemple dans les universités : le conseil des régents a ordonné aux trois campus publics de l'Iowa de lancer immédiatement des enquêtes sur tout employé accusé de violer sa politique sur les réseaux sociaux, en utilisant des commentaires sur Charlie Kirk comme justification. Ils ont fixé un délai de deux semaines pour les enquêtes, exigeant également que les universités imposent un congé administratif ou retirent de la salle de classe tout employé sous enquête. Encore une fois, une punition avant toute enquête, pour des commentaires, pas des actions.
La politique des réseaux sociaux de l'université stipule pourtant que son « rôle approprié est de soutenir et d'encourager la liberté d'investigation en favorisant les opportunités d'expression de points de vue divergents sur de nombreuses questions dans divers domaines d'étude, de recherche et de débat, y compris les questions politiques, sociales et de politique publique actuelles ». Elle ajoute que l'université ne devrait rien faire pour exiger ou « exercer une pression indue » sur les membres de la communauté universitaire, dans leur capacité personnelle, afin qu'ils expriment ou adoptent un point de vue particulier sur une question politique, sociale ou de politique publique.
Suivant l'exemple de Donald Trump, d'autres universités ont été menacées de coupes de financement et des responsables gouvernementaux sont intervenus pour exiger des licenciements et les ont obtenus. Au Dakota du Sud, Larry Rhoden, le gouverneur de l'État, a exigé qu'un professeur soit licencié et il l'a été. Au Tennessee, un sénateur américain a attiré l'attention sur des publications faites par un membre du corps professoral à l'université privée de Cumberland et à l'université publique Austin Peay State. Les deux professeurs ont été licenciés. À Clemons, également privée, deux professeurs et un membre du personnel ont été licenciés. Le point ici est que les responsables gouvernementaux n'ont pas à déterminer les embauches et licenciements, mais utilisent l'atmosphère de pied-de-guerre de Donald Trump, alors que les droits sont supprimés pour faire licencier sommairement des personnes.
Cet article est paru dans

Volume 55 Numéro 9 - Septembre 2025
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