Feux de forêt au Canada, 2025
Mise à jour de la mi-août
En date du 13 août 2025, plus de 715 feux de forêt faisaient rage à l'échelle du Canada. Au moins 155 d'entre eux ont été considérés comme hors de contrôle. Depuis le début de l'année, 7,7 millions d'hectares de forêt ont brûlé, soit la deuxième plus grande superficie depuis que les agences gouvernementales canadiennes ont commencé à tenir des registres, la pire année étant 2023 avec 15 millions d'hectares de terres brûlées. À ce jour, en cette année, les forêts brûlées dans tout le pays représentent 77 000 kilomètres carrés, soit l'équivalent de la superficie du Nouveau-Brunswick. Le Canada connaît cet été certains des feux de forêt les plus destructeurs des dernières décennies.

Étendue des feux de forêt au 19 août. Les cercles rouges
indiquent les feux qui sont toujours hors de contrôle, les
cercles orange ceux qui sont contenus et les cercles verts ceux
qui sont maîtrisés.
Bien que le nombre de feux de forêts soit comparable à la moyenne des dix dernières années (voir figure 1) l'étendue des zones brûlées est toutefois beaucoup plus grande que la moyenne des dix dernières années (voir figure 2). Cela s'explique en partie par le manque criant de précipitations et les vagues de chaleur qui ont régné sur la majeure partie du pays, qui ont contribué à la propagation rapide des flammes (voir figure 3). Une autre raison est que le Canada ne dispose toujours pas d'un système d'alerte précoce par satellite qui permettrait aux services provinciaux et territoriaux de protection contre les feux de forêts d'envoyer des équipes de pompiers dès que des foyers d'incendie sont détectés afin de limiter immédiatement leur propagation[1].

Figure 1 Fréquence saisonnière des incendies au Canada en 2025,
en semaines depuis le début de la saison des feux de forêts
(semaine 1 : 30 avril 2025)

Figure 2 Superficie incendiée – fréquence saisonnière au Canada
en 2025, en semaines depuis le début de la saison des feux de
forêts (semaine 1 : 30 avril 2025)

Figure 3 L'Indice de sécheresse est une composante de la Méthode
canadienne de l'Indice Forêt-Météo (IFM). Il s'agit d'une
évaluation numérique de la teneur en eau des épaisses couches
organiques compactes. C'est un indicateur utile des effets
saisonniers des sécheresses sur les combustibles forestiers et
du degré de latence du feu dans les épaisses couches organiques
(le matériel organique qui s'accumule autour de la base des
arbres) et les grosses billes.
Situation des feux de forêt de l'Atlantique au Pacifique
À Terre-Neuve-et-Labrador, un feu de forêt qui brûle près de Kingston (région d'Adam's Cove) s'étend sur environ 6 370 hectares et est actuellement considéré comme hors de contrôle. C'est aussi le cas à Martin Lake alors que le feu s'étend sur environ 290 hectares et à Paddy's Pond (près de la ville de Paradise) sur une superficie qui est estimée à 212 hectares. Lors d'un point presse à St. John's, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, John Hogan, a déclaré que six avions citernes, dont deux provenant de l'Ontario, s'efforçaient de contenir les flammes dans différentes parties de la province. Un hélicoptère a également été envoyé par l'Alberta pour porter secours.
En Nouvelle-Écosse, où la plupart des activités estivales dans les zones boisées ont été interdites, les résidents du comté d'Annapolis, dans la région de Godfrey Lake-Long Lake, ont été mis en état d'alerte, car le feu de forêt, qui s'étend sur 1 977 hectares, est hors de contrôle et continue de se propager. Une importante force terrestre composée de plus de 200 pompiers, dont 77 du ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse, 120 pompiers locaux, 20 de l'Ontario et cinq de l'Île-du-Prince-Édouard, était sur place le 17 août pour tenter de sauver des maisons. Pendant ce temps, les pompiers de Halifax luttaient contre un incendie qui semblait s'être en grande partie stabilisé tard dans la journée du 13 août, alors que la province faisait face à au moins 16 feux de forêt qui s'étaient déclarés le 12 août.
Au Nouveau-Brunswick, les habitants de Moncton ont été informés que l'avis d'évacuation avait été levé, le feu de Pit, également appelé feu d'Irishtown, ayant été circonscrit à 45 hectares. Cependant, au feu de forêt d'Oldfield Road, à 15 kilomètres au nord de Miramichi, les pompiers n'ont pas réussi à le maîtriser. Il s'est étendu sur plus de 1 400 hectares. Le ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, John Herron, a déclaré que les conditions étaient difficiles pour les personnes en première ligne. Au cours des derniers jours, trois pompiers ont été hospitalisés pour épuisement dû à la chaleur. La province a déclaré que 133 pompiers étaient déployés le 13 août. Il a ajouté que la province avait demandé 60 pompiers supplémentaires à d'autres juridictions et que, jusqu'à présent, 30 pompiers provenant d'autres provinces avaient été mobilisés.
De grands feux de forêt se sont largement propagés dans les Prairies, où le Manitoba a prolongé son deuxième état d'urgence provincial cet été,. Le 10 juillet, le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a dû rétablir l'état d'urgence dans toute la province après l'avoir levé le 23 juin.
En Saskatchewan, de grandes étendues de la province demeurent évacuées. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a déclaré l'état d'urgence dans toute la province le 29 mai et l'a maintenu en raison du nombre élevé hors de contrôle, dont 16 en date du 23 août, avec 45 feux de forêt toujours actifs. La Saskatchewan est la province qui a subi les plus importantes pertes forestières, avec près de 2,9 millions d'hectares de forêt boréale partie en fumée depuis le début de l'année.
Des feux de forêt se sont déclarés en mai, juin, juillet et août dans le nord du Manitoba et de la Saskatchewan, où vivent des communautés autochtones. Ce sont donc elles qui ont le plus souffert.
Le plus grand feu de forêt dans les Prairies est celui de Shoe, en Saskatchewan, où 565 000 hectares de forêt boréale brûlent depuis le 7 mai. Cela a entraîné à la fin de mai l'évacuation de nombreuses communautés. La nation crie Peter Ballantyne a reçu un ordre d'évacuation de plus des 1 800 habitants de Pelican Narrows, à 400 kilomètres au nord-est de Saskatoon. Dans la communauté du nord de Hall Lake, plus de 380 personnes de la réserve autochtone de Lac La Ronge ont dû partir.

Feux de forêt à East Trout lake, en Saskatchewan
En 2025, l'Alberta a enregistré 986 feux de forêt, dont 48 sont toujours actifs. À titre de comparaison, l'ensemble de la saison 2024 a connu 1 094 feux de forêt. Le record a été atteint lors de la saison 2021, avec un pic de 1 132 feux de forêt. Près de 687 000 hectares ont été consumés par les feux de forêt. Un incendie situé dans le nord-ouest de la province est hors de contrôle et a déjà consumé 4 300 hectares dans une zone composée de bois très sec.
En Colombie-Britannique, un feu de forêt fait rage près du mont Underwood, sur l'île de Vancouver, à 15-20 kilomètres au sud de Port Alberni. Il a déjà ravagé plus de 3 600 hectares de forêt. De nombreux feux de forêt incontrôlables font également rage dans le nord-est de la province, dans la région de Prince George-Fort Nelson. Le plus important, situé à 75 kilomètres au nord-est de Fort Nelson, a brûlé plus de 280 000 hectares de terres boisées. Un autre feu de forêt important, situé à environ 50 kilomètres au nord-est de Prince George, près du parc provincial Redfern-Keily, a été découvert le 19 mai et continue de brûler, mais on considère qu'il est maîtrisé. Il a déjà consumé près de 150 000 hectares de bois. D'autres feux de forêt sont actifs dans les régions de Cariboo et Kelowna.
Les peuples autochtones livrés à eux-mêmes
Sur le site Web de Services aux Autochtones Canada (SAC), sous la rubrique « Renseignements sur l'évacuation des Autochtones en cas de feux de forêt », il est indiqué depuis avril 2025 que :
« Cent dix-neuf (119) feux de forêt ont touché 95 Premières Nations » et que les membres de 73 Premières Nations ont été évacués. Au 25 août, « 11 Premières Nations sont touchées par des feux de forêt, 1 en Colombie-Britannique, 1 en Saskatchewan, 8 au Manitoba et 1 » dans les provinces de l'Atlantique. « Vingt-deux (22) Premières Nations ont été évacuées en raison des effets des feux de forêt, dont 5 en Alberta, 7 en Saskatchewan et 10 au Manitoba ». Il dit qu'à l'heure actuelle, « 8240 personnes ont été évacuées des Premières Nations en raison des feux de forêt »[2]. Le site web de SAC se termine par des instructions en cas d'« évacuation d'urgence », telles que « Quand évacuer » et « Aide aux personnes évacuées ». Le SAC semble oublier qu'une telle page web est inutile pour les communautés autochtones, puisqu'elles ne disposent pas d'un accès adéquat à l'Internet et aux services de téléphonie cellulaire. Ces services sont actuellement dominés par de grands intérêts privés à l'échelle nationale dont l'objectif est de maximiser les profits, et non d'assurer l'accès à l'Internet, qui est une nécessité moderne de la vie, y compris pour la sécurité publique pendant la saison des feux de forêt.
Dans un rapport publié en 2023 par l'Assemblée des Premières Nations (APN) intitulé « Le 'déficit numérique' croît à un rythme plus rapide parmi les Premières Nations », l'APN informe que seules « 20 communautés disposent des trois éléments d'infrastructure que sont le câble dorsal en fibre optique, la fibre optique à domicile (FTTH) et les services de mobilité LTE (Long-Term Evolution (LTE) ». Le premier rapport indique que « 457 communautés autochtones à travers le Canada ne disposent toujours pas d'un accès Internet haut débit adéquat et que 363 communautés autochtones ne disposent ni d'un accès Internet haut débit ni de services cellulaires standard ». Le rapport note que « les services essentiels tels que l'enseignement virtuel, les entreprises en ligne et les soins de santé numériques dépendent d'une infrastructure de télécommunications fiable »[3]. On pourrait ajouter « les services d'urgence », comme dans le cas des feux de forêt de 2025.
Le deuxième rapport, intitulé « Plan de priorisation et de mise en oeuvre », comprend « une estimation des besoins en investissement du rapport précédent et quantifie la façon dont le déficit en infrastructures des Premières Nations continuera de croître d'ici 2040 en raison de l'inaction du gouvernement du Canada et du financement insuffisant »[4].
Aide internationale
Le Centre interservices des incendies de forêt du Canada (CIFFC) fait état d'un niveau de préparation national de 5, ce qui signifie que toutes les ressources humaines et matérielles disponibles au Canada sont utilisées sur le terrain pour lutter contre les incendies de forêt. Certaines provinces, comme le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador, le Manitoba et la Saskatchewan, sont au niveau 5 ou 4, ce qui indique que les ressources provinciales pour lutter contre les feux de forêt sont insuffisantes et qu'elles ont besoin de l'aide d'autres provinces ou pays. (Voir figure 4)

Figure 4 Niveau de préparation aux feux de forêt par province et
territoire. Un niveau 5 (en rouge) signifie que l'agence
provinciale n'a pas les ressources adéquates et n'est donc pas
en mesure de prêter main-forte à d'autres agences. Un niveau 4
(en orange foncé) signifie que l'agence provinciale demande des
ressources supplémentaires et sa capacité à prêter main forte à
d'autres agences est très limitée.
Au cours de la saison 2025, le Canada a dû faire appel à d'autres pays pour obtenir de l'aide, en particulier des pompiers supplémentaires qui sont le personnel le plus qualifié nécessaire. Le Service forestier américain a signalé le mois dernier que plus de 600 pompiers américains se sont rendus au Canada cet été pour aider à lutter contre les feux de forêt, principalement dans les provinces des Prairies et en Colombie-Britannique. Les responsables du CIFFC ont indiqué que des équipes sont également arrivées par avion du Mexique, du Chili et d'Australie, entre autres pays.
Dans les notes du Comité parlementaire sur les feux de forêt au Canada en 2023[5], la pire saison jamais enregistrée, il a été noté que près de 230 000 personnes ont été évacuées de leur domicile pendant la saison des incendies de 2023, tandis que « le gouvernement fédéral et des ONG ont apporté leur soutien à 73 communautés des Premières Nations », révélant ainsi à quel point les communautés autochtones sont les plus touchées par les feux de forêt. Dans son exposé devant le Comité permanent de la défense nationale (CPDN) à l'époque, Harjit Sajjan, alors président du Conseil privé du roi pour le Canada et ministre de la Protection civile, a rappelé à son auditoire que si plus de 16 000 pompiers ont aidé à lutter contre les feux de forêt de 2023, avec l'aide de plus de 5000 pompiers internationaux, le personnel des Forces armées canadiennes (FAC) a également été appelé à intervenir.
Pourtant, le ministre de la Protection civile ne voyait pas la nécessité de disposer de personnel et d'équipement militaires formés et déployés en permanence en cas de feux de forêt. Harjit Sajjan a déclaré à l'époque dans son exposé devant le Comité permanent de la défense nationale que la question était « d'étendre le financement d'une main-d'oeuvre humanitaire » composée de civils afin de « réduire la dépendance sur les Forces armées canadiennes dans les interventions en cas de catastrophe ». La notion de sécurité publique de Sajjan semble correspondre à la vision du gouvernement de Mark Carney en matière de « sécurité nationale » : projeter le personnel et l'équipement militaires du Canada sur la scène internationale pour répondre aux ambitions militaires des États-Unis et de l'OTAN, notamment dans la région indo-pacifique, tout en laissant aux agences provinciales et territoriales de protection civile le soin de faire face aux feux de forêt qui se produisent chaque année.
Dans son bilan de la saison 2023 des feux de forêt au Canada, le CIFFC a conclu que « les besoins prévus augmenteront sans aucun doute avec les changements climatiques ». Il y a quelques années, le Conseil canadien des ministres des forêts a tenu une série de dialogues visant à élaborer une stratégie nationale de prévention et d'atténuation des feux de forêt. Un rapport de 2022 notait déjà que les participants avaient délivré un message cohérent : « des investissements stables et importants » étaient nécessaires pour lutter contre les feux de forêt dans la vaste forêt boréale du Canada.
Tous ces rapports ont été remis aux autorités fédérales, qui refusent toujours de présenter un plan national efficace pour fournir les ressources humaines et les équipements modernes nécessaires pour lutter efficacement contre les feux de forêt dans tout le pays. Il semble que le gouvernement Carney ait autre chose en tête lorsqu'il s'agit des infrastructures essentielles dont ce pays a besoin. Il pense qu'en distribuant de l'argent lorsque des situations d'urgence surviennent, comme les feux de forêt de cette année, cela donnerait en quelque sorte aux Canadiens le sentiment que leur sécurité est assurée.
Tout cela soulève la question suivante : en 2025, pourquoi les agences provinciales de protection contre les feux de forêt manquent-elles toujours du personnel et des équipements aériens nécessaires pour lutter contre les incendies, comme on l'a encore constaté cette saison ?
Notes
1. Voir « L'irresponsabilité des gouvernements face à la crise climatique et aux intérêts privés », Forum ouvrier, 23 août 2023
2. « Informations sur les évacuations dues aux feux de forêt pour les populations autochtones », Services aux autochtones Canada
3. « Combler le déficit d'infrastructures d'ici à 2030 – Un rapport de coûts collaboratif et exhaustif », Services aux Autochtones Canada, novembre 2022, 248 pages
4. « Combler
le déficit d'infrastructure d'ici 2030 – Plan de priorisation
et de mise en oeuvre », Services aux Autochtones Canada et
Assemblée des Premières Nations, juillet 2023, 296 pages
5. « Notes des comités parlementaires : Feux de forêt au Canada », Sécurité publique Canada, 23 novembre 2023
(D'après des informations du gouvernement du Canada, Agences provinciales de protection de la forêt, CIFFC, Assemblée des Premières Nations, CBC, Globe and Mail)
Cet article est paru dans

Volume 55 Numéro 7 - Juillet-août 2025
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